Hasbro lance un abonnement de jeux. A quand Asmodée?

Vous vous souvenez de cet article que vous nous proposions en octobre 2015? On vous parlait d’une idée d’abonnements de jeux.

Hasbro vient tout juste de se lancer dans ce segment ce lundi 19 juin 2017. Pour 49,99 USD (haaaa, les fameux ,99 centimes…), chaque trois mois, les abonnés recevront une collection de jeux de société récents. De la marque d’Hasbro bien sûr. Avec deux types d’abonnements: pour adultes uniquement, avec des party-games à jouer entre amis, et familial, plus légers, pour les enfants et toute la famille. Les abonnements viennent d’ouvrir ce lundi, et les premières boîtes seront envoyées en automne.

Alors, quand est-ce qu’Asmodée se lance aussi dans la brèche? Vu tous les éditeurs qu’ils possèdent (FFG, Days, Pearl Games, Space Cowboys, Ystari, Filosofia, EDGE) et distribuent (Cocktail Games, Libellud, Ludonaute…), un abonnement pareil leur permettrait de pousser leur jeux et de (encore plus) fidéliser leurs clients.

Bon, en 🇫🇷 le système existe déjà, avec deux boîtes qui proposent de vous envoyer des boites. Pelopia et Le Coffre à Jouer. Mais ce qui change ici, c’est que c’est un éditeur qui propose un tel produit.

Est-ce qu’un abonnement pareil vous intéresserait?

Critique de jeu: Valletta. Le deck-building de trop

Service minimum pour un jeu fade et biscornu.

Valletta est sorti en juin chez Hans im Glück et en VF chez Asmodée (je vais dire Asmodée pour faire plus simple. En réalité, c’est sorti chez Z-Man Games, puis traduit en VF par EDGE. Tous des éditeurs appartenant à l’aspirateur à éditeurs Asmodée fermez la parenthèse

Créé par Stefan Dorra (Intrigue). Pour 2 à 4 joueurs, dès 10 14 10 14 ans (en VO, c’est 10. En VF, 14 ans ???), pour une durée de 20 minutes par joueur.

Valletta, de quoi ça parle?

De la capitale de Malte et de l’histoire de sa construction au 16e par l’Ordre de Malte.

On passe sa partie à jouer des personnages et à construire des bâtiments avec des ressources spécifiques: pierre, argile, bois et or. Du jamais vu… Encore un énième jeu de construction de ville.

Et comment on joue?

Gestion de ressources, construction, combos. Et surtout, deck-building.

On pioche 5 cartes. A son tour, on doit en jouer 3 qu’on active dans l’ordre: acquisition de ressources, construction de bâtiments. Avec les bâtiments construits, on obtient de nouvelles cartes qu’on place alors dans sa main. Les trois cartes jouées sont défaussées. On complète sa main à 5 cartes. Quand sa pioche est vide, on mélange sa défausse et hop on en constitue une nouvelle pioche. Oui, du pur Dominion.

Les règles tiennent sur une demie-page. Un jeu simple, épuré. Banal.

Et comment on gagne?

Quand un joueur a posé toutes ses maisons en construisant des bâtiments, ou quand la figurine de Jean de la Vallette a fini de faire le beau dans la rue principale en arrivant tout au bout, ou quand un joueur a scoré le max, on joue ses dernières cartes et on score: bâtiments construits qui rapportent des PV, additionnés au score actuel, et un PV pour 3 ressources en stock.

Simple.

Le cœur-même du jeu réside dans la construction des bâtiments. Et dans leur amélioration. Car tous les bâtiments ont deux faces, une simple et une… améliorée, qui rapporte plus de ressources et plus de PV en fin de partie.

Et comment on construit slash améliore? Avec sa carte « bâtisseur » bien sûr. En payant un nombre spécifique de ressources. Sachant que si on construit adjacent à l’un des ses bâtiments, on obtient une réduc. Et que l’amélioration ne demande pas de payer le coût en or.

Interaction

Plus qu’il n’y paraît. C’est du deck-building, donc on passe le nez rivé sur ses cartes, mais quelques-une permettent toutefois de pécho des ressources aux autres. Et c’est aussi la course à la construction. Un bon point du jeu (mais qui ne suffit pas pour en faire un bon jeu…).

A combien y jouer?

Le jeu s’adapte en fonction du nombre de joueurs, il y aura plus ou moins beaucoup de bâtiments pour équilibrer la tension. Le jeu est autant bien à deux qu’à trois ou quatre joueurs.

Alors, Valletta, c’est bien?

Non. Vraiment pas.

Alors oui, le jeu est über-simple et fluide. Les règles tiennent sur quelques lignes. Le jeu pourrait sembler très grand public. Mais en réalité, pas du tout. Il va falloir bien se creuser les neurones pour gérer ses ressources et planifier ses prochains coups, ses constructions. Du pur hard-fun pas très fun pour du familial.

Mais trois soucis majeurs viennent ternir le jeu.

Un Win to Win dégueulasse

Le Win to Win, c’est le « on ne prête qu’aux riches ». Plus un joueur avance dans les points et plus il en obtient. Et fuck les losers.

Si un joueur parvient à se détacher du peloton avec des combos fracassantes il sera alors très difficile de le rattraper. L’écart de points va devenir de plus en plus criant. Et les derniers resteront loin derrière. Pas super, super trépidant. Difficile en effet de revenir aux points.

Une rejouabilité très, très discutable

Alors certes, à chaque partie on sort de nouveaux bâtiments et on le pose de manière aléatoire. Donc la config change à chaque fois. Donc les parties changent à chaque fois.

Sur le papier.

En réalité, on fera toujours pareil. On commencera par construire des bâtiments qui rapportent des ressources. Puis certainement un bâtiment qui rapporte un bâtisseur. Comme on ne commence qu’avec un seul bâtisseur, c’est bien trop peu pour se développer, il faudra donc rusher.

Les débuts de partie se ressembleront toutes.

Et le gros souci du deck-building, c’est que les débuts de partie sont toujours poussifs avec des cartes de départ moisies. Il faudra attendre le milieu de partie pour atteindre une vitesse de croisière trépidante.

Une banalité crasse

Valletta, c’est un énième jeu de construction urbaine et de deck-building. Aucun intérêt, on a l’impression d’y avoir déjà joué.

Un jeu vraiment pas inspiré.

Mêmes les illustrations de Klemens Franz (qui signent tous les jeux d’Uwe Rosenberg. Le Havre, Agricola, Caverna…) paraissent ternes, peu abouties. Comme si l’illustrateur lui-même n’y croyait pas. Service minimum pour un jeu fade et biscornu.

Décidément, le deck-building est toujours d’actu en 2017. Et hasard des calendriers, ce sont trois jeux de deck-building qui sortent en même temps en juin Dice Forge (bon OK, c’est du dice-building, pas du deck-building, mais quand même), Century et Valletta. Pas tous ne présentent le même intérêt.

Mais encore

Est-ce que le jeu aurait été financé par l’office du tourisme de Malte? 

On peut se poser la question, vu la grosse pub toute moisie à la fin des règles du jeu… A quand un jeu de société pour vanter les mérites d’une marque de brosse à dents?

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Et chez Ludibay.

Critique de jeu: Samouraï 2017. Mon royaume pour de l’aspirine

Un jeu de traviole qui ravira les joueurs comptables.

Samouraï 2017, ou juste Samouraï pour les intimes, est la réédition du « vieux » jeu de ce sacripant de Reiner Knizia sorti il y a près de 20 ans en 1998. Le jeu, pas Knizia.

Pour 2 à 4 joueurs, pour des durées de 45 minutes dès 14 ans. Sorti en avril chez Windrider slash Asmodée slash EDGE pour la VF slash Asmodée.

Ca parle de quoi?

Tout est dans le titre. Des daimyo, des seigneurs dans le Japon médiéval s’affrontent sur Honshu, l’île nippone principale, pour contrôler trois castes: la religion, le commerce et l’armée. Le tout représenté par trois types de figurines.

Mais pourquoi une réédition?

Parce que l’esthétique du jeu de 1998 était plutôt basique. Que le jeu était épuisé. Et qu’en 2017, on fait vraiment de beaux jeux. Avec des figs chatoyantes et tout. Enfin, moins qu’en 2032 quand on rééditera cette version de 2017. D’ailleurs, entre Windrider et Super Meeple, on n’a pas fini de voir la fin des rééditions.

Et tant mieux, si c’est pour ressortir des jeux épuisés ou juste laids. Comme c’était le cas avec le Samouraï de 1998.

Les deux éditions. La première et la rééd. Vous préférez laquelle?

Et comment on joue?

Chaque joueur dispose de 5 tuiles influence cachées derrière son paravent (sauf à deux joueurs. Mais on y reviendra). Il en choisit une et la pose sur le plateau. Dès qu’un territoire/hexagone contenant une ou plusieurs figurines bouddhas (=religion), riz (=commerce) et/ou château (=armée) est complètement entouré par les tuiles des joueurs, on décompte les captures. Autrement dit, celui qui a le plus d’influence récupère la figurine. Puis le joueur complète sa main. Voilà.

La partie prend fin quand au moins un type de fig a disparu du plateau ou quand au moins quatre fig ont été retirées du plateau. Car oui, en cas d’égalité d’influence on retire la fig, tout simplement. Personne ne l’obtient.

Alors comment on gagne?

En fin de partie, chaque joueur compte ses fig de castes. Celui qui en possède le plus devient le Herr General de cette caste-ci. Pour gagner, il faut contrôler le plus de castes. Donc en tout cas deux sur trois. Facile. Un jeu de majorité aussi pour les conditions de victoire finales.

Et est-ce qu’il y a de l’interaction?

Oh oui. Vraiment. La lutte est âpre pour chaque territoire, pour chaque figurine. On ne peut pas détruire les figs de ses partenaires, mais on peut méchamment leur mettre des bâtons dans les roues pour les acquérir. Violent. Rageant.

A combien y jouer?

Samouraï peut se jouer de 2 à 4.  Le plateau est modulaire selon le nombre de joueurs, du plus petit au plus grand. Histoire d’adapter les conflits.

A 2, on laisse ses tuiles dispo visibles devant son écran pour favoriser le contrôle, l’affrontement. A 3 et 4 l’interaction et les luttes sont plus puissantes et multiples. A 2, on est presque dans un jeu d’échec. A 3-4 ça fait plus bataille rangée.

Le nombre idéal? 3. Un bon compromis.

Alors, Samouraï, c’est bien?

Samouraï est un jeu de placement et de majorité puissant, servi avec un soupçon de chaos. Car on n’est sûr de rien tant qu’un territoire n’ait été encerclé. Ce qui donne des luttes violentes, tendues et riches en rebondissements.

Mais préparez la palette d’aspirine, car Samouraï est un pur brain-burner. Un pur jeu de Reiner Knizia à la patine glacée et implacable. Il va falloir tout contrôler, tout observer, tout compter. Pour gagner. Ou alors on joue « au petit bonheur la chance » en mode fun en posant ses tuiles n’importe où n’importe comment et en espérant que ça tienne. C’est aussi possible. Moins de chance de gagner, mais aussi moins de chance de se taper une méchante migraine.

Pas le meilleur titre du docteur Knizia, Samouraï n’est pas un mauvais jeu en soi. Juste que le plaisir à y jouer est très relatif. Prise de tête, froid et frustrant aux conflits farouches. Luttes intestines d’influence et de majorité, Samouraï parvient un rare grand écart entre tactique et stratégie. Un jeu de traviole qui ravira les joueurs comptables.

Et vivement la réédition de 2032. Parce que là, c’est service minimum côté édition. Pour citer une philosophe contemporaine, « Non mais allô quoi ». Un gros bout de carton qui bloque les 84% de la boîte, et un petit espace pour y jeter tous les jetons. Aucun thermo, aucun ziplock. Débrouillez-vous. Euh… Sérieux?

Vous pouvez trouver Samouraï chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

Critique de jeu: Fabula Fructus. Fun, Frais et Fruité

Répétitif. Rébarbatif. Et pourtant, successif, évolutif, il en devient jouissif. L’icône iconoclaste du jeu de plateau a de nouveau frappé. Fort. Pour un jeu fluide, fun, frais, frénétique et familial. Franchement, foncez!

Fabulosa Fructus est sorti en octobre en VO (=Fabelsaft) chez 2F, l’auto-maison édition de l’auteur Friedemann Friese, puis en avril 2017 en VF chez EDGE/Asmodée. Pour 2 à 5 joueurs, dès 8 ans, pour des parties de 25 minutes. Fois 60.

Fabulosa Fructus, de quoi ça parle?

Fabulosa Fructus, le fruit fabuleux, c’est une fable frénétique de fruits magiques gardés par des animaux fantasques dans une forêt fantastiques. Et l’envie d’en créer de friands jus de fruits.

En un mot: portnawak

Mais bon, comme il s’agit d’un « bête » jeu de cartes de défausse avec des bêtes, le thème n’a pas besoin d’être souverain. C’est juste pour le fun. Chaque animal, servi par une illustration fantaisiste, a un effet fun et (plus ou moins) cohérent: l’éléphant aspire, le kangourou garde dans sa poche, etc.

Comment on gagne?

Le but du jeu est d’être le premier joueur à avoir réalisé 5-4-3 jus de fruits à 2-3-4&5 joueurs. C’est tout. Un jeu de course, donc.

Des jus de fruits? Comment on en presse?

Pour obtenir le nombre nécessaire de jus de fruits, il faut se défausser des fruits comme indiqués sur les cartes « territoire », ou objectifs.

On commence la partie avec deux cartes « fruits ».

A son tour, on doit déplacer sa figurine sur l’un des six territoires disponibles. Six, en tout début de partie. Un chiffre qui risque d’augmenter dans les parties successives.

Si le territoire est déjà occupé par d’autres joueurs, on doit commencer par leur donner une carte. On peut ensuite soit activer le pouvoir du territoire slash animal, ce qui permet d’acquérir de nouvelles cartes, soit se défausser des fruits nécessaires pour en presser le jus. Et faire un pas vers la victoire.

Voilà. Les règles s’expliquent en dix-sept secondes montre en main. Fluides, elles sont über-simples. Ce sont les différents territoires qui vont venir pimenter le jeu, un peu à la Fluxx: défausse une carte et pioches-en 2. Vole une carte. Draft. etc.

Interaction?

Oui, l’interaction est extrêmement forte.

Non seulement Fabulosa Fructus est un jeu de course, être le premier à atteindre un certain nombre, mais on passe sa partie à voler et donner des cartes aux autres.

Un jeu qui fait chouiner. Les Caliméros vont apprécier… 😅

Et à combien y jouer?

Toutes les configs sont bonnes. A deux, on est dans la pure confrontation, à 5 c’est le joyeux bordel.

Alors, Fabulosa, c’est bien?

Oui.

Tellement. Un excellent jeu fun et frais pour ce printemps 2017.

On passe sa partie à chercher les bons fruits pour obtenir les bons jus, et rapidement, avant les autres joueurs. Alors oui, c’est extrêmement répétitif.

Mais.

Une fois un jus pressé slash carte « territoire » obtenue par une joueuse, on en dévoile une nouvelle. Chaque territoire compte exactement quatre cartes. Une fois les quatre cartes prises, on dévoile un nouveau territoire, avec une nouvelle action désormais disponible.

Et comme les territoires vont peu à peu être transformés en jus (la phrase qui ne veut absolument rien dire…), les pouvoirs vont évoluer.

Et dans Fabulosa Fructus, c’est bien d’évolution qu’il s’agit. En 2015, Friedemann Friese a commis le jeu 504. Un jeu composé de… 504 jeux. Avec 504 règles. Plus qu’un jeu, presque une oeuvre d’art. Son précédent jeu a dû l’inspirer pour créer Fabulosa, un jeu aux règles évolutives.

Comme dans une partie de Fluxx, les règles changent (pour être pointilleux, dans Fluxx les objectifs finaux fluctuent sans cesse. Pas le cas de Fabulosa Fructus avec un objectif fixe). Elles se complexifient de plus en plus. Avec un soupçon de Legacy. Fois 60.

Legacy?

A chaque partie achevée, on retire les jus / territoires obtenus, et on en recommence une autre. Tout de suite. Ou un autre jour. En conservant les territoires en place.

Comme il y a 60 (!) différents territoires, les parties se suivront mais ne se ressembleront jamais. Jamais.

Du Legacy, puisque le jeu évolue, mais dans lequel on ne modifie pas le jeu d’une manière irrémédiable. On peut tout à fait recommencer avec de nouveaux joueurs en reprenant les premiers territoires (d’ailleurs souvent les plus simples à utiliser).

Répétitif. Rébarbatif. Et pourtant, successif, évolutif, il en devient jouissif. L’icône iconoclaste du jeu de plateau a de nouveau frappé. Fort. Pour un jeu fluide, fun, frais, frénétique et familial. Franchement, foncez!

Vous pouvez trouver Fabulosa Fructus chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

Critique de jeu: Dream Home. Pas un carton

Un jeu à laisser dans ses cartons lors de son prochain déménagement.

Dream Home est sorti en avril 2017 chez Asmodée. Pour la localisation VF. Il s’agit en fait d’un jeu polonais sorti chez l’éditeur et distributeur Rebel et créé par Klemens Kalicki. Dream Home est un jeu pour 2 à 4 joueurs, dès 7 ans et d’une durée de 30 minutes.

De quoi ça parle?

Dans Dream Home, on vient d’emménager dans une toute nouvelle maison, vide, et il va falloir l’aménager selon ses goûts pour en réaliser la maison de ses rêves. Oui, comme dans le titre. Le thème est original et cohérent.

Ni un thème fort, fou ou fantastique, mais frais.

Et comment on joue?

A chaque début de manche, on en jouera 12, pour remplir les 12 espaces de sa maison, on place des cartes face ouverte sur deux lignes de 5 emplacements. Une ligne « pièces » et une ligne « ressources. A son tour, chaque joueur devra choisir une colonne avec une paire de cartes pour obtenir une pièce et une ressource.

Les pièces devront être placées de suite dans sa maison, et les ressources sont de différentes nature: partie de toit, cartes spéciales ouvriers ou matériel, élément de déco.

Les règles sont extrêmement simples.

Ou pas.

La mécanique de base est extrêmement simple, prendre une colonne de deux cartes différentes. Mais la pose des pièces s’avère extrêmement touffue avec 217’000 contraintes. On ne peut pas placer une pièce au-dessus d’un espace vide. On ne place pas une pièce à côté d’une pièce similaire finie (on peut en placer un certain nombre adjacentes). Il y a des pièces uniquement de sous-sol. Etc. Etc.

Et si on veut optimiser sa partie, on va devoir se triturer les méninges pour tout gérer. Un élément de déco par-ici, une pièce adjacente qui pourrait augmenter ses PV par-là. Avec un petit côté « serrer les fesses » pour espérer tomber sur la carte recherchée.

Et comment on gagne?

Après les 12 manches on procède à un décompte selon:

les pièces posées, les PV sont indiqués dessus

4 parties de toits aux couleurs similaires ou différentes (mais similaires ramènent plus de points)

les éléments de déco posés

un bonus si on a réussi à poser deux salles de bain, une par étage

un bonus si on a réussi à poser une cuisine, une chambre et une salle de bain. Pour une maison fonctionnelle. Non, il n’est pas conseillé de ne mettre que des ludothèques et des salles de jeux dans sa maison… 😉

Bref, rien d’extraordinaire dans le décompte, tout le sel du jeu repose sur la pose des différentes pièces en jonglant avec les différentes contraintes.

Et le matos vaut quoi?

Superbe.

Vraiment.

Rebel a réalisé une prod de dingue. A commencer par le thermo, en forme de maison, très bien réalisé. On dirait du Space Cowboys slash Gameworks. Et les illustrations, très Pixar, sont parmi les plus belles du marché.

On prend un réel plaisir à voir sa maison prendre forme grâce aux somptueuses illustrations de Bartłomiej Kordowski.

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Interaction?

L’interaction n’est pas hyper forte, on ne peut pas s’en prendre à la maison des autres (ou alors dans une prochaine extension avec l’option « pyromane »? 😂). La seule interaction réside dans la prise des cartes, on peut contre-picker (=prendre certaines cartes que les autres convoitent). Sinon c’est tout. On joue dans son coin de maison à créer celle de ses rêves.

Et à combien y jouer?

A deux et trois joueurs à chaque début de manche on commence par retirer une colonne (ou pas, si on joue avec des enfants). Ne restera donc que 4 colonnes dispo. Plus de choix à 2 joueurs, moins à 3. Pareil à 4 joueurs. Le dernier joueur sera nettement désavantagé.

Comment devenir alors premier joueur?

Sur le plateau des cartes il y a un emplacement vide, sans cartes, et quand un joueur se saisit de cette colonne, qu’avec une seule carte, il deviendra le premier joueur au tour prochain. Une option intéressante pour un dernier joueur, même si au final il aura morflé deux tours de suite. Avec la dernière colonne qu’on lui laissera, puis celle avec l’option premier joueur constituée que d’une seule carte. C’est un peu la soupe à la grimace.

Bref. A combien y jouer?

De 2 à 4 joueurs le jeu tourne bien. A 2 on a un peu plus de choix, de contrôle, à 3-4 ça devient de plus en plus tendu du slip. Mais le jeu est aussi intéressant à 2 qu’à 4.

Alors, Dream Home, c’est bien?

Non, pas vraiment.

Dream Home a un petit côté Minivilles. On peut y jouer avec deux optiques différentes: on peut subir le jeu, et jouer « au petit bonheur la chance » du tirage des cartes, ou « faire contre mauvaise fortune bon cœur », faire au mieux et tenter d’améliorer son score à chaque partie.

Mais autant dire qu’il n’y a aucune courbe de progression. Tout dépendra des cartes dispo. Beaucoup de hasard, avec une micro-possibilité de l’atténuer grâce aux cartes ressources et aux bonus des ouvriers (inverser des pièces, se servir en premier, etc.). Dream Home est vraiment très, très léger. On y jouera une, deux, max trois fois. Au final, on a l’impression de jouer au Solitaire à plusieurs mais avec pièces de maison plutôt que des couleurs.

Un jeu crucial?

Non.

Un jeu familial?

Non plus.

Et c’est bien étrange. Il est indiqué dès 7 ans sur la boîte, mais cela paraît téméraire. Les milliers de contraintes de pose sont telles qu’un enfant de 7-8 ans ne parviendra pas à toutes les maîtriser. Sans compter les nombreuses cartes ressources et leurs pouvoirs à gérer. Donc malgré ses illustrations très familiales, très enfantines, comptez plutôt y jouer dès 9-10 ans.

Dream Home est un pur filler. Un jeu de « remplissage ». Un thème original, de somptueuses illustrations, mais rien d’extraordinaire. On ne fait que subir la pioche et espérer tomber sur la bonne pioche. Voilà, c’est tout. Il va peut-être faire le plaisir de certaines familles, et encore, les contraintes de pose et les pouvoirs des cartes ressources vont en refroidir plus d’une.

Dream Home, un jeu à laisser dans ses cartons lors de son prochain déménagement.

Mais encore

Si vous aimez les jeux avec des histoires de maison, je ne peux que vous conseiller le jeu vidéo What remains of Edith Finch, qui vient de sortir en avril 2017. 20 euros/CHF sur Steam ou PS Store pour ce jeu indé. Une étrange maison dont il va falloir percer les mystères des anciens habitants. Immersif. Puissant. Juste excellent. Si vous ne savez pas à quoi jouer aujourd’hui, laissez-vous tenter.

Vous pouvez télécharger les règles de Dream Home ici, en anglais.

Vous pouvez trouver Dream Home chez Philibert,

Et chez Ludibay.

Critique de jeu: The Others. L’enfer, c’est les autres

The Others. Un gros jeu de fig semi-coop au thème original. Des fig, des brouettes de dés, des tuiles, des missions. Mais parfois, c’est aussi bien de changer de marmite pour faire de meilleures soupes.

The Others? (ça veut dire les autres, dans la langue de Trump)

The Others est sorti en VF chez EDGE slash Asmodée (depuis pas longtemps) en mars 2017. Pour 2 à 6 joueurs (c’est écrit de 2 à 5 sur la boîte, mais nous avons une petite variante à vous proposer. A découvrir plus bas). Pour des parties de 90 minutes environ (c’est écrit 60 minutes sur la boîte, mais c’est compté court, tout dépend des scénarios), dès 14 ans.

Dans The Others, les joueurs font partie d’une escouade d’intervention, la FAITH, qui a comme mission de déjouer les plans apocalyptique d’invasion de créatures qui se sont déversées sur la planète. Mais pas n’importe quelles créatures. Ça serait bien trop facile. Celles des 7 péchés capitaux (décrétés par l’Eglise catholique au moyen-âge): luxure, envie, colère, etc.

Un joueur contrôle les monstres pas très gentils, et les autres joueurs, les Héros. Chaque partie repose sur un scénario particulier: récupérer un objet, se balader, et le plus souvent bien sûr dégommer sur tout ce qui bouge.

Ca vous rappelle quelque chose? Descent? Assaut sur l’Empire? Les Demeures de l’Épouvante V1? Oui, tout ça. J’aurais bien voulu assister à la séance de pitch chez l’éditeur (Cool or Mini, à l’origine). J’imagine qu’elle a dû ressembler à ça, en gros:

« Hey, les mecs, j’ai une super idée pour un jeu de plateau. On pourrait avoir un joueur qui contrôle des méchants, et qui doit tuer les autres en lançant des brouettes de dés. Et les autres doivent remplir une mission. »

« Ouais Eric, super, mais ça ressemble pas mal à Descent, ou à d’autres jeux, non? »

« Non non non, attendez, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Les créatures, en fait, elles représentent des péchés capitaux. »

« Haaaa, OK, fallait commencer par-là. OK, on lance la machine ».

Et bim, 1.5 millions de dollars sur KS en octobre 2015.

 

Et comment on gagne?

Tout dépend des scénarios, encore une fois. Mais The Others présente une mécanique sympatoche, chaque mission propose des embranchements, 2-3 différentes possibilités, à choix de l’équipe des Héros.

Et comment on joue?

Les joueurs commencent par choisir un scénario. Il y en a une dizaine dans la boîte de base. Sachant que les missions offrent plusieurs possibilités, cela confère déjà une belle durée de vie.

Puis mise en place plutôt longue et rébarbative… Mais ça fait partie du jeu… un jeton par ci, une tuile par-là, vivement The Others V2 dans quelques années avec une app…

Au tour ensuite des Héros. Chacun contrôle un personnage aux pouvoirs spécifiques: force, points de vie et compétences. Il y en a 7 dans la boîte de base. Chaque personnage peut se déplacer de deux cases, lieux & rues, puis agir, ou vice versa. Deux actions sont à disposition: faire le ménage ou balancer des tatanes.

Faire le ménage consiste à virer des tuiles enquiquinantes qui avantagent le grand méchant: des +1 en attaque, des cases respawn, des incendies qui brûlent ou du chaos qui corrompt. Et comment faire le ménage? En lançant autant de dés que sa capacité à faire le ménage. Et selon le tirage, hop.

Balancer des tatanes consiste à infliger des dégâts aux méchantes créatures pas très polies d’en face. Comment? On lance une brouette de dés, autant que sa force, et l’adversaire fait pareil. Les attaques sont annulées par les boucliers. Le solde part en dégâts. Sachant qu’il faut obtenir autant de dégâts que les pv de la créature pour la dégager. Et que plusieurs personnages sur la même tuile confère un dé supplémentaire pour le Héros attaquant. Voilà.

Chaque joueur peut jouer deux fois, mais une seule fois à son tour, puis c’est la fin de la manche.

Et le grand méchant dans tout ça? Il peut jouer autant de fois que le nombre de Héros présents. Et sa partie ne se résume qu’à réagir. Quand un joueur a effectué son tour, le méchant peut alors utiliser une de ses actions à disposition pour réagir. Ce qui se résume à déplacer ses créatures et attaquer. Selon les scénarios, les débuts et fins de manches viennent également apporter des avantages au méchant: nouveaux jetons, apparition de nouvelles créatures.

Et la corruption slash chaos dans tout cela?

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

Disait un célèbre chauffeur Uber allemand.

Autrement dit, à force de faire des poutoux aux créatures de l’apocalypse, les Héros sont peu à peu affectés par le chaos (on dirait du Warhammer jdr V1). Et plus ils sont corrompus, plus ils gagnent des avantages (parce que plus d’excroissances et hypertrophies dégueux). Mais plus ils se fragilisent et risquent de perdre des pv facilement.

La corruption vient épicer le jeu. On ne doit désormais plus seulement gérer ses pv mais aussi sa corruption, avec une mécanique de « stop ou encore » car les joueurs peuvent décider eux-mêmes d’accélérer leur corruption pour obtenir un bonus éphémère à leur prochain jet de dés. Malin. Subtil. Douloureux.

Les mécaniques de jeu sont extrêmement simples et streamlinées. Que deux actions à disposition: faire le ménage ou cogner. Pareil pour le joueur qui contrôle les forces du chaos / péché.

Malgré un gros livre de règles bien fouillé, on se croirait dans un jeu FFG. Des règles qui peuvent paraître lourdes et touffues alors qu’en réalité, une fois la partie commencée, tout est fluide, simple et instinctif. Kudos Eric (comme toujours, j’ai envie de dire).

Et à combien y jouer?

A 6, clairement. 6? Mais comment c’est possible, c’est écrit pourtant 5 max sur la boîte? Parce que le MJ / DM / méchant peut être joué à 2 joueurs. Donc 2 contre 4. A deux joueurs incarnant les créatures il y a plus de collaboration, le méchant ne se retrouve pas isolé contre tous les autres.

Et pourquoi y jouer à 5-6, plutôt qu’à 2-3? A 5-6, les parties seront plus longues, plus lentes aussi. Mais plus interactives, plus passionnantes, plus passionnées. Donc mieux, tout simplement. On peut bien sûr y jouer à 2, un contre un, le « gentil » contrôlera plus de Héros, c’est tout. Mais le tout sonnera creux, plat, comparé à des parties épiques à plus de joueurs.

Chronique d’un succès annoncé

Oui, la starisation est bel et bien en marche. Tout ce que Eric Lang touche se transforme en or. Un peu comme un film avec une grosse star. Eric Lang, c’est le Dany Boon du jeu de plateau.

The Others marque la chronique d’un succès annoncé. Comme on dit dans la comm, « il faut pêcher là où il y a du poisson ». Autrement dit, pas bête, la mouche. Cool Mini, Eric Lang et Asmodée, qui assure désormais la localisation francophone, savent ce qui plaît pour surfer sur les tendances actuelles.

Y a de la fig? Check. L’auteur est Eric Lang? Check. C’est l’éditeur de Zombicide qui est derrière tout ça? Check. C’est coopératif mais pas que? Check. Y a des monstres hideux et effrayants dans un univers métaleux-gothique? Check. Tiens, on dirait une partie de « Qui est-ce? ». Presque une auto-parodie de jeux similaires.

Alors, The Others, c’est bien?

The Others, c’est avant tout une formidable machine à émotions. Un peu d’effroi, de tension, de planification, beaucoup de collaboration. On vit une véritable aventure, sublimée à coup de plastique, de carton et de dés. Beaucoup, de dés.

Autant les joueurs se retrouvent propulsés dans un récit macabre et angoissant, autant une fois toutes les couches narratives et contextuelles enlevées, on se retrouve avec un jeu simpliste: déplace ta fig de deux cases. Lance une brouette de dés pour combattre. Comme c’est d’ailleurs le cas dans de nombreux jeux similaires à la dungeon crawler (avec Zombicide, pour être pertinent, il faudrait plutôt appeler ça des street crawlers).

The Others est un pur produit de « fan service ». Tout est pensé pour ravir un public déjà acquis par les sempiternelles Zombicide et autres dungeon crawlers. Tout est pareil, mais pas vraiment. Tout est similaire, mais avec un petit twist qui rend le jeu plus mieux bien. Le chaos, les créatures. Exactement la même chose, mais en mieux. Vivement le prochain.

Un jeu pour vous?

Comment savoir si The Others est un jeu pour vous?

Quelques questions:

Vous aimez les fig? Alors oui.

Vous aimez les jeux au thème fort, immersif, vous cherchez à vivre une véritable aventure? Alors oui.

Vous aimez les jeux semi-coop (un contre tous)? Alors oui.

Vous avez récemment touché un juteux héritage, ou vous avez décidé d’hypothéquer votre maison, ou ça tombe bien, vous venez de vendre votre rein gauche? Alors oui. Car le jeu de base est cher, plus de 80 euros, et si vous voulez vous faire plaisir et l’agrémenter de 217 extensions sorties plus ou moins en même temps (add-ons sur KS, mon amour), faut prévoir une sacrée réserve de pépettes? D’où ma question: mais est-ce que tous les joueurs de jeux de plateau sont millionnaires?

The Others. Un gros jeu de fig semi-coop au thème original. Des fig, des brouettes de dés, des tuiles, des missions. Mais parfois, c’est aussi bien de changer de marmite pour faire de meilleures soupes.

Thème chatoyant

Un gros point fort de The Others est son univers, son thème. Plus de zombies, tellement 2014. Cthulhu, tellement 2012. The Others, avec ses 7 péchés, propose des créatures aussi chatoyantes qu’effrayantes et originales.

Mais non, bande de petits cochons, les figs de la luxure n’ont pas de grosses tentacules. Dommage, ça aurait être drôle.

La luxure. Y a des langues qui pendent quand même

Mais encore

De nombreuses extensions sont déjà sorties en VF, et d’autres sont en cours. Il s’agit de deux types de boîtes. De nouveaux Héros / Team, et de nouveaux monstres / péchés. Laquelle préférer? Tout dépendra de son budget, bien sûr. Si on est atteint de collectionnite aiguë, l’addition risque d’être salée. Comptez 200 euros supplémentaires, rien que pour les extensions. Donc un jeu complet à… 300 euros. Aïe, ça pique. Faut-il alors craquer pour les extensions? Le jeu de base se suffit à lui-même pour 10-15 parties différentes. C’est déjà pas mal.

The Others est un jeu dans un univers sombre, horrifique. Films d’horreur, jeux d’horreur (ResEv7 est sorti il y a quelques semaines…). Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi nous aimons tellement jouer à nous faire peur? Voici quelques bribes d’explication.

Et pourquoi est-ce que les figurines remportent autant de succès auprès des joueurs? Une tentative d’explication ici.

Vous pouvez trouver The Others en VF chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Yamataï. Mais pas en XXL

Yamataï, au final, c’est un peu l’auberge espagnole du jeu plateau. On y trouve ce qu’on y apporte. Notre vision du monde, de l’autre. Si le jeu manque de passion, de chaleur, il amène à une réflexion, essentielle. Comment est-ce que je considère ceux qui m’entourent?

Yamataï est un jeu de plateau pour 2 à 4 joueurs dès 13 ans sorti chez Days of Wonder slash Asmodée en mars 2017. Co-créé par Marc Paquien, dont c’est tout le premier jeu, et Bruno Cathala (faut-il encore le présenter?). Pour des parties de 60 minutes. Environ.

De quoi ça parle?

C’est confus. Et pas très cohérent. Une sibylline histoire de construction pour obtenir les faveurs d’une reine nippone historique. Pas très convaincant.

Autrement dit, un thème collé pour un jeu dont la mécanique est mise en avant. Le thème n’est ni important, ni exploité. Le tout manque d’immersion, de cohésion. De passion, aussi, surtout.

Comment on joue?

A son tour, chaque joueur a plusieurs actions à disposition.

Commencer par prendre un jeton « flotte », qui lui permet d’obtenir un pouvoir spécial et un ou trois bateaux de couleurs spécifiques.

Puis s’il veut, il peut vendre ou acheter un bateau.

Puis il peut ensuite poser un ou plusieurs bateaux sur le plateau soit pour poser un bâtiment, soit pour obtenir des jetons « culture » présent sur le plateau.

Puis, il peut acheter un spécialiste qui lui conférera un pouvoir spécial jusqu’à la fin de la partie.

Enfin, il doit se défausser de tous ses bateaux en stock sauf un.

Voilà. C’est ensuite au prochain joueur.

Ecrit comme ça, on s’imagine que le tour d’un joueur va durer une éternité. Mais non. En réalité le tout est plutôt fluide. Surtout qu’il n’existe que deux actions obligatoires, s’emparer d’une flotte et poser ses bateaux. Le reste est optionnel, les joueurs ne le feront pas souvent.

Et comment on gagne?

Dès qu’un joueur n’a plus de bâtiments à sa disposition, qu’il n’y a plus de jetons « bâtiment » ou « spécialiste », la partie prend fin et on passe au décompte:

PV accumulés pendant la partie en posant des bâtiments,

PV présents sur les bâtiments,

PV sur les personnages,

1 PV pour 5 pièces accumulées.

Pas compliqué.

Optimisation et Interaction sont sur un bateau

Dans Yamataï, l’interaction est très forte. Même si on ne peut pas directement s’en prendre aux autres joueurs, détruire leurs bateaux ou bâtiments par exemple, Yamataï est la quintessence du jeu opportuniste.

On obtient des PV supplémentaires si on construit adjacent à certains autres bâtiments, peut-être posés par d’autres joueurs avant. On peut construire en utilisant les bateaux présents sur le plateau, peut-être posés par d’autres joueurs avant.

Vous l’aurez compris. Il va falloir utiliser le jeu de ses voisins pour optimiser le sien. Observer pour mieux s’adapter. Donc oui, une très forte interactivité, même si plutôt froide et pas directe.

A combien y jouer?

A 4 joueurs, clairement.

Puisque Yamataï est un gros jeu opportuniste, à moins de 4 joueurs les possibilités seront moins étoffées. Le jeu ne sera moins bon pour autant, mais moins passionnant, moins tendu, moins captivant.

Mais il y a un hic. A 4 joueurs, c’est aussi là que le jeu perd en fluidité, en nervosité. A son tour, chaque joueur devra réévaluer sa tactique pour optimiser son prochain coup. Avec le risque de tomber dans l’analysis-paralysis. Ce qui ralentira la partie.

Yamataï est un pur jeu vaisselle. Pour autant qu’on le considère comme tel. Ce serait en réalité une grave erreur que de quitter la table ou aller lire de chatoyants articles sur Gus&Co sur son portable hors de son tour. Car le plateau va tellement évoluer qu’il vaut mieux surveiller le jeu de ses voisins plutôt que de s’absenter. Où et que construisent-ils? Quelle stratégie sont-ils en train de suivre? Il y a quelque chose de Via Nebula et ses ouvertures de mines, presque un semi-coop, mais en plus incisif.

Alors, Yamataï, c’est bien?

Oui.

Sans être le jeu de l’année non plus, Yamataï offre de beaux moments de brain-burner, pour autant qu’on apprécie ce genre de jeux extrêmement tactiques.

Extrêmement tactique et peu stratégique. A part avec les personnages qui peuvent venir orienter son jeu, on ne peut pas prévoir ses prochains coups puisque le plateau subit l’attaque de constantes modifications. Un bateau est placé par-ci, un bâtiment par-là. Les joueurs devront faire preuve d’acrobatie cérébrale à chacun de leur coup.
Pour rester dans le thème nipponisant, Yamataï est l’expression ludique de l’Aikido. Utiliser la force de son adversaire contre lui. Ou pour soi-même, plutôt. Un joueur pose un élément, qui aura pour effet de déclencher une série d’événements puisque les autres s’en saisiront. « Tu viens de poser ce bateau, ce bâtiment? Parfait, ça me permettra de poser ça. » Tout est rebondissement, corrélation, action-réaction.

Mais Yamataï est un jeu chaotique, tout change à une vitesse survoltée. Il va falloir s’adapter, se montrer flexible, puisqu’à chaque tour les joueurs devront « réinventer la roue » et tout reprendre à zéro. On avait prévu une action? Elle est peut-être à présent devenue impossible ou remplacée par une autre bien plus lucrative… Et qui dit tactique et optimisation dit aussi analysis-paralysis. Un travers à éviter qui pourrait déprécier l’expérience ludique. Mais comment?

Pour les allergiques à la tactique frénétique et qui préfèrent les jeux plus posés, plus stratégiques, Yamataï ne sera pas le meilleur des choix. Imaginez Yamataï comme un sprint. Chaque tour, chaque foulée devra être optimisée. Si vous préférez un marathon, une course au long cours, préparée, jugulée, temporisée, oubliez.

Tactique. Opportunisme. Optimisation. Ca ne vous rappelle pas quelque chose? Five Tribes bien sûr. Du même auteur, enfin, de l’un des deux. Du même éditeur, aussi. Si Five Tribes se révèle encore plus tactique, encore plus… bordélique, Yamataï joue alors le rôle de grand frère. De la même famille mais moins tourmenté.

Comme très souvent dans les jeux de Bruno Cathala, c’est la fête aux pouvoirs divers et variés. Chaque tuile « flotte  » est différente. Chaque spécialiste est différent. Et soyons honnêtes, les picto ne sont pas très clairs. Du coup, on passe sa partie le nez dans les règles. Mais autant ça coince dans certains jeux, plus courts, plus nerveux (ex le récent raté Adrenaline), autant dans Yamataï ce déluge d’exceptions ne dérange pas puisque le jeu dure suffisamment longtemps pour vouloir s’investir et faire preuve de patience. Et comme les tuiles « flotte » reviennent souvent, elles finiront par être reconnues. Non, au final, pas un gros souci. Pour une fois.

Ce qui déplaît le plus dans Yamataï, c’est son manque cruel d’émotions (tiens, ça me rappelle cet article). Si la mécanique fonctionne bien, le jeu est d’une froideur lisse et opaque. Pas franchement un appel à l’aventure…

Mais Yamataï, c’est juste surtout un jeu de plus. Sans âme ni saveur.

Lecture culturelle

Si l’on ne devait retenir qu’un seul thème au jeu, ce serait l’opportunisme. L’opportunisme, cette attitude qui consiste à agir selon les circonstances du moment afin de les utiliser au mieux de ses intérêts et d’en tirer le meilleur parti, en faisant peu de cas des principes moraux. Selon la définition. En faisant peu de cas des principes moraux.

Autrement dit, faire tout ce qu’il faut pour arriver à ses buts. L’omelette, les œufs, tout ça.

Et la moralité, bordel? Une valeur peu valorisée dans Yamataï.

Faut-il en voir le stigmate de nos sociétés hyper-individualistes? Car tout objet culturel, et les jeux en font partie, est cristallisation physique d’un message, d’un contexte, de valeurs et de prises de position d’un (ou de deux, comme ici) auteur. D’un regard posé sur la société contemporaine.

Non.

C’est d’opportunisme dont il est question. Mais encore faut-il exploiter les autres pour s’élever. Seul, on n’arrive nulle part. Yamataï est la vitrine de l’adage qui veut que seul, on va vite, ensemble, loin.

Yamataï propose deux lectures lucides: la première, flagrante, cynique, utiliser les autres pour mieux s’élever. Ou une seconde, saine et sereine, collaborer pour (se) sublimer.

Yamataï, au final, c’est un peu l’auberge espagnole du jeu plateau. On y trouve ce qu’on y apporte. Notre vision du monde, de l’autre. Si le jeu manque de passion, de chaleur, il amène à une réflexion, essentielle. Comment est-ce que je considère ceux qui m’entourent?

Vous pouvez trouver Yamataï chez nos partenaires Philibert,

Ludibay,

Ludikbazar,

et si vous habitez en Suisse, sur Helvétia Games Shop.

Voici les pires choses qui pourraient arriver au monde du jeu en 2017

Avertissement: cet article, sur fond de pessimisme et de futuribles (des futurs possibles), ne se veut en aucun cas porteur de valeur ou de jugement. Il tentera de rester objectif et analytique.

Et voici 2016 qui finit. Pas forcément en beauté. Entre attentats terroristes, une situation en Syrie dramatique, l’élection inattendue de Trump, le Brexit, les décès de Prince, de David Bowie, de Leonard Cohen, de Mix & Remix, de George Michael, de Carrie Fisher. On va faire comment maintenant, nous, sans princesse Leia? Une année tragique et funeste.

Et si nous essayions de réfléchir aux scénarios-catastrophes les plus probables pour le monde ludique en 2017? 

Je vous le concède, ce n’est pas forcément une belle façon de finir l’année. Mais entre catastrophisme et pessimisme, l’exercice pourrait finir par s’avérer cocasse.

Peak Games

La pire chose qui pourrait arriver au monde du jeu en 2017: un ralentissement. Pourquoi?

2016, selon la base de données de BGG, ce sont près de 4’000 jeux qui sont sortis. 4’000. Un record historique. Avec beaucoup, beaucoup de jeux peu originaux, assez peu passionnants, plutôt redondants. A voir les meilleurs jeux de 2016, la liste est extrêmement maigrichonne. Est-ce que nous assistons aujourd’hui à un Peak Games? A une production pléthorique qui va peu à peu s’essouffler pour retomber? Dynamique cyclique.

Si le nombre de jeux augmente, le porte-monnaie du joueur, lui, a plutôt tendance à stagner. Comme le temps à disposition, d’ailleurs. On ne peut pas dire qu’il y a trop de jeux. Bien au contraire. 

Beaucoup de jeux, cela veut dire une plus grande proportion de bons jeux. Une bonne chose. Mais qu’il y a trop de jeux par rapport au temps disponible. Temps passé à lire les critiques, les sites, à regarder des vidéos, à suivre les tendances et sorties. S’il était plus facile de se tenir informé avec 300 nouveautés dans les années 80-90, aujourd’hui, avec 4’000, on fait comment?

A inspecter ces 4’000 titres sortis en 2016 de près, on pourra relever que beaucoup sont des extensions et des rééditions. Plus d’un tiers ne sont pas des jeux originaux. Plusieurs éditeurs se cantonnent en effet à sortir des rééditions, des extensions, des variations, le tout sur fond de starisation. Pas facile de trouver des jeux inédits. La chasse au proto original a commencé, et elle est féroce.

2017 pourrait être l’année du ralentissement. Un Peak Games. Mais est-ce vraiment un mal?

Prix

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La pire chose qui pourrait arriver au monde du jeu en 2017: des augmentations de prix. Pourquoi?

Aucune étude n’a encore été effectuée sur le sujet, mais comme ça, à vue de nez, depuis quelques années on assiste à des augmentations de prix des jeux de société. Alors certes, on trouve toujours sur le marché des jeux à 10-20-30 euros, mais on peut quand même constater qu’une tendance se dessine depuis 3-4 ans avec des jeux qui dépassent les 80, 90 voire même 100 euros.

Et le phénomène Kickstarter vient alimenter ce mouvement. Le prix de la participation pour Conan s’élevait ainsi à 135 dollars. Qui dépasse les 500 dollars en rajoutant les add-ons, ces suppléments optionnels pas toujours nécessaires et donc indispensables. 480 euros pour un jeu de société… Et Conan ne fait certes pas figure d’exception dans le paysage ludique actuel.

Aujourd’hui, la dépense pour la plupart des locomotives sur KS, les Zombicide et autres CoolMini ou Soda Pop dépassent souvent les 200 dollars. Attention, je ne dis pas que cette surenchère est injustifiée. Le déluge de matériel, le rapport quantité-prix des Conan, Mythic Battles, Ninja All-Stars, ou autres Zombicide, vaut bien ce tarif.

En 2017, cette tendance pourrait se renforcer. Pour deux raisons.

D’une part, parce qu’aujourd’hui, et on l’a vu avec les récents assourdissants succès sur KS, les joueurs, plus de 20’000 pour Zombicide Black Plague, 16’000 pour Conan, 13’000 pour Mythic Battles, sont prêts à investir plusieurs dizaines voire centaines d’euros pour précommander un jeu. Comment expliquer alors ce phénomène? La figurine est devenue le nouvel eldorado des éditeurs. Les jeux s’achètent aujourd’hui plus pour leur matériel au poids et à leur qualité esthétique que pour leur intérêt ludique intrinsèque. Plus il y en a, et plus c’est mieux. Une tendance qui n’est pas prête de s’inverser. Un phénomène qui ne se relègue pas uniquement aux plateformes de précommande participative. Car ces jeux, une fois envoyés (plus ou moins) en avant-première aux backers, connaissent alors une sortie « officielle » publique et retentissante en boutique. Avec des prix qui avoisinent alors la centaine d’euros. Il ne devient par conséquent plus insolite de voir des jeux à 90, 100, 120 euros fleurir sur les rayons.

D’autre part, parce que le prix des matières premières est en nette augmentation. Notamment celui du pétrole. Le 29 septembre et deux mois plus tard le 30 novembre 2016 les représentants de l’OPEP se sont réunis pour trouver un accord historique. Celui de diminuer désormais la production de barils de pétrole. Avec un résultat immédiat sur l’offre et la demande et un impact sur les prix. En une année, le baril a connu une lente augmentation de 20 dollars pour se situer fin-2016 à près de 55 dollars. Un montant toujours bien en-deçà des coûts d’investissement et de rendement pour les pays producteurs de pétrole. Avec ces deux accords signés en septembre et novembre 2016 on peut donc s’attendre à une augmentation logique du prix du pétrole en 2017. Avec peut-être un baril qui s’échangera autour de 80-100 dollars pour revenir à des moyennes qu’on a connu entre 2009 et 2014 avant que les prix ne s’effondrent.

Et quel est le rapport de toute cette situation pétrolière avec le jeu de société, me demanderez-vous? Et vous auriez raison de le faire. Les deux précédentes raisons sont en fait liées. Un baril du pétrole en augmentation en 2017 va forcément avoir un impact sur le coût de fabrication et de transport. Et les figurines ne sont pas (encore) composées en fibre de banane compostables. Peut-être que ça va arriver, si d’autres éditeurs se lancent dans des démarches RSE.

Ces deux raisons nous font donc penser que les prix des jeux augmenteront en 2017. Pas une bonne nouvelle.

Asmodée

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La pire chose qui pourrait arriver au monde du jeu en 2017: une perte d’originalité. Pourquoi?

Asmodée est devenu en quelques années l’éditeur-distributeur le plus influent du marché du jeu de société moderne. Avec des rachats retentissants et de plus en plus nombreux: DoW et FFG en 2014, Pearl Games, Ystari, Asterion en 2015, Filosofia en 2016. Et peut-être aussi, pourquoi pas, bientôt confirmés EDGE, Heidelberger…

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Sans parler du rachat de Dobble et de la licence des Colons de Catane en janvier 2016, un jeu vendu à plus de 18 millions d’exemplaires, toutes extensions confondues depuis sa sortie en 1995. Bref, Asmodée prend de plus en plus de place sur le marché.

Quelle réaction avoir suite à ces multiples rachats? Deux possibilités:

Business as usual. Ces rachats ne vont rien changer du tout.

Ou

Angoisses et inquiétudes. Asmodée étend son empire et ses tentacules, c’est horrible, ils vont tout bouffer sur leur passage, c’est horrible.

Peut-être que la réaction la plus sensée se situe juste entre les deux, entre complète naïveté et forte agitation.

Ce qu’il faut retenir, c’est qu’en plus de racheter d’autres éditeurs, Asmodée a également été racheté. En 2013 par Eurazeo, un fond d’investissement international qui compte 5 milliards d’euros d’actifs. Eurazeo, en plus d’Asmodée, c’est aussi Desigual, AccorHotel, Europcar, les restaurants Léon de Bruxelles, les crèches Les Petits Chaperons Rouges. Bref, tout ce qui est censé rapporter. Le principe-même d’un fond d’investissement. Asmodée n’est donc plus un éditeur « comme un autre ». Il appartient désormais à un grand groupe qui ne poursuit qu’un seul objectif, le rendement. Avec Asmodée nous sommes loin d’un éditeur indépendant, créatif, passionné.

Ce serait faire preuve d’angélisme que de dire qu’un autre éditeur sort un jeu « rien que pour le plaisir », au risque de s’endetter et sans poursuivre de vision de rentabilité. Quand Asmodée décide de lancer un produit, comme éditeur ou distributeur, il doit désormais s’assurer et rassurer ses investisseurs des bénéfices probables. Les capitaux à disposition d’Asmodée sont immenses. Ce qui explique les nombreux rachats entre 2014 et 2016, certainement chiffrés à plusieurs dizaines de millions d’euros.

La situation est déséquilibrée, les autres éditeurs de jeux ne jouent pas dans la même cour et ne peuvent pas compter sur pareille manne. Asmodée est devenue une structure énorme qui peut compter sur des départements et des budgets conséquents: communication, publicité, distribution, logistique, fabrication, événementiel, etc. Au point de représenter une sacrée concurrence pour les autres éditeurs.

Il serait pertinent de relever le pourcentage des jeux Asmodée, édition & distribution, sur la totalité des sorties annuelles, juste pour se faire une idée de son ampleur. Ou autrement dit, quelle place réelle occupe Asmodée sur le marché.

Et alors, quel impact sur 2017?

Un point positif, d’abord. Les jeux Asmodée sont pour leur plus grande majorité de beaux jeux. Aux graphismes et aux illustrations raffinés. Un atout pour le joueur. Et surtout, pour concurrencer, les autres éditeurs s’engouffrent également dans cette qualité esthétique qui n’a de cesse d’augmenter au fil des années avec le benchmark esthétique qui ne cesse de grimper.

Un point négatif toutefois, c’est que la logique de rentabilité passe désormais en priorité. Que sont devenus les jeux Ystari? Les DoW? Les Pearl Games? Absents, ou abonnés aux extensions. Et à présent, que vont devenir les prolifiques Filosofia, Plaid Hat Games, Z-Man, qui font depuis le 24 octobre 2016 partie du groupe Asmodée? On risque d’assister à une diminution de prises de risque. Moins de jeux originaux, plus grands publics, donc plus vendeurs. Pour maintenir la rentabilité du groupe. Car le « too big to fail » n’existe pas. Si Asmodée diminue son chiffre d’affaires, Eurazeo pourrait décider de s’en défaire. Comme ils l’ont fait en juin 2016 avec l’entreprise immobilière française Foncia qu’ils ont rachetée deux ans plus tôt et qu’ils ont revendu cette année. Rappelons qu’Asmodée a également fermé leur studio Marabunta (Mage Wars, Libertalia), un studio d’édition de jeux Core et originaux, pas suffisamment lucratif selon eux.

Donc nous assistons à un éditeur qui perd en originalité pour maintenir la logique de rentabilité, et d’autre part une épée de Damoclès qui leur pend sur la tête pour sortir du chiffre. Deux facteurs qui ne risquent pas de pousser le curseur vers un marché global révolutionnaire.

Mondialisation

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La pire chose qui pourrait arriver au monde du jeu en 2017: des échanges commerciaux plus difficiles. Pourquoi?

Habitant en Suisse, hors UE, je peux vous assurer que commander des jeux à l’étranger, UE ou pas, représente une véritable sinécure. Les boutiques ou éditeurs doivent glisser une facture détaillée et TVA avec l’envoi, et pour des produits de plus de 60 euros, la douane suisse me prélève toujours entre 20 et 30 euros de frais douaniers. Parce que nous ne sommes pas dans l’Union, même si nous avons des accords bilatéraux particuliers.

Avec les élections de Trump et le Brexit, entre populisme et repli sur soi, les barrières douanières et échanges commerciaux vont devenir de plus en plus compliqués ces prochaines années. Et je ne vous parle même pas d’une hypothétique mais peu probable (comme Trump?) élection de Marine en mai 2017, qui s’empresserait alors de sortir de l’Union. Un Frexit?

D’autant que d’autres pays envisagent eux aussi de sortir de l’Union. Les Pays-Bas, avec Geert Wilders, représentant d’un parti d’extrême-droite en passe de devenir premier ministre, a déjà annoncé vouloir quitter l’Union. La Suède, qui comme l’Angleterre a déjà refusé l’euro, et qui à la suite de l’Angleterre pourrait décider elle aussi de quitter l’Union. Les Danois aussi, puis la Hongrie avec leur leader de droite Viktor Orban, très remonté contre l’Union depuis la crise des réfugiés syriens. Ou aussi la Pologne, avec son parti Droit et Justice, le parti nationaliste catholique très anti-Bruxelles. Donc beaucoup de velléités politiques et sociales à se retirer de l’Union Européenne.

Hormis un échec des institutions, ces intentions témoignent d’un désir de repli, de fermeture. Et donc de protections douanières. Maintenant que l’Angleterre ne fait plus partie de l’Union Européenne, les échanges commerciaux, comme en Suisse, vont devenir compliqués. Et certainement plus coûteux en frais douaniers. Un véritable casse-tête pour les éditeurs, distributeurs et boutiques. Demandez aux professionnels suisses de la branche. On peut s’attendre à ce que ces frais vont se répercuter sur le joueur, le dernier maillon de la chaîne. Avec certainement une distribution de certains titres rendue plus compliquée, voire parfois impossible.

Et vous, que craignez-vous pour le monde du jeu de plateau en 2017?

Concours. De Noël. Pour gagner une groooosse boîte

1. Joyeux Noël à tous!

2. Et du coup nous vous proposons un petit concours. Pour gagner une grosse boîte. Ninja All-Stars.

Ninja All-Stars, c’est ce jeu de combat frénétique de… wait for it… ninja. Vous ne vous y attendiez pas.

Des rois mages clans de ninja offrent des cadeaux s’affrontent dans une crèche un temple. Ça va être sympatoche cogner.

Et comme aujourd’hui c’est Noël, vous pouvez gagner une boîte. D’une valeur de plus de 100 CHF quand même. Offerte et envoyée par Helvétia Games Distribution.

Pour ceci, il vous suffit de liker notre page Facebook 617 fois au moyen de votre auriculaire gauche tout en chantant l’hymne national suisse mais à l’envers et avec un accent suédois répondre à quelques questions pour tester votre connaissance ninja.

Vous avez jusqu’à ce lundi 26 décembre 2016 à 18h pour envoyer vos réponses. En cas d’égalité, le vainqueur sera tiré au sort. Le nom du vainqueur et les réponses seront annoncés mardi 27 décembre à 13h.

Ha et encore une chose, comme le distributeur est Suisse, ce concours est réservé aux… Suisses. Ben oui. Il vous faudra donc une adresse pour être livré en Suisse.

Bonne chance à tous!

Concours fini. À demain mardi 13h pour les résultats

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Quand Asmodée se lance dans la RSE. Parce que bien sûr

La RSE, c’est ce terme flashy slash tendance qui galope depuis quelques années devant toutes les fontaines à eau et les open offices des entreprises. Découvert sur le site d’Eurazeo, le fond d’investissement qui a racheté Asmodée en 2013, on peut y découvrir une déclaration sur l’initiative RSE d’Asmodée, l’éditeur et distributeur de jeux le plus important de France.rse

Nous avons essayé de contacter le principal intéressé à deux reprises pour en savoir plus sur leur démarche, mais ils n’ont pas daigné vouloir s’expliquer… Dommage.

RSE? Mais qu’est-ce que c’est? Pour en savoir plus, nous avons interrogé Julien Goy, spécialiste et consultant RSE. Nous lui avons soumis cette déclaration pour lui demander son avis d’expert.

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Julien, bonjour, merci de bien avoir voulu répondre à nos questions. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la RSE?

Il y a plusieurs définitions. Si l’on suit la Commission européenne, on peut dire qu’il s’agit de la responsabilité des entreprises pour leurs impacts sur la société. C’est trop simplifier les enjeux, mais je pense qu’une bonne façon d’introduire la RSE à des personnes qui n’en ont jamais entendu parler, c’est de dire que c’est l’intégration des considérations du développement durable aux activités de l’entreprise. On va donc s’intéresser à la performance non seulement financière, mais aussi économique, environnementale et sociale de l’entreprise.

On considère souvent que la RSE consiste à aller plus loin que ce qu’exige la loi, par exemple en matière de protection de l’environnement ou de défense des droits de l’homme, mais tout le monde n’est pas d’accord sur ce point ! Et ce qui peut paraître le minimum légal en matière de droits humains dans une entreprise à Genève peut l’être nettement moins dans une mine de cobalt en République démocratique du Congo.

En tous les cas, la responsabilité d’une entreprise peut se manifester selon diverses formes, notamment selon le secteur d’activité de l’entreprise concernée. Une entreprise pétrolière a de grosses responsabilités en matière d’environnement, alors qu’une entreprise active dans le secteur de la mode aura plus tendance à se soucier de savoir si les employés de ses fournisseurs sont bien traités.

Super intéressant. Et comment réagissez-vous au communiqué d’Asmodée sur leur action RSE? Coup de pub ? Ecran de fumée ? Réel investissement ?

Je pense que l’initiative est louable, en premier lieu. Le texte en dit trop peu pour pouvoir se prononcer sur le réel impact d’une telle mesure : on nous parle de 15 conteneurs acheminés par ferroutage en 2015. Soit, mais combien sont acheminés en tout par année ? Si l’on parle de 20 conteneurs en tout, l’initiative a un vrai impact sur l’empreinte carbone de l’entreprise ; mais si Asmodée fait transiter 1500 conteneurs par an, ces 15 conteneurs ne représentent pas grand-chose d’autre qu’un bon début. Il nous faut donc un pourcentage ! On est aussi en droit d’attendre un objectif, du type « D’ici à 2020, Asmodée vise à faire transiter 100% de ses conteneurs via ferroutage ».

Par ailleurs, si l’on veut bien croire que c’est la chaîne d’approvisionnement qui constitue le principal poste d’émissions de gaz à effet de serre (GES), est-ce que l’émission de GES est – pour reprendre les termes de la Commission européenne – le principal impact d’Asmodée sur la société ? Ne pourrait-on pas imaginer que la déforestation nécessaire pour produire tous les éléments en carton, en bois, en papier des jeux est un vrai enjeu ? Et quid des conditions de travail pour les ouvriers – que l’on espère adultes – chez les fournisseurs ?

C’est malheureusement souvent comme cela – avec une communication incomplète ou floue – que les entreprises se retrouvent accusées de greenwashing, et ne gagnent pas la confiance des clients. Ce qui est compréhensible ! En tant que consommateur, si je ne peux pas évaluer concrètement les engagements d’Asmodée, pourquoi le critère « responsabilité sociale » serait-il déterminant pour moi au moment de faire mes achats ? Le problème est similaire avec des produits dits « commerce équitable », qui sont souvent plus chers que leurs concurrents « classiques » : si je ne sais pas précisément en quoi le produit est équitable, pourquoi paierais-je plus cher ?

En s’aventurant sur le chemin de la responsabilité sociale, Asmodée fait, selon moi, le bon choix. Simplement, l’entreprise doit comprendre qu’une telle initiative mérite d’être mieux présentée, expliquée, mise en contexte et en perspective, afin que l’on puisse vraiment juger de sa pertinence.

Asmodée fait le bon choix? L’initiative est alors louable. Julien, vous êtes également un grand joueur, vous connaissez donc bien le marché du jeu de société. D’un point de vue RSE, comment est-ce que les éditeurs de jeux pourraient en faire plus ?

Je pense que les quelques éléments présentés plus hauts sont un bon point de départ : réduire l’empreinte carbone des jeux, s’assurer que les fournisseurs font travailler leurs employés dans des conditions décentes, ou encore se tourner vers la labellisation des matières premières utilisées – FSC pour le bois, par exemple. Les éditeurs étant pour la plupart occidentaux, la production des jeux pourraient être rendue plus locale, et être réalisée dans des usines en France, en Allemagne, etc. Assurément, cela aurait un impact sur le prix des jeux. Mais peut-être en achèterions-nous moins, ce qui ne serait pas plus mal ! Nous serions incités à vraiment « user » un jeu, en explorer toutes les possibilités, avant d’en acheter un autre. Il ne faut pas oublier que les consommateurs ont eux aussi une responsabilité.

Toutefois, on pourrait aller plus loin et ré-imaginer des business models basés sur des considérations de développement durable. Réfléchissez en tant que joueurs : combien de meeples au total possédez-vous dans votre ludothèque, tous jeux confondus ? Combien de dé à 6 faces ? Les cubes représentant le bois dans Archipelago ne sont-ils pas étrangement similaires à ceux de Robinson Crusoé ? En tant qu’éditeur, on pourrait imaginer une série de jeux différents, mais se jouant avec tout ou partie du même matériel. Si j’ai le jeu X, je peux commander le jeu Y sans telle ou telle composante du jeu, avec un prix adapté en fonction. Ça peut paraître tiré par les cheveux, et difficile à mettre en œuvre, c’est certain. Mais prenez le Fairphone : il est vendu sans chargeur. Autant dire qu’on ne peut pas le faire fonctionner lorsqu’on le reçoit. Le fabricant est parti du principe que l’on a tous chez nous un ou plusieurs chargeurs provenant d’anciens téléphones ; et ça marche, personne ne se plaint de recevoir un Fairphone sans chargeur (et sans écouteurs, d’ailleurs).

De par sa position de plus en plus dominante sur le marché, Asmodée a l’opportunité de redéfinir les règles du jeu (no pun intended) et de montrer l’exemple en matière de responsabilité sociale. J’espère qu’ils vont continuer dans cette voie.

Merci Julien pour toutes vos réponses! Maintenant nous en savons plus grâce à vous! Désolé de vous avoir dérangé pendant votre partie d’Intrigue.

Revenons à nos moutons bio.

Tout ce foin RSE me rappelle notre article sur la production des jeux de société. Chine? Pas Chine? Pas un sujet facile. Si certains éditeurs s’engagent dans ces domaines, Opla, Bioviva, le Scorpion Masqué qui fait planter un arbre pour un jeu acheté, la très grande majorité cherchent encore à réaliser des profits à court terme, sans se soucier de leur impact sur la planète à long terme, et préfèrent donc souvent passer par des fabricants chinois, moins coûteux et plus polluant en terme de transport.

Alors oui, il y a Ludofact par exemple, le fabricant allemand de jeux de société le plus connu sur le marché européen. Mais il faut savoir que Ludofact ne fait principalement que de l’assemblage. Et va également sous-traiter la production de certaines pièces, parfois même en Chine. Donc même si on avance l’argument de produire en Europe, encore faut-il savoir d’où proviennent toutes les pièces, la matière première (bois, carton, papier), les encres. De l’assemblage européen, de la main d’oeuvre principalement européenne, oui, peut-être. Mais le jeu n’est pas garanti d’être entièrement produit « localement ».

Maintenant, comme avec Asmodée, on ne peut qu’espérer que d’autres éditeurs de jeux de société se lancent dans la démarche RSE. Pour réduire notre empreinte carbone chaque fois qu’on achète une boîte. Sinon, on a toujours la possibilité d’en acheter moins, comme le propose Julien. Ça fonctionne aussi.

Et vous, vous sentez-vous concernés par l’impact écologique des jeux de société? Vous êtes-vous déjà imaginé le périple d’une fig pour qu’elle arrive toute pimpante dans votre boîte?

Critique de jeu: Horreur à Arkham le jeu de cartes. Le meilleur JCE?

Horreur à Arkham (HàA) le jeu de cartes évolutif (JCE) est sorti en novembre 2016 chez FFG / Asmodée.

Pour 1 à 2 joueurs, il s’agit d’un jeu de cartes coopératif dans lequel les joueurs incarnent des investigateurs en prise avec le Mythe de Cthulhu inventé par l’écrivain américain HP Lovecraft. Jusque-là rien de bien original.

Des jeux dans le Mythe de Cthulhu, il y en a déjà des palettes chez FFG: jeu de cartes évolutif compétitif, jeux de plateau, jeu de dés. Et j’en oublie certainement.

Et pareil pour les JCE: dans l’univers du Trône de Fer, du Seigneur des Anneaux, de Star Wars, de Warhammer et de Warhammer 40’000. Et j’en oublie certainement.

Alors qu’est-ce qui change dans Horreur à Arkham le JCE?

Tout.

Ou rien.

Facile comme réponse.

Commençons par ce qui ne change PAS

C’est un jeu coopératif. Donc comme dans tous les jeux coopératifs, il y a une phase du « grand méchant virtuel », la phase du Mythe de Cthulhu dans Horreur à Arkham pendant laquelle les joueurs activent la menace. En réalité, il tirent chacun une carte du deck de rencontre dans lequel se baladent féroces ennemis et sombres événements. Puis un jeton « fatalité » qui se rajoute au scénario en cours pour représenter l’avancée inéluctable du temps et du destin funeste des investigateurs.

Et comme dans le JCE du Seigneur des Anneaux, les joueurs sont plongés dans un scénario, un récit composé de plusieurs actes dont le but final est d’arriver à son terme: exploration, fuite, récupération d’un objet, nettoyage du boss final. Tout dépend.

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Tout est dans le titre. Horreur à Arkham le JCE est le portage en jeu de cartes et évolutif du fameux jeu de plateau éponyme sorti en 2006, qui a connu ensuite une version simplifiée (et mondiale) sortie en 2014 intitulée les Contrées de l’Horreur. Donc on retrouve tous les poncifs du genre: apparition d’ennemis, lieux à visiter, indices à récolter. Peu original. Peu de fraîcheur. Surtout en 2016. On a fait le tour.

Même le gameplay est standard et sans grande surprise:

Une phase du Mythe (énoncée plus haut)

Une phase des joueurs, qui disposent chacun de 3 actions:

Se déplacer de lieu en lieu (représentés par des cartes, avec des symboles pour signifier leur adjacence)

Jouer une carte de sa main en payant son coût en ressources

Combattre un ennemi

Engager un ennemi

Piocher une carte de son deck

Prendre une ressource

Faire un jet de TOC enquêter, pour prendre un jeton « Intrigue ». Pareils que dans le JCE SdA et ses jetons « quêtes », ces jetons permettent de progresser dans le scénario.

S’échapper d’un ennemi

Activer un pouvoir spécifique d’une carte

Puis une phase des ennemis, qui attaquent

Puis enfin une phase d’entretien: piocher une carte, relever toutes les cartes utilisées, recevoir une ressource.

Bref, rien de très original.

Alors, Horreur à Arkham le JCE, un jeu sans intérêt?

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Continuons avec TOUT ce qui change

Horreur à Arkham le JCE est peut-être le meilleur JCE sur le marché. Parce qu’extrêmement immersif.

Les textes de mise en situation sont incroyables. Riches, littéraires, angoissants. Ils vous catapultent aussitôt dans l’intrigue. Et kudos pour la traduction française irréprochable réalisée par EDGE, engagé pour le coup par Asmodée, éditeur officiel cette fois (oui, Asmodée retire peu à peu le tapis sous EDGE. Déjà le cas avec Star Wars Rébellion).

Comme vu plus haut, les règles sont extrêmement simples. Le jeu s’explique en 5′. Tout est extrêmement fluide. Streamliné, pour se la raconter pro.

Le système des actions est instinctif et pour une fois sans dé. Non, aucun lancer de dés. On aura beau chercher, aucun dé n’est fourni avec le jeu.

Pour effectuer une action, on oppose la caractéristique de son perso à la difficulté de l’ennemi ou du lieu qu’on va devoir égaliser ou dépasser pour: combattre, échapper, fouiller. Et on va pouvoir jouer des cartes pour augmenter ses chances. Simplissime. Trop? Aucun hasard? Aucun retournement de situation? Aucune tension? Aucune surprise?

Si, quand même.

Juste avant de résoudre l’action, on tire un jeton d’un récipient opaque. Jetons que l’on aura préparés avant la partie, et selon la difficulté choisie: du facile au plus hardcore. Des jetons -1, -4, +1, qui vont changer le total final, même des jetons qui vont présenter des effets spécifiques et bouleversants selon le scénario, sa difficulté et les personnages. Donc oui, beaucoup de rebondissements. Et tant mieux. Alors oui, il y a du hasard. Mais maîtrisé puisqu’on peut quelque peu augmenter ses chances avant le tirage.

Et rien de tel qu’un retournement de situation pour rendre la partie épique et mémorable. On se souviendra plus des échecs retentissants que des réussites flasques. Et l’avantage du système de jetons, au contraire des dés, c’est de pouvoir « individualiser » les scénarios avec les symboles et les proba. Une mécanique captivante et originale!

Et à combien y jouer?

Le jeu peut se pratiquer tout seul ou à deux. Ou comme avec le JCE du SdA, à 3-4 avec une seconde boîte de base. Mais il ne faut pas se leurrer, à 3-4 le jeu devient beaucoup trop lent et perd de son intérêt. Inutile d’investir dans une seconde boîte.

Si vous cherchez un jeu à 3-5 joueurs, également dans le Mythe de Cthulhu, également coopératif, préférez les plateaux (Horreur à Arkham, Les Contrées de l’Horreur, Les Demeures de l’Épouvante en semi-coop).

Alors, Horreur à Arkham, c’est bien?

Oui, vraiment. En tout cas à l’heure actuelle pour sa boîte de base. Pour autant qu’on favorise l’immersion à la technique, l’aventure au gameplay. Horreur à Arkham fait la part belle à l’aspect narratif. Tout ce qui est stat, pouvoirs, tactique et stratégie sont relégués au second plan.

On prend quelques décisions certes, on joue des cartes, des soutiens, du matos, mais au final, ce qui captive dans le jeu, c’est d’être aux prises avec les Grands Anciens, leurs funestes plans et leur cohorte de créatures et de cultistes. Presque du jeu de rôle, mais sous format de cartes et avec évidemment beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de liberté.

On pourrait presque faire un rapprochement entre Horreur à Arkham et Time Stories. Deux jeux de cartes qui mettent en avant le narratif et moins la technique. Les deux reposent également sur un matériel très ramassé: à peine quelques cartes, à peine quelques jetons. Dans ces deux jeux on se sent propulsé dans une péripétie palpitante et éprouvante. Et tant mieux. C’est pour ça qu’on fait du jeu de société, pour vivre des expériences, des émotions. Pas pour réaliser des tableurs Excel afin d’optimiser ses prochains coups. On ne peut être que mi-sidéré, mi-admiratif devant tant d’ingéniosité, qu’avec quelques bouts de papier, de carton, on se laisse ainsi émerveillé.

Mais

Soulevons toutefois un gros point noir du jeu. Le même que l’on a déjà relevé à l’époque avec les Demeures de l’Épouvante première édition (la seconde est en passe de sortir en VF fin 2016. Avec une app assistante. Chouette). La mise en place. Extrêmement fastidieuse.

Pour chaque campagne il faut retrouver certaines cartes spécifiques du deck principal. Et ça prend des plombes. Pareil pour les différentes créatures que l’on va devoir réunir dans le deck de rencontres. Le même souci que dans le JCE SdA. Et ça prend des plombes.

Allergiques à une longue mise en place, passez votre chemin. C’est fastidieux, rébarbatif. On aimerait pouvoir presser un bouton et hop tout est déjà fait. Mais souvent, prendre son temps pour construire le scénario décuple l’anticipation, l’excitation. On appréhende. On redoute. On imagine.

Rédiger une critique d’un jeu évolutif est un exercice périlleux. Creux, même. Vous voudriez lire la critique du tout premier chapitre d’un livre, vous? Ou les dix premières minutes d’un long-métrage?

Soyons lucides, tout l’intérêt d’un JCE repose sur son aspect évolutif. Lapalissade. La boîte de base ne propose qu’une grosse campagne, plusieurs scénarios mis bout à bout. Une fois achevée, la boîte et son achat perdent de leur intérêt. Il faudra donc prévoir d’investir dans les (très nombreux, faut pas se leurrer) futures extensions: nouveaux personnages, nouvelles cartes, nouveaux pouvoirs, mais surtout, nouveaux scénarios.

N’acheter que la boîte de base, oui, pourquoi pas. Mais on en aura très vite fait le tour. Tout l’intérêt du jeu réside dans son évolution. Du jeu, des personnages, des pouvoirs, des ennemis, des aventures. Reste à savoir si vous êtes prêts à vous lancer dans cette nouvelle aventure. Aussi onéreuse que passionnante. Il est temps de prendre rendez-vous avec son banquier ou un bon trafiquant d’organes. D’autant que suite à la récente annonce de l’arrêt brutal de tous les JCE Warhammer (il y en avait 3), dû à la perte de licence avec Gameworkshop, on peut s’attendre à ce que FFG pousse vraiment à fond ceux qu’il leur reste, i.e. SW, SdA, Netrunner, TdF et CoC.

Si le jeu révèle pour l’instant un très bon potentiel, pour son immersion, pour ses règles fluides, pour son matériel, voyons comment le jeu s’inscrira dans la durée.

Va-t-il proposer des scénarios ébouriffants, palpitants, effrayants? Ou juste extrêmement répétitifs à la PMT (=porte-monstre-trésor)? La balle est dans le camp de FFG/Asmodée.

On refait un point dans une année?

Mais encore

Et la boîte? Si vous traînez sur le net, vous pourrez avoir remarqué 2, voire 3 boîtes avec des logos différents. EDGE pas EDGE, Asmodée pas Asmodée. WTF?

Une discussion houleuse a d’ailleurs eu lieu sur le sujet sur Twitter mi-octobre.

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La boîte finale et officielle est celle-ci, avec le logo d’Asmodée à l’arrière (et nulle part mention d’EDGE…).

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Finalement, vous allez me dire, et vous auriez bien raison, ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans la boîte, pas dessus 😉

Et voici une excellent playlist Spotify pour vous immerger encore plus dans l’univers angoissant du Mythe en jouant:

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

Et une toute première extension est déjà annoncée pour janvier 2017, l’Héritage de Dunwich (avec plus d’infos ici). Nous suivrons la gamme de très près.

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Critique de jeu: Râ, nouvelle édition. Le meilleur jeu d’enchères? Presque

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Râ, nouvelle édition, c’est la réédition de ce « vieux » jeu d’enchères créé par Reiner Kinizia sorti en 1999 (avec une petite réédition en 2006).

Cette nouvelle édition est sortie en juin 2016 en VO chez Windrider Games, le nouveau studio de développement américain qui va rééditer des jeux, et en VF chez EDGE en août. Pour 2 à 5 joueurs. Mais à combien y jouer? On vous en parle plus bas.

De quoi Râ parle?

Dans Râ, les joueurs sont plongés dans l’Egypte Antique et doivent développer leur civilisation en construisant (aka achetant) des temples, des bâtiments, des ouvriers, en faisant appel au dieu Ra, le Dieu Soleil.

Bon, autant dire que le thème est… complète collé et inutile. On aurait pu jouer avec des plombiers dans le 5e arrondissement, ou des livreurs de pizzas à Genève.

D’ailleurs, la preuve, le jeu est ressorti en 2004, allégé, sous forme de jeu de cartes. Razzia! En gros, le même jeu, mais avec des mafieux.

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Râ marche comment?

A son tour on a trois possibilités:

  • Lancer une enchères.
  • Piocher une tuile et la mettre à disposition sur le plateau pour la future enchère.
  • Défausser une des ses tuiles Dieu précédemment acquise lors d’une enchère pour acquérir une tuile disponible sur le plateau.

Sachant que:

  • Une fois tous les emplacements pour les tuiles recouverts, une enchère est obligatoirement lancé.
  • Il existe des tuiles spéciales, rouges, Râ, qui une fois piochées lancent automatiquement une enchère.
  • Chaque joueur ne peut remporter que trois enchères. Il ne peut ensuite plus participer et doit attendre la prochaine époque slash manche.

Enchères?

Chaque joueur dispose de trois tuiles numérotées, équitablement distribuées par joueur au début de la partie. Quand une enchère est initiée, c’est celui qui l’a lancée qui enchérit en dernier. Et comme il n’y a qu’un seul tour d’enchère, il a donc un sérieux avantage.

Scoring?

Râ se joue en trois époques, avec trois décomptes: le plus de temples, les rivières scorées si on possède aussi une crue, etc. Et un décompte particulier pour la toute fin de jeu (bâtiments+jeton d’enchères). Certaines tuiles acquises restent toute la partie jusqu’à la fin, d’autres sont défaussées après décompte entre chaque époque.

Une grosse, grosse salade de points de victoire puisqu’on gagne des points de tous les côtés. Avec les bâtiments, mais semblables, avec les ouvriers, mais différents, avec les rivières, avec ci, avec ça.

Au final, le plus compliqué dans le jeu n’est pas de comprendre la mécanique de base mais son scoring, très fouillé. Heureusement que chaque joueur dispose d’une fiche de rappel.

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Le gros, gros changement entre cette édition 2016 et celle de 1999 est bien évidemment son matériel. Car oui, en 17 ans, le souci esthétique et artistique des jeux de société ont changé.

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La version de 2006 (en gros pareille à celle de 1999), comparée à celle de 2016

Tout a été refait pour conférer au jeu une esthétique plus… cohérente, plus EgypteAntique-like, plus parchemin, moins clipart. Jugez plutôt.

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A gauche, la version d’origine, à droite la nouvelle

Et c’est là que le Râ blesse.

Si on gagne en cohérence, en esthétique, avec un filtre « parchemin et couleurs surannées », on perd en lisibilité, en fluidité. Les tuiles bâtiments sont très similaires, et comme on remporte des points pour des bâtiments semblables, on perd beaucoup de temps à tout revérifier. Pareil pour les ouvriers. Peu agréable, le jeu perd en fluidité, en rapidité.

Et je ne vous explique même pas si on joue en condition de faible luminosité, ça devient encore pire!

Ça Râ-le encore?

Oui, ça râle encore. Les règles. Bien écrites, mais extrêmement peu didactiques.

Le tout est rédigé presque au kilomètre, et c’est bien dommage, du coup on perd (aussi) en lisibilité et on peut passer à côté d’un point de règle essentiel.

Si ce nouveau studio Asmodée a comme ambition de rééditer de vieux jeux, en apportant une refonte surtout esthétique, il pourrait aussi faire un effort pour proposer des règles aérées, didactiques, plus claires. Dans Râ ça fait vraiment pâté. Ça fait « débrouillez-vous ». Étrange, pour du Asmodée…

Et à combien y jouer, au fait?

La version d’origine ne permettait que des parties à 3 à 5. Celle de 2016, dès 2 joueurs. Comment est-ce possible? Ils ont en fait adapté l’adaptation de 2004, Razzia, qui peut aussi se jouer à 2.

Et à 2, c’est bien?

Non.

Le jeu est meilleur à 4 ou 5, pour que la tension soit à son comble. Bien que, à 5, ça se discute, car une fois qu’un joueur a remporté trois enchères et grillé ses trois jetons, il ne peut plus rien faire d’autre qu’attendre la fin de l’époque, et ça peut être long. Il peut toujours se taper la vaisselle, en attendant.

Mais finalement, c’est bien?

Oui.

Râ est un excellent jeu d’enchères. Sans doute l’un des meilleurs. Une fois le scoring complexe et sa salade de points de victoire compris, sa mécanique de « stop ou encore » rend le jeu tendu, dans lequel chaque tour, chaque décision s’avère cruciale.

Faut-il lancer une enchère, même s’il y a peu de tuiles dispo? Ou attendre que l’offre s’étoffe, avec le risque qu’un autre joueur en lance une ou qu’une tuile Râ ne sorte? Ou que des tuiles calamités (oui, il y en a!) viennent pourrir l’offre?

Tendu du slip, on vous dit.

Mais vraiment dommage que le matériel de 2016 soit aussi peu ergonomique, aussi peu lisible. Alors oui, il est cohérent, artistique, presque. Mais au final, peu jouable, à force de se prendre la tête à devoir faire des fouilles archéologique minutieuses sur chaque tuile. Avec le risque de jouer « au petit bonheur la chance », et de prendre un peu n’importe quelle tuile sans vraiment savoir ce qu’on achète.

Mais encore

Après un début des années 2010 en demie-teinte, le docteur est à nouveau sur le devant de la scène en 2016: la réédition d’Amun Re, Blue Moon le jeu de cartes (OK, 2015, mais quand même), Samuraï, Schotten-Totten chez IELLO. La boîte de Pandore est ouverte. On peut parier sur de nombreuses rééditions de ses jeux dans un avenir proche. On peut imaginer:

Medici. Un autre chouette jeu d’enchères.

Art Moderne. Encore un autre jeu d’enchères, très très malin. Qui mériterait une refonte graphique.

Le Seigneur des Anneaux, l’un des meilleurs jeux coopératifs. Mais rethématisé. Star Trek, Marvel? Star Wars? Oui, Star Wars!

Et surtout, surtout, surtout Quo Vadis sorti en 1992, l’un des meilleurs jeux d’enfoirés de l’histoire des jeux d’enfoirés! Hideux, jamais traduit, qui mériterait une somptueuse édition moderne.

Vous pouvez trouver Râ en VF chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Star Wars Rébellion. Tu bluffes Leia

Star Wars Rébellion (SWR) est sorti tout début juillet 2016 en VF chez Asmodée (et non pas chez EDGE, pour une fois. Bien que quand même traduit par EDGE…), créé par Corey Konieczka, poulain de l’écurie FFG derrière les blockbusters que sont Forbidden Stars, Imperial Assault (du Descent-like à la sauce Star Wars), Battlestar Galactica, et bien d’autres. Derrière Rébellion on sent bien l’auteur expérimenté, mais surtout l’équipe de développement solide de chez FFG.

Pour 2 à 4 joueurs, d’une durée de 180 à 240 minutes, dès 14 ans. Oui, un très gros jeu.

Thème

C’est Star Wars. III.5, pour être précis. Autrement dit, l’Empire est déjà bien établi dans la Galaxie, et on est train de finir la peinture de l’Etoile de la Mort. Quelques années après l’épisode III, et juste avant le IV. Pendant Rogue One, plus exactement.

Dans SWR, un joueur (ou une équipe, si on joue à plus de 2) contrôle l’Empire, et l’autre la Rébellion. Le but de l’Empire est de découvrir la base rebelle pour l’anéantir, tandis que celui des Rebelles est d’étendre leur influence dans la Galaxie. Histoire de pouvoir compter sur le plus de soutien.

SWR est hyper-thématisé, on se sent vraiment immergé dans la saga!

Matériel

Comme d’habitude avec FFG, les figurines du jeu et les illustrations sont somptueuses!

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Si le jeu est (plutôt?) cher, comptez quand même une centaine d’euros, c’est parce que la grosse grosse boîte est bourrée de matos: fig, cartes, plateau, compteurs, etc. Rapport poids-prix, on en a pour son argent.

Et on joue comment?

A son tour, on commence par placer un de ses personnages sur une carte mission que l’on choisit de poser face cachée et que l’on désire activer plus tard. C’est la phase d’affectation, un mélange entre programmation et objectif secret.

Vient ensuite la phase d’ordres, dans laquelle on déplace ses unités sur la plateau et on révèle ses missions. Sachant que les missions de son adversaires peuvent être contrées.

Puis arrive enfin le tour de restauration, dans laquelle on pioche de nouvelles cartes, on récupère ses personnages et on déploie ses troupes. Donc trois phases. Simple.

Comme toujours avec FFG, on a droit à un gros jeu avec des règles épaisses, mais le tout est plus léger qu’il n’en a l’air. C’est la très très grande force de FFG. Proposer des gros jeux complexes aux règles fluides.

Qui dit Star, dit aussi Wars

Oui, il y aura de la baston, forcément. Des combats spatiaux et des combats terrestres. Et oui, le tout est géré par des dés, forcément. Et oui, on pourra influer sur ses tirages, forcément.

On lance autant de dés que ses unités présentes, et les cartes tactiques peuvent impacter sur le combat en cours, soit augmenter soit réduire les dégâts. Simple. Habituel.

Alors, c’est bien?

A 2, c’est tout simplement l’un des meilleurs jeux à 2 actuels (avec 7 Wonders Duel et le Go). A 4, c’est plutôt moyen, parce qu’on perd beaucoup de temps à discuter, et le bluff devient beaucoup plus difficile à gérer.

Du… bluff?

Oui.

Star Wars Rébellion est un gros jeu de bluff. Surtout pour les Rebelles. Ils perdent automatiquement la partie quand l’Empire a découvert, et conquis la base rebelle. Ils doivent donc tout faire pour cacher leur base, choisie en secret en tout début de partie. Sachant que leurs unités déployées en cours de partie risquent de donner de précieuses informations. Oui, comme dans l’épisode V.

Un jeu asymétrique, donc. Pour les Rebelles, il va falloir étendre leur influence sur la plateau en jouant au jeu du chat et la souris avec l’Empire. Et pour l’Empire, réduire l’influence des Rebelles tout en découvrant leur base secrète. Les Rebelles sont plus fragiles, mais plus mobiles. L’Empire, plus puissant mais aussi plus pataud. Le fait que le jeu propose deux factions au jeu complètement différent permettra d’essayer plusieurs tactiques et d’inverser les rôles.

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Alors oui, Star Wars n’en a pas fini de voir des produits ludiques dérivés: le jeu de figurines (X-Wing, Armada), le jeu de plateau d’exploration (Imperial Assault), le jeu de rôle (dont le tout nouveau, The Force Awakens, vient juste d’être annoncé),

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le jeu de cartes (JCE) et enfin, le jeu de dés à collectionner (Destiny, pour novembre 2016, qui vient également d’être annoncé à la Gen Con, une sorte de Quarriors, mais avec des boosters à la Magic). Avec Rébellion, on a ici un jeu de plateau à grande échelle de stratégie, de missions et de conquêtes spatiales.

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Oui, décidément,  Star Wars entretient une véritable histoire d’amour avec le jeu de société. Et c’est tout à fait compréhensible, puisque le jeu permet l’immersion, l’imagination, la collaboration, et l’univers fantastique de Star Wars est tout à fait approprié!

Star Wars Rébellion plonge véritablement les joueurs dans la saga. Avec les personnages importants, les missions à mener, les unités à déplacer. Plus qu’un jeu, SWR est une machine à rêver, à rêver d’être dans la peau d’un général impérial ou d’un fougueux rebelle. Faut-il être un fan inconditionnel de la saga pour y jouer? Non, pas forcément, mais c’est mieux, pour avoir vraiment l’impression de passer de l’autre côté de l’écran.

Maintenant, soyons honnêtes, Star Wars Rébellion est un gros, gros jeu. Lapalissade. Pas forcément compliqué, mais riche, profond, long. Très. Long. Les joueurs passionnés prêts à s’investir dans un jeu exigeant de plus de deux heures auront énormément de plaisir. Les joueurs qui cherchent un jeu plus léger, plus rapide, s’intéresseront à un autre.

Alors que la dégeekisation des jeux de plateau est en cours, pour taper de plus en plus dans le Familial+, FFG continue de sortir des jeux profonds, exigeants, geeks. Et tant mieux.

Vous pouvez trouver SWR chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Chez Ludibay,

Et chez Helvetia Games Shop en Suisse.

Et comme Rébellion parle de bluff, on vous laisse entre de bonnes mains:

Time Stories. Les Space Cowboys seraient-ils en train de tuer la poule aux œufs d’or?

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C’était en 2012 quand nous avons entendu parler pour la toute première fois de Time Stories. Un jeu ébouriffant qui allait sortir chez l’éditeur suisse Gameworks. Un jeu de decksploring, de voyage dans le temps, narratif, immersif, innovant. Toute la toile s’est alors enflammée!

Il aura encore fallu attendre trois ans pour que le jeu sorte enfin en septembre 2015, passé en main des Space Cowboys / Asmodée.

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La toute première couv de 2012

A sa sortie, le jeu n’a pas déçu. Un gros, gros succès, malgré le format étrange de ce jeu à usage unique. Puisqu’une fois le scénario fini, on est obligé d’en acheter un autre. Un jeu à obsolescence programmée et assumée. Une véritable aventure à vivre à plusieurs. Clairement l’un des meilleurs jeux de 2015. Mais neuf mois après sa sortie, quelles conclusions en tirer? Le constat est plutôt accablant.

Scénarios

Qui dit jeu à usage unique, dit forcément scénarios additionnels. Depuis la sortie du jeu de base et son excellentissime scénario de départ, Asylum, trois autres scénarios sont sortis depuis à raison d’un tous les trois mois: Marcy Case (USA, policier dans les années 90), La Prophétie des Dragons (méd-fan) et Sous le Masque (Egypte Antique).

C’était en tout cas le projet des Space Cowboys, en sortir régulièrement pour alimenter le jeu.

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Le tout prochain, Expédition: Endurance (un The Thing-like / Les Montagnes Hallucinées en 1914), était prévu pour juin 2016. Il connaîtra finalement du retard, 1d4+1 mois, pour une sortie en automne.

L’une des grandes difficultés des scénarios étant les illustrations à réaliser, toutes uniques, pour un deck de 110 cartes.

Oui mais

Oui mais voilà. C’est bien beau d’avoir un jeu extrêmement original, au superbe matériel, mais les scénarios, eux, se doivent d’offrir une certaine qualité. Au risque de décevoir. Car tout l’intérêt de Time Stories réside dans ses aventures.

Alors oui, il y a un petit retard de quelques mois pour le prochain scénario, Endurance. Pas si grave finalement, puisqu’on a déjà de quoi faire avec les quatre épopées déjà publiées (Asylum +3).

Mais malheureusement, pour l’instant, la qualité des scénarios additionnels laisse à désirer.

Pour plusieurs raisons:

La qualité littéraire. On voit bien que ce sont des gamedesigners qui ont écrit les scénarios. Et non de véritables auteurs littéraires. Certes, une grande attention a été portée sur les mécanismes et les illustrations. Mais le texte, lui, déçoit, bien souvent plat, facile, pauvre et creux, sans saveur ni recherche.

Et c’est bien dommage, pour un jeu qui propose une véritable expérience narrative et immersive.


La linéarité. Les deux derniers scénarios, Dragons et Masque, sont extrêmement linéaires. Et c’est très dommage, car au final, on perd en pouvoir décisionnel, en liberté. En un mot, en plaisir.

On a plus l’impression de subir le jeu que de le contrôler. A quand un scénario bac-à-sable slash monde ouvert?

En anglais on appelle ça « agency », le pouvoir de prendre des décisions. Un élément crucial en gamedesign.


L’arbitraire. Dans la plupart des scénarios additionnels on tombe sur une mauvaise option sans savoir pourquoi. Cette option fait perdre le run et oblige les joueurs à rejouer en l’évitant. Alors certes, l’exploration et la frustration font partie du jeu.

Oui mais. Si aucun élément ne prépare ou ne prévient les joueurs, on tombe vraiment dans l’arbitraire. Au risque de décevoir. Le cas des deux derniers scénarios, encore une fois.

On se souvient tous de nos parties épiques du Manoir de l’Enfer, ce Livre dont vous êtes le Héros paru en 1985 qui vous tuait pour rien, comme ça, pouf, au détour d’un couloir, d’une pièce ouverte. Parce que.

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Le hasard. Bien trop souvent un run se joue sur des lancers de dés. Un mauvais tirage? On doit alors recommencer tout le scénario. Alors oui, le hasard fait partie de la vie, il faut savoir le gérer. Mais, payer 20 euros et devoir re-re-jouer un scénario juste à cause d’un lancer raté n’a rien de passionnant.

Je connais des groupes de joueurs qui ne lancent même plus les dés dans Time Stories, qui jugent l’action à chaque fois réussie. Ou d’autres qui considèrent que chaque dé compte automatiquement comme deux réussites, la moyenne.

Quand les joueurs doivent s’amuser à tricher aux dés ou à inventer de nouvelles règles pour accommoder les tirages, c’est révélateur d’un certain malaise.

Alors, comment s’en sortir?

Auteurs. Les Space Cowboys pourraient demander à de véritables auteurs littéraires de se lancer dans la création de scénarios, assistés par un développeur et un gamedesigner.

Imaginez un polar écrit par Maxime Chattam. Ou de la Fantasy urbaine par Fabien Clavel (Nephilim). Ou Jean-Philippe Jaworski (Gagner la Guerre) pour de la Fantasy médiévale. Tous trois joueurs de jeux de rôle, des auteurs confirmés et emblématiques.

Ou, pourquoi pas, oser de la SF avec les frères Bogdanoff? Et je reste dans le milieu des auteurs français. On pourrait aussi essayer de demander à des auteurs anglo-saxons de se lancer: Stephen King, Robert Kirkman, Alan Moore, JK Rowling…

Penser out-of-the-box.

Le cas récent de l’auteur américain Chuck Palahniuk qui vient juste de finir Fight Club 2. Mais sous forme de roman graphique. Out-of-the-box.

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Vous vous imaginez la plus-value d’un scénario écrit par un véritable auteur? Avec, pourquoi pas, une distribution dans les librairies?

Car Time Stories est plus qu’un jeu, il est un pont entre expérience ludique et littéraire.


Qualité VS quantité. Plutôt que de se tenir à un scénario tous les trois mois, parfois bâclé ou peu convaincant, avec le risque de décevoir les joueurs, pourquoi ne pas prendre son temps et en publier deux, voire qu’un seul par année?

Personnellement, je serais prêt à attendre, surtout si c’est pour un scénario inouï.


Impliquer la communauté. La communauté de joueurs est grande, forte et passionnée. Parmi tous ces joueurs il y en a forcément certains qui présentent de solides compétences en création ludique et littéraire.

Les Space Cowboys pourraient lancer un concours annuel de création de scénarios. Suivis ensuite par un développeur et un gamedesigner, ces scénarios pourraient être alors publiés. A l’instar de ce que fait déjà Ystari et son Sherlock Holmes Détective Conseil (avec les Masques Africains de Stéphane Anquetil, ou L’Homme sans Visage de Cédric Lapouge).

Un tel concours serait chronophage pour l’éditeur, mais la communauté de joueurs recèle de véritables talents, avec l’effet d’appropriation et de production que cela générerait.

Alors oui, les Space Cowboys ont déjà mis un designer’s kit à disposition des auteurs en herbe sur leur site. Louable initiative. Mais un concours avec des contraintes spécifiques, comme une échéance, un thème, un twist, pourrait galvaniser la communauté. Limits are the artist’s best friends.

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Conclusion

Si les Space Cowboys veulent offrir à leur jeu une certaine longévité et s’assurer de solides ventes, une attention toute particulière devrait être portée au cœur-même du jeu, à savoir les scénarios.

Car après ces 2-3 précédents scénarios décevants, les Space Cowboys risquent bien de tuer leur poule aux œufs d’or.

Et vous, quelles propositions auriez-vous pour « sauver » Time Stories?

Asmodée lance une toute nouvelle gamme de jeux de société pour… chats

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Après Windrider Games, le nouveau studio de développement américain de jeux de société, Asmodée vient également d’annoncer le lancement d’une toute nouvelle gamme de jeux de société destinée aux animaux domestiques.

En partenariat avec la marque de nourriture pour chats Whiskas, le studio s’appellera WhiskAsmodée.

De nombreux jeux connus seront ainsi adaptés pour nos amis à quatre pattes. On pourra les acheter directement dans des magasins pour animaux, chez les vétos et il y en aura également en cadeau-surprise dans les paquets de croquettes. Et tant mieux. Les chats aussi, après tout, ont droit à jouer à des jeux de société:

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Le totem étant composé en pâté de saumon bio. Car oui, les chats sont fan de poisson.

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Les Aventuriers du Miaou

Une version du fameux jeu de plateau dans lequel les wagons ont été remplacés par des souris en mi-peluche mi-croquettes.

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Une version de Pokemon, mais qu’avec des chats: Moustachillon, Ronrontank, Catachu, ou encore Vomipuce. Un jeu qui va très certainement rencontrer un vif succès auprès de la communauté féline.

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Et vous, avez-vous entendu parler d’autres jeux qui allaient être adaptés pour les chats?

Asmodée lance un tout nouveau studio de développement. Et ce qu’il faut en retenir

Windrider Games. Ca s’appelle Windrider Games (et ça fait très Sioux comme nom quand même).

Windrider est le tout nouveau studio de développement créé il y a quelques semaines par Asmodée US, et dirigé par Steven Kimball, un des membres de FFG (qui appartient également à Asmodée, au cas où vous venez à peine de débarquer sur notre planète. N’oubliez pas les vaccins).

Pour l’instant, Windrider a annoncé trois titres, que des remakes rebootés remakés repimpés recyclés.

Ra, le fameux jeu d’enchères de Knizia dans l’Egypte Antique:

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Samurai, le fameux jeu de contrôle de territoire de Knizia dans le Japon médiéval

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Et enfin Tigre et Euphrates, le fameux jeu de tuile et contrôle de territoire de Knizia dans le Moyen-Orient antique.

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Ce qu’il faut retenir de tout cela:

  1. Que j’ai utilisé cinq fois le mot « fameux » dans cet article.
  2. Les deux derniers titres sont déjà sortis chez FFG en 2015. Mais du coup ils repassent chez Windrider Games (FFG préfère visiblement la licence Star Wars à des trucs antiques. Dans tous les sens du terme).
  3. Il faut croire que les (vieux) jeux de Knizia ont encore des beaux jours devant eux.
  4. Asmodée continue sa progression nord-américaine. Après tout, le marché y est beaucoup plus important et largement moins saturé que notre belle vieille Europe.
  5. Les vieux pots. La soupe. Tout ça. Pour l’instant. Car Windrider annonce quand même vouloir des trucs tous beaux tous neufs tous rutilants. On en reparle dans quelques années?
  6. Asmodée veut décidément convertir nos amis transatlantiques à ce qu’on a de « meilleur », de plus fameux et de plus Eurotrash de ce côté-ci de la mare. A quand une version Windridérisée de SuperGang ou de la Bonne Paie?

Le studio Windrider sur le site d’Asmodée US, c’est ici.

Critique de jeu express : Fruit Salad

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Ce jeu nous a été envoyé par le distributeur pour test et critique sur notre site.

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Fruit Salad est sorti en novembre 2015, créé par Chris Boelinger (Archipelago), édité par Ludically et distribué par Asmodée en France. Un jeu pour 2 à 6 joueurs, d’une durée de 15 minutes, dès 6 ans, dans le même format de boîte que Dobble ou Boost!

Fruit Salad, c’est un doux mélange fruité entre Mamma Mia ! d’Uwe Rosenberg, sorti en 2002, et Jungle Speed.

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A son tour un joueur pose une carte sur le tas commun, carte qui va être recouverte par celles des autres joueurs.

Le but est d’être le premier à taper sur le tas de cartes quand un nombre minimum de fruits correspondants aux deux dés est sorti. Un dé indique le nombre minimum requis, l’autre le type de fruit.

Et si on se trompe? On ramasse tout le tas. Et si on a juste? On gagne une carte pour symboliser le point de victoire et on redistribue le tas central comme on veut aux autres joueurs. Méchant.

Deux conditions de victoire : être le premier joueur à se défausser de toutes ses cartes, ou totaliser quatre points de victoire.

Vous l’aurez compris, il va falloir faire preuve de rapidité, d’observation et de mémoire. Une belle gymnastique mentale.

Rapidité pour être le premier à taper sur le tas.

Observation pour bien voir les différents fruits.

Mémoire pour se souvenir des fruits sortis et de leur total respectif.

Rajoutez en plus une petite figure présente sur certaines cartes qui demande de relancer les dés. Et qui change la donne. Et qui sème la zizanie dans son cerveau dans sa tête.

Bref, un excellent petit jeu d’ambiance ultra-fun qui tombe à pic pour les fêtes de Noël, à sortir à la table justement avant la vraie salade de fruits. Ou pour se chauffer les neurones avant un gros jeu.

Pour l’avoir découvert à Essen en compagnie de Chris son auteur, je peux vous assurer que j’ai beaucoup apprécié. Un jeu fun, léger, sans prétention mais efficace, qui plaira à n’en pas douter aux familles et aux enfants. Plus délire d’y jouer à 4-6 joueurs qu’à 2-3. Un gros succès assuré en cette fin d’année morose.

Petite astuce: pour jouer avec les plus petits, 6-8 ans, vous pouvez toujours décider d’omettre la figure qui fait relancer les dés, et si le tas a été correctement tapé, pour éviter les drames, partagez le tas équitablement entre les autres joueurs.

Vous pouvez trouver Fruit Salad chez Philibert,

chez Ludibay,

chez Ludikbazar,

et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Voici une vidéo d’explication tournée à Essen 2015 en compagnie de l’auteur lui-même.

Un jour, une extension. Aujourd’hui, Ticket to Ride UK

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Je vais être honnête avec vous. J’adore les extensions. Une extension qui sort pour un jeu que je possède attise toujours ma curiosité, et je finis souvent par en faire l’acquisition. Parce que.

Essen 2015 a non seulement lâché quantité de nouveaux jeux dans la nature, mais également moult extensions pour des jeux déjà existants.

Kemet Ta-Seti, avec un nouveau peuple pour Kemet, chez Matagot. Nouvelles cartes pour les Aventuriers du Rail, chez Days of Wonder. German Railroads, une grosse extension pour Russian Railroads, chez Filosofia. Chevaux et Diligence, pour Colt Express chez Ludonaute. Stallion Canyon, des chevaux (et un canyon) pour Flick’em Up chez Filosofia. Etc etc etc.

Mais qu’est-ce qui pousse les éditeurs à sortir des extensions? L’envie de donner un second souffle à un jeu, par exemple, pour lui prolonger sa durée de vie. Mais également pour proposer de nouvelles manières de jouer, parfois plus fun, souvent plus riches ou complexes. Et surfer sur un succès, comme le témoignent les extensions pléthoriques pour Carcassonne, Pandémie, 7 Wonders…

Cette semaine sur Gus&Co nous vous proposons une opération spéciale. Nous vous présenterons chaque jour une nouvelle extension. Pour vous dire si elle vaut vraiment la peine, ou pas.

Et nous commençons aujourd’hui avec le cinquième volet de la Map Collection pour les Aventuriers du Rail chez Days of Wonder, avec le Royaume-Uni et la Pennsylvanie.

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Dans cette extension sortie pour Essen 2015 nous trouvons :

Un plateau double face, l’une avec la carte du Royaume-Uni, l’autre avec la Pennsylvanie, un Etat sur la côte est des US. De nouvelles cartes: wagons, destinations, technologies, actions.

Puisqu’il n’y a pas de figurines wagons dans cette extension, pour y jouer il est nécessaire de posséder le jeu de base ou la version Europe.

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Qu’y a-t-il de différent avec cette extension? Un simple nouveau plateau?

Non. Pas seulement.

Royaume-Uni

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Cette extension ne se joue que de 2 à 4 joueurs, et pas jusqu’à 5.

Non seulement cette extension propose une nouvelle carte avec l’Angleterre, l’Irlande, l’Ecosse et le Pays de Galles et des connexions avec la France et les US, mais elle introduit aussi les technologies.

Au tout début de la partie, sans aucune technologie, les joueurs ne peuvent compléter que des connexions à un ou deux espaces, pas plus, et uniquement en Angleterre.

Au début de son tour, avant de faire son action, un joueur peut acheter une et une seule carte technologie en dépensant le nombre de locomotives requis par la technologie. Avec la possibilité de défausser quatre cartes semblables pour remplacer une loco.

Et à quoi servent ces technologies?ttr-tech

De pouvoir se développer et désormais prendre des routes plus longues, relier certaines régions spécifiques ou encore scorer des points supplémentaires.

Pennsylvanie

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Au contraire du Royaume-Uni, ce plateau peut se jouer jusqu’à 5 joueurs. Et à 2 joueurs, on utilise une règle de joueur neutre / virtuel.

Chaque fois qu’un joueur pose une route, il prend la carte Action correspondante. A la fin du jeu, les majorités sont scorées par action.

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Sorti en 2004, Ticket to Ride est un blockbuster indéniable, un poids lourd ludique, la locomotive de l’éditeur vendue à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. Depuis sa sortie il y a aujourd’hui plus de dix ans, le jeu n’a cessé de nous proposer des extensions plus ou moins nécessaires et intéressantes: une version Europe (excellente), un plateau Suisse (excellentissime, le meilleur de la gamme. Et je ne dis pas ça parce que je suis chauvin), des nouvelles cartes destinations (peu inspirées), une version dé (calamiteuse), même une version über-geek WTF avec Alvin & Dexter, un Godzilla et un alien. Moi j’attends toujours ma descente de lit et mon PQ Les Aventuriers du Rail ainsi qu’un crossover Small World-Aventuriers du Rail.

Bref.

Alors, UK et Pennsylvanie, une extension « nécessaire »?

Oui.

Surtout pour le Royaume-Uni.

Si les Aventuriers du Rail était à la base un jeu extrêmement tactique et opportuniste, une couche stratégique a été rajoutée avec cette extension et l’introduction des technologies.

Soyons clairs, ce dinosaure ludique y perd en simplicité et en fluidité, car on doit à présent soupeser chaque achat de carte technologie, mais il devient à présent jouissif de voir son réseau et sa puissance se développer. Il est indiqué dès 8 ans sur la boîte, mais faut pas pousser grand-mère dans les orties non plus, avec Royaume-Uni le jeu devient plus exigeant. Pour notre plus grand plaisir.

La partie Pennsylvanie n’est pas extraordinaire, elle apporte un petit plus avec les majorités et renforce la mécanique de course. On y jouera 2-3 fois, sans plus, d’autant que les routes sont longues et que le jeu perd en nervosité. Une extension plutôt moyenne.

Pour conclure, ce cinquième volume est clairement destiné à un public de joueurs « avertis » et moins « noob » que la version de base. Cette extension propose une expérience de jeu plus approfondie, plus complexe et exigeante. Pour notre plus grand plaisir.

Si je devais conseiller uniquement deux extensions pour Les Aventuriers du Rail, je choisirais la carte Suisse pour 2-3 joueurs, extrêmement tendue, et le Royaume-Uni pour son aspect plus « gamer ». Pour notre plus grand plaisir.

A demain pour une autre extension. Pour rester dans le thème ferroviaire, nous vous parlerons de la toute nouvelle extension German Railroads pour Russian Railroads.

Vous pouvez trouver l’extension Ticket to Ride UK chez Philibert,

chez Ludibay,

chez Ludikbazar,

et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Grosses soldes Asmodée

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Loin de moi l’envie de vous pousser à la consommation, mais ce soir dimanche à 19h sur le site de Vente Privée il y aura des jeux Asmodée à la vente, et soldés.

Je ne sais évidemment pas encore lesquels, mais peut-être y trouverez-vous votre bonheur. Surtout hyper pratique pour des cadeaux de Noël.

Voilà, c’était un article ultra-court. Pardon.

Rendez-vous demain 13h pour la critique en profondeur de la nouvelle édition de Through the Ages.

Asmodée reprend Millenium. Et maintenant?

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Je me souviens de ce début de soirée du lundi 17 novembre 2014. Je sortais de table avec la famille et m’apprêtais à faire prendre le bain au petit. Une soirée des plus cozy et routinières.

Quand soudain nous apprenions qu’Asmodée venait de racheter le colosse ludique américain FFG.

Une nouvelle juste incroyable. Un véritable séisme qui secoua le monde et le marché du jeu. Personne ne s’y attendait. FFG, le plus gros éditeur de jeux américain. L’un des acteurs les plus importants de la scène ludique. Racheté. Par des Français.

On est bien loin des origines d’Asmodée des années Siroz dans les années 80, et du dépôt de bilan en 1989. Asmodée a su s’élever au rang international d’acteur financier majeur.

Et quid de Edge?

Éditeur toulousain, mais également espagnol, il assure toutes les trad VF des jeux FFG. VF. Comme dans « en français dans la France ».

Du coup, la question que tout le monde se posa suite au rachat de FFG était de savoir ce qu’il allait se passer avec Edge. Aussi racheté par Asmodée, ou pas? Depuis, aucune information n’a filtré à ce sujet. Secret d’Etat. Ou… de polichinelle?

Jusqu’à ce message sybillin paru ce vendredi 14 août sur le forum du jeu de cartes Le Trône de Fer:

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Un message envoyé par Edge. On y apprend qu’Asmodée reprend les activités principales de Millenium, c’est-à-dire la distribution de jeux de société. Mais pas de jeux rôle.

Nous avons mené notre enquête auprès de quelques éditeurs, cette info était en fait connue du milieu pro depuis plusieurs mois, sans qu’ils n’aient toutefois le droit de la révéler. Avant cette annonce sur le forum, le grand public n’en était pas informé.

Mais de quoi parle-t-on exactement?

Millenium, quid?

Edge, en plus de réaliser des trad, a également lancé sa propre boîte de distrib. Millenium, donc. Dès le 1er septembre 2015 c’est Asmodée qui en reprend désormais les rênes.

Enfin, pour être plus précis, qui en récupère les contrats de distribution.

Millenium distribuait beaucoup d’éditeurs, dont certains… devenus Asmodée entre temps, Pearl Games et Ystari.

Une situation ubuesque qu’Asmodée se devait de corriger. Dès le 1er septembre ça sera chose faite.

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Tous les titres distribués par Millenium. Par Asmodée dorénavant (sauf jdr)

Mais au fond, c’est quoi un distributeur?

L’éditeur lance la production d’un jeu, que le distributeur achète pour le revendre ensuite aux magasins avec une marge d’environ 30-35%. Magasin qui rachètera le jeu au distributeur pour le revendre au final avec une marge approximative de 50%.

Et donc?

Deux possibilités.

Soit Asmodée a juste racheté Millenium, pour s’octroyer les contrats de distrib, et ainsi augmenter catalogue et capital, soit ils ont directement racheté la « maison-mère », i.e. Edge. Ce qui est beaucoup plus probable. Surtout avec les jeux FFG, édités par Edge et devenus depuis Asmodée, pour clarifier et simplifier le tout.

D’autant qu’on a de la peine à imaginer un business-model logique et cohérent dans lequel : FFG (Asmodée) produit des jeux, traduits ensuite par Edge, indépendant, et à présent distribués par Asmodée (ex-Millenium). Vous voyez le souci.

Mais inutile de se perdre en conjectures. Le rachat a peut-être déjà été effectué, mais Asmodée ne préfère pas (encore) communiquer dessus.

Après tout, si Marabunta n’avait pas lâché le morceau par inadvertance sur Pearl Games, personne n’aurait été au courant du rachat des Belges.

Asmodée est très très fort en communication. Pour communiquer sur ses jeux, et pour attendre le meilleur moment pour communiquer sur ses stratégies financières.

Et pour les joueurs français, qu’est-ce ça va changer?

Pas grand-chose. C’est plutôt une bonne nouvelle en fait, car le géant de distribution qu’est Asmodée va certainement parvenir à mieux écouler les jeux Edge, Ystari, Pearl Games et autres. Encore une fois, sauf les jeux de rôle, qui restent dans le giron Millenium. Et les jeux FFG continueront d’être bien traduits par Edge, devenus Asmodée, ou pas.

Et pour nous, joueurs suisses, qu’est-ce ça va changer?

Il y a quelques temps nous avions dressé le portrait du marché du jeu en suisse. Depuis, la situation a beaucoup évolué et s’est détendue. HG Distribution, la division distribution de l’éditeur Helvetia Games, oui, comme Millenium et Edge, a récupéré plusieurs contrats lucratifs: Sans Détour, BBE, Matagot, Edge. Oui, Edge.

Mais comme Edge deviendrait maintenant Asmodée, et qu’Asmodée est distribué en Suisse par Delirium et non pas par HG Distribution, les cartes pourraient être brassées. A moins bien sûr que Edge / Asmodée ait signé un contrat d’exclusivité avec HG, bypassant Delirium. Un sac de nœud. Qui n’intéresse au final que les professionnels.

Car suite à l’annonce d’Edge, pour peu que la situation impacte le marché suisse, c’est à l’avantage des joueurs, avec une distribution améliorée. En quelques mois, HG Distribution est devenu un robuste poids lourd de la distribution des jeux de société en Suisse.

Au final, que faut-il en penser?

Rappelons qu’Asmodée appartient à Eurazeo depuis début 2014, un fond de placement international. Asmodée est donc astreint à faire du chiffre. Donc à croître pour développer son capital et à investir dans des activités profitables. Ce qu’ils n’ont cessé de faire: Ystari, Pearl Games, Asterion, Space Cowboys, FFG, implantations à l’international (Chine en 2013, Allemagne en 2007, Etats-Unis en 2007), rachat potentiel d’Edge.

Alors, au final, que faut-il penser de cette reprise de Millenium? Perso, j’en suis ravi.

Asmodée fait un excellent travail et soutient des petites structures, Pearl Games, Ystari, en leur permettant de faire ce qu’elles aiment. Et elles le font bien. Grâce à Asmodée, Ystari et Pearl Games ont les coudées franches et un soutien financier pour lancer des jeux originaux, différents, passionnants, très geek-oriented / core-gamers. Un marché de niche qu’Asmodée est prêt à défendre. Ces éditeurs sont presque devenus des studios quasi-indépendants. Attention à ne pas confondre avec les statuts de Libellud ou Gameworks, qui eux sont « juste » des studios de développement soutenus par Asmodée, sans avoir été rachetés.

En fait, cette annonce de reprise de Millenium par Asmodée fait l’effet d’un gros bouleversement. Mais pas du tout en vérité. Même si Edge a été racheté par Asmodée, ça ne change pas grand-chose pour nous, joueurs. Mais ça change beaucoup pour le milieu pro.

Si en tant que joueur je suis comblé par ce changement, je me mets deux secondes à la place des autres éditeurs français qui gèrent eux aussi en même temps une société de distribution: Gigamic, Blue Orange, Iello ou Morning Players. Les mois se suivent et se ressemblent, avec Asmodée qui ne cesse de prendre de l’ampleur au niveau national ET international. La situation devient de plus en plus tendue pour ces « petits » éditeurs et distributeurs, qui voient la concurrence grandir et grandir et grandir au point peut-être de les étouffer.

Car Asmodée est devenu un véritable « rouleau-compresseur » dans le marché de la distribution. Et qui dit distribution, dit boutiques. Combien de jeux distribués par Asmodée trouve-t-on à la vente sur les étagères? Quel est le rapport Asmodée-autres? Une question intéressante qui mériterait des chiffres détaillés.

Après cette reprise de Millenium par Asmodée, on peut imaginer 3 possibilités de réaction pour les autres éditeurs:

  1. Business as usual. Ne rien faire. Ne pas réagir. Continuer à éditer et à se faire distribuer par un autre distributeur. Et prendre le risque de perdre de plus en plus de parts de marché au profit d’Asmodée.
  2. Changer de distributeur, pour rejoindre l’écurie Asmodée. Pour peut-être mieux se faire distribuer. J’ai dit « peut-être », j’y reviendrai plus tard.
  3. Grossir, également comme Asmodée, en lançant des associations / fusions / rachats avec d’autres « indépendants », pour être suffisamment grand et fort pour faire face à Asmodée.

Bref, on assiste à une polarisation du marché. De très grands groupes, Hasbro, Mattel, Asmodée, qui font face à de plus petites structures, Z-Man, Days of Wonder, Plaid Hat Games, Pearl Games, qui finiront bien par se faire racheter. Z-Man par Filo en 2011, DoW en 2014, Plaid Hat par Filo en 2015, Pearl Games par Asmodée en 2014, Asterion en 2015.

Ou pas, dans le cas de certains éditeurs qui choisissent de résister et de garder leur indépendance créative et financière. Le cas de Libellud, Filosofia, MoonsterGames, Funforge, Hurrican Editions ou Ludonaute. Pour l’instant. Car on peut s’imaginer qu’Asmodée se soit déjà approché d’eux pour leur faire une proposition. Combien de temps vont-ils résister aux sirènes de la finance?

Ca fait pas un peu trop là?

Qu’Asmodée reprenne la distribution de Millenium, c’est bien pour nous, joueurs, mais moins bien pour l’écurie Asmodée.

Vous vous souvenez du nouveau modèle économique qu’Asmodée avait lancé en été 2014? Proposer à des boutiques un dépôt-vente. Une maniclette habituelle pour le marché du livre, pas pour celui du jeu. Mais ce dépôt-vente ne concernait que deux jeux: Minivilles chez MoonsterGames et Splendor chez Space Cowboys (Asmodée).

Puisque les boutiques ne prenaient aucun risque à en commander 200’000 chez Asmodée, pour au pire leur rendre les invendus, les deux jeux ont alors connu un boost incroyable. Presqu’artificiel, soutenu par ce nouveau modèle. Tandis que les autres poulains de l’écurie Asmodée pouvaient entre temps se gratter.

Asmodée distribue aujourd’hui en France environ 40 éditeurs. A compter du 1er septembre, avec Millenium uniquement pour les jeux de société, Asmodée passe à présent à plus de 50, dont de grosses « locomotives » tel que FFG en VF ou Cool Mini or Not, la success-story de Kickstarter. 50 éditeurs distribués, une très très grosse part des éditeurs francophones.

Enfin, quand je dis 50, c’est si tous les éditeurs précédemment distribués par Millenium / Edge restent sur le navire. Parce que j’imagine assez certains éditeurs préférer rejoindre « d’autres rivages » et quitter Millenium / Asmodée pour rejoindre un autre distributeur… Auraient-ils d’ailleurs tort de le faire?

Avec cette reprise de Millenium, le catalogue d’Asmodée vient tout juste d’exploser. Au risque de noyer certains éditeurs de ce même catalogue dans la masse. Au risque évident de générer un « qui trop embrasse mal étreint ».

Avec un catalogue d’une telle richesse se pose alors la question de savoir comment bien distribuer autant d’éditeurs et de titres. Comment assurer un bon travail de com et de placement auprès des boutiques? Pour que tous les éditeurs bénéficient d’une distribution optimale? Équitable? C’est clairement le défi qui attend Asmodée pour ces prochaines années. Et pour nous, joueurs, blogueurs, clients, il toujours intéressant de comprendre et de suivre l’évolution du marché, plutôt opaque.