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Les Jardins Suspendus : Les gens du jardin

🌸 Multi-solitaire déguisé ou vrai jeu familial ? Notre critique des Jardins Suspendus révèle un titre plaisant mais imparfait.


Les Jardins Suspendus

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

En bref :

  • Un placement de cartes familial fluide mais au décompte fastidieux
  • Matériel fragile malgré de belles illustrations
  • Tactique immédiate plutôt que stratégie, accessible mais peu profond

Depuis le COVID, pourquoi tant de jeux de société promettent l’interaction familiale mais vous laissent finalement jouer… chacun dans votre coin ?

Les Jardins Suspendus est un nouveau jeu de société édité par Gigamic qui nous invite à devenir les jardiniers du roi Nabuchodonosor II. Avec son thème historique des célèbres jardins de Babylone et son format familial (1 à 5 joueurs, 10 ans et plus, pour des parties d’environ 30 minutes), ce jeu promet de faire pousser des aventures ludiques accessibles à un large public en mode solo multi. Est-ce que le jeu révolutionne le genre ? Spoiler : non.

Un héritage légendaire

Avant d’entamer la partie, il est intéressant de rappeler l’origine du thème qui donne son nom à Les Jardins Suspendus. Dans l’Antiquité, Babylone était une cité-État florissante de Mésopotamie (actuel Irak), traversée par l’Euphrate et marquée par des constructions grandioses. Parmi ces réalisations, le récit historique et mythique des “Jardins suspendus” de Babylone remonte à la période où le roi Nabuchodonosor II régna (VIᵉ siècle av. J.-C.). Selon la légende, ces jardins auraient été érigés pour son épouse Amytis, nostalgique de sa terre natale aux paysages verdoyants.

Les descriptions anciennes évoquent d’immenses terrasses végétalisées s’élevant en gradins, sur lesquelles poussaient une flore luxuriante alimentée par un ingénieux système d’irrigation. Les écrits de certains historiens grecs (Strabon, Diodore de Sicile) ont contribué à asseoir la réputation de ces jardins, parfois classés parmi les Sept Merveilles du monde antique. Néanmoins, leur existence même est sujette à débat : aucune preuve archéologique directe n’a permis de confirmer ce décor suspendu dans les airs. Certains spécialistes avancent l’hypothèse qu’il pourrait s’agir en réalité des jardins du palais de Ninive, voire d’une exagération littéraire. Quoi qu’il en soit, ce mythe reste un symbole fort de la prospérité de Babylone, de l’ingéniosité hydrologique de l’époque et du rêve qu’on s’en fait encore aujourd’hui.

Dans Les Jardins Suspendus de Gigamic, cette image de terrasses luxuriantes et végétalisées trouve un écho amusant : on construit littéralement un jardin à plusieurs étages, où se côtoient fleurs, arbres et visiteurs. Même si le propos historique est simplifié, on ressent l’inspiration de cet héritage légendaire. Le cadre babylonien apporte une touche d’exotisme et fait voyager l’imaginaire, illustrant à quel point le mythe des Jardins suspendus continue d’inspirer notre culture contemporaine, de l’architecture aux jeux de société.

Un jardin à construire carte par carte

Les Jardins Suspendus
Aperçu du matériel de Les Jardins Suspendus : plateau principal représentant les terrasses du jardin, cartes Jardin disponibles en colonnes, pions et ressources prêtes à l’emploi.

Le cœur du jeu repose sur un placement de cartes et une gestion de ressources (2, dont une super essentielle, les outils) simple. Une partie se déroule en 4 manches, au cours desquelles chaque joueuse et joueur va utiliser ses 3 meeples Jardiniers pour sélectionner et placer des cartes « Jardin » sur son plateau personnel. Concrètement, à chaque tour, un joueur pose un Jardinier sur l’un des emplacements d’une des trois colonnes de cartes Jardin disponibles.

La colonne choisie détermine la carte prise, la plus proche du Jardinier étant gratuite tandis que celles situées plus haut ont un coût en outils (ressources). Une fois la carte obtenue, le joueur l’ajoute à son jardin en respectant les règles de placement (les cartes forment progressivement une pyramide de 5 cartes à la base, puis 4, puis 3 aux étages supérieurs). Il faut ainsi agencer judicieusement les cartes : certaines comportent des arbres, des fleurs de couleur, des animaux ou des personnages, chacun ayant ses propres façons de rapporter des points en fonction de ce qui les entoure. Après avoir placé la carte, on fait glisser les cartes restantes de la colonne vers le bas et on révèle une nouvelle carte en haut pour que le marché de cartes soit constamment renouvelé.

En action facultative, un ou une joueuse peut ensuite acheter une tuile Embellissement (fontaine, statue, belvédère, etc.) en payant avec des pièces d’or. Ces embellissements se posent sur certaines cartes vides pour bonifier le jardin et apporter des points supplémentaires en fin de partie. Enfin, le joueur a aussi la possibilité de réaliser un objectif royal parmi les 4 objectifs communs disponibles en manche (par exemple avoir un certain nombre d’arbres d’un type, ou couvrir une zone précise du jardin) en remplissant sa condition et en plaçant l’un de ses marqueurs d’objectif. Ces objectifs offrent un bonus de score non négligeable à qui les accomplit en premier.

Une manche se termine une fois que chaque personne a placé ses trois Jardiniers et donc obtenu trois cartes. Au terme des quatre manches, chaque jardin suspendu est complet – composé des 12 cartes placées en pyramide – et on procède alors au décompte final des points.

Jardins suspendus et jardins zen

Le thème des jardins luxuriants et contemplatifs a déjà inspiré de nombreux auteurs et autrices de jeux, et Les Jardins Suspendus s’inscrit dans une tendance de jeux à la fois stratégiques et cosy / apaisants. Dans le registre des jardins antiques, on pense bien sûr à Ishtar : Les Jardins de Babylone (Bruno Cathala et Evan Singh, 2019), où les joueureuses font fleurir des oasis dans le désert grâce à des tuiles de végétation et des fontaines magiques. Ishtar propose une expérience plus interactive et tactique, inspirée du jeu de Go, où il faut contrôler le terrain et planifier le placement optimal des jardins et des arbres. Plus récemment, le jeu Les Architectes d’Amytis (2023) revisite également la construction des jardins de Babylone sous un autre angle, tout comme Babylon (à paraître) qui pousse l’idée jusqu’à la construction de jardins en 3D avec colonnes et plates-formes. Ces titres partagent avec Les Jardins Suspendus le décor mésopotamien et le rêve de bâtir le plus somptueux jardin pour un monarque ancien.

D’autres jeux préfèrent la sérénité des jardins zen ou de la nature. Ohanami par exemple met en scène un jardin japonais sous forme de cartes à collectionner, dans un format court et épuré où l’on compose des parterres de fleurs et de bassins. Tang Garden nous transporte en Chine impériale : chaque joueur y est un ingénieur paysagiste construisant un jardin en harmonie avec les éléments – eau, roche, flore – en plaçant des tuiles terrain à la manière de Carcassonne. Le matériel somptueux de Tang Garden (décorations en 3D, panoramas) sert un gameplay contemplatif où l’on cherche à émerveiller des personnages visiteurs en leur offrant de beaux points de vue.

Dans un esprit semblable, Miyabi invite à réaliser un jardin japonais en hauteur par empilement de tuiles, tandis que Chakra, Photosynthesis ou Parks proposent des expériences paisibles autour de la nature (énergie spirituelle, croissance d’arbres, promenade dans les parcs nationaux). Tous ces jeux, tout comme Les Jardins Suspendus, misent sur une ambiance visuelle apaisante et une touche de réflexion stratégique, prouvant que la nature et les jardins sont des terrains de jeu… fertiles (oui OK c’est le cas de le dire).

Par ailleurs, Les Jardins Suspendus a un petit de famille avec Orbis, un jeu de construction de monde où chacun bâtit sa pyramide de tuiles dans son coin. La comparaison n’est pas anodine : Orbis, comme Les Jardins Suspendus, offre un défi de placement optimisé avec un thème divin/jardin qui masque un casse-tête solitaire en mode multi solo. On joue ensemble mais… chacun dans son coin. De jardin. Suspendu.

Un décompte final fastidieux ?

Si la partie se déroule de manière fluide, un bémol apparaît souvent au moment du décompte final des points. En effet, Les Jardins Suspendus utilise un système de score « multicritères » qui oblige à calculer successivement plusieurs éléments pour chaque joueur. On marque des points pour : les cartes Irrigation placées correctement en fonction de son objectif de départ (secret, mais c’est un peu égal qu’il soit secret), les plus grands groupes contigus de fleurs bleues, rouges et jaunes, les groupes d’arbres (selon leur taille), chaque animal si posé à son étage de prédilection, les personnages/visiteurs en fonction de leurs préférences remplies, sans oublier les objectifs royaux accomplis.

Cette profusion de catégories transforme la fin de partie en un exercice de comptage un peu laborieux. Il faut passer en revue chaque jardin sous tous les angles, ce qui peut ralentir la dynamique acquise pendant le jeu. Certains joueurs jugent ce système de « soupe de points » frustrant, car il rend la victoire peu lisible jusqu’au dernier calcul. Certes, chaque critère de score pris isolément reste simple à comprendre et le jeu fournit un carnet de score pour s’y retrouver, mais l’ensemble manque de concision. On aurait pu espérer une conclusion plus élégante, par exemple un score principal agrémenté de quelques bonus, plutôt qu’un empilement de décomptes secondaires. Cela n’empêche pas de déterminer un vainqueur, bien sûr, mais il faut s’armer d’un peu de patience pour faire les totaux – un comble dans un jeu par ailleurs familial et rapide.

À la décharge du jeu, notons que cette impression de lourdeur en fin de partie n’est pas unanime : une fois habitué, le décompte peut être réalisé assez vite et au moins tout le monde marque quelque chose dans chaque catégorie, ce qui évite les scores nuls. Néanmoins, cette étape finale peu enthousiasmante fait partie des critiques qui reviennent dans les premiers retours de joueurs.

À manipuler avec précaution

Autre point à soulever : la qualité matérielle du matos, en particulier celle des cartes Jardin. Visuellement, les illustrations de Miguel Coimbra sont superbes et servent bien le thème, mais on aurait aimé que le support physique soit à la hauteur. Les cartes sont très fines, un peu trop souples, ce qui les rend vulnérables à l’usure.

Dès les premières parties, on constate qu’elles peuvent facilement s’abîmer sur les bords ou se plier si l’on n’y prend garde. Compte tenu du fait qu’on mélange et manipule souvent ces 75 cartes tout au long de la partie, cela peut devenir un problème pour la durabilité du jeu. Gigamic a opté pour un carton de grammage léger, sans doute pour des raisons de coût ou de taille de boîte, mais en conséquence les cartes mériteraient presque d’être protégées par des pochettes plastique (sleeves) si l’on veut préserver le jeu sur le long terme.

Les jetons et tuiles en carton (fleurs, pièces d’or, objectifs…) sont de qualité correcte sans plus, dans la norme des jeux familiaux – on est loin du luxe de certains jeux de plateau modernes, mais rien de dramatique non plus. Le plateau principal, représentant les terrasses du jardin, est quant à lui double-face (pour varier les configurations ou s’adapter au nombre de joueurs) et d’une épaisseur convenable. On apprécie la présence d’un carnet de score fourni dans la boîte, toujours utile pour faciliter le calcul final.

Au final, le matériel accomplit sa fonction mais ne se démarque pas par sa robustesse. Pour un jeu qui se veut familial fréquent, on aurait pu espérer des cartes un peu plus épaisses ou toilées. C’est un aspect à avoir en tête pour ceux qui comptent enchaîner les parties : vos jardins suspendus s’épanouiront d’autant mieux si vous les manipulez avec délicatesse.

Interaction ?

Sur le terrain de l’interaction, Les Jardins Suspendus laisse une impression mitigée. Chaque joueur et joueuse développe son jardin sur son plateau individuel, et il n’y a aucune agression directe possible ni de véritables échanges de ressources. L’unique lieu d’interaction, c’est le plateau central de cartes à acquérir : on peut bien sûr piquer sous le nez d’un adversaire la carte Jardin qu’il convoitait, ou réaliser avant lui un objectif commun, mais cela reste très indirect.

En dehors de ces concurrences d’opportunité, on se sent surtout en train de jouer dans son coin, à optimiser son agencement de cartes. Plusieurs observateurs ont souligné qu’on a affaire à un jeu parallèle plus qu’à un jeu d’affrontement : l’interaction est qualifiée de « très indirecte » par ceux qui l’ont testé. En clair, on jette parfois un œil à ce que font les autres, mais principalement pour s’inspirer ou comparer les progrès, rarement pour influer sur leur situation. Il n’y a pas de mécanisme de pénurie de ressources (chacun a ses propres outils et pièces), ni de blocage de territoire (chaque jardin est séparé), ce qui renforce l’aspect « multijoueur solitaire ».

Ce manque d’interaction directe n’est pas forcément un défaut rédhibitoire selon le public visé. Dans un contexte familial ou pour des joueurs qui aiment réfléchir calmement sans conflit, cela permet à chacun de construire son œuvre à son rythme, l’ambiance autour de la table restant détendue. Cependant, les amateurs de jeux plus « hargneux » ou collaboratifs pourraient rester sur leur faim.

En comparaison, un titre comme Ishtar (évoqué plus haut) propose une interaction bien plus forte via le contrôle de territoire et le blocage, alors qu’ici on est plus proche de Akropolis ou Orbis où chaque joueur fait sa sauce dans son espace personnel. Selon notre expérience, Les Jardins Suspendus s’apprécie un peu comme un concours de réalisation : on admire à la fin le jardin de chacun, on constate qui a optimisé tel ou tel aspect, mais on a peu ressenti les autres pendant la partie. C’est un point à connaître pour ajuster ses attentes : le plaisir du jeu vient davantage de la réussite de son propre jardin que des interactions avec les adversaires.

Tactique, peu stratégique

Un aspect intéressant du gameplay de Les Jardins Suspendus est le rythme très soutenu du marché de cartes. Comme nous l’avons décrit, les cartes Jardin disponibles changent en permanence à mesure que les joueurs en prennent et que de nouvelles apparaissent. Ce renouvellement continu empêche de planifier ses actions plusieurs tours à l’avance. Il est pratiquement impossible de se dire « dans trois tours je prendrai telle carte », car il y a de fortes chances pour qu’elle ait été prise ou remplacée d’ici là.

Le jeu nous place donc dans une logique de tactique à court terme plus que de stratégie à long terme. À chaque tour, il faut optimiser le choix parmi les cartes présentes à l’instant T : surveiller les coûts en outils, évaluer quels symboles (arbre, fleur, animal…) vous manquent pour compléter vos motifs, et éventuellement empêcher un autre joueur de récupérer une carte trop avantageuse pour lui. Cette dynamique procure un sentiment d’urgence plaisant – on est constamment en train d’ajuster son plan en fonction des opportunités.

En contrepartie, les joueurs et joueuses qui aiment élaborer un schéma de développement rigoureux pourront être déroutés. Ici, flexibilité et opportunisme priment. Les objectifs royaux orientent un peu la stratégie globale (par exemple, si un objectif consiste à avoir 3 arbres palmier adjacents, vous allez tenter d’y parvenir), mais même ceux-ci peuvent être réalisés par un adversaire avant que vous n’y parveniez, vous obligeant à changer votre fusil d’épaule.

De plus, la distribution aléatoire des cartes Jardin fait qu’on ne voit pas toutes les cartes à chaque partie, ce qui renforce l’importance de saisir les bonnes occasions quand elles se présentent. Le marché rapide force donc à « jouer avec ce qu’on a » plutôt qu’à dérouler un plan préconçu. Cela rend les manches dynamiques et renouvelées, mais peut donner une impression de subir un peu le sort des cartes.

Notons toutefois que cette cadence vive permet de garder les parties dans une durée contenue (~30 minutes) et d’éviter les temps morts. Chaque décision prise est immédiatement récompensée par une nouvelle carte révélée, ce qui maintient l’attention. En somme, Les Jardins Suspendus est un jeu où l’on réagit plus qu’on n’anticipe : une qualité qui plaira aux joueurs tacticiens, moins à ceux qui préfèrent la planification.

Picto limpides

Malgré les quelques critiques formulées, l’appréciation générale de Les Jardins Suspendus reste très positive dans son registre. Il s’agit d’un bon jeu familial, accessible sans être simpliste. Les règles, une fois mises en place, sont relativement intuitives : les actions à chaque tour sont logiques et répétitives (choisir une carte, la poser, éventuellement acheter une tuile et faire un objectif), ce qui fait que même des joueurs occasionnels ou plus jeunes (10-12 ans) peuvent entrer dans la partie après un tour ou deux d’observation.

L’iconographie du jeu est particulièrement réussie : chaque symbole (types d’arbres, couleurs de fleurs, icône de goutte pour l’irrigation, animaux, etc.) est bien distinct et reconnaissable, et les cartes rappellent par de petits dessins ou cadres les conditions spéciales (par exemple un symbole d’étage préféré pour les animaux, une goutte d’eau pour signaler un emplacement d’irrigation). Ces pictogrammes clairs facilitent la compréhension immédiate de ce qu’une carte rapporte, sans avoir à consulter sans cesse la règle. En cela, le jeu accomplit un travail d’ergonomie louable – on sent l’expérience des auteurs (Matthieu Verdier et Grégory Grard) qui ont déjà conçu des jeux familiaux à succès.

Par ailleurs, le thème est joliment rendu : construire son jardin suspendu carte après carte donne un résultat visuel assez sympathique sur la table. Certes, l’immersion thématique reste relative (on optimise des positions de symboles plus qu’on ne raconte une histoire), mais l’esthétique générale et l’idée de plaire au couple royal de Babylone ajoutent une couche narrative bienvenue. Le fait qu’une variante solo soit proposée (avec des cartes Automate pour jouer contre un adversaire virtuel) est un plus appréciable pour jouer seul et prolonger la durée de vie du jeu. Enfin, soulignons que le jeu tient dans une boîte de format moyen, facile à transporter, ce qui correspond à son positionnement de jeu familial nomade et accessible.

Un profil « calibré prix »

Certains jeux semblent dessinés pour séduire les jurys de prix ludiques, à la manière de ces films « oscarisables » taillés pour décrocher un prix (Palme d’Or, Fauve, Oscar, César…). Les Jardins Suspendus affiche justement un combo d’atouts qui parle autant au grand public qu’aux spécialistes :

Les Jardins Suspendus résumé

Avec un tel cahier des charges, Les Jardins Suspendus se positionne naturellement dans la course aux distinctions type Spiel des Jahres ou As d’Or – Jeu de l’Année : des prix qui privilégient justement les titres familiaux, faciles à sortir, et dotés d’un thème rassembleur. Reste à voir si le jeu saura cultiver son jardin médiatique assez longtemps pour retenir l’attention des jurés ; mais sur le papier, toutes les fleurs sont plantées pour faire éclore un futur laurier.

Les Jardins Suspendus, verdict

En conclusion, Les Jardins Suspendus s’épanouit comme une nouvelle plante dans le jardin des jeux de société familiaux : il offre une expérience plaisante, rapide et réfléchie, tout en restant suffisamment léger pour rassembler autour de la table des joueurs d’âges et de profils variés. On pourra lui reprocher un arrosage un peu excessif de points en fin de partie et un parfum d’interaction trop discret, ainsi qu’une fragilité matérielle des cartes, mais ses qualités ludiques – mécanique fluide, clarté iconographique, thème attractif – l’emportent.

Sans révolutionner le genre, il fait le taf : celui de nous faire passer un bon moment à composer des jardins imaginaires et à partager, l’espace d’une demi-heure, un agréable défi de créativité tactique. Le couple royal de Babylone n’en demandait sans doute pas tant, mais les joueurs, eux, pourront trouver dans ces Jardins Suspendus un loisir fertile et reposant, à défaut d’être vraiment interactif. Ou révolutionnaire.

On a aimé :

  • Les pictogrammes clairs qui évitent de relire la règle toutes les 5 minutes (même mamie comprend les symboles !)
  • Le rythme soutenu qui évite les temps morts entre copains
  • L’accessibilité familiale sans sacrifier totalement la réflexion
  • Les illustrations de Miguel Coimbra qui donnent envie de jardiner (virtuellement)

On a moins aimé :

  • Le décompte final qui transforme chaque fin de partie en cours de mathématiques appliquées
  • Les cartes fragiles qui nécessitent des gants blancs pour survivre plus de 10 parties
  • L’interaction limitée qui nous fait jouer ensemble… mais chacun dans son coin
  • La sensation de subir les cartes plus que de les maîtriser

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous cherchez un jeu familial sans prise de tête où personne ne finira fâché
  • Vous aimez optimiser votre petit coin sans vous préoccuper des voisins
  • Vous appréciez les parties courtes avec de jolies cartes à contempler
  • Vous êtes fans de jardinage (même virtuel) et de thèmes apaisants

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • Vous adorez les embrouilles et l’interaction directe entre joueurs
  • Vous détestez les fins de partie qui ressemblent à une déclaration d’impôts
  • Vous voulez planifier votre stratégie sur plusieurs tours à l’avance
  • Vous cherchez un matériel premium qui résistera à l’épreuve du temps
Les Jardins Suspendus résumé

En définitive, Les Jardins Suspendus cultive un paradoxe amusant : il nous fait pousser de beaux jardins individuels tout en nous faisant regretter de ne pas pouvoir les partager vraiment !

Très bon.

Note : 4 sur 5.

(plutôt 3.75 en vrai. Mais je chipote)


  • Label Dé Vert : Non ! Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Grégory Grard, Matthieu Verdier
  • Illustrations : Miguel Coimbra
  • Édition : Gigamic
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 – 5 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans
  • Durée : 30 minutes
  • Thème : Nature, histoire
  • Mécaniques principales : Placement. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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2 Comments

  • TimeOfGames

    Il a l’air plus complexe et moins fluide, moins évident que CHATEAU COMBO qui est un modèle du genre pour moi.
    Il me fait plutôt penser à STONESPINE ARCHITECTS qui est vraiment excellent et où le choix des cartes se fait par un draft à la 7 WONDERS.
    Bref je me demande si LES JARDINS SUSPENDUS ne fait pas doublon avec des jeux déjà sortis…

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