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Écologie,  Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Daybreak : Un plaidoyer ludique pour sauver la planĂšte

đŸŒ± Le cĂ©lĂšbre crĂ©ateur de Pandemic revient avec Daybreak, jeu coopĂ©ratif palpitant sur le climat ! Ensemble, sauvons la planĂšte.


Daybreak

daybreak

⚠ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă  prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.


2040 : le monde est au bord du chaos climatique. Votre mission, si vous l’acceptez : inverser la tendance en moins de deux heures. Et si sauver la planĂšte Ă©tait aussi simple que de jouer Ă  un jeu de sociĂ©tĂ© ?

Lorsque le cĂ©lĂšbre Matt Leacock, papa du best-seller mondial Pandemic, s’attaque de nouveau au genre coopĂ©ratif, cela fait forcĂ©ment des vagues dans le petit monde du jeu de sociĂ©tĂ©.

Surtout quand sa nouvelle production s’intitule « Daybreak » (littĂ©ralement « aube nouvelle » ou « lever du jour » en français) et qu’elle est rĂ©solument tournĂ©e vers les enjeux climatiques. De quoi piquer la curiositĂ© des foules de fans qui ont fait le succĂšs retentissant de ses prĂ©cĂ©dents titres.

Conçu en collaboration avec Matteo Menapacem son tout premier jeu, Daybreak rĂ©sonne d’ailleurs Ă©trangement avec l’air du temps. Mais il serait trĂšs rĂ©ducteur de le cataloguer comme un « Ă©niĂšme » jeu sur l’écologie.

Car au-delĂ  de sa thĂ©matique verte, Daybreak propose en fait une expĂ©rience de jeu rĂ©ellement novatrice Ă  plus d’un titre. Daybreak, on vous en parle depuis longtemps. On a enfin pu y jouer. Voici notre chronique complĂšte.

Daybreak cartes gif

À noter que la version allemande, testĂ©e ici, s’appelle e-Mission (cool le jeu de mots). La VF dĂ©barque cet automne.

Le pitch : Sauver le climat (oui mais en s’amusant !)

Commençons par poser les bases : Daybreak est un jeu complet qui se joue en 90 Ă  120 minutes. Voire plus pour la toute premiĂšre partie, le temps d’assimiler rĂšgles et palette de pictos. De 1 Ă  4 personnes s’y affrontent. Non pas les uns contre les autres, mais avec un ennemi commun : le dĂ©rĂšglement climatique.

ConcrĂštement, on y incarne divers pays ou unions rĂ©gionales (Chine, USA, Europe, etc.) qui doivent coopĂ©rer pour atteindre la neutralitĂ© carbone d’ici 6 tours de jeu maximum. Maximum, sinon la partie est pliĂ©e (mais ce n’est pas la seule et unique maniĂšre de
 perdre Ă  Daybreak). Le tout se passe en 2040, dans un futur sombre mais encore porteur d’espoir. En effet, il est encore possible de rester sous la barre fatidique de +1,5°C de rĂ©chauffement (LOL ? On n’y croit plus
 Les scĂ©narios les plus rĂ©alistes tablent plutĂŽt maintenant sur 2°. Au minimum).

Mais Ă  condition de rĂ©ussir le « drawdown », c’est-Ă -dire un bilan net zĂ©ro entre nos Ă©missions et la capacitĂ© de la planĂšte Ă  les absorber naturellement pour pratiquer ce qu’on appelle la sĂ©questration (naturelle) du dioxyde de carbone. Mission impossible ? Pas si sĂ»r ! Surtout si tous les joueurs et joueuses unissent leurs forces vers cet objectif commun plutĂŽt que de dĂ©fendre aveuglĂ©ment leurs intĂ©rĂȘts nationaux divergents


Mais gaffe ! À chaque tour, de nouvelles catastrophes climatiques menacent nos maigres avancĂ©es Ă©cologiques. Il va falloir y opposer les meilleurs choix politiques et technologiques possibles.

Autrement dit, nous sommes plongĂ©s au cƓur d’un haletant thriller Ă©cologique dont NOUS tenons le premier rĂŽle. Et soyons honnĂȘtes : alors que la rĂ©action politique aux rapports du GIEC frise trop souvent l’indigence, un peu d’empowerment utopique dans un jeu fait malgrĂ© tout un bien fou !

Mais voyons maintenant COMMENT le duo d’auteurs sont parvenus Ă  transposer un enjeu sociĂ©tal aussi vaste et Ă©pineux dans les Ă©troites frontiĂšres d’une boĂźte de jeu


Trois innovations clés

Examinons de plus prĂšs les trois piliers conceptuels sur lesquels repose le gameplay de Daybreak :

  1. Une intégration thématique totale

Contrairement Ă  beaucoup de jeux estampillĂ©s « Ă©colos », Daybreak ne se contente pas d’un simple « vernis » thĂ©matique sur des mĂ©canismes classiques. Non : ici, toute la structure de jeu dĂ©coule directement du sujet traitĂ©, Ă  savoir le dĂ©fi climatique. Chaque paramĂštre, chaque option, chaque effet, est une mĂ©taphore raccord avec le monde rĂ©el.

On incarne ainsi de vraies nations ou unions rĂ©gionales, dotĂ©es de leur propre mix Ă©nergĂ©tique initial, de leurs sources d’Ă©missions de GES spĂ©cifiques, et de leur politique climatique naissante. Et ces diffĂ©rences en mode asymĂ©triques et rĂ©alistes ont un rĂ©el impact en jeu !

Par exemple, la Chine dĂ©marre avec une faim d’Ă©nergie vorace, liĂ©e Ă  sa dĂ©mographie galopante et ses infrastructures carbonĂ©es. À l’inverse, l’Europe jouit d’un petit matelas technologique grĂące Ă  ses investissements passĂ©s dans les renouvelables.

Ces traits de caractĂšre uniques complexifient les nĂ©gociations entre joueurs et joueuses. Car il faut Ă  la fois dĂ©fendre notre planĂšte commune dans un Ă©lan collaboratif 
 tout en prĂ©servant nos intĂ©rĂȘts nationaux propres dans une logique plus compĂ©titive ! Un subtil et rĂ©aliste Ă©quilibre « coopĂ©titif ».

Pour rappel, Les jeux coopĂ©titifs sont une catĂ©gorie de jeux qui mĂ©langent des Ă©lĂ©ments de coopĂ©ration et de compĂ©tition. Dans ces jeux, les joueurs et joueuses doivent souvent collaborer pour atteindre un objectif commun tout en Ă©tant en compĂ©tition les uns contre les autres, soit pour maximiser leurs propres scores, soit pour gagner des avantages supplĂ©mentaires. Ce type de jeu encourage Ă  la fois la coopĂ©ration stratĂ©gique et la compĂ©tition pour maintenir un Ă©quilibre entre l’aide mutuelle et la rivalitĂ©.

Les jeux coopĂ©titifs sont intĂ©ressants car ils demandent aux joueurs de jongler entre l’intĂ©rĂȘt collectif et l’intĂ©rĂȘt individuel, rendant la dynamique de jeu plus complexe et souvent plus engageante. Ils sont populaires dans les jeux de sociĂ©tĂ©, mais on les retrouve aussi dans les jeux vidĂ©o et d’autres formes de jeu interactif. Tout ce qu’on retrouve dans Daybreak, un jeu de plateau coopĂ©ratif, coopĂ©titif, en mode asymĂ©trique, donc.

Autre force : le « moteur Climat » au cƓur du systĂšme, vĂ©ritable dynamique physique implacable du carbone Ă  l’Ă©chelle globale. Ce moteur va engloutir sans pitiĂ© nos maigres promesses Ă©cologiques, tour aprĂšs tour, Ă  moins que nos politiques volontaristes de dĂ©carbonation ne l’apaisent Ă  temps !

Une épée de DamoclÚs qui plane sur nos destinées et garantit un suspense insoutenable durant toute la partie.

  1. Une approche systémique globale

Autre grande force conceptuelle de Daybreak : son approche résolument systémique du défi climatique, à mille lieues des solutions miracles et simplificatrices.

Ici, toutes les cartes Politique et Technologie du jeu forment un immense vivier de leviers d’action possibles, aux effets synergiques Ă  exploiter. Capture du carbone, reforestation massive, transports propres, Ă©nergies vertes dĂ©centralisĂ©es, taxes nĂ©gatives sur les puits de carbone


Une centaine d’options concrĂštes sont ainsi modĂ©lisĂ©es pour tester une myriade de stratĂ©gies bas carbone, qu’elles soient high-tech ou low-tech ! De quoi laisser libre cours Ă  sa crĂ©ativitĂ© pour expĂ©rimenter des scĂ©narios de transition peu conventionnels vers la dĂ©carbonation de nos Ă©conomies.

Mieux encore : chaque carte possĂšde au verso un QR code renvoyant vers une fiche scientifique dĂ©taillĂ©e, explorant les tenants et aboutissants du concept rĂ©el dont elle s’inspire ! De quoi approfondir ses connaissances sur les dessous de cette transition socio-technique majeure que nĂ©cessite l’urgence climatique actuelle.

VoilĂ  qui change des habituelles rĂšgles de jeu ! DĂ©sormais, une partie de Daybreak s’apparente autant Ă  un brainstorming collaboratif sur les solutions au dĂ©fi climatique, qu’à un pur moment ludique.

D’autant plus qu’on peut tester une multitude de combinaisons grĂące aux nombreuses parties rejouables offertes par l’important paquet de cartes.

  1. Un modÚle coopératif repensé

En matiÚre de jeux coopératifs, Leacock est bien sûr tout sauf un débutant. Mais cette fois, fini le classique « alpha player » accaparant toutes les décisions « pour le bien du groupe » ! Place à un réel gameplay collectif et distribué !

Chaque participant dispose en effet de son propre paquet de cartes Politiques et Technologies à jouer. Inutile de dicter aux autres leurs actions, ils ont leurs propres décisions à prendre de leur cÎté en parallÚle.

Cependant, tous les joueurs et joueuses sont connectĂ©s au plateau par le fameux « moteur climat » global qu’ils doivent collectivement apprivoiser. D’oĂč des Ă©changes intenses Ă  chaque tour sur la meilleure rĂ©partition des rĂŽles en fonction des ressources propres Ă  chaque nation.

Au final, Daybreak nous offre un modĂšle coopĂ©ratif revisitĂ©, privilĂ©giant les chasses gardĂ©es de chacun tout en nĂ©cessitant une coordination fine entre les diffĂ©rentes stratĂ©gies nationales mises en place par tous les membres du groupe. Du pur coopĂ©titif. À lire plus haut.

Cerise sur le climat : mĂȘme le matĂ©riel du jeu lui-mĂȘme est eco-friendly, du plateau en bois FSC aux encres vĂ©gĂ©tales sur les cartes ! Exit le plastique et le polystyrĂšne toxique gĂ©nĂ©ralement en vigueur dans le packaging ludique. Ici, place Ă  une production Ă©thique qui tient la route de bout en bout, et ce dans ses moindres dĂ©tails ! Pareil pour la production du jeu, rĂ©alisĂ©e en Allemagne, en tout cas pour la version
 allemande. Comme la VF ne sort qu’en novembre, nous n’en savons encore rien pour l’instant. EspĂ©rons juste que la fabrication sera Ă©galement europĂ©enne. Pour nous, europĂ©ens. Bref, Daybreak mĂ©rite amplement un gros, gros label DĂ© Vert.

En pratique : rÚgles et déroulement

Étudions Ă  prĂ©sent plus en profondeur ce qui attend concrĂštement les joueurs et joueuses autour de la table avec Daybreak


Mise en place :

AprĂšs avoir choisi leur nation (Chine, USA, UE
), chaque joueur et joueuses reçoit un plateau perso personnel qu’il ou elle initie avec ses cubes Énergie sale et propre, ses jetons Émissions CO2 et ses marqueurs de RĂ©silience (Ă©cologique, sociale, infrastructurelle).

Sur le plateau commun sont placĂ©s pĂȘle-mĂȘle les Ă©lĂ©ments du « Moteur Climat » Ă  surveiller (acidification et rĂ©chauffement des ocĂ©ans, fonte des glaces, dĂ©sertification, etc).

Enfin, la pioche centrale de cartes Politiques/Technos est constituĂ©e, de mĂȘme que la rĂ©serve de catastrophes climatiques qui ne manqueront pas de se dĂ©chaĂźner


But du jeu :

Le but est simple : les nations doivent UNANIMEMENT dĂ©carboner leurs Ă©conomies avant le 6e tour, en visant la « neutralitĂ© carbone ». ConcrĂštement, parvenir collectivement Ă  un bilan GES nĂ©gatif, en dĂ©sactivant plus de sources d’émissions carbonĂ©es que nos cartes « puits de carbone » (reforestation, captage CO2
) n’en compensent.

Si les joueurs et joueuses y parviennent AVANT que le mercure atteigne le seuil critique de +1,5°C dans le « Moteur Climat », ou AVANT qu’aucune nation n’atteigne ses 12 cases de CommunautĂ©s en Crise, c’est gagnĂ© ! Ouf, l’humanitĂ© est sauvĂ©e (ou presque
)

Déroulement :

Chaque tour se décompose en 5 phases distinctes :

  1. Phase Globale

C’est le moment redoutĂ© oĂč notre bonne vieille planĂšte nous rappelle son funeste destin climatique. De nouvelles catastrophes naturelles sont piochĂ©es, dont l’ampleur dĂ©pend du niveau actuel du mercure global. Puis deux politiques ou technologies mondiales sont proposĂ©es aux joueurs et aux joueuses : ils doivent en sĂ©lectionner une par consensus pour la garder active tout le tour.

  1. Phase Locale

Le nerf de la guerre : notre phase d’actions politiques et technologiques cruciale pour inflĂ©chir nos courbes d’émissions ! Chacun pioche 5 cartes qu’il va devoir judicieusement jouer ou sacrifier pour activer des capacitĂ©s.

Multiples options s’offrent à nous :

  • Jouer les cartes devant nous pour enrichir nos « moteurs » nationaux sur 5 emplacements possibles. En les combinant astucieusement on dĂ©bloque ou amplifie leurs effets dĂ©carbonants.
  • Recouvrir un de nos projets existants pour le remplacer par une carte plus puissante.
  • DĂ©fausser des cartes pour activer ponctuellement des capacitĂ©s de ses projets.
  • Assigner certaines de nos cartes aux projets collectifs afin de mutualiser leurs bĂ©nĂ©fices.
  • Affecter quelques cartes sous les catastrophes en prĂ©paration, pour en attĂ©nuer les futures consĂ©quences.

Tout un éventail de choix cornéliens avec un seul objectif : verdir efficacement notre mix énergétique national !

  1. Phase Émissions

L’heure de vĂ©ritĂ©, oĂč la physique implacable du carbone nous rattrape
 et nous juge !

Chaque joueur et joueuse vĂ©rifie d’abord s’il remplit ses besoins Ă©nergĂ©tiques internes croisssants. Si non, ses CommunautĂ©s entrent en Crise


Puis vient le dĂ©compte global : tous nos jets de CO2 sont additionnĂ©s et comparĂ©s aux absorptions permises par les « puits » naturels (forĂȘts, ocĂ©ans
). L’excĂ©dent est irrĂ©mĂ©diablement transfĂ©rĂ© vers le « Moteur Climat » commun, faisant grimper le mercure global ! Suspense


  1. Phase Catastrophes

Les dĂ©sastres climatiques prĂ©sagĂ©s au dĂ©but du tour se dĂ©chaĂźnent Ă  prĂ©sent impitoyablement ! Un premier effet dĂ©lĂ©tĂšre est dĂ©terminĂ© par le lancer du dĂ©. AĂŻe. Un petit coucou de l’alĂ©a. Puis les joueurs et joueuses subissent tour Ă  tour les effets des cartes Catastrophes, Ă  moins d’avoir su les anticiper lors de la Phase Locale


Bref, le moment tant redoutĂ© oĂč l’addition salĂ©e de notre insouciante inertie nous est prĂ©sentĂ©e. Au menu : pertes de RĂ©siliences ou de prĂ©cieuses cartes, cubes noirs CO2 supplĂ©mentaires Ă  Ă©ponger
 À nous de payer !

  1. Phase Croissance

Enfin, ultime tour de vis oĂč, en dĂ©pit de nos efforts, la pression Ă©conomique et dĂ©mographique mondiale augmente encore d’un cran. Nos besoins Ă©nergĂ©tiques nationaux grimpent tristement d’un palier
 Avant la reprise d’un nouveau tour !

Comme on le voit, Daybreak ne rĂ©invente pas fondamentalement les codes du jeu coopĂ©ratif. Mais sa mĂ©canique gĂ©nĂ©rale n’en reste pas moins extrĂȘmement bien huilĂ©e. Surtout, son thĂšme du dĂ©fi climatique suinte littĂ©ralement de chacune de ses options de jeu !

Une grande rĂ©ussite qui plonge vĂ©ritablement les joueurs et joueuses en immersion dans la tempĂȘte Ă©co-politique qui secoue actuellement notre planĂšte. Et contrairement Ă  la rĂ©alitĂ©, ici au moins ils disposent de vrais leviers pour agir !

Il faut toutefois relever un Ă©lĂ©ment essentiel, subtil, savoureux : toutes les mĂ©caniques de jeu sont extrĂȘmement cohĂ©rentes et pertinentes avec son thĂšme. Qu’on ne pourrait Ă©videmment pas remplacer par n’importe quel autre thĂšme, comme c’est trĂšs souvent le cas dans les jeux de plateau.

Comparaison avec Pandemic

Si tout oppose Daybreak et Pandemic en termes de mécanismes purs, leurs structures coopératives présentent en revanche deux similitudes notables :

  • le sentiment de course contre la montre
  • la nĂ©cessitĂ© vitale de communiquer

Ces deux aspects font tout le sel de l’expĂ©rience coopĂ©rative. Ils dynamisent les parties et contraignent Ă  l’entraide, dans un esprit bon enfant typique du genre.

Néanmoins, Daybreak marque malgré tout une nette montée en gamme par rapport à son illustre aßné Pandemic, et ce à plusieurs titres :

  • une thĂ©matique intĂ©grĂ©e au gameplay plutĂŽt que plaquĂ©e artificiellement
  • des choix plus complexes = cerveaux plus sollicitĂ©s ! Parce que oui, et on le dira plus bas, Daybreak est beaucoup, beaucoup plus costaud que Pandemic : des parties plus longues pour des rĂšgles plus profondes
  • l’absence d’un leader Ă©crasant les initiatives individuelles (alpha player)
  • une rejouabilitĂ© accrue via l’immense paquet de cartes
  • des parties mieux Ă©quilibrĂ©es grĂące Ă  l’ajustement dynamique de la difficultĂ©
  • une valeur ajoutĂ©e pĂ©dagogique via les QR codes des cartes

Bref, tout en conservant l’ADN coopĂ©ratif qui a fait le succĂšs critique et public de Pandemic, Daybreak tire le genre vers le haut en termes de sophistication ludique et philosophique. Oui, Daybreak est un gros jeu. On ne se lancera pas une « petite » partie entre deux jeux. Il faudra bien compter la soirĂ©e. Pour gagner, parfois, ou perdre, souvent.

De quoi séduire les fans de la premiÚre heure, tout en ouvrant la porte aux joueurs et joueuses avides de défis plus relevés. Le jeu parfait pour une soirée jeux entre joueurs et joueuses aguerries !

Seriez-vous prĂȘt Ă  jouer Ă  un jeu de sociĂ©tĂ© sur le changement climatique ?

Daybreak, verdict : fun ET pédagogique !

Au final, Daybreak s’impose d’emblĂ©e comme le jeu incontournable de sa catĂ©gorie pour 2024 ! Il vient d’ailleurs de remporter le fameux Kennerspiel des Jahres 2024, et c’est tout mĂ©ritĂ© ! Et en parlant de Kennerspiel, l’un de ses co-auteurs, Matteo Menapace, est au cƓur d’une vive polĂ©mique. À base de
 pastĂšque.

Certes, sa double thĂ©matique climatique ET coopĂ©rative lui confĂšre automatiquement un statut Ă  part. Avec Daybreak, Matt Leacock et Matteo Menapace ne se contentent pas de crĂ©er un simple jeu : ils nous offrent un vĂ©ritable outil d’exploration collective des enjeux climatiques. Alliant profondeur stratĂ©gique, mĂ©caniques innovantes et pĂ©dagogie scientifique, ce titre marque un tournant dans le genre coopĂ©ratif.

Plus qu’un divertissement, Daybreak est une invitation Ă  repenser notre rapport au monde et Ă  l’action climatique. Il nous place face Ă  la complexitĂ© des choix Ă  faire, tout en insufflant l’espoir qu’une mobilisation globale et coordonnĂ©e peut encore faire la diffĂ©rence.

Par son gameplay exigeant et sa thĂ©matique cruciale, Daybreak nous a franchement Ă©clatĂ©s ! Un jeu qui fait rĂ©flĂ©chir autant qu’il divertit, Ă  mettre entre toutes les mains pour Ă©veiller les consciences
 et peut-ĂȘtre changer le monde.

On a aimé :

  • L’intĂ©gration parfaite du thĂšme dans les mĂ©caniques de jeu
  • La profondeur stratĂ©gique et la rejouabilitĂ©
  • Les Ă©vĂ©nements / catastrophes que l’on voit en dĂ©but de manche et contre lesquels on peut (on doit ?) se prĂ©parer
  • La tension constante entre gĂ©rer ses propres enjeux et ceux du groupe. Comme dans la vraie vie, somme toute
  • La version solo
  • La forte rejouabilitĂ© du jeu : avec le tirage des cartes, chaque partie est diffĂ©rente
  • Les diffĂ©rents moyens et variantes pour augmenter / diminuer la difficultĂ© du jeu
  • Un jeu qui se joue aussi bien en solo qu’Ă  4. TrĂšs bon dans toutes les configurations (mĂȘme si l’expĂ©rience de jeu sera Ă©videmment complĂštement diffĂ©rente)
  • L’absence d’alpha player
  • Les aides de jeux individuelles hyper pratiques
  • Le fort aspect asymĂ©trique : chaque pays / rĂ©gion -US, Chine, Europe, Sud Global- dispose de ses propres projets et situation de dĂ©part, trĂšs reprĂ©sentatif de la rĂ©alitĂ©
  • La quantitĂ© importante et impressionnante de cartes
  • L’aspect pĂ©dagogique avec les QR codes sur les cartes
  • Le matĂ©riel et une fabrication Ă©co-responsables
  • Des rĂšgles trĂšs claires, aĂ©rĂ©es et didactiques

On a moins aimé :

  • La durĂ©e des parties, pas adaptĂ©e aux sessions courtes
  • Le hasard dans le tirage des cartes : entre les deux projets globaux, les crises et surtout, les 5 cartes persos, on peut tomber sur un bon tirage, ou pas (plus souvent « ou pas »). La chance n’existe pas, certes, il faut savoir se la crĂ©er, mais le hasard, oui. Surtout dans Daybreak !
  • La complexitĂ© qui peut rebuter les joueurs occasionnels
  • Le temps d’explication des rĂšgles (prĂ©voyez un thermos de cafĂ© bio !)
  • Des illustrations trĂšs sommaires, froides, certes modernes mais peu immersives
  • Un matĂ©riel de jeu qui fait un peu
 cheap : les jetons, les plateaux perso fins et fragiles. Le jeu ressemblerait presque Ă  un
 proto
  • Une boĂźte peu pratique pour ranger tout le matĂ©riel
  • Un dĂ©luge de pictos pas toujours trĂšs facile Ă  comprendre

C’est plutĂŽt pour vous si


  • Vous aimez les jeux coopĂ©ratifs qui font chauffer les mĂ©ninges. Le jeu n’est vraiment, vraiment pas facile !
  • Vous aimez les jeux Ă  forte rejouabilitĂ©. Selon le tirage des cartes et les dĂ©cisions prises, chaque partie est diffĂ©rente. Vous en gagnez une ? Vous pourriez en perdre trois ensuite, et vice versa
  • Vous ĂȘtes passionnĂ© par les enjeux climatiques
  • Vous aimez les gros jeux
  • Vous cherchez un jeu qui allie divertissement et apprentissage
  • Vous avez toujours rĂȘvĂ© d’ĂȘtre un super-hĂ©ros Ă©colo (en carton)

Ce n’est plutĂŽt pas pour vous si


  • Vous prĂ©fĂ©rez les jeux rapides et lĂ©gers
  • Vous aimez les jeux
 beaux
  • L’idĂ©e de sauver la planĂšte vous stresse plus qu’elle ne vous motive
  • Vous ĂȘtes allergique aux plateaux chargĂ©s : pictos, myriades de jetons

  • Votre idĂ©e d’une soirĂ©e jeux, c’est plutĂŽt de jouer au chamboule-tout avec des canettes de soda

Et n’oubliez pas : si jamais vous perdez Ă  Daybreak, dites-vous que ce n’est qu’un jeu
 contrairement au vrais enjeux et dĂ©fi climatique ! Alors, prĂȘts Ă  sauver le monde depuis votre canap’, un paquet de chips bio Ă  la main ?

Grandiose ! Entre jeu de sociĂ©tĂ© et jeu sĂ©rieux. Une grande, grande rĂ©ussite ! Mais un jeu ample, complexe, prenant et passionnant, Ă  ne pas mettre entre toutes les mains, et avec une DA trĂšs
 discutable. À quand une version allĂ©gĂ©e et plus accessible ?

Note : 4.5 sur 5.

Et encore un truc

Si vous désirez en savoir plus, voici les rÚgles complÚtes de Daybreak en anglais :

Et nous avons également traduit pour vous les rÚgles simplifiées, dispo en anglais sur BGG :


  • Label DĂ© Vert : Oui ! Pour en savoir plus sur le label DĂ© Vert, c’est ici.
  • CrĂ©ation : Matteo Menapace, Matt Leacock
  • Illustrations : Mads Berg
  • Édition : Schmidt Spiele (pour la version allemande testĂ©e ici)
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 Ă  4 (tourne bien Ă  toutes les configurations)
  • Âge conseillĂ© : DĂšs 10 ans (c’est clairement trĂšs, trĂšs ambitieux. Comptez plutĂŽt un bon minimum de 12, 14 ans)
  • DurĂ©e : 120-150 minutes, difficilement moins
  • ThĂšme : Ă‰cologie, nature, changement climatique
  • MĂ©caniques principales : CoopĂ©ratif. Pour en savoir plus sur les diffĂ©rentes mĂ©caniques de jeux, c’est ici.

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7 Comments

  • Vince_c

    Concernant la version française du jeu qui sort en décembre, je suis trÚs déçu de constater que les cartes ne reprennent pas les QR codes.
    MĂȘme si cela renvoyait Ă  de la documentation en anglais, cela aurait permis Ă  tout le monde d’en profiter (sachant que les personnes qui ne parlent pas du tout anglais peuvent utiliser des outils de traduction facilement)

    • Gus

      WHATTTTTTTTTTTTTTTT ? Nan mais vous ĂȘtes sĂ©rieux Vincent ? Ca c’est vraiment un pur scandal !!! Pour Ă©conomiser des frais de trad ils dĂ©naturent le jeu. WTFFFFFFFFFFFFFFFF

      Il faudrait demander aux deux auteurs de ce qu’ils pensent de ce choix.

      Merci pour votre commentaire, Vincent.

      • Antoine

        10 parties 10 victoires dont certaines sur bga donc pas d erreur de regle possible..

        Aucune tension du coup contrairement à ce qui est écrit.

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