Disparitions jeux, article bannière
Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

La disparition silencieuse d’une partie de notre patrimoine ludique

🚫 Ces classiques du jeu de société qui ne se vendent plus : on vous explique les causes de leur disparition !


Ces jeux qui disparaissent

Comme vous le savez certainement si vous suivez notre blog de manière régulière, chaque dimanche matin sur notre blog nous vous proposons une sélection des meilleurs jeux avec un thème ou une mécanique particulière. Les meilleurs jeux pour Halloween il y a quelques semaines ou les meilleurs jeux Steampunk.

En préparant ces articles hebdomadaires nous devons procéder à une sélection des jeux qui pourraient intégrer la liste. Et bien souvent, nous remarquons que certains titres n’existent tout simplement plus. Qu’ils ne sont plus dispo en boutique, qu’ils ne sont plus édités. C’est le cas par exemple de Mission : Planète Rouge, ou de Carson City, cités dans nos articles, jeux aujourd’hui disparus. Ou peut-être encore trouvables d’occasion.

Par ailleurs, vous êtes souvent nombreux à commenter ces articles, ces sélections, en partageant vos coups de cœur. Et parfois, les jeux que vous citez ne sont plus édités et ont disparu du circuit commercial.

Le jeu de société connaît depuis quelques années un engouement certain auprès du public. De nouveaux éditeurs apparaissent, proposant des mécaniques innovantes dans des univers originaux. Mais paradoxalement, cet âge d’or s’accompagne aussi d’une perte : de nombreux jeux disparaissent des étals des boutiques spécialisées et des rayons des grandes surfaces.

Pourquoi ? Comment ? Intéressons-nous aujourd’hui dans cet article à cette situation, avec des jeux qui disparaissent de manière régulière. Et c’est, pour certaines pépites ludiques, parfois très, très triste. En toute fin d’article vous trouverez également les interviews de plusieurs éditeurs français à qui nous avons posé quelques questions pour recueillir leur avis de professionnels sur la question.

Des coûts de production qui condamnent les petites références

Comme tout produit commercial, le jeu de société est soumis à la réalité économique. Si un titre ne se vend pas suffisamment pour couvrir ses coûts de fabrication et de distribution, l’éditeur est contraint de cesser sa production. C’est malheureusement le sort réservé à de nombreux jeux plus confidentiels, trop chers à produire par rapport à leur faible demande. Même les éditeurs disposant d’un large catalogue peinent à maintenir indéfiniment la disponibilité de tous leurs titres, surtout les moins plébiscités par le public.

Des licences éphémères qui entraînent des disparitions

Face à un marché très concurrentiel, de nombreux éditeurs misent sur des licences issues de franchises connues (films, séries, romans, BD, jeux vidéo) pour attirer les joueurs et joueuses avec la promesse d’un univers familier. Star Wars, Game of Thrones, Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux, Marvel etc. : autant de sagas à succès ayant donné naissance à des adaptations ludiques.

Mais ces accords de licence sont le plus souvent limités dans le temps. Une fois le contrat arrivé à expiration, l’éditeur n’a d’autre choix que d’arrêter la commercialisation du jeu, faute de pouvoir continuer à utiliser la propriété intellectuelle associée. Même dotés d’un habillage générique pour effacer les références, ces titres peinent souvent à retrouver leur public et finissent par disparaître.

Citons par exemple Battlestar Galactica, jeu coopératif salué pour ses mécanismes d’intrusion et de traîtrise. Suite à l’arrêt de la licence en 2015, l’éditeur Fantasy Flight Games l’a remplacé par L’Insondable, conservant le système de jeu mais dans un univers lovecraftien. Plus vendeur aujourd’hui, plus générique, plus connu. Si certains y ont retrouvé l’esprit du titre original, d’autres déplorent la perte de cet emblème de la culture sci-fi.

L’évolution des goûts

Les tendances évoluent vite dans le milieu ludique, au gré des modes passagères. Certains concepts très en vogue à une période donnée peuvent rapidement tomber en désuétude, supplantés par de nouveaux engouements. À l’inverse, d’ingénieux jeux au mécanisme rodé sont parfois boudés car jugés trop « old school » par les joueureuses en quête de modernité.

Prenons les jeux de gestion et développement économique, très populaires dans les années 90 et au début des années 2000. Des titres comme Puerto Rico, San Juan ou Les Princes de Florence ont séduit de nombreux joueurs avides de défis d’optimisation. Mais la tendance s’est estompée au profit de jeux plus légers et plus interactifs. Malgré leurs qualités intrinsèques, ces classiques du genre peinent aujourd’hui à trouver leur public. Quoique, pour Les Princes de Florence, le jeu vient tout juste de ressortir, 23 ans après sa toute première édition.

Cette évolution des goûts met en péril de nombreux jeux remarquables. Leurs mécaniques sont toujours d’actualité, mais ils souffrent d’une image désuète qui nuit à leur longévité. Pourtant, c’est parmi ces jeux de bibliothèque poussiéreux que l’on trouve de véritables perles ludiques. Leur gameplay a résisté à l’épreuve du temps, même si leur charte graphique a vieilli.

La pression des nouveautés

L’industrie ludique fonctionne sur un rythme effréné de nouvelles sorties. Plus de 4-5000 nouveaux titres arrivent chaque année sur le marché ! Face à ce flux continu, les éditeurs doivent faire de la place dans leurs catalogues, en stoppant la production de certains jeux. Même des titres excellents, qui se vendaient encore très bien il y a 5 ou 10 ans, sont supplantés par la nouvelle vague.

C’est la triste loi du marketing : le nouveau chasse l’ancien, qui doit s’effacer pour laisser toute la place aux produits récents. Les éditeurs misent sur ce renouvellement permanent pour susciter l’achat d’impulsion, même si cela se fait au détriment de valeurs sûres qui mériteraient de traverser les âges.

On le voit, la pression des nouveautés pèse lourd sur le sort des anciens jeux, qui disparaissent prématurément malgré leur qualité indéniable. Leur temps sur le devant de la scène est compté, quels que soient leurs mérites.

La faillite ou l’arrêt d’un éditeur, une autre cause de disparition

Outre les raisons évoquées précédemment, il existe une autre cause fréquente de disparition de jeux : la faillite ou arrêt d’un éditeur.

Lorsqu’une maison d’édition met la clé sous la porte, son catalogue dans son intégralité est logiquement amené à disparaître. Même des jeux à succès encore largement distribués se retrouvent soudainement privés d’éditeur pour en assurer la réimpression.

Un cas emblématique est l’arrêt d’Ystari Games. Cet éditeur français s’était fait remarquer dans les années 2000-2010 en publiant des jeux au matériel soigné et aux mécanismes pointus comme Caylus ou Yspahan.

Malgré le succès critique et public de certains titres, racheté par Asmodee, l’éditeur a décidé de rejoindre l’équipe de développement des Space Cowboys pour abandonner ses activités d’édition. Du jour au lendemain, une dizaine d’excellentes références ludiques se sont retrouvées orphelines. Si les droits de Caylus, Race for the Galaxy, Les Princes de Florence et Sherlock Holmes Détective Conseil ont été repris par d’autres éditeurs, justement pour permettre des rééditions, d’autres pépites comme Myrmes ou Olympus ont sombré dans « l’oubli ». Entre guillemets, car ces jeux continuent d’exister, en occasion ou, et surtout, dans nos mémoires de « vieux et vielles » fans (mon cas)

Les fermetures d’éditeurs provoquent un véritable séisme pour les jeux concernés. Même ceux bénéficiant encore d’une solide demande se retrouvent privés de débouchés. Soit leur production s’arrête brutalement faute de repreneur, soit un rachat de licence parvient à les sauver in extremis.

Mais dans tous les cas, on assiste à une période trouble de rupture de stock, de flou juridique et de transition hasardeuse. Certains titres sombrent corps et biens, quand d’autres parviennent difficilement à renaître de leurs cendres.

À titre d’exemple je citerai également nos compatriotes de GameWorks, maison d’édition de jeux fondée en 2006 et mise à l’arrêt il y a dix ans aujourd’hui. Si certains de leurs jeux ont été repris par d’autres, tel Sobek, Jamaica, Jaipur, d’autres ont bel et bien disparu, comme Tikal II ou Bonbons. Vont-ils réapparaître, réédités ailleurs ? La probabilité est faible.

Pour une raison ou pour une autre, parfois rachetés, parfois en faillite, d’autres éditeurs (Jeux Descartes, Ludodélire, Filosofia Holy Grail Games…) ont également cessé leurs activités. Leur catalogue disparaissant avec eux.

Rééditions et initiatives passionnées de préservation

Heureusement, tout n’est pas perdu ! Certains jeux au statut d’indémodable sont régulièrement réédités, permettant aux nouveaux joueurs et joueuses de les découvrir. Citons par exemple les récentes versions de 7 Wonders, Les Aventuriers du Rail ou Les Colons de Catane, qui font la joie des boutiques spécialisées et qui sont (souvent) réédités.

D’irréductibles passionnés accomplissent également un travail de fourmi pour préserver des trésors oubliés du patrimoine ludique. Ils reconstituent des éditions artisanales de jeux disparus ou créent des adaptations numériques sur des plates-formes en ligne comme Board Game Arena ou Tabletop Simulator.

Mais ces actions louables restent malheureusement limitées aux titres les plus connus ayant marqué l’histoire du jeu de société. La masse des petites références plus ou moins confidentielles et moins connues demeure condamnée à disparaître, parfois dans l’indifférence générale, chassée par la nouveauté.

Faire vivre les jeux pour leur donner une chance de traverser le temps

Devant ce constat, joueurs, joueuses, acteurs et actrices de la filière ont un rôle à jouer pour faire vivre ces jeux menacés et leur donner une chance de traverser les âges.

En tant que joueurs et joueuses, nous pouvons contribuer en continuant à jouer à ces titres en voie de disparition, en les partageant avec nos proches pour recréer une demande. Les ludothèques, bar à jeux et associations ont aussi un rôle clé pour donner une visibilité à ces trésors méconnus.

Les éditeurs doivent quant à eux repenser leur stratégie éditoriale et la gestion de leurs catalogues sur le long terme. Plutôt que de miser sur le tout-nouveauté, pourquoi ne pas réserver une part de leur production à prolonger l’existence de jeux qui le méritent, en phase avec les attentes des joueurs et joueuses ?

Il en va de la préservation d’une partie de notre patrimoine culturel et historique. Derrière chaque boîte se cache une mécanique, une histoire, des illustrations, tout un savoir-faire artisanal dont la transmission aux générations futures est en jeu.

Interviews

Nous avons passé quelques éditeurs au jeu (c’est le cas de le dire) de l’interview sur le sujet.

Voici les questions que nous leur avons soumises :

  1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?
  2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?
  3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?
  4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?
  5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

Cocktailgames

Voici les réponses de Cocktailgames (Super Mega Lucky Box, Trio). Quelques-uns de leurs jeux aujourd’hui plus édités : Casse-toi Pov’con!, Sneaky Cards.

1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?

Ce n’est pas vraiment nous qui décidons de la vie ou de la mort d’un de nos produits mais plus les clients. 

Et, internet et réseaux sociaux obligent, le consommateur d’aujourd’hui est de mieux en mieux informé. Avec une offre pléthorique de qualité, il n’a que l’embarras du choix et va prendre des produits qui correspondent le mieux à ses aspirations sachant que nous ne sommes pas en concurrence qu’avec des jeux mais plein d’autres produits qui pourront le satisfaire également car son budget n’est pas infini.

Pour résumer, c’est la conjonction d’une offre plus large et de meilleure qualité avec une concurrence avec tout le secteur du loisir qui nous oblige à arrêter certains de nos jeux.

2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?

2 questions en une seule.

Pour les rééditions, la condition sine qua non c’est que le le jeu n’ait eu pas ou peu de visibilité en France et que ce soit naturellement un bon jeu susceptible de plaire au consommateur. Si c’est le cas, on va pouvoir le sortir/ressortir sur le marché. On a été à un moment donné les champions de la réédition avec le reprise de classiques comme Kiproko, Kaléidos ou encore Compatibility. Je préfère un vrai bon jeu un peu suranné à la fausse bonne idée du moment resservie par des dizaines d’auteurs qui croient avoir eu l’idée du siècle. Le proverbe « C’est dans les les vieux pots qu’on fait les meilleures sauces » a encore du bon.

Pour les abandons, comme expliqué ci-dessus, c’est la cruelle et cynique loi du marché où l’affectif a malheureusement de moins en moins sa place. Il n’y a plus de rentes de situation qui nous permettraient de conserver ad vitam æternam certains jeux.

La course effrénée (et parfois stupide) à la nouveauté oblige à faire de la place dans le linéaire et les produits qui ne se vendent pas sont automatiquement poussés vers la sortie.Si un jeu ne se vend plus dans des quantités suffisantes, il dégage. 

3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Je vous le confirme mais ne souhaite pas donner d’exemples

4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?

Chez Cocktailgames, on a édité il y a des années des jeux sur un malentendu parce que tout marchait et parce que n’importe quelle bouse pouvait trouver sa place. Aujourd’hui, le marché est devenu très exigeant et on essaye juste de sortir moins de jeux mais qu’ils soient meilleurs. Cela passe par une sélection draconienne, des tests de plus en plus poussés avec du vrai public,  et un sourcing original qui nous démarque de la concurrence (notamment au Japon).

MOINS MAIS MIEUX.

5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

On ne peut pas maintenir en vie un jeu en état de mort cérébrale. A un moment donné, il faut savoir « débrancher » les câbles et passer à autre chose. Si ça ne tenait qu’à moi, nous n’aurions que des jeux de lettres dans la gamme et la société n’existerait plus depuis belle lurette. Je ne m’interdis pas cependant d’être séduit par une « danseuse » qui coûterait fort cher à entretenir mais dont les charmes seraient tels qu’ils m’obligeraient à avoir un comportement déraisonnable.

Merci Cocktailgames pour vos réponses !


Catch Up Games

Voici les réponses de Catch Up Games (After Us, Faraway). Quelques-uns de leurs jeux aujourd’hui plus édités : Fertility, Freak Shop.

1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?

Depuis quelques années, le rythme des sorties s’est accéléré, et la durée de vie moyenne d’un jeu s’en trouve logiquement raccourcie. On peut déplorer ce flot ininterrompu qui laisse peu de chance à chaque jeu de devenir un nouveau classique, comme on peut le considérer comme une preuve de la créativité et du dynamisme du secteur (des auteurs et autrices en premier lieu)… J’ai l’impression que le phénomène n’est pas si différent que pour d’autres produits culturels, comme la littérature ou le cinéma.

2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?

Il n’y a priori pour nous qu’un seul critère : le niveau des ventes. Si on ne pense pas pouvoir écouler plus de 1000 exemplaires dans l’année qui suit, réimprimer un jeu ne fait pas vraiment sens. Même si c’est bien plus simple et rapide que de développer un jeu, un retirage demande du temps, de l’énergie et de l’argent, qu’on préfère souvent dédier à d’autres projets si on sait que la demande pour le jeu n’est plus suffisante. Le stockage des jeux invendus a également un coût. Et en termes d’impact environnemental, ça n’a vraiment aucun sens de produire des jeux dont on sait qu’ils auront du mal à trouver preneur…

3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

On n’a jamais rencontré de souci contractuel qui nous aurait empêcher de réimprimer un jeu. En revanche, il est certain que les conditions financières liées aux jeux localisés (comme Sylve ou Dinosaur Island: Rawr’n Write) rendent leurs retirages plus compliqués. Avec nos propres jeux, on peut se permettre de diminuer les quantités imprimées pour garder le jeu disponible au-delà du premier tirage sans prendre trop de risques financiers. Quand il y a un partenaire étranger dans l’équation, nos marges sont naturellement plus minces, on ne maîtrise pas toujours la production (pour grouper plusieurs langues, par exemple), et on se retrouve souvent dans l’impossibilité de réapprovisionner le jeu (à moins d’un énorme succès qui permettrait de refaire la même quantité que le tirage initial)…

4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?

La temporalité de l’édition d’un jeu (qui prend souvent 2 à 3 ans) fait qu’on ne peut pas vraiment se permettre d’attendre pour voir si un titre est un succès avant de commencer à travailler sur un autre (voire plutôt sur 3 ou 4…). Il est donc très facile de se laisser emporter par cette fuite en avant permanente (comme c’est le cas aussi pour les joueurs et joueuses, les ludicaires, etc.) et d’oublier un jeu dès sa sortie pour se concentrer sur les prochains. D’autant plus que le lancement d’un nouveau titre est crucial et demande énormément d’énergie.

Mais on travaille justement à ne pas délaisser nos créations, à leur donner toutes leurs chances non seulement à leur sortie, mais aussi sur le long terme lorsqu’on en sent le potentiel. Ce sont 2 exercices très différents, et il faut donc savoir d’adapter et jongler entre plusieurs projets.

5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

Pour être tout à fait honnête, on ne va pas s’acharner sur un jeu qui ne rencontre pas le succès espéré, même si à nos yeux, c’est le meilleur du monde. On a beau croire en chacun de nos jeux, y mettre toute notre passion (et nos modestes compétences, aussi…), certains ne trouvent pas leur public, et je ne suis pas certain qu’on puisse y faire grand-chose après coup. Quelques semaines après son lancement, on sait généralement déjà quelle sera la vie d’un jeu. Il est quasiment impossible d’insuffler une dynamique vraiment positive et durable à un titre qui n’est plus une nouveauté. Même si on a la chance de ne jamais avoir connu de réel « four », on profite de ces sorties en demi-teinte pour apprendre de nos erreurs et faire mieux la prochaine fois…

Merci Catch Up Games pour vos réponses !


Blam !

Voici les réponses de Blam ! (Cartaventura, Enquêtes Express). Quelques-uns de leurs jeux aujourd’hui plus édités : Nemeton, Edenia.

1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?

C’est assez simple, dès qu’un jeu est en rupture de stock et qu’il n’y a pas suffisamment de ventes pour faire un reprint.

2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?

Uniquement la possibilité d’un reprint. Pour un éditeur, c’est le stock et donc la trésorerie qui est le plus dur à gérer et qui nous met constamment en difficulté. Ils font donc limiter au maximum les jeux qui ne se vendent pas. Idéalement, il faut du stock pour 6 mois maximum, même si parfois les contraintes de fabrication nous obligent à faire plus.

3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Non, pas du tout.

4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?

Nous essayons de limiter la sortie de nouvelles licences, surtout pour avoir le temps de communiquer autour de chaque jeu et de pouvoir véritablement les soutenir pendant 6 mois (réseaux sociaux, salons, publicité, presse…). Maintenir un catalogue riche est un véritable enjeu stratégique, mais il faut pouvoir être capable de suivre financièrement et donc avoir constamment du temps à accorder à chaque jeu (que ce soit en interne, du temps de communication ou même sur les salons).

5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

Nous pensons que pour faire vivre un jeu il faut le faire jouer et le faire connaitre. Ainsi, être présent dans un maximum de salon, organisé de tournois nous semble un des points clefs. Réactiver tous les jeux sur les réseaux sociaux nous semble également très important (avec par exemple le Mois Celestia en cours sur nos réseaux sociaux, ou la Semaine Chakra l’année dernière).

Merci Blam ! pour vos réponses !


Super Meeple

Voici les réponses de Super Meeple (Ark Nova, Septima). Quelques-uns de leurs jeux aujourd’hui plus édités : Couleurs de Paris, Fuji, Mafiozoo.

1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?

La raison principale, bien sûr, est la vente. Si le jeu ne se vend plus ou peu, nous n’effectuons plus de tirage. Cela dit, si les demandes se font nombreuses, il nous arrive de refaire un petit tirage. C’est le cas pour Projet Gaia ou Endeavor par exemple.

2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?

Si on parle de rééditer nos jeux, on rejoint ce qui est dit à la question précédente. Si on parle de refaire un jeu, comme par exemple, expéditions autour du monde, cela vient le plus souvent d’un coup de cœur de notre part. « Il était bien ce jeu, on devrait le refaire ». Bien entendu, on regarde aussi quel succès il a eu auprès du public. On y rejoue pour voir si on garde toujours le même plaisir malgré les années et les évolutions des autres jeux. Enfin, on regarde la faisabilité.

3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Il y a les droits d’auteur, les licences mais il faut aussi voir si le jeu est libre de tous contrats aussi. Il faut aussi l’accord de l’auteur, qui refuse rarement, mais cela peut arriver. J’en citerais un qui n’est pas une grande surprise avec Full Metal Planet.

4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?

Parce qu’on est super… Plus sérieusement, pour le moment, on y fait face. On essaye déjà de se contenir sur nos coups de cœur. On a également beaucoup d’extensions ou de variantes qu’on ne considère pas comme des nouveautés à part entière. Certains jeux n’ont plus de tirage comme on a vu à la première question. Mais il nous est parfois difficile de dire non à un jeu qu’on trouve formidable. Comment dire non à Obsession, à La famiglia, à Ark nova, … ? On essaye juste de se contenir au mieux. Croyez-moi, on a refusé des jeux qui, pourtant, sont édités par d’autres éditeurs. Ils sont bons, mais on doit faire des choix.

5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

Comme déjà évoqué, si un jeu ne se vend plus ou très peu, on ne fera pas un tirage. Un jeu peut avoir une vie et mourir faute d’intérêt et de demande par le public. Si les sollicitations reviennent suffisamment, c’est là on envisagera un nouveau tirage. On ne peut se permettre de sortir 1000 ou 1500 exemplaires et de rester à le stocker pour rien. A ce jour, nous n’avons pas encore fait de financements participatifs. On a seulement lancé des précommandes sur de grosses nouveautés qui demandent de la trésorerie.

Merci Super Meeple pour vos réponses !


IELLO

Voici les réponses de IELLO (Bunny Kingdom, Ancient Knowledge). Quelques-uns de leurs jeux aujourd’hui plus édités : Tinners’ Trail, Vasco da Gama.

1. Quelles sont selon vous les principales raisons qui conduisent à la disparition de certains jeux de votre catalogue ?

En général, les principales raisons qui nous poussent à ne pas perdurer un jeu au catalogue sont les suivantes.

– La première, et la plus évidente, c’est le ratio entre minimum de commande (pour maintenir un prix de vente acceptable) et volume de ventes mensuelles qui obligerait une immobilisation de trésorerie et de place de stockage trop importants et trop longue.

– Avec une lecture attentive des ventes mensuelles, il apparait parfois que le jeu a, peut-être, atteint son potentiel et fait le tour de la clientèle à qui il était destiné. Ce n’est pas un problème, mais un simple constat que la perspective de son futur est figée à sa faible performance actuelle.

– La place qu’il a en tant qu’œuvre. Un exemple : Through the Ages est un titre que nous suivons depuis 12 ans, maintenant. Et en toute transparence, cela fait déjà plus de 6 ans qu’il n’est pas spécialement raisonnable pour une entreprise de le maintenir en stock. Mais il est pour nous un jeu culte, un incontournable qui sort complétement de toute logique entrepreneuriale. A contrario, un jeu qui n’a pas marqué son temps (peu importe la raison), ou qui n’a pas été un marqueur de l’histoire de l’entreprise, n’aura pas ce statut « d’intouchable ».

– L’expiration contractuelle avec un auteur. Cela arrive.

2. Comment décidez-vous quels jeux rééditer et lesquels abandonner définitivement ? Quels sont vos critères ?

C’est un peu la même logique que la première question, en fait. Il y a la réalité de l’entreprise, à confronter avec l’aura de l’œuvre et sa place historique pour IELLO.

Nous sommes impatients, à ce titre, de voir quel accueil sera réservé à Eila et l’Éclat de la Montagne. Dans la mesure où il s’agit d’un titre à la rejouabilité limitée, destiné à un public plutôt conquis à la chose ludique, on pourrait naturellement être tentés de ne faire qu’un seul tirage. Cela pourrait être aussi l’opportunité de valoriser le marché de la seconde main (par la rareté). Mais il n’est pas exclu de changer d’avis si le marché nous confronte à une demande telle que nous serions stupides, et presque cruels, de ne pas en refaire. 

3. Certaines disparitions sont-elles liées à des questions de droits d’auteur ou de licences ? Pouvez-vous nous donner des exemples ?

Oui. Parfois nous arrivons en effet au bout de la durée d’un contrat, et l’auteur préfère en rester là. La motivation essentielle, c’est que l’auteur pense qu’un autre éditeur parviendrait à obtenir de meilleurs résultats.

4. Comment gérez-vous l’équilibre entre le maintien d’un fond de catalogue riche et les nouvelles sorties incessantes ?

En choisissant des nouveautés qui complètent notre catalogue ou l’offre du marché. Pour nous, il n’y a pas de conflit entre fond de catalogue et nouveautés. En revanche, ce sont clairement les performances du fond de catalogue qui va nous donner la possibilité financière de maintenir des titres au catalogue.

5. Quelles initiatives prenez-vous pour faire perdurer certains jeux qui vous tiennent à cœur malgré des ventes modestes ? Collaborations, financement participatif, etc.

Il n’y a pas d’actions particulières hormis le choix des jeux éligibles et l’abandon de toute logique financière. Les jeux restent au catalogue parce que leur présence est une évidence pour la cohérence du catalogue. Comme je le disais plus haut, c’est économiquement déraisonnable, mais il est là aussi, l’amour des jeux.

Merci IELLO pour vos réponses !

Conclusion : Transmettre cet héritage ludique aux générations futures

En résumé, ce phénomène d’érosion discrète d’une partie du patrimoine ludique met en lumière plusieurs défis :

  • Trouver le bon équilibre entre nouveautés et rééditions pour combler toutes les envies.
  • Revaloriser les classiques intemporels du jeu de société, pour les faire (re)découvrir aux nouveaux publics.
  • Sensibiliser les éditeurs à l’importance de préserver leurs trésors ludiques, au-delà des logiques commerciales.
  • Encourager les initiatives des passionnés qui font vivre ce patrimoine méconnu.

À leur mesure, joueurs, éditeurs, distributeurs et boutiques spécialisées peuvent tous œuvrer pour que les trésors du passé continuent d’apporter du plaisir sur les tables de jeu, plutôt que de disparaître dans l’oubli. Le jeu de société moderne ne peut prospérer qu’en assumant et transmettant cet héritage aux plus jeunes générations de joueurs et de joueuses.


Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee

Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Quels sont vos jeux de société préférés qui ont malheureusement disparu des magasins ? Avez-vous des anecdotes à partager à leur sujet ?

Votre réaction sur l'article ?
+1
44
+1
15
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0

10 Comments

    • Gus

      Merci Lionel pour votre retour. Pour être honnête avec vous, cela faisait plusieurs mois, années qu’on réfléchissait à la question. Cet article nous « hantait » depuis un sacré bout de temps. Nous n’avions pas réussi à trouver le bon angle d’approche. Maintenant, c’est fait ! Et on est super heureux de pouvoir le partager avec vous ! Content que l’article vous plaise, Lionel.

      Merci pour votre fidélité à notre modeste blog ! 🙏

      N’hésitez pas à nous suivre sur notre chaîne WhatsApp, nous y publions du contenu exclusif (photos, programme de la semaine, sondage, etc.)

    • Sebastien Bosselet

      Après, je trouve que ça fait aussi le charme des matins aux vides greniers, trouver la pièce rare des jeux introuvables.. quel collectionneur n’a pas de rêvé de trouver un super Gang ou un geules noires pour quelques euros…(ce qu’il m’est arrivé). Et d’ailleurs, est ce qu’un super Gang serait édité tel qu’il est sorti aujourd’hui ? Les vieux jeux rares sont aussi le témoignage d’une époque, d’une façon de faire des éditeurs qui n’est plus la même aujourd’hui.

  • Stephen Sevenair

    Très bonne synthèse de ce qu’il y a dire sur l’écosystème des jeux. Je me souvient des règles des années 80 qui ne possédait pas moins de 30 pages (Res Publica par exemple) et les jeux des années 2000 2010 qui ne possédait plus que 8 pages aéré max (Battle Star Galactica). Ce n’était pas l’innovation, c’était une réelle nouvelle approche (Je n’aime pas le mot innovant et ses dérivé, qui font du neuf avec du vieux et reste purement marketing, je lui préfère invention, création, découverte. Le monde du jeu est un monde de création et pas d’innovation.

  • Michael

    A l’université Paris XIII, il existe maintenant un fond patrimonial de jeux de société (et de jeux de rôle) conservés pour la recherche (c’est le fond historique du CLUBB, complété et maintenu).

    • Scezck

      Oui mais sauf erreur de ma part et si je me rappelle bien d’une interview, ce fond patrimonial a faillit potentiellement disparaître.
      C’est suite à la décision politique de la ville de Boulogne Billancourt de ne plus garder ce fond, que celui a été stocké dans un local/entrepôt dans un premier, avant de pouvoir être récupéré (sauvé ?) par l’Université Paris XIII.
      Bref, pour le moment celui-ci est sauvé mais jusqu’à quand ?

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Découvrez comment les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture