Critique de jeu: Lorenzo il Magnifico. Un jeu… Magnifique?

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Habitués aux jeux fun et légers, les Italiens de Cranio Creations (et avec la VF d’Atalia) nous proposent ici un jeu de placement d’ouvriers et de combinaison exigeant, sans concession ni complaisance, du pur hard-fun combinatoire à qui il manque une radiante chaleur transalpine.

Lorenzo il Magnifico est sorti en VO par les Italiens de Cranio Creations à Essen en octobre 2016. Et en français chez Atalia en mars 2017. Créé par Simone Luciani (Marco Polo, Tzolk’in), Virginio Gigli (Egizia) et Flaminia Brasini (Egizia).

Pour 2 à 4 joueurs, dès 12 ans, pour des parties de 90′.

Lorenzo il Magnifico, ça parle de quoi?

Lorenzo il Magnifico. Comme Laurent de Médicis.

Les joueurs se retrouvent propulsés en pleine Renaissance italienne au 15e siècle. Protecteur des Arts et des Lettres, Laurent le Magnifique contribua à faire fleurir la Renaissance dans la péninsule qui s’essaima alors sur le reste du Continent.

Arts bien sûr, politique, économie, diplomatie et religion, aidés par les membres de leur famille, les joueurs vont vadrouiller dans la Florence de la Renaissance pour obtenir les meilleurs éléments. Et scorer le max de PV en fin de partie (langage vernaculaire de joueur passionné…)

Comme très souvent dans les jeux de société, le passé et les grands faits historiques sont associés à des récits magnifiés pour être offerts comme décor de jeu. Il s’agit de réinventer un passé, de le lustrer et de le faire briller pour le mettre en valeur et offrir des stratégies de réinvestissement affectif. Une splendeur historique, romantique, ludique et mécanique jetée en pâture aux joueurs friands d’escapisme.

Sauf que dans le jeu, le thème est très peu exploité, on ne sent pas de souffle épique et historique. Le jeu se veut d’abord stratégique et combinatoire, laissant peu de place au rêve et à la cohérence. Un jeu à l’allemande pour un jeu italien. A la mécanique plus conséquente que le thème.

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On gagne comment?

Après six manches, on procède au scoring final: nombre de cartes personnages, PV sur les cartes projet, PV sur la piste de foi, majorité sur la piste militaire, PV sur la piste des territoires et enfin PV sur la piste de PV. Pas hyper, hyper compliqué.

On joue comment?

A son tour, on pose un de ses ouvriers/artisans/envoyés/membres de la famille sur le plateau pour prendre de nouvelles cartes ou activer ses propres cartes. Au début du tour, le premier joueur lance trois dés. Chaque couleur correspond à l’un de ses envoyés. Et sur le plateau, pour pouvoir y poser ses pions, il faut posséder un nombre minimum de la valeur du dé. Autrement dit, selon les dés, les joueurs ont accès à certaines actions, ou pas. Beaucoup de hasard? Non, car les joueurs disposent d’une ressource spécifique, les assistants, qui peuvent augmenter la valeur du dé par envoyé et ainsi permettre d’accéder à des actions pas disponibles. Malin.

Et des ressources, il y en aura: bois, pierre, argent, assistant, force militaire, foi. Et comme dans les jeux de gestion de ressources, la frustration sera grandiloquante. On ne disposera jamais assez de ressources pour obtenir les cartes recherchées et faire tout ce que l’on veut.

Et de quelles actions parle-t-on?

Obtenir des cartes, l’enjeu majeur du jeu. Progresser sur les pistes militaires ou la foi. Activer ses cartes pour obtenir des avantages.

La foi?

Le jeu se joue en six manches. Chaque paire de manches, on doit « payer » un certain nombre de points de foi pour ne pas se voir excommunier par l’Eglise et ainsi souffrir d’une pénalité majeure tout au long de la partie. Une contrainte. Une menace. Comme Agricola ou Le Havre?

Plus subtil que ça.

Comme dans Ora et Labora, un autre titre d’Uwe Rosenberg, on n’est pas vraiment « obligé » de remplir ces conditions. On peut très bien décider d’assumer les pénalités pour progresser sur la piste de foi et obtenir des PV en fin de partie. Une mécanique délicieuse et astucieuse qui poussera le joueurs à devoir prendre de cruciales et douloureuses décisions. Sacrifier une ou plusieurs actions pour progresser sur la piste de foi et ainsi être capable de payer le dû? Ou au contraire, en assumer les conséquences pour bénéficier d’autres actions et préférer les PV de la piste?

Des dés. Des actions. Des cartes. Des ressources. Oui, les trois auteurs transalpins se sont inspirés des jeux de Stefan Feld. Bora Bora. Les Châteaux de Bourgogne. Bruges. Si vous aimez ce triptyque, vous apprécierez Lorenzo Il Magnifico. Ou pas, justement, parce que ces quatre titres risquent d’être très proches.

Et à combien y jouer?

Ha. Dure question. A 2, le jeu est plus fluide. Et le plateau voit quelques adaptations pour permettre moins d’actions. Mais à 2-3, le jeu pert en interaction, en course, en tension.

A 4, c’est là que le jeu prend son envol. Mais c’est également à 4 joueurs qu’il subit de sérieux ralentissements dus à l’analysis-paralysis, très présente dans le jeu. Quelle carte acheter? Quelle combo réaliser?

Et côté interaction?

L’interaction est plutôt froide, ce qui ne veut pas dire qu’elle est absente. Prendre des cartes avant les autres, obtenir des actions avant, etc. Dans Lorenzo, tout est une course.

Préparez-vous à haïr vos voisins qui vont toujours, toujours finir par vous prendre exactement ce sur quoi vous comptiez.

Alors, Lorenzo, c’est bien?

Habitués aux jeux fun et légers, les Italiens de Cranio Creations (et avec la VF d’Atalia) nous proposent ici un jeu de placement d’ouvriers et de combinaison exigeant, sans concession ni complaisance, du pur hard-fun combinatoire à qui il manque une radiante chaleur transalpine.

Mécanique, combinatoire, stratégique, au thème collé, Lorenzo est froid. Très (trop?) froid.

Lorenzo. Du pur hard-fun. Aucun hasard, juste au début en tirant les trois pénalités d’excommunication, mais on va pouvoir adapter sa stratégie (payer, pas payer la foi). Aucun hasard, sauf dans le tirage des dés chaque début de tour, mais on va pouvoir adapter sa pose d’ouvriers et changer la valeur grâce à ses assistants. Aucun hasard, sauf dans la pioche des cartes par manche, ce qui n’a aucun impact majeur sur le jeu. Le jeu est par conséquent extrêmement stratégique, avec une très légère dose de tactique et de subtile adaptation au tirage des dés. Et combinatoire, puisque les cartes vont combiner leurs effets pour offrir de puissants et efficaces atouts. Une carte permet de recevoir du bois, une autre de le convertir en PV, et ainsi de suite.

Ce qui marque dans Lorenzo, c’est que même si la frustration ressentie est grande, on ne sera jamais bloqué à son tour. Certes, il manquera toujours une ressource, et les dés ne seront jamais les bons. Mais on pourra toujours se débrouiller pour faire quelque chose, même si ce n’est optimal ni stratégique. Donc cette vilaine impression de faire du sur-place ne sera jamais présente. Et tant mieux. C’est en tout cas le susucre offert aux joueurs voulus par les auteurs. Comme la salade de points de victoire souvent inepte et présente dans les jeux de Stefan Feld (Trajan, Delphes…)

Alors, Lorenzo, c’est bien?

Oui. Riche, exigeant, mécanique, stratégique. Un titre fort de 2016 (et 2017 pour sa VF chez Atalia).

Lecture culturelle (ou masturbation intellectuelle, c’est selon)

Tout objet culturel, et la création de jeux en fait partie, est cristallisation physique et ludique d’un message, d’un contexte, de valeurs et de prises de position d’un (ou de plusieurs, comme ici) auteur. D’un regard posé sur la société contemporaine.

Dans Lorenzo, c’est avec tragédie qu’on comprend que dans une vie où l’on croit tout contrôler, on ne contrôle rien. La valeur des dés. Ne nous reste que quelques ajustements à effectuer, notre capacité de mouvement, d’adaptation, même si au final elle s’avère beaucoup moins grande qu’on l’imagine. Une leçon de vie.

Vous pouvez trouver Lorenzo il Magnifico en VF chez Philibert ici

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🗝🚪 Unlock. Tout ce que vous devez savoir avant de l’acheter

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Galvanisés par la mode des Escape Games, Cyril Demaegd avec les Space Cowboys nous signent un jeu fort, immersif, passionnant, original et iconoclaste.

Unlock est le tout nouveau jeu des Space Cowboys. Qui sort demain vendredi 10 janvier. Un Deckscape Game. Autrement dit, un jeu d’énigmes coopératif, tout le monde joue ensemble pour sortir d’une pièce/scénario en moins de 60 minutes montre en main, le tout tenant sur des cartes / deck. En trouvant et combinant des objets et en résolvant des énigmes. Oui, c’est un Escape Game, mais sur cartes.

Avant d’acheter le jeu, voici tout ce que vous devriez savoir.

(cet article est 101% spoiler-free. Donc aucun souci à se faire, vous ne risquez pas de vous ruiner le jeu en le lisant)

Un jeu Kleenex?

Le jeu contient 3 ½ scénarios.

Pourquoi ½ me demandez-vous? Car le jeu est fourni avec un mini-scénario, un tutoriel pour apprendre à y jouer. De maximum 10 minutes. Un excellent échauffement pour apprendre à maîtriser les rudiments: observation, combinaison, application.

Les trois scénarios sont à usage unique. Une fois réussis, il n’y aura pas trop d’intérêt à les rejouer. A moins de chercher à améliorer son temps.

Donc un jeu kleenex? Oui.

Donc un jeu cher et inutile? Non.

Car même si le jeu coûte environ 30 euros, comparez ça à une soirée ciné ou à un « vraie » Escape Room qui dépasse souvent les 100 euros. 30 euros, ce n’est pas si cher. Alors certes, on n’aura pas les mêmes sensations physiques et émotionnelles de peur d’être vraiment enfermé, mais pas loin. Car on se prend vite au jeu. Même si Unlock tient sur quelques cartes, 60 par deck/scénarios, on se sent rapidement immergé dans l’aventure et mis au défi d’en « sortir » le plus rapidement possible.

Les trois scénarios de la boîte proposent des ambiances et scénarios différents (encore une fois, spoiler-free zone):

La Formule

Le but étant de récupérer un sérum de vérité caché dans un laboratoire secret caché dans le métro new-yorkais. Ambiance très polar scientifique.

L’Ile du Docteur Goorse

Votre avion a connu des soucis moteurs, vous avez dû sauter en parachute. Vous vous retrouvez sur une île déserte et tropicale, séparés en deux équipes. Ambiance pulp à la Tomb Raider. Avec la contrainte de devoir y jouer séparés à la table. Au début.

Squeek & Sausage

Vous commencez enfermés dans la prison du grand méchant et maléfique Noside, un infâme professeur préparant une arme secrète. Votre but? Parvenir à sortir de la prison et mettre fin aux plans redoutables du redoutable professeur redoutable. Ambiance très dessin animé slash Day of the Tentacle.

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Et quel est le meilleur scénario?

On ne va pas vous le dire. Pour ne pas ruiner la surprise. Et surtout, parce que c’est quand même très personnel. Certains sont plus difficiles que d’autres, mais tout dépend bien sûr des compétences de l’équipe.

Disons juste que sur une échelle de difficulté de 1 à 6, étant l’aventure la plus complexe, la Formule est à 3, Squeek à 4 et Docteur Goorse à 6.

Et il faut une appli?

Oui, Unlock se joue avec une appli. Gratuite. iOS et Android. Appli très peu envahissante, il faut le préciser. Il est donc impératif de la télécharger, et aussi, ben ouais, de posséder un smartphone / tablette pour pouvoir jouer à Unlock.

Et non, l’appli n’a pas besoin d’être sur internet pendant la partie, pas besoin d’avoir accès à du réseau. Une fois téléchargée, l’appli est autonome. Pratique à l’étranger.

L’appli sert à:

faire un décompte du temps. Comme Unlock reprend le principe des Escape Rooms, chaque aventure doit être réussie en moins de 60 minutes

mettre de la musique d’ambiance. Et parfois fournir des indices sonores

rentrer des codes pour avancer dans le scénario

acquérir des indices quand on est bloqué

Sur les appstores, cherchez Unlock! (JD)

Sinon, voici directement le lien pour télécharger l’appli Android

Et iOS

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le logo de l’appli ressemble à ça

Ha et aussi, n’oubliez pas de bien charger votre portable au préalable 😜

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Et à combien y jouer?

A combien de joueurs y jouer? Tout-e seul-e, pourquoi pas. Ça sera plus difficile mais tout à fait possible. Un challenge perso. Mais impossible de jouer seul au scénario de l’île, puisqu’il faut être minimum deux.

De 2 à 4 joueurs, c’est l’idéal. A plus, il y a le risque que:

les discussions s’éternisent. Une perte périlleuse de temps

certains joueurs se sentent désinvestis avec trop de monde à la table

Attention, pour l’Île du Docteur Goorse, prévoir d’y jouer à minimum 4 joueurs. A moins c’est très, très compliqué, puisque le groupe commence séparé en deux.

Et peut-on y jouer avec des enfants?

Oui!

Le jeu est prévu dès 10 ans, mais des enfants un peu plus jeunes peuvent très bien y jouer accompagnés d’un adulte.

D’ailleurs, même si ce n’est pas le créneau des Space Cowboys, ça pourrait être une idée intéressante de sortir une boîte aux scénarios purement familiaux prévus pour les enfants dès 5-6 ans (je dis ça parce que j’ai moi-même un fils de 4 ans 😜).

Et comment faire quand on est bloqué?

Ne jamais hésiter à demander de l’aide de l’appli quand vous êtes bloqués. D’autant que les indices sont des… indices. Et non pas des réponses. Elles vous mettront sur la piste. Comme elles sont sibyllines, elles ne vous ruineront pas le plaisir de la recherche.

Il vaut mieux en effet demander une info à l’appli que rester bloqués pendant 15 minutes et finir déçus / énervés / frustrés (même si, il faut bien l’avouer, la frustration est un moteur essentiel dans les jeux).

Et surtout, ne faites pas comme beaucoup de noobs lors de leurs premières parties. N’essayez pas de chercher des nombres et additions au pif. Ceci n’a aucun intérêt et risque de vous faire perdre du temps. C’est même clairement de la triche. Fiez-vous aux cartes, aux objets, à l’observation, à la logique et aux énigmes.

Sinon, si vous êtes bloqués, vous pouvez télécharger les soluces en pdf ici:

Squeek & Sausage

La Formule

L’Ile du Docteur Goorse

Et comment se préparer?

La toute première chose à faire, surtout si vous récupérez un scénario déjà joué au préalable, est de mélanger le deck. Pour éviter que les cartes soient déjà combinées ensemble, ce qui nuirait au plaisir de la recherche.

Ensuite, une bonne idée serait de sleever / protéger les cartes, elle seront mises à rude épreuve. Pas une obligation non plus, mais une protection. Surtout si vous comptez ensuite faire tourner le jeu auprès de vos amis.  Les sleeves peuvent être trouvées ici sur Philibert, 61mm x 112mm, de la marque Mayday. Evidemment, évitez de regarder le recto des cartes quand vous les glisserez dans les protège-cartes pour ne pas vous spoiler l’aventure, ça serait vraiment moche.

Avant de jouer, la préparation est essentielle. Prévoyez:

un lieu (relativement) calme, pour pouvoir entendre les indices sonores, la musique, et surtout, pour pouvoir discuter et réfléchir. Y jouer en boîte n’est peut-être pas la meilleure idée de 2017.

un bloc-notes avec du vrai papier de vrais arbres. Plus pratique et à l’interface plus rapide qu’Evernote… Aussi nécessaire qu’important. Pour y noter toutes vos observations et résolutions d’énigmes.

une bonne luminosité. Les cartes sont truffées d’éléments cachés. Mieux vaut disposer d’une lumière suffisante pour les trouver (fuck les soirées Hygge 😂)

des partenaires de jeu motivés…

Quelques éléments sympa, mais pas forcément nécessaires:

une loupe (ou l’appli loupe sur iPhone?), pour ne rien rater sur les cartes

une lampe de poche (ou celle de son portable), pour bien éclairer les cartes

une grande table, pour étaler les cartes une fois révélées. Comme le stipulent les règles (en gras), il est par contre interdit d’étaler celles encore indisponibles. Elles doivent rester empilées. Unlock peut très bien se jouer en voyage sur une tablette dans un train/avion. C’est peut-être un peu moins pratique, mais tout à fait envisageable.

Et quelles compétences utiliser?

L’observation, d’abord. Des indices sont cachées sur les cartes, veillez à bien les observer

La logique, bien sûr. Les énigmes sont souvent logiques. Il suffit de bien y réfléchir pour trouver leur solution. Ne pas hésiter à noter les informations sur un bloc-notes. Cela vous permettra de les visualiser pour ensuite mieux les traiter.

Et beaucoup, beaucoup de soft-skills:

La collaboration, importante, l’union fait la force

La communication et l’écoute. Vos partenaires auront toujours certainement de bonnes idées

La persévérance. Vous bloquez sur une énigme? Battez-vous, ne lâchez pas l’affaire. C’est souvent la compétence la plus cruciale dans un jeu d’énigmes.

Le leadership. C’est important qu’un ou plusieurs joueurs prennent le leadership pour mieux avancer. Comme dans les « vrais » Escape Rooms, il est essentiel que l’équipe soit extrêmement bien organisée. Sinon c’est la gabegie.

L’analyse

La créativité, pour trouver des solutions parfois surprenantes et out-of-the-box.

Une attitude positive pour ne pas se laisser abattre si on bloque sur des éléments

Et alors, Unlock, c’est bien?

Oui, terriblement! Et pour plusieurs raisons:

Même si le jeu ne tient que sur quelques cartes, on se sent aussitôt plongé dans l’aventure. La magie s’opère.

L’appli est très, très peu envahissante. A peine un compteur de temps et un moyen pour rentrer des codes et avancer dans le scénario. Très agréable. Et elle n’a pas besoin d’être sur internet pendant les parties, pratique si on joue à l’étranger.

Les trois scénarios proposés sont très différents et passionnants. Unlock ne propose pas juste des enchaînements d’énigmes, mais offre une véritable couche narrative. Ce qui augmente le plaisir et l’immersion. L’impression de vivre une vraie aventure et pas juste de devoir résoudre des énigmes plus ou moins compliquées, plus ou moins intéressantes.

Surfant sur la mode (à la limite de l’ad nauseam) des Escape Games, Unlock parvient à nous offrir une expérience compacte et tendue.

Un jeu parfait à prendre en vadrouille (comme d’autres, d’ailleurs). Petit, compact, il ne tient que dans un deck.

Les énigmes sont aussi astucieuses que surprenantes.

Le prix est convenable. Comptez 30 euros pour 3 aventures. 10 euros pour jouer environ une heure A 3-4 joueurs, c’est donc 3-4 euros par personne, à peine le prix d’un verre de lait de coco bio. C’est tout à fait honnête.

Encore une fois, après Time Stories, le reboot de Sherlock Holmes Détective Conseil, et Watson et Holmes, galvanisés par la mode des Escape Games, Cyril Demaegd avec les Space Cowboys nous signent un jeu fort, immersif, passionnant, original et iconoclaste.

Mais encore

Si vous êtes bloqués, vous pouvez accéder aux soluces des scénarios ici (téléchargeables en pdf):

Squeek & Sausage

La Formule

L’Ile du Docteur Goorse

La 2e boîte avec trois scénarios est déjà prévue. Pour juin 2017 si tout va bien. Vivement. Avec les périodiques scénarios de Time Stories, 3 nouveaux en 2017, et maintenant Unlock, les Space Cowboys savent nous tenir en haleine (et nous rendre accro à leurs jeux…)

Unlock a été nominé pour l’As d’Or 2017. Il a toutes les chances de gagner. Et il le mériterait (les autres jeux aussi, en fait)

Pour voir si le jeu vous tente, vous pouvez télécharger les règles du jeu ici

Vous pouvez trouver Unlock chez Philibert (et les protège-cartes peuvent aussi être trouvées ici, 61mm x 112mm, de la marque Mayday),

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop

Alors, Unlock, ça vous tente?

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Critique de jeu: V-Commandos. Là tu me vois, là tu me vois plus

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V-Commandos est sorti en janvier 2017 chez le tout nouvel éditeur (québécois) Triton Noir. Auto-édité par Thibaud de la Touanne, auteur et éditeur, dont c’est le tout premier jeu de plateau (comme auteur et éditeur, donc).

Pour 1 à 4 joueurs, coopératif, dès 13, avec des parties de 30 à 120 minutes, tout dépend de la mission.

V-Commandos. De quoi ça parle?

V-Commandos est un jeu de plateau coopératif tactique et d’infiltration qui se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale dans les théâtre des opérations européennes.

Les joueurs incarnent des soldats, des commandos spécialisés dans les missions de reconnaissance et de sabotage. Le tout le plus discrètement possible. Pensez Solid Snake (Metal Gear Solid) ou Sam Fisher (Splinter Cell), mais avec un ancrage historique.

Le thème est très, très bien exploité et intégré puisque de nombreuses mécaniques rendent le tout cohérent: gestion de la furtivité, des alarmes et donc du bruit, de l’équipement (oui, on peut se déguiser en soldat ennemi pour mieux s’infiltrer derrière les lignes ennemies), différentes missions tout à fait crédibles (et tendues du slip).

Et si vous êtes allergiques et/ou frileux à l’idée de jouer en pleine période nazie, il faut savoir qu’il y a très peu de références précises au régime. Parce que c’est officiellement interdit par la loi en Allemagne. Lisez plus bas l’interview de l’auteur. Le thème « dérange » donc moins (même si on passe sa partie à assassiner des soldats quand même…).

Vous vous souvenez de l’article: peut-on jouer avec tous les thèmes… ? Dans V-Commandos, le contexte historique est plutôt soft, rassurez-vous. C’est surtout pour « l’ambiance », la cohérence de l’équipement, les missions. On pourrait très bien adapter V-Commandos à une autre époque. Dans le futur, même, en coop SF, pourquoi pas? Ou même avec une touche de fantastique et des pouvoirs psy. Comme le projet Star Gate de la CIA en fait (ou un V-Commandos Achtung Cthulhu à la Shadows over Normandie? OK je sors).

Tiens, V-Commandos me fait penser au film cultissime « Quand les Aigles Attaquent » de 1968 avec Clint Eastwood.

Et on joue comment?

C’est l’un des très, très gros point positif du jeu. Ses règles du jeu. Extrêmement didactiques, extrêmement bien rédigées, extrêmement claires. Pour un tout premier jeu édité et créé, on aurait pu redouter des règles approximatives ou brouillonnes. Mais non.

On sent bien que l’éditeur-auteur a mis un soin particulier à la rédaction et à la présentation des règles pour les rendre aussi claires que fluides et dynamiques. Pas facile pour un jeu d’une telle envergure et avec autant de mécaniques spécifiques (furtivité, alarme, tir, équipement, missions, événements…).

Alors, on joue comment?

Comme il s’agit d’un jeu coopératif, il y aura forcément une phase du grand méchant aka « intelligence virtuelle ».

Mais avant cela, on commence le tour par tirer un événement par terrain spécifique en fonction de la mission en cours. Puis chaque joueur dispose de trois points d’action pour: se déplacer normalement, se déplacer mais furtivement (et là le déplacement « coûte » plus cher en points d’action), tirer sur des méchants pas très gentils, interagir avec des éléments du « décor » pour résoudre la mission, ramasser et déposer du matos (action gratuite), éteindre une alarme, ouvrir ou passer par une trappe etc. Le tout est très simple et fluide.

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Et qui dit infiltration dit forcément furtivité. En gros, si on se fait pécho on risque de 1. se faire tirer dessus 2. déclencher l’alarme. Et là, c’est le drame. Donc une tension constante dans le jeu. D’autant que tant qu’on est furtif, on peut assassiner dans la joie et la bonne humeur en mode « backstab » sans avoir à lancer les dés. C’est automatiquement réussi. Chanmé. Oui, à la Assassin’s Creed / Splinter Cell.

Et qui dit guerre dit forcément tir. Un gameplay facile. On lance autant de dés que l’arme utilisée, et la difficulté pour toucher un ennemi correspond à la valeur du terrain occupé. Il sera toujours plus facile de viser dans les fourrés qu’au milieu d’un terrain dégagé. Ou le contraire en fait. Une mécanique fluide, facile et ripolinée.

Alors oui, il y a du hasard. Oui, on peut foirer un tir, une mission-même sur un jet pourri. Frustrant? Oui. Mais tout dépend de l’arme utilisée, du nombre d’ennemis et du terrain concerné. Comme dans la vraie vie réelle en vrai, pour mettre le plus de chances de leur côté, les joueurs vont devoir composer avec tous ces facteurs pour calculer leurs risques.

Et la phase des méchants pas gentils? Comme « ‘d’habitude » dans les jeux coopératifs tactiques: renforcement/déploiement de nouvelles unités, qui se déplacent ensuite puis tirent sur tout ce qui bouge (et qui n’est pas furtif).

Et on gagne comment?

Tout dépend la mission choisie avant la partie. Sabotage, escorte, recherche, etc. Tous les poncifs épiques des films de guerre.

Et à combien y jouer?

Même tout seul le jeu est bien. Alors oui, V-Commandos est un jeu de plateau. On ne sent pas les balles siffler comme dans un Call of Duty, mais même en solo on se sent immergé dans la mission.

Et plus il y a de joueurs et plus il y a des discussions, des avis à gérer. Quatre est vraiment le maximum, sinon ça ferait beaucoup trop de monde sur le plateau. Un petit conseil qui vaut son pesant d’or: ne perdez pas trop de temps à palabrer et planifier. Il vaut mieux des parties fluides, épiques, tendues et rapides. Même si au final les décisions prises n’étaient pas les plus judicieuses.

Et comme il s’agit d’un jeu coop, attention au King Speaker. Pas vraiment un souci dans V-Commandos, car les personnages ont chacun des spécificités, ce qui leur donne plus de poids et de caractère, et qu’ils risquent de toute façon bien vite de se séparer sur le terrain avec plusieurs différentes missions. Et finalement, quand on y pense, avoir un team leader à la table renforce encore plus le côté « bataillon militaire » avec son officier.

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Alors, V-Commandos, c’est bien

Oui, terriblement.

Parce que le thème et le contexte historique sont vraiment bien intégrés. Et que les références au régime nazi sont subtiles et peu nauséabondes. Non, pas de mission dans un camp de concentration…

Parce que les règles sont bourrées de petites références historiques et d’éléments pour rendre le gameplay cohérent.

Parce qu’il y a deux missions d’entraînement en milieu de lectures de règles pour bien prendre le jeu en main. Un tuto pratique, somme toute.

Parce que les missions sont vraiment différentes et passionnantes.

Parce que le coopératif est beaucoup mieux qu’un jeu par équipe ou avec un grand méchant en semi-coop.

Parce que les règles sont très, très claires.

Parce que l’interaction est (forcément) très forte.

Parce que les mécaniques sont fluides, instinctives et s’imbriquent à la perfection.

Parce que même le mode solo est bien. Plutôt rare dans les jeux de plateau.

Et parce que le tout est cohérent et prenant.

L’année ludique 2017 commence sur les chapeaux de roue (et d’autres titres passionnants vont suivre).

Alors, V-Commandos, c’est aussi bien que ça?

Oui.

Mais. Cherchons des poux.

Il faut quand même relever trois « défauts ». Encore que, le terme « défaut » est peut-être exagéré.

I. Fig, pas fig?

Aujourd’hui, beaucoup de jeux proposent de plus en plus souvent un déluge de plastique. Et tout le matos de V-Commandos est en 2D avec des bouts de carton. Avec un matos pimpé et des palettes de figouzes on pousserait l’immersion encore plus loin (et le jeu aurait rapporté 19 millions sur KS. La fig sur KS, y a que ça de vrai. Conan, Zombicide, Mythic machin). Prenez Colt Express. Est-ce que le jeu aurait remporté autant de succès s’il n’y avait pas eu le train en 3D trois points d’interrogation

Ne pas proposer de figurines en plastique est un choix éditorial. Découvrez l’interview plus bas. Et financier aussi, surtout. Le jeu aurait coûté beaucoup plus sur KS et en boutique. Le double certainement. Dès lors, une question se pose: que préférer. Un prix « doux » mais avec un matériel moins impressionnant? Ou faire péter 150 euros pour favoriser l’immersion avec des fig?

II. Thermo, pas thermo?

La boîte de rangement est plutôt une boîte de… fourre-tout. Le jeu est livré avec deux malheureux ziplocks qui se courent après, alors que le jeu regorge de jetons, de cartes, de tuiles. Du coup, la boîte devient un joyeux bordel. Ce qui n’aide pas à la mise en place plutôt fastidieuse… Une question se pose alors: que préférer. Un prix « doux » mais sans thermo et c’est le bordel? Ou faire péter 150 euros pour profiter d’un vrai espace de rangement?

Vas-y, t'as deux minutes pour ranger tout ça (et encore, il manque les cartes...)
Vas-y, t’as deux minutes pour ranger tout ça (et encore, il manque les cartes…)

III. Femmes, pas femmes?

Soyons clairs. A part un seul rôle, la Sniper,

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la présence des femmes est… comment dire… anecdotique. L’univers est-il très/trop? alpha-male? Comme la couv d’ailleurs.

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Alors oui, il s’agit de la Seconde Guerre Mondiale. Si les femmes ont elles aussi pris part aux combats et à l’effort de guerre, ce furent surtout des bataillons masculins qui furent envoyés derrière les lignes ennemies. Mais quand même. Les femmes se sont aussi battues. La preuve (enfin, là c’est le film inspiré de faits réels…):

Ou ça aussi, un peu plus récent, un peu plus bling-bling

Au 21e siècle, il est enfin temps de placer une certaine égalité entre hommes et femmes. Dans les jeux de société aussi. En l’état, pas certain que V-Commandos ne motive les femmes à y jouer. Parce que c’est un jeu de guerre et que ça ne tente que les hommes? Sexiste et réducteur, ne trouvez-vous pas? Ou parce que rien n’est fait pour mettre les femmes en avant? Et si une femme s’intéresse aux faits militaires, aux wargames, c’est quoi? Un… garçon manqué? 😡😡😡

Longtemps les auteurs de jeux se sont battus pour avoir leur nom sur la couverture des boîtes. Ne pourrait-on pas voir enfin venir un langage visuel plus égalitaire? Sans forcer sur les décolletés svp, c’est possible? Dès lors, une question se pose: que préférer. Faire un petit écart historique et offrir plus de place aux femmes pour leur donner à elles aussi plus envie d’y jouer, de s’y retrouver? Ou rester cohérent, et tant pis?

Bref. Vivement les deux extensions de V-Commandos. Parce que voir plus bas.

Et encore une chose

Le jeu est sorti sur KS avec deux extensions. Elles vont sortir en boutique… prochainement. En été 2017 si tout va bien. Avec de nouvelles recrues, de nouvelles tuiles, de nouveaux événements, de nouvelles missions. Miam! Et enfin des femmes fortes (et pour une fois pas à moitié oilpé) sur la couv. Kudos Triton Noir!

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Interview

Vous nous connaissez, nous sommes de petits curieux. Nous avons voulu en apprendre plus sur le jeu. Thibaud de la Touanne, auteur et éditeur du jeu, a bien voulu se prêter au jeu des questions-réponses.

Thibaud, on sent un certain bagage historique pour enrichir le contexte. Quelles ont été vos inspirations et recherches?

Tout a commencé avec des livres retraçant les principales opérations commandos de la seconde guerre mondiale que je m’étais procuré il y a des années pour en apprendre plus sur ces hommes d’exception.

Pour V-Commandos, j’ai fait énormément de recherches, tant historiques (documentaires, livres…) que d’ambiance (films, jeux vidéo ou de société). Certaines trouvées par hasard ont inspiré quelques éléments de jeu méconnus, comme les Goliath (mini tanks allemands remplis de TNT et commandés à distance pour détruire des chars).

Le jeu se déroule pendant la Seconde Guerre Mondiale. Et pourtant, dans votre jeu vous faites peu référence au régime nazi. Pourquoi?

La première raison est que la plupart des références au régime nazi sont interdites en Allemagne et 6% de mes backers étaient allemands, je ne pouvais pas me permettre de prendre le risque de voir le jeu refusé à la frontière.

Ayant développé des jeux vidéo pendant une vingtaine d’années avant de me lancer sur V-Commandos, j’étais au courant de ces lois, c’était donc prévu dès le départ et mes artistes avaient des consignes claires à ce sujet.

Ensuite, d’un point de vue personnel, je refusais de créer un produit qui aurait pu d’une façon ou d’une autre valoriser ce type de symboles.

Quelles ont été les plus grandes difficultés que vous avez dû surmonter avec votre jeu?

Équilibrer la difficulté du jeu a été très long : dans un jeu coopératif à scénario, chaque scénario doit être équilibré pour apporter suffisamment de challenge sans pour autant devenir impossible. Mais la plupart des difficultés ont été les sujets annexes à la création du jeu, probablement parce que j’avais déjà participé à la création de nombreux jeux vidéo. Faire connaître le jeu reste un challenge encore aujourd’hui, et même avec les bonnes reviews et les retours positifs des joueurs, il reste difficile de se faire une place.

Egalement l’aspect business, auquel je n’étais pas habitué, qui est complexe aussi et sans doute pas aussi rose qu’on voudrait le croire même si on est encore très loin du jeu vidéo ! Autre difficulté : se mettre en conformité sur les territoires où le jeu sera distribué (Europe, Canada et aux Etats-Unis) peut relever du parcours du combattant.

J’ai par exemple passé des semaines à obtenir les informations sur les mentions à afficher au dos de la boîte, heureusement que j’avais des contacts qui ont pu m’aider comme Philippe Mouret des Space Cowboys (que je remercie en passant !).

Présentez-nous en quelques mots les extensions à venir.

Deux extensions ont été développées en parallèle du jeu, mais je n’ai pas pu en faire fabriquer suffisamment (1500 de chaque dont environ 800 pour les backers). Elles feront donc l’objet d’un second tirage et devraient être dispos cet été.

Chaque extension contient 3 nouveaux commandos jouables, 18 terrains, 5 opérations, 18 événements, du nouvel équipement et de nouveaux types d’ennemis. V-Commandos: Secret Weapons va nous conduire dans les installations secrètes de la Wehrmacht pour s’attaquer (ou subtiliser) aux technologies de pointe allemandes : V2, U-Boots, dernier modèle de char, etc. Les commandos affronteront des parachutistes allemands et les terribles Goliath qui les enverront immédiatement ad patres s’ils explosent sur leur tuile !

Mais ils pourront utiliser les redoutables Panzerfaust pour s’en débarrasser à distance ou les fumigènes pour avancer à couvert. V-Commandos: Résistance nous plongera dans les réseaux de résistance à travers l’Europe. Libération de partisans, protection de civils, sabotage de trains… Un programme chargé pour lequel les commandos pourront faire appel à des parachutages de matériel et utiliser des jumelles pour améliorer leurs chances de succès. Mais gare aux bergers allemands qui les détecteront automatiquement en entrant sur leur tuile et aux officiers ennemis qui doublent le mouvement de toutes les troupes sur leur tuile !

Thibaud, venu présenter son jeu V-Commandos au Bar à Jeux de Genève en septembre 2015
Thibaud, venu présenter son jeu V-Commandos au Bar à Jeux de Genève en septembre 2015

Plusieurs voix s’élèvent (Fred Henry de Monolith par exemple, SeriousPoulp pour le 7e Continent) pour dire que le retail (sortie boutique) d’un KS ne s’avère franchement pas intéressant, que la vente est à perte. Quelle est votre opinion et expérience sur le sujet, sachant que votre jeu est sorti il y a quelques jours en Europe (et avant au Québec)?

C’est un sujet sensible pour tout le monde. D’après moi, on est à un tournant et les rôles vont évoluer. En fait, ils évoluent déjà d’après ce que j’entends : les core gamers vont de plus en plus sur internet pour acheter leurs jeux et soutenir des Kickstarter, et en parallèle, on a de plus en plus de joueurs occasionnels et de familles qui fréquentent les boutiques et les bars à jeu.

D’une manière générale, les ventes en ligne augmentent régulièrement et de manière significative chaque année. C’est un fait, mais ça ne veut pas dire que les boutiques ou bars à jeu vont disparaître. On y va pour d’autres raisons que le prix : conseil, convivialité, toucher le matériel… ou repartir immédiatement avec un jeu sous le coude ! À Montréal ces derniers mois on a assisté à l’ouverture de nouvelles boutiques et bars. Les gens font parfois la queue devant le Pub Randolph pour jouer en semaines à 22h ! C’est plutôt bon signe je trouve.

La difficulté pour des jeunes éditeurs qui se lancent dans des projets ambitieux, c’est que même si on arrive à gagner quelques euros sur un jeu vendu 60 € en boutique, on ne vendra jamais autant de boîtes qu’un jeu grand public : on ne peut pas compter sur du volume pour s’en sortir. J’ai fait un calcul récemment : pour couvrir les coûts de V-Commandos et ses deux extensions si j’étais passé uniquement par le circuit classique, il aurait fallu vendre environ 20’000 boîtes du jeu de base pour juste arriver à couvrir toutes les dépenses. Je ne commencerais à gagner de l’argent qu’au-delà de ce chiffre que ne suis même pas certain d’atteindre sur la totalité de la vie de V-Commandos ! Bref, ce n’est pas viable.

Avant de me lancer dans l’aventure, je voyais déjà que l’éditeur est celui qui touche le moins alors que c’est celui qui prend la majorité des risques d’après moi. L’éditeur crée un jeu, ce qui est très difficile (combien de jeux font un flop pour un qui réussit ?) puis fait fabriquer des milliers de boîtes, un investissement de plusieurs dizaines de milliers d’euros. Les distributeurs font souvent du dépôt vente, certains proposent un petit pourcentage (8-10%) sur chaque vente en échange des droits pour traduire et distribuer le jeu, en faisant parfois un Kickstarter au passage (!), donc un risque très réduit. Les boutiques achètent souvent quelques exemplaires, donc le risque est limité là aussi. Je ne jette la pierre à personne, c’est juste un constat. Et finalement, c’est plutôt nous qui ne sommes pas adaptés au modèle et qui devons en trouver d’autres non ?

J’ai beaucoup investi sur la création de V-Commandos, mais je voulais m’assurer que son coût de fabrication serait suffisamment bas (pas de sacs en tissus ou de thermoformage par exemple) pour qu’il soit viable en magasin. Cela dit, je gagne entre 5 et 6 fois moins (net) sur une vente en boutique comparé à une vente en direct sur mon site ou sur un salon. Pour le moment, V-Commandos est distribué en boutique uniquement en France, Belgique, Suisse et Québec. Je le vends en ligne sur le site de Triton Noir au Canada et aux USA et bientôt dans quelques pays d’Europe comme le Royaume-Uni.

Quels sont les prochains projets de Triton Noir?

Ça reste à confirmer, mais on prévoit un nouveau Kickstarter cette année pour V-Commandos. Puis un second Kickstarter fin 2018 pour un nouveau jeu, dans la veine de V-Commandos, mais situé dans un univers différent.

Merci Thibaud pour toutes vos (extrêmement riches) réponses

Vous pouvez trouver V-Commandos chez tous nos amis:

Directement sur le site de l’éditeur

Philibert

Ludibay

Ludikbazar

Et si vous voulez vous faire plaisir et prendre la totale, avec déjà les deux extensions, c’est sur le site suisse de Helvétia Games Shop. Dépêchez-vous, il y en a très peu.

Profiler. Premières impressions

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En partenariat avec Cocktail Games, nous avons pu découvrir Profiler en avant-première au Bar à Jeux de Genève en décembre

Profiler, le prochain jeu des éditions Cocktail Games, de 3 à 8 joueurs, créé par Romaric Galonier, annoncé pour Cannes et juste après en mars en boutique.

Profiler est un jeu coopératif et de déduction. Fun.

Et on joue comment?

On commence par placer six cartes « personnages » sur la table. Acteurs. Personnages de fiction connus. Politiciens. Grandes figures historiques. Les joueurs jouent ensemble pour retrouver le personnage mystère. Sachant que l’un des joueurs connaît son identité et tire deux critères farfelus pour aider ses collègues à retrouver le bon personnage. Le joueur place ces deux critères sur une échelle de probabilité, allant de -5 = mais vraiment pas du tout du tout, à +5 =mais alors oui vraiment à donf.

A partir de ces deux indications, loufoques, foireuses et fun, les autres joueurs devront peu à peu éliminer les « mauvais » personnages. Pour n’en laisser plus qu’un, le personnage-mystère. Le joueur qui connaît son identité valide les réponses.

Et on gagne comment?

Jouer 5 manches=5 personnages-mystères différents et parvenir à éliminer tous les autres personnages à chaque fois. Et là, c’est la fête. Un sans faute! Mais le jeu est corsé, ça va être difficile d’y arriver. D’autant que s’il est facile d’éliminer les 2-3 premiers personnages, souvent logiques, les 4-5 derniers deviennent plus compliqués.

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Et quel est la différence avec Unusual Suspects?

Alors oui, si vous connaissez le jeu de Paolo Mori (Libertalia) sorti en 2015 chez Cranio Creations et CoolMini, et bientôt en 2017 chez EDGE désormais Asmodée, vous pourriez constater de nombreux rapprochements: on sort un critère, on doit éliminer des personnages, un joueur unique connaît la réponse, c’est aussi un jeu coopératif, tout ça. Mais Unusual Suspects est beaucoup, beaucoup moins fun. Pour trois raisons:

  1. les personnages dans Profiler sont des célébrités ou des personnages fictifs connus, pas dans Unusual Suspects. Il est donc beaucoup plus drôle d’associer des critères à Hulk ou Justin Bieber (merci la mauvaise foi). Tandis que dans Unusual Suspects ce sont des images à la « Qui est-ce? ». Juste des images d’inconnus. Avec une vilaine tendance à dégager des stéréotypes perfides et inexcusables (qui n’a pas de maison, qui n’a pas de boulot, etc. Tu choisis qui? Black-Blanc-Beur?) Vraiment limite. Pas le cas dans Profiler.
  2. les critères dans Profiler sont beaucoup plus loufoques que dans Unusual Suspects, qui sont la plupart du temps sérieux et plats: qui possède un téléphone portable, qui fait du yoga.
  3. il n’y a pas d’échelle de gradation de probabilité dans Unusual Suspects, donc ça laisse moins de gestion et de prise de décision pour le témoin.

Hasard du calendrier, il n’est pas impossible que les deux jeux sortent en VF exactement en même temps en 2017. Mais Profiler est clairement un meilleur choix. Plus fun, plus familial, plus diversifié, moins tendancieux et hasardeux. Et moins cher aussi, certainement. La VF d’Unusual coûtera un peu moins de 30 euros. Il y a peu de chance que le prix de Profiler chez Cocktail Games soit aussi élevé. Bref, Profiler est juste meilleur. De loin.

Et à combien y jouer?

Le jeu propose d’y jouer de 3 à 8 joueurs. A 3, Profiler est beaucoup moins intéressant puisqu’il n’y a que deux joueurs qui collaborent. A 8 ça devient vite la foire d’empoigne, avec le risque d’avoir un King Speaker et 2-3 joueurs qui se sentent désinvestis. Le must est à 5-6 joueurs, un bon équilibre entre collaboration et fun.

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Et alors, Profiler, c’est bien?

Oui.

Vraiment.

Profiler est un doux mélange entre fun, avec les critères farfelus, et subtilité, en discutant avec les autres joueurs. Qui éliminer, qui garder? Une bonne réinvention/remodernisation du classique « Qui est-ce? » de notre enfance.

Un jeu d’apéro collaboratif malin et drôle. Vivement sa sortie.

Critique de jeu: New Angeles. Sim City chez les enfoirés

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C’est la crise. Les manifestants ont envahi les rues. Les grèves paralysent la ville. Aux prises avec la tourmente, prenez la tête d’une corporation de New Angeles, cette cité futuriste au bord de l’explosion.

Sous un « bête » jeu de plateau composé de quelques cartes et de quelques figurines en plastique se cache en fait un redoutable vecteur d’interrogation éthique et politique. Vous n’en sortirez pas indemne.

Bluff, mensonges, manipulation, alliances, trahisons. Un pur jeu d’enfoirés. Tendu, immersif, à la superbe patine, mais bien trop long et laborieux pour convaincre. Un point positif? Il donne furieusement envie de s’engouffrer à nouveau dans le flamboyant Battlestar Galactica.

 

New Angeles est sorti en décembre 2016 en VO chez FFG. Créé par James Kniffen (Star Wars Armada, l’extension Daybreak pour Battlestar Galactica). Pour 4 à 6 joueurs, dès 14 ans, pour une durée de 120 à 240 minutes (oui, ils ne se mouillent pas trop côté estimation…)

Et ça parle de quoi?

Dans New Angeles, les joueurs gèrent chacun une corporation dans l’univers SF maison de FFG, Android (Netrunner JCE, Mainframe). Ces corporations doivent contrôler une ville futuriste et tout faire pour en assurer la production et la sécurité. Parce que la ville est au bord de l’explosion sociale, politique et économique. Le feu couve, l’éruption veille. Oui, il y a des manifestations. Et des grèves aussi (les joueurs français et genevois apprécieront).

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Et comment on joue?

Beaucoup, beaucoup de règles différentes. Pour faire simple, chaque tour on retourne une carte asset = un personnage qui va désormais offrir un avantage. Le joueur actif va alors faire une offre pour obtenir ce personnage. Les autres peuvent ensuite effectuer une contre-offre pour le chiper à sa place.

Les joueurs qui ne sont pas directement impliqués dans la confrontation peuvent alors jouer des cartes de leur main en soutien à l’un ou l’autre. Le joueur (offre ou contre-offre) qui a obtenu le plus de soutien reçoit alors l’asset et active l’offre/contre-offre. Sachant que cette dernière a un effet direct et toujours positif sur le plateau: production de ressources par un district, traitement d’une épidémie, arrestation de manifestants, etc.

Une fois que toutes les cartes assets ont été obtenues on passe à la fin de la manche. Les districts sur lesquels les jetons androïdes se trouvent produisent alors des ressources spécifiques. Sauf si elles sont en grève. Forcément. Ou qu’elles sont en panne. Puis on tire un événement, et là, c’est le drame. Ces événement sont toujours négatifs et vont impacter le plateau: ajout de manifestants, grèves, pannes, etc.

Et surtout, comment on gagne?

C’est là tout le piment. Au début du jeu, chaque joueur tire une carte faction en secret. Le but: en fin de partie, partie qui durera six manches (si tout va bien et que ce n’est pas le chaos avant), parvenir à être le plus riche que la faction tirée. Il y aura donc un ou plusieurs vainqueurs, un ou plusieurs perdants.

Et si on tire sa propre faction? C’est aussi possible. Dans ce cas, il faudra être plus riche que deux autres factions, à choix. Mais deux.

Voilà.

C’est tout?

Non. Car le chaos, le désordre civil secoue de plus en plus la ville et avance sur une piste de score selon les événements tirés et actions effectuées: épidémies, déplacements de manifestants, mais surtout de beaucoup quand la production de ressources requise n’est pas atteinte en fin de manche. Un peu comme du Uwe Rosenberg. Là, ça cogne. Et quand ce chaos atteint un maximum la ville tombe aux mains des manifestants, des grévistes, là, c’est le drame. Tous les joueurs ont perdu.

Voilà.

C’est tout?

Et bien non Roger. Car il est probable, mais pas certain, qu’un des joueurs incarne un félon. Son but: que la ville tombe dans le chaos. Pour gagner, non seulement ce joueur doit avoir réussi à faire tomber dans la ville, oui, exactement comme Archipelago, mais en plus totaliser un capital minimum. S’il parvient à réaliser son objectif il s’en sort alors comme seul vainqueur.

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Et au fait, à combien y jouer?

A quatre joueurs, c’est le top. Voire à cinq. Moins d’interaction qu’à six, certes. Mais des discussions et des parties qui risquent moins de s’éterniser. A six le jeu devient injouable et long puisque bloqué par toutes les factions et leurs propres agendas.

Et VO? VF?

VF. Clairement.

Pour l’instant, décembre 2016, le jeu n’existe qu’en VO. Et on peut facilement s’attendre à une VF chez Asmodée dans pas longtemps.

La VO contient vraiment beaucoup, beaucoup de texte à lire. Les cartes en sont truffé. Les joueurs sont censés les comprendre pour mieux les utiliser. Sans parler des règles, denses et touffues. A moins que tous ne maîtrisent la langue de Donald Trump, mieux vaut s’armer de patience pour pratiquer la VF.

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Et alors, New Angeles, c’est bien?

Oui, pour plusieurs raisons.

D’abord, parce que c’est un pur gros jeu d’enfoirés. Et ça, c’est bien. Pourquoi?

Parce qu’il est possible qu’un des joueurs fasse tout pour jeter la ville dans le chaos et ainsi remporter la victoire tout seul. Bluff, contre-bluff.

Parce que chaque joueur doit être plus riche qu’un autre. Information gardée secrète. Alliances, trahisons, promesses non-gardées, coups bas.

Parce que le système de vote, de soutien, d’offre-contre-offre, permet des rebondissements et des coups de p… « j’ai dit avant que je soutenais ton offre, mais en fait non, va jouer dans le mixer »… Comme on dit dans les jeux d’enfoirés, et aussi en politique, les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

L’interaction est omniprésente. Un très bon point. Souvent tendue, elle peut parfois dégénérer et tourner au vinaigre. A ne pas forcément jouer avec vos meilleurs amis ou avec votre partenaire de vie…

Un autre point positif est la tension constante liée à tous les paramètres à gérer en commun: grèves, production, unités ennemies qui se parachutent sur le plateau (mafia & manifestants) et qui bloquent le ville, épidémie, pannes, événements, désordre civil qui progresse. New Angeles est presque un jeu coopératif. Presque. Car au final, opportuniste, il faudra réussir à jongler avec tout ce joyeux bordel pour parvenir à accumuler plus de richesse que son adversaire secret. Ou à ne pas se faire pécho si on incarne le traître.

Fable acerbe moderne de nos sociétés inégalitaires de ce début du 21e siècle, le jeu est d’un cynisme crasse et dresse le portrait d’un capitalisme vorace. Le profit avant le bien-être de la population. Occupy New Angeles! Des manifestants qui expriment leur désarroi, tandis que des corporations (vous) œuvrent dans l’ombre pour dégager le plus grand profit et suivre leurs objectifs financiers. A y regarder de plus près, notre réalité n’est pas si éloignée de la fictive New Angeles… La loi travail, le 49-3, RIE III, tout ça. On nage dans de la pure kleptocratie.

New Angeles soulève également une question éthique, un dilemme moral, une problématique politique (de polis, la ville en grec). Le bien-être personnel VS le bien-être collectif. Est-ce que la société est plus heureuse quand l’individu est heureux? Ou est-ce que c’est l’individu qui est plus heureux quand c’est la société toute entière qui l’est? Le fondamental clivage entre gauche et droite. Dans New Angeles, les joueurs seront confrontés toute leur partie à ce questionnement. Suivre son agenda personnel ou s’engager pour la collectivité. Dans un jeu coopératif le choix est évident. Tous les joueurs œuvrent ensemble pour relever les défis posés par le jeu et ainsi trouver la meilleure issue possible. Tous les joueurs gagnent ensemble, ou perdent ensemble. Dans les jeux compétitifs les joueurs doivent faire appel à leurs compétences mentales (raisonnement, anticipation, observation, mémoire, calcul, planification) pour remporter la victoire. Pour « battre » ses adversaires. Et se montrer ainsi supérieur aux autres.

Dans News Angeles le curseur vadrouille entre compétition et coopération. Faire passer l’intérêt général avant et résoudre les difficultés qui se présentent à tous (ressources à produire, manifestants, pannes, grèves, épidémies)? Ou faire de son intérêt personnel sa priorité, en ne suivant que ses propres objectifs (objectifs de fin de manche, de faction).

L’avidité ou la solidarité? Un dilemme cornélien constant et captivant. A chaque prise de décision, à chaque offre, contre-offre et soutien il faudra savoir se situer. Bref, sous un « bête » jeu de plateau composé de quelques cartes et de quelques figurines en plastique se cache en fait un redoutable vecteur d’interrogation éthique et politique. Vous n’en sortirez pas indemne.

Enfin, un autre élément passionnant, les conditions de victoire. Chaque joueur doit être plus riche qu’un adversaire gardé secret jusqu’à la fin. Comme dans Dead of Winter, il peut donc y avoir plusieurs vainqueurs. Et plusieurs perdants. Très fort!

Et alors, New Angeles, c’est vraiment, vraiment aussi bien?

Non.

Le jeu est trop long pour s’élever au panthéon des jeux nécessaires.  Alors certes, plus la partie avance et plus la tension augmente: être plus riche que son adversaire secret avant la fin de partie, contrôler la rue, le désordre civil qui ne cesse d’enfler pour ne pas se faire déborder, découvrir le félon (pour autant qu’il y en ait un). Mais poussif et répétitif, on ne fait que la même chose pendant 2-4h: jouer les pompiers pour contrôler tout ce joyeux bordel en participant aux votes/offres/soutiens. C’est sympa sur 2h. Pas sur 3-4h.

Et ce qui manque cruellement au jeu, c’est un univers. Oui, New Angeles se déroule dans la saga SF Android, plongé dans une ville imaginaire, futuriste et corrompue (par nous). Mais l’univers Android est trop diaphane. Si le tout se déroulait dans un véritable univers littéraire ou cinématographique connu, l’immersion serait plus complète et épique. Imaginez devoir gérer Coruscant, la Ville-Planète de Star Wars, ou le Los Angeles de Blade Runner. Le jeu gagnerait en texture, en saveur, en profondeur. Ici, tout sonne creux, vide, plat. Désolé FFG, mais Android ne transporte pas.

New Angeles est au final une pâle réinvention de l’excellentissime Battlestar Galactica. Sur lequel l’auteur a également travaillé en signant l’extension Daybreak. Comme si FFG avait voulu ressortir ce « Grand Ancien » de 2008, tout en jugeant que son univers était aujourd’hui passé de mode (en 2008 on était encore en plein dans la série qui s’est achevée en 2009). Dans Battlestar aussi il y avait des urgences à traiter et qui se manifestaient sur le plateau. Les fameux vaisseaux Cylons qui s’amassaient pour menacer le Galactica. Le ou les Cylons infiltrés dans l’équipage. La constante et captivante paranoïa. Mais là où BSG proposait une expérience ludique passionnante, New Angeles sonne creux et ne parvient pas à convaincre sur le long terme. Rares sont les jeux qui donnent envie d’arrêter avant la fin. New Angeles est l’un d’eux.

Mais encore

Si vous voulez mettre toutes vos chances de votre côté pour remporter toutes vos parties de New Angeles, vous devriez aller jeter un œil à ces quelques articles:

Comment avoir toujours l’avantage dans un jeu d’enfoirés

Ces 10 méthodes infaillibles pour repérer un joueur qui vous bluffe

Comment devenir un parfait négociateur pour gagner aux jeux d’enfoirés

Sinon, si vous aimez jouer en musique, même si ce n’est pas toujours conseillé, il y a cette playlist, parfaite. Civil Disobedience. Ça veut tout dire.

 

Vous pouvez trouver New Angeles en VO chez Philibert,

Et chez Ludikbazar.

Critique de jeu: Kingdomino. Un Meeple. Mon royaume pour un Meeple

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Kingdomino est sorti en avant-première à Essen 2016, puis dans les boutiques quelques semaines plus tard. Créé par Bruno Cathala et édité par Blue Orange, dès 8 ans, pour 2 à 4 joueurs d’une durée de 15 minutes. Mais vraiment 15 minutes.

Dans Kingdomino, les joueurs incarnent une reine (ou un roi) qui veut construire son royaume.

Et comment on joue?

C’est du domino. Mais personnel et pas en commun. Chaque joueur possède une tuile de départ, joker.

Chaque tour on fera l’acquisition de tuiles qu’on va devoir poser et faire coïncider en tout cas d’une case: désert contre désert, forêt contre forêt… Si l’adjacence est impossible, la tuile est défaussée. Avec l’autre restriction de devoir former une matrice de 5×5. Car oui, c’est un jeu de Bruno Cathala qui apprécie tout particulièrement les jeux matriciels. Tout ce qui dépasse est défaussé.

Et comment on obtient les tuiles?

On sort quatre tuiles face cachée. Tuiles qui comportent toutes un numéro différent. On les ordonne alors de manière croissante. Puis on les retourne. Pour le tout premier tour du jeu on tire un meeple au hasard. Le joueur choisit sur quelle tuile poser son meeple. Et ainsi de suite jusqu’à ce que tous aient joué. Puis, on ressort quatre nouvelles tuiles, face cachée, ordonnées, etc.

Le joueur qui a placé son meeple en premier, i.e. sur la tuile au chiffre le plus bas, choisit sur laquelle se placer dans la nouvelle sélection. Et la tuile qu’il « quitte » est la tuile qui vient alors composer son royaume et qu’on va devoir placer selon les règles (adjacence, matrice). Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de tuiles dispo. On procède alors au décompte.

Toute la subtilité du jeu repose sur ce système d’acquisition, presque une enchère somme toute. Se placer haut pour pouvoir choisir plus tôt ensuite? Sachant que les tuiles au chiffre élevé s’avèrent plus intéressantes.

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Et comment on gagne?

En fin de partie, on score toutes les couronnes multipliées par case/écosystème similaire. Donc placer des tuiles côte-à-côte c’est bien joli, encore faut-il pécho de la couronne. Et plus les chiffres des tuiles sont élevés et plus elles possèdent de couronnes.

Et à combien y jouer?

A 3 ou 4. A 2, chaque joueur pose deux meeples pour la phase d’acquisition, les pistes sont brouillées.

A 3 ou 4 on n’en a qu’un, c’est plus tendu. D’autant que le jeu se joue extrêmement vite, il n’y a aucun temps mort. On place son meeple pour acquérir une tuile, puis on la place sur son terrain. Voilà. Aucun temps d’attente, même à quatre joueurs.

Et avec qui y jouer?

Enfants? Adultes? Casu? Core?

Tous.

Les enfants dès 7-8 ans trouveront très sympatoche de voir leur royaume se construire, tandis que les joueurs adultes, mêmes chevronnés, s’amuseront à trouver les tuiles, les placements les plus rentables. Voire même à « contre-picker » des tuiles trop intéressantes pour les autres.

Core gamers, ne vous laissez pas fourvoyer par la couv plutôt bon enfant. Se tient là un jeu minimaliste qui peut parfois s’avérer d’une rare violence. « Et hop je te pique la tuile que tu aurais voulu. Tu veux ta coquille d’œuf, Caliméro? » Pas aussi sweet qu’il n’y paraît.

Y a du hasard?

Non, aucun.

Alors oui, on sort des tuiles à chaque tour, mais on peut plus ou moins choisir sur laquelle se placer. Et si on est le dernier à choisir, c’est qu’on était le premier au tour précédent. Équilibré.

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Alors, Kingdomino, c’est bien?

Oui, vraiment. L’un des meilleurs jeux de 2016.

Vraiment?

Oui. Car tous les publics pourront y jouer. Et que le jeu tient sur une quinzaine de minutes. Alors certes, c’est un filler. Un très bon gateway games. Si beaucoup de jeux de Bruno Cathala sonnent parfois creux, un peu trop légers pour vraiment passionner, Kingdomino n’est pas dénué d’intérêt pour autant. Et pas un jeu kleenex non plus. Même après 3-4 parties on aura toujours envie d’améliorer son score, sa maîtrise, l’aménagement de son royaume.

L’air de rien, comme ça, bim, Bruno Cathala vient juste de sortir une bombe ludique. Avec si peu, l’auteur nous propose un jeu surprenant, super et super prenant. Du pur gamedesign minimaliste. On dirait un jeu japonais. Mais créé par un Haut-Savoyard qui aime le reblochon. C’est vite vu, il a tourné non-stop pendant la soirée de décembre 2016 au Bar à Jeux de Genève et il a à chaque fois fait l’unanimité et remporté un franc succès.

Mini-format, mini-jeu, mini-prix (comptez une quinzaine d’euros) pour un maxi-plaisir (ouais OK je vous le concède, ça fait très pub pour une lessive des années 80). Kingdomino, comme d’autres, représente l’un des achats im-pé-ra-tifs de 2016.

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Mais encore

Le jeu mériterait de se voir doter d’extensions futures. Un peu à la manière d’un Carcassonne (mais sans pousser le bouchon aussi loin Maurice). Par exemple:

Une version encore plus fantastique, avec des créatures féeriques à devoir collectionner (licornes, fées) dans son royaume et qui augmenteraient les points finaux. Mais également quelques créatures malfaisantes (sorcières, trolls, monstres. Il y en a déjà) qui réduiraient les points. Comme les volcans du Petit Prince ou Oceanos et son Kraken par exemple. La majorité morfle.

Un crossover avec Takenoko de son confrère Bauza. Une figurine de panda qui se baladerait parmi les joueurs. Chaque fois qu’un joueur poserait une tuile sur laquelle se trouverait un panda, il se saisirait de la figurine. Qui pourrait valoir cinq points supplémentaires en toute fin de partie. Parce qu’avoir un panda dans son royaume, c’est swag.

Des nouveaux pions/meeples/personnages qui pourraient se balader par-ci par-là. Des marchands, des fermiers, tout ça. Sans tomber dans Carcassonne non plus. Même des ingénieurs qu’on pourrait placer entre deux tuiles non-complémentaires et qui pourraient faire « le joint ». Personnages qu’on obtiendrait en faisant l’acquisition de certaines tuiles: académie pour les ingénieurs, ferme pour les paysans, marché pour les… OK vous avez compris.

Une variante pour jouer en solo. Parce que.

Une variante pour y jouer jusqu’à 8, avec deux boîtes. Moi je dis BANCO! Vu le prix du jeu, une quinzaine d’euros, en dépenser trente en tout pour faire jouer 8 personnes en même temps, c’est tout à fait acceptable! Vous vous imaginez les repas de Noël hystériques, entre tofu turkey et la bûche vegan?

Des murailles. Pour défendre son royaume. La plus longue rapporterait des points.

Une version XXL avec de grandes et grosses tuiles. Pour frimer en société.

Une version plus post-féministe, moins neo-macho. Queendomino. Car oui, pourquoi un roi après tout, surtout au 21e siècle, entre Merkle et Hillary? Bon OK, du coup le jeu de mot avec Kingdom/Kingdomino ne fonctionne plus…

Bref. Vu le potentiel du jeu, espérons que Bruno continue sur sa lancée.

Mais encore, si entre deux tours vous ne savez pas quoi faire, profitez-en pour observer les tuiles de très près, elles sont bourrées de détails croustillants et chatoyants. Des personnages, des créatures, des Easter-Eggs.

Mais encore, vous pouvez affiner l’analyse du jeu avec un dossier spécial dans le tout dernier Plato de décembre 2016, le numéro 92, avec justement Kingdomino en couv et une interview-fleuve de l’auteur.

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Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

 

ps la citation: « un meeple, mon royaume pour un meeple » est une adaptation ludique de la pièce Richard III de Shakespeare: « Un cheval! Un cheval! Mon royaume pour un cheval! »

Critique de jeu: Scythe. La quintessence du 4X

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Scythe est sorti en VF chez Morning en octobre 2016 pour Essen. Cette critique sera sur cette édition-ci et pas sur la nouvelle de Matagot, prévue pour 2017.
Scythe a été créé et édité par le talentueux Jamey Stegmaier (Euphoria), grâce à un financement participatif lancé en octobre 2015. Qui a levé un tout petit peu moins que deux millions. Deux millions, joli.

Pour 1 (!) à 5 joueurs, d’une durée de 115 minutes. Mouaif. Comptez plutôt 180.

XXXX

Non, ce n’est pas du porno.

Scythe, c’est la quintessence du 4x. 4x pour, selon Wikipedia:

  • Exploration – Le joueur doit envoyer des éclaireurs dans les territoires non découverts environnants le lieu de départ du jeu.
  • Expansion – Le joueur doit agrandir son territoire en établissant de nouvelles colonies ou en étendant son influence sur des colonies existantes.
  • Exploitation – Le joueur doit récolter les ressources des zones qu’il contrôle et maximiser leur utilisation.
  • Extermination – Le joueur doit attaquer et éliminer ses rivaux que ce soit militairement ou par un autre moyen.

Autrement dit, on se (dé)place sur le plateau, on extrait des ressources sur chaque terrain spécifique (un peu à la Colons de Catane), on se développe (améliorations, un peu à la Great Western Trail), et on met des tatanes dans les gencives de ses petits camarades. Triste fable de certaines politiques voraces et géopolitiques contemporaines…

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Et comment on joue?

Le tour d’un joueur dure trente-six secondes, voire moins. On commence par déplacer son pion « action » sur son plateau personnel. On ne peut pas le laisser sur la même action pour la refaire. Il y a quatre actions disponibles:

déplacement de ses unités sur le plateau: personnage, Mechs et ouvriers

soutien: avancer sur la piste de force militaire. Une ressource nécessaire pour les combats

commerce: acquérir des ressources à choix, n’importe lesquelles

produire des ressources sur les terrains occupés

Sachant que chaque action a un coût, souvent en pièces de monnaie, et qu’elle offre deux possibilités. La « principale », qu’on doit effectuer en premier, puis la seconde, souvent une construction: Mechs, bâtiments, amélioration de son plateau ou recrue (pour activer la mécanique de « voisinage » que nous présenterons plus tard). On peut activer l’une, l’autre, aucune ou les deux actions l’une après l’autre.

Voilà, c’est tout. Simple. Fluide.

Et comment on gagne?

Scythe reprend plusieurs mécaniques d’Euphoria, le précédent jeu du même auteur/éditeur. Le but est de placer ses six étoiles. En réalisant six objectifs sur dix: construire ses quatre Mechs. Atteindre le max en Popularité. Atteindre le max en force militaire, remporter des combats (max 2). Si dans Euphoria il fallait être le premier à placer ses dix étoiles pour remporter la partie, ce n’est pas vraiment le cas dans Scythe.

Dès qu’un joueur a placé ses six étoiles, la partie prend immédiatement fin. Sans pour autant la remporter. On fait alors le décompte des terrains occupés, des pièces de monnaie possédées, des étoiles placées et des paires de ressources produites encore présentes sur le plateau. Avec une tabelle de points indexée selon l’avancée sur la piste de popularité. Autrement dit, plus on est populaire et plus on remporte de points. Oui, comme dans la vraie vie…

Mais faisez gaffe!

Dans la plupart des jeux de civilisation, de développement, on aura parfois tendance à se concentrer sur son propre développement. Parce que ça fait drôlement plaisir de voir sa faction, son pays s’améliorer. Dans Scythe, ce n’est pas ce qui fait gagner. On parvient certes ainsi à peine placer 2-3 étoiles (toutes les améliorations débloquées, toutes les recrues engagées…), mais c’est n’est pas suffisant.

Non, dans Scythe, ce qui rapporte beaucoup de PV en fin de partie ce sont les territoires contrôlés. Ne laissez pas un joueur s’étendre en toute impunité, cela le propulserait vers la victoire.

Levez le nez de votre plateau personnel pour prendre le temps de bien observer le plateau commun. Vous pourrez y découvrir des stratégies adverses expansionnistes. Et si vous voulez gagner, faites ça. Essayez de pécho le plus de régions, mais restez discrets.

Une stratégie efficace, mais coûteuse en ressources et en temps, augmenter très rapidement le nombre de ses ouvriers et les placer un peu partout sur la carte. Triple avantage:

  1. Si les autres joueurs veulent les repousser ils perdront à chaque fois un point de popularité (sauf s’ils jouent les Polonais. L’un de leurs Mechs leur permet d’éviter cette redevance).
  2. Non seulement vous occuperez les terrains pour des PV en fin de partie mais vous pourrez en plus en extraire leur ressource.
  3. Cela ralentira les autres joueurs puisqu’ils devront interrompre leur mouvement, bloqués par vos ouvriers.

XXXXL

Scythe, c’est aussi un jeu XXXXL. Bourré d’éléments astucieux, frais et originaux.

Pour son univers, d’abord. On joue en Europe dans une première guerre mondiale uchronique, mécanique, technologique, avec des Mechs, des gros robots impressionnants. Et les illustrations sont juste incroyables. On s’y croirait presque.

Pour son aspect narratif. Le plateau propose des rencontres, des jetons qui demandent que l’on pioche des cartes et qui immergent le joueur dans une réalité bien vivante. On doit alors prendre une décision entre trois possibilités, décision qui fera gagner ou perdre des éléments selon le choix retenu. Et hormis les trois choix, aucun texte d’explication de la situation. L’auteur le précise, une image vaut mille mots. Donc un aspect narratif conséquent.

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Pour son matériel, aussi. Somptueux. De magnifiques figurines en plastique différentes selon les factions: Mechs, personnage principal. Avec des bâtiments en bois plutôt sobres (moulin, monument, etc)

Pour ses règles, ensuite. Extrêmement didactiques. Elles sont épaisses, denses. Mais au final, comme un jeu FFG, elles sont simples, claires, instinctives et ergonomiques. Difficile à croire quand on découvre le jeu pour la première fois, mais elles s’expliquent en une poignée de minutes à peine. Comptez six minutes trente-deux. Montre en main.

Pour ses différentes mécaniques de jeu, enfin. Tout est fluide et bien imbriqué.

Pour son côté presque asymétrique. En effet, chaque faction possède son propre départ, argent, bonheur, force militaire, un pouvoir générique permanent et deux pouvoirs de Mech spécifiques. Sur quatre. Deux pouvoirs étant partagés par tout le monde: déplacement amélioré et traversée des rivières. Ainsi que des actions aux coûts différents. Ce qui rend le jeu extrêmement varié. Et ce qui permet également de revenir au jeu en essayant d’autres factions.

Pour sa prise en main proposé par les éditeurs. Les règles paraissant épaisses et complexes, les éditeurs ont choisi de tout faire pour permettre aux joueurs de rentrer dans le jeu rapidement. Il y a donc: une aide de jeu par joueur, peut-être un peu trop sommaire, et surtout, des conseils pertinents de départ pour les premiers tours. Ainsi qu’un guide démarrage rapide, avec un rappel des éléments principaux: mise en place, règles. Tout est fait pour améliorer la prise en main.

Pour sa mécanique de « voisinage ». En effet, au fil du jeu on peut engager des « recrues ». Autrement dit, déplacer des pions sur son plateau personnel pour activer des bonus octroyés lorsque ses deux voisins directs effectuent certains actions spécifiques. IFTTT, If This Then That. Tu joues ceci, je gagne cela. Ce qui augmente l’interactivité du jeu.

Pour sa mécanique de combat, très très simple: une roue de dépense de force militaire et une carte militaire qu’on peut rajouter par Mech/personnage présent dans le combat. Le tout choisi secrètement. Et après révélation, la valeur supérieure remporte la rencontre. Voilà. Simplissime. Fluide. Tendu.

Pour sa mécanique d’usine. Au centre du plateau se trouve une usine. Neutre. Quand son personnage (ni Mech ni ouvrier) s’y rend pour la première fois on a alors accès à une action supplémentaire à choix qui restera disponible jusqu’à la fin de la partie. Une carte qu’on rajoute à son plateau personnel d’action. Plus vite on se rend à l’usine et plus aura de choix dans le paquet puisqu’avant la partie on tire un nombre de cartes équivalent au nombre de joueurs +1. Et qu’en toute fin de partie, l’usine compte comme trois terrains. Elle représente par conséquent un enjeu majeur et une source de tension constante.

Pour sa fiche de réussites. Pas un élément crucial, mais qui rajoute un petit côté « Legacy ». On peut y inscrire son nom quand on a « débloqué » une victoire: les premiers vainqueurs avec chaque faction, les premiers vainqueurs de l’année, les premiers vainqueurs avec la meilleure odeur de pieds, les premiers vainqueurs capables de yodler avec un accent portugais. Le tout fait très leaderboard des jeux d’arcade des années 80.

Interaction?

Evidemment omniprésente. 4X, il faudra contrôler des territoires. Faire de la place. Repousser les autres. Leur piquer des ressources. Et puisque le premier joueur à avoir placé ses six étoiles met fin à la partie, s’installe à la table une mécanique de course effrénée. Et six étoiles, c’est peu, c’est court, c’est chaud.

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Les différents personnages des cinq factions disponibles. Très organiques et animaliers.

Et à combien y jouer?

A beaucoup. Vraiment beaucoup. Car le plateau n’est pas différent selon le nombre de joueurs. Donc plus on est de Mechs et plus on rit (enfin, jusqu’à ce que l’un d’eux vous mette la misère). Oui, il y a une règle pour y jouer en solo, mais soyons lucides, c’est un joke. Donc prévoyez d’y jouer dès quatre joueurs.

Et comme le tour d’un joueur dure environ trois secondes et demie, même au max, à cinq (ou sept, avec l’extension, nous en parlerons plus bas), on ne s’embête pas entre les tours. Et encore moins avec la mécanique de « voisinage » puisqu’il faut suivre ce que font ses voisins pour ne pas louper les bonus potentiels.

Tout est bon dans le cochon tofu?

Scythe est-il aussi bon que cette critique semble l’avancer?

Oui.

Encore faut-il quand même relever trois éléments qui peuvent surprendre ou décevoir, c’est selon.

  1. Les pouvoirs adverses
  2. La toute relative offensive
  3. La myriade de mini-règles

Les pouvoirs adverses

Comme vu plus haut, l’un des aspects incroyables du jeu est la personnalisation exacerbée de chaque faction. Elles sont toutes vraiment différentes. Tellement différentes en fait que ça devient difficile de suivre et de se souvenir de toutes ces différences. Entre les deux pouvoirs de Mechs et le pouvoir générique, surtout dès quatre joueurs, on risque d’oublier ceux des autres. Faites le calcul, à cinq joueurs ça fait douze pouvoirs (4×2 + 4×1) autres à se rappeler. Plus les siens qu’on pourrait également oublier. Et encore faut-il suivre les Mechs construits par tous.

Bref.

Tout ça pour dire qu’on risque bien vite d’être dépassé et surpris quand un joueur utilisera l’un des Mechs pour apparaître d’un lac, ou disposer d’un bonus d’attaque qu’on n’aura pas vu venir.

Comment y remédier? Faites une photocopie des pages 15-17 pour tous les joueurs, pages qui présentent les différents Mechs et leur pouvoir spécifique. Ainsi que la page 21 pour les pouvoirs des factions. Ceci permettra à tout un chacun de mieux suivre la partie.

La toute relative offensive

Non, Scythe n’est pas un jeu de baston. C’est plutôt un jeu d’intimidation. On passe sa partie à gonfler ses biceps pour décourager les autres à vous chercher des noises (j’adore cette expression). On construit des Mechs, on avance dans la force militaire, on collectionne les cartes combat. Tout est fait pour dissuader ses voisins de table. D’autant que le combat est cher, très cher. Il faut dépenser de la force militaire, qu’il va falloir récupérer plus tard. Et si on attaque des ouvriers, ceux-ci vous font perdre de la popularité (parce que ce n’est pas très très gentil). Ce qui ne vous pousse pas vraiment à combattre.

De plus, seuls deux combats maximum permettent de placer une étoile (sauf si on joue les Saxons/Allemands, on n’est alors pas limité. Forcément), donc hormis le fait de ralentir et repousser les autres, les combats ne sont pas toujours avantageux.

Non, Scythe n’est pas un jeu de baston. On pourrait le penser, vu toutes les fig qui se baladent sur le plateau, mais au final, le 4e X, extermination, est très peu présent parce qu’extrêmement coûteux. C’est déroutant.

La myriade de mini-règles

Si la règle s’explique en quelques poignées de minutes, il n’en reste qu’elle est bourrée de détails. Détails qu’on ferait vite d’oublier une fois le nez dans le guidon. Notamment:

Usine: on ne peut obtenir une carte que si on y demeure avec son personnage.

Déplacement amélioré: ne concerne pas les ouvriers.

Bonus de « voisinage »: on n’en bénéficie que lorsque les voisins font l’action du bas, pas du haut.

Combat: on ne peut rajouter qu’une seule carte par unité présente. Unité = Mech + personnage. Pas ouvrier.

etc. etc.

Tant de mini-détails qui, si négligés, risquent de déséquilibrer le jeu. Pour éviter cet écueil, le mieux est de s’assurer qu’un ou plusieurs joueurs à la table connaissent la règle sur le bout des doigts.

Alors, Scythe, c’est bien?

C’est simple, Scythe est l’un des meilleurs jeux de 2016. Pour autant qu’on apprécie les gros jeux de développement et de contrôle de territoires de plus de 2h aux règles riches et denses, tout en étant extrêmement fluides et instinctives. Un énorme kudos à l’éditeur de la VO de proposer une prise en main et une ergonomie extrêmement efficaces. Un modèle dans le genre.

Les parties sont prenantes et exigent de se triturer les neurones. Quelle prochaine action choisir? Rusher sur les ressources pour s’améliorer plus tard? S’étendre sur le plateau et asseoir une hégémonie territoriale? Améliorer sa faction, et comment? Quelle stratégie suivre? Quelle est celle des autres, et comment s’y adapter? Des choix cruciaux. Douloureux. Exaltants.

Et la trad de Morning? Un seul mot: excellente!

Pour conclure, autant le matériel que les illustrations permettent une immersion conséquente. Et le thème, renforcé par les cartes rencontres, développe un aspect narratif intense. Un jeu puissant.

Et maintenant?

Fin 2016 Morning a cédé les droits pour la VF. A Matagot. Qui va donc reprendre le flambeau et sortir une nouvelle édition tout prochainement. Si vous possédez la VF de Morning, c’est donc un collector puisque cette version ne sera plus éditée.

D’autant que la VF est à l’heure actuelle épuisée un peu partout. Il va falloir attendre la nouvelle VF Matagot pour pouvoir y jouer. En parlant de Matagot, nous les avons contactés pour savoir quand leur version allait sortir et ce qui allait changer. Découvrez leur interview juste plus bas.

Mais encore

Une extension est déjà sortie, qu’en VO pour l’instant. Invaders from Afar. Envahisseurs de très loin. Elle ne fait que rajouter deux factions supplémentaires, les « Irlandais » et les « Japonais ». Deux factions très orientées combats qui viennent rajouter une tension belliqueuse autour du plateau et renforcer le 4e X.

Avec cette extension on peut désormais jouer à Scythe à six ou sept joueurs. Sept joueurs. Sur le même plateau. OMFG. Nous ne l’avons pas encore essayée, mais c’est prévu dans un avenir très, très proche. J’imagine les parties massives et épiques à sept joueurs… Miam!

Et au fait, pourquoi ce titre sibyllin, Scythe? Scythe, c’est une faucille. A prononcer Saï-th. La faucille, l’outil qui symbolise le mélange entre le travail de la terre, l’exploitation des ressources, et l’aspect belliqueux. Tout est dit.

En attendant la VF de Matagot pour avril 2017, vous pouvez encore trouver celle de Morning qui se balade.

Chez Philibert,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Interview

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Matagot vient donc de récupérer la VF. Curieux de nature, nous leur avons posé quelques questions.

Bonjour Stefan Brunelle, chargé de communication auprès de Matagot. Merci d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Vous venez d’annoncer la réédition française pour Scythe. Alors que la VF était déjà dispo chez Morning en octobre 2016. Racontez-nous comment cela s’est passé?

Nous sommes désormais directement présents aux États-Unis via Stefan, Arnaud et Zongxiu de Surfin’ Meeple notre distributeur exclusif là-bas, nous avons donc eu l’occasion de mieux et directement connaitre Stonemaier. Nous avons aussi toujours eu de bons contacts avec l’équipe Morning. Pour des raisons qui leur appartiennent, ils ne pouvaient pas continuer à éditer le jeu en France et comme Matagot a de plus construit une petite réputation en localisation (Orleans, Brains, Animals on board, Istanbul, Junta…) les gens concernés se sont tournés vers nous. Il a fallu ensuite faire preuve de réactivité car le prochain tirage était prévu pour avril 2017.

Qu’est-ce qui vous a plu dans le jeu, au point de vouloir en proposer une nouvelle édition?

Scythe est un peu spécial, habituellement, nous participons dans la mesure du possible avec tous les éditeurs qui nous donnent l’occasion de travailler sur un de leurs titres. Nous faisons de même avec les éditeurs qui traduisent nos jeux, leurs différentes approches améliorent les chances des jeux proposés à une meilleure représentation. Ceci étant dit, chaque jeu qui mérite d’être édité a sa propre approche. Junta méritait une réédition plus moderne, Mmm ! gagne à être connu, Lanternes…Yéti…Tout ça pour en arriver à Scythe, qui a déjà bonne réputation. Le défi sera très différent, le travail autour du jeu sera nouveau. C’est un gros titre, le jeu ne vient pas de nous directement, les gens l’attendent.

En tant que joueurs, nous étions déjà convaincus. Plusieurs du staff Matagot voient arriver ce jeu avec beaucoup de joie. Ça ne répond pas vraiment à la question, mais donnez-lui une chance, jouez une partie, vous allez comprendre assez rapidement pourquoi l’offre de travailler sur ce jeu est une évidence pour qui connait l’équipe Matagot.

Qu’est-ce qui changera dans la version Matagot?

Très vite nous avons mis en place un plan avec Jamey pour rediriger une partie de la production américaine vers la France. L’équipe s’est battue jour et nuit car même si sur un planning de moins de dix jours nous ne pouvions pas introduire de gros changements, nous voulions intégrer le maximum d’errata et mettre notre petite touche sur la VF. Par exemple, nous aurons le plaisir de piloter des « Méchas », car les filles jouent aussi à Scythe! Et pas des Mechs. (rires)

Pour quand est prévue la sortie de votre version?

Nous prévoyons de l’avoir en stock fin mars, donc avril disponible partout en boutique.

Et quid des extensions, pas encore traduites? Avez-vous prévu de les sortir également en VF?

Pour Scythe nous avons l’intention d’agir comme avec nos propres jeux, si une extension est disponible, nous voulons l’offrir. Pas de dates pour l’instant, tous nos efforts vont vers le jeu de base jusqu’à nouvel ordre.

Critique de jeu: Le Trône de Fer, la Main du Roi. La Primaire de Bruno Cathala

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Le Trône de Fer, la Main du Roi est sorti en anglais chez FFG en novembre 2016. Pas encore de VF prévue, mais ça ne saurait tarder (chez EDGE? Asmodée?). La Main du Roi est un petit jeu de cartes malin pour 2 à 4 joueurs, d’une durée max de 30 minutes.

Comme son nom l’indique, le jeu se déroule dans l’univers du Trône de Fer. Les joueurs « incarnent » Varys qui essaie de pécho le plus de familles pour obtenir la plus grande influence et devenir la nouvelle prochaine Main du Roi aka le premier ministre, pour faire simple. Une primaire, somme toute. Fillon, Valls, tout ça.

Et comment on joue?

On pose toutes les cartes en matrice. A son tour, on déplace la carte Varys tout droit, à l’horizontal ou à la verticale. Avant le déplacement, on commence par annoncer la famille d’arrivée choisie. On se saisit de la famille de destination, ainsi que toutes celles pareilles qui se trouvaient sur son trajet.

Si on en possède la majorité à la table, on reçoit aussitôt le blason de la famille correspondante.

Voilà, c’est tout.

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Et comment on gagne?

Quand Varys ne peut plus se déplacer parce que la matrice est épuisée, le joueur qui possède le plus de blasons remporte la partie.

On passe donc sa partie à trouver le meilleur déplacement pour prendre le plus de cartes et en compter plus que ses voisins.

Un simple jeu de majorité.

Simple, vraiment?

Non.

C’est un jeu Bruno Cathala après tout. Il faut donc s’attendre à un petit côté taquin. Avec des cartes spéciales bonus. Dès qu’une famille a été enlevée de la table, on peut aussitôt se saisir et activer l’une des six cartes bonus visibles: voler une carte aux autres, déplacer des cartes dans la matrice, tuer/défausser des cartes, etc. Une mécanique qui rajoute de l’interactivité et du piquant au jeu.

On reconnaît bien ici la patte de l’auteur haut-savoyard qui affectionne tout particulièrement les cartes spéciales et malicieuses. Une marque de fabrique que l’on retrouve dans nombre de ses jeux.

 

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VF? VO?

La VF ne va certainement pas tarder. Attendre? Craquer pour la VO?

Il faut savoir que la VO n’est pas du tout compliquée. Les règles font à peine quelques lignes, et encore, tout est résumé dans cet article. Il faudra juste être capable de libre les six cartes bonus disponibles à la vue de tous. Et encore, qui ne contiennent qu’une ou deux phrases. Pas une sinécure non plus.

Et à combien y jouer?

Le jeu est prévu de 2 à 4 joueurs. A 2 joueurs on contrôle beaucoup plus le jeu, on peut anticiper sur son prochain coup, il devient (presque) plus stratégique.

A plus, le plateau change beaucoup plus rapidement, il faudra réinventer tous ses coups. On tombe plus sur un jeu tactique. Mais à 3-4 il y aura évidemment plus d’interaction, de tension due à une course aux blasons plus ardue.

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Alors, c’est bien?

Soyons honnêtes. Bruno Cathala est une icône du jeu de société. Tout ce qu’il crée, tout ce qu’il touche se transforme en carton ludique. On consomme un jeu Bruno Cathala (aussi? Surtout?) pour le nom de son auteur. On nage en pure starisation. Même si le jeu est parfois moyen. Ce qui est le cas ici.

Attention, je ne dis pas que le jeu est mauvais. Non. Juste qu’il est un « filler », un de ces jeux-remplissages qu’on joue entre deux autres, pour remplir une soirée. On déplace Varys, on essaie d’avoir la majorité des familles. C’est tout. Le jeu est très, très léger. Creux. Un jeu kleenex? Pas loin. Parce qu’après 2-3 parties, on en aura vite fait le tour. Et qui pourrait bien finir sur une étagère à prendre la poussière.

La Main du Roi est un pur Gateway Games, un jeu tout doux pour commencer tout en douceur dans le hobby. Mais un jeu qui ne casse pas non plus trois pattes à un direwolf (=loup-garou en VF. Non mais allô quoi).

A relever, les superbes illustrations, signées par le talentueux Mihajlo Dimitrievski. Qui aime visiblement beaucoup les poitrines généreuses…

Le Trône de Fer: la Main du Roi surfe clairement sur le succès de la saga de RR Martin. On pourrait remplacer les différentes familles par des mafieux ou des grenouilles que le jeu aurait été pareil. Mais évidemment beaucoup moins sexy slash vendeur. Et comme FFG détient les droits des adaptations ludiques du TdF, ils n’allaient pas se priver.

Cette critique me laisse quelque peu perplexe. Vaut-elle vraiment la peine? Au fond, La Main du Roi est un petit jeu d’apéro sans grande prétention. Petite boite, petit matériel, petit prix (une dizaine d’euros). On ne peut pas non plus le comparer avec des jeux d’autres envergures. Si on le prend pour ce qu’il est, un jeu léger, rapide, facile, malin, La Main du Roi remplit sa fonction.

Mais encore

Dissection

Nous avons disséqué le cerveau de Bruno Cathala. Et voici ce que nous avons trouvé. Une matrice. Ses synapses sont organisées en matrice. La preuve, énormément de ses jeux le sont également. Certainement une manifestation de ses circonvolutions neurologiques…

Five Tribes. Les terrains composent une matrice et on déplace ses meeples dessus.

Mr Jack Pocket. Les rues de Londres composent une matrice et on déplace Holmes, Watson et le chien tout autour.

La Main du Roi. Les familles composent une matrice et on déplace Varys au travers.

Haru Ichiban. Les nénuphars composent une matrice sur un étang. Nénuphars que l’on déplace pour former des alignements. Une sorte de Morpions végétal. Numérique et IRL.

Tong. Un jeu gratuit en téléchargement avec des insectes placés en matrice et un caméléon qui tourne autour. A la croisée entre Mr Jack Pocket et La Main du Roi.

Longhorn. Des terrains disposés en matrice sur lesquels on déplace son bétail. Avec une mécanique Awalé. L’ancêtre de Five Tribes.

Le Petit Prince. Une planète qu’on construit en draft et en… wait for it… matrice.

Okiya (ou Niya, c’est selon). Avec des paysages placés en matrice. Et on essaie de réaliser des groupes, des alignements avec ses personnages/geishas. Pas loin de Haru Ichiban (déjà avec le thème japonisant).

J’en ai oublié?

 

Sinon, avec la sortie imminente du nouveau film Star Wars, Rogue One, voici un petit extrait (à la qualité vidéo minable…) de Spaceballs (1987). Qui se moque bien du merchandising. Et de tous les jeux qui surfent sur des licences.

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert.

Critique de jeu: Great Western Trail. Exaltant

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Great Western Trail (GWT) a été créé par Alexander Pfister, le talentueux auteur qui a déjà pondu le blockbuster de 2015 (et début 2016 pour la VF) Mombasa. Bref, désormais un garçon à surveiller. De très, très près.

Great Western Trail est co-édité par les Allemands d’Eggertspiele et les Américains de Stronghold Games. Sorti en octobre 2016 à Essen en VO, allemand & anglais. Pour 2 à 4 joueurs, dès 12 ans, d’une durée de 90 à 150 minutes. Mais comptez plutôt le double, surtout lors de vos premières parties.

Et ça parle de quoi?

Dans GWT les joueurs incarnent des ricains au 19e siècle qui participent au développement industriel de Kansas City et environs. Le Missouri, l’Arkansas, tout ça. Pas vraiment le far-west non plus. Et qui doivent transporter un cheptel de vaches des ranches du Texas à Kansas City.

Le but étant de développer le chemin de fer, l’élevage de bétail et l’urbanisation. Alors bon, évidemment, nous sommes dans un jeu à l’allemande. Dans un gros jeu à l’allemande. Dans un très gros jeu de gestion à l’allemande. Autrement dit, le thème est relégué au second plan au profit de mécaniques ludiques ripolinées. Non, on ne se sent pas véritablement plongé dans un contexte immersif et prenant. Oubliez le storytelling. Mais on n’est pas là pour ça.

Et comment on joue?

Impossible d’expliquer GWT en quelques mots. Ni ici, ni IRL. Il faut y jouer. Se lancer. Il y a tellement, tellement, tellement de mécaniques diverses et variées qu’il paraît pratiquement impossible de tout couvrir.

Essayons.

En (très) gros (veuillez excuser nos raccourcis): GWT est un mélange entre pose d’ouvrier (un seul) sur un itinéraire spécifique sur lequel on va construire (Caylus rencontre Egizia/Francis Drake), et deck-building à la Dominion (en achetant des cartes « bétail » améliorées).

A son tour, on déplace son meeple sur un chemin et sur des bâtiments qu’on va activer. Voilà. Si l’on a joué des cartes « bétail » de sa main, on en reprend pour en avoir 4. Et à son prochain tour, son meeple doit être déplacé plus loin sur la piste. Il ne peut revenir en arrière. Voilà. En (très) gros.

Y a du hasard?

Non.

Ou alors juste dans sa main de cartes « bétail ». Et encore, on peut changer sa main avec certaines actions.

Great Western Trail est un très gros jeu stratégique. On peut plus ou moins planifier ses 5 prochains tours. Avec la petite surprise des cartes en main. Qu’on peut plus ou moins contrôler. Ça change de l’abondance de jeux tactiques sortis en 2016. Donc non, pas de hasard.

On gère quoi, au fait?

Les cartes: comme dans tout deck-building on commence avec des cartes moisies. Puis on peut plus tard faire l’acquisition de meilleures cartes. Qui coûtent cher.

Les assistants. Il y en a trois types: les cowboys, qui aident à l’achat des cartes « bétail ». Les ingénieurs, qui permettent de développer le rail. Les ouvriers, qui permettent de construire des bâtiments.

Des PV bien sûr, qu’on amasse au fil de la partie.

Des améliorations de ses actions personnelles.

L’argent, surtout, le nerf de la guerre. En quantité très très limitée. Ce sont les cartes qui permettront de récolter de l’argent quand le bétail sera vendu à Kansas City.

Interaction? Pas interaction?

Plutôt pas. Ou très peu. Très froide, en tout cas. Mais omniprésente. On peut poser des bâtiments pour ralentir le passage des autres, voire même leur exiger une taxe de passage. Course aux PV bien sûr, bien qu’il n’y ait pas de piste des scores visible. Course au bétail, en sélectionnant les meilleures races de vaches avant les autres. Acquisition d’assistants moins coûteux, aussi.

Encore un de ces jeux qui va diviser la communauté ludique. Certains diront qu’on peut jouer à GWT tout seul dans son coin. Tandis que d’autres voix s’élèveront pour apprécier son interaction subtile, certes pas rutilante mais toute en finesse.

Si on ne peut pas faire péter une ogive nucléaire sur la ferme de son voisin, l’interaction dans GWT est omniprésente. Différente certes, mais néanmoins omniprésente. Avec cette question constante: quelle est la stratégie que les autres suive? Une orientation bétail? Bâtiments? Chemin de fer? Mixte? Ne pas lever le nez de son plateau personnel empêcherait de suivre la progression de ses voisins. Et contrecarrerait toute forme d’adaptation.

Risqué.

J’ai mes règles

Pour l’instant (décembre 2016) le jeu n’existe qu’en VO, allemand et anglais. Comme tout le matériel est bourré de picto et qu’il n’y a aucun texte, le jeu peut tout à fait se pratiquer en VO.

Ou pas du tout en fait.

Car les règles sont hyper touffues, hyper denses. Si elles se résument assez facilement (cf ci-dessus), dans le détail elles sont vraiment ardues et bourrées de détails.

Et les picto. Il y en a des milliers. OK on n’a pas vraiment compté, mais quand même. Et pour les comprendre pendant ses 1-2 premières parties, il faut se préparer à avoir le pif plongé dans les règles. Ce qui ne dérange pas trop pour un jeu d’une taille et d’une complexité pareilles. Si les joueurs ne maîtrisent pas la langue de Donald Trump ou Angela Merkle, il faut juste oublier. Il y a tellement de petites règles qu’on aurait tôt fait de se planter. Ca serait dommage. Autant attendre la VF confirmée chez Gigamic pour avril 2017.

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Alors pourquoi c’est tellement bien?

Great Western Trail est l’un des meilleurs jeux de 2016 (et 2017 quand il sortira en VF). Si ce n’est le meilleur. D’une richesse et d’une complexité rares. Alors évidemment, à ne pas mettre entre toutes les mains. Le jeu s’adresse vraiment à un parterre de connaisseurs, de joueurs experts, exigeants, prêts à se triturer du neurone. De ceux qui s’éclatent à Through the Ages, Scythe ou les gros jeux d’Uwe Rosenberg.

Et pourquoi c’est tellement bien, si c’est juste un mélange entre Caylus et Dominion? Parce que le jeu présente, entre autres, deux mécaniques savoureuses et exaltantes:

La rareté.

Le choix.

La rareté, une mécanique connue dans la plupart des jeux de société qui en usent et abusent: temps, ressources diverses. Pareil dans GWT. On passe sa partie à se battre avec le manque d’argent et ces satanées cartes vaches. La corde au cou. Du coup on se sent propulsé dans un combat épique. Contre le jeu et contre soi-même.

Le choix. Ou leS choiX, plutôt. Puisqu’il y en a six cent mille. Environ. Quel assistant prendre? Combien? Quelle stratégie adopter? Sur quel bâtiment se déplacer? Lequel construire? Quand? Quelles améliorations préférer? Tant de questions à se poser. Tant de choix cruciaux à faire. On se sent alors investi dans la partie. Sortez l’aspirine, vos synapses vont souffrir.

Si le jeu annonce des parties de 150 minutes, à quatre, comptez plutôt le double. Mais plongé dans le Flow, cette zone du bonheur et de l’intensité, on aura l’impression qu’elle aura duré dix minutes. Avec le besoin urgent d’aller pisser depuis quatre heures qui prouvera que non, non, ça fait quand même plus que dix minutes en fait.

Ne cherchez plus, Great Western Trail est l’un des meilleurs jeux de 2016!

Le seul hic du jeu, et il faut le souligner: un plateau hyper chargé. Pas toujours lisible. Et à mesure que la partie avance le plateau devient de plus en plus encombré. Ça pique les yeux. Les forêts, pas très claires (un bâtiment confère un bonus pour tous ses bâtiments jouxtant des forêts. Encore faut-il toutes les forêts), les bonus de tous les côtés (risques, drapeaux, croisements…) qu’on aura tôt fait de négliger. Un plateau pas très ergonomique, soyons honnêtes. Mais vu la richesse et la complexité du jeu, difficile de faire mieux. L’éditeur, le graphiste et l’illustrateur ont fait leur maximum pour offrir une certaine lisibilité.

Et à combien y jouer?

Toutes les config sont bonnes. A deux la partie sera plus courte, intense. Même à quatre le jeu est excellent et ne connaît pas de ralentissement. Comme chaque tour est extrêmement rapide: déplacement puis activation, il n’y aura pas de temps d’attente et de toute façon, cela permettra de préparer son prochain coup. Pas du tout un jeu vaisselle. A quatre, le jeu deviendra plus difficile puisqu’on sera en concurrence avec plus de joueurs, mais sinon c’est tout.

Analysis Para

Dans la très grande majorité des gros jeux stratégique, l’Analysis Paralysis guette. Même s’il y a quelques moyens pour l’éviter, ils freinent souvent le jeu. Surtout à 4 joueurs. Rageant.

GWT évite cet écueil en ne proposant pas de piste de scores. Les scores ne sont décomptés que lors de la fin de partie. Avant, difficile de tout compter à chaque tour. D’autant que le bétail, en main, rapporte aussi des points. Il devient par conséquent très difficile de suivre les scores. En tant mieux, on n’est pas dans une course constante au point. Cela ne veut pas dire qu’on peut faire n’importe quoi. On va évidemment chercher à optimiser tous ses coups, à rafler le plus de PV. Sans les scores affichés, on ne va pas essayer de se battre pour un malheureux point. Ou au contre se sentir déprimé d’être à la traîne. Et même si on ne pense pas gagner, on pourrait se tromper. Ou s’amuser. Tout simplement. Le but premier et fondamental d’un jeu. On ne joue pas pour gagner, mais pour jouer (enfin, pas pour tout le monde non plus).

Mais encore

Nous sommes en train de réfléchir à vous préparer un guide stratégique.

En attendant, un petit conseil en avance rien que pour vous: n’essayez même pas d’expliquer toutes les règles avant de jouer.

Oubliez.

Le jeu est tellement bourré de détails que vos joueurs ne se souviendront que du quart de la moitié du tiers. Présentez la carcasse. Les mécaniques de bases, essentielles. Puis lancez-vous. Les cas de figure et questions apparaîtront assez rapidement au fil de la partie. Et comme dit Bebert:

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En attendant, vous pouvez trouver Great Western Trail en VO:

Sur Philibert,

Et si vous habitez en Suisse, sur Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Horreur à Arkham le jeu de cartes. Le meilleur JCE?

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Horreur à Arkham (HàA) le jeu de cartes évolutif (JCE) est sorti en novembre 2016 chez FFG / Asmodée.

Pour 1 à 2 joueurs, il s’agit d’un jeu de cartes coopératif dans lequel les joueurs incarnent des investigateurs en prise avec le Mythe de Cthulhu inventé par l’écrivain américain HP Lovecraft. Jusque-là rien de bien original.

Des jeux dans le Mythe de Cthulhu, il y en a déjà des palettes chez FFG: jeu de cartes évolutif compétitif, jeux de plateau, jeu de dés. Et j’en oublie certainement.

Et pareil pour les JCE: dans l’univers du Trône de Fer, du Seigneur des Anneaux, de Star Wars, de Warhammer et de Warhammer 40’000. Et j’en oublie certainement.

Alors qu’est-ce qui change dans Horreur à Arkham le JCE?

Tout.

Ou rien.

Facile comme réponse.

Commençons par ce qui ne change PAS

C’est un jeu coopératif. Donc comme dans tous les jeux coopératifs, il y a une phase du « grand méchant virtuel », la phase du Mythe de Cthulhu dans Horreur à Arkham pendant laquelle les joueurs activent la menace. En réalité, il tirent chacun une carte du deck de rencontre dans lequel se baladent féroces ennemis et sombres événements. Puis un jeton « fatalité » qui se rajoute au scénario en cours pour représenter l’avancée inéluctable du temps et du destin funeste des investigateurs.

Et comme dans le JCE du Seigneur des Anneaux, les joueurs sont plongés dans un scénario, un récit composé de plusieurs actes dont le but final est d’arriver à son terme: exploration, fuite, récupération d’un objet, nettoyage du boss final. Tout dépend.

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Tout est dans le titre. Horreur à Arkham le JCE est le portage en jeu de cartes et évolutif du fameux jeu de plateau éponyme sorti en 2006, qui a connu ensuite une version simplifiée (et mondiale) sortie en 2014 intitulée les Contrées de l’Horreur. Donc on retrouve tous les poncifs du genre: apparition d’ennemis, lieux à visiter, indices à récolter. Peu original. Peu de fraîcheur. Surtout en 2016. On a fait le tour.

Même le gameplay est standard et sans grande surprise:

Une phase du Mythe (énoncée plus haut)

Une phase des joueurs, qui disposent chacun de 3 actions:

Se déplacer de lieu en lieu (représentés par des cartes, avec des symboles pour signifier leur adjacence)

Jouer une carte de sa main en payant son coût en ressources

Combattre un ennemi

Engager un ennemi

Piocher une carte de son deck

Prendre une ressource

Faire un jet de TOC enquêter, pour prendre un jeton « Intrigue ». Pareils que dans le JCE SdA et ses jetons « quêtes », ces jetons permettent de progresser dans le scénario.

S’échapper d’un ennemi

Activer un pouvoir spécifique d’une carte

Puis une phase des ennemis, qui attaquent

Puis enfin une phase d’entretien: piocher une carte, relever toutes les cartes utilisées, recevoir une ressource.

Bref, rien de très original.

Alors, Horreur à Arkham le JCE, un jeu sans intérêt?

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Continuons avec TOUT ce qui change

Horreur à Arkham le JCE est peut-être le meilleur JCE sur le marché. Parce qu’extrêmement immersif.

Les textes de mise en situation sont incroyables. Riches, littéraires, angoissants. Ils vous catapultent aussitôt dans l’intrigue. Et kudos pour la traduction française irréprochable réalisée par EDGE, engagé pour le coup par Asmodée, éditeur officiel cette fois (oui, Asmodée retire peu à peu le tapis sous EDGE. Déjà le cas avec Star Wars Rébellion).

Comme vu plus haut, les règles sont extrêmement simples. Le jeu s’explique en 5′. Tout est extrêmement fluide. Streamliné, pour se la raconter pro.

Le système des actions est instinctif et pour une fois sans dé. Non, aucun lancer de dés. On aura beau chercher, aucun dé n’est fourni avec le jeu.

Pour effectuer une action, on oppose la caractéristique de son perso à la difficulté de l’ennemi ou du lieu qu’on va devoir égaliser ou dépasser pour: combattre, échapper, fouiller. Et on va pouvoir jouer des cartes pour augmenter ses chances. Simplissime. Trop? Aucun hasard? Aucun retournement de situation? Aucune tension? Aucune surprise?

Si, quand même.

Juste avant de résoudre l’action, on tire un jeton d’un récipient opaque. Jetons que l’on aura préparés avant la partie, et selon la difficulté choisie: du facile au plus hardcore. Des jetons -1, -4, +1, qui vont changer le total final, même des jetons qui vont présenter des effets spécifiques et bouleversants selon le scénario, sa difficulté et les personnages. Donc oui, beaucoup de rebondissements. Et tant mieux. Alors oui, il y a du hasard. Mais maîtrisé puisqu’on peut quelque peu augmenter ses chances avant le tirage.

Et rien de tel qu’un retournement de situation pour rendre la partie épique et mémorable. On se souviendra plus des échecs retentissants que des réussites flasques. Et l’avantage du système de jetons, au contraire des dés, c’est de pouvoir « individualiser » les scénarios avec les symboles et les proba. Une mécanique captivante et originale!

Et à combien y jouer?

Le jeu peut se pratiquer tout seul ou à deux. Ou comme avec le JCE du SdA, à 3-4 avec une seconde boîte de base. Mais il ne faut pas se leurrer, à 3-4 le jeu devient beaucoup trop lent et perd de son intérêt. Inutile d’investir dans une seconde boîte.

Si vous cherchez un jeu à 3-5 joueurs, également dans le Mythe de Cthulhu, également coopératif, préférez les plateaux (Horreur à Arkham, Les Contrées de l’Horreur, Les Demeures de l’Épouvante en semi-coop).

Alors, Horreur à Arkham, c’est bien?

Oui, vraiment. En tout cas à l’heure actuelle pour sa boîte de base. Pour autant qu’on favorise l’immersion à la technique, l’aventure au gameplay. Horreur à Arkham fait la part belle à l’aspect narratif. Tout ce qui est stat, pouvoirs, tactique et stratégie sont relégués au second plan.

On prend quelques décisions certes, on joue des cartes, des soutiens, du matos, mais au final, ce qui captive dans le jeu, c’est d’être aux prises avec les Grands Anciens, leurs funestes plans et leur cohorte de créatures et de cultistes. Presque du jeu de rôle, mais sous format de cartes et avec évidemment beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de liberté.

On pourrait presque faire un rapprochement entre Horreur à Arkham et Time Stories. Deux jeux de cartes qui mettent en avant le narratif et moins la technique. Les deux reposent également sur un matériel très ramassé: à peine quelques cartes, à peine quelques jetons. Dans ces deux jeux on se sent propulsé dans une péripétie palpitante et éprouvante. Et tant mieux. C’est pour ça qu’on fait du jeu de société, pour vivre des expériences, des émotions. Pas pour réaliser des tableurs Excel afin d’optimiser ses prochains coups. On ne peut être que mi-sidéré, mi-admiratif devant tant d’ingéniosité, qu’avec quelques bouts de papier, de carton, on se laisse ainsi émerveillé.

Mais

Soulevons toutefois un gros point noir du jeu. Le même que l’on a déjà relevé à l’époque avec les Demeures de l’Épouvante première édition (la seconde est en passe de sortir en VF fin 2016. Avec une app assistante. Chouette). La mise en place. Extrêmement fastidieuse.

Pour chaque campagne il faut retrouver certaines cartes spécifiques du deck principal. Et ça prend des plombes. Pareil pour les différentes créatures que l’on va devoir réunir dans le deck de rencontres. Le même souci que dans le JCE SdA. Et ça prend des plombes.

Allergiques à une longue mise en place, passez votre chemin. C’est fastidieux, rébarbatif. On aimerait pouvoir presser un bouton et hop tout est déjà fait. Mais souvent, prendre son temps pour construire le scénario décuple l’anticipation, l’excitation. On appréhende. On redoute. On imagine.

Rédiger une critique d’un jeu évolutif est un exercice périlleux. Creux, même. Vous voudriez lire la critique du tout premier chapitre d’un livre, vous? Ou les dix premières minutes d’un long-métrage?

Soyons lucides, tout l’intérêt d’un JCE repose sur son aspect évolutif. Lapalissade. La boîte de base ne propose qu’une grosse campagne, plusieurs scénarios mis bout à bout. Une fois achevée, la boîte et son achat perdent de leur intérêt. Il faudra donc prévoir d’investir dans les (très nombreux, faut pas se leurrer) futures extensions: nouveaux personnages, nouvelles cartes, nouveaux pouvoirs, mais surtout, nouveaux scénarios.

N’acheter que la boîte de base, oui, pourquoi pas. Mais on en aura très vite fait le tour. Tout l’intérêt du jeu réside dans son évolution. Du jeu, des personnages, des pouvoirs, des ennemis, des aventures. Reste à savoir si vous êtes prêts à vous lancer dans cette nouvelle aventure. Aussi onéreuse que passionnante. Il est temps de prendre rendez-vous avec son banquier ou un bon trafiquant d’organes. D’autant que suite à la récente annonce de l’arrêt brutal de tous les JCE Warhammer (il y en avait 3), dû à la perte de licence avec Gameworkshop, on peut s’attendre à ce que FFG pousse vraiment à fond ceux qu’il leur reste, i.e. SW, SdA, Netrunner, TdF et CoC.

Si le jeu révèle pour l’instant un très bon potentiel, pour son immersion, pour ses règles fluides, pour son matériel, voyons comment le jeu s’inscrira dans la durée.

Va-t-il proposer des scénarios ébouriffants, palpitants, effrayants? Ou juste extrêmement répétitifs à la PMT (=porte-monstre-trésor)? La balle est dans le camp de FFG/Asmodée.

On refait un point dans une année?

Mais encore

Et la boîte? Si vous traînez sur le net, vous pourrez avoir remarqué 2, voire 3 boîtes avec des logos différents. EDGE pas EDGE, Asmodée pas Asmodée. WTF?

Une discussion houleuse a d’ailleurs eu lieu sur le sujet sur Twitter mi-octobre.

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La boîte finale et officielle est celle-ci, avec le logo d’Asmodée à l’arrière (et nulle part mention d’EDGE…).

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Finalement, vous allez me dire, et vous auriez bien raison, ce qui compte, c’est ce qu’il y a dans la boîte, pas dessus 😉

Et voici une excellent playlist Spotify pour vous immerger encore plus dans l’univers angoissant du Mythe en jouant:

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et chez Ludikbazar.

Et une toute première extension est déjà annoncée pour janvier 2017, l’Héritage de Dunwich (avec plus d’infos ici). Nous suivrons la gamme de très près.

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Critique de jeu: Adrenaline. 2 de tension

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Adrenaline est le nouveau « gros » jeu des Tchèques de CGE (Through the Ages, Codenames) sorti pour Essen 2016. Pour 3 à 5 joueurs, d’une durée de 60′ environ. Crée par Filip Neduk (Goblins, Inc).

Dans Adrenaline, les joueurs incarnent des personnages de SF jetés dans une arène slash complexe futuriste pour se mettre des tatanes dans les gencives au moyen d’armes aussi puissantes que variées: lance-flamme, tronçonneuse, grenade, tout ce genre d’arsenal sympathique et chatoyant.

NB alors oui, Adrenaline s’orthographie avec un é. Mais comme le jeu est en anglais, pour être cohérents, nous avons décidé de conserver son ortho originale.

Comment on joue?

A son tour, les joueurs ont deux actions à choix sur trois: se déplacer de trois cases max, se déplacer d’une case puis ramasser un objet (arme ou mun), et évidemment tirer. Voilà. Pas compliqué.

Et comment on gagne?

Dans une partie courte d’intro, la partie s’arrête quand cinq personnages en tout ont été dégommés. Ou huit dans une partie normale. Chaque fois qu’un personnage meurt, on fait le décompte des blessures infligées par les autres joueurs. Il y a alors un décompte de majorité et scoring. Le plus reçoit le plus de PV, etc.

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Et une fois mort, on est éliminé?

Non.

Quand un personnage est tué il revient aussitôt en jeu dans l’arène. Il garde tout, arsenal perso, mun, cartes bonus (oui, il y a trois cartes bonus). La seule chose qui change c’est que ce personnage ne donnera plus autant de PV aux autres joueurs lorsqu’il sera trucidé la prochaine fois. Voilà. Pas compliqué.

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Et à combien y jouer?

A 3 il y a évidemment moins d’interaction. Même si la config de l’arène est réduite, même si on rajoute un « bot », un joueur neutre, une « IA », c’est vraiment à 4-5 que le jeu devient plus intéressant.

Et alors, Adrenaline, c’est bien?

Oui, sur certains aspects.

Le matos, d’abord. Jolies grandes figurines en plastique, les illustrations, les règles, simples et fluides, le scoring, l’ambiance shoot’em up FPS très jeu vidéoesque. Et quelques mécaniques originales:

Le marking: on peut « marker » un joueur, i.e. avoir un certain avantage sur lui en lui plaçant des blessures en avance. Comme des « réservations » de blessures. Et aux prochains dommages infligés, ces « réservations », ces « marquages » seront alors « infligés » « pour de vrai » et oui j’aime bien mettre des « guillemets » partout, pas « vous »?

La frénésie: dès que la fin de partie est annoncée, tous les joueurs ont alors un tout dernier tour pour infliger le plus de dégâts possibles avant le scoring final. Les personnages tombent dans une colère noire, une frénésie, et leurs pouvoirs sont alors décuplés. Ça va saigner!

L’énervement: plus un personnage se ramasse de dégâts et plus ses actions s’améliorent. Oui, un peu à la Zombicide. Mais il ne s’agit pas vraiment d’expérience. Le personnage est tellement vénère d’être blessé que sa force est accrue.

La recharge: pour utiliser une arme il suffit de la jouer de sa main et de la poser devant soi. Une fois jouée, elle est déchargée. Pour pouvoir la réutiliser, il faut alors la recharger avec des munitions. Et les bonnes, puisqu’il y a trois couleurs, et un certain nombre, tout dépend de l’arme. Simple. Malin.

L’humour présent dans les règles comme très souvent dans les règles des jeux CGE (dans Dungeon Petz ou Galaxy Trucker par exemple): il y a un personnage qui passe son temps à casser le « quatrième mur » des règles (un peu à la Deadpool), pour dédramatiser et fluidifier le texte. Fun. Le CV des personnages est aussi hilarant.

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Alors, Adrenaline, que des points positifs?

Ooooooooh non.

Non. Adrenaline n’est vraiment pas un bon jeu.

Adrenaline déçoit.

Malgré des règles simples et fluides, la partie est poussive, lente et ennuyeuse. Le souci principal réside dans les armes et leur utilisation. Il y en a 21 différentes (22 si on compte le goodies d’Essen 2016). 21 armes qui fonctionnent toutes de manière différente. Certaines tirent à distance mais pas vraiment, d’autres qui repoussent un peu mais pas beaucoup, d’autres enfin qui tirent à travers les murs mais pas seulement…

Il y a toujours 12 armes disponibles sur le plateau. Dès qu’un joueur s’en empare d’une, on en remet une autre. Au début de la partie et à chaque fois qu’une arme apparaît, les joueurs se ruent sur le manuel des armes pour connaître son pouvoir, son effet, son intérêt tactique. Certaines armes sont plus puissantes que d’autres, mais également plus gourmandes en munitions. Sachant que la très grande majorité d’entre elles offrent deux, voire trois effets différents moyennant un coût supplémentaire. Donc encore plus de pictogrammes à prendre en compte. Quelle arme prendre? Celle-ci, celle-là?

Le jeu est censé être furieux et frénétique. Mais au final, il ne l’est pas. On passe sa partie le nez dans les règles pour connaître le pouvoir des armes, principal et secondaire ce qui casse toute la nervosité du jeu. Et son intérêt.

Alors oui, chaque carte « arme » est blindée de picto, on commence peu à peu à les reconnaître, à les comprendre, mais il faudra deux ou trois parties consécutives pour commencer à s’en souvenir. Ce qui fera perdre tout l’intérêt et ira complètement à l’encontre du jeu.

Passer sa partie le nez dans les règles pour un gros jeu afin de connaître les effets spécifiques des cartes, oui et clairement oui pour un gros jeu (comme Through the Ages, par exemple). Mais pas pour Adrenaline qui se veut fluide et fun.

Et 60 minutes c’est trop trop long et répétitif. Déplacement, tir, respawn. Adrenaline fait beaucoup penser à Blackfleet.

Sur le papier, Adrenaline a l’air vraiment bien. Mais une fois passées les premières 15-20 minutes, on s’embête ferme. Le nez dans les règles.

Pur jeu vaisselle, entre son tour on n’a rien à faire à part se prendre des bastos dans le buffet, sans pouvoir les éviter ou répliquer. Et comme tout change constamment, on ne peut vraiment pas préparer son prochain coup.

Bref, son titre ne correspond pas du tout au jeu. C’est plutôt adrénaline, mais à 2 de tension. Il y a aujourd’hui bien trop de bons jeux sur le marché pour perdre son temps (et son argent) sur un titre aussi médiocre que celui-ci.

Mais encore

Voici une playlist Spotify idéale pour agrémenter vos parties d’Adrenaline. Très dark.

Si malgré tout vous voulez quand même essayer le jeu, vous pouvez le trouver chez Philibert.

Critique de jeu: Watson et Holmes. Un bien étrange mélange

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Décidément, les Space Cowboys ont une actu chargée en 2016-2017. Entre scénarios pour Time Stories, Hit Z Road, Via Nebula, les revoici avec cette réédition d’un jeu espagnol sorti en octobre 2015.

Watson & Holmes sortira tout début décembre 2016 dans les boutiques. Nous avons eu la chance d’en recevoir un exemplaire presse pour review.

Créé par l’auteur espagnol Jesús Torres Castro, Watson et Holmes est sorti à Essen 2015 en VO (anglais) chez Ludonova, et aujourd’hui une année plus tard en VF chez les Space Cowboys. Avec une refonte esthétique totale : nouvelles illustrations, nouveau design, nouveau graphisme.

Pour 2 à 7 joueurs, Watson & Holmes est un jeu de déduction (et d’enfoirés aussi un peu) compétitif, absolument pas coopératif donc, à ne pas confondre avec Sherlock Holmes Détective Conseil. Même si ce dernier est également aujourd’hui également réédité également par les Space Cowboys également. Donc non, les deux jeux n’ont rien rien à voir, si ce n’est évidemment le thème.

Et comment on joue?

Watson & Holmes propose 13 scénarios inédits. 13 affaires. On commence par en choisir une, que personne à la table ne connaît, sachant qu’elles deviennent de plus en plus corsées.

Et comment on joue?

Chaque affaire repose sur un certain nombre de cartes. Ces cartes représentent des lieux, des informateurs. On place ces cartes face cachée sur la table. On passe alors sa partie à se balader de lieu/carte en lieu/carte, et dès qu’on pense avoir obtenu suffisamment d’informations sur l’affaire, on peut alors décider de tenter la résolution.

Et comment on joue?

Le jeu est composé de deux phases: chaque joueur se place sur une carte/lieu/personnage. Puis on passe à la phase d’enquête, la lecture secrète des informations présentes sur sa carte/lieu/personnage.

Pour se déplacer sur les lieux/cartes, on déplace sa figurine sur le lieu convoité. Un seul joueur par carte/lieu. Tout simplement.

Sauf qu’il ne peut y avoir qu’un seul joueur par carte. Et on encoure le risque d’en être délogé. Si on décide d’investir un certain nombre de pions « calèche », pour représenter sa vitesse, on accroît ses chances d’y demeurer. Et d’acquérir ainsi la possibilité d’en lire le verso en secret dans la prochaine phase.

Si un autre joueur veut vous expulser, il doit alors placer plus de jetons « calèche » que vous. Et vous devrez alors voir ailleurs si vous y êtes. Ou revenir, mais avec encore plus de jetons.

Vous l’aurez compris, il s’agit donc d’un jeu d’enchères par expulsion. Oui, comme dans Cyclades, Amun-Re, Peloponnes ou Evo.

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Et comment on gagne?

Le but du jeu est d’être le premier à résoudre l’affaire en cours. En répondant correctement à toutes les questions relatives à l’enquête.

Et si on s’est fourvoyé le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate? Non, le tueur n’était pas le colonel moutarde dans la salle à manger avec un chandelier. On est alors éliminé. Les autres joueurs continuent à jouer jusqu’à ce qu’il y en ait un qui ait résolu l’affaire.

Éliminé, vraiment? Pas terroche, ça.

Non.

Enfin, pas vraiment éliminé.

Ce joueur « éliminé » jouera le rôle de Sherlock et pourra désormais communiquer certaines informations cruciales mais non moins croustillantes. Il devient alors une sorte de MJ/IA. Donc non, pas vraiment éliminé. Toujours présent, mais en même temps moins présent.

Il vaut donc mieux attendre avant de faire/dire n’importe quoi sur l’affaire. Tout en se grouillant quand même pour être le premier à la résoudre.

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Un jeu d’enfoirasses quand même un peu

En effet.

Car pour peu qu’on ait fait l’acquisition d’un jeton « police » on peut le déposer sur une carte pour la rendre plus difficile d’accès. Pour s’y placer, les autres devront être en possession d’un jeton « crochetage » ou « rappel » (et encore, le crochetage ne fonctionne pas partout…). Sinon, impossible de consulter les informations, la carte est bloquée/protégée.

Oui, ça s’appelle mettre des bâtons dans les roues. Taquin. Malin. Piquant.

Et à combien y jouer?

Watson & Holmes peut se jouer de 2 à 7 joueurs, avec quelques aménagements, i.e. des cartes/lieux/personnages qui se rajoutent ou s’enlèvent selon le nombre de joueurs.

A 2, le jeu est dans l’affrontement direct, dans une course poursuite effrénée et tendue. Extrêmement jouissif.

A 3-5 le jeu passe aussi très bien, la tension est palpable.

Mais à 6-7, la toute première phase, celle d’enchères, devient trop longue et poussive. Presque un jeu en soi. Alors certes, plus il y a de joueurs et plus l’interaction est forte (enchères, course pour finir), mais plus cette phase-ci s’embourbe. Pas un must.

Un jeu kleenex?

Comme dans Time Stories, les formats Legacy ou Sherlock Holmes Détective Conseil, et maintenant Watson & Holmes, la mode est décidément dans ces jeux à durée de vie limitée. Une fois les 13 affaires résolues, le jeu est épuisé. Fini. Byebye. Poubelle.

Et alors? Nous n’allons pas ici re-re-re-relancer le débat. Mais si quand même un peu. La plupart des objets de consommation culturels le sont eux aussi, limités. A moins de relire un livre. A moins de revoir un film. A moins de revoir une pièce de théâtre. Mais en principe et en règle générale, une fois consommé, l’objet devient… délétère. En tout cas dans les faits, ni dans l’expérience, les souvenirs ou les émotions.

Alors non, ça ne gêne pas plus que cela qu’un jeu de société le soit aussi. Au contraire, même. Cela le rend… différent, unique, précieux. Une véritable expérience. Si vous avez déjà joué à Pandémie Legacy, vous voyez de quoi je veux parler.

Après la sortie de Time Stories et le manque cruel d’un scénario de démo / d’essai, les Space Cowboys ont cette fois corrigé le tir et proposent pour Watson & Holmes un scénario léger d’intro pour essayer le jeu, sans déflorer l’une des 13 enquêtes. Une 14e affaire pour rookies, somme toute. Presqu’un prélude. Le scénario sera offert aux boutiques. Et peut-être plus tard offert en téléchargement sur le site des Space Cowboys.

Alors, Watson & Holmes, c’est bien?

Oui, terriblement. La qualité artistique propre aux Space Cowboys est juste comme toujours irréprochable! Ils ont bien fait de pimper tout le matos du jeu original, un peu trop… ou pas assez… bref, vraiment pas autant pareil. Elle permet aux joueurs de s’immerger dans l’univers sherlockholmesien slash victorien slash le plastique sépia c’est fantastique.

Et la boîte. Superbe. Exactement comme le reboot de SHDC, Watson & Holmes des Space Cowboys est inséré dans une boîte-écrin qui confère au tout une impression classy, dandy, presque littéraire. Pour changer des boîtes en carton souvent vides ou bourrées de ziplocks cheap.

La version espagnole de 2015. Celle en VF de 2016. Y a pas à dire, les Space en connaissent en rayon côté graphisme
La version espagnole de 2015. Celle en VF de 2016. Y a pas à dire, les Space en connaissent en rayon côté graphisme

Et comme très souvent avec les jeux Space Cowboys (Time Stories, Sherlock Holmes Détective Conseil reboot), le jeu propose une thématique forte pour une immersion profonde.

Alors oui bon certes, si on veut couper les cheveux en quatre, Watson & Holmes n’est PAS un jeu Space Cowboys en soi, puisqu’il s’agit d’un jeu espagnol sorti en 2015 chez Ludonova. Mais les SC ont quand même décidé de s’en emparer pour le localiser pour notre plus grand plaisir de francophones.

Alors, Watson & Holmes, c’est vraiment aussi bien?

Pas forcément.

Car le mélange est bien étrange.

Cette bouillabaisse entre jeu de gestion (acquisition de ressources/jetons), d’enfoirés (je peux mettre des bâtons dans les roues des autres joueurs en rendant certains lieux/cartes plus difficiles d’accès), d’enchères (combien je suis prêt à investir) et de jeu d’enquête (déduction, réflexion) ne pourra pas plaire à tout le monde. Un peu le jeu entre deux chaises.

Mais ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Le jeu fonctionne bien. Extrêmement simple, fluide et instinctif, on a vraiment l’impression de vivre une aventure, d’être plongé dans une enquête. Un excellent jeu avec lequel on passe un excellent moment à se torturer les méninges pour résoudre d’excellentes enquêtes.

N’empêche, on passe sa partie tiraillé entre gestion de ressources et enchères, et déduction et immersion. Si on préfère s’affranchir de tout ce gameplay, enchères, ressources, Sherlock Holmes Détective Conseil représente une bien meilleure option. Plus libre, plus narrative, plus immersive. Si par contre on cherche un jeu compétitif, et surtout plus court (Watson dure entre 1 et 2h max, avec Sherlock il faut bien compter 2-3h. Voire 4h), Watson & Holmes fera le cadeau parfait (à soi-même?) de cette fin d’année.

Mais encore

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Not Alone. Dans l’espace, personne ne vous entend bluffer

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Not Alone est sorti pour le salon d’Essen en octobre 2016, créé par Ghislain Masson et édité par Geek Attitude Games. Pour 2 à 7 joueurs dès 14 ans. Not Alone est un jeu de cartes asymétrique, semi-coopératif, i.e. un joueur affronte seul tous les autres qui jouent ensemble.

Avant de lire notre critique, pour vous mettre dans le bain, vous pouvez découvrir l’interview des éditeurs.

Beam me up, Scotty

Les joueurs incarnent des survivants d’un crash spatial sur une planète inconnue. Et quelque peu hostile, puisqu’une créature tente de les assimiler à la planète. Autrement dit, les tuer.

Du pur space op exploratoire. On se croirait dans un épisode de Star Trek des années 60. Les joueurs vont choisir différents lieux pour y mener des actions: la plage, l’épave, le marais… Ce qui augmente l’immersion, c’est la Créature, incarnée par un joueur unique. Créature qui doit tenter de retrouver les Naufragés pour les freiner dans leurs pérégrinations. Ambiance tendue et paranoïaque à la table garantie!

Alors oui, le thème, SF, fait très geek. Ca plairait à certains publics, pas forcément à tous. Nous y reviendrons plus bas dans cette critique. Mais le thème est bien choisi, bien exploité.

Matos

Pas de quoi casser trois pattes à un canard. Quelques jetons en bois, beaucoup de cartes, un mini-plateau qui se replie. Un matériel mini-micro.

Et pourtant, tout est ergonomique et bien pensé. Et joli, aussi. Les illustrations, d’abord, très clinquantes, très disco-funky-flash SF 70s. Il faut dire que la planète se veut chatoyante.

Ce qui surprend avant tout quand on tombe sur la boîte de Not Alone, c’est sa taille. Minuscule. Il faut dire qu’on a aujourd’hui très/trop souvent des grosses boîtes plus ou moins pleines de vide (plutôt plus), juste histoire de pouvoir faire gonfler le prix. Plus la boîte est grande et plus le prix peut être élevé. Le fameux rapport taille-prix. Psychologique avant d’être économique.

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Avec Not Alone, tout est compacté. La boîte. Le matériel. Et le prix aussi, du coup, comptez environ 20 euros pour un jeu qui n’a de petit que sa boîte.

Ingénierie

Not Alone est donc un jeu asymètrique. Le but de la Créature et de parvenir à assimiler tous les autres joueurs, les Naufragés, à sa planète Artémia. Assimilation symbolisée par une piste de progression.

Les Naufragés, eux, remportent la victoire quand les secours les auront récupérés. Secours symbolisés par une piste de progression. Les secours s’approchent souvent en utilisant des lieux, mais automatiquement à la fin de chaque tour. Donc plus les Naufragés louvoient et jouent le temps, plus ils peuvent espérer la victoire slash s’enfuir les jambes à leur cou. La Créature est bien évidemment là pour leur mettre des bâtons dans les roues.

A chaque tour, les Naufragés commencent par sélectionner une carte Lieu de leur main qu’ils posent face cachée devant eux. Puis c’est alors au tour de la Créature de poser son unique jeton (ou plusieurs, selon sa carte spéciale choisie et l’avancée du jeu) sur un lieu de la planète. La Créature va donc devoir deviner les cartes/lieux joués par les Naufragés. Si elle a vu juste, grâce à son jeton qui représente sa présence, le lieu ne pourra être activé et le jeton de la Créature pourra avancer sur la piste d’Assimilation. Bref, plus la Créature pécho les joueurs et plus elle s’approche de la victoire.

Ensuite les Naufragés révèlent leur carte et on regarde ce qui se passe. Et là, c’est le drame. Pour les Naufragés si la Créature a bien joué et percé leur secret et si son jeton se trouve sur l’un de lieux sélectionnés. Pour la Créature si elle s’est plantée.

Sachant que chaque lieu présente des avantages certains pour les Naufragés: reprendre des cartes défaussées, obtenir de nouvelles cartes lieux (oui, il y a du deck-building), scorer slash avancer le marqueur vers la victoire des Naufragés, jouer deux cartes au prochain tour, etc.

Tout le sel du jeu repose donc: pour les Naufragés sur la carte choisie pour ne pas être découvert par la Créature. Pour la Créature, à percer la stratégie des autres joueurs.

Les mécaniques principales du jeu? Du guess, avant tout, du bluff (et du double bluff et du contre-bluff et du surbluff), aussi, de la programmation, forcément, un soupçon de deck-building puisqu’on peut obtenir de nouvelles cartes lieux (plus balaises que celles de départ).

Interagissez. Mais entre vous-mêmes

L’interaction est évidemment très élevée puisqu’un joueur affronte tous les autres (à moins que l’on joue à deux). Ceux-ci ont intérêt à s’entretenir et à s’accorder pour augmenter leurs chances de succès.

Mais.

Toutes les discussions doivent avoir lieu en plénum.

Donc la Créature peut les entendre. C’est normal après tout, on joue chez elle. Elle peut alors tenter de repérer leurs tactiques, déjouer leur bluff et découvrir les lieux choisis.

Alors, Not Alone, c’est bien?

Not Alone est l’un des meilleurs jeux de 2016. Tout simplement. Ramassé, interactif, joli. Une petite perle ludique pas aussi petite que ça. Les parties sont courtes, comptez environ 30 minutes, ce qui donnera envie de rejouer, de rejouer, et encore de rejouer, en changeant les rôles. Si les deux premiers jeux des Geek Attitude n’étaient pas de retentissants succès, avec Not Alone les éditeurs vont cartonner.

Et deux subtiles mécaniques viennent encore améliorer et épicer le jeu: les cartes bonus et la tension de fin de partie.

En effet, autant les Naufragés que la Créature disposent de cartes bonus spéciales qui peuvent être jouées à chaque tour et qui apportent leur lot de rebondissements. Surprenant.

Plus les joueurs s’approchent de la victoire, i.e. les secours sont en chemin, et plus la situation se tend, la Créature devient encore plus dangereuse. Elle obtient en effet un jeton supplémentaire pour freiner les Naufragés. Malin.

Se pose peut-être la question de la répétitivité du jeu. Choisis une carte, évite la Créature, active le lieu. Sachant que certains lieux et combinaisons risquent bien de revenir souvent.

Oui.

Mais non.

On peut très bien répéter les mêmes combinaisons partie après partie, avec le risque de conférer un avantage à la Créature qui pourra anticiper. Mieux vaut au contraire varier, surprendre. Donc non, je ne pense pas que le jeu soit répétitif. Et chaque partie, chaque tour sera différent en fonction des choix des Naufragés et de la Créature.

Et à combien y jouer?

Toutes les configurations sont bonnes. Si à deux le jeu est moins interactif, il en reste quand même sympathique. Mais c’est à plusieurs qu’il devient plus attractif. Comme pour 7 Wonders, même à 7 joueurs il n’y a aucun moment d’attente, de ralentissement, tout le monde joue en même temps. Un très bon point quand on est beaucoup autour d’une table (Noël, bar à jeux…).

Et attention, analyse capillo-tractée. Le thème pourrait être une fable écologique moderne sur l’état de notre planète et notre relation à notre environnement. Notre empreinte écologique, surtout. Pollution, extraction, changements climatiques, tout ce que plus de 7 milliards de Terriens ont comme impact sur la planète. Comme dans Not Alone, nous sommes les Naufragés, mais nous nous considérons comme les Maîtres de cette boule de terre et de mer. Et à force de la piétiner, elle se rebelle. Oui, comme la Créature. Belle et triste analogie. Ou constat.

Bref, si vous cherchez pour cette fin d’année un jeu court, incisif, immersif, extrêmement interactif, à un prix doux (pas besoin de claquer 80 euros pour une fois), jetez-vous sur Not Alone. Le parfait cadeau de Noël pour geek féru de SF (la science-fiction. Pas la ville)!

Mais encore

Thème

Si le jeu a un thème très geek, pas sûr qu’il parvienne à percer auprès d’un public plus familial, plus Casu. Et pourquoi ne pas sortir une version rethématisée, plus grand public, plus fun? Pour Cannes par exemple?

Quelques idées:

Dans un grand magasin le jour avant Noël. Les joueurs incarnent des enfants, ils veulent obtenir des jouets. Un joueur incarne un surveillant.

Dans une cour de récré. Les joueurs incarnent des enfants qui veulent s’amuser et faire les quatre cents coups (j’adore cette expression). Un joueur incarne la mégotte (j’adore aussi cette expression purement suisse romande).

En vacances chez Mamie. Les joueurs incarnent des enfants (encore?) qui veulent chaparder des sucreries chez Mamie. Un joueur incarne Mamie qui veut les en empêcher. Les sucreries, ça fiche des caries…

Extension

Et une extension déjà prévue? De nouveaux lieux? Un nouveau plateau? De nouvelles cartes bonus? Pour y jouer jusqu’à 10-12, avec une Créature infiltrée à découvrir, un peu comme Moriarty dans Sherlock Holmes Détective Conseil? Vu le succès ébouriffant du jeu, on peut s’imaginer que l’auteur et les éditeurs sont déjà en train d’y réfléchir. Ils le disent d’ailleurs eux-mêmes ici.

JDR

Et d’ailleurs, en parlant d’extension, Not Alone pourrait également être porté en jeu de rôle, non? Ou one-shot ou une mini-campagne sur Artémia pour en percer les mystères? Et si la planète cachait de sombres secrets? Not Alone, le jdr. Ça donne furieusement envie. Bientôt un KS, les Geek Attitude? Je paie où?

Vous pouvez trouver Not Alone chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Quelques visuels des cartes sur le site de l’illustrateur Sebastien Caiveau:

Critique de jeu: Oceanos. Un jeu qui fait… Plouf?

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Mais comprenez-moi bien. Oui, Oceanos est un bon jeu. Mais… pour qui?

Oceanos est sorti en juillet 2016 aux éditions IELLO, créé par Antoine Bauza (7 Wonders), pour 2 à 5 joueurs, dès 8 ans, d’une durée de 30 minutes, et illustré par Jérémie Fleury.

De quoi ça parle?

Dans Oceanos, les joueurs incarnent des explorateurs de fonds sous-marins. Un contexte très Julesvernien slash steampunk.

Le contexte est original, et en jouant on se sent assez immergé (!) dans le thème, puisqu’on pose peu à peu des cartes comme on explorerait l’océan.

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Comment on joue?

Le jeu se joue en trois manches (oui, comme dans 7W): la surface, le milieu et le fond. Et on joue 5 tours par manche.

Au début du tour, un joueur est le dealer, il distribue deux cartes par joueur, voire 1 ou 2 supplémentaires si les joueurs ont upgradé leur sous-marin et le nombre de périscopes.

Chaque joueur en choisit une qu’il place face cachée, puis tous les joueurs, sauf le dealer, la retourne et la pose à la suite à l’étage correspondant à la manche (1: en-haut, etc). Les cartes non-choisies sont alors données au dealer qui en choisit alors une parmi toutes celles qu’il a reçues.

Chaque fin de manche on procède à un décompte de PV intermédiaire,

le nombre de poissons différents dans la ligne

le propulseur utilisé

Suivi d’un décompte final:

1PV par corail dans sa ligne la plus longue de coraux adjacents

les trésors remontés par son scaphandrier et par colonne

Et avec un autre parfum de 7W, à chaque manche, le joueur qui possède le plus d’yeux de Kraken sur sa ligne reçoit un malus.

Upgrade?

Tout le piment du jeu réside dans la mécanique d’upgrade de son bathyscaphe. Pendant la partie, on peut améliorer:

Son propulseur, et bénéficier plus de points lors des décomptes (entre 0 et 5PV)

Ses périscopes, pour recevoir plus de cartes par tour et avoir ainsi plus de choix (entre 1 et 3 périscopes)

Son aquarium, pour ramener plus d’animaux différents, et ainsi scorer plus de points par manche (entre 3 et 8 animaux différents. Qui scorent chacun 2PV)

Le nombre de ses scaphandriers disponibles, pour ramener plus de trésors en fin de partie (trésors tirés dans un sac, entre 2 et 4 PV)

Sa réserve d’énergie, pour pouvoir jouer plus de cartes par manche (entre 1 et 3).

Tout sera question de choix personnel. Plus de périscopes pour plus de cartes en main? Un plus grand aquarium pour ramener/scorer plus par manche? Riche. Malin. Simple.

Et comment on upgrade? En posant une carte qui comporte un cristal avant une autre carte (qui ne doivent toutefois pas forcément se suivre) qui comporte le symbole « upgrade ». Riche. Malin. Simple.

Attention chérie, ça va dépuncher

Comme toujours avec IELLO, les illustrations sont superbes! Mais vraiment. La couverture. Les cartes. Les sous-marins.

Le matériel est, lui, plutôt simple mais fonctionnel. Une tonne et demie de carton rien que pour toutes les parties de sous-marin de tous les joueurs. Prévoyez la journée pour dépuncher le tout.

Ou encore mieux. Faites comme moi. Faites des enfants, ils adorent ça, dépuncher (en bas âge, parce qu’après c’est foutu ils préfèrent s’envoyer des trucs semi-rigolo sur Snapchat).

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La boite ultra pleine, une fois le tout dépunché. Un joyeux bordel… Les détracteurs du thermo se réjouiront.

Interaquoi?

L’interaction est extrêmement faible. On s’amuse dans son coin de mer sans avoir à surveiller le jeu des autres. C’est tout juste au moment des décomptes intermédiaires qu’on s’époumone quand on découvre ses voisins de table vous devancer dans les points.

Mais le reste du temps, on ne peut influer sur rien. A peine sur les cartes que l’on rend au dealer, on pourrait contre-picker en draft un peu comme dans Le Petit Prince du même auteur.

Après, encore faut-il s’entendre sur la définition de l’interaction.

Alors, Oceanos, c’est bien?

Oui.

Mais non.

Mais comprenez-moi bien. Oui, Oceanos est un bon jeu. Mais… pour qui?

Tout est fait pour s’adresser à un public familial: illustrations, thème, dès 8 ans, hasard omniprésent, (relativement) peu de choix à disposition.

Mais non.

Non, car il y a beaucoup trop de choix tactiques et stratégiques à opérer pour un enfant: quel upgrade de sous-marin préférer? Quel carte poser? Et attention au Kraken. Et réaliser la plus longue ligne de coraux adjacents. Et surveiller les autres joueurs. Non, le jeu n’est pas fun pour un sou (marin. OK je sors) pour un enfant.

Alors Oceanos, plutôt prévu pour des adultes, pour des joueurs?

Mais non. Non plus.

Trop de hasard. On n’a que le choix entre 2 et 4 cartes (selon son upgrade de périscopes) à poser. Peu de choix possibles. Alors oui, il y en a quand même plusieurs, notamment sur les upgrades, justement. Mais on aura finalement très peu de liberté dans le jeu. Un joueur se lassera très vite d’avoir aussi peu d’impact sur son jeu. Au final, trop léger, le jeu sonne creux et risque de ne ressortir que rarement au profit d’autres jeux plus profilés.

Dans un marché ludique actuel (sur) abondant, par sûr qu’Oceanos ne parvienne à maintenir longtemps la tête hors de l’eau. A force de vouloir trop ménager la chèvre et le chou, de chercher à toucher un public Familial+, le nouvel Eldorado des éditeurs, Oceanos ne parvient pas à faire le grand écart. Un exercice extrêmement difficile, beaucoup s’y sont noyés (j’essaie de conserver le thème aquatique, vous aurez remarqué).

Ce qui pousse à se demander si en 2016 cette course à l’échalote a encore du sens. Faut-il continuer à produire beaucoup de jeux? Tous les jeux? N’importe quel jeu? En continuant d’alimenter un marché déjà si tendu? Rien que pour gonfler son catalogue? Pour concurrencer les… concurrents? Pour espérer décrocher la timbale avec un succès-surprise? Pour arrondir ses fins de mois?

Alors oui, Antoine Bauza est un grand auteur de jeux, mais surtout quand il vise un public en particulier (La Chasse aux Monstres, pour les enfants. 7Wonders, pour les joueurs) et qu’il évite le grand écart pour ne pas tomber le cul entre deux chaises. Le star-system a parfois ses limites. Même Gérard Depardieu a fait de la bouse (Marseille…).

Et où trouver le jeu?

Vous pouvez trouver Oceanos chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Istanbul. Missives & Sceaux

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Istanbul Missives & Sceaux et la deuxième extension pour Istanbul, ce jeu de plateau créé par Rüdiger Dorn, inspiré de l’Awélé.

Sorti en 2014, le jeu a depuis remporté plusieurs prix prestigieux, dont le Kennerspiel des Jahres en 2014. Une année après est sortie la première extension, Mokka et Bakschisch. Et voici la deuxième, sortie en août 2016, pratiquement en même temps en VO (Pegasus) qu’en VF (Matagot). Missives & Sceaux.

Qu’est-ce qui change?

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La mécanique de base ne change pas. C’est toujours de l’Awalé, i.e. qu’on essaime ses pions pour activer le lieu sur lequel on achève son déplacement. Et c’est toujours de course qu’il s’agit, puisque le but est d’être le premier à amasser 6 rubis (5 dans le jeu de base).

Mais il y a maintenant trois changements majeurs (et quelques autres mineurs): des enchères, du draft et un pion supplémentaire, le Compagnon.

Enchères

La tuile Salle des Ventes permet de mettre deux cartes bonus aux enchères. Le joueur qui s’arrêter sur cette tuile déclenche une enchère à laquelle tous les joueurs peuvent prendre part. Une enchère unique. Le joueur qui la remporte remet la somme au joueur actif, et si c’est lui-même qui en est bénéficiaire, son argent part alors à la banque. Tendu.

Faut-il enchérir à donf pour remporter les deux cartes, mais en enrichissant le joueur actif, soit faire l’impasse sur des opportunités?

Draft

Le Kiosque offre de nouvelles tuiles. En s’y arrêtant, on pioche autant de tuiles que de joueurs +1. Le joueur actif est le premier à choisir, etc. La toute dernière revient alors également au joueur actif.

Le Kiosque est un lieu extrêmement puissant et intéressant, source de nombreuses tensions et passions.

Compagnon

Le Compagnon est un pion supplémentaire qu’on obtient dès qu’on s’arrête sur la tuile Fontaine. Un pion unique qui permet alors de se déplacer simplement d’une case orthogonale adjacente sans devoir se plier aux règles de l’essaimage. On peut dès lors soit l’activer, soit jouer son marchand. Ce pion peut s’avérer avantageux, sauf qu’on ne peut le bouger que d’une seule case.

Bref

Alors, Missives & Sceaux, une extension nécessaire?

Plusieurs cas de figure:

Si vous n’avez pas encore Istanbul, le jeu de base, je ne peux que vous le conseiller, un très bon jeu. Fluide, tendu.

Si vous avez déjà le jeu de base mais sans aucune extension, et que vous avez « épuisé » le jeu en y ayant déjà joué 10-1597669542 parties, préférez cette deuxième extension. La première est moins intéressante.

Si vous avez déjà la première extension, alors vous êtes déjà accro et de toute façon vous allez /avez déjà craqué.

Alors, Missives & Sceaux, une extension nécessaire?

Pas vraiment nécessaire mais complètement indispensable. Pour les fans inconditionnels du jeu de base. Qui recherchent une couche stratégique supplémentaire ainsi qu’un vent de fraîcheur et de renouveau sur ce « vieux » jeu de 2014. Et les phases de draft (déclenchées au Kiosque) et d’enchères (déclenchées à la Salle des Ventes) apportent une touche méta bienvenue qui permettent de sortir son nez du guidon à la course aux rubis.

Avec la première, puis la seconde extension, Istanbul devient encore plus riche, encore plus profond, encore plus mieux bien. Ou pas, ça dépend si on recherche un jeu plus simple, plus accessible.

Et au fait, peut-on jouer en mélangeant le tout, jeu de base + extension 1 + extension 2?

Oui.

Et cette variante s’appelle le Joyeux Bordel Grand Bazar (c’est presque la même chose). On place TOUTES les 25 tuiles pour une solide matrice de 5×5, on prend une bonne inspiration et une palette d’aspirine (tiens, ça me rappelle mes parties de Talisman 1ere édition dans les années 80, avec 4-5 extensions certes chatoyantes, mais qui finissaient par embourber le jeu).

 

Vous pouvez trouver Missives & Sceaux chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Complots 2. On prend les mêmes et on

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Complots 2, c’est la suite de Complots 1. Si Si. Mais pas vraiment une suite non plus. Vous allez le comprendre en lisant notre critique.

Complots (1) est en fait la VF de Coup. L’un des meilleurs jeux du salon d’Essen de 2012. Comme Complots, le 2 a été créé par Rikki Tahta, pour 2 à 8 joueurs, et paru en VF chez Ferti en juin 2016.

Complots?

Coup / Complots, c’est un doux mélange entre Love LetterMascarade (les deux sortis juste après…) et Hoax. Le but étant d’éliminer les autres joueurs. Soit en les assassinant/éliminant, soit en espérant dévoiler leur bluff.

Car oui, Complots est un pur jeu de bluff. Pour assassiner les autres, il faut accumuler un certain nombre de pièces, 3 pour l’assassin, 7 pour assassiner tout simplement dans la joie et la bonne humeur.

Et comment amasser ce pactole? En annonçant être un personnage spécifique, comme dans Mascarade. Un personnage en prend autant, un autre peut bloquer, etc. Sachant que chaque joueur annonce le personnage qu’il veut sans avoir à le montrer et se sert alors dans la banque.

Tant que personne ne le défie, l’action est réalisée. Si un ou plusieurs autres joueurs le défie, il doit révéler une carte (chaque joueur en a deux au départ). S’il possède le bon personnage, c’est celui ou ceux qui l’ont accusé à tort qui perd une carte. S’il est pris en flag, c’est lui qui en perd une. Et dès qu’un joueur a perdu ses deux cartes, c’est bye bye.

2?

Complots 2, une extension? Non, un stand-alone. Les règles sont pareilles que Complots 1, mais avec de nouveaux Personnages aux pouvoirs différents. Et pour les plus curieux d’entre vous, oui, Complots 2 peut se combiner à Complots 1 pour renouveler les parties.

complots2-cartesDans Complots 2 il y a 9 nouveaux Personnages appartenant à 5 clans:

  • Les Voleurs
  • Les Intouchables
  • Les Négociateurs
  • Les Perceptrices
  • Les Assassins

Sachant que toute partie doit contenir un représentant de chaque clan. En fait, on ne joue qu’avec 5 personnages, un par clan, choisi aléatoirement ou pas.

Bref.

 

Bref, Complots 2 c’est comme Complots 1. Si ce n’est que ce stand-alone apporte une énoooooorme rejouabilité. Un stand-alone, si ça ne vous dit rien, c’est un jeu en soi, on n’a pas besoin du jeu de base. Il ne s’agit pas d’une extension.

Si depuis le temps vous avez fait un peu le tour de l’Ambassadeur et de la Duchesse de Complots 1, les nouveaux personnages et les multiples combinaisons possibles (5 factoriel rien qu’avec le 2, sans rajouter le 1) de Complots 2 vont rafraîchir vos parties.

Le seul hic de Complots 2, c’est qu’il ne s’adresse pas vraiment aux tous débutants, car les pouvoirs des nouveaux personnages sont parfois complexes à maîtriser. Et que comme chaque partie offrira une nouvelle combinaison, les débuts de parties peuvent s’avérer plus rocailleuses qu’avec Complots 1 (encore que, dans le 1, les joueurs débutants ont de la peine à comprendre le principe du bluff…)

Complots (1 ou 2) est certainement l’un des meilleurs jeux de bluff sur le marché. Simple. Epuré. Pas cher. Transportable, parfait pour être joué en voyage, sur une terrasse. Qui peut être joué entre 3 et 6 joueurs (comptez plutôt 4-5). Et la VF chez Ferti, illustrée par Naïade, est tout juste somptueuse. Utilisez des pièces en vrai métal et vous vivrez là des parties encore plus mémorables.

Alors, le 1 mieux que le 2? Vice Versa? Si vous avez déjà

Complots 1: craquez pour le 2. Pour renouveler vos parties. En plus les deux peuvent se combiner (et vous pouvez aussi rajouter l’extension Saint-Barthelemy. Un joyeux bordel).

Complots 2: pas besoin de craquer pour le 1. Le 2 offre plus de richesse.

Vous pouvez trouver Complots 2 chez Philibert.

 

Critique de jeu: Râ, nouvelle édition. Le meilleur jeu d’enchères? Presque

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Râ, nouvelle édition, c’est la réédition de ce « vieux » jeu d’enchères créé par Reiner Kinizia sorti en 1999 (avec une petite réédition en 2006).

Cette nouvelle édition est sortie en juin 2016 en VO chez Windrider Games, le nouveau studio de développement américain qui va rééditer des jeux, et en VF chez EDGE en août. Pour 2 à 5 joueurs. Mais à combien y jouer? On vous en parle plus bas.

De quoi Râ parle?

Dans Râ, les joueurs sont plongés dans l’Egypte Antique et doivent développer leur civilisation en construisant (aka achetant) des temples, des bâtiments, des ouvriers, en faisant appel au dieu Ra, le Dieu Soleil.

Bon, autant dire que le thème est… complète collé et inutile. On aurait pu jouer avec des plombiers dans le 5e arrondissement, ou des livreurs de pizzas à Genève.

D’ailleurs, la preuve, le jeu est ressorti en 2004, allégé, sous forme de jeu de cartes. Razzia! En gros, le même jeu, mais avec des mafieux.

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Râ marche comment?

A son tour on a trois possibilités:

  • Lancer une enchères.
  • Piocher une tuile et la mettre à disposition sur le plateau pour la future enchère.
  • Défausser une des ses tuiles Dieu précédemment acquise lors d’une enchère pour acquérir une tuile disponible sur le plateau.

Sachant que:

  • Une fois tous les emplacements pour les tuiles recouverts, une enchère est obligatoirement lancé.
  • Il existe des tuiles spéciales, rouges, Râ, qui une fois piochées lancent automatiquement une enchère.
  • Chaque joueur ne peut remporter que trois enchères. Il ne peut ensuite plus participer et doit attendre la prochaine époque slash manche.

Enchères?

Chaque joueur dispose de trois tuiles numérotées, équitablement distribuées par joueur au début de la partie. Quand une enchère est initiée, c’est celui qui l’a lancée qui enchérit en dernier. Et comme il n’y a qu’un seul tour d’enchère, il a donc un sérieux avantage.

Scoring?

Râ se joue en trois époques, avec trois décomptes: le plus de temples, les rivières scorées si on possède aussi une crue, etc. Et un décompte particulier pour la toute fin de jeu (bâtiments+jeton d’enchères). Certaines tuiles acquises restent toute la partie jusqu’à la fin, d’autres sont défaussées après décompte entre chaque époque.

Une grosse, grosse salade de points de victoire puisqu’on gagne des points de tous les côtés. Avec les bâtiments, mais semblables, avec les ouvriers, mais différents, avec les rivières, avec ci, avec ça.

Au final, le plus compliqué dans le jeu n’est pas de comprendre la mécanique de base mais son scoring, très fouillé. Heureusement que chaque joueur dispose d’une fiche de rappel.

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Le gros, gros changement entre cette édition 2016 et celle de 1999 est bien évidemment son matériel. Car oui, en 17 ans, le souci esthétique et artistique des jeux de société ont changé.

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La version de 2006 (en gros pareille à celle de 1999), comparée à celle de 2016

Tout a été refait pour conférer au jeu une esthétique plus… cohérente, plus EgypteAntique-like, plus parchemin, moins clipart. Jugez plutôt.

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A gauche, la version d’origine, à droite la nouvelle

Et c’est là que le Râ blesse.

Si on gagne en cohérence, en esthétique, avec un filtre « parchemin et couleurs surannées », on perd en lisibilité, en fluidité. Les tuiles bâtiments sont très similaires, et comme on remporte des points pour des bâtiments semblables, on perd beaucoup de temps à tout revérifier. Pareil pour les ouvriers. Peu agréable, le jeu perd en fluidité, en rapidité.

Et je ne vous explique même pas si on joue en condition de faible luminosité, ça devient encore pire!

Ça Râ-le encore?

Oui, ça râle encore. Les règles. Bien écrites, mais extrêmement peu didactiques.

Le tout est rédigé presque au kilomètre, et c’est bien dommage, du coup on perd (aussi) en lisibilité et on peut passer à côté d’un point de règle essentiel.

Si ce nouveau studio Asmodée a comme ambition de rééditer de vieux jeux, en apportant une refonte surtout esthétique, il pourrait aussi faire un effort pour proposer des règles aérées, didactiques, plus claires. Dans Râ ça fait vraiment pâté. Ça fait « débrouillez-vous ». Étrange, pour du Asmodée…

Et à combien y jouer, au fait?

La version d’origine ne permettait que des parties à 3 à 5. Celle de 2016, dès 2 joueurs. Comment est-ce possible? Ils ont en fait adapté l’adaptation de 2004, Razzia, qui peut aussi se jouer à 2.

Et à 2, c’est bien?

Non.

Le jeu est meilleur à 4 ou 5, pour que la tension soit à son comble. Bien que, à 5, ça se discute, car une fois qu’un joueur a remporté trois enchères et grillé ses trois jetons, il ne peut plus rien faire d’autre qu’attendre la fin de l’époque, et ça peut être long. Il peut toujours se taper la vaisselle, en attendant.

Mais finalement, c’est bien?

Oui.

Râ est un excellent jeu d’enchères. Sans doute l’un des meilleurs. Une fois le scoring complexe et sa salade de points de victoire compris, sa mécanique de « stop ou encore » rend le jeu tendu, dans lequel chaque tour, chaque décision s’avère cruciale.

Faut-il lancer une enchère, même s’il y a peu de tuiles dispo? Ou attendre que l’offre s’étoffe, avec le risque qu’un autre joueur en lance une ou qu’une tuile Râ ne sorte? Ou que des tuiles calamités (oui, il y en a!) viennent pourrir l’offre?

Tendu du slip, on vous dit.

Mais vraiment dommage que le matériel de 2016 soit aussi peu ergonomique, aussi peu lisible. Alors oui, il est cohérent, artistique, presque. Mais au final, peu jouable, à force de se prendre la tête à devoir faire des fouilles archéologique minutieuses sur chaque tuile. Avec le risque de jouer « au petit bonheur la chance », et de prendre un peu n’importe quelle tuile sans vraiment savoir ce qu’on achète.

Mais encore

Après un début des années 2010 en demie-teinte, le docteur est à nouveau sur le devant de la scène en 2016: la réédition d’Amun Re, Blue Moon le jeu de cartes (OK, 2015, mais quand même), Samuraï, Schotten-Totten chez IELLO. La boîte de Pandore est ouverte. On peut parier sur de nombreuses rééditions de ses jeux dans un avenir proche. On peut imaginer:

Medici. Un autre chouette jeu d’enchères.

Art Moderne. Encore un autre jeu d’enchères, très très malin. Qui mériterait une refonte graphique.

Le Seigneur des Anneaux, l’un des meilleurs jeux coopératifs. Mais rethématisé. Star Trek, Marvel? Star Wars? Oui, Star Wars!

Et surtout, surtout, surtout Quo Vadis sorti en 1992, l’un des meilleurs jeux d’enfoirés de l’histoire des jeux d’enfoirés! Hideux, jamais traduit, qui mériterait une somptueuse édition moderne.

Vous pouvez trouver Râ en VF chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Critique de jeu: Star Wars Rébellion. Tu bluffes Leia

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Star Wars Rébellion (SWR) est sorti tout début juillet 2016 en VF chez Asmodée (et non pas chez EDGE, pour une fois. Bien que quand même traduit par EDGE…), créé par Corey Konieczka, poulain de l’écurie FFG derrière les blockbusters que sont Forbidden Stars, Imperial Assault (du Descent-like à la sauce Star Wars), Battlestar Galactica, et bien d’autres. Derrière Rébellion on sent bien l’auteur expérimenté, mais surtout l’équipe de développement solide de chez FFG.

Pour 2 à 4 joueurs, d’une durée de 180 à 240 minutes, dès 14 ans. Oui, un très gros jeu.

Thème

C’est Star Wars. III.5, pour être précis. Autrement dit, l’Empire est déjà bien établi dans la Galaxie, et on est train de finir la peinture de l’Etoile de la Mort. Quelques années après l’épisode III, et juste avant le IV. Pendant Rogue One, plus exactement.

Dans SWR, un joueur (ou une équipe, si on joue à plus de 2) contrôle l’Empire, et l’autre la Rébellion. Le but de l’Empire est de découvrir la base rebelle pour l’anéantir, tandis que celui des Rebelles est d’étendre leur influence dans la Galaxie. Histoire de pouvoir compter sur le plus de soutien.

SWR est hyper-thématisé, on se sent vraiment immergé dans la saga!

Matériel

Comme d’habitude avec FFG, les figurines du jeu et les illustrations sont somptueuses!

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Si le jeu est (plutôt?) cher, comptez quand même une centaine d’euros, c’est parce que la grosse grosse boîte est bourrée de matos: fig, cartes, plateau, compteurs, etc. Rapport poids-prix, on en a pour son argent.

Et on joue comment?

A son tour, on commence par placer un de ses personnages sur une carte mission que l’on choisit de poser face cachée et que l’on désire activer plus tard. C’est la phase d’affectation, un mélange entre programmation et objectif secret.

Vient ensuite la phase d’ordres, dans laquelle on déplace ses unités sur la plateau et on révèle ses missions. Sachant que les missions de son adversaires peuvent être contrées.

Puis arrive enfin le tour de restauration, dans laquelle on pioche de nouvelles cartes, on récupère ses personnages et on déploie ses troupes. Donc trois phases. Simple.

Comme toujours avec FFG, on a droit à un gros jeu avec des règles épaisses, mais le tout est plus léger qu’il n’en a l’air. C’est la très très grande force de FFG. Proposer des gros jeux complexes aux règles fluides.

Qui dit Star, dit aussi Wars

Oui, il y aura de la baston, forcément. Des combats spatiaux et des combats terrestres. Et oui, le tout est géré par des dés, forcément. Et oui, on pourra influer sur ses tirages, forcément.

On lance autant de dés que ses unités présentes, et les cartes tactiques peuvent impacter sur le combat en cours, soit augmenter soit réduire les dégâts. Simple. Habituel.

Alors, c’est bien?

A 2, c’est tout simplement l’un des meilleurs jeux à 2 actuels (avec 7 Wonders Duel et le Go). A 4, c’est plutôt moyen, parce qu’on perd beaucoup de temps à discuter, et le bluff devient beaucoup plus difficile à gérer.

Du… bluff?

Oui.

Star Wars Rébellion est un gros jeu de bluff. Surtout pour les Rebelles. Ils perdent automatiquement la partie quand l’Empire a découvert, et conquis la base rebelle. Ils doivent donc tout faire pour cacher leur base, choisie en secret en tout début de partie. Sachant que leurs unités déployées en cours de partie risquent de donner de précieuses informations. Oui, comme dans l’épisode V.

Un jeu asymétrique, donc. Pour les Rebelles, il va falloir étendre leur influence sur la plateau en jouant au jeu du chat et la souris avec l’Empire. Et pour l’Empire, réduire l’influence des Rebelles tout en découvrant leur base secrète. Les Rebelles sont plus fragiles, mais plus mobiles. L’Empire, plus puissant mais aussi plus pataud. Le fait que le jeu propose deux factions au jeu complètement différent permettra d’essayer plusieurs tactiques et d’inverser les rôles.

Merchan

Alors oui, Star Wars n’en a pas fini de voir des produits ludiques dérivés: le jeu de figurines (X-Wing, Armada), le jeu de plateau d’exploration (Imperial Assault), le jeu de rôle (dont le tout nouveau, The Force Awakens, vient juste d’être annoncé),

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le jeu de cartes (JCE) et enfin, le jeu de dés à collectionner (Destiny, pour novembre 2016, qui vient également d’être annoncé à la Gen Con, une sorte de Quarriors, mais avec des boosters à la Magic). Avec Rébellion, on a ici un jeu de plateau à grande échelle de stratégie, de missions et de conquêtes spatiales.

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Oui, décidément,  Star Wars entretient une véritable histoire d’amour avec le jeu de société. Et c’est tout à fait compréhensible, puisque le jeu permet l’immersion, l’imagination, la collaboration, et l’univers fantastique de Star Wars est tout à fait approprié!

Star Wars Rébellion plonge véritablement les joueurs dans la saga. Avec les personnages importants, les missions à mener, les unités à déplacer. Plus qu’un jeu, SWR est une machine à rêver, à rêver d’être dans la peau d’un général impérial ou d’un fougueux rebelle. Faut-il être un fan inconditionnel de la saga pour y jouer? Non, pas forcément, mais c’est mieux, pour avoir vraiment l’impression de passer de l’autre côté de l’écran.

Maintenant, soyons honnêtes, Star Wars Rébellion est un gros, gros jeu. Lapalissade. Pas forcément compliqué, mais riche, profond, long. Très. Long. Les joueurs passionnés prêts à s’investir dans un jeu exigeant de plus de deux heures auront énormément de plaisir. Les joueurs qui cherchent un jeu plus léger, plus rapide, s’intéresseront à un autre.

Alors que la dégeekisation des jeux de plateau est en cours, pour taper de plus en plus dans le Familial+, FFG continue de sortir des jeux profonds, exigeants, geeks. Et tant mieux.

Vous pouvez trouver SWR chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Chez Ludibay,

Et chez Helvetia Games Shop en Suisse.

Et comme Rébellion parle de bluff, on vous laisse entre de bonnes mains:

Critique de jeu: Mare Nostrum. Si vis pacem…

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Mare Nostrum, c’est quoi?

Mare Nostrum est l’un de ces jeux cultes sorti dans « l’Antiquité », en 2003, et créé par le talentueux et trop discret auteur de jeu français Serge Laget. Pour 3 à 5 joueurs (avec l’extension, de 2 à 6 joueurs). D’une durée de 90 minutes (comptez tout de même 120-180′ pour votre toute première partie. Après, ça « fonce »).

Lancé sur KS début 2015, avec près de 700’000 USD récoltés, le jeu a connu beaucoup, beaucoup de retard (comme c’est souvent le cas sur KS…). Pour enfin sortir fin juillet 2016.

Thème

Dans Mare Nostrum, comme son titre l’indique, on contrôle le destin d’une nation antique dans le pourtour méditerranéen: Grecs, Romains, Babyloniens… C’est un pur jeu de civilisation, très inspiré du classique Civilisation de 1980 (magnifiquement supplanté trente ans plus tard en 2010 par Civilization). Economie, politique, conquête, développement, tout y est.

Matériel

A part les figurines « unités » bien moulées et spécifiques à chaque civilisation, le reste du matériel est sobre, fonctionnel, plat, austère. « Beauty is in the eye of the beholder », je sais, mais les plateaux joueurs, les héros sur fond noir, les ressources, tout ça manque de brillance, de panache. Peut-on un jour rêver d’une version Deluxe Collector avec des illu revampées et chatoyantes par Coimbra, Biboune? Je signe où?

Maintenant, il semblerait que la version KS contienne des jetons de poker pour représenter les ressources. OK, pourquoi pas, je ne les ai pas vus, j’ai la boîte sortie spécialement à Cannes en 2016. Mais je doute que les illustrations changent beaucoup avec la version de juillet 2016.

Et on joue comment?

5 phases par tour de jeu.

  1. On collecte ses revenus: ressources, impôts
  2. On échange. Chaque joueur place un certain nombre de ressources, et le jeu du ping-pong peut commencer. Je prends chez toi, tu prends ailleurs, qui prend ailleurs, etc.
  3. On achète. Autant qu’on veut. Avec les impôts récoltés. Ou les ressources, pour autant que le pactole contienne des ressources uniquement différentes. Tout le sel du jeu. C’est sympa de récolter 217 ressources semblables, mais ça ne sert à rien. A part pour les échanges.
  4. On déplace ses unités, on cogne. Comment? Chaque unité présente lance un dé. Le total obtenu est alors divisé par 5 (arrondi au chiffre inférieur), ce qui donne le nombre de touches, de blessés chez son adversaire. Facile.
  5. On revendique les trois titres selon son avancée sur les trois pistes: le chef du commerce (celui qui a le plus de caravanes, de marché), le chef politique (celui qui a le plus de cités, de temples), le chef militaire (celui qui a le plus d’unités présentes)

Voilà.

Dit comme ça, le tout paraît clair, mais les règles, même si très claires et didactiques, sont quand même riches et denses.

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Et on gagne comment?

Il y a 4 façons différentes de gagner:

  • militaire: en contrôlant 4 cités de prestige et capitales,
  • économique: en construisant les pyramides avec 12 (sur 13) ressources différentes ou avec 12 pièces d’impôts,
  • « technologique »: en construisant et en engageant 4 héros et/ ou merveilles,
  • politique: en contrôlant les 3 titres, donc en étant le plus loin sur les trois pistes.

Alors, c’est bien?

Oui. Très. Mais c’est très violent aussi.

Alors oui, il y a 4 façons différentes de gagner. Mais soyons lucides. Pour accumuler suffisamment de ressources pour soit engager des héros, soit acheter les pyramides, soit monter dans les pistes, il va falloir s’étendre sur le plateau. Et qui dit s’étendre dit…

C’est vite vu, la grande majorité des héros confèrent des avantages belliqueux.

Mare Nostrum est un jeu violent, tendu, méchant, aux alliances opportunistes et aux trahisons amères. Il faut vraiment voir Mare Nostrum comme un jeu de conquête, avec de la gestion de ressources pour alimenter son développement. Comme le dit si bien l’adage, l’argent est le nerf de la guerre. Sans argent, sans ressources, on se retrouve coincé dans ses stratégies. Et pour les obtenir, il faut conquérir.

Le jeu possède une énorme rejouabilité (i.e. on peut y jouer souvent sans que le jeu devienne répétitif) puisqu’il offre beaucoup de variabilité. On peut bien sûr essayer une autre civilisation, et surtout varier les stratégies: s’orienter sur du pur militaire, ou viser la victoire économique. Très bon. D’autant que les combos des héros / merveilles permettent de tenter des résultats surprenants, divers et plus ou moins efficients.

Donc oui, pour conclure, Mare Nostrum est un excellent jeu, même si servi par un matériel austère. La réédition d’Asyncron est très, très bonne, elle permet de corriger certains soucis de la toute première édition, notamment en terme d’équilibrage et de quelques règles par-ci par-là, notamment:

  • la contrainte des jetons choisis par le maître du commerce pour éviter les blocages des échanges par un seul joueur.
  • le coût progressif des héros au lieu d’un coût unique et plus élevé de départ, ce qui permet d’acquérir plus rapidement un héros et bénéficier de son avantage.
  • dés et résolution des combats au hasard réduit.
  • deux nouvelles conditions de victoire, les trois titres et les quatre villes, pour offrir plus d’ouvertures stratégiques.
  • adaptation du plateau pour 3 ou 4 joueurs.
  • etc. etc. etc. la liste est longue!

Bref, c’est Mare Nostrum 2003, mais en beaucoup, beaucoup mieux. L’auteur Serge Laget a véritablement amélioré son jeu pour nous en offrir la quintessence.

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Mais encore

L’effet Caliméro

Le jeu est asymétrique. Chaque civilisation commence avec un héros, un leader au pouvoir différent. La tentation serait alors grande de trouver l’un ou l’autre « cheaté » et déséquilibré. Mais ça serait prendre un raccourci facile et maladroit.

Alors oui, les Grecs sont puissants. Alors oui, les Babyloniens aussi. Mais au final, tout dépend de:

  1. la stratégie appliquée
  2. la stratégie de blocage appliquée par les adversaires. Si chacun joue dans son coin, c’est la civilisation qui part avec un avantage militaire de départ qui peut mieux s’en sortir.

Bref, je reste extrêmement sceptique quant à un souci d’équilibrage et de martingale. C’est un peu facile. C’est comme avec le hasard. Quand on gagne à un jeu, on a tendance à dire que c’est parce qu’on a su faire preuve de stratégie, et quand on perd, c’est juste à cause du hasard…

Il est impératif de bien suivre le jeu des autres, de leurs achats en héros et merveilles qui changent le jeu et apportent des avantages considérables.

Non, Mare Nostrum n’est pas un jeu d’échecs, dans lequel les deux adversaires ont pareille force. Et encore, ce n’est pas vrai puisque blanc commence toujours. Donc il créé le déséquilibre. Pareil dans Mare Nostrum. Le déséquilibre est inné, c’est aux joueurs d’y remédier.

Tonight, we dine in hell

Autre petit conseil: pour ouvrir les hostilités, n’attendez pas le milieu de partie ou pire, la fin de partie. Ca sera déjà trop tard. Mare Nostrum est avant tout un jeu de conquête. Commencez rapidement à vous armer, à vous étendre, au risque de laisser vos voisins se renforcer et vous claquemurer dans des stratégies pacifiques, économiques, souvent vouées à l’échec.

Attention, soyons clairs, je ne dis pas que la victoire militaire est plus facile que toutes les autres. Mais comme toutes les autres nécessitent aussi des conquêtes, il faudra savoir faire preuve de belligérance. Et rapidement.

Et à combien y jouer?

Je conseille la configuration à 4 ou 5 joueurs. A 3, même si le plateau est réduit, les interactions sont moindres. A 5 c’est le must, c’est là que le jeu prend toute sa saveur épique et tendue. Et le temps de jeu n’est pas forcément plus long ou plus lent.

Mundus?

Oui, si vous connaissez Mundus Novus sorti en 2011 chez Asmodée, créé par Serge Laget et Bruno Cathala, vous reconnaîtrez la phase de commerce de Mare Nostrum. Elle en a été extraite du jeu de 2003 pour en faire un jeu à part (et que j’ai trouvé très creux). Donc non, ce n’est pas l’édition de 2016 qui a copié Mundus Novus de 2011, mais plutôt… Oh là, je commence à avoir mal à la tête, je vais aller m’allonger.

Extension

Il y a déjà une extension, Atlas, bourrée de mini-extensions, dont la possibilité de jouer à 2 uniquement (les Guerres Puniques), de rajouter un 6e joueur ou de rajouter des héros. On peut très bien jouer à Mare Nostrum sans cette extension, mais ça serait dommage de s’en priver puisqu’elle apporte encore plus plus plus de rejouabilité.

Ou trouver Mare Nostrum?

Chez Philibert,

Chez Ludikbazar,

Chez Ludibay,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

Agricola 2016. Tout ce qui change

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Si vous ne le saviez pas encore, Agricola vient de sortir dans une toute nouvelle version 2016, révisée et améliorée.

Et quid de la VF? A voir si Filosofia, qui a récupéré les droits d’Ystari pour la VF, va s’en occuper.

Qu’est-ce qui change?

Tout d’abord, parlons du matériel.

Dans le jeu de base, les ressources étaient juste représentées par des jetons-disques aux différentes couleurs. Dans cette version de 2016, les ressources sont devenues de « véritables » veggie-meeples semblables à Loyang / Caverna.

veggieLes fermiers, précédemment de simples disques, sont devenus des meeples qui ressembleraient presque aux cowboys de Flick’em Up.

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Les plateaux de jeux, personnels et communs, ont vu quelques micro améliorations ergonomiques, comme citer les actions, la récolte et un rappel du scoring.

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Comparaison des deux couvertures. A gauche, la version 2016. Cherchez les différences.
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Et ouf. L’honneur est sauf. Il y a toujours des Easter Eggs. A gauche ils jouent à Agricola 2016, au milieu à Bohnanza, et à droite à Patchwork. Tous les trois des jeux de l’auteur.

Et les règles?

Les règles sont mieux écrites, plus claires.

La nouvelle version de 2016 a tout simplement éliminé la version « famille ». Comme le monde entier a déjà joué à Agricola, ou pas loin, les éditeurs ont jugé pertinent de se débarrasser de cette option superflue.

Ensuite, le jeu de 2007 offrait la possibilité d’y jouer jusqu’à 5. Celle de 2016, uniquement jusqu’à 4. Pourquoi? Parce qu’à 4 le jeu est plus rapide. Et aussi pour vendre l’extension pour 5 à 6 joueurs, prévue prochainement.

Côté cartes, c’est vraiment là qu’il faut voir un changement notable. S’il y avait auparavant plusieurs decks possibles, à difficulté variée, il y en a maintenant que 2, A+B, B proposant des cartes plus complexes. Et de nombreuses cartes ont été revues et corrigées pour les rendre plus équilibrées. A relever, il y a également moins de cartes. La moitié moins.

Enfin une dernière chose, l’appendice propose différents modes de jeu: du draft, un jeu par équipe, un mode épique de campagne sur plusieurs parties de suite, et même une nouvelle règle de gestion de cartes proposée par Rüdiger Dorn (Istanbul).

Alors, faut-il acheter cette nouvelle version?

Si vous possédez déjà celle de 2007 (VO) ou de 2008 (VF), la réponse est: NON! Les différences sont tellement minimes qu’elles ne suffisent pas à en justifier l’achat. D’autant qu’on ne peut y jouer qu’à 4 maximum.

Si vous ne possédez pas encore la première version, la réponse est alors  OUI! Parce que le matériel est vraiment amélioré et que certaines cartes ont été mieux équilibrées. Si vous voulez y jouer à plus de 4 joueurs il va vous falloir alors l’extension.

Et en attendant une hypothétique VF, Agricola 2016 n’est pour l’instant disponible qu’en anglais, allemand, hongrois, polonais et italien.

Mais encore

Et encore une dernière chose. Oui, cette nouvelle version peut tout à fait être jouée avec l’excellente extension les Fermiers de la Lande (2009).

Vous pouvez trouver Agricola 2016 chez Philibert,

et

Chez Ludikbazar.