Kings of Chicago : Tonneaux & Complots
🌆 Chicago, années 1920. La Prohibition fait rage. 🚔 Dans Kings of Chicago, incarnez un gang et tirez votre épingle du jeu !
Kings of Chicago
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
La Prohibition, avec un grand P, fut une période fascinante de l’histoire américaine. Une idée qui semblait de prime abord sensée (limiter la circulation de l’alcool, source de misère et de maladies mortelles) s’est transformée, du moins dans l’imaginaire collectif, en une explosion de la criminalité et des gangs. Dans les faits, il est difficile de déterminer si la Prohibition a eu un impact réel sur la criminalité, car les statistiques policières n’étaient pas consolidées au niveau fédéral dans les années 1930. De plus, la législation variait d’un état à l’autre, certains allant plus loin que d’autres dans l’interdiction.
Cependant, certaines conséquences de la Prohibition sont très bien documentées, comme la baisse de la mortalité infantile, des cirrhoses et des psychoses alcooliques, ainsi que la disparition de milliers d’emplois liés à une industrie qui était alors la cinquième des États-Unis. Entrée en vigueur le 1er janvier 1920 et inscrite dans le 18ème amendement de la Constitution, la Prohibition a pris fin le 5 décembre 1933, avec la ratification du 21ème amendement, dans le contexte difficile de la Grande Dépression.
Évoquant une époque trouble mais fantasmée, la Prohibition est indéniablement une mine d’or pour la culture populaire, avec des personnages hauts en couleur comme Al Capone ou Eliot Ness, et une esthétique singulière, celle des Années Folles et des speakeasies côté pile, et des gangsters en borsalino côté face. C’est justement ce côté face que nous explore Kings of Chicago, un jeu dans lequel les participants vont tenter, avec leurs gangs respectifs, de régner sur le monde souterrain de la distribution d’alcool, en essayant d’amasser le plus d’argent possible.
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Speakeasies & Stratégies : Chicago, années 1920
Kings of Chicago se joue sur un plateau commun représentant la ville de Chicago, divisé en 3 colonnes de 3 emplacements. Au centre, la gare servira de point de départ et sera le seul emplacement non tiré au sort. Les 8 autres emplacements sont tirés aléatoirement et disposés face visible. Chaque emplacement possède une valeur finale, une réserve d’argent (« dough » dans la version originale), un événement (également tiré au sort), des emplacements pour les tonneaux, et un « service », une action supplémentaire pouvant être achetée.
Chaque joueur et joueuse reçoit un gang parmi les 4 disponibles, avec 9 tonneaux de la couleur associée. Chaque gang dispose de tonneaux spéciaux, marqués d’un X :
- Les bleus ont un gros tonneau qui compte pour deux tonneaux lors du décompte final. Ce gros tonneau ne peut être déplacé que par le joueur bleu et ne peut pas être bougé via un « service ».
- Les rouges ont un tonneau Bombe et deux tonneaux truqués. À la fin de la partie, le joueur rouge pourra faire exploser un des tonneaux marqués d’une croix, détruisant ainsi les deux tonneaux adjacents.
- Les verts ont un tonneau « good stuff » et un tonneau « cheap gin ». À la fin de la partie, le joueur vert pourra activer ses tonneaux. Le tonneau « good stuff » augmente de deux la valeur finale de l’emplacement sur lequel il se trouve, tandis que le tonneau « cheap gin » la réduit de 2.
- Les jaunes ont deux tonneaux « golden whiskey ». À la fin de la partie, en cas d’égalité sur un emplacement où se trouve un « golden whiskey », l’équipe jaune remporte l’emplacement.
Les 4 jetons personnages sont placés sur une piste de déplacement en forme de toboggan. Le jeton situé tout en bas n’est pas disponible pour les joueurs et joueuses. Le jeton posé dessus pourra être échangé avec un autre en activant le service de la gare centrale. Lorsqu’un joueur ou une joueuse prend un jeton du toboggan, les jetons situés au-dessus glissent vers le bas et le joueur ou la joueuse replace son jeton en haut du toboggan. Le jeton en haut peut se déplacer d’un emplacement, celui du milieu de deux et celui du bas de trois. Il existe 4 types de jetons personnages, chacun avec ses compétences propres :
- Le contrebandier récupère de l’argent sur chaque emplacement qu’il visite lors de son déplacement.
- L’indic peut échanger le jeton événement de l’emplacement où il a terminé son déplacement avec le jeton événement d’un emplacement voisin.
- Le bagarreur peut déplacer le dernier tonneau de l’emplacement où il a achevé son mouvement vers un emplacement adjacent avant que le joueur ou la joueuse ne place son tonneau.
- Le flic ripou peut utiliser l’emplacement gratuitement. Aucun autre personnage ne peut utiliser sa compétence sur l’emplacement où le flic ripou est actuellement stationné.
À son tour, le joueur ou la joueuse va donc prendre un jeton sur le toboggan et déplacer le jeton correspondant sur le plateau du nombre d’emplacements indiqué. Il ou elle ne peut déplacer le jeton que vers un emplacement adjacent orthogonalement et ne peut pas revenir en arrière lors de son déplacement. Une fois le mouvement terminé, il ou elle prend un billet de la réserve de l’emplacement (si celle-ci n’est pas vide) et peut activer la compétence du personnage ou le service de l’emplacement en payant son prix (les billets sont alors placés dans la réserve de l’emplacement). Il ou elle devra ensuite placer un tonneau sur l’emplacement, de gauche à droite. S’il n’y a plus de place pour le tonneau, celui-ci est retiré du jeu et perdu pour le joueur ou la joueuse.
Lorsque tous les joueurs et joueuses ont placé leurs 9 tonneaux, la partie prend fin. On compte alors les majorités par emplacement, en tenant compte des événements présents sur les emplacements et des tonneaux spéciaux de chaque gang. Le joueur ou la joueuse ayant amassé le plus d’argent au total remporte la partie.
Kings of Chicago : Le matériel
L’éditeur de Kings of Chicago est polonais et le jeu est assemblé en Pologne, uniquement avec du carton, du papier et du bois. Le jeu mérite donc son A à l’Ecoscore, ce qui est malheureusement trop rare. Un point négatif cependant : le toboggan ne tient pas monté dans la boîte, il faut le démonter et le remonter à chaque fois. C’est compréhensible, cela permet de limiter la taille de la boîte, qui est déjà un peu grande pour son contenu, mais cela crée aussi des manipulations supplémentaires sur des éléments en carton qui s’emboîtent, avec un risque réel d’abîmer l’ensemble.
L’esthétique est très sombre, à l’exception des tonneaux qui apportent une touche de couleur bienvenue. Les teintes et l’ambiance collent parfaitement au thème, les gangsters des années 1920 n’étant pas réputés pour leur extravagance, mais sans ces quelques points colorés sur la table, l’atmosphère aurait été encore plus lugubre.
Les règles sont plutôt claires, même si le livret est assez… sombre et moins lisible. Le gameplay est relativement dense, une lecture attentive est nécessaire, ainsi que de bonnes capacités d’explication. Les différences entre les gangs doivent notamment être bien explicitées en début de partie, elles ne sont sans doute pas suffisamment mises en avant dans les règles.
Kings of Chicago, verdict
Non, il n’y a rien de révolutionnaire dans Kings of Chicago, mais c’est une combinaison plutôt réussie. Le jeu offre plusieurs façons de marquer des points, il n’y a pas une stratégie unique viable. Il est tout à fait possible d’avoir des joueurs et joueuses aux approches différentes, avec des résultats parfois surprenants. Cette richesse permet de varier les plaisirs, d’autant plus que la rejouabilité du jeu est assez importante. Bien qu’il n’y ait pas une grande variété de gangs ou de personnages, le tirage aléatoire des emplacements et des événements en début de partie crée un nombre certain de combinaisons différentes. De plus, les deux modes de jeu (secret et ouvert, selon la visibilité des événements en début de partie) offrent des parties plus complexes pour les joueurs et joueuses confirmés, en particulier le mode ouvert, où toutes les informations sont disponibles dès le départ, ce qui encourage la mise en place de stratégies plus ou moins élaborées.
Comme souvent dans ce genre de jeu, les règles spéciales liées aux personnages ou aux gangs demandent un peu de pratique, ce qui avantage les joueurs et joueuses expérimentés par rapport aux joueurs ou joueuses plus occasionnels ou moins habitués à ce type de mécanisme. De même, l’échange de personnages sur le toboggan peut créer une certaine confusion pour les participants, mais ce flou se dissipe assez rapidement.
Ces points négatifs sont cependant assez mineurs et ne nuisent pas énormément à l’expérience de jeu. Ils peuvent engendrer une légère frustration pour celui ou celle qui ne les a pas assimilés, mais c’est une erreur qu’on ne commettra qu’une seule fois. Les différentes possibilités de construction de son empire du trafic d’alcool permettront à chacun et chacune de trouver sa voie et de s’amuser, sans nécessairement se retrouver bloqué ou perdant dès le deuxième tour. Il semble par ailleurs possible de limiter les actions contre les autres joueurs et joueuses, sans ôter d’intérêt au jeu, si les personnes autour de la table ne sont pas à l’aise avec le jeu agressif. Ce n’est pas une suggestion du créateur du jeu, mais je pense que c’est une option envisageable, qui renforce l’attractivité du jeu.
Globalement amusant, avec de nombreuses variations possibles qui créent une véritable rejouabilité. Cependant, il est un peu complexe pour des joueurs pas nécessairement très expérimentés. À réserver à un public averti, ou à adapter légèrement les règles.
Très bon.
- Date de sortie : Novembre 2023
- Langue : Anglaise
- Fabriqué en : Pologne
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : A. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Création : Wojciech Frelich
- Illustrations : Jacek Zabawa
- Édition : Bored Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne mieux à 3-4)
- Âge conseillé : Dès 14 ans (bonne estimation)
- Durée : 30-45 minutes
- Thème : Prohibition, gangs
- Mécaniques principales : Placement, majorité. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
Article écrit par Clément. Adepte des jeux rapides, son pire ennemi est le paralyseur. Spécialiste des jeux de plis, des casse-têtes et des ours. Il a deux chats, trop de plantes et une mémoire défaillante. Devise : « Faut que ça poppe ! »
