Comment gérer les King Speakers sans y laisser ses dents. 5 propositions pratiques.

Flickr - by Michiel2005
Flickr – by Michiel2005

Tout le monde connaît le jeu du verger chez Haba, avec les fruits à récolter et le corbeau à éviter. Il existe aujourd’hui de nombreux jeux de société coopératifs, tels que l’Ile Interdite, Pandémie, Ghost Stories, Yggdrasil, les Chevaliers de la Table Ronde, Space Alert, Novembre Rouge, Le Seigneur des Anneaux, etc.

Le principe : tous les joueurs jouent contre le jeu. Ils gagnent ou perdent tous contre le jeu, qui possède une sorte d’intelligence artificielle, en fait actionnée par les joueurs qui tirent des évènements néfastes contre lesquels les joueurs devront lutter pour remporter la victoire commune.

Et bien pour être honnête, je n’aime pas tellement les jeux coopératifs. Pas que je préfère gagner tout seul et ainsi pouvoir me moquer longtemps de mes médiocres adversaires, souvent pas genevois, mais parce que dans les jeux coopératifs il y a souvent émergence d’un King Speaker. Cela peut même arriver dans les jeux de rôle.

Un King Speaker, c’est un joueur (ou joueuse, hein) qui prend la tête des opérations, qui parle plus que les autres et qui dirige toute la partie et stratégies. Et ça m’énerve. Pas que je n’aime pas qu’on me dise ce que je dois faire (si, en fait c’est exactement ça), mais parce que ses « ordres » ou conseils gâche le plaisir des autres joueurs qui aimeraient bien eux aussi profiter du jeu, quitte à faire des erreurs et devoir ensuite les rattraper, et c’est là que ça devient cocasse.

Le King Speaker est souvent un joueur qui connaît (plus ou moins) bien le jeu, qui y a déjà joué et gagné, et qui se sent la mission divine d’aider tout le monde. Le King Speaker s’imagine que sans lui, la partie sera perdue, et certainement le reste du monde aussi.

Donc non, je n’aime pas les coopératifs pour cette raison!

Sauf que voilà, j’ai bien réfléchi à ce souci, et je vous propose aujourd’hui 5 manières de gérer les King Speaker (KS) sans en venir aux mains. Les voici :

1. Cause toujours

Laisser le KS parler, établir ses stratégies et donner ses ordres. Écoutez-le à moitié, et faites-en à votre tête. A force, le KS finira par se lasser. Cette façon de faire n’est pas forcément agréable, ni polie, mais elle aura le mérite de calmer le KS qui se sentira ignoré.

2. Et là, c’est le drame

A un moment donné, le KS finira bien par commettre une bourde: un mauvais mouvement, une décision maladroite. Et quand cela arrivera, profitez-en pour lui barbouiller le museau dedans et bien lui faire comprendre que lui (ou elle, hein) peut aussi se tromper. C’est humain (mais pas genevois). Du coup, le KS réfléchira à deux fois avant de la ramener dorénavant.

3. On va où, Joe?

Et pourquoi ne pas confier au KS un rôle spécifique, celui de gérer les règles. En effet, avec cette fonction attribuée, le KS se sentira essentiel, et rendra également un service utile pour la collectivité puisqu’il gérera tous les aspects techniques sans nuire aux discussions et décisions stratégiques.

Le KS sera le garant du bon déroulement du jeu, du nombre correct de cases à avancer, de tuiles à jouer, d’évènements à résoudre, etc. Du coup, le KS fera un peu le maître du jeu sans trop intervenir sur le plaisir ludique des autres convives.

4. Tu veux qu’on en parle, Bob?

Dès qu’un KS fait son apparition à la table, plutôt que de lui lancer un paquet de chips pomme-vanille (oui, ça existe, et ça déchire tellement c’est bon!), discutez du souci, expliquez-lui (ou elle, hein. Comme mon épouse, par exemple), faites-lui comprendre que son attitude aura plusieurs conséquences néfastes, dont celle d’empêcher les autres de faire leurs propres erreurs. Et vous connaissez certainement l’adage qui dit que c’est en se trompant qu’on avance (cet adage a dû être développé bien avant les GPS). Vous pouvez également gentiment expliquer au KS que si les autres prennent un peu plus de temps pour réfléchir, ce n’est pas grave, un Seigneur des Anneaux n’est PAS un Jungle Speed.

A force de patience et de raison, vous finirez bien par faire comprendre au KS qu’il est agréable si tous les joueurs participent. Le KS risquera bien de se sentir quelque peu frustré de ne pas intervenir aussi fréquemment que désiré, mais au moins il aura compris pourquoi, c’est déjà pas si mal.

5. Ni blanc ni noir bien au contraire

Au fond, un KS peut s’avérer fort utile, surtout quand le jeu prend des tournures épiques et difficiles. Écoutez-le, bénéficiez de son expérience / QI hors du commun, exploitez ses idées, tout en les discutant avant d’agir. C’est certainement la façon la plus démocratique de gérer le KS, la plus saine, mais pas la plus rapide puisqu’il faudra à chaque fois rediscuter les propositions. Une partie prévue à 45′ pourra aussitôt prendre le double de temps. Mais au final, quand on aime on ne compte pas. Et un Seigneur des Anneaux n’est PAS un Jungle Speed.

Et vous, verriez-vous une autre façon de gérer les King Speakers? Avez-vous déjà été confronté à un King Speaker?

Hé mais j’y pense, j’ai quelques KS comme collègues qui se comportent ainsi en séance. Je pourrais essayer d’adapter l’un ou l’autre de mes conseils…

9 réflexions au sujet de « Comment gérer les King Speakers sans y laisser ses dents. 5 propositions pratiques. »

  1. Tu « inventes » un point de règle comme quoi il y a peut-être un traître parmi les joueurs et que c’est peut-être LUI. Et puis tu le fais supprimer.

    Variante comme les scouts : tu suggères d’utiliser un « bâton de parole ». C’est un bâton pour taper celui qui prend trop la parole (j’ai peut-être pas bien compris le concept).

    Ou alors tu interdis les discussions publiques. On ne peut parler qu’en tête à tête. Ou tous ensemble mais chacun son tour, en levant la main, en ne prenant la parole qu’une fois, et en étant bref (ne riez pas, certains jeux font vraiment comme ça pour empêcher les KS !)

    Sinon tu imposes la démocratie pour chaque décision « qui est pour ? qui s’abstient ? »

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  2. Très chouette article, bravo à l’illustre écrivain! Petit commentaire cependant: étant une KS professionnelle moi-même, je tiens à préciser que c’est grâce à l’intelligence supérieure de la KS qu’une équipe gagne un jeu coopératif. De plus, si le reste de l’équipe décide de ne pas s’impliquer dans le jeu et de reproduire le comportement de la moule, il faut bien que qqn se dévoue à naviguer le bateau. Bref, si vous voulez faire des coopératif avec des KS, soyez combatif, entreprenant et plein d’initiatives, c’est pas plus compliqué!

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    1. Le souci c’est que tous les KS n’ont pas une intelligence supérieure ! Je pense que ceux que j’ai fréquentés (voire subis) étaient loin d’être les meilleurs stratèges autour de la table.

      J’en parle sans crainte car je ne suis pas un génie du jeu moi-même, portant plus d’intérêt au jeu qu’à son issue.

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  3. Je n’aime pas ce coté de la plupart des jeux collaboratif non plus, mais dans d’autres le problème du King Speaker se fait moins sentir car soit on a pas le temps de parler (Space Alert) soit il y a la présence possible d’un traitre.. et donc on est pas sur de vouloir faire confiance au King Speaker (chevaliers de la table ronde, novembre rouge)
    J’aime aussi bien Hanabi, car chacun son tour on doit prendre la parole et moins de place pour un King Speaker.
    Vois tu d’autres mécanismes dans un jeu collaboratif qui empêche la présence / diminue le pouvoir du KS?

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  4. A mon humble avis, les jeux cooperatifs souffrent tous du meme defaut : la solution est souvent evidente car tout le monde accede a la connaissance de chacun des joueurs. Certains auteurs l’ont bien compris en introduisant le concept de « traite » qui rajoute cette part d’inconnu necessaire (The resistance, battle star gallactica, …). Dans Hanabi, c’est completement different car chaque joueur ne connaissant pas ses propres cartes, il doit forcement prendre des decisions qui lui appartiennent a lui seul avec les informations que les autres ont ete capables de lui donner. De plus, l’intervention des autres joueurs est limitee. Pas de discutions sans fin sur le meilleur choix a faire.
    Une autre piste interessante a creuser : les jeux individuels coorperatifs. Je m’explique. On joue pour soi et il n’y a qu’un seul gagnant a la fin mais chacune de nos actions peut tous nous faire perdre. Le prochain jeu de Christophe Boelinger, Archipelago (http://trictrac.net/index.php3?id=jeux&rub=detail&inf=detail&jeu=15103) est base sur ce concept. Ca me semble prometteur.
    Y’a-t-il d’autres mecaniques qui pourraient redonner plus d’interet aux jeux cooperatifs (semi-cooperatifs) ?

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  5. Etant personnellement le plus souvent celui qui explique les règles (car celui qui apporte les jeux), j’ai aussi tendance à être le King Speaker.
    En l’occurrence, je sais qu’on me reproche de trop vouloir que les autres jouent à ma manière. Alors au fur et à mesure, je cherche à m’améliorer sur le sujet en ciblant mon discours sur :
    * les points de règle
    * la particularité de la situation du point de vue mécanique de jeu
    * les choix à disposition du joueur
    * et en minimisant mon conseil. C’est ici la partie la plus difficile.

    Parce qu’être objectif, c’est aussi déjà être capable d’analyser la situation et donc de la présenter sous la plupart des angles nécessaires à sa compréhension sans toutefois être capable de dire si la partie va être totalement différente selon telle ou telle direction à prendre. Parce que, bien évidemment, si le jeu était suffisamment simple pour ne présenter que des choix binaires évidents, alors il n’aurait aucun intérêt.
    Le KS n’a pas la science infuse et je fais personnellement l’effort de dire que je peux me tromper, que je me suis trompé et ça me permet naturellement de montrer où est l’erreur de l’autre joueur une fois sa décision prise et les conséquences démontrées.
    Pour autant, certains choix et leurs conséquences sont noyés au milieu d’autres paramètres, influencés ou non par d’autres choix, par des jets de dés hasardeux, etc… du coup, la présentation des chois donnés au joueur est une vraie manière de le responsabiliser et donc de le faire participer.

    Cependant, il existe un travers fort dans les jeux de coopération dotés d’un KS : la courbe d’apprentissage est nécessairement faussée. J’aime montrer / démontrer / faire émerger une stratégie, une astuce, une tactique, une faille, une approche de jeu, n’importe quoi qui élève l’expérience de jeu. Le fait que ce soit moi qui tente de faire émerger ceci implique que la démarche du joueur (des autres joueurs) est facilité donc son expérience de découverte du jeu galvaudée.
    Pas nécessairement en mal. Mais pas nécessairement en bien.

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  6. J’ai tendance à être un peu comme shushu 🙂
    Faut dire, quand on a des joueurs débutants à sa table, on a quand même un peu envie de profiter un peu de la partie et de ne pas faire que des parties d’initiation… alors c’est parfois dur de mettre la limite entre « être trop directif » et « regarder le groupe se planter » parce que le jeu n’est pas toujours évident (et heureusement, sinon il n’y aurait pas de challenge).
    Par contre, avec des joueurs expérimentés, le KS n’a pas d’excuse. Il n’est pas censé y avoir de chef (j’ai lu sur Boardgamegeek un récit horrible d’une partie de Battlestar Galactica où les joueurs respectaient la hiérarchie des personnages pour savoir comment jouer, par ex. Col Tigh donnait des ordres à Starbuck, donc le joueur n’avait plus qu’à exécuter, tout juste lui restait-il la responsabilité de jeter les dés… triste ! ).

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  7. Personnellement j’ai choisi une méthode radicale : je ne parle qu’à mon tour de jeu. Je n’interviens pas dans les tours des autres joueurs, sauf s’il veulent interagir avec moi.

    C’est dur au début, mais ça fait aussi parti du grain de sel : les situations interessantes viennent souvent des erreurs commises !

    Dans Zombicide, comme d’autre jeux, le fait d’ajouter un chrono pour le temps du tour de chaque joueur permet aussi de limiter les débats : il faut faire quelquechose, et vite ! Là, le joueur n’a pas le temps d’écouter pierre ou paul, il fait juste ce qu’il a envie de faire 🙂

    Mais un jeu cooperatif a aussi l’immense avantage que la partie règle n’a besoin d’être connu à 100% que par un seul joueur, notamment les actions de « l’ordinateur »…. et cela permet donc de joueur à des jeux « complexes » comme RC avec des néophytes. C’est quand même un + indéniable !

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