Trök : Jeu de nains, jeu malin
⚒️ Et si le meilleur Cathala de l’année se cachait dans une petite boîte à 25€ ? Trök nous a mis K.O. Notre verdict complet (et nos petits regrets).
Trök : Jeu de nains, jeu malin
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
L’essentiel en 3 points :
- Trök est une refonte médiévale-fantastique de Mundus Novus signée Cathala & Laget, éditée par Grrre Games, avec un matériel exceptionnel pour moins de 25 €.
- Le jeu propose une mécanique de draft ouvert, troc et collection de cartes dans des parties tendues, fluides et pleines de dilemmes cornéliens.
- Verdict : un quasi sans-faute qui entre directement dans notre top, malgré une thématique un peu plaquée sur les mécaniques. Note : 5/5.
Vous connaissez cette sensation : un nouveau Cathala arrive, et vous ne savez jamais si vous allez tomber sur un Kingdomino ou un Dragon Run. Spoiler : avec Trök, on est très, très loin du Dragon Run.
C’était un samedi matin comme tous les autres au royaume nain de Nidavellir (première à droite après le dragon, juste entre Midgard et Helheim). Le père Dwerg, comme à l’accoutumée, avait ramené tout son stock à fourguer sur le marché. Il avait étalé sur ses tréteaux que du bon : des paires de gants en cuir de marcassin, un casque en mithril, et surtout, surtout, ce magnifique marteau forgé dans les profondeurs du volcan voisin. Fier et confiant, il jeta un œil moqueur et suffisant au stand de son voisin et rival, ce clown de Zoral, qui faisait peine à voir : des pioches fatiguées, des lanternes en cuivre… Quand son regard s’arrêta soudain sur un objet scintillant : quoi, une pierre arcanique ? Où diable avait-il pu dénicher ça ? Bon sang, les échanges avec les clients allaient être plus tendus que prévu.
Un jeu de Cathala, c’est comme une nouvelle pâtisserie de Cédric Grolet : on l’attend avec impatience, on connaît le savoir-faire et l’expertise du chef, on admire le produit fini, on déguste… et on est tantôt transporté, tantôt un peu déçu. On ne compte plus le nombre d’opus du Bruno des montagnes dans notre ludothèque : d’un spectre allant des cultissimes Kingdomino et Splendor Duel aux plus mitigés Jamaica et Dragon Run, l’auteur prolifique s’est taillé une part de choix dans notre paysage ludique. C’est peu dire que, quand on a eu entre les mains ce Trök, on était dans ce même état de fébrilité : allait-il répondre à nos attentes ? Sans plus vous faire mariner, craquons le blister et testons ce petit bébé réalisé en duo avec le regretté Serge Laget.
Des trüks plein le coffre en teck

D’abord un mot sur le berceau, enfin plutôt la boîte. Le visuel du couvercle, sobre, peut diviser : si le noir et or choisis pour les caractères et le fond sont élégants, la présence de l’un des personnages du jeu (Grid) dessiné par Jean-Marie Minguez et Pierô est plus discutable. Pourquoi celui-ci plus qu’un autre ?
Très subjectivement, on trouve que cela gâche un peu l’esthétique extérieure, là où le seul titre du jeu aurait selon nous suffi. Ou alors, quitte à choisir une illustration, pourquoi pas celle de la rune au dos des cartes, ou le marteau éminemment nanique ? Gageons que l’idée était peut-être de ne pas induire en erreur les éventuels acheteurs intéressés, en leur suggérant qu’il s’agissait d’un jeu de commerce et non de confrontation guerrière. Soit.
Ensuite, ouvrons le coffre pour voir ce qui s’y cache, et là, surprise : un trésor ! Avouons-le, on ne s’attendait pas à trouver pareille richesse dans une petite boîte à moins de 25 €. Rendez-vous compte : en sus des 75 cartes (équipements et améliorations) de très bonne facture, on ne trouve pas moins de 25 jetons Aare (monnaie) en bois laqué et un superbe marqueur premier joueur (maître du commerce) du même matériau. Si à cela vous ajoutez le petit tapis « marché » en néoprène fourni, vous comprenez rapidement que les éditions Grrre Games (derrière Nidavellir et Hamlet notamment) ne se moquent pas de leurs chalands.

En plus de ça, la direction artistique est de toute beauté : si l’aspect bande dessinée des personnages et des équipements peut parfois laisser dubitatif, le style runique nordique des jetons et du tapis fonctionne quant à lui à merveille, et nous plonge dans l’univers mythologique scandinave à la perfection. On aurait aimé retrouver davantage cette patte sur les illustrations des cartes, mais c’est un détail.
Enfin, ouvrons le livret de règles : 8 pages parfaitement organisées et agrémentées d’exemples clairs qui permettent de prendre le jeu en main immédiatement. Tout au plus pourra-t-on regretter l’absence d’un petit QR code pointant vers une vidéo explicative (mais il est facile d’en trouver une par ses propres moyens), ainsi que de petites cartes individuelles « mémo » rappelant les effets des différentes cartes personnages. Toutefois, au nombre de seulement 12, ils seront vite assimilés, d’autant plus grâce à une iconographie de rappel efficace en haut de celles-ci.
Pour résumer, c’est un quasi sans-faute au niveau matériel et visuel, voire même d’une qualité exceptionnelle pour le prix ! Mais qu’en est-il du jeu lui-même ?
La träk des meilleures cartes

Quand on a commencé à lire les règles de Trök, plus on avançait, plus ça nous rappelait furieusement quelque chose… Une impression de déjà-vu que l’on aurait pu aisément mettre sur le compte de l’âge grandissant et de neurones déclinants (quiconque est déjà entré dernièrement dans une pièce en ayant oublié ce qu’il était venu y faire saura de quoi on parle).
Voulant en avoir le cœur net cependant, une rapide recherche internet nous apporte la réponse… Bingo ! Il s’agit en fait d’une refonte d’un jeu existant des mêmes auteurs, Mundus Novus, paru en 2011. Pour y avoir joué à l’époque, on avait déjà trouvé le jeu très bon, même s’il lui manquait un petit quelque chose qui ne nous avait malheureusement pas totalement convaincus alors. Pour l’anecdote, il était lui-même extrait d’un autre, puisqu’il n’était à la base qu’une phase de jeu du mastodonte Mare Nostrum.
C’est donc plutôt bien disposés et avec un a priori favorable que nous avons entamé notre première partie de Trök.
Le but du jeu va être de devenir le nain le plus riche de Nidavellir, c’est-à-dire d’accumuler le plus de points (jetons « Aare »). La partie s’arrête dès qu’un joueur atteint le palier des 50, ou — condition alternative plus rare — parvient à réunir dans sa main la série complète et parfaite des 8 différentes cartes « équipement » (de valeur 1 à 7 + pierre arcanique) du jeu.

Au début de la partie, on mélange les cartes « équipement » et on place une rivière de 3 cartes sur le marché (tapis en néoprène). Au-dessus, une autre rivière de 7 cartes vient prendre place, constituée elle de cartes « amélioration ».
Chaque tour de jeu est composé de 4 phases :
Approvisionnement
On distribue secrètement 5 cartes « équipement » à chaque joueur. Si un joueur possède une (ou des) mine(s), il reçoit une carte supplémentaire par mine qu’il possède. Chacun prend enfin en main les éventuelles cartes stockées dans le ou les chariot(s) devant lui.
Ainsi, vous aurez compris que, si au début vous ne pouvez compter que sur 5 cartes en main, celle-ci est rapidement amenée à s’étendre pour peu que vous soyez parvenu à récupérer ces précieuses cartes « mine » ou « chariot » aux tours précédents. On ne saurait que trop vous conseiller de vous ruer dessus pour constituer votre moteur.
Trök
C’est la phase de commerce, d’échange, de deal quoi ! Chaque joueur choisit 3 cartes de sa main et les pose face cachée devant lui, représentant ainsi la marchandise qu’il amène au marché.
Tout le monde révèle simultanément sa came, et le marqueur premier joueur (« maître du commerce ») revient à celui dont la valeur additionnée des équipements est la plus élevée. En cas d’égalité, le maître du commerce précédent choisit son successeur (au premier tour, c’est le plus jeune joueur).
L’heureux plus haut enchérisseur commence donc. Il peut alors choisir une carte équipement révélée chez un adversaire, et soit la mettre directement dans sa main, soit l’échanger (troc) avec une des trois cartes de la rivière du marché (il met alors celle-ci dans sa main). Si lors d’un troc, le marché comporte 3 cartes identiques, le déclencheur de cette situation gagne 3 Aare, on défausse la rivière et on en tire une nouvelle depuis la pioche.
Le joueur tout juste délesté joue alors à son tour, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de cartes chez qui que ce soit. Si la dernière carte a été prise chez le maître du commerce, pas de souci ; sinon, il y a déséquilibre : dans ce cas, le joueur lésé (qui possède mathématiquement une carte en moins) doit être dédommagé par le maître du commerce, qui lui donne une carte de son choix.
Combinaison

Dans cette phase, chaque joueur, en commençant par le maître du commerce, doit tenter de constituer des collections avec ses cartes en main. Ces collections doivent comporter au moins 3 cartes, et peuvent être constituées de cartes identiques ou différentes.
Les collections de cartes identiques rapportent des Aare. 3 cartes identiques vous rapporteront autant que la valeur indiquée sur la carte (ex. : 3 « deux » rapportent un total de deux Aare, 3 « cinq » rapportent cinq, etc.). Toute carte supplémentaire rapporte 3 Aare (ex. : 4 « deux » rapportent un total de 5 Aare, 5 « quatre » rapportent un total de 10 Aare, etc.).
Les collections de cartes différentes permettent de choisir une carte amélioration dans la rivière. Plus votre collection est grande, plus vous pourrez choisir loin dans cette dernière. Ainsi, 3 cartes différentes vous permettront de choisir parmi les 3 premières cartes, 4 cartes parmi les 4 premières, etc.
À noter que les cartes « pierre arcanique » (au nombre de deux) agissent comme des jokers comptant pour la valeur de votre choix, et les améliorations « filon » permettent également de considérer un 1 comme une de ces précieuses pierres, ce qui facilite la tâche !
Attention, vous n’avez pas le droit de constituer deux sets de cartes identiques ou deux sets de cartes différentes dans le même tour !
Fin de tour

C’est un peu la phase de nettoyage : on défausse toutes les cartes inutilisées et on active les effets des améliorations (personnages et aménagements) éventuellement possédées. Certains nains ne déclenchent leurs effets qu’à ce moment-là, et on a le droit de stocker une carte inutilisée par chariot que l’on possède.
De plus, si la file de cartes « amélioration » a été ponctionnée, on décale les cartes restantes vers la gauche et on la complète afin d’arriver de nouveau à 7, puis un nouveau tour peut commencer.
Et voilà, on poursuit ainsi de suite jusqu’à la victoire d’un marchand.
Du troc à coup de trïk
Les parties sont tendues ! Pour peu que chaque joueur ne fasse pas d’erreur et ne soit pas trop maudit par les dieux de la chance (et du tirage), chaque petit choix est cornélien et va vous contraindre à renoncer à un avantage pour un autre… Mais lequel ?
C’est là tout le sel de Trök, et c’est ce que Bruno Cathala excelle à faire. Car choisir, c’est renoncer, comme le dit l’adage, et la mécanique de draft ouvert combinée à celles de gestion de main, d’échange et de collection fonctionnent à merveille dans ce sens.

Il y a également de l’interaction, car il faut surveiller ce que font les autres afin de ne pas leur servir la victoire sur un plateau. Parfois, le meilleur choix sera de « contre-drafter », c’est-à-dire choisir une carte non pas tant parce qu’elle vous intéresse que parce qu’elle serait trop profitable à l’un de vos adversaires.
Le jeu est extrêmement fluide, et les tours (ainsi que les parties) s’enchaînent sans peine. Il y a une belle petite courbe d’apprentissage, et quelques « patterns » (schémas tactiques de jeu) deviennent rapidement identifiables, permettant de progresser de manière gratifiante.
Comme les parties sont assez rapides, on peut même en relancer une aisément pour « se refaire », surtout quand on maudit le manque de veine ou soi-même pour une décision malheureuse (aaargh on n’aurait jamais dû échanger ce 6 !).
Tout n’est cependant pas parfait dans Trök. On regrettera particulièrement le fait que, même si les mécaniques sont parfaitement huilées et les engrenages impeccables (marque de fabrique de l’auteur), elles finissent par prendre le dessus sur la thématique au point de l’occulter. C’était déjà le cas avec le bien bon Mundus Novus, et le relookage médiéval-fantastique n’y changera rien. On joue davantage avec des chiffres, des couleurs et des bonus qu’avec des équipements et des nains commerçants.

Parlons d’ailleurs du thème de Mundus Novus : le jeu d’origine se situait dans un contexte historique, celui de la conquête du nouveau monde et des explorateurs-marchands. C’est un avis strictement personnel et qui n’engage que nous, mais on préférait cet univers familier de commerce du tabac, de la canne à sucre et de la vanille. Il eût été facile de le conserver, ce n’est pas le choix qui a été fait, et c’est dommage.
Trök, verdict
Alors Trök, c’est bien ?
Oh punaise que oui.
Mais vraiment hein.
Au point qu’il est entré sans peine dans notre top des jeux préférés (et s’y frayer une place n’est pas chose si aisée).
Alors certes, Trök n’est pas parfait. On peut lui reprocher des choses : les petits coups du hasard un peu rageants, le style BD qui ne fera pas forcément l’unanimité, un changement de thématique qui n’apporte rien et qui surtout reste un brin plaqué sur les mécaniques du jeu. Oui. OK.
Mais, mais…
Ses qualités sont infiniment supérieures, et effacent (en tout cas à nos yeux) tous ces défauts mineurs. Le matériel est absolument exceptionnel de qualité, et le jeu s’offre le luxe de tuner un déjà bon bolide, de le peaufiner, de l’épurer, de rabaisser les ailerons et de rabaisser la calandre pour en faire une machine de compétition. Tout ce qui gênait, dépassait, alourdissait le gameplay a été savamment repensé pour obtenir un modèle d’intuitivité et de fluidité ludique. Et nous, ça nous laisse cois, quoi. Chapeau.
Le reproche principal que l’on fera donc à l’éditeur et aux auteurs, c’est d’avoir réussi leur coup et d’être parvenus à nous détourner de la version d’origine, et ce malgré notre préférence pour la thématique et l’univers graphique de Mundus Novus. Il va nous être difficile de revenir en arrière après avoir goûté à ce Trök, qui s’avère à l’usage un jeu élégant et addictif. Preuve qu’il n’est nul besoin d’être parfait en tout pour être digne des meilleurs.
On a aimé
- Un matériel à faire pleurer un nain (et un nain, ça pleure pas)
- Des parties tendues, courtes, et follement addictives
- Le moteur Cathala dans toute sa splendeur : on choisit, on souffre, on adore
On a moins aimé
- Une thématique tellement plaquée qu’elle se décolle un peu sur les bords
- Le style BD des illustrations qui jure avec la beauté des jetons en bois
- L’envie de relancer une partie à 23h alors qu’on bosse le lendemain
C’est plutôt pour vous si…
- Vous avez une barbe, ou vous en rêviez (même les filles, on ne juge pas)
- Vous aimez quand un jeu vous tend des choix impossibles toutes les 30 secondes
- Vous trouvez que 25 € pour autant de matos, c’est presque du vol… mais en mieux
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous préférez les elfes (mais on ne vous en veut pas, juste un peu)
- Vous voulez de la thématique au kilo, avec immersion garantie
- Vous préférez les jeux qui durent 2-3h, minimum
Trök, c’est la preuve qu’on peut être petit, barbu, sentir un peu la forge et finir quand même par devenir le plus riche du royaume. Une leçon de vie, vraiment. Par ma barbe ! Trök, un jeu vraiment Trëk-ool.
Excellent !

- Date de sortie : 13 mars 2026
- Langue : français
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Bruno Cathala et Serge Laget
- Illustrations : Jean-Marie Minguez et Pierô
- Édition : Grrre Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4
- Âge conseillé : Dès 10 ans
- Durée : 40 minutes
- Thème : Nains, commerce
- Mécaniques principales : Draft, collection, gestion de main, échange. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici
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