Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Watergate. Destitution !

Temps de lecture: 5 minutes

Un jeu qui ne saurait mieux tomber ! Ça y est. Trump vient tout juste d’être acquitté par le Sénat américain de sa procédure de destitution lancée par la Chambre des Représentants. Ce n’est pas une grosse surprise, on s’y attendait

Donc Watergate, le jeu de société, tombe à point nommé. Cette affaire était différente puisque elle a coûté le poste du président américain en 1972. Nixon n’a pas été destitué, mais presque, il a « préféré » démissionné avant d’être dégagé

Clément nous parle ici non pas de l’affaire politique qui a secoué les States mais bel et bien du jeu de société, sorti en VO il y a quelques mois et avec la VF qui pointe son bout du nez chez IELLO


Watergate, de quoi ça parle ?

Du Watergate, donc. Quand Nixon a placé des mouchards dans un hôtel pour espionner le clan rival des démocrates

Le pitch du jeu :

« Revivez l’impitoyable duel entre le Président Nixon qui tente de couvrir le scandale naissant des écoutes illégales du parti démocrate, et le Washington Post, qui tente de remonter la piste des informateurs jusqu’au Président.

Dans ce jeu de stratégie asymétrique pour deux joueurs, un joueur assume le rôle d’un journaliste, tandis que l’autre incarne l’administration Nixon, chacun avec un jeu de cartes qui lui est propre. Pour gagner, l’administration Nixon doit atteindre la fin du mandat présidentiel, tandis que le journaliste doit rassembler suffisamment de preuves pour relier ses informateurs directement au Président. Bien sûr, l’administration fera tout ce qui est en son pouvoir pour étouffer toute preuve. »

Avec des méchants (les journalistes) et un très gentil (Nixon, le président). Les méchants se sont acharnés sur le gentil pour le faire destituer / démissionner, avec beaucoup de mauvaise foi et d’intox. Fake news ! Les méchants ayant tous les pouvoirs, le gentil a dû quitter son poste. C’est triste (ce paragraphe doit être lu avec beaucoup, beaucoup d’ironie)

Dans Watergate, le thème est très intégré et fait la part belle à l’histoire, aux stratégies et aux manigouilles de l’époque. 4 sur 5 sur l’ITHEM

Vous voulez en savoir plus sur le scandale du Watergate ? La page Wikipedia ici,

Et comment ça marche ?

Une joueuse sera les journalistes et l’autre représentera l’administration Nixon. A chaque tour, les joueuses chercheront à gagner du Momentum, l’initiative, et des preuves. Au début du tour, on place sur une échelle un jeton représentant l’initiative, un jeton représentant le Momentum, et 3 preuves, face cachée. Au début du tour,

Nixon peut voir les preuves, mais pas les journalistes. Dès qu’elles seront déplacées sur l’échelle, elles seront retournées face visible. La joueuse ayant l’initiative (la journaliste au premier tour) pioche 5 cartes de son tas, et l’autre en pioche 4. Les joueuses vont alors jouer les cartes chacune leur tour. Les cartes permettent :

  • Soit de déplacer l’initiative ou le Momentum ou une preuve d’un nombre de cases écrit sur la carte
  • Soit de déclencher un événement :
  • Mettre une source sur le plateau de jeu (face visible pour la journaliste, face cachée pour Nixon)
  • Contrer une autre carte
  • Déplacer les preuves et les jetons sur l’échelle

La joueuse va alors soit jeter la carte, soit la mettre dans sa défausse, en fonction de l’action effectuée, et de la carte.

Lorsque les deux joueuses ont fini leur main, c’est la fin du tour. La joueuse ayant le jeton initiative dans son camp récupère l’initiative, la joueuse ayant le jeton momentum dans son camp le récupère et le place sur sa carte, et chaque joueuse récupère les preuves qui sont dans son camp, et les pose sur le plateau, face visible pour la journaliste, face cachée pour Nixon, dans l’ordre de l’initiative. Si les conditions de victoire ne sont pas remplies, nouveau tour.

Et comment on gagne ?

La journaliste gagnera si elle réussit à rejoindre deux sources (face visible) à Nixon, via des preuves (face visible elles aussi).

Nixon gagnera s’il a obtenu 5 jetons Momentum, ou s’il n’y a plus de jeton Momentum disponible.

Watergate, à combien on joue ?

A deux. Parce que c’est le nombre qui est écrit sur la boîte, et qu’on ne peut pas jouer à plus ou moins.

Interaction ?

C’est une course à la ressource (sources, preuves et Momentum), avec un plateau commun, et des ressources limitées. De plus, certaines cartes vont permettre de contrer l’adversaire lorsqu’elle déclenche un événement. Mais ça reste tout même un peu froid. 4/5 sur l’IGUS

Et alors, Watergate, c’est bien ?

Le jeu m’a fait penser à Black orchestra, sorti en 2016. La différence étant que Black orchestra est un jeu coopératif, contre les nazis. Jouer Nixon et essayer de s’en tirer, c’est un peu comme jouer les nazis dans une simulation de la Seconde guerre mondiale. On n’en a pas trop, trop envie… Vous vous imaginez, vous, incarner Trump dans quelques années pour sauver ses fesses en pleine débâcle de l’affaire Ukrainienne ?

Le thème est bien intégré, et le sujet a clairement été fouillé par le créateur du jeu, et pas plaqué au dernier moment. Mais en dehors du côté historique de la chose, et sorti d’une culture nord-américaine, il n’apporte pas grand-chose, à part quelques clins d’œil amusant pour celles et ceux qui connaissent cet épisode de la vie politique des années 70.

Le jeu est un classique de la course à la ressource, et n’amène pas de révolution dans le monde des jeux de société. Le hasard est relativement absent, à part pour les cartes tirées par les joueuses et la couleur des preuves qui sortent à chaque tour. J’ai l’impression que le jeu est un peu déséquilibré à l’avantage de Nixon, qui a plus de façon de gagner que la journaliste, et va sans doute moins s’éparpiller. Mais c’est juste une impression.

Comme tous les jeux de course à la ressource, Watergate présente un défaut majeur : La durée. Le jeu annonce une heure, et s’y tient. Mais c’est long. Au bout de 4 ou 5 tours, on tourne sur les mêmes cartes (les cartes événements étant jetées), et l’ennui commence à s’installer. La limite de 8 tours (nombre de jetons Momentum) évite que la partie s’étire encore plus, mais ça n’est pas suffisant. Plus de cartes aurait sans doute permis d’éviter cet écueil ?

Enfin, autre petit souci, pour une petite boîte, pour un relativement petit jeu à deux, le prix du jeu en VO pique un peu, plus de 30 euros. À voir si le prix baissera avec la VF en approche chez IELLO prévue dans quelques semaines

🔴 Watergate, score final :

Note : 3 sur 5.

Ce qui nous a plu ❤️️

✅ La sobriété esthétique, reposante

✅ Le thème, différent du classique Village/Château, même si faire gagner Nixon, ce n’est pas top, top

Ce qui nous a moins plu ⛔️

❌ La durée de jeu, (un peu) longue

❌ Le déséquilibre ressenti entre les deux partis

❌ Le prix assez élevé pour une petite boîte, pour un « petit » jeu à deux, toutes proportions gardées

Et encore une chose

Vous pouvez consulter les règles de Watergate en anglais ici

Vous pouvez trouver Watergate en anglais chez Philibert ici

Et sinon, la VF est prévue pour fin-février / début mars chez IELLO

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  • Auteur : Matthias Cramer
  • Illustrateurs : Klemens Franz et Alfred Viktor Schulz
  • Éditeur : IELLO pour la VF, Capstone games/Frosted games pour la VO
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2
  • Age conseillé : Dès 12 ans
  • Durée : 45-60′
  • Thème : L’affaire du Watergate de 1972
  • Mécaniques principale : course à la ressource

2 Comments

  • Cédric

    Avis plutôt différent de mon côté. J’ai les sensations d’un card driven asymétrique plus costaud, avec une durée de vie réduite, ce qui est très sympa.
    La taille du deck est un des éléments important de la stratégie, est-ce que j’essaie de le réduite au max pour gagner en stabilité, dans ce cas il faut également savoir se priver de gros évènement pour se créer un deck puissant.
    J’ai également un sentiment de déséquilibre, mais en faveur du Washigton Post, sur 8 parties (essentiellement avec des baroudeurs du card driven), Nixon n’a remporté qu’une victoire, mais ça à souvent été proche et toujours très prenant jusqu’au bout.

  • morlockbob

    se débarrasser trop vite des événements me semble pas une super idée. il y a pour moi un vrai tempo à trouver. Par contre, j ai vraiment du mal a gagner avec les journaleux

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