Tout le monde connaît le jeu du verger chez Haba, avec les fruits à récolter et le corbeau à éviter. Il existe aujourd’hui de nombreux jeux de société coopératifs, tels que l’Ile Interdite, Pandémie, Ghost Stories, Yggdrasil, les Chevaliers de la Table Ronde, Space Alert, Novembre Rouge, Le Seigneur des Anneaux, etc.
Le principe : tous les joueurs jouent contre le jeu. Ils gagnent ou perdent tous contre le jeu, qui possède une sorte d’intelligence artificielle, en fait actionnée par les joueurs qui tirent des évènements néfastes contre lesquels les joueurs devront lutter pour remporter la victoire commune.
Et bien pour être honnête, je n’aime pas tellement les jeux coopératifs. Pas que je préfère gagner tout seul et ainsi pouvoir me moquer longtemps de mes médiocres adversaires, souvent pas genevois, mais parce que dans les jeux coopératifs il y a souvent émergence d’un King Speaker. Cela peut même arriver dans les jeux de rôle.
Un King Speaker, c’est un joueur (ou joueuse, hein) qui prend la tête des opérations, qui parle plus que les autres et qui dirige toute la partie et stratégies. Et ça m’énerve. Pas que je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire (si, en fait c’est exactement ça), mais parce que ses « ordres » ou conseils gâche le plaisir des autres joueurs qui aimeraient bien eux aussi profiter du jeu, quitte à faire des erreurs et devoir ensuite les rattraper, et c’est là que ça devient cocasse.
Le King Speaker est souvent un joueur qui connaît (plus ou moins) bien le jeu, qui y a déjà joué et gagné, et qui se sent la mission divine d’aider tout le monde. Le King Speaker s’imagine que sans lui, la partie sera perdue, et certainement le reste du monde aussi.
Donc non, je n’aime pas les coopératifs pour cette raison!
Sauf que voilà, j’ai bien réfléchi à ce souci, et je vous propose aujourd’hui 5 manières de gérer les King Speaker (KS) sans en venir aux mains. Les voici :
Cause toujours
Laisser le KS parler, établir ses stratégies et donner ses ordres. Écoutez-le à moitié, et faites-en à votre tête. A force, le KS finira par se lasser. Cette façon de faire n’est pas forcément agréable, ni polie, mais elle aura le mérite de calmer le KS qui se sentira ignoré.
Et là, c’est le drame
A un moment donné, le KS finira bien par commettre une bourde: un mauvais mouvement, une décision maladroite. Et quand cela arrivera, profitez-en pour lui barbouiller le museau dedans et bien lui faire comprendre que lui (ou elle, hein) peut aussi se tromper. C’est humain (mais pas genevois). Du coup, le KS réfléchira à deux fois avant de la ramener dorénavant.
On va où, Joe?
Et pourquoi ne pas confier au KS un rôle spécifique, celui de gérer les règles. En effet, avec cette fonction attribuée, le KS se sentira essentiel, et rendra également un service utile pour la collectivité puisqu’il gérera tous les aspects techniques sans nuire aux discussions et décisions stratégiques.
Le KS sera le garant du bon déroulement du jeu, du nombre correct de cases à avancer, de tuiles à jouer, d’évènements à résoudre, etc. Du coup, le KS fera un peu le maître du jeu sans trop intervenir sur le plaisir ludique des autres convives.
Tu veux qu’on en parle, Bob?
Dès qu’un KS fait son apparition à la table, plutôt que de lui lancer un paquet de chips pomme-vanille (oui, ça existe, et ça déchire tellement c’est bon!), discutez du souci, expliquez-lui (ou elle, hein. Comme mon épouse, par exemple), faites-lui comprendre que son attitude aura plusieurs conséquences néfastes, dont celle d’empêcher les autres de faire leurs propres erreurs. Et vous connaissez certainement l’adage qui dit que c’est en se trompant qu’on avance (cet adage a dû être développé bien avant les GPS). Vous pouvez également gentiment expliquer au KS que si les autres prennent un peu plus de temps pour réfléchir, ce n’est pas grave, un Seigneur des Anneaux n’est PAS un Jungle Speed.
A force de patience et de raison, vous finirez bien par faire comprendre au KS qu’il est agréable si tous les joueurs participent. Le KS risquera bien de se sentir quelque peu frustré de ne pas intervenir aussi fréquemment que désiré, mais au moins il aura compris pourquoi, c’est déjà pas si mal.
Ni blanc ni noir bien au contraire
Au fond, un KS peut s’avérer fort utile, surtout quand le jeu prend des tournures épiques et difficiles. Écoutez-le, bénéficiez de son expérience / QI hors du commun, exploitez ses idées, tout en les discutant avant d’agir. C’est certainement la façon la plus démocratique de gérer le KS, la plus saine, mais pas la plus rapide puisqu’il faudra à chaque fois rediscuter les propositions. Une partie prévue à 45′ pourra aussitôt prendre le double de temps. Mais au final, quand on aime on ne compte pas. Et un Seigneur des Anneaux n’est PAS un Jungle Speed.
Et vous, verriez-vous une autre façon de gérer les King Speakers? Avez-vous déjà été confronté à un King Speaker?
Hé mais j’y pense, j’ai quelques KS comme collègues qui se comportent ainsi en séance. Je pourrais essayer d’adapter l’un ou l’autre de mes conseils…
