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Ark Nova. Éthique et zooépique

Dans Ark Nova, gérez un zoo et protégez des animaux. Un jeu pour Gamer, intense et puissant.


Ark Nova

Cet article sur Ark Nova est republié pour coller à la sortie de la VF chez Super Meeple dans quelques jours.

Il y a, comme ça, des jeux de société qui buzzent. Parfois, les médias s’en emparent. Parfois, la toile bruisse. Parfois, la comm des éditeurs fonctionne. Parfois, le buzz n’est pas du tout mérité. Et on s’emballe pour un jeu plat, moyen, médiocre. Déception. Et parfois, comme pour Ark Nova, c’est mérité !

Ark Nova est, sans conteste, le jeu qui a le plus buzzé sur le salon d’Essen en octobre 2021. Les gens faisaient la queue pour l’obtenir. Il a rapidement été épuisé.

Le jeu repose sur trois aspects, trois piliers, trois mécaniques :

🐻 Les cartes, 212 au total, superbes, toutes différentes et surtout, toutes à contenu scientifique, cohérent. On les joue de sa main, on paie leur coût, on combote sec.

🛖 Son zoo qu’on construit, déploie sur son plateau personnel au moyen de tuiles bâtiments : enclos pour y accueillir un animal, kiosque, pavillon ou autres.

⚙️ La mécanique principale, les actions, le cœur du jeu. Une mécanique ingénieuse, palpitante, qui permet de programmer, préparer ses 17 000 prochains tours, environ.

Vous trouvez cette présentation chiche, sommaire et synthétique ? Milles excuses.

Mais :

  1. Il n’y a rien de pire que lire 600 000 paragraphes qui s’épandent sur toutes les règles du jeu. Vous n’êtes pas ici pour ça.
  2. Le jeu est tellement vaste qu’il serait juste impossible, impensable de tout présenter.

Cœur de jeu

Si Ark Nova a tellement buzzé, et qu’il continue à l’être quelques mois après sa sortie, c’est certainement pour trois principales raisons.

🔬 Tout d’abord, le jeu propose un contenu zoologique et scientifique solide, cohérent et rigoureux. Chaque animal appartient à une espère, une région, et rapporte tel ou tel effet. Tout est pensé, recherché, validé. Rien n’est laissé au hasard, à l’emporte-pièce, à la facilité ou à l’approximatif. De quoi jouer, de quoi vivre, de quoi découvrir la faune de notre planète.

🧰 Pour sa mécanique de base, ensuite. Le système des actions. Autant simple que fluide et profond. À son tour, on n’effectue qu’une seule et unique action. On joue l’une de ses cartes devant soi. L’une de ses 5 actions disponibles : construire un bâtiment dans son zoo, jouer une carte animal, faire une action spécifique, etc.

Les 5 actions et le principe de position, de rang.

Tout le cœur, le sel du jeu réside dans la mécanique de rang des cartes. Il y a 5 rangs, 5 positions, de 1 à 5 de gauche à droite. Et selon la position de la carte, l’action sera plus ou moins puissante. Sachant que lorsqu’on joue une carte, on la retire de son rang pour la replacer en tout début de piste. Décalant ainsi de fait les autres sur la droite. Ce qui a comme effet d’augmenter les rangs des cartes.

Et là, c’est le drame. On a souvent envie, besoin de jouer une action spécifique qui se trouve à un rang inférieur. Mais on préfère aussi « attendre » qu’elle atteigne le 5e et dernier rang. Logique, lucratif.

C’est tout le dilemme et les choix douloureux qui se posent à nous dans Ark Nova. Quelle action jouer, maintenant, et laquelle jouer ensuite, avec des rangs, des cartes, des actions qui se renforcent, s’améliorent, par elles-mêmes. Tout est fluide et dynamique. Une mécanique puissante, passionnante. Elle permet de prévoir ses prochains tours,

🧮 Le décompte de points est plus que « simple ». Tout est visible. On connaît constamment ses points et ceux des autres à la table. Rien n’est caché, ou presque. Alors certes, tout le monde possède une seule et unique carte d’objectif secret, qui permet de grappiller quelques points supplémentaires en fin de partie. Mais c’est juste pour le rebondissement final.

👉 À lire également : Des animaux pas si bêtes. Nos 7 jeux préférés avec des animaux.

Dans Ark Nova, le calcul des points n’est pas alambiqué. Aucune salade de points finale. Tout se joue sur deux de ses jetons qui progressent sur deux pistes : une piste d’attractivité de son zoo, symbolisée par le nombre de tickets vendus, autrement dit, est-ce que son zoo plaît et attire les gens, et une piste de conservation.

La conservation, ou préservation, est l’acte qui consiste à maintenir un élément dans un état constant. On retrouve le mot « conservation » dans plusieurs domaines, dont, pour ce qui nous intéresse dans Ark Nova, l’écologie.

Un zoo logique.

Un jeu éco logique

Dans Ark Nova, il est en effet question de conservation de la faune. Elle consiste en la protection des populations d’espèces animales. Son objectif est de maintenir les écosystèmes dans un bon état de conservation et de prévenir ou de corriger les dégradations qu’ils pourraient subir.

Donc deux pistes. En réalité, une seule. Mais on commence avec chacun de ses jetons aux deux extrémités. Peut-être vous souvenez encore de l’excellent jeu Rajas du Ganges sorti en 2017. Ark Nova reprend le même mécanisme de pistes.

La première personne à croiser ses deux jetons sur la piste, attractivité et conservation, met fin à la partie. Puis on calcule ses PV. En gros, l’écart entre ses deux jetons. Si on les a croisés, les points sont positifs, sinon, ils sont négatifs. C’est tout. C’est simple. C’est méchant. La course est intense ! On voit où l’on se trouve, si on se fait distancer, par qui, comment. Et, le couteau sous la gorge, on fera tout pour rattraper son retard ou maintenir son avance.

Dans Ark Nova, pour espérer gagner, il faut donc « ménager la chèvre et le chou ». Tout faire pour rendre son zoo attractif, l’aménager, y accueillir des animaux, tout en cherchant à lancer des projets de conservation de la nature. La mécanique est aussi ingénieuse qu’éthique.

Pour être incollable sur les zoos

Les zoos, laboratoires vivants ou sites purement touristiques ? Outils de conservation ou lieux de misère animale ?

Un zoo est un endroit où les animaux vivent en captivité et sont exposés pour que les gens puissent les voir. Le mot « zoo » est l’abréviation de « parc zoologique ». Les zoos contiennent de grandes variétés d’animaux originaires de tous les quatre coins de la planète.

Bien que les êtres humains aient gardé des animaux sauvages pendant des milliers d’années, ces collections n’ont pas toujours ressemblé aux zoos modernes actuels, comme ceux que l’on retrouve ici dans Ark Nova.

Les premiers zoos ont été créés comme des collections privées par des personnes fortunées pour se la péter montrer leur pouvoir. Ces collections privées étaient appelées des ménageries. Les sculptures murales trouvées en Égypte et en Mésopotamie sont la preuve que les puissants de l’époque ont créé des ménageries dès 2 500 avant notre ère.

Ils ont laissé des traces d’expéditions dans des endroits lointains pour ramener des animaux exotiques tels que des girafes, des éléphants, des ours, des dauphins et des oiseaux. Il existe des preuves que les anciens propriétaires de zoos, pas encore appelés zoos, ont embauché des gardiens d’animaux pour s’assurer que leurs animaux prospéraient et se reproduisaient.

Les zoos ont également existé dans les civilisations antiques, y compris la Chine, la Grèce et Rome. L’empereur aztèque Moctezuma II, dans ce qui est aujourd’hui le Mexique, a conservé l’une des premières collections d’animaux de l’hémisphère occidental. Collection détruite par Cortes lors de la conquête espagnole en 1520.

Le modèle du zoo public moderne, comme celui d’Ark Nova, s’est répandu au 18ème siècle, au cours de la période du siècle des Lumières. Le siècle des Lumières a été une période de l’histoire européenne où la science, la raison et la logique ont été promues comme des idéaux de la société et du gouvernement.

Cette orientation scientifique du siècle des Lumières s’est étendue à la zoologie. Les gens ont alors commencé à vouloir étudier les animaux pour des raisons scientifiques. Pour leur comportement et anatomie. Pour ce faire, les scientifiques et les gardiens de zoo devaient garder les animaux dans des lieux proches ou ressemblant aux habitats naturels des animaux.

L’un des premiers zoos modernes, construit en 1794, a ouvert ses portes à Paris. Zoo qui existe encore aujourd’hui, plus de trois siècles plus tard ! Il s’agit de la ménagerie du Jardin des plantes, situé à Paris dans le 5e arrondissement.

À l’époque, la Ménagerie du Jardin des Plantes ressemblait plus à des musées d’animaux vivants qu’à des habitats naturels. Les animaux étaient gardés dans de petites zones d’exposition, avec autant d’espèces que l’espace le permettait.

Le palais des pachydermes au Jardin des Plantes à Paris, vers 1900. Roger Viollet via Getty Images

Aujourd’hui, les zoos sont destinés à divertir et à éduquer le public, mais mettent l’accent sur la recherche scientifique et la conservation des espèces. Il y a une tendance à donner plus d’espace aux animaux et à recréer des habitats naturels. Les zoos sont en règle générale réglementés et inspectés par les collectivités locales.

Comme dans Ark Nova par ailleurs, pour des enclos spécifiques, certains zoos dans le monde sont dédiés à des espèces spécifiques. Les aquariums sont des types de zoos qui abritent exclusivement des animaux aquatiques. Les volières et les parcs ornithologiques sont un autre type de zoo spécialisé, comptant uniquement des oiseaux et autres volatiles.

Les zoos, on vote pour ou pas ?

C’est certainement une discussion qui risque de naître à la table d’Ark Nova. Les zoos, pour ou contre ? Laboratoires vivants du vivant ou sites purement touristiques ? Outils de conservation ou lieux de misère, de souffrance animale ?

Le débat n’est pas aussi simple ou binaire. L’élevage en captivité d’espèces menacées fait des zoos des lieux précieux pour la survie des animaux. Des animaux tels que la Nilssonia nigricans, originaire d’Inde et du Bangladesh, sont éteints à l’état sauvage. Mais ils survivent dans plusieurs zoos à travers le monde. Leur santé étant prise en charge par des biologistes. Les zoos peuvent ainsi devenir des sanctuaires pour certaines espèces.

L’objectif de nombreux programmes d’élevage en captivité dans les zoos est la réintroduction d’animaux dans la nature. Une mécanique, un objectif, un programme de conservation que l’on retrouve également dans Ark Nova. Qui s’avère, dans le jeu, aussi fastidieux qu’avantageux : on doit commencer par construire un enclos pour abriter une espère, puis la poser, pour enfin accomplir l’objectif de remettre l’animal dans la nature. Ce qu’on perd alors en attractivité, avec un animal en moins, on le gagne en conservation.

Le condor de Californie, un très grand oiseau originaire de la côte ouest des États-Unis, a été réintroduit dans son habitat naturel après s’être reproduit dans des zoos et des parcs animaliers. Il existe aujourd’hui plusieurs couples reproducteurs de condors de Californie à l’état sauvage. Les critiques des programmes d’élevage en captivité disent que la libération de quelques animaux dans la nature ne fait pas grand-chose pour aider la population de l’espèce.

Alors que les zoos ont accordé plus d’importance à la conservation et au traitement éthique des animaux au cours des dernières décennies, certaines voix critiques s’élèvent contre le fait, cruel, de garder les animaux en captivité. Ces voix soutiennent que vivre en captivité réduit, détruit, le comportement naturel et les instincts des animaux sauvages. Les partisans des zoos affirment, eux, qu’ils jouent un rôle essentiel dans la protection des espèces en voie de disparition.

Un débat animé et animal

Aux yeux de plusieurs, le discours scientifique n’est qu’un écran de fumée pour berner le public. Parmi ces opposants, il y a certes des défenseurs des droits animaux issus de mouvances comme People for the Ethical Treatment of Animals (PETA). Mais des chercheurs rattachés à des institutions, crédibles, leur donnent aussi des munitions.

En 2003, dans les pages de la revue Nature1, des scientifiques tiraient déjà une sonnette d’alarme : 35 espèces de grands carnivores, dont les ours blancs, les lions, les tigres et les guépards, souffrent grandement de la captivité à cause de la petitesse et de la monotonie de leur milieu de vie. Dans le cas de l’ours blanc, par exemple, son enclos en jardin zoologique équivaut à un millionième de la taille normale de son habitat naturel.

Une autre étude, publiée cette fois-ci dans Science2, en 2008, rapporte que l’espérance de vie d’éléphants de jardins zoologiques est la moitié de celle de populations sauvages asiatiques ou africaines. La faute, semble-t-il, au stress chronique auquel ils sont soumis ainsi qu’à leur propension à la prise de poids excessive.

Plus récemment, en 2011, une recherche publiée dans PLOS One3 soutient que les comportements répétitifs, tels que l’automutilation, les balancements continuels, etc., sont endémiques chez les chimpanzés en captivité. Et ce, en dépit des multiples formes de stimulation mises en place par les institutions zoologiques. Même l’impact des zoos en matière d’éducation et de sensibilisation des visiteurs aux enjeux de conservation est remis en question. Sans être nul, il reste encore à être scientifiquement prouvé, conclut une étude de 2010 parue dans Society and Animals4.

Idem en ce qui concerne la réintroduction en nature de certaines espèces considérées en péril. S’il existe quelques cas de succès en la matière, comme celui du condor de Californie comme cité plus haut, plusieurs autres espèces ne se sont tout simplement jamais réintégrées dans leur habitat naturel.

Soyons lucides. Et c’est l’un des aspects clé d’Ark Nova. Avant d’être un lieu de science, les zoos sont avant tout des sites touristiques où le public afflue pour se divertir et dépenser de l’argent. Et vous, en tant que gestionnaire de zoo dans Ark Nova, de billets à vendre pour engranger des fonds. Et il faut également le souligner, créateurs de richesse et de promotion du tissu économique local, les zoos sont également générateurs d’emplois.

Fréquenter des zoos, c’est encourager l’instrumentalisation des animaux à des fins de divertissement et d’éducation. D’ici deux ans en France, comme l’a décidé l’Assemblée nationale en fin d’année 20215, plus aucun cirque itinérant ne pourra présenter au public des animaux sauvages, ni en acquérir et les faire se reproduire.

Les refuges et les sanctuaires pourront accueillir ces animaux sauvages venus des cirques, mais aussi les zoos. Les delphinariums arrêteront également la détention et la reproduction de dauphins. L’étau se resserre sur les conditions et le traitement des animaux en captivité. Va-t-on également assister à une telle rupture avec les zoos ?

Une nouvelle norme pour les zoos et aquariums

L’une des solutions, ou pseudo-solutions, selon sa position sur le sujet, est d’adopter une nouvelle norme pour encourager et préserver le « bien-être animal » dans les zoos et aquariums.

Depuis leur création et jusqu’aux années 80, les zoos étaient plutôt… déprimants. Du béton, des petites cages, et des animaux qui faisaient les cent pas dans leurs enclos, malheureux, ennuyés.

Plus récemment, et si vous en avez vous aussi visités vous avez pu en faire la constatation, de nombreux zoos et aquariums tentent de placer les animaux dans un environnement qui ressemble à leur habitat d’origine. Ce qui a alors un impact certain sur le comportement de l’animal en captivité. Qu’est ce qui a changé?

Au cours des années 90, la communauté professionnelle des zoos et des aquariums a fondamentalement modifié sa façon de voir leur mission de prendre soin des animaux. Au lieu de se concentrer sur les soins aux animaux, nourriture, nettoyage et soins vétérinaires, l’industrie exige maintenant que les zoos respectent une norme plus élevée. Celle qui met en avant le bien-être animal.

Il s’agit d’une nouvelle mesure. Et cela constitue un énorme changement dans la façon dont les zoos et les aquariums reçoivent leur accréditation.

Au début de leur histoire, comme vu plus haut, les zoos existaient comme attraction sensationnaliste, avec des animaux exotiques et provoquant des émotions fortes pour le public. On ne se souciait alors pas des conditions de captivité des animaux. Ils étaient là pour « amuser la galerie ». Et qu’importe comment ils vivaient, comment ils étaient incarcérés.

Dans la première moitié du XXe siècle, cependant, les zoos ont commencé à se concentrer sur la santé physique des animaux. Cela a inauguré l’ère de la « salle de bain » dans la conception des zoos, en mettant l’accent sur les surfaces pouvant être stérilisées à la vapeur, telles que les carreaux de céramique.

Au cours des 50 dernières années, un modèle de conception de zoo en immersion dans le paysage a pris de l’importance. Et ceci à mesure que les institutions se sont transformées en organisations de conservation et d’éducation.

En affichant des animaux dans des décors ressemblant à leur habitat naturel, et en préparant le terrain pour que les visiteurs s’imaginent dans cet habitat, la velléité du zoo est d’inculquer au public que l’animal appartient à cet environnement. Il est certes là, ailleurs, mais comme s’il était chez lui.

Pendant des décennies, l’accent a été mis sur les pratiques en lien avec la santé animale. Une récente révision des normes d’accréditation en 2018 pour les zoos et aquariums dans certains pays remplace toutefois désormais ce modèle en faveur d’un nouvel objectif. Que le zoo ou aquarium démontre qu’il a atteint un certain bien-être animal.

Les animaux doivent dorénavant être non seulement en bonne santé, mais ils doivent également afficher un comportement typique de leur espèce. Les animaux qui sont des grimpeurs doivent… grimper, ceux qui creusent doivent creuser, et ceux qui courent… Vous avez compris.

Il faut reconnaître que pour arriver à comprendre et préserver le bien-être animal dans les zoos, il a d’abord fallu s’y intéresser, au bien-être. Au cours des 60 dernières années, la compréhension scientifique des capacités cognitives des animaux a littéralement explosé.

De nombreux travaux scientifiques ont montré qu’un environnement plus ou moins riche ou pauvre a des effets à la fois sur le cerveau et sur le comportement des animaux (sur nous aussi, vous allez me dire). Une telle prise de conscience a conduit la communauté des zoos et des aquariums à adopter une norme officielle de soins plus élevée.

Le personnel du zoo ou de l’aquarium ne peut fournir de telles solutions comportementales que s’il sait ce qui est normal pour cette espèce dans la nature. L’optimisation du bien-être animal nécessite donc une base de connaissances à la fois large et approfondie.

De nombreux zoos et aquariums abritent des centaines d’espèces animales. Chaque espèce existe parce qu’elle occupe une niche unique dans l’écosystème. Or, les conditions qui déterminent le bien-être idéal pour une espèce peuvent ne pas être les mêmes que celles d’une autre espèce.

Développer et assurer des normes de bien-être pour la grande diversité des espèces de zoo prendra du temps et beaucoup de recherche. On a encore beaucoup à apprendre.

Retour à Ark Nova

Avant de jouer à Ark Nova, en guise d’avertissement, il faut relever 4 éléments :

🏋️‍♂️ Le jeu est exigeant. Les règles sont touffues. Même si claires et bourrées d’exemple, elles couvrent une vingtaine de pages, denses. Et si tout finit par foncer, fluide, il faut se préparer à s’immerger dans un jeu ample qui se mérite. Et qui le mérite. À réserver à un public averti, Gamer ! Une fois plus ou moins maîtrisé, Ark Nova devient un véritable léviathan ludique.

♻️ Votre toute première partie sera moisie. C’est ce qu’il vous faut vous dire. Avec autant de règles et de pictos à assimiler, la toute première partie frotte, freine, elle est fastidieuse. Voire ci-dessus.

Petite proposition pour une meilleure prise en main du jeu : comme le jeu dure bien entre 2 et 3h, n’en jouez qu’une seule. Puis faites un petit décompte. Ceci vous permettra de mieux saisir les tenants et aboutissants du jeu. Puis, recommencez à zéro. Pour une vraie partie cette fois.

📏 Pour y jouer, prévoyez une graaaaaande table. Le matériel est riche et vaste. Comme les règles du jeu. Il y a un long plateau central, qui place le marché aux cartes. Puis un mini plateau d’actions bonus que l’on place à côté. Puis votre plateau personnel. Puis toute la ribambelle de cartes que vous allez jouer tout au long de la partie et qui doivent rester face visible pour garder une trace des pictos dispos. Un fantasque foutoir !

Matos. De ouf.

Alors certes, le jeu prévoit quelques espaces de rangement, fort pratiques, pour placer la palette de tuiles et autres enclos à construire au fil de la partie. Mais oubliez d’y jouer sur un coin de table.

🥊 Et quid de l’IGUS ? De l’interaction ? Elle est polaire. On joue sur son coin de zoo, les yeux rivés sur :

  • Son plateau perso
  • Ses cartes actions
  • Ses ressources
  • Ses jetons qui gambadent sur la piste
  • Le marché aux multiples cartes

À tel point qu’on n’a pas vraiment la possibilité, humaine, de s’intéresser à ce que les autres font autour de la table. D’autant que les actions, fluides, filent.

On aurait presque l’impression de jouer en solo, à plusieurs. D’ailleurs, le jeu peut aussi se jouer en solo !

Une interaction polaire, vraiment ? Faux !

L’interaction est beaucoup plus forte et violente qu’elle en a l’air. Au premier abord, oui, on joue dans son coin à gérer son zoo sans se soucier des autres. Mais en réalité, il faut surveiller les autres pour :

  • Savoir quels animaux ils posent, quels objectifs de conservation ils visent, pour leur damer le pion avant.
  • Suivre leurs deux jetons à la trace, pour ne pas se faire distancer.

Et hormis de l’observation et de l’adaptation, peut-on mettre des bâtons dans les roues aux autres ?

Oui !

Certains animaux jettent du venin, comme les… serpents, et ralentissent le jeu des autres. Il existe plusieurs cartes, plusieurs effets qui s’en prennent aux autres. De quoi pouvoir se la jouer aggro si on a envie.

Ne vous fiez donc pas au « manque » d’interaction. Dans Ark Nova, jouer dans son coin, c’est partir perdant.

Comment bien expliquer le jeu

Comme dit plus haut, les règles d’Ark Nova sont… copieuses. Vous avez lu le livret de règles. Vous les connaissez, plus ou moins bien. Et maintenant ? Comment faire pour bien expliquer le jeu aux autres à la table pour leur première partie ? Voici une technique toute bête, toute simple et efficace pour apprendre à y jouer.

La plupart du temps, on commence souvent par expliquer le fonctionnement d’un tour. Qui va jouer en premier ? Pour faire quoi ? Comment ? Dans quel but ? Et surtout, comment gagner. Avec Ark Nova, ce procédé risque fort de devenir long et pénible. À la place, pour faciliter le processus d’apprentissage de ce tout gros jeu, renversez le processus de pensée.

N’expliquez pas le jeu via les actions disponibles, en mode listing, tu peux faire ceci, cela. Un procédé commun dans la plupart des jeux. Et qui finit par noyer tout le monde à la table sous une avalanche (c’est de saison) d’informations.

Essayez, plutôt, d’adopter cette technique. Elle fonctionne pour Ark Nova, comme d’autres jeux Gamers.

Précisez quelles ressources, pièces, matériaux sont nécessaires pour un certain mouvement, pour une certaine action.

Vous pourrez alors rapidement déterminer si l’action possible et surtout, comment.

Il devient alors beaucoup plus rapide, et facile, d’absorber ainsi de nouvelles informations, de nouvelles règles de jeu, en se concentrant sur le coût de quelque chose (comme dans la vraie vie, somme toute).

Combien ça coûte de faire ceci ? Disposez-vous de la ressource X ? Non ?

Avec cette technique, ce qui importe, ce n’est pas de savoir quelle action fait quoi, comment. Ça, ça vient plus tard. Pour l’instant, on s’intéresse à la ressource, c’est tout. Baby steps.

Lors des tous premiers tours de jeu, où les gens essaient juste de tenir la tête hors de l’eau sous un déluge de carton, de cartes, de pictos tous plus hermétiques (pour l’instant) les uns que les autres, il vaut mieux commencer par simplifier au maximum et éliminer les multiples options qui s’offrent à nous.

C’est quoi ça, et comment l’acquérir ? Et après ? On verra plus tard.

Certains éditeurs, mais ils sont rares, ont compris ce schéma de pensée. Ils placent une carte heuristique en fin de règles. Cette ressource, s’obtient comme ceci, pour faire cela. Encore une fois, une technique aussi simple qu’efficace.

Prenons l’exemple précis d’Ark Nova. Je veux poser un enclos dans mon zoo. J’ai besoin de quoi ? De jouer la carte Construction, et d’argent. Le montant s’élève au double du nombre de cases couvertes par l’enclos.

Et comment est-ce que j’obtiens l’argent pour le faire ? On commence la partie avec 25 pièces, puis on en gagne un certain montant en fonction de la position de son jeton sur la piste d’attractivité au moment du décompte intermédiaire. Plus son zoo est attractif, plus il attire de monde, plus il ramène des sous. Logique.

Et quelle ressource est nécessaire pour progresser sur la piste d’attractivité pour obtenir plus d’argent pour construire plus et de plus grands enclos ? Les animaux. Ils sont représentés par les cartes que l’on a en main et que l’on joue. C’est en effet en en accueillant des animaux dans son zoo qu’on gagne en attractivité. Et comment poser ces cartes ? En jouant la carte Animaux. Il faut également un enclos vide pour accueillir l’animal. Et il faut enfin également payer le coût de la carte avec des sous. Etc. etc.

Une fois cette chaîne systémique établie, comme un mind-map, on va peu à peu cerner les contours du jeu. Contours qui vont peu à peu s’affiner, s’affirmer. Ceci, pour cela, comme ceci. Cette technique, souple et simple, peut se jouer en direct à son tour. On peut se lancer tout de suite dans le jeu.

👉 À lire également : 10 techniques infaillibles pour expliquer un jeu.

Et à combien y jouer ?

Le jeu est prévu pour 1 à 4. Soyons honnêtes. Si dans la plupart des jeux de société modernes quand il est indiqué 1 à 4, ou 2 à 4, la version à 2 est moyenne, voire médiocre. On lui rajoute parfois une sorte d’IA, de joueur neutre tout pourri. Et dans les gros jeux, à 4 le jeu ralentit souvent.

Dans Ark Nova, ces différents cas de figure ne se produisent pas. Toutes les configurations tournent très, très bien. En solo on s’éclate à améliorer son score avec une petite règle et mini plateau pour adapter le jeu. À 2, on place juste 6 cubes pour bloquer certains espaces du plateau, rien de méchant.

Et à 4, le jeu ne ralentit pas. Comme son tour ne prend, parfois, que quelques secondes, même à 4 le jeu fonce, défonce, déchire !

Rejouabilité ?

Démentielle ! Avec autant de cartes différentes, on ne pourra, mathématiquement, jamais tomber sur les mêmes pour générer les mêmes combos, les mêmes stratégies.

Chaque partie est différente. Rien n’est jamais semblable. On connaîtra certes mieux les pictos et les différentes mini-règles, mais chaque nouvelle partie demande de s’adapter et de se réinventer. Preuve d’un très, très grand jeu !

4 petits conseils pour bien commencer à Ark Nova

Maintenant que vous savez comment mieux expliquer le jeu, voir plus haut, voici 4 petits conseils pour bien commencer à Ark Nova.

🃏 Les cartes. Lors de la mise en place, vous piochez 8 cartes et en gardez 4. Vous défaussez les autres. Comme les règles le stipulent, dans votre main de départ, pensez à avoir 2-3 animaux et 1-2 « sponsors », des soutiens, des personnages. Et dans l’idéal, vos 2-3 animaux devraient avoir des pictos semblables. De quoi déjà réfléchir à des combos possibles.

Des tuiles, en veux-tu en voilà

Petite règle maison pour lisser ce hasard : le Mulligan. Avec 212 cartes, il est possible que vos 8 cartes piochées soient toutes pourries et vous empêchent de bien commencer. Comme à Magic ou dans d’autres jeux de cartes, vous pouvez vous autoriser un Mulligan, i.e. une nouvelle pioche, mais avec une carte en moins. Défaussez vos 8 cartes. Reprenez-en 7 cette fois. Et gardez-en toujours 4 en main, défaussez-les 3 autres.

🎯 Les objectifs. Comme disait le philosophe antique Sénèque, « Il n’est pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas où il va.« . Autrement dit, visez toujours un objectif.

Dans Ark Nova, ces objectifs sont déclinés en projets de conservation. Les cartes vertes. Et, subtilité du jeu, chaque objectif rapporte 3 rangs de points de conservation en fonction de 3 niveaux de réalisation, du plus petit au plus grand.

Ce qu’il faut savoir, c’est que ces objectifs permettent de libérer des cubes qui vont alors conférer des petits bonus lors de chaque décompte intermédiaire. Vous connaissez l’adage : les petites rivières font les grandes victoires. Ou un truc du genre. Essayez de remplir un objectif le plus tôt dans la partie. Cela vous procurera 3 avantages. Ça vous permettra :

  • D’avancer déjà sur la piste de conservation, et mettre la pression à vos adversaire.
  • D’orienter votre stratégie pour débloquer plus tard un autre objectif ou un autre rang sur le même projet de conservation.
  • De débloquer un bonus, à prendre dans l’immédiat et peut-être ensuite de manière récurrente.

📈 Engine-building. Ark Nova est un pur jeu d’engine-building. En jouant des cartes Animaux, vous allez obtenir des pictos, qui vous permettront alors de poser d’autres cartes plus puissantes, plus lucratives, et ainsi de suite. Et comme tout jeu d’engine-building, commencez petit.

Plutôt que de vous bloquer avec des cartes chères et puissantes, posez-en une toute petite tôt dans la partie. Cette carte est au demeurant peu intéressante, et pourtant. Elle vous permettra ensuite d’en poser une autre, puis une autre, puis une autre. Vous connaissez l’adage. Petit à petit, l’oiseau gagne sa partie (d’Ark Nova). Ou un truc du genre.

🔭 Interaction. Comme dit plus haut, pensez à lever le nez de votre zoo de temps en temps pour observer le jeu des autres. On a tellement de choses à faire, et les actions filent tellement vite qu’on néglige souvent ce qui se passe ailleurs à la table. Levez. Le. Nez. Observez les autres. Quelles cartes ont été posées ? Quels objectifs ont été validés ? Et les pistes, les points ?

Car rappelez-vous, la fin du jeu intervient quand les jetons de quelqu’un se croisent sur la piste. Ce qui peut arriver plus vite qu’on s’y attend, surtout avec l’aspect engine-building du jeu. On commence en première vitesse, on finit souvent avec le turbo.

Et la VF ?

Bonne nouvelle. Elle est en approche. Elle est prévue dans quelques jours pour mars 2022.

C’est Super Meeple qui s’y colle. Et qui a eu le nez très, très creux en signant la localisation. Ils ont dû transpirer pour traduire les 20+ pages de règles et les 200+ cartes. Mais comme avec tous leurs jeux et toutes leurs traductions, on peut leur faire confiance !

D’ailleurs, petite anecdote, ce n’est pas la première fois que l’éditeur sort un jeu sur un zoo. Ils l’ont déjà fait avec le très sympathique New York Zoo en octobre 2020.

Ark Nova, verdict

Ark Nova, est, selon moi, un excellent titre. Un titre fort. Palpitant, intense, profond, intelligent, scientifique, éthique, on a envie de re-re-rejouer pour découvrir, tenter de nouvelles stratégies.

Tout y est question de maintenir un équilibre, subtil, fragile, entre économie et écologie. Comme dans la vraie vie, somme toute.

Vous aimez les jeux profonds, amples, exigeants, Gamers ? Foncez ! Et préparez-vous à ne plus le lâcher.

Grandiose !

Note : 5 sur 5.

  • Auteur : Mathias Wigge
  • Illustrateurs : Loic Billiau, Steffen Bieker, Dennis Lohausen
  • Éditeur : Super Meeple pour la VF
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne bien à toutes les configurations, vraiment !)
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (pas moins !)
  • Durée : 2-3h (pas moins !)
  • Thème : Zoo
  • Mécaniques principales : Tuiles, cartes, engine-building

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Et encore une chose

Pour faire écho à Ark Nova, le tout nouveau film de Cyril Dion est sorti le mercredi 1er décembre 2021

Après son triomphal «Demain», le cinéaste repart à l’offensive écologique en partant, en parlant de tous les vivants. Et comme son titre l’indique, des animaux. Nous y compris.

Son film suit Bella, activiste londonienne de la cause animale et des questions environnementales, et Vipulan, 16 ans lui aussi, activiste parisien investi notamment dans la suppression des jardins d’Aubervilliers pour les Jeux olympiques de 2024.

Leurs questions engrange un tour du monde où interviennent des biologistes, climatologues, naturalistes et autres, du Costa Rica aux États-Unis en passant par l’Inde ou le Jura, à la frontière franco-suisse. Un lien pertinent avec Ark Nova.

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4 Comments

  • Stéphane

    Dans « quelques jours » ça me semble un peu optimiste !
    Sachant que la date de sortie n’est même pas encore fixe, le jeu a des chances de glisser jusqu’en Avril….

  • Mattlin

    Bonjour.

    Qu’est ce qu’il me tente celui-là. Déjà précommandé dans ma boutique en attendant la vf, a noter qu’il vient de décrocher le diamant d’or (prix confidentiel mais cela laisse entendre qu’il a des chances de plaire).

    Bon, et bien reste plus qu’à se montrer patient!!

    Bon dimanche à tous, et merci pour cet article (que j’avais déjà lu, ainsi que celui de super meeple évoquant ark nova, et aussi tous les autres en fait… toujours plaisant de vous lire)

  • JP

    Bonjour,

    Je tenais tout d’abord à vous féliciter. Je ne m’attendais pas à trouver sur un site de critique de jeux de société une réelle tentative d’aborder « le fond du problème » de la captivité animale.J’ai eu, à une époque, pour mission de réintroduire à la vie sauvage les animaux d’un zoo tombé en désuétude. Pour la faire courte, il est quasiment impossible de mener cette mission à bien pour les raisons suivantes :
    – Les animaux enfermés dans les zoos présentent un capital génétique tellement consanguin, liés aux différentes opérations de reproduction entre zoos, que les relâcher reviendrait à appauvrir la génétique de l’espèce.
    – La captivité débouche, à terme, sur une différenciation génétique, qui crée de nouvelles espèces qui n’existe pas à l’état sauvage. C’est ainsi qu’est né, par exemple, le lion européen, lion captif de zoo, dont le capital génétique diffère tellement des autres espèces de lion qu’il ne peut être relâché.
    Les zoos investissent, chaque année, 1% de leur chiffre d’affaire dans la conservation. Juste de quoi dire « regardez, nous le faisons ! » mais évidemment pas suffisamment pour mener de réels programmes d’envergure. C’est ce qu’on appelle du « green-washing ». Les zoos veulent se faire passer pour les sauveurs de la biodiversité, comme les chasseurs se font passer pour les plus grands écolos de France. C’est seulement de la novlangue.
    Et enfin, qui peut aujourd’hui croire qu’enfermer dans un enclos un félin, dont le territoire s’étend à l’état sauvage sur plusieurs centaines de km², est bon pour lui, ou qu’emprisonner un pygargue à tête blanche dans une cage de 4m3 pendant plusieurs années, sans possibilité même de déployer ses ailes, c’est prendre soin de lui ? Tous ces animaux finissent par développer des comportements stéréotypiques (se balancer, tourner en rond en empruntant toujours le même chemin, etc…) et personne, y compris les personnels des zoos, n’osera vous dire que c’est un signe de bonne santé.
    Vaste sujet que celui de la condition animale vs notre plaisir ou notre confort. Voilà pourquoi, malgré les immenses qualités que semble présenter ce jeu (mon groupe d’ami en a fait l’acquisition), je me refuse à l’acheter et à y jouer.Le changement des mentalités passe entre autre par l’éducation, et mon fils de 4 ans ne comprendrait pas que je joue à enfermer des animaux. Pour changer le paradigme, il faut changer le récit.
    En tout cas merci beaucoup d’être allé plus loin, dans votre analyse, que la seule présentation du fait ludique.

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