Le Mythe de l’Auteur de Jeu

Quand vous voyez le nom de Bruno Cathala, Antoine Bauza ou Eric Lang sur une boîte de jeu, est-ce vraiment bien eux qui l’ont créé? Ou ont-ils délégué? Ont-ils été assistés? Alors pourquoi mettre leur nom sur la boîte?

Le mythe de l’auteur

L’excellente chaîne YouTube de gamedesign Extra Credits vient tout juste de sortir un épisode qui se penche sur le mythe de l’auteur. En avançant la théorie que non, un auteur n’est jamais seul à créer son jeu.

Comme souvent, l’épisode s’intéresse d’abord au marché du jeu vidéo, pas si éloigné que ça du jeu de plateau et du jeu rôle. Même si les ventes n’ont rien à voir, car un jeu de plateau ne se vendra jamais aussi bien qu’un GTA V par exemple. Un jeu qui a atteint en 2013 à sa sortie des chiffres étourdissants, avec un milliard de dollars atteint en trois jours et près d’une centaine de millions de copies vendues depuis sa sortie.

Comme dans le jeu vidéo, le nom d’un auteur sur la boîte est avant tout une représentation. Car non, non, l’auteur n’a pas été tout seul à créer son jeu. Il lui aura fallu traverser plusieurs étapes, rencontrer plusieurs personnes qui auront toutes plus ou moins influencé le jeu.

Au point de se poser la question suivante: « mais au fond, pourquoi alors mettre le nom de l’auteur sur la boîte? »

Inspi

Tout commence par une inspiration. Non, on n’invente rien. Quand un auteur a une idée de jeu, il ne l’a jamais comme ça, pouf, d’un coup tout seul de rien. Il s’est inspiré de beaucoup de choses. De films. De livres. Et de beaucoup d’autres jeux, bien sûr.

Tout est remix. Prenez un jeu récent, n’importe lequel, et trouvez-lui une originalité. Défi difficile. Peut-on encore aujourd’hui créer un jeu original? Tous seront plus ou moins inspirés d’autres jeux précédents. Une mécanique par-ci, un thème par-là.

Il est impossible de créer ex nihilo. Mais l’originalité n’est pas là où on l’attend. Un auteur doit s’inspirer, puiser dans d’autres œuvres. Il copie, transforme, combine. Et l’originalité est là. Dans ce processus de transformation, d’assimilation.

Comme l’épisode d’Extra Credits le clame, on peut alors se demander si c’est vraiment l’auteur qui a créé son jeu, ou toutes les autres sources d’inspiration.

L’auteur est-il tout seul derrière son jeu?

Tout seul? Non. Il s’inspire de tout ce qu’il voit, de tout ce qu’il essaie. Mais c’est lui qui prend les décisions finales de garder, de modifier ou de rejeter.

Auteur: 1 point

Car au final, c’est l’auteur qui participe à toutes ces démarches créatives. C’est lui qui sait puiser dans différentes sources, et qui parvient à combiner le tout pour aboutir à une nouvelle oeuvre.

Metropolys, de Sébastien Pauchon, sorti chez Ystari en 2008, dans lequel l’auteur livre son inspiration principale. Une bête erreur de… lecture, qui a fait germé la graine du jeu.

Proto

Un jeu se doit d’être testé, et retesté, et re-re-testé. Il est impossible qu’un auteur ait une idée, construit son proto, le présente tout de suite sans le tester à un éditeur, jeu qui va ensuite être édité. Plus il est testé, et plus le jeu est affiné. Raffiné.

En passant par de nombreuses phases de test, l’auteur voit ce qui marche, et surtout, ce qui ne marche pas. Entre l’idée de départ et le jeu « final » (on y reviendra plus tard), le chemin parcouru est plus ou moins long et fastidieux. Disons plutôt « long » que « moins ».

Le travail de l’auteur ne s’arrête pas à la création, à l’idée de départ, à son proto. Il doit encore accompagner son jeu pendant plusieurs mois, plusieurs années pour le faire évoluer, l’améliorer. Il aura ainsi fallu par exemple huit ans à Inis pour sortir chez Matagot, Son auteur, Christian Martinez, avait besoin d’affiner et d’équilibrer toutes les mécaniques de son jeu. Huit ans.

Mais qui dit tests, dit public. Bêta-testeurs. Amis. Famille. Assoc. Festivals. Un jeu ne peut pas se tester tout seul. Un jeu sur une étagère d’une boutique, avec le nom de son auteur dessus, c’est plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de personnes qui y ont joué avant, qui ont participé à sa création. Sans testeurs, un jeu ne peut pas exister.

Tout auteur peut compter sur son cercle d’amis, de testeurs habituels et également d’événements publics pour faire évoluer son jeu. D’autant que lors des tests, les bêta-testeurs proposent souvent des idées. Ils sont eux aussi quelque part co-auteurs du jeu. Pour autant que l’auteur utilise ce qu’il a vu, ce qu’il a entendu lors des tests.

Au final, c’est l’auteur qui choisit de garder, ou non, ces propositions. De les exploiter, de les modifier, de les brasser, de les rejeter. Sans l’auteur et sa vision, son travail, le jeu ne peut pas s’améliorer. Peut-être même pire, avec toutes les propositions, parfois farfelues, le jeu peut devenir un vrai foutoir.

L’auteur est-il tout seul derrière son jeu?

Tout seul, non. Mais c’est lui qui prendra les décisions finales.

Auteur: 1 point

Le blockbuster Outlive, à sortir en mai 2017 chez La Boîte de Jeu, créé par Grégory Oliver. Beaucoup de gens ont participé à son élaboration

Dév

Et enfin, le développement. L’auteur a élaboré un proto qui tient la route puisqu’il l’aura souvent testé. Son jeu est prêt.

Prêt… à quoi?

A trouver un éditeur. Celui-ci, peut-être intéressé, va le signer. Va-t-il alors tout de suite lancer la production pour le sortir en boutique?

Non.

L’éditeur va se saisir du jeu et le triturer. Le jeu va encore passer par toute une phase de développement auprès de l’éditeur. Développeur, c’est un véritable métier.

Prenez l’exemple de Cédric Lefebvre chez les Ludonaute, ou d’Arnaud Charpentier chez Matagot. Tous deux travaillent au sein d’une maison d’édition, et tous deux participent au développement des jeux signés. Quand un éditeur décide de signer, de prendre le jeu d’un auteur, il doit alors le soumettre à toute une batterie de nouveaux tests: équilibrage, affinage, ergonomie du matos, des illustrations, intérêt du public. Il peut même arriver que l’éditeur lâche un jeu signé. Ou, comme c’est plutôt souvent le cas, l’éditeur prend le proto d’un auteur, le soumet à des tests, à du développement en interne, pour finalement décider qu’il ne le signera pas.

Et quand on dit « éditeur », on pense aussi à « agent ». En effet, quelques agences, dont Origames par exemple, ou Forgenext, proposent de servir d’intermédiaires entre l’auteur et l’éditeur, pour s’occuper de ce processus de développement. En prenant une comm au passage si le jeu va aboutir.

Alors, l’auteur est-il tout seul derrière son jeu?

Non. L’éditeur porte une part importante de responsabilité dans le produit. Encore faut-il relever que pas tous les éditeurs ne s’investissent de la même manière. Et tout dépend de l’aboutissement du jeu, bien sûr. Certains éditeurs accompagnent le jeu de manière très rapprochée, tandis que d’autres préfèrent déléguer cette tâche à l’auteur et ne signent le jeu qu’une fois fini. L’auteur lance son jeu, c’est l’éditeur qui va le « sublimer » pour lui apporter sa touche graphique, artistique, ergonomique et physique.

Auteur: 0.5 points

Conclusion

Alors, est-ce que l’épisode d’Extra Credits a vu juste? Y a-t-il vraiment un mythe autour de l’auteur? Est-ce véritablement l’auteur tout seul qui est derrière toute la création? Création, tests, développement, non. Il est toujours accompagné par toute une batterie d’anonymes ou cités dans les règles. Mais au final, à part quand le jeu finit chez l’éditeur, et encore, l’auteur a parfois plus ou moins de pouvoir, de suivi auprès de l’éditeur, le travail de l’auteur, ses choix, sa vision, jouent un rôle prépondérant.

Non, Bruno Cathala n’était pas seul à créer Five Tribes. Il aura été inspiré par l’Awalé (et de son précédent jeu Longhorn, très proche). Il l’aura testé à de nombreuses reprises les vendredis soirs dans son cercle habituel de testeurs les vendredis soirs à Annecy, testeurs qui lui auront soumis des propositions plus ou moins pertinentes. Et enfin, son éditeur, Days of Wonder-Asmodée, aura apporté sa touche finale. Non, Bruno Cathala n’était pas seul. Mais alors pourquoi mettre son nom sur la boîte? Pour mieux le vendre? Certainement, oui, mais pas que. Car c’est l’auteur qui a accompagné son jeu tout au long du processus. C’est lui qui a pris les décisions, qui a retenu ce qui lui paraissait nécessaire pour enfin créer le jeu qui correspondait à ses envies, sa vision.

Le mythe de l’auteur, en tout cas dans le jeu de plateau et de rôle, n’est peut-être pas aussi pertinent que dans le jeu vidéo.

Mais au fond, c’est quoi un jeu à la mode?

La mode. Un mot honni. Mais en secret, sans oser nous l’avouer, un mot vénéré.

Qu’est-ce que la mode? Comment est-ce qu’un jeu devient à la mode?

De tous temps, en produits culturels (musique, livre, film, jeu) ou en vêtements, nous entretenons une relation ambiguë, contradictoire et passionnée avec la mode.

En réalité, nous ne voulons jamais admettre que la mode nous influence ou que nous y participons. La mode, c’est pour les moutons. Pour les suiveurs. Pour les faibles. Pour les autres. La mode, nous la repoussons, la refoulons, nous nous considérons toujours comme meilleurs que la meute. Et pourtant, nous avons tous en même temps besoin d’appartenir à un groupe. D’un point de vue sociologique, nous sommes toujours tiraillés entre ces deux radicalités. Crier notre différence, notre originalité, s’affranchir des codes et des modes, tout en les embrassant de manière plus ou moins implicite ou conscientisée.

Prenons l’exemple de Pokemon Go. Un jeu qui a passionné plusieurs dizaines de millions de joueurs en été 2016. Tout le monde en parlait. Les médias, friands de tendance, s’étaient emparés du phénomène et le relayaient à coup de comm rugissante. Pokemon Go, un véritable phénomène de mode mondial. Et vous? Y avez-vous joué? Avez-vous craqué? Résisté et dénigré? Difficile de rester indifférent. Comme toutes les modes, d’ailleurs.

Comment est-ce qu’une mode s’installe? Comment est-ce qu’un jeu soit sous les feux de la rampe, au point de devenir presque un… impératif?

Réseaux

Pour qu’une mode s’installe, deux initiatives doivent entrer en synergie. Le « bottom-up » et le « top-down ». Le premier provient du public. Le second, des entreprises qui essaient de pousser leur produit: un livre, une chanson, un jeu. Si les deux initiatives ne travaillent pas en bonne intelligence, c’est le flop et plus le top.

Il y a encore dix, vingt ans, la mode s’installait de manière tout à faire différente. Associés à la publicité, les médias dits aujourd’hui classiques, ou encore Legacy Media, presse, radio, télévision, jouaient un rôle prépondérant dans la propagation de la mode.

Mais depuis les années 2000-2010, Internet et les réseaux sociaux ont modifié la distribution de l’information de manière puissante. On ne communique plus comme avant. Facebook (2004), Instagram (2010), WhatsApp (2009), Twitter (2006), Snapchat (2011), YouTube (2005), Tumblr (2007), les podcasts audio, les sites et blogs, tous ont changé de manière profonde le paysage médiatique et notre accès à la communication, à l’information. En plus des médias classiques, la mode se diffuse aujourd’hui via ces canaux contemporains. Les seconds supplantant souvent les premiers.

Les réseaux sociaux sont d’ailleurs devenus les nouveaux chevaux de bataille des éditeurs. A coup de buzz, la publicité « ordinaire » est devenue sociale, virale, massive et organique. Le fabricant de buzz est devenu un véritable métier. Maîtriser les réseaux sociaux, sa « communauté » slash public slash clientèle est devenu crucial. C’est le top-down. Qui, avec un peu de patience, de chance, de brio et d’investissement, à la force du clic, du RT et du commentaire, se transforme alors en bottom-up. Et là, c’est banco. Le public s’en empare, la mode démarre.

Pour qu’une mode se crée, s’installe, se développe et se dissémine, les bottom-up et top-down doivent travailler en synergie. L’un sans l’autre, et la mode ne prend pas, ne trouve pas son public et fait un bide.

Les prix, Spiel des Jahres, As d’Or, Swiss Gamers Awards, assurent une certaine pérennité au jeu, reconnus par le public ou par un jury plus ou moins professionnel. La starisation, bien implanté depuis quelques années, joue également son rôle. Certains auteurs, certains éditeurs jouissent d’une réputation, d’une aura plus bankable que d’autres.

Alors c’est quoi, un jeu à la mode? C’est un jeu dont on entend parler, qu’on voit joué, souvent, par ses amis, sur Internet, sur les réseaux sociaux. Le jeu « du moment », celui qu’il faut avoir essayé. Pour ne pas être « largués ». Et toujours avec cette contradiction notoire. Plus un jeu est buzzé, et plus certaines voix s’élèveront pour s’y opposer, le remettre en question et se la jouer « rebelle ». Le piquant backlash.

Caté

On peut ranger les modes dans trois catégories. Pour expliciter leurs différences, prenons l’exemple d’un feu. Plus ou moins puissant, qui dure plus ou moins longtemps, chacun a sa particularité:

Combustion

Quand quelque chose prend feu, c’est soudain, intense. La combustion, traduit en mode, c’est quand un produit connaît une carrière aussi brève que fulgurante. Tout le monde parle de ce jeu, c’est LE blockbuster du moment. Qui disparaît aussi vite qu’il est arrivé. Soit remplacé par un autre, soit parce qu’après coup on se rend compte de ses défauts.

Feu de Camp

Le feu de camp chauffe beaucoup, puis refroidit, puis s’éteint tout seul (ou on fait pipi dessus, mais ça n’a rien à voir ici… 😄).

Le feu de camp, traduit en mode, c’est un produit dont la durée de vie est assez longue, mais dont l’intérêt diminue peu à peu. Puis disparaît. C’est un peu Pokemon Go. Folie en été 2016, puis gros ralentissement quelques semaines, mois plus tard. Des gens y jouent toujours bien sûr, mais la vague, la mode est passée. Time Stories, aussi, d’une certaine manière. Immense carton à sa sortie en septembre 2015, puis, malgré les nouveaux scénarios, l’essoufflement.

Bougie

La bougie produit peu de chaleur, peu de lumière, mais elle brûle longtemps. Rares sont les produits culturels, les jeux qui connaissent cette carrière. Les indispensables, bien sûr, Puerto Rico, Caylus, et les autres. Parfois, certains jeux commencent comme une combustion, puis finissent par devenir des bougies. Le cas de 7 Wonders, Pandémie, Dixit, Room 25, toujours joués, toujours connus. Magic, aussi, bien sûr, le jeu de cartes à collectionner qui depuis 1993 connaît toujours une carrière triomphale. Ou le dino, le jeu de rôle culte Donjons et Dragons, sorti en 1974, toujours joué depuis plus de quarante ans!

Méca

Il n’y a pas que des jeux qui peuvent être à la mode, mais certaines mécaniques aussi. La mode du deckbuilding, apparue en 2008 avec Dominion, continue son petit bout de chemin. Transformée, améliorée, parfois dissimulée, on la retrouve encore bien vigousse en 2016-2017 dans Star Realms, Not Alone ou Great Western Trail.

Depuis 2005 et Caylus, le placement d’ouvriers a réussi à s’imposer pour devenir aujourd’hui un poncif, entre Agricola et Lorenzo le Magnifique.

D’autant que des modes en génèrent d’autres. Prenez 7 Wonders qui a su se réapproprier le draft. Plusieurs mois, années plus tard, galvanisés par ces mécaniques d’autres titres apparaissent pour engendrer de nouvelles modes.

Souvent décriées mais toujours suivies, les modes n’en finissent pas de dresser le portrait de nos sociétés. Ce besoin d’appartenir au groupe, de partager les mêmes produits, les mêmes valeurs, tout en cherchant à s’octroyer une part de différence. La mode, c’est l’expression de la validation sociale teintée de ce doux parfum d’individualité.

 

Pour vous, quels sont aujourd’hui les jeux à la mode? Et avez-vous déjà suivi une mode que vous avez ensuite regretté d’avoir suivi?

Psychologie. Les 5 raisons qui expliquent le succès des jeux

Qu’est-ce qui nous pousse à jouer? Quelles sont les raisons psychologiques qui expliquent le succès grandissant des jeux, de plateau, de rôle mais aussi vidéo? Voici quelques pistes de réflexion.

Feedback

Les jeux offrent un retour direct sur ses actions et décisions. Un feedback immédiat et constant. Qui permet de se corriger, de s’améliorer ou de valider ses décisions. Pas un phénomène fréquent dans la vraie vie IRL. Les jeux permettent ainsi de progresser et d’apprécier cette progression.

Victoire

IRL, nous ne gagnons pas souvent. Un salaire, peut-être. Des compliments, de l’amour, de l’amitié. Mais les vraies victoires dans la vraie vie sont rares. Les jeux offrent justement la possibilité d’en remporter et de ressentir cette joie qui les accompagne. Et se mesurer aux autres pour se dépasser.

Escapisme

L’escapisme, c’est chercher à quitter pour une durée plus ou moins courte la routine ordinaire d’un quotidien ordinaire. Littérature, cinéma, parcs d’attraction, sport, et jeux, bien sûr. En témoigne le succès récent de la VR. La réalité, virtuelle. L’ailleurs.

L’escapisme, un besoin humain de vivre, de ressentir, de connaître autre chose, de s’échapper, de rêver, d’imaginer. Pour mieux revenir ensuite.

Les jeux, par leurs univers et leur flow, plongent le joueur dans une réalité alternée ou sublimée.

Lien

Les jeux sont surtout partagés. Jeux, de société, de rôle et à plusieurs, vidéo MMOs, ils sont un formidable vecteur de rencontres et de partage. De lien social. Nous sommes des animaux grégaires. Nous avons besoin de nous sentir entourés, écoutés, reconnus. Le jeu offre permet de se retrouver autour d’une table ou par écran interposé.

Règles

IRL, nous avons de la peine à saisir comment toutes les choses fonctionnent. Les rapports humains. Le monde professionnel. La politique internationale. Tout ce genre de trucs. On évolue dans son quotidien via expérience et intuition.

Le jeu, lui, est simple. Il repose sur des règles précises qui explicitent l’autorisé et l’interdit. Tu peux faire ça, comme ça, mais pas ça. Une bouffée d’air dans un monde pas toujours limpide.

Et vous, dans quel aspect vous retrouvez-vous?

Gus&Co. Un blog ordinaire

A la suite du post paru vendredi passé 24 février sur notre remise en question de l’As d’Or, et de sa crédibilité, nous avons reçu beaucoup, beaucoup de commentaires. Sur notre site et sur les réseaux sociaux. Et de réactions virulentes, parfois haineuses, agressives et insultantes.

Maintenant que la tempête s’est calmée, nous désirons revenir sur ce qui s’est passé. Et en profiter pour mettre les points sur les j sur l’ADN de notre blog. Pour que les choses soient plus claires et que ce genre de réactions ne se reproduisent plus.

Un blog ordinaire

Gus&Co est juste un blog. Un blog ordinaire. Qui n’a aucune, aucune ambition de concurrencer ou remplacer TricTrac ou Ludovox ou d’autres, de bien meilleurs sites, beaucoup plus pro et avec beaucoup plus de moyens. Gus&Co, c’est juste une assoc regroupant une quinzaine de passionnés de jeux suisses romands. Nous n’avons rien de particulier. Nous ne sommes personne en particulier. Nous sommes ordinaires.

C’est.

Tout.

Quand nous publions un article, nous ne le faisons jamais pour ramener du clic. Nous ne vendons absolument rien. Regardez bien, vous ne trouverez aucune pub ou bannière sur notre blog. Nous avons même pris l’option payante sur WordPress (30 euros par année) pour VOUS éviter de voir leur pub dégueulasses à eux (un peu l’arnaque de la part de WordPress. Mais passons). Alors oui, il y a toute une ribambelle de bannières sur la page du Bar à Jeux. Mais le Bar à Jeux est un lieu pour jouer à Genève. Hébergé sur Gus&Co. Mais les deux entités sont séparées.

Nous n’avons aucune prétention. Nous n’avons aucune ambition. Nous sommes juste des passionnés, fauchés (nous n’avons d’ailleurs pas pu partir à Cannes cette année, par manque de thunes) et loquaces. Parfois trop, j’en conviens.

Nous valorisons notre indépendance et notre ton acerbe, parce que ce sont les seuls moyens que nous possédons. Nous ne disposons pas de studio ou d’équipe de tournage, de matériel audio-visuel de dingue, ni d’informaticiens pour gérer le site.

Réactions

Il faut remettre l’église au milieu du village. Quand nous recevons des commentaires passionnels, vigoureux et parfois insultants, cela ne nous affecte pas beaucoup. Car nous ne sommes rien ni personne. Juste un petit blog qui existe depuis 2007, et c’est tout. Encore une fois, nous n’avons aucune prétention narcissique ou ambitieuse. Nous agresser ou nous insulter, c’est nous faire beaucoup, beaucoup trop d’honneur. C’est nous donner beaucoup, beaucoup trop d’importance. Alors que nous n’en avons juste aucune. Et que nous ne cherchons pas à en avoir.

Nous ne voulons pas non plus avoir raison. Si vous n’êtes pas d’accord avec nous, c’est que VOUS, vous avez raison et nous, tort. Car oui, nous avons tort. Tout le temps. Nous ne sommes d’accord qu’avec nous-mêmes. C’est déjà pas mal. Et encore, pas toujours.

On peut critiquer un média professionnel, qui possède les moyens pour gérer les commentaires ou la communication. Mais chercher à nous démonter ou nous prouver que nous nous trompons est une erreur de cible. Car nous ne valons rien.

Juste.

Rien.

Nos articles, nos avis, nos critiques, nos analyses ne sont que des écrits de passionnés. Rien de plus. Rien de moins. On peut les apprécier ou les détester. S’y retrouver ou pas. Mais notre blog n’est rien d’autre que le fruit d’une envie purement égoïste, celle d’écrire.

Excuses

Nous tenons à présenter nos excuses à tous ceux qui ont très mal pris l’article de vendredi qui remettait en question l’As d’Or.

Pardon.

Mille fois pardon.

Nous le regrettons.

Pas d’avoir écrit l’article. Mais que notre démarche ne soit pas suffisamment claire, au point de soulever une telle polémique au sein de la communauté ludique et de déchaîner les passions. Notre blog n’en vaut pas la peine, car nous ne sommes rien d’autre qu’un petit blog de petits suisses. Donc oui, pardon si ce n’est pas suffisamment clair.

Pardon si vous trouvez que nous cherchons à avoir raison.

Pardon si vous trouvez que nous nous la pétons.

Pardon si vous trouvez que nous cherchons à être les meilleurs.

Cela n’a jamais été notre objectif.

ADN

Nous continuerons à critiquer des jeux. Nous continuerons à remettre en question des acteurs du marché ludique.

Parce que.

Parce que nous jugeons que parfois tout est trop lisse, trop complaisant avec des éditeurs et distributeurs qui brassent des pépètes.

Mais nous n’avons aucune prétention de détenir la vérité. Nous ne cherchons pas à l’imposer. Juste à nous interroger sur des pratiques, des états de fait.

Et parfois oui, oui, nous nous trompons, comme tout le monde d’ailleurs. Nous n’avons pas les moyens d’investigation d’un grand groupe de presse. Nos journalistes ne sont pas formés au métier de journaliste, et de toute façon, nous n’avons pas les moyens de les rétribuer (à part une fondue, de temps en temps…). Nous ne poursuivons pas de but professionnel ou à terme, d’en vivre. Jamais.

Vous trouverez sur Gus&Co des articles de passionnés, de joueurs, de professeurs des écoles, d’universitaires, de théologiens, mais qui n’essaient pas de prétendre à détenir la vérité. Vous n’êtes pas d’accord avec l’un de nos articles? Une analyse qui vous dérange? Une critique qui vous irrite? Vous en avez évidemment le droit. Et vous avez raison. Toujours. Parce que c’est votre avis à vous qui compte. Bien plus que le nôtre, en réalité.

Mais comprenez-nous bien. Nous n’avons pas la prétention de dire que nous avons raison ou que nous sommes les meilleurs. Nous agresser, c’est dépenser beaucoup trop d’énergie pour ce que nous sommes en réalité. En plus de gérer, animer et alimenter Gus&Co, nous avons tous un métier ou une occupation en-dehors.

Nos articles, nous les écrivons la nuit une fois les enfants couchés, ou le matin très tôt avant le boulot quand ils dorment encore, ou pendant leur sieste à eux (et pas la nôtre…).

D’ailleurs, aujourd’hui, c’est samedi. C’est le seul moment que nous avons trouvé dans la semaine pour pondre cet article. Car le reste de la semaine, comme vous, nous avons d’autres occupations qui remplissent bien nos journées. Gus&Co, c’est en plus de tout le reste. Quand nous trouvons le temps.

Merci

Alors oui, nous tenons à vous dire merci. Merci à vous d’avoir lu cet article et d’avoir fait l’effort de comprendre notre démarche. Merci d’être une lectrice ou lecteur fidèle de Gus&Co depuis quelques jours, quelques mois, ou même quelques années. Nous faisons ce que nous aimons:

Ecrire.

Partager.

Nous interroger.

Ceci est notre manifeste. Ceci est notre ADN.

Merci de nous suivre. Tout simplement.

A très vite sur Gus&Co (nos prochains articles à découvrir la semaine prochaine: psychologie et jeux de société, les raisons qui nous poussent à jouer. Et aussi: comment le jeu aide à prendre la parole. Et aussi: l’annonce du programme de la convention suisse Ludesco)

Edito: pourquoi l’As d’Or est nécessaire. Et en même temps complètement absurde

Ca y est, les résultats sont tombés hier soir. Le fameux prix a été décerné au meilleur jeu de société de 2016 (enfin, on va y revenir plus tard…), dans la catégorie grand public, joueurs experts et enfants.

Depuis 1988 ans, le festival du jeu organisé à Cannes en février-mars annonce quelques semaines au préalable les nominations des meilleurs jeux par catégorie, puis le palmarès final tombe le soir avant l’ouverture du festival. Hier, donc.

Pourquoi l’As d’Or est-il nécessaire?

Pour trois raisons.

Parce que ça fait du bien à l’industrie

L’As d’Or est un prix franco-français qui félicite un jeu sorti en VF en France dans l’année (en principe…). C’est donc un moment important et propice pour le marché des professionnels francophones, éditeurs, auteurs, distributeurs, illustrateurs, médias, de se retrouver autour de cet événement pour négocier des contrats et échanger autour des pratiques, des chiffres, de la situation. Pour juste se retrouver entre passionnés.

Dans la très grande majorité des cas, les professionnels se sont lancés dans l’aventure par passion. Le jeu de société était leur hobby, ils en ont fait leur métier (mais au fond, est-ce une bonne idée de faire de son hobby son métier? Les concernés s’expriment). Se retrouver entre professionnels passionnés, et souvent amis, est un moment privilégié. D’autant que ces opportunités sont très rares dans le calendrier annuel des professionnels, toujours tiraillés entre deadlines des sorties. Avec Essen et Nüremberg, Cannes est le troisième angle à constituer ce triptyque annuel. Avec la Gen Con qui vient de plus en plus s’immiscer dans la partie.

Parce que ça fait du bien aux joueurs

Mais au fond, qu’est-ce qui nous pousse à aller à Cannes, à Essen?

L’As d’Or, et le Festival International des Jeux à Cannes, est un événement fédérateur, rassembleur. Nous, êtres humains, mammifères grégaires, sommes extrêmement compliqués et contradictoires. Autant nous apprécions nous démarquer, nous montrer différents de la meute, ne pas faire comme tout le monde, marquer notre individualité, autant nous apprécions faire partie d’un tout, d’un groupe, d’une communauté, d’une famille. Nous tendons à la différence, mais partagée.

Nos contradictions sont notre identité.

Porter une cravate, ok, mais de couleur différente que celle de son voisin. Avoir une coupe de cheveux originale, certes, mais plus ou moins inspirée de celle de vedettes. Jouer à des jeux de société auxquels personne ne joue, parfait. Mais personne? vraiment?

Autant on a besoin de se démarquer et autant on a besoin de se retrouver, de partager, de communier autour d’une même passion.

Et c’est ça, l’As d’Or et le FIJ.

Enlevez ce genre de raouts, et qu’est-ce qui nous reste? Des soirées passées à jouer à 2-3 personnes et de longues heures devant son écran à suivre des sites et des blogs de passionnés… Un peu tristoune, non?

Parce que ça fait du bien au jeu de société moderne

On a mal débuté notre rencontre. On recommence?

Le jeu de société, c’est malheureusement ça. Faites un test, là, maintenant, tout de suite, aujourd’hui, ce soir, demain. Demandez aux gens qui vous entourent, dans le bus, dans le métro, dans votre famille, au boulot, allez-leur demander de vous citer trois jeux de société qu’ils connaissent. Vous verrez, leur réponse sera accablante. Quand on parle de jeu de société, la grande majorité du public continue à sortir des titres cultes, classiques et cucul comme le Monopoly, le Trivial Pursuit, ou au mieux, Dobble ou Jungle Speed… On se situe à des milliers de kilomètres des milliers de titres innovants et ébouriffants qui sortent chaque année (4’000 en 2016).

L’As d’Or est un formidable tremplin pour démocratiser le jeu de société, dit moderne depuis la fin des années 90 (au contraire du jeu de société dit traditionnel. Ante 1990). Tremplin, car les médias, friands de tendances et de hype, seront ravis de partager l’information. Et peu à peu, les petits ruisseaux font les grands fleuves, le jeu de société moderne deviendra, comme le cinéma, la bédé, la littérature, un véritable objet culturel reconnu par la masse, et non plus cet objet de dérision et de divertissement réservés aux grands-parents un dimanche de pluie. Ou à ces ludigeeks adulescents et mal-rasés.

Les poncifs ont la dent dure. L’As d’Or est un bon dentiste.

Mais en même temps complètement absurde?

Parce qu’en 2017, ce sont neuf personnes qui ont été sélectionnées pour choisir les trois meilleurs jeux. Neuf personnes triées sur le volet par les organisateurs du salon. Organisateurs qui eux-mêmes n’y connaissent pas grand chose au jeu, il faut le reconnaître. Ces organisateurs ont reçu comme mission de la part de la municipalité de faire vivre la ville en période creuse, d’animer le fameux Palais des Festivals trois mois avant les réjouissances cinématographiques qui cannibalisent toute la ville et les attentions internationales.

Neuf spécialistes du jeu, donc, moguls des médias, ludothécaires, boutiquiers, conservateurs de musée du jeu, qui vont trifouiller dans les sorties de l’année (enfin, on y reviendra) pour trouver LA pépite. Celle qui sort du lot. Celle qui plaira au plus grand nombre. Celle qui va procurer plaisir et immersion ludiques. Celle qui mérite la palme le dé prestigieuse. Le but de l’As d’Or n’est pas tellement de décerner un prix au meilleur jeu, mais de déceler celui qui va ravir le plus de joueurs.

Mais bon.

Soyons honnêtes.

Il ne s’agit que de neuf individus.

Je ne suis pas Français, une nation habituée à la « monarchie » constitutionnelle. On élit un « roi » (ou bientôt reine, en mai… Ou pas. Oui, disons « ou pas »), roi à la tête du pays qui en fait ensuite à sa tête pour introduire ou appliquer n’importe quelle loi (ou au pire, si le pouvoir législatif n’est pas d’accord, 49-3 dans tes dents).

On parle de république, puisque le gouvernement est élu au suffrage universel. Le peuple choisit, le peuple décide. Mais ensuite le peuple subit (la preuve avec le président actuel, extrêmement socialiste trois petits points ironiques).

Vous trouvez que je me perds en conjectures politique et citoyenne? Restez encore un tout petit peu avec moi. Vous verrez, ça deviendra limpide.

Je suis suisse. En Suisse, notre système est différent. J’ai été élevé par et dans la démocratie directe. La démocratie du peuple par le peuple. Les initiatives, les référendums, tout ça. Ou quand le peuple a vraiment la parole. Nous élisons notre pouvoir législatif national, qui, lui, choisira ensuite le pouvoir exécutif national. Tandis qu’au niveau communal et cantonal, donc « humain » et plus micro, c’est le peuple qui le désigne de manière directe.

Mais revenons à nos moutons.

Ces neuf spécialistes ont été désignés par des organisateurs. Organisateurs qui n’ont eux-mêmes qu’une bribe d’expertise dans le domaine du jeu de société. Ces désignations sont en fonction des activités, de la connaissance, de l’implication du jury dans le marché. Mais cela reste arbitraire, et le processus n’est absolument pas démocratique. D’autant qu’au final, le pouvoir décisionnel d’attribuer l’As d’Or est délégué par une assemblée constitutionnelle non-spécialiste (=les orgas du FIJ) à un parterre de spécialistes (=le jury) « triés » sur le volet. Triés, vraiment? Ou copinage? Ou flagrance (trop?) évidente? Ou instrumentalisation? Quel est le processus détaillé de désignation du jury?

Ma question est la suivante: faut-il en faire tout un foin de l’As d’Or, juste parce que neuf gulus catapultés décident que ces jeux sont mieux que d’autres? Quelle crédibilité attribuer à ce « fameux » prix?

La réponse paraît aussi évidente qu’abrupte.

Aucune.

Le prix est absurde.

Sauf la crédibilité qu’on veut bien lui conférer.

Et qu’importe le protocole ou le résultat, aussi biaisé et peu démocratique qu’il puisse être, c’est la finalité-même qui importe au monde et au marché du jeu. Parce que oui, l’As d’Or est important pour le monde du jeu de société. Pour nous, passionnées que nous sommes, qui passons tant d’heures à subir l’infobésité, à dépenser tant dans ce loisir culturel. L’As d’Or est un moment privilégié. Festif. Extraordinaire. Unique.

Vivement l’As d’Or 2018.

Un As d’Or 2017 qui restera dans les an(n)ales de l’histoire

Nous ne nous arrêterons pas sur l’As d’Or de la catégorie « Enfants », parce que nous n’y connaissons absolument rien en jeux pour enfants (ni en enfants, d’ailleurs. La preuve, j’en ai deux).

Mais arrêtons-nous tout de même deux minutes sur les deux autres jeux primés. Deux jeux qui peuvent soulever la polémique. Ou en tout cas une sérieuse surélévation de sourcils.

Catégorie Tout Public

Et c’est Unlock! qui remporte le prix. De l’As d’Or 2017. Ou devrais-je dire l’AsMODEE d’Or.

Unlock!, on vous en parle depuis « longtemps », depuis Essen où on a pu le découvrir en avant-première. Et déjà en octobre, on vous prédisait de son succès. Un jeu immersif. Incroyable. Et tout ce genres d’adjectifs épiques et dithyrambiques. Le jeu va cartonner, c’est sûr.

Un choix étrange qui pourra prêter à controverse. Pour trois raisons.

1. Asmodée

Unlock!, c’est du pur cocorico. L’auteur principal (Cyril D) est un employé d’Asmodée. Les deux autres qui ont signé les deux autres scénarios aussi, d’ailleurs. L’éditeur, Space Cowboys, appartient aussi à Asmodée. Et Unlock! est distribué par… devinez qui? Oui, vous avez trouvé. Bref, c’est plutôt l’AsMODEE d’Or. Unlock! est une pure production franco-française à l’interne d’Asmodée. Aucune trad, aucune localisation. Un choix politique? Volontaire? Economique? Indépendant?

Surtout quand on sait que 49% de TT est détenu par Asmodée, et que le contributeur principal du FIJ est… aussi Asmodée. Loin de moi l’envie d’échafauder des théoriques conspirationnistes complaisantes, mais on est en droit de se poser quelques questions. Surtout que point numéro deux.

2. Timing

Unlock! a été sélectionné et nominé par le jury de l’As d’Or bien avant que le jeu ne sorte officiellement. Même bien avant que le jeu ne soit arrivé dans les entrepôts de l’éditeur/distributeur. Le jury aurait alors joué au proto. Au. Proto. En décembre, c’est-à-dire quelques semaines avant que le jeu soit annoncé comme faisant partie des nominés, l’appli n’était même pas encore finalisée.

Cette situation rocambolesque s’était déjà produite en 2011 avec Skull n’Roses qui avait alors défrayé la chronique. Cette année, visiblement, la pratique ne semble plus choquer grand-monde. Une habituation? Un choix tellement évident? Une solide réput de l’éditeur qui ne prête pas à la polémique parce qu’ils sont vraiment trop sympa ces djeunes?

Mais étrange, quand même, de sélectionner un jeu pas encore sorti, pour le préférer à d’autres, plus… officiels et « légitimes ». Est-ce à dire que tous les autres sortis dans l’année étaient vraiment de la daube? Ou qu’il y a eu quelques pressions à l’interne pour pousser un jeu pas encore sorti, pour exploser tous les records de vente à sa sortie? Ou se la jouer As d’Or=pionnier=découvreur de talent?

3. Stigmate

Et puis, au final, que dire de ce choix baroque de décerner le fameux prix à un jeu… jetable? On y joue au maximum trois heures (ou un peu plus si on a de la peine), puis bye-bye. Impossible alors d’y rejouer. Pour en faire quoi, ensuite? Le laisser prendre la poussière? L’offrir à ses amis? Le revendre? Guettez les sites d’occas, à n’en pas douter la marée va bientôt se lever.

Ca ne vous choque pas, vous, qu’on ait préféré donner comme message que le meilleur jeu de 2017 se devait d’être un objet culturel obsolète, consommable, jetable? Un objet. Culturel. De société.

C’est vraiment ça, l’image qu’on veut donner du jeu? De notre culture? De notre société? Un usage unique?

Triste et accablant constat. Et pourtant tellement stigmate de nos sociétés actuelles. En 2016-2017, même la vérité n’a plus besoin d’être vraie , elle aussi est devenue à usage unique. On lance des post-vérités alternatives un jour, pour annoncer tout son contraire le lendemain. Le but ultime? Toucher le plus grande monde. Capter l’attention, la nouvelle économie, rare et précieuse. Susciter de l’émotion. Favoriser un court-terme certes flamboyant mais éphémère, VS le contraire.

Non, finalement, avoir choisi Unlock! ne me choque pas. Il m’atterre. Pas que le jeu soit mauvais, bien au contraire, comprenez-moi bien, juste qu’il est révélateur de notre société du jetable. Oui, un très bon choix, au final. Très cohérent. Très contemporain. Très cynique. Rarement un jeu aura à ce point cristallisé sa réalité. Un choix éclairé, politique et critique du jury?

Catégorie Expert

Et le prix du meilleur jeu pour experts 2017 va à… Scythe.

Pas besoin de s’étendre sur le sujet, nous l’avons déjà fait avec le Swiss Gamers Award qui a déjà décerné son prix 2016 à cette quintessence lumineuse du 4X. Un excellent jeu.

N’en reste que le choix est aussi étrange puisque le jeu n’est plus/pas encore disponible en français. Si vous n’avez pas suivi toute l’affaire, voici un petit rappel des faits.

Précédemment, dans Scythe…

Stegmaier, l’auteur et éditeur américain, lance un KS à succès (presque 2 millions récoltés) pour la VO en 2015. Le jeu sort en 2016, avec de l’avance, il faut le préciser, chose extrêmement rare dans le paysage des précommandes participatives. Et c’est l’éditeur toulousain Morning qui s’occupe de l’implantation (trad + distribution) comme ils l’ont déjà fait au préalable avec Euphoria. Le jeu est dispo en VF sur le stand Morning à Essen en octobre 2016. Plusieurs centaines de boîtes sont dispo.

Et là, c’est le drame.

Morning, pour des questions de politique interne, préfèrent se concentrer sur l’édition et plus l’implantation (onéreuse pour Scythe, qui plus est). Les droits pour la VF sont alors… abandonnés. Les boîtes Morning déjà produites seront finies d’être vendues, et puis, c’est tout.

Pas de nouveaux stock.

Bye bye.

Et là, rebondissement.

Matagot contacte l’éditeur américain Stegmaier pour négocier les droits pour une nouvelle implantation francophone. Ça marche!

Mais.

Mais le temps de relancer la machine, en Chine, avec le transport et le Nouvel-An chinois entre deux, la nouvelle édition de Scythe en VF chez Matagot ne sera pas disponible avant avril 2017. Disons plutôt mai, et on reste ami.

Donc voilà. On en est là.

Un jeu primé. Encensé. Mais indisponible. Quand le jeu sortira dans 2-3 mois, on verra si l’engouement sera toujours là. Car le tapis roulant des nouveautés continue d’avancer, lui, et de plus en plus vite.

Point. Barre.

Pour conclure, vous pourriez dire que Gus&Co se la ramène et essaie de jouer les empêcheurs de jouer de rond. Mais est-ce qu’une voix dissonante, une remise en question, n’est pas le fondement propre d’une démocratie et de la liberté? Son ADN, somme toute? Gus&Co, FAKE NEWS aussi? 😜 Qui a le monopole de la vérité? Celui qui affirme ou celui qui interroge?

“It isn’t the rebels who cause the troubles of the world, it’s the troubles that cause the rebels.” Carl Oglesby

Donc voilà. On en est là. L’As d’Or 2017 laisse un goût étrange dans la bouche. Un petit goût de polémique avachie, qui, au final, ne changera rien.

« The future is fine. Just keep shopping » Paolo Bacigalupi

PS cette année, encore une fois, Gus&Co ne sera pas à Cannes. Parce qu’au contraire de certains de nos confrères, nous ne bénéficions d’aucune entrée d’argent, d’aucune entrée publicitaire, d’aucun soutien financier. Du coup, on est fauché. Non, ce n’est pas parce qu’on est suisse qu’on a tous des comptes en banque cachés plein de lingots d’or. En chocolat. Et encore. Partir 3-4 jours à Cannes de Genève pour couvrir l’événement pour VOUS, lecteurs, ça coûte. Pas un bras, mais quand même un budget à dégager de 500-700 euros par personne. Quand vous avez un loyer et deux enfants à charge, tout de suite, ça calme.

On a pensé faire du stop et dormir sous tente pour réduire les frais, mais on n’a plus vingt ans non plus… (comptez plutôt le double, poivre et sel bien assumé…). C’est triste, mais c’est comme ça. Soyons honnêtes, nous ne pouvons pas en même temps fanfaronner sur notre indépendance et en même temps toucher un gros salaire versé par la comm des éditeurs…. Du coup, si vous voulez suivre l’événement, allez faire un tour sur le site de nos amis et non moins collègues.

Le site du Barbu à Carreaux

Nos amis des traboules

Et si chez vous aussi, cet As d’Or 2017 suscite un froncement de sourcils, levez la main. Ou laissez un commentaire. 

Dossier spécial Emotions. Pourquoi jouer nous rend heureux 💓

Voici donc le tout dernier chapitre des dossiers Émotion et jeux de société.

Après:

L’Emerveillement

La Peur

La Frustration

Et sur quelle émotion finir pour clore en beauté ce dossier spécial jeux et émotions? Le bonheur bien sûr. Le bonheur et les jeux de société.

Mais au fond, c’est quoi le bonheur?

Certainement la question la plus épineuse de l’univers. S’il y avait une recette facile et universelle, tout le monde pourrait l’appliquer. Le tout petit souci avec le bonheur, c’est qu’il est personnel. Ce qui rendra quelqu’un heureux ne fonctionnera pas pour quelqu’un d’autres. Et que souvent, on atteint, ressent cette émotion s’en même s’en rendre compte. Et qu’on aurait tendance à la rechercher alors qu’on la vit déjà.

Déjà, de un, oui, le bonheur existe. Quand des émotions positives sont vécues, et on peut le voir, certaines parties du cerveau sont activées.

Ensuite, comme vu plus haut, et comme la plupart des émotions, le bonheur est une expérience extrêmement personnelle. Certains évalueront une expérience comme positive, d’autres pas. Dans son livre De Chair et d’Âme (2006), le psychologue Boris Cyrulnik avance la théorie que pour être heureux, il faut avoir souffert. L’un ne va pas sans l’autre, une dualité, une respiration bonheur-malheur. C’est le retour à la sécurité qui rend heureux. Soit. Mais pas seulement.

Le bonheur est une émotion tellement recherchée parce que positive qu’on tend à courir après. C’est tout le sens du poème de Paul Fort. Le bonheur. Ecrit en 1917 quand même. Aucun rapport avec la Première Guerre Mondiale (ou pas, puisque le poète s’adressait d’abord aux Poilus et à leur expérience dans les tranchées).

Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.

Le bonheur est dans le pré, cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite,

dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite,

sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite,

sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite,

de pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite,

saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé!

Bref.

Le bonheur nous est vital, le bonheur nous motive. Il nous pousse à rêver, à imaginer, à espérer. Sans bonheur, et sans sa recherche, nous ne serions que des carcasses crasses, vides et froides. C’est peut-être encore ce qui manque aux robots et aux IA, cette ambition du bonheur.

Pour frôler le bonheur, encore faut-il profiter de l’instant présent. Le fameux Carpe Diem.

Et justement, mauvaise nouvelle, et c’est prouvé, le bonheur ne dure pas. C’est ce qu’on appelle l’adaptation hédonique. Qu’importe le plaisir ressenti, d’emménager dans une nouvelle, grande et belle maison, d’avoir un nouveau vélo tout pimpant, de partir en vacances ou d’avoir reçu un nouveau jeu. Ce plaisir va ensuite diminuer pour revenir « à la normale ». Parce que nous nous habituons. Parce qu’au bout d’un moment, nous ne considérons plus ces incroyables éléments comme incroyables, justement. Ils deviendront acquis, intégrés et normalisés dans nos vies. Et également parce que nous voudrons avoir toujours plus, ce qui risque de créer une disposition à l’insatisfaction, à une certaine forme de tristesse et de malheur.

Le bonheur est dans le jeu

Le jeu est lié au bonheur. Et recto verso. Le jeu peut provoquer cette émotion de deux manières: l’expérience endogène et exogène. L’expérience endogène, c’est quand l’activité est pratiquée. Exogène, c’est tout ce qui est lié au jeu, mais pas à sa pratique directe. Intéressons-nous aux deux.

Endogène

Jouer nous rend heureux pour plusieurs raisons:

But

Tout d’abord, jouer nous donne un but. On vise la victoire bien sûr, et pour y arriver on doit passer par plusieurs étapes : attaque & défense, recherche & acquisition de ressources, etc. Tous ces stades rendent le jeu captivant, car il nous donne une mission, nous savons quoi faire et où aller, ce qui n’est pas toujours le cas dans la vie en général. Dans un jeu, tout devient beaucoup plus simple. On sait quoi faire et comment y arriver. En toute simplicité, une certaine forme de bonheur.

Résolution

Les jeux nous demandent de résoudre des défis, des énigmes, des difficultés. Nous les apprécions, car ils nous font croître. Ils nous épuisent, nous fragilisent, mais nous rendent au final grandis. Et il y a quelque chose de l’ordre du bonheur d’avoir été capable de comprendre un jeu et sa mécanique, d’être arrivé au bout. Qu’on ait perdu ou gagné.

Contrôle

Jouer nous donne la possibilité de contrôler. Nos décisions. Nos actions. Même si les règles sont là pour cadrer le jeu, notre contrôle s’exprime justement en développant des stratégies pour parvenir à la victoire dans un cadre donné. La vie ne nous offre pas toujours autant de contrôle. Nous la subissons en partie : santé, lois physiques, travail, etc.

Le jeu nous permet justement de « tordre la réalité » comme il nous paraît approprié. Cela nous donne une sensation de liberté. De puissance. De bonheur.

Progression

Le jeu nous permet de progresser, comme discuté plus haut dans l’aspect « objectif ». Mais le jeu nous donne surtout la possibilité de visualiser cette progression. Il nous donne un sentiment d’accomplissement, d’élévation, puisque souvent des niveaux supérieurs sont atteints. Des feedbacks constants. Nécessaires. C’est tout le plaisir des jeux vidéo, qui nous rendent un feedback immédiat.

Cette recherche d’amélioration et de progression est importante, car elle témoigne de notre avancée, de nos accomplissements. Dans la vraie vie, ce feedback n’est pas toujours obtenu.

Legacy

Comment expliquer le succès des jeux à format Legacy (Pandémie, Risk, SeaFall, bientôt Charterstone)? Ils surfent sur le concept de l’adaptation hédonique. Au bout d’un moment, plus ou moins long, les parties d’un jeu finissent par se ressembler. Et le plaisir de la découverte, le bonheur ressenti tend à s’amenuise. D’où le plaisir ressenti avec un format Legacy. Car le jeu se réinvente à chaque partie. Il évolue. Comme notre bonheur. Impossible de tomber dans l’habituation.

Neurosciences

Les neurosciences et les hormones ont un rôle extrêmement important à jouer dans cette question. Entre la dopamine et l’ocytocine, certaines situations ludiques libèrent des hormones puissantes qui agissent sur notre humeur et émotions pour nous faire du bien. Comme l’endorphine. Ceux qui pratiquent des sports d’endurance (running…) connaissent ce shot.

Un prochain dossier spéciale neurosciences en préparation sur Gus&Co? Pas impossible trois petits points

Gloire

Les hommes et les femmes se sont toujours mesurés à leurs compatriotes. En entrant dans une pièce, on jauge les personnes présentes pour se dire qu’on est plus beau / grand / fort / intelligent que les autres : joutes, compétitions, jeux. Se faire sa place est important.

Ce besoin de nous détacher de « la meute » est certainement un réflexe animal qui remonte à loin dans notre évolution. Supérieur aux autres, nous prouvons notre valeur, mais surtout notre capacité à survivre.

Le jeu nous permet justement de nous mesurer aux autres et de connaître la « gloire » par la victoire.

Encore faut-il rajouter que pour se sentir supérieur, on a besoin de la reconnaissance des autres. Tout seul, toute affirmation est caduque.

Flow

Le jeu est une formidable machine à voyager dans le temps. On peut passer 4h sur un jeu et ne pas avoir vu le temps passer. C’est d’ailleurs bien pour cela qu’il n’y a jamais de fenêtres dans les casinos, l’extérieur est toujours occulté. Pour que les joueurs ne remarquent pas le temps passer et continuent à jouer (et à dépenser…).

Jouer nous transpose dans une réalité temporelle virtuelle, et jouissive. Plus une activité est fun, plus le temps passe vite. Le contraire est aussi vrai, rappelez-vous vos cours de maths / allemand / visites chez le dentiste / les trois (cochez la bonne proposition).

C’est tout le concept du Flow, développée en 1975 par le psychologue Mihály Csíkszentmihályi. Bien souvent, un jeu, ou toute autre activité, dès qu’il s’avère suffisamment prenant et passionnant il place l’utilisateur dans une zone particulière qu’on appelle le Flow, « la zone ». Un certain équilibre entre compétences, niveau de difficulté et progression, qui est source de très grande satisfaction. En français, on appelle ça la ZPD, la Zone Proximale de Développement.

Si la difficulté d’un jeu est trop élevée par rapport aux compétences requises, le sentiment d’échec et l’anxiété ressentis seront plus importants, entraînant un effet négatif. Si la difficulté est trop faible par rapport aux compétences, le joueur ressentira un ennui, également désagréable.

Le Flow. Un intense bonheur. Qui fait que le temps passe extrêmement vite. Les 4h qu’on n’a pas vu passer. Ecrire, faire du sport, lire, étudier, passer du temps avec ses amis, jouer. Toutes ces activités qui peuvent nous plonger dans la zone.

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Ensemble

Le jeu est avant tout social. Même les jeux vidéo d’aujourd’hui sont devenus en réseau, MMO, sur réseaux sociaux pour comparer ses résultats, etc.

L’homme est un animal grégaire. Il faut se faire violence pour rester solitaire. Nous avons besoin des autres, d’être en société. Nous avons, pour la plupart d’entre nous, beaucoup de difficultés à accepter la solitude.

Jouer, c’est être entouré, partager du temps à plusieurs, ensemble. Tout est dans le titre. Jeux de société. De société.

Meilleur

Le jeu nous permet également de projeter une meilleure image de soi, de se transposer et de se transfigurer.

Le cas est flagrant dans les jeux de rôle, vidéo ou papier, lorsque nous nous créons un alter ego, souvent plus rapide, plus beau, plus fort, souvenez-vous de Jake Sully dans Avatar par exemple. Ou de Wade Watts dans l’excellent roman Ready Player One, dont l’adaptation ciné est justement en train d’être tournée par Spielberg pour une sortie prévue l’année prochaine. Un personnage obèse et pas très beau qui se crée un avatar charmant dans la réalité virtuelle d’OASIS. Cela nous permet de nous échapper de nous-mêmes. De nous imaginer ailleurs. Meilleur. Une source de bonheur.

Fun

La dernière raison qui nous pousse à jouer est bien évidemment le fun que nous ressentons en jouant. Fun = plaisir.

L’être humain est hédoniste. Il apprécie s’adonner au plaisir, cela lui confère bonheur et soulagement dans une vie pas tous les jours facile. Le jeu est un exutoire, une parenthèse bienfaisante. Nous jouons pour oublier, pour voir autre chose.

Exogène

Le jeu peut également rendre heureux, même quand il n’est pas pratiqué.

Nouveautés

Entre euphorie, saturation et « infobésité », avec 4’000 jeux sortis en 2016, la nouveauté s’est presque affirmée en culte. Tant de jeux. Tant de bons jeux. C’est statistique. Plus il y a de jeux, et plus la proportion de bons jeux est élevée. Imaginez la situation il y a vingt ans, en 1997 et ses 200 jeux. 200. 😆

Du coup, suivre les nouveautés s’est aujourd’hui transformé en chasse au trésor. Découvrir LA perle. Et qu’importe la destination, ce qui compte c’est le voyage. L’excitation et l’alacrité ainsi provoqués. Ne serait-ce pas cela justement qui meut chaque année des milliers de passionnés sur les salons? FIJ bientôt, PEL, Gen Con, Essen? Cet explosif mélange entre fébrilité, impatience, exaltation et plaisir de la découverte.

Ouverture

Haaaaa, l’ouverture d’une nouvelle boîte. Une expérience sensationnelle, sensorielle, sémillante, presque sensuelle. D’abord ce déchirement souple du blister. Puis cette boîte qu’on soulève, tout anxieux et excité. L’odeur de la nouveauté qui nous arrive aux narines. Puis les punchboards dont on s’empare comme un suave sacerdoce. Et enfin, tout ce matériel qu’on étend devant soi, hâtif ou langoureux, c’est selon. On frôle le bonheur. Exagéré? Pas pour tous.

Possession

Quelle est la toute première émotion qui vous vient quand vous regardez votre collection de jeux? De la fierté? Du bonheur? Ou de la honte d’avoir autant de jeux?

Notre besoin d’acheter, de posséder est pur vacarme atavique. Notre passé nomade de chasseur-cueilleur nous pousse à accumuler. Impulsion VS Compulsion. Passion VS Raison. Besoin VS Désir. Bonheur VS Malheur. Acheter, posséder nous rend heureux. Pas longtemps, certes. S’ensuit alors cette malédiction de l’adaptation hédonique. Et au 21e siècle, en pleine crise environnementale, pas certain que le (sur)consommation soit une réponse adaptée et durable. Voire plus bas le TED de Graham Hill.

Et vous, qu’est-ce qui vous rend heureux dans les jeux?

Mais encore

A écouter:

Future Tense, un récent podcast récent australien qui parle du culte du bonheur au travail. Qu’il est surfait et pas gage de productivité.

A voir:

C’est quoi, le secret du bonheur? LE TED sur la question. Dan Gilbert nous présente « tous » les « secrets » du bonheur. La science du bonheur, en somme. Édifiant.

Un autre TED. Le Carpe Diem du 21e siècle.

Est-ce que posséder moins d’objets / de jeux vous rendrait plus heureux? Et pas le contraire?

Le tout dernier Ted Ed sorti le 7 février. Est-ce que gagner à la loterie vous rendrait plus heureux? Mmmmh? Vous diriez quoi? Extrêmement intéressant. Qui reprend le concept de l’adaptation hédonique.

A lire:

Cité dans l’article, l’excellent livre de Boris Cyrulnik, De Chair et d’Âme, sorti en 2006.

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A fredonner:

Les deux chansons les plus cultes sur le bonheur…

Here’s a little song I wrote
You might want to sing it note-for-note
Don’t worry, be happy
In every life we have some trouble
But when you worry, you make it double
Don’t worry, be happy Don’t worry, be happy now

Ooo-oo-hoo-hoo-oo hoo-hoo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Woo-oo-woo-oo-woo-oo-ooo Be happy
Woo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ooo-oo-hoo-hoo-oo hoo-hoo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Woo-oo-woo-oo-oo-oo-ooo Be happy
Woo-oo-woo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ain’t got no place to lay your head
Somebody came and took your bed
Don’t worry, be happy
The landlord say your rent is late
He may have to litigate
Don’t worry, (ha-ha ha-ha ha-ha) be happy (look at me, I’m happy)

Ooo-oo-hoo-hoo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Be happy
Oo-oo-oo-oo-ooo (Here, I’ll give you my phone number. When you’re
Worried, call me. I’ll make you happy.)
Ooo-oo-hoo-hoo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Woo-oo-oo-oo-oo-oo-oo Be happy
Woo-oo-oo-oo-ooo

Ain’t got no cash, ain’t got no style
Ain’t got no gal to make you smile
But don’t worry, be happy
‘Cause when you’re worried, your face will frown
And that will bring everybody down
So don’t worry, be happy Don’t worry, be happy now

Ooo-oo-hoo-oo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Be happy
Woo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ooo-oo-oo-oo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Woo-oo-oo-oo-oo-oo-oo Be happy
Woo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Now there, is this song I wrote
I hope you learned it note-for-note, like good little children
Don’t worry, be happy
A-listen to a-what I say
In your life, expect some trouble
When you worry you make it double
Don’t worry, be happy, be happy now

Ooo-oo-hoo-hoo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Be happy
Oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ooo-oo-hoo-oo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Woo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Be happy
Woo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ooo-oo-hoo-oo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, don’t worry
Oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t do it, be happy
Oo-oo-oo-oo-ooo Put a smile on your face
Don’t bring everybody down like
This
Ooo-oo-hoo-hoo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry
Ooo-oo-oo-oo-oo-oo-oo It will soon pass, whatever it
Is
Ooo-oo-oo-oo-ooo Don’t worry, be happy

Ooo-oo-hoo-hoo-oo oo-oo-oo-oo-oo-oo-ooo I’m not worried
Ooo-oo-oo-oo-oo-oo-oo I’m happy
Ooo-oo-oo-oo-ooo

Written by Robert Mcferrin Jr.
Si vous ne parlez pas l’anglais, la chanson veut dire, en gros, si ça chie dans ta vie, t’en fais pas et sois heureux.

Alors, pour vous, qu’est-ce qui vous rend le plus heureux dans les jeux?

Dossier spécial Emotions. La frustration dans les jeux

Et voici le troisième dossier spécial Emotions et jeux de plateau. Après la peur et l’émerveillement, voici la frustration.

Psy

La définition psychologique de la frustration, c’est espérer, attendre, se réjouir de quelque chose qui ne se fera pas. Souvent causé par des facteurs externes. La frustration est toujours provoquée par quelqu’un ou par quelque chose. Elle va générer un conflit intérieur qui peut alors réveiller d’autres émotions comme l’impatience, la tristesse ou même la colère. Plus la volonté et l’obstruction sont fortes et plus l’émotion de frustration sera importante.

La frustration, une émotion négative? Pas que. Puisqu’elle est aussi à l’origine du désir.

Jeux

La frustration est l’une des émotions les plus présentes dans les jeux de société. Car voulue et implantée. Quand on joue, on est souvent frustré de manquer d’éléments, de ressources pour finaliser sa stratégie. Que cela soit par un nombre d’actions, un résultat sur un lancer de dé, une quantité ou un type de ressource disponible.

Un jeu se doit d’être frustrant. Dans une certaine mesure. Encore faut-il faire la distinction entre deux sortes de frustration : celle qui découle directement des compétences des joueurs, et celle qui provient du jeu, par son design et son ergonomie. Si la frustration est générée par le jeu en soi, c’est extrêmement préjudiciable. Le joueur n’en retirera pas une expérience positive. Par contre, si le joueur se sent frustré à cause de ses propres compétences et des éléments qui lui manquent pour progresser, c’est non seulement indispensable mais également bénéfique. Cela renforcera le plaisir. L’envie de continuer. De progresser. Pour se débarrasser de cette émotion de frustration.

La réalisation, un moteur crucial du plaisir.

Funambules, tous les jeux vadrouillent sur une corde raide. A flux tendu entre complexité et simplicité. Si le jeu est trop simple, il ne posera pas de réel défi. Trop complexe, et la frustration sera si importante qu’elle risquerait de refroidir le joueur. L’équilibre est peut-être l’élément de gamedesign le plus délicat et compliqué. Et le plus valorisant quand il est atteint. Quand un jeu offre le parfait équilibre, le joueur se sent investi et captivé. Et heureux quand il est parvenu à progresser, à réaliser ses objectifs.

La frustration n’est donc pas pas qu’une émotion négative. Elle est source de désir.

My Precious

La mécanique principale pour provoquer de la frustration, et ainsi du désir, et du plaisir une fois résolu, repose sur la résistance. Un facteur essentiel. Il représente la force d’opposition posée par le jeu. Si l’on sait que le jeu est trop facile et que l’on va de toute façon gagner, le jeu ne présente aucun intérêt. Les défis nous font grandir. « Only through fire is a strong sword forged »…

Ces forces de résistance peuvent provenir de nombreuses sources différentes :

Compétition

Chercher à être plus fort que les autres est l’élément moteur principal. La course aux points. A la victoire.

Même dans un jeu coopératif il faut vaincre non pas les autres joueurs mais le jeu lui-même, qui remplit alors la fonction de joueur virtuel et compétitif: les bandits dans Samurai Spirit, les maladies dans Pandémie.

Temps

Le temps est un moteur important de frustration. Un jeu court (Mombasa ne dure que 7 tours par exemple. C’est court, pas le temps de tout faire, de se développer), un temps limité à gérer, symbolisé par des sabliers par exemple comme certains jeux le proposent (Chimère, Galaxy Trucker, Fast Fouille, Time’s Up…), ce qu’on appelle alors la mécanique de « Countdown » = compte à rebours : un temps est attribué pour effectuer une tâche. Une fois le temps écoulé, la tâche est échouée (ex: réussir à trouver les remèdes dans Pandémie avant que la pile de cartes ne soit épuisée)

Cette résistance temporelle peut également être exprimée par la mécanique d’ « Appointment dynamics » = la dynamique de rendez-vous : pour obtenir une récompense, il faut participer au jeu à un moment fixé.

Le temps peut être également représenté et intégré par des points d’action (comme dans Patchwork ou Tokaido, dans lesquels le temps est symbolisé sur une piste qu’il faudra gérer).

Rareté

On reconnait un bon jeu au fait qu’il vous manque toujours un point d’action, un pion ou un sou pour faire tout ce que vous voudriez faire.

La plupart des jeux de plateau allemands de gestion de ces 15-20 dernières années exploite la rareté comme force de résistance, de frustration qui pousse les joueurs à se battre contre le jeu et à se dépasser. On se bat plus avec un frigo vide qu’avec les poubelles pleine (c’est tout le drame écologique…).

Prenez la grande majorité des jeux de société moderne et vous pourrez y observer cette dynamique de rareté. On se bat pour obtenir les ressources nécessaires pour se développer et gagner.

Si l’on analyse l’un des grands précurseurs du jeu de société moderne, celui qui a véritablement lancé la mécanique de gestion & développement, les Colons de Catane sorti en 1995, on observe cette dynamique. Les joueurs, installés aux abords de tuiles-terrains, comptent sur des ressources pour développer leur civilisation et gagner avant les autres (le premier à 12 PV). Le problème est que ces ressources sont rares, uniquement obtenues grâce à un (trop?) bête lancer de dé. Toute la difficulté du jeu est donc liée à cette gestion de la rareté des ressources et aux négociations avec les autres joueurs pour en obtenir.

Moins vous disposez d’un élément, plus il est difficile à obtenir, et plus il est rare et donc précieux. Tendu et captivant.

Enigmes

Une autre forme de résistance et source de frustration, de plus en plus exploitée dans les jeux de société modernes, est la dynamique d’énigmes ( Sherlock Holmes Détective Conseil, Time Stories, Watson & Holmes, Unlock. Tiens, tous des jeux Space Cowboys???). Que l’on retrouve aussi dans les Escape Rooms. Le jeu est un problème à résoudre. Pour avancer et gagner, les joueurs doivent trouver la solution.

Il y a dans cette force de résistance un fort sentiment d’accomplissement quand le secret aura été découvert. Pour se rendre compte de l’engouement, pensons au succès des films, séries & livres policier. La frustration de ne pas comprendre. Le désir d’y parvenir.

Sherlock

Depuis 2012 nous organisons des Sherlock Holmes Live à Genève et à Neuchâtel. Et dès le départ, comme organisateurs et scénaristes, nous nous sommes posés deux défis. De changer de scénario à chaque fois, de ne rien reprendre, d’offrir une toute nouvelle aventure. Et de proposer une mécanique de jeux à chaque fois différente. Pour surprendre et innover.

Le temps à gérer (juin 2014), un risque d’attentats (septembre 2012), sa réputation (juin 2013), de l’équipement (mai 2016), sa discrétion (mai 2015), les conséquences de ses actes (mai 2017), etc. Comme organisateurs et scénaristes, nous essayons de jongler entre complexité et simplicité, ce si délicat équilibre.

Si le scénario est trop compliqué et alambiqué, les participants risquent de se décourager et lâcher l’affaire. Et ne plus jamais revenir. Si trop simple et évidente, les enquêteurs n’auront pas l’impression de devoir s’impliquer. Et qu’on les prend pour des… crétins. Depuis 1989, une difficulté, un défi que nous essayons de relever à chaque fois avec nos jeux grandeur nature. Pas facile. Mais motivant.

A la semaine prochaine avec le tout dernier dossier spécial Émotions. On vous a gardé le meilleur pour la fin vous verrez. Allez, avouez, vous êtes maintenant frustrés de ne pas savoir de quelle émotion il s’agit… 😉

Et vous, ressentez-vous cette frustration quand vous jouez? Quels sont les jeux qui vous ont le plus frustrés?

Dossier Spécial Emotions. 😱 La peur et les jeux

Voici le deuxième volet de nos « lundis des émotions ». Après l’émerveillement lundi passé, intéressons-nous aujourd’hui à une vive et négative émotion, la peur.

Qui n’a jamais redouté tomber sur un Profond dans les égouts d’une ville portuaire? Ou se retrouver pourchassé par un tueur en série dans un manoir abandonné? N’ayez pas peur (c’est le cas de le dire), le but de cet article ne sera pas de dresser une liste des jeux qui proposent de ressentir de la peur. Mais plutôt de nous intéresser au rapport que nous entretenons avec le jeu et cette émotion aussi vive qu’universelle.

La peur, une émotion très présente dans nos vies. Il en existe plusieurs: la peur de l’inconnu, la peur de l’autre, la peur des araignées, la peur de la foule. Mais au fond, d’où vient la peur? Et est-ce que la peur est notre ennemie ou… notre amie? Discutons de tout ceci aujourd’hui, et intéressons-nous au rapport que la peur entretient avec les jeux.

Peur?

Tous les animaux, comme les êtres humains, ressentent la peur. Une émotion extrêmement nécessaire puisqu’elle a une fonction de protection. Face à une menace soudaine et fulgurante, la peur entraîne une réaction de survie. Flight or fight. La fuite ou l’affrontement.

La peur se manifeste tout d’abord sur l’organisme de plusieurs manières autonomiques: augmentation du rythme cardiaque, pour préparer le corps à une action immédiate. Accroissement de la sudation, muscles des bras et des jambes suractivés, décharge d’adrénaline par les glandes surrénales. Le but étant de nous alerter, d’augmenter notre éveil, notre capacité attentionnelle pour traiter les informations de notre environnement et réagir de manière adéquate et pertinente. Flight or fight.

Différences?

Quand on parle de peur, on parle d’une situation, et d’une émotion, soudaine et immédiate. Courte dans le temps. L’anxiété, elle, ne correspond pas à l’émotion fulgurante qu’est la peur. L’anxiété, l’angoisse, sont plutôt des humeurs. On n’est moins dans des manifestations physiques immédiates, mais plus dans des états d’esprit. Ces humeurs peuvent également générer des impacts néfastes sur l’organisme, comme l’augmentation du cortisol, l’hormone du stress, qui peut alors provoquer un effet d’usure sur l’organisme.

Les phobies, elles, sont également des peurs, mais liées à un objet, à un événement très spécifique. Les phobies sont un lien entre un objet, une situation contextuelle, et un état émotionnel. Peur des araignées, des serpents, des morsures de chien… Générées par des expériences traumatiques ou ataviques (pour les araignées par exemple). Les expériences traumatiques seront cristallisées par le complexe amygdalien du cerveau, cette zone qui est le centre émotionnel de la peur. Et qui ressemble à une amande, d’où le terme « amygdale ». Amande, en grec. Cette cristallisation va provoquer un « flashbulb memory », un repère temporel dans la mémoire autobiographique. C’est l’exemple des attentats, du 11 septembre 2001 ou du 13 novembre 2015, on se rappelle tous avec grande précision ce qu’on faisait à ce moment-là. Ces événements sont tellement incroyables, et tellement dangereux, qu’ils ont été marqués dans notre système neural.

Habituation?

A force d’être exposé à des situations qui engendrent ou qui devraient engendrer de la peur, notre système va peu à peu s’habituer. Surtout si l’on n’est pas directement concerné. S’engage alors une certaine forme d’accoutumance. Un phénomène psychologique qu’on nomme l’habituation. C’est « l’effet zombie » dans les films d’horreur et dans The Walking Dead. Le premier effraie. Au bout du vingtième, c’est bon, on les a tous vus.

Plaisir?

Déjà vendu à plusieurs millions d’exemplaires, l’épisode 7, le tout nouveau chapitre de la saga du jeu vidéo Resident Evil, vient à peine de sortir jeudi passé. En VR ou pas, une expérience intense et éprouvante. Hier soir, le 24e festival festival du film fantastique et d’horreur de Gérardmer (précédemment à Avoriaz, de 1973 à 1993), lui, vient tout juste de fermer ses portes. Qu’est-ce qui nous pousse à voir des films d’horreur? A aller dans des parcs d’attraction? A jouer à des jeux qui risquent de provoquer de la peur?

On aime avoir peur. On aime se faire peur. C’est une émotion qu’on recherche. On prend même du plaisir à avoir peur.

Mais a-t-on véritablement peur? Ou est-ce qu’exposés à un jeu, à un film, nous sentons que cette pseudo-peur n’est que pseudo, justement? Le plaisir de ne pas avoir une peur réelle. Et peut-être que cette recherche de la peur est également liée à un besoin de confrontation à cette émotion pour en faire l’apprentissage. Pour ensuite mieux gérer la peur, la vraie.

Jeux?

Prenez l’incroyable saga des Resident Evil, vieille de plus de vingt ans et toujours active, du succès indéniable du jeu de rôle Cthulhu qui va bientôt souffler ses quarante bougies, ou de la sortie fin-décembre 2017 de la seconde version des Demeures de l’Épouvante (tout est dans le titre). Les jeux qui font peur continuent à « hanter » le marché du loisir ludique.

Jeux vidéo, jeux de plateau, jeux de rôle, jeux de rôle grandeur nature. La peur fait vendre. Comme la peur est une puissante émotion, elle provoque chez le joueur une expérience intense et profonde. Certains jeux, quel que soit leur format, plongent le joueur dans une réalité alternée, effrayante et émotionnellement exigeante. Et c’est justement ce qui est recherché. C’est d’ailleurs ce qui manque aujourd’hui aux jeux de plateau, des émotions. Quand des jeux placent le joueur devant la peur, ils remportent un certain succès. Parce qu’ils proposent de vivre une expérience forte, immersive.

Comme vu plus haut, on aime à se faire peur, on en tire un certain plaisir. Depuis tout petit déjà, avec le fameux cache-cache. Partir se cacher et attendre, fébrile et effrayé, que l’autre vous découvre. Le plaisir du cache-cache réside dans cette attente, cet inconnu. Quand va-t-on être trouvé? Une forme d’apprentissage de la peur, comme un entraînement ludique, contrôlé et sans danger. C’est d’ailleurs la grande différence entre épouvante et horreur, deux états émotionnels qui vont tous deux provoquer la peur. L’épouvante, c’est l’attente. Générée par le mystère, instiguée par l’imagination. L’horreur, c’est la confrontation à l’indicible, le repoussant, l’effrayant, le fatal.

Peur et jeux peuvent aller de pair. Le jeu permet la pratique factice d’une activité, l’incursion dans une autre réalité: on s’essaie à l’élevage bovin (Great Western Trail), aux conquêtes antiques (Mare Nostrum) ou aux manipulations et mensonges mafieux (Mafia de cuba). Les jeunes enfants, sans autre occupation que celle de jouer, ne le font pas pour s’amuser, c’est clairement faux. Ils jouent pour s’entraîner, pour apprendre. « Les enfants n’ont point d’affaires plus sérieuses que leurs jeux », Michel de Montaigne. Ou aussi « jeu après jeu, l’enfant devient « je » », Arnaud Gazagnes. Le jeu est simulation. Et rien de tel que le jeu pour apprendre à avoir peur. A ressentir cette vive émotion. Ne dit-on justement pas « jouer à se faire peur »?

Moyens?

Au contraire des jeux vidéo ou des jeux de rôle grandeur nature, immersifs, ou des jeux de rôle sur table, imaginatifs, les jeux de plateau, eux, doivent surpasser de nombreux défis pour parvenir à effrayer le joueur. Pas facile pour un jeu de plateau d’instiguer la peur. Comment y parvenir, avec quelques bouts de carton, des cartes et des figurines en plastique? Le matériel est souvent là comme béquille, comme vecteur. Les règles de jeux y contribuent à moindre mesure. Ou en exploitant la mécanique de surprise. C’est le thème, servi par l’esthétique du jeu, qui immerge le joueur dans un univers. Univers qui pourrait alors susciter de la peur.

Laissez-nous un commentaire en bas et racontez-nous quels jeux vous font / ont fait peur. Et si vous aimez ça, avoir peur.

Rendez-vous lundi prochain pour le troisième Dossier Spécial Jeux & Émotions. Avec une nouvelle émotion débattue.

Mais encore

Ca peut vous intéresser. Le TOP 10 des meilleurs jeux de zombies.

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Ou aussi, le TOP 5 des meilleurs jeux de société d’horreur

Si cette thématique de la peur vous intéresse, sachez que l’excellent Musée de la Main à Lausanne en Suisse présente une exposition sur la peur jusqu’au 23 avril.

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Et pour vous, quels sont les jeux qui vous ont fait peur? Êtes-vous friands de films d’horreur? Des maisons hantées dans les parcs d’attraction? Est-ce une émotion que vous recherchez?

L’émerveillement. Cette insolite émotion qui nous motive à jouer

Chaque lundi pendant quatre semaines nous nous intéresserons aux émotions et à leur rapport au jeu. Voici le tout premier article, consacré à l’émerveillement.

Méandre

Laissez-moi vous raconter une petite histoire. J’habite près d’une toute petite rivière. A peine plus grande qu’un ruisseau. Sertie dans un carcan de verdure. Une petite balade délicieuse. Je m’y rends volontiers avec mes deux enfants de deux et trois ans.

Lors de nos pérégrinations cela leur arrive souvent de rester figés pour observer l’eau qui coule, un méandre, une minuscule cascade, des cailloux immergés. Plus que de l’observation, ils sont en pleine contemplation. Dans l’émerveillement.

Quant à moi, père, adulte, sans mes enfants je ne m’arrêterais pas pour apprécier le paysage. Trop habituel, naturel et normal. Mes enfants, très jeunes, eux, sont surpris et émus. A mon tour alors d’être émerveillé. De leur émerveillement. Et si l’émerveillement était une émotion que nous rechercherions tout au long de notre existence? Pour nous faire goûter à une certaine forme de bonheur? Pour transcender notre quotidien?

Séquence émotion

Les émotions sont ces états humains (et animaux) qui nous agitent tous. Parfois en mal, avec des émotions négatives telle que la colère, l’angoisse, la peur, la culpabilité, la frustration, parfois en bien avec des émotions positives telle que la joie, l’amour, l’admiration, l’émerveillement.

L’émerveillement, justement. Cette émotion générée par la surprise qui nous rend alors perplexes et fascinés. Une émotion extrêmement positive de bien-être qui nous sublime.

Plusieurs éléments peuvent susciter de l’émerveillement: certaines formes d’art, certaines nouvelles expériences, des individus, certains rituels religieux. Quand on y pense, c’est d’ailleurs peut-être l’une des raisons de ralliement à la religion. Qu’à travers fêtes, rites et traditions elle parvienne à investir le quotidien d’un merveilleux sacré et enchanteur.

Avec le triste constat que plus on vieillit et moins on s’émerveille. Ce qui nous émerveillait enfant cède alors sa place à la routine. Adulte, la contemplation et l’émerveillement se font de plus en plus rares ou deviennent des pratiques, des états d’esprit choisis. L’émerveillement, une émotion rare et recherchée.

Jouer, c’est s’émerveiller

En 2017, les jeux vidéo font leur révolution. Les casques VR sont en plein essor. Être plongé dans une réalité fantasmée. Serait-ce lié à ce besoin universel de se sentir émerveillé?

Et si ce qui nous motive à jouer serait justement cette recherche de l’émerveillement? On a souvent expliqué le besoin de nouveautés par le shot de dopamine. Mais si au final découvrir l’annonce d’un prochain jeu ne provoquerait pas en nous un brin d’émerveillement? Ou ouvrir un tout nouveau jeu puis dépuncher? Ou découvrir un thème, une aventure? Ou essayer une mécanique originale, surprenante et renversante? Souvenez-vous de vos toutes premières parties intenses de Dominion en 2008. Ou de votre tout premier run épique à Time Stories. Comment vous êtes-vous sentis?

La Mécanique du Merveilleux

Comment provoquer ce sentiment d’émerveillement?

Depuis 1989 nous organisons des événements grandeur nature. Des Escape Rooms depuis 2012, des Sherlock Holmes Live, des événements Zombies grandeur nature (Zombies Invasion), des soirées pour entreprises, le Bar à Jeux de Genève. Et à chaque fois depuis 1989 nous essayons d’insuffler une part de mystère, de merveilleux, de surprenant, de différent.

Mais soyons lucides. L’émerveillement est extrêmement difficile à générer car il ne peut pas être artificiel. C’est une émotion vécue intérieurement. On peut tout faire pour créer cette expérience, mais elle reste une émotion personnelle, différente et propre à chaque individu. Difficile de faire l’unanimité.

Voici toutefois les trois piliers de l’émerveillement

La nouveauté. Pour créer la surprise. Un moteur essentiel pour provoquer l’émerveillement (telle que les soirées Hygge par exemple…)

Les 5 sens. Impliquer le plus de sens permet une plus forte immersion.

Le mystère. La fameuse boîte de JJ Abrams. Qui nous motive à comprendre et qui surprend.

Observez cette couverture de jeu et dites-moi ce que vous ressentez. Un tout petit peu d’émerveillement?

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Si le sujet vous intéresse, vous pouvez en apprendre plus dans cet excellent ouvrage de Robert C Fuller sorti en 2006.

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Et vous, quels sont les jeux qui ont provoqué chez vous un émerveillement? Est-ce que c’est aussi ce que vous recherchez dans un jeu?

Les lundis des émotions

Les émotions. Ces expériences puissantes, profondes et psychologiques qui nous affectent. Comment influencent-elles notre rapport au jeu? Quel est l’impact du jeu sur nos émotions?

Ces quatre prochains lundis à 13h, et dès demain 23 janvier, nous vous donnons rendez-vous pour débattre des émotions et les rapports qu’elles entretiennent avec les jeux et notre pratique ludique. Chaque lundi pendant quatre semaines nous nous pencherons sur une émotion en particulier. Parfois positive, parfois négative. Et discuter de son impact sur le jeu et nos vies de tous les jours.

A demain. Avec comme première émotion, l’émerveillement.

Plongée dans les coulisses du jeu. La distribution et ses enjeux

Il y a une année en décembre 2015 nous avions dressé le portrait de tous les métiers du jeu de société: l’auteur, l’agent, le vendeur, l’éditeur, le distributeur…

Une année plus tard, revenons aujourd’hui plus en détail sur la distribution. Car les choses changent peu à peu. Ses enjeux, ses modalités. Et le sujet est d’actu puisque dans quelques jours, du 1er au 6 février aura lieu le salon du jeu de Nuremberg, le grand rendez-vous professionnel et international des distributeurs. Et pas public. La Spielwarenmesse. Ce salon permet justement aux éditeurs de présenter leurs jeux aux distributeurs pour décrocher des contrats.

Mais au fond, que fait un distributeur?

Il distribue. Ben oui. Il est l’intermédiaire entre l’éditeur qui fait produire le jeu et le vendeur qui s’adresse au client, au joueur. Autrement dit, le distributeur prend le jeu d’un éditeur et le distribue ensuite aux boutiques.

Le distributeur de jeux de société peut compter sur un réseau de boutiques, un maillage national. A noter que la réglementation limite la distribution au niveau national. Le même distributeur ne peut pas distribuer dans plusieurs pays en même temps. Sauf cas exceptionnels. Et c’est évidemment plus compliqué à gérer: déplacements, tarifs douaniers, etc. Pour le même jeu, il faut alors plutôt compter sur un distributeur spécifique par pays.

Autre spécificité du métier, chaque éditeur, voire même chaque jeu dans certains cas, est contractuellement lié à un seul distributeur exclusif. Il ne peut donc pas y avoir plusieurs distributeurs du même jeu dans le même pays.

Distributeur-éditeur?

Quelles relations commerciales entretiennent l’éditeur avec son distributeur? Quelle est la nature de leur contrat?

Tout dépend du pays. France et Suisse sont différents par exemple.

En France, les contrats entre éditeur et distributeur sont principalement du dépôt-vente. En général, c’est l’éditeur qui propose son prix et confie un stock au distributeur. Celui-ci va alors le relayer aux boutiques. En prenant une certaine commission sur la vente. Tout dépend du service rendu. Tout dépend du distributeur aussi. Cela va de 20% au minimum à 35% pour les plus gourmands.

Dans la plupart des cas, en France les distributeurs ne prennent pas de risque financier sur un jeu puisqu’ils n’achètent pas en ferme les jeux à l’éditeur. Mais la commission sert quand même à payer les salaires des commerciaux, les déplacements si besoin, la publicité le cas échéant, le transport, les frais douaniers si importation.

Encore une fois, tout dépend du contrat de prestation entre un éditeur et son distributeur. Mais disons, pour simplifier, plus la commission est élevée et plus les mandats du distributeurs sont conséquents. On peut alors parler de valeur ajoutée. Si elle existe. La captation finale des distributeurs est souvent plus importante que celle des éditeurs pour un risque financier au final minime, surtout avec le dépôt-vente en France.

Et une fois le jeu vendu?

En principe, le distributeur rend alors à l’éditeur le bénéfice des produits vendus, moins la commission.

En principe.

Car plusieurs distributeurs ne jouent pas toujours le jeu et ne paient pas leur dû dans les délais impartis. En interrogeant plusieurs éditeurs pour préparer cet article, nombreux m’ont confié avoir d’importantes créances auprès de leur distributeur. A entendre les nombreux témoignages, c’est une pratique courante dont les montants s’élèvent parfois à plusieurs centaines de milliers d’euros.

Comme vous pouvez l’imaginer, une pratique peu appréciée des éditeurs qui ont besoin de ces produits de la vente pour payer leurs factures. Sans compter la TVA que les éditeurs doivent ensuite reverser à l’État.

En Suisse, à part pour 2-3 rares éditeurs, le système de dépôt-vente n’est pas répandu. Dans la majorité des cas, c’est un achat ferme pour le distributeur qui achète directement à l’éditeur. Dans ce cas précis, quantités et prix finaux sont souvent négociés entre les deux partenaires.

Distributeur-boutiques?

Et ensuite? Que se passe-t-il quand le distributeur est en possession d’un jeu? Le distributeur va alors faire son boulot et tout faire pour « vendre » « son » jeu aux boutiques. Si intéressées par le produit, elles vont alors acheter le jeu au distributeur. Un achat ferme. Autrement dit, un paiement direct. A 40-50% du prix qui sera ensuite vendu en boutique. Si le client trouve un jeu à 50 euros dans un magasin, celui-ci l’aura payé 25-30 euros au distributeur.

Oui, les boutiques prennent la plus grande marge sur un jeu. Mais après tout, c’est cohérent. Ce sont les boutiques qui prennent le plus de risque et qui ont le plus de frais généraux: loyer, personnel, charges. Enfin, surtout les boutiques IRL. Et qui doivent ensuite gérer les invendus. D’où les soldes deux fois par année.

Certaines boutiques, mais c’est extrêmement rare, passent des commandes directes auprès des éditeurs. Et chacun se taillent alors la part du lion du distributeur. Ce qui permet à l’éditeur de recevoir tout de suite les fruits de la vente sans devoir attendre le retour du distributeur, et d’augmenter ainsi sa marge. La boutique, elle, s’assure toujours sa marge et peut ainsi vendre à moindre coût pour écraser la concurrence. Une pratique déloyale? Pour le distributeur et les autres commerçants qui passent par la filière usuelle, oui. Pour l’acheteur et les éditeurs qui se lancent dans la combine, non.

Je m’explique:

Un jeu coûte en boutique 50 euros. La boutique l’aura acheté 40-50% du prix à l’éditeur. Disons 28 euros. Les 22 euros serviront à couvrir ses frais et s’assurer un certain chiffre d’affaires. Le distributeur prendra 9 euros (32%) de commission sur la vente. L’éditeur ne touchera au final par jeu 28-9= 19 euros. Puis 20% en France, 8% en Suisse de TVA à l’Etat. Prenons l’exemple français, donc 3.80. Il lui reste 15,20 euros. Et l’auteur dans tout ça? Selon le contrat, l’auteur (star ou pas… Oui, comme au cinéma), les ventes réalisées, il reçoit entre 5 et 12%. Disons 8%, une bonne moyenne. Donc l’éditeur devra encore verser 1.20 par jeu vendu à l’auteur. Il ne lui restera que 14 euros par jeu. C’est tout? Non, évidemment pas. L’illustrateur peut lui aussi recevoir un pourcentage, ou une enveloppe pour le travail effectué. L’usine bien sûr, qui aura produit cartes, carton, figurines, boîte, etc. A peu près 15%. Puis tout ce qui est transport depuis l’usine et la logistique. Bref, au final, il ne reste pas grand chose par jeu à l’éditeur. Pour payer ses charges, salaire, etc. Et relancer la pompe pour un prochain jeu.

Aussi, quand certaines boutiques décident de bypasser le distributeur et de venir directement s’alimenter auprès de l’éditeur, les deux se partagent la commission du distributeur.

Pareil à Essen, quand les éditeurs vendent directement leurs jeux aux visiteurs. Là ils « se goinfrent » directement les 30-35% du distributeur. Sauf que là c’est différent, car:

  1. ils se remboursent ainsi une partie de leurs frais du salon (vous savez, vous, combien ça coûte à un éditeur d’avoir un stand à un festival? FIJ, Essen, PEL?)
  2. les jeux vendus à Essen sont souvent moins chers qu’en boutique, car les éditeurs peuvent justement se le permettre en dégageant la commission du distributeur
  3. certains distributeurs vendent directement les jeux eux-mêmes et prennent en échange en charge une partie des frais du salon.

Distributeurs?

Mais au fait, quels sont les distributeurs francophones?

En voici quelques-uns. Quelques-uns. Il en manque certains. Le but ici n’est pas d’être exhaustif.

En France

Asmodée (bien sûr)

IELLO

Blackrock

Paille

Novalis (autrement dit, Asmodée. Mais au catalogue différent)

Morning

Gigamic

Atalia

Et en Suisse

Helvétia Games Distribution

Swissgames

Delirium Ludens

Carletto

Lemaco

Enjeux?

Vous aurez repéré dans cette liste des distributeurs qui sont également éditeurs et/ou magasin. Dans le cas d’un éditeur qui se distribue lui-même et qui vend ensuite directement le jeu via sa propre boutique IRL ou online (et oui, aujourd’hui les gens achètent de plus en plus souvent online), les marges deviennent alors conséquentes. Et parfois ces ramifications et acquisitions peuvent s’étendre encore plus loin. Avec des usines de production pour mieux gérer les coûts et des parts investies dans certains médias pour optimiser et contrôler la communication.

Bref, plus un distributeur contrôle de secteurs et plus il augmente ses marges. Avec le risque (malsain?) pour un distributeur de plutôt pousser de son catalogue des jeux auto-édités et ainsi générer une plus grande profitabilité. Surtout avec les 35% de commission.

 

Et vous? Est-ce que vous étiez au courant de toutes ces particularités liées à la distribution? Qu’est-ce qui vous a le plus surpris?

Les soldes. Un piège à cons?

Les soldes sont pour tout bientôt, dans six jours. Du mercredi 11 janvier à 8h au mardi 21 février inclus. Décret ministériel français. C’est du sérieux. Alors qu’en Suisse, il n’existe pas de date de soldes fixée par le législateur. Les soldes d’hiver suisses commencent généralement un peu plus tôt qu’en France, juste parce que.

Alors oui, en dehors des périodes légales et selon la loi, les boutiques peuvent « proposer tout au long de l’année des opérations promotionnelles avec une réduction de prix, qualifiées de promotions de déstockage ou de ventes privées, sur les marchandises pour lesquelles ils ne reconstituent pas de stocks, dès lors que le terme soldes n’est pas utilisé et qu’ils ne pratiquent pas de vente à perte. Ces ventes s’adressent à une clientèle par définition restreinte (par exemple clientèle titulaire d’une carte de fidélité) et les promotions qui y sont pratiquées n’ont pas vocation à s’appliquer à l’intégralité de la clientèle. Le fait de proposer juste avant les soldes une prétendue vente privée qui s’adresse en réalité à une très large clientèle est de nature à constituer une pratique déloyale. » Donc tout est extrêmement réglementé. En France. Parce qu’en Suisse, c’est la fête à la saucisse (végétarienne). C’est « fais comme tu veux ».

Vous est-il déjà arrivé de craquer pour un jeu ou des habits, juste parce qu’ils étaient soldés? Avez-vous trouvé que vous aviez fait une bonne affaire?

Sauf que.

Les soldes, prix cassés, dégriffés, déstockage, actions spéciales 2 pour 1, ventes privées, réductions, prix bas et attractifs, etc, ne le sont jamais au profit de l’acheteur mais toujours pour celui du vendeur.

Comment où quoi quand?

Les promos, les soldes, les prix cassés reposent sur deux principes:

La boutique baisse les prix. L’objet est moins cher. Du coup on en achète plus.

La boutique offre plus. L’objet est au même prix et est accompagné d’un cadeau. On a l’impression qu’on fait une bonne affaire. Du coup on achète.

En réalité, les soldes permettent aux magasins de se défaire des invendus et de gagner ainsi de la place en stock. Tout bénéf pour le magasin, puisque:

Il réalise un (maigre) bénéfice sur la vente, même soldée.

Il récupère de la place au stock.

Win-win. Ou presque.

Les bas prix qu’exercent certains magasins, ponctuellement ou de manière plus permanente, sont uniquement là pour nous donner envie d’acheter plus. Nous connaissons tous le « syndrome de la bougie Ikea ».

Levez la main si vous n’avez jamais, jamais acheté 2-37 bougies en sortant du magasin de meubles jaune et bleu juste avant les caisses parce qu’elles n’étaient pas chères. Et que les bougies, c’est quand même super pratique en 2017.

Parce que le produit n’est pas cher, le client aura plus de probabilité de l’acheter. Voire même à en acheter plus puisque le prix n’est pas élevé. Ce qui augmente le chiffre d’affaires pour le vendeur.

Avec les soldes, l’acheteur aura l’impression de faire une bonne affaire. Mais au final, il aura acheté un produit qui ne lui sera pas forcément nécessaire. Après tout, s’il en avait eu besoin, il l’aurait acheté de toute façon.

Les promos / soldes fonctionnent toujours de la même manière. Elles nous poussent à acheter quelque chose que nous n’achèterions pas sans les soldes. Ou à en acheter plus.

Équilibre?

Si vous vous baladez souvent sur les sites de ventes privées qui proposent des prix réduits, vous aurez remarqué leurs méthodes habituelles. Proposer un produit à la vente, 20-30-50% moins cher. Mais moins cher que quoi? D’où provient le prix original indiqué? En magasin? Mais lequel, où, et surtout, quand?

D’autant que la plupart du temps, ces produits sont des fins de stock, des invendus, des invendables, parce que « trop vieux ». Le prix de base est souvent surgonflé, juste pour que la différence paraisse particulièrement intéressante pour l’acheteur. Quoi, 50% de réduction? Là ça vaut vraiment  la peine. Sauf que si la réduction est trop importante, passés les 70%, l’acheteur aura l’impression que le produit n’est pas de bonne qualité et qu’on cherche vraiment à s’en débarrasser. Tout est question d’équilibre.

Certains magasins en Suisse pratiquent d’ailleurs une remise constante. En annonçant une réduction automatique. Comment est-ce possible? Le prix de départ dépasse souvent celui de la concurrence. Ces 10-20% continuels donnent ainsi l’impression de faire une bonne affaire, que le magasin est vraiment moins cher que les autres.

My precious!

L’effet de rareté est souvent le moteur principal des soldes. Une technique (plus ou moins) subtile en marketing. Moins il y en a, plus on est tenté. Parce que le produit est rare. Les boutiques annoncent quand certains produits sont déjà épuisés, pour signifier que d’autres le seront bientôt aussi. Ce qui motive le client à se dépêcher avant de rater l’offre. Ce qui est rare est précieux. Enfin, c’est ce que l’on croit.

Des jeux des jeux des jeux.

Et les jeux de société dans tout ça?

Dans six jours à la date légale française, de nombreuses boutiques online proposeront soldes et actions. Mais tout au long de l’année, des promos et prix cassés sont également de mise: jeux d’occasion parce que très peu abîmés, offres spéciales ou prix réduits pour les préco afin de motiver les joueurs à commander tôt, et ainsi éviter tout accumulation au stock.

Beaucoup de joueurs attendent d’ailleurs les soldes pour mettre la main sur des « perles » ratées pendant l’année. Les soldes, une occasion à ne pas manquer, ou un événement futile? Il faut quand même admettre que les « meilleurs » jeux ne seront pas soldés. Ils se vendent déjà très bien tout seul de toute façon. Et que la marge est ainsi plus importante.

 

Et vous? Est-ce que vous achetez souvent des jeux en soldes? Vous vous réjouissez des soldes de janvier?

Quand Asmodée se lance dans la RSE. Parce que bien sûr

La RSE, c’est ce terme flashy slash tendance qui galope depuis quelques années devant toutes les fontaines à eau et les open offices des entreprises. Découvert sur le site d’Eurazeo, le fond d’investissement qui a racheté Asmodée en 2013, on peut y découvrir une déclaration sur l’initiative RSE d’Asmodée, l’éditeur et distributeur de jeux le plus important de France.rse

Nous avons essayé de contacter le principal intéressé à deux reprises pour en savoir plus sur leur démarche, mais ils n’ont pas daigné vouloir s’expliquer… Dommage.

RSE? Mais qu’est-ce que c’est? Pour en savoir plus, nous avons interrogé Julien Goy, spécialiste et consultant RSE. Nous lui avons soumis cette déclaration pour lui demander son avis d’expert.

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Julien, bonjour, merci de bien avoir voulu répondre à nos questions. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la RSE?

Il y a plusieurs définitions. Si l’on suit la Commission européenne, on peut dire qu’il s’agit de la responsabilité des entreprises pour leurs impacts sur la société. C’est trop simplifier les enjeux, mais je pense qu’une bonne façon d’introduire la RSE à des personnes qui n’en ont jamais entendu parler, c’est de dire que c’est l’intégration des considérations du développement durable aux activités de l’entreprise. On va donc s’intéresser à la performance non seulement financière, mais aussi économique, environnementale et sociale de l’entreprise.

On considère souvent que la RSE consiste à aller plus loin que ce qu’exige la loi, par exemple en matière de protection de l’environnement ou de défense des droits de l’homme, mais tout le monde n’est pas d’accord sur ce point ! Et ce qui peut paraître le minimum légal en matière de droits humains dans une entreprise à Genève peut l’être nettement moins dans une mine de cobalt en République démocratique du Congo.

En tous les cas, la responsabilité d’une entreprise peut se manifester selon diverses formes, notamment selon le secteur d’activité de l’entreprise concernée. Une entreprise pétrolière a de grosses responsabilités en matière d’environnement, alors qu’une entreprise active dans le secteur de la mode aura plus tendance à se soucier de savoir si les employés de ses fournisseurs sont bien traités.

Super intéressant. Et comment réagissez-vous au communiqué d’Asmodée sur leur action RSE? Coup de pub ? Ecran de fumée ? Réel investissement ?

Je pense que l’initiative est louable, en premier lieu. Le texte en dit trop peu pour pouvoir se prononcer sur le réel impact d’une telle mesure : on nous parle de 15 conteneurs acheminés par ferroutage en 2015. Soit, mais combien sont acheminés en tout par année ? Si l’on parle de 20 conteneurs en tout, l’initiative a un vrai impact sur l’empreinte carbone de l’entreprise ; mais si Asmodée fait transiter 1500 conteneurs par an, ces 15 conteneurs ne représentent pas grand-chose d’autre qu’un bon début. Il nous faut donc un pourcentage ! On est aussi en droit d’attendre un objectif, du type « D’ici à 2020, Asmodée vise à faire transiter 100% de ses conteneurs via ferroutage ».

Par ailleurs, si l’on veut bien croire que c’est la chaîne d’approvisionnement qui constitue le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre (GES), est-ce que l’émission de GES est – pour reprendre les termes de la Commission européenne – le principal impact d’Asmodée sur la société ? Ne pourrait-on pas imaginer que la déforestation nécessaire pour produire tous les éléments en carton, en bois, en papier des jeux est un vrai enjeu ? Et quid des conditions de travail pour les ouvriers – que l’on espère adultes – chez les fournisseurs ?

C’est malheureusement souvent comme cela – avec une communication incomplète ou floue – que les entreprises se retrouvent accusées de greenwashing, et ne gagnent pas la confiance des clients. Ce qui est compréhensible ! En tant que consommateur, si je ne peux pas évaluer concrètement les engagements d’Asmodée, pourquoi le critère « responsabilité sociale » serait-il déterminant pour moi au moment de faire mes achats ? Le problème est similaire avec des produits dits « commerce équitable », qui sont souvent plus chers que leurs concurrents « classiques » : si je ne sais pas précisément en quoi le produit est équitable, pourquoi paierais-je plus cher ?

En s’aventurant sur le chemin de la responsabilité sociale, Asmodée fait, selon moi, le bon choix. Simplement, l’entreprise doit comprendre qu’une telle initiative mérite d’être mieux présentée, expliquée, mise en contexte et en perspective, afin que l’on puisse vraiment juger de sa pertinence.

Asmodée fait le bon choix? L’initiative est alors louable. Julien, vous êtes également un grand joueur, vous connaissez donc bien le marché du jeu de société. D’un point de vue RSE, comment est-ce que les éditeurs de jeux pourraient en faire plus ?

Je pense que les quelques éléments présentés plus hauts sont un bon point de départ : réduire l’empreinte carbone des jeux, s’assurer que les fournisseurs font travailler leurs employés dans des conditions décentes, ou encore se tourner vers la labellisation des matières premières utilisées – FSC pour le bois, par exemple. Les éditeurs étant pour la plupart occidentaux, la production des jeux pourraient être rendue plus locale, et être réalisée dans des usines en France, en Allemagne, etc. Assurément, cela aurait un impact sur le prix des jeux. Mais peut-être en achèterions-nous moins, ce qui ne serait pas plus mal ! Nous serions incités à vraiment « user » un jeu, en explorer toutes les possibilités, avant d’en acheter un autre. Il ne faut pas oublier que les consommateurs ont eux aussi une responsabilité.

Toutefois, on pourrait aller plus loin et ré-imaginer des business models basés sur des considérations de développement durable. Réfléchissez en tant que joueurs : combien de meeples au total possédez-vous dans votre ludothèque, tous jeux confondus ? Combien de dé à 6 faces ? Les cubes représentant le bois dans Archipelago ne sont-ils pas étrangement similaires à ceux de Robinson Crusoé ? En tant qu’éditeur, on pourrait imaginer une série de jeux différents, mais se jouant avec tout ou partie du même matériel. Si j’ai le jeu X, je peux commander le jeu Y sans telle ou telle composante du jeu, avec un prix adapté en fonction. Ça peut paraître tiré par les cheveux, et difficile à mettre en œuvre, c’est certain. Mais prenez le Fairphone : il est vendu sans chargeur. Autant dire qu’on ne peut pas le faire fonctionner lorsqu’on le reçoit. Le fabricant est parti du principe que l’on a tous chez nous un ou plusieurs chargeurs provenant d’anciens téléphones ; et ça marche, personne ne se plaint de recevoir un Fairphone sans chargeur (et sans écouteurs, d’ailleurs).

De par sa position de plus en plus dominante sur le marché, Asmodée a l’opportunité de redéfinir les règles du jeu (no pun intended) et de montrer l’exemple en matière de responsabilité sociale. J’espère qu’ils vont continuer dans cette voie.

Merci Julien pour toutes vos réponses! Maintenant nous en savons plus grâce à vous! Désolé de vous avoir dérangé pendant votre partie d’Intrigue.

Revenons à nos moutons bio.

Tout ce foin RSE me rappelle notre article sur la production des jeux de société. Chine? Pas Chine? Pas un sujet facile. Si certains éditeurs s’engagent dans ces domaines, Opla, Bioviva, le Scorpion Masqué qui fait planter un arbre pour un jeu acheté, la très grande majorité cherchent encore à réaliser des profits à court terme, sans se soucier de leur impact sur la planète à long terme, et préfèrent donc souvent passer par des fabricants chinois, moins coûteux et plus polluant en terme de transport.

Alors oui, il y a Ludofact par exemple, le fabricant allemand de jeux de société le plus connu sur le marché européen. Mais il faut savoir que Ludofact ne fait principalement que de l’assemblage. Et va également sous-traiter la production de certaines pièces, parfois même en Chine. Donc même si on avance l’argument de produire en Europe, encore faut-il savoir d’où proviennent toutes les pièces, la matière première (bois, carton, papier), les encres. De l’assemblage européen, de la main d’oeuvre principalement européenne, oui, peut-être. Mais le jeu n’est pas garanti d’être entièrement produit « localement ».

Maintenant, comme avec Asmodée, on ne peut qu’espérer que d’autres éditeurs de jeux de société se lancent dans la démarche RSE. Pour réduire notre empreinte carbone chaque fois qu’on achète une boîte. Sinon, on a toujours la possibilité d’en acheter moins, comme le propose Julien. Ça fonctionne aussi.

Et vous, vous sentez-vous concernés par l’impact écologique des jeux de société? Vous êtes-vous déjà imaginé le périple d’une fig pour qu’elle arrive toute pimpante dans votre boîte?

N’écoutez pas de la musique en jouant. Surtout si vous êtes un homme

Une étude vient d’être réalisée sur 352 visiteurs à l’Imperial Festival. On leur a demandé de jouer au jeu Opération en écoutant trois types de musique différentes. Du rock, Thunderstruck d’AC/DC, du Mozart et les sons d’une salle d’opération pour mettre dans l’ambiance.

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Résultats?

Les hommes qui jouaient en écoutant AC/DC étaient plus lents et faisaient plus de fautes que ceux qui écoutaient Mozart ou la salle d’opération. 36 erreurs contre 28 pour les deux autres. Donc un taux d’erreur de 29% supplémentaires. Peut-être dû au stress induit par le type de musique. AC/DC, tout ça.

Les femmes, quant à elles, n’étaient pas affectées. Ni par AC/DC ni par les deux autres. En règle générale, elles prenaient plus de temps pour jouer, mais faisaient moins de fautes que les hommes.

Et apparemment, les visiteurs qui appréciaient déjà Mozart faisaient encore moins de fautes que les autres en écoutant leur musique préférée.

Résumé?

Si vous voulez mettre toutes les chances de votre côté, que vous êtes un homme et que vous jouez à des jeux de plateau (ou que vous opérez sur de vrais humains vivants), n’écoutez pas du rock. Mais autre chose.

D’ailleurs, vous écoutez de la musique en jouant? Laquelle? Est-ce que ça change quelque chose?

Mais au fond, est-ce que nos habitudes d’achat de jeux ont changé? Plus online? Plus en boutique?

Dans quelques jours, c’est Noël. Pour les magasins, c’est la période avec le plus gros chiffre d’affaires de l’année. Comment achetons-nous la majorité de nos cadeaux? Nos jeux? Nous rendons-nous encore dans les boutiques? Ou est-ce que nous ne procédons qu’à des achats en ligne? Sur notre ordinateur ou via notre smartphone?

Et est-ce que cela vous est déjà arrivé de sortir votre smartphone dans un magasin pour comparer les prix entre des produits IRL et online? Une pratique de plus en plus habituelle. Et décriée par les vendeurs.

Le futur c’est has-been

Nos habitudes de consommation ont changé. Depuis Internet et les années 90, plus besoin de se déplacer IRL dans les boutiques « en dur » pour acheter des jeux. Et avec l’avènement des smartphones en 2007, ces changements se sont renforcés.

Ouverts 24h sur 24h, 7 jours sur 7, les boutiques online proposent désormais un catalogue bien fourni. Pas d’heures d’ouverture, pas de queue, pas d’intempéries. Aujourd’hui, tous les jeux sont à portée de quelques clics effleurements sur son portable ou tablette.

L’acte d’achat n’a jamais été aussi simple, fluide et rapide. Et peu coûteux. Les boutiques online proposent souvent (mais pas toujours) des prix concurrentiels.

D’autant que le parcours d’achat devient de plus en plus rapide. Le taux de conversion, i.e. le rapport entre flânerie sur le site et achat définitif est en progression. Même s’il faut relever que ce taux de conversion augmente avec la taille de l’écran. Selon les derniers chiffres de 2016 pour le weekend de Thanksgiving aux US, il était de 2,8% sur smartphone, 5,1% sur tablette et 6,3% sur ordinateur. Mais on peut s’attendre à ce que ce taux de conversion connaisse une progression avec les années.

Online, IRL. Est-ce finalement une question de génération? Est-ce que seuls les Millennials, =les gens nés entre 1982 et 2004, consomment online, habitués qu’ils sont des nouvelles technologies? Selon des études, 8 sur 10 Millennials achètent online. Mais cela ne veut pas dire que les autres générations, les Boomers, =les gens nés entre 1951 et 1981, ou les Seniors, =les gens nés avant 1950, ne le font pas. La doxa IRL est en pleine mutation et touche tous les âges, toute la société.

De beaucoup?

Quel est le pourcentage d’achat online? Aux US il était de 8% en 2015. En France, de 7%. 7-8% des achats sont effectués online. Pour tous types de produits. Cela paraît peu. Un chiffre toutefois en nette progression car d’une part les acheteurs prennent confiance et gagnent en aisance avec le processus d’achat numérique, et d’autre part parce que les boutiques en ligne font tout pour améliorer leurs services:

Achats accélérés. Comme le fameux one-click buy

Renvois facilités. Satisfait ou remboursé. Port de renvoi remboursé

Catalogue exhaustif. Parfois plus important que celui IRL, puisqu’il n’y pas besoin de surface commerciale au sol à payer mais juste un entrepôt

Prix concurrentiels. Puisque masse salariale moins importante, surface commerciale moins chère

Port offert et envoi extrêmement rapide. Dans les 2 (!) à 24h, parfois dans la soirée-même. Sans parler des livraisons par drone ou voiture autonome… De la science-fiction? On en reparle dans cinq ans

Exploitation de cookies. Ces miettes digitales qu’on laisse traîner à chaque visite. Cookies qui épient nos achats et nous proposent des titres similaires achetés par d’autres clients. Ce qui nous aide, nous conseille et nous motive à trouver/acheter d’autres articles

Points, programme de fidélité, puis réductions dans la boutique

Multiple plateformes disponibles: les éditeurs vendent souvent eux-mêmes directement (en s’affranchissant des distributeurs et boutiques, tout bénéf), les enseignes connues et généralistes (Amazon…), les pures boutiques online, les hybrides et les sites de revente.

Est-ce que ce chiffre de 7-8% atteindra un jour les 50%? Qu’est-ce que cela signifiera alors pour les boutiques en dur? Pour la poste et la gestion des colis (vous vous imaginez le joyeux bordel)? Est-ce que les magasins vont disparaître, au profit des boutiques online?

Si la concurrence est rude, les magasins offrent un aspect unique, irremplaçable. L’expérience. L’acte d’achat n’est pas seulement celui d’acquérir un produit, un jeu. Il est souvent synonyme de contact humain. De sortir de chez soi. De partager un moment en famille ou entre amis car on se rend parfois ensemble dans un magasin. Une part non-négligeable de l’aspect social de l’expérience d’achat IRL.

Une expérience sensorielle aussi. Toucher une boîte. La voir. Parler à un vendeur, lui demander son avis, se faire conseiller. Surtout avec la quantité de jeux disponibles. Comment faire le « bon » choix (encore faudrait-il définir ce qu’est un bon choix…)? En ligne, cette expérience est plutôt plate, froide, inexistante. Un article intéressant à lire sur le sujet dans le Chicago Tribune.

Une anecdote peut-être pas aussi anecdotique, Amazon vient d’ailleurs juste d’annoncer sa volonté d’ouvrir début 2017 une boutique en dur, Amazon Go, sans caissier-ère, pour l’instant uniquement à Seattle. Verra-t-on un jour Amazon devenir une enseigne mondiale de « vrai » supermarché, en plus de régner sur les achats online (avec le chinois Alibaba)? En tout cas la démarche est couillue. Avec un bataillon d’innovations technologiques qui vont rendre l’expérience expérentielle fun. Numérique. Très Millennial.

Non, les boutiques en dur ne disparaîtront jamais. Même si la concurrence est devenue impitoyable. D’autant que de plus en plus de boutiques en dur proposent elles aussi de la vente online. Pour être complémentaires, toucher une plus grande clientèle et ne pas être à la traîne. Nous en avons interviewées deux. Leurs réponses sont extrêmement intéressantes. A découvrir plus bas.

Et qui des jeux de société? Y a-t-il des catégories de joueurs, d’acheteurs différents selon les différentes expériences, online et IRL? Est-ce qu’on verrait plutôt les Core online, chasseurs, sachant exactement quoi chercher, acheter, prêts à dépenser plus, et les Casu IRL, cueilleurs, flâneurs, plus farouches à la dépense?

A ces deux modalités d’achat il faut encore en rajouter une troisième, encore plus récente que l’online: le financement participatif. Qui brasse parfois plusieurs millions quand il s’agit de jeux de société (Scythe, Zombicide…). Les joueurs passionnés sont prêts à investir plusieurs dizaines, voire centaines d’euros pour pré-commander un jeu auquel personne n’a jamais joué. Parce que. Et dont l’attente se chiffre souvent en mois, parfois en années. Avec le temps, KS et consœurs se sont greffés à des modes d’achat déjà diffus et disruptés.

Interviews

Pour en savoir plus sur l’évolution de nos habitudes d’achat de jeux, nous avons interviewé deux boutiques online qui avaient également pignon sur rue. La LudikFamily (Ludikbazar & Ludibay) et les Suisses de Helvétia Games Shop.

ludibay

Bonjour Piotr, vous êtes le gérant de Ludikbazar & Ludibay, parmi les boutiques online et « en dur » les plus importantes sur le marché du jeu de société en France. Connaissez-vous les parts de marché pour vos deux boutiques (IRL + online) entre achats « en dur », online et mobile pour 2016 (ou 2015)?

La boutique et le site sont deux sociétés différentes sans aucun rapport, donc pour ludikbay (ludikbazar et ludibay) les ventes sont 100% online et pour la boutique Ludikbazar de Paris, 100% en dur 😉

Les ventes mobile sont de plus en plus importantes, mais ne représentent pas encore un pourcentage significatif du chiffre d’affaires.

Quelles différences avez-vous relevé entre achat IRL et online?

Ce n’est pas du tout la même typologie d’achat, le client IRL achète beaucoup de petits jeux, d’accessoires ou cherche la nouveauté le jour de sa sortie. Le client Internet, lui, est généralement plus spécialisé et achète une palette plus large de jeux pas toujours disponibles en magasin. Ce profil recherche plus le prix par rapport aux boutiques IRL. De même le panier en boutique physique est plus petit que sur les sites internet.

Quelles expériences et processus cherchez-vous à offrir aux clients online?

Nous essayons de fournir le maximum d’informations sur les jeux, en insérant notamment des vidéos des différents partenaires afin que les gens puissent faire leur choix de la manière la plus agréable possible. De même nous sommes spécialisés dans l’occasion et le déstockage et essayons de proposer un choix aussi large que possible de jeux et d’opérations spéciales, ventes privées et promotions exceptionnelles.

Pour vous, quels sont les avantages et désavantages que la boutique online présente?

Les désavantages sont la difficulté de dialoguer avec les clients et de leur apporter du conseil, l’outil virtuel ne le permet pas très bien d’où une certaine dépersonnalisation de l’acte d’achat. De même il y a une très forte concurrence sur internet qui rend l’activité parfois compliquée.

Les avantages eux sont très nombreux, possibilité d’offrir un choix très large de jeux sur le marché, gestion plus fluide et informatisée des stocks et opérations spéciales, possibilité de s’adresser à un public très large etc…

Depuis que vous avez ouvert votre boutique online, quels changements avez-vous constaté sur l’acte d’achat?

Ludikbazar a ouvert en 2004 et Ludibay en 2005. Les actes d’achat ont énormément varié sur les dix dernières années avec l’arrivée des achats par mobile, de la concurrence Amazon, les gens sont devenus beaucoup plus exigeants sur la qualité de service et les délais d’expédition tout en voulant toujours avoir les meilleurs prix. Le métier est devenu plus compliqué sur un marché ou de très gros sites ont commencé à proposer les produits que nous vendions habituellement (Amazon, Cdiscount, les différentes Marketplace etc…). Mais nous sommes toujours là et n’avons jamais arrêté de nous adapter aux évolutions du marché (rires). Tel que le financement participatif, qui bien que dangereux pour les boutiques, représente pour nous une importante activité de logistique en soutien à ces opérations.

Encore une petite question. Je suis un petit curieux. A quoi vous servent les cookies sur votre site?

Globalement, à vous identifier quand vous vous connectez afin que vous puissiez retrouver vos informations ou votre panier rapidement.

Merci pour vos réponses Piotr!

HG-genève

Bonjour Vincent.

Bonjour Gus !

Oui, les Suisses sont très polis. Vous êtes le gérant de Helvétia Games Shop, l’une des boutiques online et « en dur » les plus importantes sur le marché du jeu de société en Suisse Romande. Connaissez-vous les parts de marché pour vos deux boutiques (IRL + online) entre achats « en dur », online et mobile pour 2016 (ou 2015)?

Alors non, nous ne connaissons pas nos parts de marché. Nous assurons un service pour une large gamme de joueurs allant des familles aux geeks, et nous essayons de le faire bien. Ceci nous occupe pas mal, du coup nous n’avons pas vraiment cherché à sortir des chiffres et à comparer avec les autres.

Par contre on peut te dire que les achats IRL sont encore plus importants que les achats online. Mais ce marché est en pleine expansion en Suisse…

Quelles différences avez-vous relevées entre achat IRL et online?

En terme de SAV, le site demande un vrai travail. Ceux qui croient qu’il suffit de mettre les produits en ligne et d’attendre se trompent. On échange beaucoup avec les clients, on tâche de répondre à leurs questions et besoins. Ensuite, le conseil est moins important, les clients en ligne savent généralement ce qu’ils veulent.

Quelles expériences et processus cherchez-vous à offrir aux clients online?

Sur notre site, nous essayons d’être compétitif sur les prix, ceci sans taxes d’importation ou de mauvaises surprises avec la douane et avec un franco de port très bas. Nous tâchons aussi d’être efficaces sur la livraison, pour que les clients reçoivent leur paquet dans les jours qui suivent. Généralement 48h.
Enfin nous proposons une gamme plutôt large, allant des jeux pour enfants aux jeux de figurines en passant par les jeux de plateau, jeux de cartes à collectionner et évolutifs et jeux de rôles. Ainsi, chacun peut y trouver son bonheur.

Pour vous, quels sont les avantages et désavantages que la boutique online présente?

En fait, ce n’est pas du tout le même métier que de gérer une boutique physique : vous devez être très réactifs et souvent vous armer de créativité pour répondre aux demandes ; l’aspect logistique est aussi important: taille des cartons, acheminement chez le transporteur puis vers le client, etc. Je ne parlerais donc pas de « désavantages », mais bien de tâches et contraintes différentes. Par contre, le gros avantage c’est la visibilité que cela apporte et la possibilité de toucher une clientèle plus large. Nous avons même eu une commande venant de Norvège!

Depuis que vous avez ouvert votre boutique online, quels changements avez-vous constaté sur l’acte d’achat?

Nous avons concrètement repris la boutique online en 2015. Elle existait auparavant sous le nom de LuDoKaZ.ch, mais ce n’était pas nous qui gérions. Il n’y a pas vraiment de constatation évidente quant à l’acte d’achat. Nous offrons le service de commander et venir chercher en boutique qui est pas mal utilisé par les clients. Ce qui fait qu’on connait une bonne partie de nos clients quand même.

Encore une petite question. Je suis un petit curieux. A quoi vous servent les cookies sur votre site?

Les cookies sont utilisés pour proposer aux clients en annexe des jeux qui pourraient correspondre à ce qu’ils recherchent, pour leur faire gagner du temps. Rien de plus. D’ailleurs nous vidons régulièrement le cache pour gagner en vitesse.

Merci Vincent pour ces réponses!

Et vous, joueuses, joueurs. Où, comment achetez-vous vos jeux? Sur internet? Avec votre smartphone? Dans les vraies boutiques véritables? Est-ce qu’acheter online vous fait dépenser… plus?

 

Mais au fond, pour rester objectifs, est-ce que les médias ne devraient pas éviter les freebies?

Vous rentrez dans un magasin. On vous offre un échantillon. Pour goûter un fruit ou découvrir un nouveau produit. Vous vous sentez bien accueillis, considérés. Importants, même.

Résultat? Les études le prouvent, les clients auront tendance à consommer plus. C’est ce qu’on appelle l’effet d’appréciation, l’effet de réciprocité, même. On vous offre un cadeau, vous vous sentez alors redevables. C’est la bouteille de vin ou la boîte de chocolat qu’on offre aux hôtes quand on est invité à manger. Pour remercier. Pour équilibrer.

Les médias, presse, sites, blogs, podcasts, chaînes vidéo, ont parfois accès à des exemplaires-presses. Un service-presse. Des jeux offerts dans l’espoir d’une chronique en retour.

Est-il alors facile pour les médias de rester objectifs et de soumettre des articles, des critiques neutres et indépendantes? Sans le biais de l’effet d’appréciation ou de réciprocité? Ou autrement dit, peut-on rester un journaliste crédible quand on reçoit des freebies et ne pas se transformer en homme-sandwich?

Comment alors concilier les deux. Le travail de journaliste, qui est de couvrir l’actu, ludique en ce qui nous concerne, et l’accès aux service-presses?

Faut-il alors refuser tout cadeau des éditeurs et distributeurs pour aspirer à une totale indépendance? Ou au contraire jongler avec les relations humaines, son lectorat et sa déontologie slash conscience.

Cet article rebondit sur la discussion que nous avons menée avec quatre éditeurs de jeux, pour échanger autour de leur politique d’envoi de jeux gratuits aux médias. Un article qui présentait le côté des éditeurs, leurs attentes, leurs espoirs, mais aussi leurs déceptions. Penchons-nous aujourd’hui sur l’autre facette, celle du destinataire de ces exemplaires-presses. Les médias, donc.

Nous avons envoyé un questionnaire anonyme à plus d’une vingtaine de médias qui traitent de la chose ludique.

Pourquoi… anonyme, me demanderez-vous? Parce que nous avons jugé que certains préféraient s’exprimer sous le couvert de l’anonymat pour s’exprimer plus librement. Le sujet pouvant parfois être considéré comme délicat par certaines rédactions. Nous ne citerons donc pas les médias contactés.

Nous avons soumis un questionnaire semi-ouvert, avec des questions précises à choix multiples dégageant des données quantitatives, avec la possibilité laissée aux médias de développer certaines réponses de manière plus qualitative. Voici la compilation des résultats:

Des chiffres

Sur les vingt questionnaires envoyés, nous en avons reçu huit en retour.

mediaSur les huit médias interrogés, 2 (25%) ont dit ne jamais demander ou recevoir d’exemplaires-presses de la part d’éditeurs. 6 (75%) en demandent ou en reçoivent.

Et pourquoi? Nous leur avons demandé, et voici leur réponse qualitative:

  1. Nous faisons des articles de critiques et beaucoup d’éditeurs nous proposent des exemplaires de presses. Nous sélectionnons ceux que nous désirons traiter, en refusant de faire des articles de complaisance.
  2. Nous souhaitons avoir le moins de dépendances possibles aux éditeurs. Pour nous, ce fonctionnement est le gage de notre impartialité. L’autre problème auquel nous ne souhaitons pas nous exposer est l’obligation de rendu d’une review/critique/[choisissez votre terme] dans un délai court qui ne nous laisserait pas toujours le temps nécessaire pour prendre du recul. Sans compter la question de « que fais-je si le jeu ne me plaît pas ». Notre expérience nous a prouvé que même argumenté avec les éléments les plus solides, un avis négatif peut susciter des réactions virulentes de la part de l’éditeur alors, nous n’osons même pas imaginer comment ce serait si c’était l’éditeur qui nous avait envoyé le jeu. Pour autant, nous ne sommes pas totalement fermés sur la question qui s’est reposée récemment (avant ton article, qui a bizarrement fait écho à la question – les idées dans l’air du temps, sans doute) pour tout un tas de raisons qui te seront exposées par ceux qui demandent/reçoivent des jeux 😉
  3. Nous sommes des bénévoles nous ne pouvons pas acheter toutes les sorties de jeux.
  4. Pour pouvoir y jouer, les chroniquer et les proposer ensuite dans notre ludothèque.
  5. Il sort des milliers de jeux chaque année. Acheter tout ce qui sort n’est pas possible. Si on nous donne une boîte, le jeu a 95% de chance de plus d’avoir un contenu, mais on ne s’engage pas à ce qu’il soit positif.
  6. Pour pouvoir rédiger une critique du jeu. Donc apporter une certaine visibilité au jeu. Donc un exemplaire-presse a du sens. Le lectorat apprécie, le jeu est chroniqué. C’est du win-win. Logique que les jeux soient offerts.

Nous avons ensuite voulu savoir combien de jeux ils avaient reçu en 2016. Voici le décompte:

exemplaires

Avec une majorité de plus de 51 jeux pour trois médias. Ça fait en tout cas un jeu par semaine. Et on peut s’y attendre, avec évidemment des pics « saisonniers » lors des gros jalons du calendrier ludique: Cannes, Essen, Gen Con…

Et qu’en est-il du traitement réservé aux jeux offerts?

Il y avait quatre réponses disponibles: oui, non, peut-être, et « nous ne recevons aucun exemplaire-presse ». Nous avons choisi de proposer la mention « peut-être », pour laisser un certain flou, une possibilité.

Les réponses quantitatives sont mitigées:

traitementSi aucun média n’avoue réserver un traitement différent aux jeux reçus, 25% affirment que l’éventualité existe.

Et qu’en est-il des réponses qualitatives?

  1. Les jeux que nous traitons hors revue de presse sont des jeux que l’on n’a pas demandé à l’éditeur au moment de leur sortie (pour divers raisons). nous n’avons aucune obligation à les traiter et, paradoxalement, ils sont souvent bien mieux traiter que les revues de presses classiques, car ce sont des coups de cœur et des jeux dont on se méfiait avant leur sortie (l’effet négatif du buzz à outrance).
  2. Pas de différence entre un exemplaire presse et un autre jeu.
  3. Non je ne fais pas de différence.
  4. Généralement, on fait remonter les exemplaires-presse en haut de la pile, pour qu’ils soient traités en priorité, on sait que l’éditeur nous a donné la boîte car il veut du contenu rapidement (qu’il soit positif ou négatif, pourvu qu’on en parle). Mais dans les faits, beaucoup mettent quand même des semaines ou des mois avant d’être traités.
  5. Aucune différence.

Nous voulions ensuite également connaître les relations que les médias entretiennent avec les éditeurs, selon les critiques publiées:

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50% reconnaissent entretenir de bonnes relations avec les éditeurs. Et 37,5% connaître des relations houleuses selon les critiques publiées.

Nous avons à nouveau permis aux médias de s’exprimer sur le sujet:

  1. Je suis surpris de voir de plus en plus d’éditeurs ou distributeurs qui veulent nous presser pour réaliser des articles, parfois ne nous laissent même pas une semaine entre la réception et l’article lui-même. Cette tendance relativement récente est assez irrespectueuse de notre mode de travail qui est entièrement basée sur le bénévolat. Quand il y a ce genre d’exigence, nous refusons et nous traitons le jeu avec nos propres moyens. Mais globalement, cela se passe plutôt bien pour le traitement des revues de presses et les acteurs du jeu acceptent généralement la critique argumentée. Il y a bien eu quelques râleurs, mais sur plus de 620 critiques et au moins autant d’article, nous n’avons eu que très peu de soucis (2 ou 3 mécontents à tout casser).
  2. Concernant la dernière question, au global j’aurais dû répondre « Excellentes » car la réponse « Mitigées » est un peu forte. Dans les faits, les choses finissent toujours bien, mais il nous est arrivé 2-3 fois d’avoir des réactions virulentes de la part d’éditeurs suite à des critiques formulées sur leurs jeux. Ça reste très marginal cela dit. Je pense que la plupart des éditeurs, s’ils font une revue de presse, n’écoute pas de podcast. On se rend bien compte que la plupart du temps ils ont été orientés chez nous par une tierce personne et qu’ils ne nous écoutent pas régulièrement, ce qui est un tord, évidemment :p
  3. Je pense qu’il y aurait matière à réaliser un article intéressant sur le « poste » de rédacteur ludique. Surtout par rapport aux autres métiers de l’écriture ou journalistique et nous autres qui ne sommes pas du métier, mais sommes malgré expérimenté dans le sujet, bien plus que les journalistes qui écrivent un peu n’importe quoi sur le sujet. C’est un milieu encore très « amateur » qui tend à se professionnaliser sur certains points mais pas forcément celui-là.
  4. La majorité des éditeurs acceptent plutôt bien le jeu de la critique, du moins publiquement ! Les réactions les plus violentes nous sont venues d’auteurs.
  5. Certains éditeurs se sont fâchés suite à des critiques négatives. Mais fâchés. A tel point de ne plus vouloir nous parler et de nous éviter sur les salons. Une attitude très pro…

Et alors?

Il est intéressant de relever que tous les médias qui ont participé au sondage confirment conserver leur indépendance et ne pas traiter les jeux reçus (parfois plus de 51 par année) avec un ton différent. Nous pouvons interpréter cette raison de trois manières différentes:

soit c’est véritablement le cas, et ils parviennent à conserver leur indépendance et honnêteté,

soit ils ne se rendent pas forcément compte d’un biais de traitement. D’où la mention « peut-être » à cette question, retenue quand même par 2 médias sur 8.

soit, enfin, ils préfèrent ne pas (se) l’avouer.

Alors évidemment, le panel de 8 réponses est extrêmement mince. On pourrait remettre cette étude en question. Pour l’améliorer, on devrait certes augmenter le nombre de données.

Encore faudrait-il surmonter deux difficultés:

  1. L’offre en matière de médias francophones ludiques (sites, blogs, podcasts, vidéos) n’est pas pléthorique. S’il y a énormément de blogs de passionnés, peu avancent une démarche pro ou semi-pro.
  2. 12 médias sur les 20 contactés ont choisi de ne pas participer au sondage. Par manque de temps. Par manque d’intérêt. Ou parce que le sujet est sensible et qu’ils préfèrent ne pas communiquer sur la question.

Pour obtenir un échantillon plus pertinent, il faudrait pouvoir ouvrir la recherche aux médias anglophones et germanophones, deux autres communautés linguistiques extrêmement actives dans le hobby.

N’empêche, le bilan est plutôt positif. En reliant les deux articles, on constate que les éditeurs acceptent plutôt volontiers d’envoyer des exemplaires-presses aux médias plus ou moins importants en terme de lectorat. Ils admettent pouvoir encaisser les critiques négatives, pour autant qu’elles soient cohérentes et pertinentes. Les médias, eux, avancent conserver leur autonomie et objectivité malgré les service-presses.

Que de bonnes nouvelles pour le lecteur, le dernier maillon de la chaîne, celui qui décidera de procéder à l’achat, ou pas. Les éditeurs assurent une visibilité à leurs jeux, cruciale en 2016-2017 avec un marché des plus abondant.

Et maintenant?

Pour les médias, il y a plusieurs pistes à explorer pour traiter des jeux reçus par les éditeurs-distributeurs:

Ne demander aux service-presses que les jeux qui vous intéressent. Pour être sûrs de n’écrire que des critiques plutôt positives. Et ainsi ne pas perdre de temps ou de risquer de fâcher l’éditeur. Win-Win.

Ne jamais, jamais demander de jeux. Et rester ainsi indépendants. Point. Barre.

Conserver sa plume critique, parfois acerbe mais « juste » (encore faudrait-il s’attarder sur ce terme…). Et risquer de fâcher les éditeurs-distributeurs. Tout en se préparant à en assumer les conséquences potentielles: se faire des « ennemis » dans le milieu, et devoir désormais dégager un certain budget pour acheter ses prochains jeux…

Ménager la chèvre et le choux. Grâce notamment aux maths. Sur une échelle prédéfinie, 6, 10 ou 20, ou des couleurs, ne jamais donner d’évaluation tranchée, calamiteuse. Rester dans un flou positif. Profiter de toujours nager entre deux eaux. En soumettant à chaque critique une note plutôt positive. Autrement dit, tendre au minimum à la médiane supérieure. Sur 10, un minimum de 7.5 par exemple. Ou sur 6 couleurs, la 5e la meilleure. Cela laissera une certaine latitude critique et objective, tout en ne fâchant par l’éditeur-distributeur. Celui-ci sera satisfait d’avoir son jeu plutôt bien évalué. Win-Win.

La pluralité. Proposer plusieurs critiques en même temps du même titre, critiques rédigées par plusieurs personnes. Avec ainsi la possibilité de s’entendre en amont. L’un des rédacteurs proposera une critique virulente, pertinente, et les autres de nuancer le premier propos. Un compromis, somme toute. Pour l’éditeur-distributeur, c’est un peu l’écran de fumée. Son jeu est vertement critiqué, mais pas vraiment non plus puisqu’on y appose un autre point de vue. Et le média y gagne, en conservant en même temps ses relations, ses freebies, le cas échéant ses rentrées publicitaires et son lectorat fidèle qui trouvera le média honnête, intelligent.

Servir le jeu des éditeurs-distributeurs et pousser leurs titres. Ces jeux seront alors tous présentés comme excellents. Essentiels. Le média agissant de la sorte deviendra alors leur meilleur ami! Son lectorat aura bien saisi le manque flagrant d’objectivité, mais sera disposé à faire l’impasse pour continuer à bénéficier d’une vitrine commerciale essentielle.

Journaquoi?

Il aurait peut-être fallu commencer par-là. Nous avons décidé de clore le débat ainsi.

Quels sont les buts, les tenants et les aboutissants du métier de journaliste? Et peut-on comparer un journaliste professionnel, formé, avec une ribambelle de passionnés, très souvent bénévoles, devenus influenceurs avec le temps grâce à leur communauté foisonnante?

Mais au fond, est-ce que la question essentielle n’est pas la suivante: doit-on véritablement chercher l’objectivité là elle n’a pas lieu d’être?

Quand on consomme un titre de média dit traditionnel (TV, presse, radio) et géré par une équipe de professionnels, on est en droit d’attendre un traitement objectif. Encore que, me direz-vous, l’objectivité parfaite n’existe peut-être pas. Comparez plusieurs quotidiens qui traitent du même sujet et vous pourrez apprécier leurs différences, leur orientation politique. Orientation qu’ils ne cachent d’ailleurs pas: conservatrice, progressiste ou extrémiste. Un exercice d’analyse intéressant souvent pratiqué dans les formations de journalistes.

Le terme de « journaliste » vient bien sûr de « journal ». Un print qui est peu à peu en train de disparaître au 21 siècle, devenu moins lucratif. Le numérique et les réseaux sociaux, plus réactifs, plus massifs, plus viraux, sont en train de chambouler toute la profession. « Journaliste », qui traite du jour. Un journaliste devrait traiter l’information, la faire passer à travers un certain filtre de curation, d’agrégation, d’analyse. Et pas juste un relais. Pour ça, il y a les agences de presse.

Un journaliste est un professionnel formé. A la rédaction. A la recherche, au traitement et à l’analyse de l’information.

A ma connaissance, aucun média ludique contemporain ne compte à l’heure actuelle de véritables journalistes avec une véritable formation, un véritable diplôme et une véritable carte de presse. TricTrac, Boardgamegeek, Ludigaume, Ludovox, Plato, Cliquenabend, Vin d’Jeux, Yahndrev, JedisJeux, Gus&Co, tous fourmillent de rédacteurs aux professions diverses. Tous se sont improvisés médias et le sont devenus à la sueur du clic.

Années après années ils se sont familiarisés avec des outils journalistiques. Ils ont affiné leur style, développé des compétences et agrandi leur communauté. Alors oui, ils (nous) sont devenus des médias au sens propre, média, au milieu, entre. Entre le produit, qui peut être un objet, un service, un événement, une information, et les lecteurs.

Les lecteurs, justement. Car la vocation première et noble d’un média est de créer du lien social. De mettre en lien une communauté. Les lecteurs vont consommer l’information parce qu’elle est issue d’un média qu’ils partagent, avec lequel ils ressentent une certaine forme d’appartenance. C’est ce qui explique le (tout relatif) succès des médias (TV, presse, radio) régionaux. On se sent appartenir à la même communauté ancrée sur un territoire partagé.

Dans notre dispositif, le territoire partagé, ce sont les jeux de société. Et la communauté, les joueurs. Les journalistes font plus que rédiger des articles, ils participent à la vie d’une communauté, la co-construise. Encore faut-il nuancer notre propos et peut-être remettre l’église au milieu du village. Aujourd’hui, avoir un blog, un podcast, un site, une chaîne YouTube, un compte Instagram ne fait pas de vous un véritable journaliste. Ça serait un peu comme dire qu’un coiffeur est aussi neurochirurgien. Parce que tous deux triturent la tête…

Est-ce à dire qu’il faudrait plus de vrais journalistes dans le milieu, formés à la déontologie, à l’objectivité, pour éviter toute forme d’instrumentalisation par les éditeurs? Ou pire, que tous les médias ludiques précités n’ont aucune valeur?

Ni l’un.

Ni l’autre.

Un blogueur ou une podcasteuse, passionnée de jeux de société et qui passe plusieurs heures par jour, par semaine, par mois pour alimenter son fil d’actu apportera son propre point de vue unique, personnel, subjectif.

Demander aux médias dans cette enquête s’ils parviennent à rester objectifs malgré les exemplaires-presses devient alors… insolite. A la limite de l’incohérence. Oui, on peut s’astreindre à l’objectivité. Mais tous ces organes médiatiques jaillissent de la passion, de l’intérêt, de la curiosité personnels. Il n’y a aucun critique professionnel et formé en tant quel dans le milieu ludique.

Et tant mieux.

C’est justement ce qui rend le hobby beau et passionnant. Avec sa touche amateur. Autodidacte. Touche-à-tout. Passionné.

C’est au lecteur que reviendra alors la lourde tache de trier le bon grain de l’ivraie. De découvrir les influences. Pour enfin se laisser tenter par un jeu après sa découverte via un média. Ou pas.

Au final, même une critique professionnelle et journalistique sera empreinte d’une certaine forme de subjectivité. Tout en rappelant que le jeu de société, comme tout objet de consommation culturelle, littérature, cinéma, s’adresse à nos sentiments, à nos émotions, à nos passions. Reste à déterminer alors dans une critique la part d’influence de l’exemplaire offert par l’éditeur. De l’ambiance de la partie, partagée avec d’autres. Et des goûts personnels de son rédacteur. Car au final, on finira toujours pas dire: j’aime, j’aime pas.

Si aujourd’hui les médias ludiques ne veulent pas être instrumentalisés par les éditeurs et les freebies, le temps est peut-être enfin venu pour eux d’embrasser leur statut. Jamais objectifs. Sans compromis. Celui de vitrine du jeu de société qui tissent du lien social. Un média passionné. Passionnant.

Et vous, lecteurs, trouvez-vous que les médias devraient éviter de recevoir des jeux gratuits pour conserver une part d’objectivité?

Mais au fond, combien de jeux est-ce que les éditeurs doivent offrir aux médias?

Dans le monde du livre, à chaque rentrée littéraire, les éditeurs doivent offrir entre 800 et 1’000 copies d’un nouveau livre à la presse. Comprenez par-là, la presse élargie. Médias traditionnels, mais également nouveaux, tels que les blogs, et bien sûr les BookTubers. Autant d’exemplaires-presses, pour espérer une critique, une visibilité. Un certain budget à provisionner pour les éditeurs.

Avec plus de 3’000 jeux de société qui sortent chaque année, comment faire pour que les éditeurs obtiennent une certaine visibilité? Est-ce que l’envoi gratuit d’exemplaires à la presse représente un passage obligé? Avec un espoir de retour sur investissement? Quelle est leur politique? Combien de jeux est-ce que les éditeurs de jeux de société envoient? A qui? Et qu’espèrent-ils? Y a-t-il une tyrannie de l’influenceur?

Nous avons voulu en savoir plus et avons interviewé quatre éditeurs. Quatre structures différentes. De la structure la plus modeste, Helvétia Games, à la structure la plus importante, Space Cowboys, écurie Asmodée, en passant par IELLO et Morning, deux éditeurs et distributeurs qui pèsent lourd sur le marché du jeu de société.

Voici leurs réponses.

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Bonjour Morning. Et bonjour Lila, chargée de communication auprès de Morning, éditeurs et distributeurs toulousains. Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Racontez-nous comment ça se passe pour vous avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet). Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

En tant que distributeur, lors de notre commande auprès d’un fournisseur, il est rare que des copies presse soient prévues. C’est donc au distributeur de prévoir la marge d’exemplaires achetés au prix fort et destinés au retail, c’est-à-dire à la vente, qu’il souhaite envoyer aux reviewers. Dans ce cas de figure, nous limitons généralement les copies à une quarantaine d’exemplaires : ce chiffre peut bien sûr varier en fonction de la demande, du prix du jeu, du nombre de pays dans lesquels nous le distribuons. Il est donc très difficile de te donner un chiffre précis.

En tant qu’éditeur, nous avons davantage de marge de manœuvre puisque nous pouvons prévoir une certaine quantité d’exemplaires presse dès le lancement de la production. On en distribue généralement davantage lorsqu’il s’agit de notre propre jeu, et s’ajoute à cela les dotations de concours, les exemplaires gratuits pour les auteurs, illustrateurs, traducteurs…, qui doivent aussi être pris en compte, faisant souvent monter le total à plus d’une centaine d’exemplaires.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

La plupart du temps, nous communiquons en amont auprès des reviewers sur les salons ou au moyen d’une newsletter sur nos sorties à venir, et les intéressés se manifestent donc dès le début. Pour les « gros » médias, une copie est automatiquement mise de côté et envoyée à la réception des jeux. Pour les reviewers ayant une communauté plus modeste ou que nous ne connaissons pas, nous avons un formulaire de demande presse qui existe : celui-ci nous permet d’en savoir davantage sur le média en question, sur le format de ses reviews, le nombre d’abonnés ou de lecteurs, etc. Une fois que nous avons toutes ces informations, il est beaucoup plus facile pour nous de sélectionner les reviewers qui recevront le jeu.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Encore une fois, cela diffère selon les jeux. De manière générale, je dirais que pour un jeu édité, faire parvenir un exemplaire presse à un reviewer nous coûte le prix de production plus les coûts d’envoi, sans oublier le temps passé à bichonner nos reviewers (rires)…

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

Comme tout le monde je pense, nous cherchons avant tout de la promotion ! Envoyer ces copies presse a un coût pour tout éditeur, et nous attendons naturellement une contrepartie, c’est-à-dire que le reviewer qui la reçoive fasse connaître le jeu à ses lecteurs / abonnés. C’est pour nous notre principale attente, offrir un jeu en échange d’une review. Bien sûr, c’est toujours plus agréable lorsque la personne a apprécié le jeu et que la critique est positive, mais ça ne peut pas être une attente à proprement parler : à partir du moment où l’on décide d’envoyer un jeu à un reviewer, on s’expose nécessairement au risque que celui-ci ne l’apprécie pas, c’est un pari à faire. Tant que le jeu ne reste pas dans son emballage sur une étagère, c’est le plus important.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Je te mets au défi de trouver un éditeur qui répondra non à cette question ! Bien sûr, c’est arrivé à tout responsable presse je pense, particulièrement sur les salons lors desquels on découvre chaque année une bonne dizaine de personnes tentant de se faire passer pour des blogueurs, qui nous présentent souvent des cartes de visite à l’origine douteuse et des sites très peu alimentés. C’est dommage car ça pousse les éditeurs à être davantage vigilants, et pas très honnête vis-à-vis des reviewers qui font réellement leur travail…

Pour la première fois cette année à Essen, il m’est également arrivé de devoir refuser pour des raisons de stock : pour Scythe, j’ai reçu plus de 200 demandes de copies presse, et malheureusement nous n’avions pas assez de copies presse pour satisfaire tout le monde. Une bagarre a presque éclatée sur notre stand le dernier jour entre une douzaine de reviewers étant venu récupérer les quelques exemplaires de démo restants…

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Très rarement, mais cela arrive. La plupart du temps, les reviewers sont de bonne foi et publient réellement une critique du jeu, qu’elle soit bonne ou mauvaise, ils remplissent leur part du « contrat ». Il m’est toutefois arrivé d’envoyer un exemplaire de jeu et de ne jamais obtenir de réponse de la part du reviewer par la suite, qui voulait sûrement un cadeau de Noël à moindre frais… Que ceux à qui cela donnerait des idées se rassurent tout de suite d’ailleurs, on a prévu un super concours de Noël, pas besoin de passer par le service presse cette année (rires).

Merci Lila pour toutes vos réponses. On se réjouit déjà pour le concours!

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Bonjour Pierre-Yves, patron des éditions Helvétia Games,

Bonjour Gus, en forme je vois !

Oui, toujours. C’est le tofu Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Racontez-nous comment ça se passe pour vous avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet). Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

Je n’ai pas de volume clairement planifié. Et je n’ai que 4 jeux qui sont sortis, donc on cherche un peu la bonne manière de faire. En préambule, je dirais que beaucoup, mais vraiment beaucoup de monde aimerait recevoir gratuitement des boîtes. La majorité  demande des exemplaires de « presse », certains pour leur club. Il est certes important de donner une visibilité à nos sorties. Mais il faut aussi garder à l’esprit que l’on fait des jeux pour que le public les achète, histoire de pouvoir rembourser nos frais, et de payer les auteurs, les illustrateurs, et toute la bande qui a travaillé sur un jeu.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

En premier lieu, aux journalistes, blogueurs ou gens de la presse « importants ». Je ne parle pas forcément de la taille du partenaire, mais plutôt du rapport de confiance qui s’est établi entre nous. Ensuite, si nous voyons des opportunités de placer nos produits dans des secteurs où nous n’avions pas accès, comme la grande distribution par exemple, nous faisons de notre mieux pour fournir des jeux. Enfin, il y a les pays où nos jeux ne sont pas distribués, plus précisément la presse de ces pays. Dans ce cas-là, c’est toujours un lancer à l’aveugle, on ne sait jamais si cela débouchera sur quelque chose de concret.  Tout le monde vous fait croire que d’être présent dans la presse déclenche plein de contrat de distribution… ce que je n’ai pas vraiment constaté. Donc je suis un peu plus frileux dans ces cas-là.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous, Helvétia Games, éditeur suisse (et Valaisan)?

Cela représente environ 10% de la production d’un jeu. On sous-estime le prix du transport pour un Suisse qui envoie à l’étranger (rires)

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

J’attends plusieurs choses assez simples: Déjà que le jeu soit jugé objectivement. Qu’on voie que la personne qui écrit l’article a joué. J’espère aussi qu’il m’appelle pour qu’on en parle. Ensuite que le jeu soit mis en avant. Enfin, j’attends que la personne qui a reçu le jeu me fasse un petit compte-rendu de ce qu’il a fait concernant mon jeu: a-t-il joué une ou plusieurs parties? A-t-il fait jouer ses amis? Où en a-t-il parlé? Etc.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, soit parce que la personne qui le demande est active dans une région où je ne suis pas distribué, soit parce que j’ai un doute sur la pertinence du média en question. Et enfin, je suis limité par le budget, ce qui m’oblige à restreindre le nombre de copie-presse que j’offre.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Non, je ne crois pas.

Merci Pierre-Yves. Et bonne suite avec votre tout nouveau jeu Sabbat Magica!

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Bonjour Matthieu, chargé de communication chez IELLO. Racontez-nous comment ça se passe pour vous, éditeurs, avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet).

On n’envoie quasiment aucun service presse automatiquement : quand un journaliste ou un blogueur nous contacte, on l’invite à s’inscrire sur notre liste de diffusion presse pour recevoir les communiqué sur nos nouvelles sorties. Par la suite, si une nouveauté leur semble intéressante pour leurs lecteurs, ils peuvent en faire la demande. Après, on ne peut pas toujours se le permettre, mais si ça nous semble pertinent, on le fait avec plaisir.

Et combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

C’est très variable, en fonction des demandes, du potentiel du jeu, de son prix, etc. Je dirai entre 0, pour les petits tirages d’extensions ou de réédition, par exemple, et 20, pour les jeux les plus prometteurs, à la sortie. Et peut-être autant dans les mois qui suivent, pour la presse moins spécialisée.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

On ne pratique généralement pas d’envois systématiques, à part aux 3 ou 4 sites et magazines les plus influents. C’est donc en fonction des demandes. On préfère une critique écrite par un petit site motivé que par un « gros » qui n’en a pas forcément envie…

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Le coût des jeux n’est pas vraiment significatif, mais celui de l’envoi un peu plus. C’est notamment pour ça qu’on privilégie les envois groupés et les rencontres sur les festivals.

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

On attend 2 choses en particulier :

Une critique juste et argumentée. Peu importe si la personne n’a pas apprécié, si elle trouve des défauts au jeu, tant qu’elle lui fait un procès juste et qu’elle ne le juge pas qu’en fonction de ses goûts personnels. En tant qu’éditeur, on sait que nos jeux ne peuvent pas plaire à tout le monde, on a une bonne idée du public auquel ils sont destinés et du type de joueurs qui accrochera moins, et on connait globalement les qualités et les défauts de nos titres. Quand un critique explique clairement pourquoi un jeu n’est pas pour lui, ça ne nous pose pas de souci. Au contraire, ça évite les acheteurs déçus. Mais il faut aussi qu’il explique pour qui le jeu est destiné, et s’il pense que c’est un bon jeu, ou pas, pour ce public-là. Il m’est arrivé de trouver excellentes des critiques au final pas très positives de nos jeux : mais du moment que les critiques font de bonnes analyses, c’est à nous de faire de bons jeux… (rires)

Un minimum de visibilité. La meilleure critique du monde ne vaut rien si elle n’est lue par personne. Bien entendu, on peut la partager sur nos réseaux sociaux, la faire connaître aux joueurs qui s’intéressent à nous, mais l’intérêt d’une critique, c’est aussi de faire connaître nos jeux à des gens qui justement ne nous suivent pas sur Facebook. J’apporte par exemple une attention particulière aux demandes issues de la presse généraliste ou spécialisée dans les jeux vidéo, par exemple…
Aujourd’hui on a tellement de demandes d’exemplaires presse qu’on peut être un peu sélectif et se concentrer sur les sites et les chaînes vidéos qui attirent le plus d’audience. Ça ne nous empêche pas de soutenir des nouveaux qui se lancent, ou des plus petits qui font un travail qu’on apprécie particulièrement, mais on ne peut pas non plus se permettre d’envoyer des centaines de jeux, pour au final peu de retombées…

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, ça nous arrive souvent, la plupart du temps parce qu’on estime que les retombées pour le jeu n’en valent pas le coût : média trop confidentiel, public inadapté, jeu déjà bien connu, plus d’exemplaires dispo pour la presse, etc. Mais je précise toujours que ça ne signifie pas qu’on n’enverra jamais de jeux à ce critique. On étudie vraiment les demandes au cas par cas…

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Ça m’arrive régulièrement d’être un peu déçu du traitement réservé au jeu en question, quand un magazine réserve juste un tout petit encart alors que je m’attendais à un article plus conséquent, quand une critique est publiée très longtemps après la sortie du jeu, ou, et c’est le pire pour moi, quand j’ai l’impression que le critique n’a pas compris un choix ergonomique ou est passé à côté de l’intérêt d’un point de règle. C’est plus rare que je regrette vraiment l’envoi, mais je me souviens notamment d’une critique pas vraiment argumentée dont le conseil final était d’acheter le jeu pour l’offrir… à son pire ennemi ! Dans ces cas-là, on se dit qu’on aurait mieux fait d’économiser les frais de port…

Merci d’avoir pris le temps de répondre à nos questions Matthieu!

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Bonjour les Space Cowboys. Et merci Vincent et François, chargés de communication auprès des Spaces. C’est vous qui vous y collez. Racontez-nous comment ça se passe comme éditeur avec les copies que vous envoyez gratuitement à la presse (journaux, podcasts, blogs, sites internet).

D’accord. Alors on prend un jeu, on le met dans un carton, et on scotche… Là, le truc : TOUJOURS scotcher D’ABORD les côtés opposés à la rainure du carton. Puis…comment ça, c’est pas le sujet ?

Super clair. Super pratique. Merci. Combien de copies-presses envoyez-vous par jeu?

Lors de la sortie, entre 15 et 20. Par la suite, on nous demande régulièrement des copies-presse et le compte peut donc rapidement monter.

A qui en envoyez-vous? Comment dressez-vous une liste?

En fait, nous avons une liste d’Usual Suspects à qui nous envoyons nos jeux quasi systématiquement. Mais nous vérifions qu’une critique est bien publiée pour le jeu que nous avons envoyé ! Et si rien ne vient… nous affinons la liste.

Quel budget est-ce que cela représente pour vous?

Le prix de jeu plus le prix des envois. C’est simple, la vie. Sérieusement, ce n’est pas énorme. Les éditeurs de livres doivent avoir dix fois plus de budget pour ça. Disons que par rapport au budget général des animations, du budget reptile de Croc ou des manucures de Julien, ce n’est pas grand-chose .

La question principale: quand vous envoyez une copie-presse, quelles sont vos attentes?

Juste qu’il y ait une critique, la plus objective et la mieux écrite possible. Si ça va vite, c’est mieux.

Vous est-il déjà arrivé de refuser d’offrir une copie-presse? Pourquoi?

Oui, pour les raisons citées ci-dessus. Si nous ne connaissons pas la personne, l’organe de presse ou le site qui fait la demande, nous l’ « essayons » avec un jeu. Si ça se passe bien, nous répondons positivement par la suite.

Vous est-il déjà arrivé de vous sentir déçus à la suite d’un envoi? Pourquoi?

Ah, on te voit venir… Les « mauvaises » critiques ne font pas plaisir, les « bonnes », oui. Nous sommes (presque tous) humains, c’est normal. Pour autant, les avis négatifs donnent du crédit aux avis positifs et chacun est libre de penser et d’écrire ce qu’il veut. En fait, ce qui compte, c’est que le jeu ait la possibilité d’être connu du plus grand nombre.

Toute critique, qu’elle soit négative ou positive, contribue à la notoriété d’un titre. De plus, une critique défavorable mais bien étayée et argumentée est préférable à une critique dithyrambique qui ne va pas plus loin que « c’est super, jouez-y ! ». Mais quand même, nos jeux sont supers, jouez-y (rires).

Non, la vraie déception, c’est quand on envoie un jeu à quelqu’un, suite à une demande…et qu’il n’y a aucun retour. Ni « Bien reçu, merci », ni article, ni critique… Mais en général, c’est l’exception et ça se passe plutôt bien.

Voilà, comme ça c’est clair. Merci Vincent, merci François. Je vous laisse à la manucure de vos reptiles.

Conclusion

Pour résumer les réponses des éditeurs, tous envoient volontiers des exemplaires-presses. Mais tous attendent un traitement correct de leurs jeux. Ils disent accepter les retours et critiques négatives. Pour autant qu’elles soient cohérentes et construites. Côté chiffres, cela varie évidemment en fonction de la sortie (plus ou moins attendue, intéressée) et de l’éditeur. Si un grand éditeur aura une plus grande marge comptable pour éponger les coûts, offre & envoi, cela peut devenir compliqué pour une plus modeste structure. Et tous les éditeurs jugent normal de traiter avec les médias. Cela leur permet en effet d’espérer un retour sur investissement, en visibilité et publicité.

Alors oui, nous sommes loin du marché du livre, avec les chiffres faramineux présentés en ouverture d’article. Non, les éditeurs de jeux n’offrent pas entre 800 et 1’000 jeux aux médias. Il faut dire que d’habitude, les éditeurs font produire entre 4’000 et 5’000 exemplaires pour leur toute première sortie afin d’éviter de trop gros risques financiers. Et si le jeu se vend bien, un retirage est aussitôt lancé, doublé, souvent de 10’000 unités. Donc 800 à 1’000 exemplaires-presses sur… 4’000, cela paraît exagéré! Mais y a-t-il vraiment 800 à 1’000 médias, presse, blogs, sites, podcasts, vidéos, qui traitent du jeu de société? L’engouement pour les jeux de société n’est pas (encore?) similaire à celui d’autres produits de consommation culturels, littérature ou cinéma.

Puisque nous nous sommes maintenant intéressés à la partie « éditeurs », dans un prochain article nous nous pencherons sur les médias pour leur demander quelle est leur pratique. Combien de jeux ils demandent, et s’ils traitent ces jeux de manière différente. A venir tout prochainement.

 

Lançons le débat. 

Et vous, qu’en pensez-vous? Est-ce que vous trouvez normal, correct, inacceptable, que les éditeurs envoient leurs jeux aux médias (presse, blogs, YouTubers?). Ceux-ci devraient-il acheter leur propre copie?

Mais au fond, qu’est-ce qui nous pousse à aller à Essen?

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« Non, nous n’avons pas trouvé LE jeu incroyable, tout était trop noyé dans une soupe mainstream ».

« Il n’y a pas eu assez de goodies ».

« C’était l’arnaque, les jeux étaient beaucoup trop chers. »

« Finalement, il n’y avait pas besoin d’y aller, on pouvait tout précommander sur le net avant, et pour moins cher. »

Chaque année quand je rentre d’Essen toute la rédac de Gus&Co me demande comment ça s’est passé. Si c’était bien, s’il y avait du monde, si ça a valu la peine d’y aller. Et hormis les poncifs, nouveautés-rencontres-ambiance-et-spa, je fais rapidement le tour. Et je me dis alors: « tout ça pour ça? ».

Avec 174’000 visiteurs en 2016 sur 4 jours, certes pas 174’000 visiteurs uniques, mais 174’000 entrées totales sur toute la durée du salon, chaque année je me demande ce qui nous pousse à aller dans ce raout annuel. De placer autant d’attentes et autant d’effort pour cet événement unique, incroyable. Car qui dit attentes, dit forcément déception. A force de tellement attendre cette manifestation toute l’année, avec un niveau d’anticipation qui atteint son paroxysme quelques semaines, quelques jours avant l’ouverture des portes du salon, une fois dedans, on encoure le risque de déchanter rapidement. 

Finalement, Essen, ce ne sont que des stands couverts de jeux. Autrement dit, du carton, des bouts de papier et parfois un peu de bois et aussi du plastique.

Mais alors, qu’est-ce qui nous pousse à y aller? Et surtout, à y retourner?

Editeurs & distributeurs?

C’est plutôt évident. Pour les pro, Essen est LE moment de l’année où tout le monde se retrouve. Collègues éditeurs, distributeurs, auteurs. Des contrats, des rencontres vitales pour maintenir sa structure à flot. Les éditeurs y vont pour découvrir des protos, des jeux à traduire ou rééditer. Et signer des contrats de distribution avec des distributeurs et parfois directement avec des magasins, tout ce qui fera rentrer l’argent dans la boîte.

Et se faire voir. Un éditeur présent à Essen, c’est un éditeur qui « existe ». Même sans nouveauté.

Et enfin, profiter de l’événement pour lancer la com sur ses prochains jeux: proto, matos visuel, médias.

Et surtout, vendre des boîtes directement aux joueurs, sans passer par distributeurs et magasins, en touchant une marge plus juteuse. Avec toutefois une dépense conséquente pour être présent à Essen. Même si les ventes n’arrivent jamais à rembourser le déplacement.

Auteurs?

Pour les auteurs, Essen est évidemment un moment crucial puisqu’il permet de rencontrer des dizaines, des centaines d’éditeurs pour leur présenter les jeux sur lesquels ils travaillent. C’est souvent à Essen que les éditeurs font « leur achat » et signent leurs prochains jeux. Une véritable aubaine pour les auteurs.

C’est également à Essen que la plupart des jeux de l’année sortent en même temps. Donc les créations des auteurs. C’est alors l’occasion d’être présent sur les stands pour dédicacer les boîtes et rencontrer les joueurs.

Visiteurs?

Pour les visiteurs, la question est plus complexe, peut-être moins évidente. Pourquoi aller à Essen, se manger plusieurs centaines, milliers, parfois dizaines de milliers de kilomètres pour braver la foule, faire la queue devant des stands, ne pas avoir forcément la possibilité d’essayer les jeux, en tout cas pas dans les meilleures conditions (bruit, explication des règles parfois calamiteuses…), et beaucoup dépenser:

pour les jeux

pour la nourriture

pour le déplacement

pour le logement (les hôteliers à Essen doublent, triplent les coûts pendant le salon. Véridique!)

Alors malgré tous ces inconvénients, pourquoi aller à Essen? Certes, il y a l’envie impérieuse (narcissique?) de se sentir pionnier, de découvrir et posséder les jeux AVANT les autres, avant ceux qui n’ont pas été à Essen et qui doivent souvent attendre semaines/mois avant de pouvoir espérer y jouer.

Mais est-ce que la possibilité de trouver et d’acheter des jeux est une raison suffisante? Sachant qu’on peut de toute façon le faire dans sa boutique préférée dans sa ville, ou sur internet? Même si 1d6 semaines plus tard?

Non.

Non.

Si on va à Essen, ce n’est pas pour acheter des jeux. C’est pour l’expérience. L’expérience Essen.

A Essen, on sait qu’on finira déçu. Qu’on n’aura pas trouvé LA perle. Qu’on aura dépensé trop d’argent pour des jeux qui ne seront pas forcément joués, voire pas beaucoup. Qu’on n’aura pas eu le temps de tout voir, de tout essayer, qu’on en aura oublié certains sur le salon (surtout avec 1’300 jeux en 2016).

On se jure alors de ne plus jamais aller à Essen. Plus jamais. En tout cas pas avant celui de l’année prochaine… Mais finalement, ce qu’on consomme surtout à Essen (et à Cannes en mars, et à PEL en juin), c’est son expérience.

L’expérience Essen

Quel est le moment préféré de vos vacances?

L’avant, la préparation, l’anticipation?

Le pendant, le moment-même, le voyage?

Ou l’après, les souvenirs, les photos, la narration?

L’anticipation est souvent plus marquante car extrêmement riche en émotions: attentes, (im)patience, angoisses, (in)décisions, recherche. Même si le moment des vacances et l’après sont aussi importants, c’est souvent l’avant qui est le plus jouissif, le plus fort.

Essen, c’est pareil. On prend quelques minutes/heures/jours à composer sa liste de jeux, à préparer son plan, à réserver, à prendre des rendez-vous. A se réjouir.

Aller à Essen pour les jeux, c’est comme aller dans le désert pour son sable, ou à la montagne pour sa neige. C’est sympa deux minutes, mais au bout d’un moment on en a fait le tour.

Essen, c’est le temple de la consommation. Le temple. Le jeu de société transcendé en religion. Et pourquoi pas? Car la religion, c’est relier. Les hommes à Dieu, mais aussi les hommes entre eux. Quand on entre dans l’enceinte d’Essen, plus que des boîtes qui s’amoncellent, c’est le fait de communier avec des dizaines de milliers d’individus, tous mus par la même passion, la même flamme. On se sent alors moins seuls. Car oui, nous sommes des animaux sociaux.

Comparés aux objets, les expériences laissent des souvenirs. Les objets (ici, les jeux) sont liés à des achats personnels, individualistes. On achète pour soi-même. Alors certes, les jeux sont de société. On en achète un qu’on va partager.

Tandis que les expériences, elles, sont partagées, sociales, marquantes. Et nous sommes la somme de nos expériences. Nous ne sommes pas définis par ce que nous possédons mais par ce que nous vivons.

Qu’est-ce qui est le plus important? Qu’est-ce qui laissera une marque, un sillon plus profond dans nos vies? La possession d’un jeu? Ou le souvenir d’une anecdote, d’un moment unique, suave, surprenant? La réponse est manifeste.

Alors oui, Essen finira toujours par être décevant. On n’aura pas trouvé LA perle, on aura l’impression d’être passé à côté. Il y avait trop de monde. C’était trop cher. C’était mieux avant.

Mais au final, ce qui compte, c’est d’avoir été à Essen. C’est d’avoir vécu une expérience forte, unique. Et qu’importent les jeux.

Vivement Essen 2017!

Et vous, qu’est-ce qui vous pousse à aller à Essen?

Vous achetez trop de jeux? Voici les conseils de votre banquier pour en acheter ENCORE PLUS

Combien avez-vous déjà dépensé en jeux cette année? 100 euros? 500? 1’000?

Un ou plusieurs jeux qui vous font de l’œil? Un jeu sur KS qui vient d’être lancé, vous résistez encore et vous n’avez pas encore craqué?

Comment faire pour concilier budget et envies (et place sur les étagères)? Vous vous demandez encore comment vous allez faire pour tenir avec Essen en approche fracassante dans quelques jours?

Essen, justement, et ses plus de 1’300 nouveautés qui y seront présentées… Cette fin d’année 2016 risque bien de s’avérer… coûteuse. Et douloureuse pour son budget.

Alors comment faire. Ne plus acheter de jeux?

Non!

Juste. Impossible.

Voici quelques conseils pour en acheter encore plus! Les conseils d’un vrai banquier. Enfin, à peu près. Mais des conseils efficaces.

Surtout ne pas en parler à quelqu’un de neutre

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Quand un jeu nous intéresse, c’est qu’on l’a vu partout (enfin, on a l’impression de): sur TT, sur LX, sur G&C, sur Instagram, sur Youtube, sur FB, tatoué sur le dos de sa voisine de métro… Avec la multiplication récente des canaux médiatiques cela devient de plus en plus difficile de ne pas se tenir informé et de ne pas céder à la tentation.

Le pire que l’on puisse faire, c’est d’en parler à quelqu’un de neutre, qui a forcément la tête froide et les idées claires. « Quoi, encore un jeu de majorité? Mais t’en n’a pas assez déjà comme ça? ». « Quoi, un nouveau scénario pour Time Stories? Mais on n’a même pas fini le tout premier dans la boîte? ». « Quoi, tu veux racheter une réédition d’un jeu qu’on a déjà? »

Si un jeu vous intéresse, surtout n’en parlez pas autour de vous, en tout cas pas à votre partenaire/époux/épouse, qui de toute façon ne comprend rien à rien, soyons honnêtes. Vous savez mieux que tout le monde ce qu’il vous faut à vous-même pour vous.

Surtout évitez de considérer les autres possibilités

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Un jeu, c’est, en gros, 40 euros. Une bonne moyenne, entre les plus petits à 10-15 euros et les plus gros à 80-90 euros. Donc quand vous claquez 40 euros, ce sont 40 euros que vous n’utiliserez pas pour autre chose: resto, ciné, livres, voyages, strings (pour vous, pour l’autre, ou pour les deux. Je ne juge pas). Et 40 euros, plus 40 euros, plus 40 euros… Vous me voyez venir.

Quand un jeu vous intéresse, surtout ne pensez pas à ce que vous pourriez faire d’autre avec cet argent. Ça risquerait de vous démotiver grave.

Surtout ne lisez pas de critiques négatives

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Les critiques négatives, c’est le mal absolu, la plaie d’internet, pire que les trolls et les GIF de chats. Une critique risquerait de ruiner le désir que vous entretenez pour le jeu que vous désirez.

Comment ça, à moins de 4 joueurs le jeu n’est pas terrible? Comment ça, il y une martingale? Comment ça, le jeu est déséquilibré? Non, évitez de lire les critiques négatives, tout simplement. Vous serez alors certains de toujours le vouloir, ce jeu.

Surtout ne convertissez pas

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Une typique erreur de débutant extrêmement dommageable, c’est de convertir l’argent en temps de travail nécessaire.

Combien gagnez-vous par mois, par heure? Et combien coûte ce jeu que vous désirez âprement? Il représente X temps de travail?

Dès qu’on s’amuse à convertir ses dépenses en temps de travail, ça calme tout de suite. Parce qu’on prend alors conscience de la valeur de l’argent, du temps, du travail et de l’effort.

Surtout n’attendez pas trop longtemps

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Attendre vous donnerait trop de risque de changer d’avis. Vous lancer sur un coup de tête pour l’achat d’un jeu est le meilleur moyen pour en acheter plus. Plus vous attendez, et plus vous réalisez qu’au final, il n’est pas aussi bon/vital que vous l’espériez.

C’est d’ailleurs bien pour ça que la plupart des sites d’achat en ligne ont déjà inscrit votre adresse/pointure de chaussures/numéro de carte de crédit/nombre de tatouages de dragons sur vos biceps, pour que votre achat soit le plus rapide possible et ne vous laisse pas le temps de réfléchir et de… pire que tout… changer d’avis. Hop, merci l’achat One-Click, la vraie solution. Tout devrait d’ailleurs être comme ça dans la vie. Mariage? One-Click. Avoir des enfants? One-Click.

Et pire, entre temps, des critiques négatives pourraient avoir fleuri sur le net. Voir plus haut.

Surtout ne réfléchissez pas trop. Suivez votre instinct

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Un jeu vous tente, mais vous n’êtes pas sûr:

  • que vos joueurs habituels l’apprécient
  • que vous ayez vraiment le temps d’y jouer
  • que vous ayez encore de la place sur vos étagères
  • que vous ayez l’occasion de le sortir

Surtout ne réfléchissez pas trop. Lancez-vous. Achetez-le. Après tout, vous le voulez, non? C’est la seule, la vraie raison. Pour le reste, on verra plus tard.

Surtout ne faites pas autre chose. N’arrêtez pas d’y penser

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Si vous vous mettez à penser à autre chose, à faire autre chose, comme du… sport par exemple, vous risqueriez tout d’un coup d’avoir vraiment moins envie d’acheter ce jeu qui vous intéresse.

Non, le mieux est encore d’éviter de faire autre chose pour rester vraiment bien convaincu. Pensez au jeu qui vous intéresse, que vous voulez acheter jour et nuit. Lisez des interviews dessus, des critiques (positives), des forums (qui en disent du bien), regardez en boucle des explications de règles en vidéo.

Surtout ne ratez aucune nouveauté

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Avec plus de 3’000 jeux qui sortent chaque année depuis 3-4 ans, comptant les rééditions et les extensions, ça serait triste de se priver. Pour ne pas risquer de passer à côté de LA perle. Oui, le FOMO ludique, ça existe!

Un nouveau jeu de? Vite vite, on précommande!

Une nouvelle extension pour? Même si on a que très peu joué au jeu de base? Vite vite, on achète.

Un nouveau jeu lancé sur KS (avec des SG de dingue), et qu’importe s’il sort dans 2d6 années? Vite vite on backe.

Heureusement que les nouveautés existent, sinon la vie serait bien trop triste. Les nouveaux jeux ont quelque chose de… neufs, d’excitants, de différents. Soyez le premier de vos amis à posséder le jeu. Soyons honnêtes, un jeu qui est sorti il y a deux semaines est déjà vieux et dépassé. Et surtout, n’écoutez pas les aigris qui se moquent de vous et qui vous font des reproches en vous traitant de « joueur kleenex« . Posséder des jeux à peine sortis vous donnerait presque l’impression d’être un pionnier, un aventurier, un explorateur, d’y être avant les autres, avant la meute. Un sentiment hors de prix!

Surtout n’analysez pas vos dépenses

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Le plus grave danger qui menace, c’est de commencer à tenir une compta précise sur vos dépenses, sur votre budget mensuel et/ou annuel. J’ai même entendu dire qu’il y avait des gens, des couples, qui géraient des tableurs excel. Vous vous imaginez?

Parce que tenir une telle compta aurait la fâcheuse conséquence de visualiser les dépenses parfois jamais assez importantes pour les jeux.

A vous de jouer

Avec tous ces conseils, nous espérons sincèrement que vous trouverez enfin les moyens pour acheter plus de jeux.

Et surtout, ne vous laissez pas influencer par ces bobos-écolos qui clament que les jeux, c’est le mal. Parce que ça pollue. Parce que c’est produit en Chine. Parce c’est inutile. Parce que vous dépensez trop en jeux. Bande de jaloux aigris! Ils n’ont qu’à aller vivre dans une caverne avec leur iPhone 6S (la honte, ils n’ont même pas le 7).

Et vous, avez-vous d’autres conseils à proposer pour acheter plus de jeux?

Pourquoi l’interaction divise tellement la communauté de joueurs

Vous est-il déjà arrivé de vous écharper avec vos amis autour de la question de l’interaction dans un jeu? Certains disaient la trouver inexistante, tandis que d’autres pas?

Quand toute la rédac de Gus&Co se réunit pour découvrir et préparer la critique d’un jeu, on finit souvent par s’engueuler et en venir aux mains. A cause de nos intempestives discussions autour de l’interaction.

OK, j’exagère peut-être un peu. On n’en vient pas aux mains. Je suis trop balaise, ils ont peur de moi. Mais nous ne sommes jamais d’accord sur l’interaction. Jamais. C’est pour cette raison qu’il est peut-être nécessaire de débattre aujourd’hui autour de cette notion qu’est l’interaction.

L’interaquoi?

Parce que ça fait toujours clâââsse de commencer un article par une petite déf, pour bien montrer qu’on maîtrise le sujet, voilà.

Selon le dictionnaire Larousse, l’interaction, c’est

  • Réaction réciproque de deux phénomènes l’un sur l’autre.
  • Action réciproque qu’exercent l’un sur l’autre deux ou plusieurs systèmes physiques.

Voilà, ça c’est fait.

Donc pour résumer, l’interaction c’est l’effet, l’impact, la relation que deux ou plusieurs personnes entretiennent entre elles. Autrement dit, le rapport plus ou moins direct entre plusieurs personnes (mais à deux ça marche aussi).

Il faut dire que tout est dans le titre. Jeux de société.

Jeux. De. Société.

On joue ensemble. A plusieurs. Pas tout seule (quoique, certains jeux de société le permettent quand même…). La compagnie des autres est nécessaire, et qui dit compagnie, dit relation. Et dans nombreux jeux de société modernes, l’interaction est souvent… étrange. Voire étrangère.

Mais les apparences peuvent être trompeuses.

Tout dépend bien sûr de ce que l’on entend ou comprend par interaction. Et c’est là que la société des jeux de société s’entre-déchire.

Chapelles

Quand on parle d’interaction, il y a deux écoles. Les uns considèrent que l’interaction doit être flagrante, directe. Autrement dit, qu’on puisse s’en prendre aux autres, qu’on puisse avoir un tantinet d’impact sur leur jeu. Qu’on a besoin d’eux pour jouer.

Souvent le cas des jeux coopératifs ou par équipe, bien évidemment extrêmement interactifs, des party-games, des jeux d’enfoirés, de bluff, d’enchères, de communication, ainsi que des jeux de conquête, de majorité, de contrôle de territoire, de baston.

L’affrontement ou la collaboration est alors directe. Franche. Essayez de jouer à Complots ou à Imagine tout seul qu’on rigole (pas).

Si un jeu ne présente pas ces caractéristiques, si l’interaction n’est pas en full frontal, on peut avoir l’impression de jouer dans son coin. De ne pas avoir à se soucier des autres. Qu’ils soient là, ou pas, ne changerait rien.

Mais les apparences peuvent être trompeuses.

L’autre école considère que l’interaction est omniprésente dès lors qu’on s’asseye à plusieurs autour d’une table autour d’un même jeu. Même si un jeu ne permet pas de s’en prendre directement aux autres, l’interaction peut être plus… froide, plus… subtile.

Rien que le fait d’être en compétition avec les autres dans la course aux points entraîne une certaine forme d’interaction. Selon la définition du Larousse: « Réaction réciproque de deux phénomènes l’un sur l’autre ». On essaie alors de remporter la victoire.

Cette interaction plus froide, plus modérée, se retrouve souvent dans les jeux allemands récents. Les Stefan Feld, les Uwe Rosenberg, les jeux de développement, de gestion. On a pu reprocher à Through the Ages de ne pas avoir d’interaction. Qu’on joue à Race for the Galaxy tout seul dans son coin.

Oui, c’est juste.

Tout dépend de la définition que l’on se fait de l’interaction. Si l’interaction se doit d’être franche, directe, belliqueuse ou coopérative, alors oui, c’est juste, certains jeux de gestion peuvent sembler en être dénué.

Mais non, c’est faux.

En réalité, rien que le fait d’être assis ensemble autour d’un même jeu entraîne forcément une interaction. Puisqu’il faudra: épier, dépasser, SE dépasser. Des soft-skills conséquences d’une partie partagée.

Quand mes collègues et amis de la rédaction trouvent qu’un jeu est moyen, voire mauvais, juste parce qu’il manque d’interaction, s’ensuit alors un passionné pugilat. Querelles de chapelles. Chacun prêche pour sa paroisse. Et il faut alors remettre l’église au milieu du village (OK j’arrête les métaphores religieuses).

Non, ce n’est pas parce qu’on ne peut pas faire de sales coups à son voisin ou l’envahir que le jeu est à fortiori mauvais et qu’il manque d’interaction.

Prenez Agricola.

Ag Ricooooola

Vous êtes-vous déjà dit qu’Agricola manquait d’interaction? Que vous jouiez tout seul dans votre coin de ferme, à planter des vaches et à élever des légumes? OK, le jeu peut se jouer tout seul, c’est dans la règle. De 1 à 4 (pour l’édition 2016). Mais c’est vraiment à plusieurs que le jeu devient vraiment intéressant, passionnant, tendu. A plusieurs. Alors qu’au fond, la seule chose que l’on peut faire contre les autres, c’est poser son ouvrier sur une case convoitée pour bloquer. Forte interaction? Interaction absente?

Si les joueurs n’observent pas le jeu des autres, ils ne pourront pas adapter leur stratégie. Et parfois opérer un choix juste pour les ralentir.

Alors non, on ne pourra pas envoyer une bombe atomique sur la ferme de ses copains (déjà, parce que le jeu se joue au 17e siècle). On ne pourra pas non plus leur envoyer des spadassins ou autres mechawarriors dans les gencives.

N’empêche, si on ne s’intéresse pas à eux, si l’on ne prend pas en compte deux secondes « l’action réciproque qu’exercent l’un sur l’autre deux ou plusieurs systèmes physiques » on risque de passer à côté de nombreuses opportunités. Et de finir à la traîne.

Prenez 7 Wonders.

Stevie 7 Wonders

(ces sous-titres commencent vraiment à devenir du grand n’importe quoi)

Qu’on aime ou qu’on n’aime pas 7 Wonders d’Antoine Bauza, on lui a souvent reproché son manque cruel d’interaction. On a souvent dit qu’on jouait tout seul avec sa chère et tendre Merveille. Ou alors qu’on ne jouait juste qu’avec ses deux voisins directs.

Bullshit.

Si on ne prend pas la peine d’observer et d’analyser TOUTE la table, tous les autres joueurs, même ceux qui ne sont pas directement assis à sa gauche et à sa droite, on rate beaucoup de précieuses informations: qui part plutôt sur du scientifique (donc moins de cartes vertes à dispo pour bibi), qui est en possession de quelle Merveille / quel leader (donc des stratégies orientées), qui ramasse toutes les cartes militaires (qui peut opérer un effet papillon/domino sur le reste de la table, jusqu’à bibi), qui rafle toutes les cartes ressources au premier âge? Les cartes économiques? Et moi, je m’adapte comment dans ce joyeux bordel?

Vous voyez où je veux en venir. Non, 7 Wonders ne manque pas d’interaction.

Mettons enfin un point final de fin

Tout est d’abord question de définition. Quelle est sa propre définition de l’interaction, et quelle est celle des autres? Si comme les MST on ne partage pas forcément la même, n’en reste qu’on bien trop souvent tendance à juger un jeu bien trop rapidement. La révélation flagrante.

Parce qu’on a envie de poser des jugements à l’emporte-pièce.

Parce que c’est rapide.

Parce que c’est facile.

Parce qu’aujourd’hui on est tellement noyé sous les sorties qu’on préfère juger rapidement pour passer à autre chose. Rapidement.

Et c’est vraiment dommage. Ne vaut-il pas mieux acheter/jouer à moins de jeux, mais d’y jouer… mieux? Plus souvent? Pour avoir le temps et l’opportunité d’en découvrir toutes les subtilités? Voire même une interaction plus froide, plus douce?

Et pour vous, est-ce que l’interaction est un critère crucial?