Un bureau de style industriel au coucher du soleil avec de longues ombres projetées dans la pièce, indiquant un déménagement d'Asmodée.
Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Restructuration chez Asmodee : Des licenciements annoncés

🔥 L’impact des restructurations chez Asmodee. Entre licenciements, gestion de dette, et stratégies d’acquisitions.


Restructurations chez Asmodee : Un séisme

C’est une nouvelle qui nous a scotchés : Asmodee, le mastodonte français de l’édition ludique, vit des heures plutôt… sombres. Son propriétaire suédois, Embracer Group, a annoncé le lancement d’un vaste plan de restructuration touchant plusieurs de ses filiales, dont Asmodee. Au menu : compression des coûts, licenciements massifs, fermetures de studios. Une véritable cure d’austérité !

Pourtant, Asmodee sortait tout juste d’un trimestre record, avec des revenus en hausse de 25%. Alors comment expliquer ce brusque retournement de situation ? Et quelles seront les conséquences de ce séisme sur l’avenir du jeu de société ? Accrochez-vous bien à vos dés, on vous explique tout !

La fringale d’Embracer : quand l’ogre suédois perd l’appétit

Il faut dire qu’Embracer Group en a fait voir de toutes les couleurs à l’industrie du jeu vidéo ces dernières années. Le holding suédois collectionne les studios de développement à la vitesse de l’éclair depuis 2017, engloutissant pas moins de 90 entreprises. De quoi lui valoir le surnom d’ »embracer » (l’étreignant en anglais) !

Mais voilà, à force de trop vouloir engloutir, on finit par être victime d’indigestion. Résultat : Embracer se retrouve lesté d’une dette abyssale de 1,5 milliards de dollars américains. De quoi couper l’appétit à n’importe quel ogre ! D’autant plus que plusieurs des méga-productions lancées par ses studios phares ont récemment fait pschitt. Le revival de Saints Row par Deep Silver s’est écrasé comme un soufflé trop gonflé, essuyant un échec aussi bien critique que commercial.

Par conséquent, Embracer a mis une croix sur ses ambitions démesurées pour se concentrer sur l’assainissement de ses finances exsangues. Exit le règne de l’excès et de la débauche, place à la diète sévère et à la retenue budgétaire ! Le holding a même sabré dans ses effectifs prolifiques en mettant plus de 900 employés à pied entre juillet et septembre. Vous avez bien lu : 900 personnes ! Autrement dit 10% de ses troupes ! Un plan social de ouf, digne d’un ouragan de catégorie 5 !

Asmodee dans l’œil du cyclone

Logiquement, Asmodee aurait dû être épargnée par la tornade, car ses résultats témoignent d’une santé insolente. Ses ventes ont flambé de 25%. Le géant du jeu de société aligne profits sur profits depuis son rachat par Embracer en 2021. Alors pourquoi diable sabrer dans ces effectifs alors que la performance est au rendez-vous ?

Tout simplement parce que la maison-mère exige qu’Asmodee contribue aux économies à l’échelle du groupe. Peu importe ses succès en boutique, la filiale française doit se serrer la ceinture elle aussi. Quitte à sabrer dans le muscle plutôt que dans le gras ! Résultat : une première salve de mises à pied est déjà tombée. Avec la promesse que ce n’est qu’un début, selon la directrice financière d’Asmodee. Autrement dit, accrochez-vous, la tornade risque de faire encore pas mal de dégâts !

Cerise sur le gâteau, pendant que des centaines d’employés se retrouvent sur le carreau, le grand manitou d’Embracer, Lars Wingefors, salive déjà à l’idée d’exploiter le fantastique potentiel des licences du Seigneur des Anneaux acquises au prix de… nombreuses souffrances. Sacré contraste entre le discours enjoué des hautes instances et la dure réalité du terrain !

Une intégration à Embracer qui tourne au vinaigre

Il faut dire que le rachat d’Asmodee par Embracer Group avait de quoi séduire sur le papier. Certes, Asmodee faisait déjà office de mastodonte dans l’édition de jeux de société et de jeux de cartes à collectionner. Mais rejoindre un conglomérat aux reins encore plus solides lui promettait de stimuler sa croissance. Et peut-être même de développer des synergies avec les autres divisions jeux vidéo ou mobile d’Embracer !

Sauf que dans les faits, le mariage tourne plutôt au vinaigre. Car contrairement aux nombreux studios de jeux vidéo absorbés ces dernières années, Asmodee jouit d’un statut à part chez Embracer. Elle ne fait pas partie des divisions console ou PC, mais plutôt d’un segment séparé baptisé « Mobile & Boardgames ».

Cette position hybride se révèle être une malédiction autant qu’une bénédiction. Certes, Asmodee conserve son autonomie stratégique et peut continuer de miser sur son expertise dans les jeux de société et les jeux de cartes. Mais en contrepartie, son statut de filiale rentable en fait une cible de choix lorsque vient le temps de réaliser des compressions budgétaires à la demande de la maison-mère. Même en pleine forme financière, Asmodee écope des erreurs de gestion commises dans les autres divisions d’Embracer !

Une chose est sûre : le plan de restructuration radical imposé aussi bien à Embracer Group qu’à Asmodee aura un impact majeur sur l’avenir de ces deux géants du jeu. Et les prochaines étapes de ce régime secoueront encore le cocotier, c’est garanti !

Rappelons que dernièrement, on a appris les douloureuses nouvelles d’éditeurs de jeux ayant fait faillite. Ou connaissant également, comme Asmodee, des soucis de financement, à l’instar d’Haba, l’éditeur de jeux préférée des enfants (dont les miens, quand ils étaient petits).

Vers une consolidation durable du marché ?

Cette douloureuse leçon devrait au moins avoir le mérite de refroidir les ardeurs des leaders de l’industrie en matière de consolidation effrénée. Après avoir vu Embracer s’étouffer en voulant trop engloutir d’un coup, les autres mastodontes réfléchiront peut-être à deux fois avant de se lancer dans une frénésie d’acquisitions intenable.

D’ailleurs, contrairement aux déboires d’Asmodee, de récentes nouvelles du côté des auteurs et des autrices et de petits éditeurs sont plutôt réjouissantes. Le succès retentissant de jeux comme MicroMacro : Crime City ou le palmarès du Spiel Des Jahres 2023 démontrent que la créativité du milieu est plus foisonnante que jamais. Tant qu’il y aura des auteurs et autrices passionnées pour repousser les frontières du fun en famille ou entre amis, l’avenir du jeu de société restera radieux.

Alors bien sûr, la débâcle d’Asmodee risque de provoquer quelques secousses sismiques. Après tout, avec plusieurs centaines d’employés et des centaines de millions de revenus annuels, le mastodonte français pèse lourd dans la balance du secteur. Son agonie risque fort d’entraîner quelques dommages collatéraux chez certains partenaires ou détaillants.

Mais soyons confiants ! L’industrie a traversé d’autres crises par le passé pour rebondir encore plus forte. Tant que des millions de joueurs continueront à avoir soif de nouveaux univers à explorer entre amis ou en famille, les carnets de commandes des éditeurs resteront bien remplis.

Une chose est sûre : le mariage entre le fabricant de 7 Wonders ou Ticket To Ride et le détenteur de Saints Row s’avère moins heureux que prévu. Reste à voir si ce couple dépareillé arrivera à surmonter ses difficultés actuelles ou si leur relation se conclura par un divorce houleux.

Conclusion

La restructuration en cours chez Asmodee et Embracer Group soulève plusieurs questions cruciales sur l’avenir de ces deux leaders du jeu.

Jusqu’où iront les compressions budgétaires chez Asmodee ? Quel sera leur impact à long terme sur le fonctionnement et l’innovation au sein de ce pilier de l’industrie du jeu de société ?

Embracer arrivera-t-il à redresser efficacement ses finances tout en préservant la valeur de ses nombreux studios et propriétés intellectuelles ? Ou cette cure drastique causera-t-elle des dommages irréparables à certains de ses actifs les plus prestigieux ?

Enfin, cette douloureuse leçon incitera-t-elle les grands joueurs de l’industrie à revoir leur stratégie axée sur une expansion effrénée et non viable ? Ou au contraire, assistera-t-on à d’autres manœuvres téméraires et rachats massifs dans un futur rapproché ?

On peut rêver que cet épisode calamiteux mène vers une saine consolidation du marché du jeu. Avec des entreprises qui privilégient la créativité et l’innovation au développement anarchique. Car pour finir, ce sont les auteurs et autrices passionnées et les joueurs et les joueuses qui font vivre le jeu de société, bien plus que les stratégies hasardeuses des hauts dirigeants !

Sources

Pour vous proposer cet article, nous nous sommes principalement appuyés sur ces trois sources :

👉 gamesindustry.biz

👉 Dicebreaker

👉 BoardGameWire

Mise à jour de l’article

À la suite de l’article, ce lundi soir 27.11 à 19h51 Embracer, via sa responsable de communication Beatrice Flink Forsgren, a réagi et nous a contactés directement pour apporter une précision et une modification du contenu de l’article. Les voici :

We have noticed that in your article – Restructuration chez Asmodee : Des licenciements annoncés (gusandco.net)–  there have been misconceptions regarding Embracer’s restructuring program, where certain actions have been interpreted as specific Asmodee actions. In the Embracer Group Interim Report Q2 webcast, Müge Bouillon, CFO of Asmodee, spoke in her role as the financial workstream lead of the restructuring program, representing the Embracer Group as a whole, not just Asmodee. Therefore, it should be noted that Müge Bouillon’s comments regarding the restructuring program were made on behalf of the entire Embracer Group.

Beatrice Flink Forsgren
Head of Brand & Communication

Traduction :

Nous avons remarqué que dans votre article – Restructuration chez Asmodee : Des licenciements annoncés – il y a eu des malentendus concernant le programme de restructuration d’Embracer, où certaines actions ont été interprétées comme des actions spécifiques d’Asmodee. Lors de la webdiffusion de l’Embracer Group Interim Report Q2, Müge Bouillon, CFO d’Asmodee, s’est exprimée en tant que responsable du volet financier du programme de restructuration, représentant le groupe Embracer dans son ensemble, et pas seulement Asmodee. Il convient donc de noter que les commentaires de Mme Müge Bouillon concernant le programme de restructuration ont été faits au nom de l’ensemble du groupe Embracer.

Beatrice Flink Forsgren
Responsable de la marque et de la communication

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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Enseigne à l’École supérieure de bande dessinée et d’illustration, travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste.


Pensez-vous qu'Asmodee puisse résister aux turbulences causées par la restructuration d'Embracer et continuer à prospérer à long terme ? Pourquoi ou pourquoi pas ?

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8 Comments

  • Vincent

    Je ne connaissais pas votre site et vos articles avant ce matin, belle découverte ! Merci pour ces informations très éclairantes et courage aux employés d’Asmodee qui doivent vivre un sacré ascenseur émotionnel.

    • Gus

      Cher Vincent,

      Nous sommes profondément reconnaissants pour votre message et ravis de savoir que vous avez récemment découvert notre site. C’est toujours un immense plaisir d’accueillir de nouveaux lecteurs et de partager avec eux notre passion pour le monde du jeu.

      Nous vous remercions chaleureusement pour vos mots d’encouragement envers notre travail. Nous nous efforçons de fournir des informations éclairantes et pertinentes pour nos lecteurs et lectrices, et ceci depuis 2007 de manière bénévole et sans aucune pub ni contenu sponsorisé.

      Votre appréciation nous conforte dans notre mission.

      Votre sympathie envers les employés d’Asmodee dans ces moments de changements et d’incertitudes est très touchante. Nous partageons vos sentiments et espérons sincèrement qu’ils navigueront avec succès à travers ces défis.

      Nous espérons continuer à vous offrir des articles qui vous intéressent et vous éclairent. Si vous avez des sujets spécifiques que vous aimeriez que nous explorions, n’hésitez pas à nous en faire part.

      Avec toute notre gratitude et nos meilleures salutations,

      L’équipe de Gus&Co

  • En ligne

    Merci pour cet article très intéressant et je suis sincèrement désolé pour les salariés d’Asmodée concernés par ce plan de restructuration.
    Mais cette marque profite de sa position dominante sur le marché Français pour imposer des règles qui sont à la limite de la concurrence déloyale. En tant que nouveau revendeur sur Internet, il m’est impossible de commander leurs références car je n’a pas de boutique physique. Cette règle n’est pourtant pas appliquée à d’autres sites qui n’ont pas non plus pignon sur rue, mais qui ont ouvert leur activité quelques mois avant moi, donc avant la mise en place de leur nouvelle stratégie de vente.
    Asmodée ayant quelques références incontournables, difficile de survivre sans les proposer.
    Peut être que leur besoin de trésorerie leur fera changer leur vision vis à vis des revendeurs en ligne…

  • frfr

    Salut Gus&Co,

    L’article ne se contente pas de relayer la comm’ patronale. c’est cool. 🙂

    Reste que pour une situation équivalente dans une usine et tu aurais déjà des communiqués syndicaux indignés, des piquets de grève, des palettes qui crament devant la taule et une douce odeur de merguez. Un autre signe du manque de maturité du secteur ?

    Il serait intéressant d’avoir le point de vu des salariés-es, des représentant-es du personnel, des syndicats…

  • Theoven

    Je me souviens d’une époque pas si lointaine où je savais que la croissance insensée d’Asmodée ne pouvait que se terminer en crash retentissant. On me répondait (à commencer par l’équipe de Tric Trac… sic) « mais non, ça va dynamiser le secteur ».

    Le problème c’est que le secteur du jeu de société n’est pas « mature », que les modèles économiques sont peu ou pas durables (à l’exception de quelques groupes), et que pour une grande majorité d’entre eux, les produits sont périssables dans le sens où sitôt sortis, sitôt « vieux ». Aucune surprise à voir un segment important se déplacer vers les financements participatifs où le but est de vendre rapidement des jeux sur produits, mesurés à l’aune du kilo plastique, livrés au mieux deux ans après la fin de la campagne.

  • NICOLAS Delphine

    Bonjour, je viens de découvrir vos articles c’est très intéressant. En ce qui concerne Embracer, ils ont eux des millions de dollars par l’Arabie Saoudite, et ils ont déjà tout « cramé  » ?!

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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