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Borealis : Des ours mignons, un cerveau en surchauffe

❄️ Borealis de Lucky Duck Games : une tempête de cerveau arctique élégant et terriblement puissant, surtout à deux.


Borealis : Des ours mignons, un cerveau en surchauffe

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :

L’essentiel en 3 points :

  • Borealis est un jeu de cartes et de planification beaucoup plus malin que sa douceur graphique ne le laisse croire.
  • L’interaction reste limitée, mais la course aux objectifs et au tempo donne juste assez de tension.
  • La meilleure configuration est à 2 : plus rapide, plus lisible, plus mordante.

Il y a des jeux qui vous promettent une promenade au Grand Nord. Borealis, lui, vous tend un appareil photo, trois scientifiques rarement là où il faudrait, une poignée de cartes qui refuse de comboter, et vous glisse très calmement : allez, débrouillez-vous.

Borealis, c’est quoi ?

Borealis : Expéditions Arctiques est le genre de boîte qui avance masquée. Sur la couverture, tout est arrondi, lumineux, presque câlin : la banquise, les animaux, les scientifiques emmitouflés, les tons bleus qui font croire à une séance photo tranquille entre deux glaçons. On s’attend à un jeu familial gentil, un peu contemplatif, presque une balade naturaliste avec des cartes jolies. Et puis non. Pas vraiment.

Le jeu de Dariusz Mindur, publié par Lucky Duck Games, vous place à la tête d’une expédition scientifique chargée d’observer et de photographier la faune du Grand Nord. Dit comme ça, c’est charmant. En réalité, chaque tour vous demande de faire rentrer plusieurs contraintes dans la même boîte : les bons scientifiques au bon endroit, les flèches de déplacement imprimées sur la carte, l’espèce de l’animal pour votre collection, l’icône de véhicule pour faire avancer vos drapeaux, les objectifs communs, et les deux cartes Score qui attendent patiemment la fin de partie pour vous juger. Ambiance paisible, cerveau moins paisible.

C’est précisément ce contraste qui fait la force du jeu. Borealis est facile à expliquer. Deux actions. Des icônes très lisibles. Des cartes qui se comprennent vite. Mais le jeu à l’intérieur, lui, est beaucoup plus tendu que la boîte ne le laisse croire. Il ne hurle jamais. Il ne vous agresse pas. Il vous met juste, tour après tour, devant de petites décisions qui ont toutes l’air raisonnables, jusqu’au moment où vous réalisez que vous avez envoyé votre scientifique bleu au campement au pire moment possible. Et là, évidemment, le macareux vous regarde. Il sait.

Pas du luxe criard, de l’ergonomie

Dans la boîte, on trouve 4 plateaux persos, 100 (somptueuses !!!!!!!!!) cartes Animal, 12 cartes Objectif, 10 cartes Score, 36 meeples Scientifique, 12 pions Drapeau, des pions de score, un pion Premier joueur, un bloc de score, 4 aides de jeu et le livret. Pas de figurines. Et franchement, ce n’est pas un manque. Les scientifiques en bois font le taf, la table reste lisible, la boîte ne gonfle pas artificiellement son prix, et le jeu garde ce côté compact très agréable.

L’édition a surtout une vraie qualité d’usage. Les plateaux individuels sont clairs : trois sites d’observation en haut, deux campements sur les côtés, trois pistes d’exploration en dessous. Les cartes, elles, livrent toutes les informations importantes sans vous forcer à plisser les yeux : les scientifiques à déplacer, l’animal, les points éventuels, le véhicule. On peut chipoter sur le thème, qui finit par se dissoudre dans les icônes, mais pas sur la lisibilité. Borealis parle vite et il parle bien.

Les plateaux recto verso ajoutent une bonne idée : une face identique pour les premières parties, une face asymétrique pour varier les contraintes. C’est discret, mais efficace. Pas la rejouabilité cosmique d’un gros jeu expert avec mille modules, bien sûr. Plutôt un petit levier malin qui évite que chaque départ se ressemble trop.

Comment joue-t-on ? Deux actions, et pourtant…

Le tour de jeu tient en deux mots : Observation ou Regroupement. C’est tout. Et c’est là que Borealis devient intéressant, parce que cette simplicité apparente ne réduit pas les choix. Elle les condense.

L’action Observation consiste à jouer une carte Animal au-dessus d’un de vos trois sites. Mais pas n’importe comment. Le site doit contenir les deux scientifiques demandés par la carte. Une fois la carte posée, vous déplacez ces scientifiques selon les flèches imprimées : vers un site voisin ou vers un campement. Si l’icône de véhicule de la carte correspond à la prochaine case de la piste d’exploration liée à ce site, votre drapeau avance. Puis vous reprenez une carte, soit dans la réserve visible, soit à l’aveugle. Une fois par manche, vous pouvez même payer 1 point pour rafraîchir le marché. Le petit luxe du désespoir contrôlé.

L’action Regroupement, elle, est plus subtile qu’elle n’en a l’air. Vous défaussez autant de cartes que vous voulez, vous en repiochez autant, vous marquez 1 point par scientifique présent dans vos campements, puis vous rapatriez tous ces scientifiques sur un seul site. Sur le papier, on dirait une action de réparation. En vrai, c’est souvent une action de préparation. Vous ramassez le bazar, vous concentrez vos forces, vous donnez de l’air à votre main. Une bonne action de Regroupement peut transformer trois tours bancals en une séquence délicieuse.

La fin de partie se déclenche dès qu’un joueur ou une joueuse a 7 cartes sur un site d’observation. On termine la manche, puis on compte : les groupes d’animaux d’une même espèce sur un même site, les drapeaux sur les pistes, les points imprimés sur certaines cartes Animal, les deux cartes Score de fin de partie, et les jetons de victoire gagnés pendant la partie. Plusieurs petites sources de points. Pas une salade indigeste, plutôt un bol bien froid, bien composé, où chaque ingrédient pèse juste assez pour compter.

La tension vient des détails

Prenons une situation banale. Vous avez trois scientifiques sur le site du milieu. Une carte Ours blanc vous intéresse parce qu’elle complète une collection déjà entamée. Elle demande un scientifique jaune et un scientifique bleu. Parfait, ils sont là. Mais la carte les déplace dans deux directions opposées : le jaune part à gauche, le bleu glisse vers le campement. La pose est légale, le scoring d’espèce est bon, mais votre prochain tour devient plus fragile. Vous avez gagné quelque chose et perdu autre chose. C’est Borealis en une phrase.

La progression des drapeaux ajoute un deuxième niveau. Chaque site possède sa propre piste, et vous n’avancez que si le véhicule de la carte correspond à la prochaine case demandée. On ne peut donc pas simplement empiler les animaux qui nous plaisent. Il faut parfois jouer une carte moyenne, au bon endroit, parce qu’elle débloque une piste. À l’inverse, une superbe carte Animal peut devenir un piège si elle vous fait stagner sur l’exploration.

Les objectifs communs, eux, jouent le rôle de petites alarmes. Ils rapportent 5 points, ce qui est loin d’être négligeable dans un jeu de cette durée. Le premier à les remplir déclenche une fenêtre de réaction : les autres peuvent encore les valider jusqu’à la fin de la manche. Ce détail est important, parce qu’il crée une pression douce mais réelle. Vous n’attaquez pas directement les autres. Vous les forcez à accélérer, à bifurquer, à abandonner une jolie ligne pour ne pas laisser 5 points s’envoler.

Un scoring lisible, mais pas plat

Le décompte final mélange cinq familles de points. D’abord les animaux d’une même espèce dans un même site, avec une progression qui encourage les regroupements cohérents. Ensuite les pistes d’exploration, autrement dit la valeur atteinte par vos drapeaux. Puis les points imprimés sur certaines cartes Animal. Puis les cartes Score de fin de partie, tirées au départ. Enfin, les jetons gagnés pendant la partie, notamment par les objectifs et les Regroupements.

Ce système a un mérite : il donne plusieurs chemins sans noyer la table. On peut pousser les espèces. On peut avancer les drapeaux. On peut viser les cartes Score. On peut grapiller des points de campement. Mais on ne peut pas tout faire très bien. Et c’est là que le jeu respire. Il ne suffit pas de “prendre la meilleure carte”. Il faut prendre la meilleure carte pour votre plan actuel, votre plateau actuel, votre main actuelle, et parfois pour empêcher l’autre de respirer trop confortablement. Même quand l’interaction est faible, le tempo existe.

Le plus malin reste la manière dont ces sources de points se parasitent. Pour scorer une espèce, il faut parfois jouer une carte dont le véhicule ne vous arrange pas. Pour descendre un drapeau, il faut accepter un animal qui ne complète rien. Pour sécuriser un objectif, il faut peut-être casser une future carte Score. Borealis n’empile pas les mini-jeux, il les noue. C’est très différent. Et beaucoup plus satisfaisant.

Le thème : beau prétexte, pas simulation

Il faut aussi parler du thème, parce qu’il est à la fois séduisant et un peu trompeur. La photographie animalière fonctionne très bien comme invitation. Les animaux sont adorables, les noms scientifiques donnent un petit parfum naturaliste, le Grand Nord change agréablement des éternels royaumes médiévaux et des marchands de cubes. Visuellement, c’est une réussite.

En partie, en revanche, vous regarderez surtout les icônes. Le type d’animal, le véhicule, les flèches, la position des scientifiques. Le harfang des neiges devient vite un pictogramme utile. Le phoque, un multiplicateur potentiel. Le macareux, une menace comptable. Ce n’est pas forcément un défaut : beaucoup de bons jeux abstraient leur thème une fois lancés. Mais les joueuses et joueurs qui veulent se sentir vraiment en expédition, raconter une histoire ou vivre une aventure polaire risquent de rester à distance.

Borealis n’est donc pas un jeu narratif. C’est un casse-tête mécanique habillé avec goût. L’habillage donne envie d’entrer. La mécanique donne envie de rester. L’ordre est important.

Chaque carte comme un petit couteau suisse

Dans beaucoup de jeux de collection, une carte est d’abord ce qu’elle représente. Ici, une carte Animal est rarement seulement un animal. C’est aussi une contrainte de présence, un déplacement forcé, un possible véhicule, une ligne de scoring, parfois quelques points directs, et peut-être la pièce manquante d’un objectif. C’est beaucoup pour un seul rectangle de carton. Et c’est exactement ce qui donne à Borealis son relief.

Vous voulez jouer ce phoque parce qu’il complète une famille sur votre colonne de gauche. Très bien. Sauf qu’il exige deux scientifiques qui se trouvent au milieu. Ou alors il vous déplace un meeple dont vous aviez besoin au tour suivant. Ou il possède le mauvais véhicule. Ou il vous fait avancer un drapeau, mais dans une colonne qui ne scorera pas aussi bien. Chaque carte vous tend une promesse et vous facture autre chose en échange. Ce n’est jamais violent, mais c’est souvent cruel. Une cruauté propre, presque polie. Suisse, tiens.

La satisfaction vient des enchaînements. Le moment où une carte fait exactement ce qu’il faut, où deux scientifiques se déplacent dans la bonne direction, où le drapeau descend d’une case, où le marché offre pile l’animal qui rend le prochain tour possible. Ces micro-combos n’ont pas besoin d’effets spectaculaires. Ils claquent parce qu’ils ont été préparés. On a l’impression de prendre une photo nette après trois tours à régler la mise au point.

Un jeu familial ? Oui. Un jeu automatique ? Pas du tout

Borealis a cette qualité rare : il peut s’expliquer vite sans devenir plat. Les premières minutes sont rassurantes. On regarde son plateau, on regarde ses cartes, on comprend l’Observation, on comprend le Regroupement. Les enfants ou les joueuses et joueurs moins aguerris peuvent entrer dans la partie sans mur de règles. Mais la maîtrise, elle, arrive plus tard. À la deuxième partie. Parfois à la troisième, quand on commence à ne plus traiter le campement comme un cimetière à scientifiques.

Le jeu demande surtout de regarder deux coups devant. Pas vingt. Borealis ne vous demande pas de calculer un tableur polaire. Il vous demande plutôt : où seront mes scientifiques après ce tour ? Quelle carte de ma main devient jouable ensuite ? Est-ce que ce drapeau vaut vraiment la peine ? Est-ce que je dois déclencher la fin maintenant avant que l’autre ne rentabilise son objectif ? Ce sont des questions simples. Mais elles reviennent tout le temps, et avec des réponses qui changent selon le marché et les cartes Score.

Il y a donc un vrai risque de paralysie si votre table aime optimiser chaque virgule. Le jeu est court, mais les décisions sont denses. À quatre, si chacun inspecte toutes les cartes visibles, toutes les lignes possibles et toutes les trajectoires de meeples, la banquise n’aura pas besoin de fondre : elle aura le temps de vieillir. À deux, ce problème se réduit beaucoup. On y revient juste après.

L’interaction ? Présente, mais en moufles

C’est le premier vrai bémol. Borealis n’est pas un jeu très interactif. Pas dans le sens direct du terme. Vous ne volez pas les cartes posées des autres, vous ne bloquez pas leurs scientifiques, vous ne cassez pas leur moteur, vous ne leur lancez pas un ours blanc dans les pistes. Chacun construit surtout son petit casse-tête personnel.

Il existe tout de même de l’interaction indirecte. Le marché commun de cartes crée une petite tension. Les objectifs partagés obligent à surveiller le tempo. La fin de partie peut être poussée volontairement. On regarde donc les autres, oui. Mais on les regarde du coin de l’œil, comme on surveille une casserole pendant qu’on fait autre chose. Ça compte, mais ça ne suffit pas à transformer Borealis en jeu de confrontation.

Est-ce grave ? Cela dépend de votre table. Pour nous, non, parce que Borealis assume sa nature de casse-tête personnel. Il ne vend pas une guerre de territoire. Il vend une course d’optimisation élégante. Mais il faut être honnête : si vous cherchez de la tension sociale, du bluff, du coude-à-coude agressif ou des retournements de table, vous risquez de trouver le Grand Nord un peu silencieux. Très joli. Mais silencieux.

Pourquoi Borealis est meilleur à 2

C’est notre deuxième réserve, ou plutôt notre préférence nette : Borealis cartonne vraiment à deux. À 3, il reste très bon. À 4, il fonctionne encore, mais il s’étire. Le problème, ce n’est pas que le jeu s’écroule. C’est que l’interaction n’augmente pas assez pour compenser le temps d’attente. On passe plus de temps entre ses tours, sans que la table devienne beaucoup plus vivante. Résultat : la tension intérieure reste, mais le rythme se refroidit. Borealis frôle alors le jeu Vaisselle (on a le temps d’aller la faire entre ses tours…).

À deux, tout devient plus précis. Le marché change moins brutalement. Les objectifs communs sont plus lisibles. La course aux 7 cartes se sent mieux. Le tempo de fin de partie devient presque une arme. Et surtout, on rejoue vite. Borealis a besoin de ce flux : je pose, je déplace, je prends une carte, l’autre répond, je réévalue. À deux, le jeu respire comme il faut. À quatre, il garde son intelligence, mais il perd un peu de son tranchant. Comme un couteau (suisse) qu’on aurait laissé dans la neige.

ConfigurationDurée ressentieTensionInteractionAvis Gus&Co
À 235-45 minTrès bonneFaible mais lisibleExcellent
À 345-55 minBonneFaibleTrès bon
À 455-70 minPlus variableToujours faibleBon, mais moins vif

Quelques conseils de survie sur la banquise

  • Ne méprisez pas le Regroupement. Le campement n’est pas seulement l’endroit où vos scientifiques vont bouder. C’est une réserve de points et un futur levier de placement.
  • Regardez les véhicules dès le début. Un animal optimal qui ne fait jamais avancer votre drapeau peut coûter plus cher qu’il ne rapporte.
  • Ne poursuivez pas tous les scores. Borealis récompense la cohérence. Choisissez deux ou trois axes, pas huit.
  • Surveillez le déclenchement de fin. Atteindre 7 cartes sur un site n’est pas seulement une conséquence ; c’est parfois une attaque de tempo.
  • À 2, lisez l’adversaire. Même avec peu d’interaction, voir qu’un objectif va tomber au prochain tour peut changer votre priorité immédiate.

Rejouabilité bonne, pas infinie

Borealis propose assez de variation pour revenir avec plaisir : les cartes Score changent, les Objectifs aussi, les plateaux côté II modifient le départ, et le marché de cartes oblige à improviser. Les parties ne se ressemblent pas exactement, surtout quand les cartes de fin de partie poussent dans des directions différentes.

Il ne faut pas non plus lui demander ce qu’il ne prétend pas offrir. Le jeu repose sur deux actions et une logique centrale très identifiable. Après plusieurs parties, vous reconnaîtrez vite les grandes familles de décisions. Pour nous, c’est une bonne rejouabilité de jeu compact, pas une boîte-campagne ni un monstre modulaire.

Trois mini-variantes maison, si votre table veut ajuster

Ces variantes ne sont pas officielles. Elles sont « maison » Gus&Co, à prendre comme des outils de table, pas comme des corrections nécessaires.

  • Borealis Express à 4. Déclenchez la fin de partie à 6 cartes sur un site au lieu de 7. Le jeu devient plus ramassé, et le temps d’attente pèse moins.
  • Objectifs plus mordants. Premier joueur à valider un objectif : 5 PV. Joueurs qui le valident dans la même manche : 3 PV. La course devient plus tendue.
  • Main de départ tutorée. Pour une première partie, distribuez 6 cartes et demandez à chacun d’en garder 4. Cela réduit les départs maladroits et aide à comprendre la logique des enchaînements.

Variante solo Gus&Co : la Banquise avance

Officiellement, Borealis se joue de 2 à 4. Mais honnêtement, vu la nature très casse-tête perso du jeu, il accepte plutôt bien une adaptation solo. Pas un faux adversaire à quinze lignes de conditions. Pas un ours automa avec bac+5. Ici, la Banquise fait trois choses simples : elle fait tourner le marché, elle grignote les objectifs, et elle vous met une petite montre froide dans le dos. Ça suffit déjà à rendre l’expédition nerveuse.

Mise en place

  • Installez votre plateau comme dans une partie normale. Pour une première tentative, utilisez la face I ; quand vous connaissez mieux le jeu, passez aux plateaux asymétriques côté II.
  • Révélez les 4 cartes Animal du marché, les 2 cartes Score et les 3 cartes Objectif comme d’habitude.
  • Formez une pile Tempête avec 14 cartes Animal face cachée, prises depuis la pioche. C’est votre chronomètre. Pour une partie plus douce, utilisez 16 cartes ; pour une version plus méchante, 12.
  • Placez les 3 Objectifs de gauche à droite. La Banquise les menacera dans cet ordre. Oui, c’est arbitraire. Mais la météo aussi, franchement.

Déroulement

Jouez votre tour normalement : Observation ou Regroupement. Le Regroupement compte comme un vrai tour, même s’il ressemble parfois à “je répare mes bêtises et je fais semblant que c’était prévu”. Après chaque tour, activez la Banquise.

  • 1. Révélez une carte Tempête. Retournez la carte du dessus de la pile Tempête et posez-la dans une défausse solo. Elle ne sert pas au score ; elle sert à faire avancer le temps.
  • 2. Faites fondre le marché. Regardez le véhicule de cette carte Tempête. Si une ou plusieurs cartes du marché ont le même véhicule, défaussez la plus à gauche parmi elles. Sinon, défaussez simplement la carte la plus à gauche du marché. Recomplétez aussitôt à 4 cartes.
  • 3. Fermez les objectifs. Toutes les 4 cartes Tempête révélées en mode standard, la Banquise ferme un Objectif non encore remporté, en partant de la gauche. Retournez cette carte Objectif face cachée ou posez un jeton dessus : vous ne pourrez plus marquer ses 5 PV. Si vous l’avez déjà validée, bravo, la Banquise arrive trop tard ; elle passe au prochain Objectif encore disponible.

Fin de partie et score

La partie se termine à la fin de votre tour si vous avez 7 cartes sur un même site, comme dans la règle de base. Elle se termine aussi si vous devez révéler une carte Tempête alors que la pile est vide. Dans les deux cas, calculez votre score normalement. Si vous avez déclenché la fin avec 7 cartes avant l’épuisement de la pile Tempête, ajoutez 1 PV par carte Tempête non révélée. Petite prime “on a rendu les clés du traîneau avant la tempête”.

  • Moins de 45 points : l’expédition a surtout photographié ses propres moufles.
  • 45-54 : mission sauvée. On rentre au camp, personne ne fanfaronne, mais ça passe.
  • 55-64 : belle expédition, propre, nette, sans orteils gelés.
  • 65-74 : grand froid maîtrisé. Là, on commence à parler.
  • 75 et plus : l’ours blanc demande une copie dédicacée de votre carnet de terrain.

Mode expert

Utilisez 12 cartes Tempête et fermez un Objectif toutes les 3 cartes révélées au lieu de 4. À réserver aux gens qui disent “je joue vite” puis réfléchissent huit minutes devant une carte phoque. Le vrai intérêt de cette variante solo, c’est qu’elle met de la pression exactement là où Borealis en a besoin : le marché ne reste jamais confortable, les objectifs se périment, et le tempo de fin redevient une décision. Elle ne transforme pas le jeu en duel artificiel. Elle accentue ce qui existe déjà. Choisir vite. Choisir bien. Et accepter que la carte parfaite parte à la dérive au pire moment. On a développé et testé cette variante solo à la rédac. Et on aime bien. À vous de jouer !

Borealis, verdict

Ou : Pourquoi 5/5 malgré les réserves ?

Parce qu’une note maximale ne veut pas dire qu’un jeu est parfait pour tout le monde. Ça, c’est un mythe. Un 5/5, pour nous, signifie plutôt que le jeu réussit admirablement ce qu’il cherche à faire, dans son format, son prix, son public et son ambition. Et Borealis coche cette case avec une élégance rare.

Il est beau sans être tapageur. Simple sans être pauvre. Malin sans devenir prétentieux. Il offre de vrais choix en peu d’actions, des tours rapides quand la table ne surcalcule pas, une tension de tempo très agréable, un matériel propre, un thème charmant même s’il s’efface, et surtout ce plaisir très particulier de voir une séquence préparée fonctionner. Une carte, puis une autre, puis le drapeau qui descend, puis l’objectif qui tombe. Petite satisfaction. Grand sourire.

Oui, l’interaction reste légère. Oui, nous le préférons clairement à 2. Mais ces défauts ne détruisent pas la proposition. Ils la cadrent. Borealis est un excellent jeu pour ce qu’il est : une méchante tempête arctique dans le cerveau compact, élégant et étonnamment tendu. Il ne va pas réchauffer les fans de baston. Il va en revanche ravir celles et ceux qui aiment les jeux où chaque carte est à la fois une solution, une contrainte et un pari. Une contrainte, surtout.

On a aimé : La limpidité des règles, l’élégance des cartes à plusieurs usages, les enchaînements tactiques, le matériel lisible, la tension à deux.

On a moins aimé : L’interaction assez légère, le thème qui se transforme vite en lecture d’icônes, et le rythme qui perd un peu de piquant à quatre.

C’est plutôt pour vous si… Vous aimez les jeux malins qui se jouent vite, les casse-têtes sans lourdeur, les parties à deux qui font chauffer les neurones sans provoquer de divorce ludique.

Ce n’est plutôt pas pour vous si… Vous cherchez du conflit direct, des coups bas, une forte narration ou un jeu où l’on parle autant qu’on calcule.

Borealis, c’est la preuve qu’un macareux peut avoir l’air innocent tout en sabotant votre plan à trois tours. Méfiance. Toujours.

Grandiose !

Note : 5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Dariusz Mindur
  • Illustrations : Rodrigo Camilo Alves De Almeida, Kevin Sidharta, Ines Toczyska, Ariadna Żytniewska
  • Édition : Lucky Duck Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (et à 1, avec notre variante maison 😉)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans
  • Durée : 45 minutes annoncées (voire poutzé en 30 minutes à 2)
  • Thème : Animaux, arctique
  • Mécaniques principales : Collection, cartes. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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