Le jeu du jour : Time Stories Revolution – Le Projet Hadal

Temps de lecture: 10 minutes

Le Projet Hadal, de quoi ça parle ?

Sans compter Damien, le scénario-démo proposé aux boutiques sorti en même temps, le Projet Hadal est le tout nouveau, le tout premier scénario Time Stories. Time Stories qui pour l’occasion s’est rebaptisé, pour s’appeler désormais Time Stories Revolution. Le Projet Hadal ouvre donc les feux et le tout nouveau Cycle Bleu

Le Projet Hadal, de quoi ça parle ? Pas du tennisman 🎾 Rafael Hadal. Non, rien n’a voir ! Déjà, ce n’est pas son vrai nom, et non, je ne pense pas que les Space Cowboys sortent un jour un jeu sur le tennis… Dommage ?

Mais revenons à nos moutons agents temporels. Tout est dans le titre. Le Projet Hadal, sans évidemment ne rien spoiler, parle de la zone Hadal. Cette zone hyper-profonde des océans. Oui parce que dans Le Projet Hadal, on est envoyé en 2099. La planète entière est alors affectée par une maladie étrange et mortelle. Un labo 🧫 sous-marin cherche un vaccin 💉 . Pourquoi sous-marin ? Parce que pourquoi pas

Et devinez quoi ? Comme c’est du Time Stories, il y a forcément baleine sous banquise (c’est le cas de le dire, avec le thème. OK, je sors). On va devoir incarner des réceptacles / personnages de l’époque (2099) pour enquêter sur ce qui s’y passe dans cette base. Parce qu’en un mot, c’est chelou

Le Projet Hadal est du pur Time Stories. Le jeu, les mécaniques, les énigmes sont au service du récit, de l’aventure. 5 sur 5 sur l’ITHEM !

Et comment on joue ?

🔴 Si vous savez déjà tout sur les nouveautés du Cycle Bleu de Time Stories, vous pouvez poursuivre votre lecture. Sinon, si vous avez besoin d’un petit rafraîchissement, vous pouvez cliquer ici avant de continuer cette chronique pour TOUT savoir sur ce tout nouveau cycle

C’est du Time Stories. On explore un lieu, représenté par un éventail de quelques cartes qu’on dispose face cachée et qu’on révèle dans son coin. On partage alors les informations aux autres par « télépathie ». Comprenez par-là en résumant, révélant la carte mais sans la lire

Chaque fois que l’on se rend dans un lieu on doit « payer » un Azrak, une gemme bleue censée représenter l’énergie magique qui alimente les agents et missions. Et selon les cartes, les événements, les actions, on doit parfois en dépenser plus pour les résoudre. Lors de baston, par exemple

On peut en regagner au fil de la partie. Car si un ou une agente n’en possède plus, elle ne peut plus participer à la mission en cours. Donc ne rien dire, ne plus participer activement. Et si personne n’a plus d’Azrak, on « rejumpe » et on recommence. Nouveau run

Les règles se veulent plus cohérentes que le premier cycle, et elles y parviennent ! Plus aucun lancer de dés, tout se résout à coups d’Azrak. Combien on en met, combien ses coéquipiers en rajoutent en soutien pour atteindre une certaine somme. Puis enfin on pioche une carte aléatoire pour épicer l’issue de la résolution de l’action en cours. Moins de hasard, plus de tactique et de contrôle. Youpie ! 🥳

Une fois la mécanique des Azrak comprise, le jeu peut se lancer en 2-3 minutes à peine

Et comment on gagne ?

C’est du Time Stories. Une fois le scénario résolu, hop, la partie est remportée

On perd quand on n’a plus d’Azrak, la ressource en jeu représentée par des gemmes bleues en plastique

En réalité, on ne peut pas véritablement parler d’échec. C’est plus un épuisement des ressources qui obligent à relancer le jeu, la partie, le scénario

Il faudra donc bien gérer ses déplacements, ses actions, pour ne pas avoir à reprendre le tout

Mais rassurez-vous. Avec moins d’aléatoire, on risque également moins de runs. Donc des parties plus tendues, plus ramassées, plus épiques aussi. Et ça, c’est une bonne chose !

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Le Projet Hadal atteint un 5/5

Pourquoi ?

Parce que dans Le Projet Hadal, on doit coopérer pour avancer, communiquer pour se partager les infos, se soutenir pour avoir plus de chance. Donc un IGUS au max !

À combien y jouer ?

On peut y jouer de deux à quatre. Toutes les configurations sont bonnes, tout dépend de l’expérience recherchée. À deux, on se retrouve plus dans une immersion totale et narrative

À 3-4, on est plus dans la tactique et la gestion. Avec le risque de perdre de précieuses informations si la communication est mal gérée

Alors, Le Projet Hadal, c’est bien ?

Oui, c’est terrible !

C’est du Time Stories. On explore un lieu, représenté par un éventail de… Mais ça, je l’ai déjà écrit. Des cartes, une explo, tout ça

Sauf que

On a sauté ici de pieds joints dans le nouveau Time Stories ! C’est désormais Time Stories Revolution. Enfin, plutôt une évolution qu’une révolution

N’empêche

Plus besoin de boîte de base, de plateau, de piste de temps, de machins, de trucs. Il suffit de la boîte de l’aventure, et hop, on se lance ! Le nouveau cycle tente justement de proposer une expérience ludique plus fulgurante, plus accessible, plus cohérente, plus immersive et encore plus épique que le cycle précédent. Et c’est réussi !

Oui mais

En voulant insuffler un peu plus de cohérence, de choix, de liberté et de tactique dans le jeu, en voulant éradiquer une large part d’aléatoire avec les dés et en dégageant la détestable piste de temps, les nouvelles règles de ce nouveau cycle emberlificotent le tout sous un amas de choix tactiques et ludiques plus ou moins agréables. En retirant certains éléments, ils en ont rajouté d’autres. Ce qu’on gagne ici, on le perd là. Offrant certes plus de contrôle, le jeu rajoute des choix, des décisions méta pas toujours en lien avec le récit en cours. Si je dépense cet Azrak maintenant ici, je ne pourrai pas t’en donner après. Et le prochain tour, il faudra en défausser un pour récupérer ceux du Vortex, etc. Donc des discussions méta « hors-jeu », en quelque sorte. Toujours en jeu, certes, mais hors-scénar. De quoi perdre quelque peu en immersion. On appréciera, ou pas

Mais soyons lucides. Les précédentes règles offraient au final assez peu de choix. On était alors trimbalé dans une aventure au gré des dés. Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Conséquence : on doit à présent gérer tout ce capharnaüm supplémentaire. Ça peut plaire à certaines équipes plus tactiques, plus joueuses, moins à celles et ceux qui préfèrent se faire balader dans, et par l’histoire qui leur est servie

Et au fait, le scénario du Projet Hadal, il vaut quoi ?

Parlons du scénario deux minutes, et sans spoiler !

Le Projet Hadal, de quoi ça parle ? D’un séjour tout ce qu’il y a de plus banal dans une base sous-marine futuriste. ambiance Abyss, le film de James Cameron sorti il y a 31 ans (déjà ???). Et là, bim, c’est in media res qu’on plonge (mais littéralement) dans le récit. Le Projet Hadal parle d’un virus mortel mondial qu’on ne voit pas, qu’on ne saisit jamais. Difficile, du coup, de saisir et de s’approprier les enjeux du récit qui deviennent peu prégnants, peu prenants. Si le jeu est immersif, parce qu’on est sous… l’eau, il y a déjà eu des scénarios Time Stories mieux ficelés, plus passionnants. Dont Madame, par exemple, ou Endurance

Le Projet Hadal présente une ribambelle de lieux, sous-marins pour la plupart, et une galerie de personnages assez bariolés mais peu présents. On est surtout ici pour vivre l’aventure, la péripétie et les surprises. Et des surprises, il y en aura ! Sans ne rien dévoiler, on commence à un endroit et soudain, paf ! Voilà, je n’en dirai pas plus 🤐😉😅 même sous la menace

Mais

Si cette ambiance de base sous-marine à la Abyss vous branche, un tout nouveau film sort ces jours au ciné, Underwater, avec Kirsten Stewart et Vincent Cassel. Un film de SF sous-marin de série B, tourné en 2017, mais qui a connu beaucoup de retard pour des questions de marketing, de post-prod, tout ça. Et entre temps, la FOX s’est faite rachetée par Disney. Bref. Underwater et Le Projet Hadal partagent pas mal de références, d’ambiance, d’éléments communs

🔴 Le Projet Hadal, score final : 5/5

Ce qui nous a plu ❤️️

✅ Un scénario… immersif (c’est le cas de le dire 😂) et rocambolesque sous-marin, avec plusieurs rebondissements temporels

Time Stories qui revient !!! Hihaaa 🥳 Avec une refonte « complète ». Ou pas tellement non plus. On a plutôt affaire a ravalement de façade et à quelques mécaniques allégées, remplacées, rajoutées. Mais le « fond de commerce » reste le même : éventail de cartes, on les retourne et on découvre un récit qui se déploie

✅ Des textes, un français riche et lyrique. Littéraire !

✅ Une énigme principale plutôt facile et classique, mais amenée de manière extrêmement intelligente !

✅ Un scénario féministe (mais on y revient plus bas ⬇️ )

✅ La mécanique des mini-cartes par réceptacle : un objet ou info de départ, visible de tous, une info / objectif secret qui peut se déclencher à un moment précis, de quoi proposer de futures boîtes Time Stories Revolution fricotant avec du Betrayal 😉 ? Et enfin, et surtout, des cartes narratives d’interaction qu’on découvre selon les… interactions avec les PNJ rencontrés. Balaise, subtil et suave !

✅ Un scénario bourré de clins d’œil à des films qui ont clairement inspirés le couple d’auteurs. On pense bien sûr à Abyss, de James Cameron

Ce qui nous a moins plu ⛔️

❌ Parlons des deux auteurs, justement. Et d’un sujet qui fâche 😡. Sur les 10 scénarios officiels que l’on retrouve sur le marché, sans compter les démos, seuls deux ont été co-écrits, co-créés par des femmes. Asylum, le tout premier, et Hadal, le… tout premier aussi de ce nouveau cycle. Et en pleine ère #metoo et de women empowerment, Hadal se soucie de près à se sujet en intégrant un sous-texte politique féministe. Mais non, ce n’est pas ce qui fâche ! Bien au contraire, voir plus haut ⬆️. Non, ce qui fâche, c’est ça :

Mais WTF !!! 😡

En pleine ère #metoo, peut-on, doit-on encore illustrer des femmes dans les jeux en révélant leur poitrine, souvent « généreuse » (super expression…), ample ? En dévoilant, exposant, précisant comme ici sur ce personnage de femme badass sa ligne de sein ? Fallait-il vraiment sexualiser le corps de la femme ainsi, sur cette illustration ? Était-ce vraiment nécessaire ? La réponse en un mot :

NON

C’est un faux-pas maladroit, qui a fait tiquer notre rédaction, hommes ET femmes tout sexe confondu. Inutile, futile et sexiste ! Si le marché du jeu de société veut s’affranchir des poncifs geeks et de masculinité toxique, ça commence ici, et maintenant ! Par ses illustrations. Comme a dit l’unE de nos chroniqueuses : « franchement, c’est naze ! »

Avec un scénario à la tangente féministe, avec unE co-autrice pour la création, avec un éditeur qui compte quand même quelques femmes au sein de son entreprise, alors pourquoi ??? 😳😤😡 Qui a demandé à l’illustrateur de dessiner ce personnage ainsi, avec un (sous-) décolleté pareil très, trop révélateur ? Ça sert à quoi ? On se croirait dans Victorian Mastermind… En plus, ce n’est pas comme si cette carte était perdue parmi tant d’autres. Non. Le comble, c’est que cette illustration se trouve PARTOUT dans les règles de jeu !

Pour éviter ce genre de maladresse grossière, est-ce que les maisons d’édition de jeux de société ne devraient pas engager un ou une responsable des questions éthiques et de l’égalité ? Car on parle bien ici de jeux de société. De. Société. Et dans société, il y a… sujets de société. Placer, comme ici dans Time Stories, une représentation de la / d’une femme à forte poitrine, qui plus est, à moitié nue, n’est-ce pas témoigner du rôle de la femme, comme imaginée (fantasmée ?) par les hommes ?

Détail inutile et futile, ou véritable épiphénomène d’un manque flagrant et grossier d’une industrie qui se cherche et qui manque de maturité ?

Prenez vos stylos, vous avez quatre heures

Je me demande bien comment le couple d’auteurEs, et les éditeurs pensent de la question et comment ils défendent cette illustration. En tout cas, chez nous, c’était l’esclandre (comme vous avez pu le constater avec ce point de 600’000 caractères) ! Et du coup, personne n’a voulu incarner ce réceptacle…

❌ Un scénario aux enjeux vagues (et pas seulement parce qu’on est sous l’eau. OK je sors 😂), avec un virus parachuté de nulle part. Un peu facile. Le scénario manque d’implication

❌ Pas un grand fan du style artistique de Looky, qui fait très plastique, très filtre Prisma. Mais c’est très, très subjectif

❌ Une fin autant surprenante qu’inutile et trop catapultée qui débarque de nulle part. L’aspect linéaire des scénarios souvent reproché à Time Stories continue malheureusement sur sa lancée. L’illusion de la liberté, alors qu’on se retrouve baladé dans un récit déjà écrit

❌ Une mécanique des Azrak qui augmente la gestion et réduit quelque peu l’immersion

❌ Devoir maintenant attendre 5-6 mois pour le prochain scénario, Une Nuit d’Été, inspiré de l’œuvre de Shakespeare et annoncé pour l’été

Et Damien, on en parle, ou pas ?

Non

Ou alors juste un peu

Damien est une mini boîte de démo pour Time Stories Revolution. Un scénario horrifique se déroulant aux US 🇺🇸 en 1958, ambiance Main Street et Diner 🍔

Damien constitue le prologue du troisième scénario de 2020, le Manoir Cavendish prévu en automne. Damien n’a évidemment aucun rapport avec Hadal ou la trame générale Time Stories

Un ado du bahut a disparu, une bande de jeunes décident de le retrouver : visite chez les keufs, au diner du coin, au bahut, une petite enquête super super surprenante, avec une petite résolution d’énigme toute en douceur et logique. Une très bonne boîte pour s’initier à Time Stories Revolution, mais pas que. Comptez environ 45′ à une bonne heure pour en venir à bout

Et Experience, on en parle, ou pas ?

Oui

Mais alors juste un peu

Experience a talonné la sortie du Projet Hadal. Il s’agit d’une plus petite boîte, et qui permet de lier toutes les aventures. Si celles-ci peuvent à présent se jouer en one-shot, sans boîte de base, juste en mode « hop on se lance », Experience offre une réelle… expérience, d’où le titre, en mode campagne sur la durée des neuf scénarios prévus dans le Cycle Bleu

Selon les choix pris pendant les aventures, on pourra garder certaines cartes pour la suite, pour d’autres histoires ultérieures. Et pareil pour les Azrak. Selon ceux qu’il nous reste et le score de l’aventure, le nombre de run / mises à jour, on va pouvoir à présent faire progresser son agent et agente sur un arbre de compétence. Ces compétences pourront débloquer certains éléments, certaines compétences qu’on va pouvoir ensuite utiliser dans les scénars pour obtenir quelques avantages. Avec Experience, Time Stories lorgne encore sur le jeu de rôle

Vous pouvez trouver Time Stories Experience ici

Mais comprenez-moi bien. On peut tout à fait jouer le Projet Hadal, ou toute autre aventure à paraître plus tard, sans Experience. C’est juste que si on a envie d’en savoir plus sur la Time, sur les Elois et les Slanns, ce qui se trame en coulisse sur toutes ces histoires, avec la possibilité d’améliorer ses personnages, cette boîte devient autant nécessaire que cruciale

Et encore une chose

Vous pouvez consulter les règles du Projet Hadal ici

Vous pouvez trouver Le Projet Hadal chez Philibert ici

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Et également chez Magic Bazar

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop ici

  • Autrice et auteurs : Melissa Delp, Kevin Delp, Manuel Rozoy
  • Illustrateur : Looky
  • Éditeur : Space Cowboys
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (mais comptez plutôt 2 à 3)
  • Âge conseillé : Dès 10 ans (bonne estimation. Jamais moins)
  • Durée : 3-4h (tout dépend de sa gestion des Azrak, mais c’est une bonne estimation)
  • Thème : SF, voyage temporel
  • Mécaniques principales : Coopération, narration, énigmes

2 responses to Le jeu du jour : Time Stories Revolution – Le Projet Hadal

  1. Jean-Seba Les Bains says:

    Curieux. Peut-on se lancer dans un time stories revolution sans avoir testé les autres scénarios et la boîte de base ?

A vous de jouer ! Participez à la discussion

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