
Nidavellir, de quoi ça parle ?
Le pitch :
« Nidavellir, le Royaume des Nains et des Naines, s’assombrit et est menacé par le dragon Fafnir. Le Roi vous envoie, vénérable Elvaland, sillonner chaque taverne du royaume, engager nains et naines les plus habiles, recruter les héros et héroïnes au prestige le plus éclatant et constituer le bataillon le plus puissant pour sauver Nidavellir ! »
En gros, on recrute des nains et des naines pour sauver le royaume. OK, Nidavellir un jeu qui met les mécaniques en avant et fait passer l’aspect narratif en arrière-plan. 2 sur 5 sur l’ITHEM

Mais
2 sur 5, certes. Cela dit, on ne peut que féliciter le (jeune) éditeur Grrre Games et (moins jeune) auteur Serge Laget d’essayer d’offrir un peu plus de texture au jeu, aux cartes, aux personnages
En effet, en toute fin de règles, le livret propose quelques pages narratives en guide de décor. Inutile pour, dans le jeu, mais une initiative originale pour qui s’intéresserait à donner un certain sens narratif au jeu
Et comment on joue ?
Nidavellir mélange plusieurs mécaniques bien connues :
Programmation : en début de manche, on sort des cartes qu’on place visibles sur la table. On les répartit dans trois sections. On va ensuite choisir parmi ses pièces laquelle on va placer pour essayer d’obtenir telle ou telle carte dans telle ou telle section. Programmation, donc
Enchères secrètes : selon la valeur de la pièce choisie, on va essayer de se positionner en première position, ou pas. Enchères secrètes, ou pari
Collection : après révélation de chaque pièce pour chaque section de cartes, dans l’ordre des valeurs des pièces jouées, programmées en secret, on obtient une carte que l’on place près de son plateau. Chaque couleur de carte correspond à une classe spécifique : chasseur.se, guerrier ou guerrière, artisan.e
Deck-building (que le jeu nomme… Coin-Building), Engine-building : tout au long de la partie on peut peu à peu améliorer la valeur de ses pièces. Comme tout deck-building, on commence le jeu avec des pièces toutes… pourries, puis on va pouvoir les améliorer, en acquérir de meilleures. Du pur Engine-Building, donc, puisque avec ces nouvelles pièces on va pouvoir acquérir de « meilleures » cartes lors des enchères secrètes. Et quand on dit « meilleures », tout dépend bien sûr de sa collection de cartes et de ses besoins stratégiques
Au final, Nidavellir mélange plusieurs mécaniques connues. Les règles s’expliquent en quelques minutes, en insistant sur les différentes phases du jeu : prog, révélation, acquisition
Pour peu que l’on évolue dans le milieu du jeu de société moderne, on n’aura aucune peine à s’y retrouver

Et comment on gagne ?
Nidavellir se joue en deux âges distincts, deux decks distincts, avec des cartes qui ne gagnent pas forcément en puissance. Ce découpage permet surtout de rythmer la partie et de l’interrompre pour insérer un décompte intermédiaire
Lors de ce décompte, on ne fait que compter les majorités par couleur, par classe de cartes. Par majorité remportée, on obtient une faveur spécifique : une nouvelle carte par-ci, un avantage par-là. De quoi booster la partie et lui offrir un rebondissement et un rafraîchissement bienvenus
Une fois le second âge, le second deck épuisé, on passe au décompte final
Et là, c’est le drame !
Chaque couleur, classe de carte rapporte des points de manière spécifique : majorité, addition simple, multiplication, etc. etc. Il faut bien plusieurs tours, plusieurs parties pour retenir toute cette ribambelle de couleurs, de cartes, de points. De la salade de points de victoire, avec, forcément, un carnet pour décompter toute cette farandole de couleur de cartes ainsi que les pièces possédées. En fin de partie, on serre les fesses pour espérer dépasser les autres

Interaction ?
Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Nidavellir atteint un 3 sur 5

Pourquoi ?
Parce que dans Nidavellir on ne peut pas s’en prendre directement aux autres, mais on peut les empêcher de prendre telle ou telle carte, telle ou telle pièce pour deck-coin-builder pour les freiner dans leur développement
À 2-3 joueurs et joueuses à la table, l’IGUS affiche 3 sur 5. Dès lors qu’on est à la table, cet indice fond comme neige en février 2020, parce qu’on ne contrôle et ne surveille plus grand-chose. On passe alors à 2, voire même 1 sur 5 sur l’échelle. On en reparle plus bas ⬇️ justement
À combien y jouer ?
Le jeu est prévu de 2 à 5
À 5, on rajoute des cartes supplémentaires, et on adapte le jeu en fonction en rajoutant ou en enlevant des trucs, des machins. Mais la, les mécaniques restent semblables
Autant le dire tout de suite : à 5, le jeu est trop chaotique. On ne maîtrise rien, autant jouer « au petit bonheur la chance », les yeux fermés, sans ne rien prévoir ou programmer. À 5, c’est le foutoir et ça part de, dans tous les côtés. On s’attache à sa gemme qui va casser les égalités en espérant tenir rien qu’un tour. Mais les cartes défilent trop pour véritablement essayer, penser, espérer monter une quelconque stratégie. À 4, ça va un peu mieux. Un peu
C’est véritablement à 2 et 3 que Nidavellir prend tout son intérêt ! On contrôle plus, mieux, on surveille plus le jeu des autres, on peut plus souvent leur faire des crasses en leur raflant une carte par-ci, une majorité par-là
À partir de quel âge y jouer ?
Nidavellir est prévu dès 10 ans. Si les mécaniques de base sont plutôt évidentes, miser des pièces face cachées pour espérer rafler les cartes convoitées, le jeu est en réalité beaucoup plus profond et complexe que cela. Et le décompte et objectif finaux sont multiples et diffus. De quoi peut-être submerger un ou une jeune de 10 ans
Comptez plutôt 12, voire même 14 ans pour vraiment apprécier le jeu
Alors, Nidavellir, c’est bien ?
Il y a quatre types d’auteurs et d’autrices de jeux de société. Ceux qui occupent le devant de la scène, les plus bankables, sont qui sont souvent sous les feux de la rampe : Bauza, Cathala, Faidutti, Knizia, Lang, Feld, Daviau, Rosenberg. Il y a ensuite les nouveaux noms qui émergent de « nulle part » et qui brillent de mille feux avec des jeux flamboyants : Warsch, Pfister, Hargrave. Il y a également ceux et celles qui restent discrets, qui sortent un jeu, et puis peut-être un autre, et puis c’est tout. Enfin, il y a la quatrième catégorie. Les auteurs et autrices qui sont dans la course depuis de nombreuses années, des auteurs et autrices confirmées, discrètes, mais qui restent, qui s’accrochent, et qui, au fil de leurs sorties égrainées, proposent des titres percutants : Pauchon, Erhard, Laget. Nidavellir a été créé par l’un d’eux, le discret et pourtant expert Serge Laget
En près de 35 ans d’activité, Serge a sorti près de 30 jeux, soit un jeu par année, environ. Le germanique Reiner Knizia a commencé plus ou moins en même temps sa carrière d’auteur de jeux pour en sortir… 20 fois plus que Serge (près de 600 au jour d’aujourd’hui). Les jeux de Serge Laget se souvent démarqués par leur richesse, leur intéresse, la passion qu’ils ont réussi à susciter. Mare Nostrum, c’est lui. Les Chevaliers de la Table Ronde, c’est lui aussi. Senji, pareil. Rassurez-vous, nous n’allons pas faire la liste de ses 30 jeux, mais au fil de sa carrière, la plupart de ses jeux ont connu un certain succès parce qu’avec le temps, l’auteur d’Avignon a su acquérir et développer des compétences solides en gamedesign. Ce qui se confirme ici avec Nidavellir. Serge Laget sait se montrer discret et… efficace. Un auteur qui préfère la qualité à la quantité, et qui ne sort décidément pas de jeux à la cathalachnikov
Bon alors, Nidavellir, c’est bien ou pas ?
Oui, c’est vraiment, vraiment, vraiment bien !
Alors certes, on a un peu l’impression de faire le tour du propriétaire des mécaniques contemporaines, en mode gloubi-boulga (hello les Tavernes de la Vallée Profonde) : du deck-coin-building par-ci, de la programmation par-là, de la salade de points de victoire pour lisser l’interaction et le win-to-win. Avec Nidavellir, il ne faut pas chercher l’originalité mais l’efficacité et au final, la surprise. Même si rien n’est original ici, tout s’imbrique, tout s’emboîte, tout palpite. Au point de proposer un titre passionnant, percutant et addictif
Nidavellir est sans conteste l’un des meilleurs jeux de ce début d’année 2020. En fin d’année, nous lui gardons une petite place au chaud dans notre liste des meilleurs jeux de l’année 2020, il le mérite !
Grrre Games, pas Grrr, bien au contraire !
Après Dany, un tout premier et excellent titre iconoclaste, en mode jeu de déduction d’images et jeux d’enfoirés, puis deux autres jeux moyens, dont un tout raté, Octorage, le tout jeune éditeur grenoblois Grrre Games revient avec ce Nidavellir, plus vaste et téméraire que ses précédentes galettes
Et pour ce Nidavellir, Grrre Games a décidé d’utiliser l’écriture inclusive en utilisant le point médian. Des nain.e.s, des héros.ïnes. Enfin ! Surtout en 2020. Les règles avec des joueurs partout commencent sérieusement à nous gonfler ! On n’a pas besoin d’être un Social Justice Warrior, abrégez SJW, pour comprendre que non, non, il n’y a pas que des hommes masculins cisgenres qui jouent aux jeux de société. Il y a aussi des… femmes. Oui
Et non seulement l’éditeur emploie le point médian pour inclure tout le monde dans les règles, mais les illustrations des personnages se veulent également inclusives et égalitaires. Non, ici, pas de décolletés plongeants ou de sexualisation inutile et totalement ringarde (oui, je parle de toi, Time Stories Revolution et le Projet Hadal !!!). Même pour des nains et des naines dans un univers fantastique, les illustrations sont intègres
Donc kudos Grrre Games !!!
Après, en 2020, c’est un peu triste et consternant de devoir féliciter un éditeur pour sa démarche éthique et inclusive. Cela témoigne d’un marché qui n’a pas encore atteint sa maturité et qui reste presque exclusivement masculin
C’est avec ce genre d’initiatives (hello Feelinks et leurs règles moitié-moitié) qu’à force, avec le temps, les lignes finissent par bouger
🔴 Nidavellir, score final :
Ce qui nous a plu ❤️️
✅ L’écriture inclusive
✅ Des illustrations intègrent qui ne sexualisent pas la femme de manière outrancière et inutile (beurk Hadal 🤢)
✅ Des illustrations en noir et blanc discrètes et presque en mode croquis. Un parti-pris plutôt original
✅ Des choix cruciaux, douloureux et savoureux à prendre : quelle pièce placer pour quelle section pour espérer rafler quelle carte
✅ Un gloubi-boulga de mécaniques actuelles qui s’imbriquent avec perfection
✅ Un must-have de 2020 !
✅ Des parties à 2-3 qui offrent plus de contrôle, plus de choix tactique
✅ La mécanique de deck-coin-building, qui s’apparente à de l’Engine-Building. Explosif !
✅ La mécanique d’acquisition des cartes « héros et héroïnes », en complétant des lignes complètes de couleurs
✅ Les gemmes de départage des égalités qui s’échangent en cas d’utilisation. Une mini-micro-mécanique tweakée subtile et raffinée
✅ Un jeu passionnant, fluide, addictif
Ce qui nous a moins plu ⛔️
❌ Un jeu en mode salade de points de victoire avec des cartes qui scorent de mille manières. De quoi pécho des points de tous les côtés sans ne rien suivre, sans ne rien savoir avant la fin. Un jeu en mode : tadaaaa !
❌ Des parties à 5 extrêmement chaotiques et foutraques. À éviter comme la peste le coronavirus !
❌ Un jeu fabriqué, assemblé en Chine. Dommage. Pour un éditeur qui s’implique avec des principes éthiques et inclusifs, c’est dommage qu’ils n’aient pas été jusque au bout de leur démarche. Pourquoi produire en Chine, alors que 99% du matos du jeu n’est que cartes et carton ? Certes, il y a quatre réglettes, des portes-cartes en plastique. Mais Chine, vraiment ? Un EcoScore à C, qui aurait facilement bien pu être étiqueté A si le jeu avait été produit en Europe
❌ Et maintenant, devoir attendre 1d4 années avant le prochain jeu de Serge Laget 😔
Et encore une chose
Vous pouvez consulter les règles de Nidavellir ici
Vous pouvez trouver Nidavellir chez Philibert ici
Pour une lecture plus agréable, plus confortable, notre blog ne vous propose aucune publicité, aucun contenu sponsorisé ! Nous espérons que vous appréciez. Dans un souci de transparence, pour votre information, Gus&Co entretient des relations d’affiliation avec Philibert. Ainsi, si vous achetez un jeu en cliquant sur nos liens, nous pouvons obtenir une (minuscule) part des revenus, ce qui nous permet d’acheter d’autres jeux et de continuer à pouvoir vous proposer de nouveaux articles
Et également chez Magic Bazar ici
- Date de sortie : Février 2020
- Langue : Française et anglaise
- Assemblé en : Chine. Mais why ??? Alors que 99% du matos n’est que carton et cartes 😡
- Ecoscore : C. Pour en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Auteur : Serge Laget (bien trop discret !)
- Illustrateur : Jean-Marie Minguez
- Éditeur : Grrre Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 5 (mais comptez plutôt 2 à 3)
- Âge conseillé : Dès 10 ans (mais comptez plutôt 12-14)
- Durée : 45′ (max’ !)
- Thème : Vikings
- Mécaniques principales : Programmation, enchères secrètes, collection, Engine-Builing, deck / coin-building
➕
Et si vous kiffez les vikings, ne ratez pas Vikings, la série, excellente, très fidèle à l’histoire, avec sa sixième et finale saison qui a commencé il y a quelques semaines
Et si vous cherchez une vision des vikings un peu plus… loufoque et un poil moins sanglante, il y a aussi Norsemen et ses deux saisons sur Netflix, très, très drôle et très, très débile ! Une série de vikings réalisée par de « vrais » vikings (= les Norvégiens)


