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Le jeu du jour : Azul – Pavillon d’Été. Le meilleur des trois ?

Temps de lecture: 6 minutes

Azul – Pavillon d’Été, de quoi ça parle ?

De sol à garnir de bouts de céramiques colorées

Le pitch :

« Le roi Manuel 1er du Portugal souhaite marquer le 16ème siècle de son empreinte. Pour cela, il demanda aux plus talentueux artisans du pays de concevoir de prestigieux édifices. 

Après les palais d’Évora et de Sintra, le monarque souhaite désormais poursuivre son rêve en demandant qu’un pavillon d’été soit spécialement érigé en son honneur. Comme pour les autres édifices, celui-ci sera confié au plus doué des artisans du Portugal. Le pavillon devra faire resplendir tout le prestige de la famille royale.

Malheureusement, Manuel 1er mourut avant le commencement des travaux, et n’eut jamais le plaisir de contempler le bâtiment tant désiré. »

OK, soit

Mais soyons honnêtes deux secondes, Azul – Pavillon d’Été est un pur jeu abstrait. On va piocher des tuiles en bakélite colorées en forme de losange pour les poser sur son plateau perso et réussir à recouvrir des étoiles. Voilà. On repassera pour le thème

Sous couvert d’une intro historico-poterie et d’une tour en carton autant inutile qu’accessoire, il ne faut pas chercher dans Azul – Pavillon d’Été un jeu immersif, cohérent. Un ITHEM à 2 sur 5, max

Azul ? Ce nom me dit quelque chose

Oui, Azul – Pavillon d’Été est bien le troisième jeu de la gamme Azul, commencée fin 2017 avec Azul qui a raflé de nombreux prix en 2018, puis d’Azul : les Vitraux de Sintra sorti en 2018

Cet Azul – Pavillon d’Été est donc le troisième de la série. Même auteur aux commandes, Michael Kiesling, même éditeur, Plan B, même illustrateur, Chris Quilliams. On ne change pas une équipe qui gagne. Et mêmes mécaniques, piocher des tuiles de couleur pour les poser sur son plateau

Ce qui change des autres Azul ?

Dans Azul 1, on prenait des tuiles carrées multicolores

Dans Azul 2, on prenait des tuiles également carrées multicolores, mais en plastique transparent pour représenter le verre des vitraux

Dans Azul 3, on prend à présent des tuiles, toujours en bakélite que dans Azul 1, mais en forme de losange et toujours multicolores

Mais surtout, ce qui change, si ce sont les mêmes mécaniques de base : piocher des tuiles de la même couleur d’une fabrique / disque dispo, ou toutes celles de la même couleur du milieu, la pose est bien différente. Et surtout, le jeu est nettement plus stratégique que ses deux frangins

Alors, comment on joue ?

Donc encore une fois, à son tour, on choisit de prendre une couleur de tuiles dispo sur l’un des disques (=fabriques), et on dégage le reste au milieu. Ou l’on prend la même couleur des tuiles dispo au milieu (=celles qui ont été dégagées avant)

On les pose ensuite à côté de son plateau. On continue ainsi à tour de rôle, jusqu’à ce que tout ait été vidé, disques / fabriques et milieu

À ce moment-là, on entame une nouvelle phase, la pose. On dépose les tuiles précédemment acquises sur son plateau, sur les étoiles composées de six branches de losange

Chaque étoile est d’une couleur spécifique, et chaque branche indique un chiffre, de 1 à 6. Pour poser sur une tuile sur un chiffre spécifique, il faut en disposer d’autant que le chiffre correspondant. On pose une tuile dessus, et on défausse le reste dans une tour

Et c’est tout ?

Non, le jeu propose trois petites mécaniques suaves et subtiles :

➡️Chaque manche, on en joue six, l’une des six couleurs devient couleur, tuile joker. Ce qui permet 1. de se préparer 2. de compléter des groupes de tuiles. Mais au tour en question, on ne peut en prendre qu’une seule, jamais plus

➡️En encerclant certains éléments sur son plateau, cela permet de piocher de nouvelles tuiles d’un plateau externe

➡️Enfin, on peut conserver jusqu’à quatre tuiles pour la manche prochaine. De quoi garder les tuiles joker de la prochaine manche. Malin. Stratégique

Ces trois petites mécaniques insufflent une part de stratégie dans un jeu extrêmement tactique. On kiffe !

Et comment on gagne ?

Après six manches, on procède au décompte final : des points par étoile entièrement recouverte de tuiles, avec certaines couleurs plus lucratives que d’autres, totalement arbitraires, juste pour mettre la pression et mettre certaines couleurs en concurrence

Et enfin, des points gagnés pour avoir recouvert tous les mêmes chiffres

Un décompte final très rapide, très simple

La tension permanente du jeu repose sur les points accumulés pendant la partie, et visibles puisque comptabilisés sur une piste. Chaque fois qu’on pose une tuile, on marque un point. Et chaque fois que cette tuile est adjacente à d’autres, connectées à d’autres qui le sont également, on marque autant de points. Donc on peut en recevoir entre 1 et 6 max si on recouvre une étoile

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Azul – Pavillon d’Été atteint un 2/5 max

Pourquoi ?

Parce que dans Azul – Pavillon d’Été, hormis rafler la tuile « premier joueur / joueuse » pour le prochain tour, et bien entendu, les tuiles que d’autres convoiteraient, on joue dans son coin, le nez collé à son sol à garnir de tuiles en losange

Une interaction plutôt froide et distante. Avec une mécanique de course aux points qui tend les enjeux, puisque tout au long de la partie on marque des points à mesure que l’on pose des tuiles

À combien y jouer ?

On peut y jouer de 2 à 4. Comme Azul – Pavillon d’Été s’adapte en fonction du nombre, on place plus ou moins de disques pour y accueillir les tuiles, le feeling est différent

À 2, on contrôle, et suit beaucoup mieux le jeu de l’autre, on peut s’amuser de contre-picker des tuiles pour ralentir

À 4, ça devient très, trop compliqué de tout observer. Ce qu’on gagne en interaction, en tension, on le perd en contrôle. Et également en temps d’attente, car la phase 2 de pose peut s’enliser. C’est la phase-vaisselle par excellence pendant laquelle tout le monde quitte le jeu, la table pour aller repeindre le salon (en réalité, surfer sur son portable)

À 3, c’est l’équilibre parfait

Comptez plutôt 2 à 3, donc

À partir de quel âge y jouer ?

Le jeu indique 8 ans, mais c’est très, trop optimiste. Un enfant de 8 ans pourrait rencontrer quelques difficultés à prévoir les prochains tours, à gérer tuiles joker et prochains emplacements à recouvrir

Comptez plutôt 10-12 ans pour des parties plus équilibrées enfant-adulte

Alors, Azul – Pavillon d’Été, c’est bien ?

Oui, c’est vraiment bien

En fait, selon nous, c’est le meilleur de la série

Pourquoi ?

Car dans Azul 1 et 2, les décomptes et mécaniques étaient plus alambiquées, nettement moins fluides que celle de Azul – Pavillon d’Été. Ce troisième titre propose un jeu plus évident, fluide, instinctif : même couleur de tuiles, pose et défausse des tuiles excédentaires, quelques bonus et tuiles joker à gérer. Et un décompte final extrêmement simple

Si vous avez aimé les deux premiers Azul, vous allez kiffer ce troisième volet, au point, peut-être, de finir par bouder désormais les deux autres

Si vous n’avez jamais, jamais joué à aucun titre de la série, ce Azul – Pavillon d’Été est, selon nous, la meilleure option. Même si non-dénuée de quelques défauts, à voir ci-dessous ⬇️

🔴 Azul – Pavillon d’Été score final :

Note : 4.5 sur 5.

Ce qui nous a plu ❤️️

✅ Les mêmes mécaniques que la série Azul, 1 & 2, mais en plus fluides, plus simples et instinctives

✅ Un troisième volet beaucoup plus passionnant et réussi que le 2e

✅ Un jeu qui parvient à bien mélanger tactique et stratégie : les tuiles joker, conserver jusqu’à quatre tuiles pour le tour prochain, en recevoir d’autres en encerclant des éléments sur son plateau

✅ Un jeu fluide, rapide, surtout à 2-3, qui donne envie d’y re-re-rejouer

Ce qui nous a moins plu ⛔️

❌ Le plateau de décompte de points en carton / papier souple fait cheap, très cheap. La piste de score et les jetons qui vont dessus semblent finis à la pisse

❌ La tour pour défausser est aussi fragile qu’inutile et accessoire. Elle fait gadget, juste pour « augmenter » le jeu. De la poudre aux yeux, plutôt

❌ La phase 2 de pose peut devenir très, très longue et lente. Surtout à 4. Et impossible de la jouer en simultané, puisque selon les tuiles posées et les emplacements recouverts, entourés, on peut piocher des tuiles supplémentaires sur un plateau annexe. Il faut donc attendre de le faire dans l’ordre du tour. Une phase 2 qui s’enlise, s’embourbe et s’éternise. Et tout ça en grande partie à cause du Fobo

❌ Une interaction froide, très froide. 2 sur 5 sur l’IGUS. On passe sa partie le nez collé à son plateau, en essayant de rafler les couleurs recherchées par les autres, mais avec au final peu d’incidence

❌ Pour peu que l’on se développe peu et mal, la distance se creuse et on prend un vilain retard sur la piste des points. Une partie peut être déjà pliée en milieu de partie. Rageant et frustrant. À quoi bon alors continuer de jouer ?

❌ Des tuiles en bakélite nettement moins jolies que dans Azul 1. Certaines ont des décorations, d’autres pas, on ne sait pas trop pourquoi, et ça fait cheap

Et encore une chose

Vous pouvez consulter les règles de Azul – Pavillon d’Été ici

Vous pouvez trouver Azul – Pavillon d’Été chez Philibert ici

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  • Auteur : Michael Kiesling
  • Illustrateur : Chris Quilliams
  • Éditeur : Plan B
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (mais comptez plutôt 2 à 3)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (mais comptez plutôt 10-12)
  • Durée : 45′-60′ (mais comptez bien 60-75′ à 4)
  • Thème : Céramique
  • Mécaniques principales : Tuiles

6 Comments

  • Ange

    « Dans Azul 1, on prenait des tuiles carrées, mais blanches et bleues ». Euh, bah je ne sais pas si il y a eu plusieurs éditions, mais l’azul 1 qu’on vient de nous offrir comporte des tuiles bleues, rouges, oranges, noires…
    On verra si on se fatigue de la versin 1 pour lorgner vers cette version 3. J’avais peur à une simple remis en forme (carré > losange).
    Les règles fluidifiant le jeu seraient elles adaptables à la version 1 ?

  • Benjamin

    Je partage le même avis globale sur ce jeu sans comparer à Azul 2 que je n’ai pas.
    Ce que je ne comprend pas dans cette version, c’est cette tour de défausse. Elle est inutile et plus embêtante qu’autre chose : mettre les tuiles dedans fait un bruit de fou surtout si on joue sur une table en plastique ou en bois et elle est galère à sortir de la boite de jeu, elle reste « accrochée » au collage. À la 2ème partie, elle a finie sa vie ailleurs, je l’ai remplacée par un sac en tissu.
    Autre point, la piste de score. En positif, on compare mieux son score mais ça s’arrête là. En négatif, les pions ne tiennent pas bien, on est sans cesse en train d’inverser ceux qui se superposent pour les déplacer et entre le pions gris et blanc, il est facile de se tromper.
    Mais sinon le jeu est super, un beau renouvellement sur une base identique, bravo !

    • Gus

      Merci pour votre réaction Benjamin

      Je vous rejoins sur tout, et sur les deux points que vous relevez à juste titre : la tour, moisie, et la piste des scores, mini et pas ergonomique

      En fait, j’ai un peu l’impression qu’on essaie de nous vendre un produit fait à la va-vite, peu abouti au niveau du matériel. Les mécaniques de jeu sont au top, mais le reste, tour inutile, piste et plateau cheap, laisse à désirer

  • LT TL

    merci Gus pour l’article, et merci pour le lien vers les regles car je n’ai rien compris à vos explications ! ^^
    mais la tour àlacon, la feuille de score pourrave et une phase de jeu paralysante vont nous faire rester sur Azul 1

  • Ikaris

    J’avais lu du bien de Azul que je me tâtais pour acheter mais cette critique m’a convaincu de prendre directement « pavillon d’été » … et j’abonde dans le sens de votre avis et de votre note … cet article me semble donc une très bonne source pour acheter (ou pas ). Dans le détail je lui reproche uniquement d’être un poil trop long (il y a peut être une ou deux manche en trop). J’ajouterai que, quand on joue à 2 ou 3 (plus il y a de joueur plus c’est dur à mettre en oeuvre) , il y a des mécanismes un peu fourbes qui pimentent le jeu : on peut pousser les autres à la faute en leur faisant piocher en premier des tas de pièces au milieu (ce qui fait perdre des points) ou en leur faisant défausser des pièces qu’ils n’ont pu placer (peut être de quoi monter l’IGUS à 3 pour 2 joueurs). A l’inverse pour marquer un maximum de points il me semble qu’il faut de focaliser sur des couleurs … ce qui rend vulnérable aux fourberies. J’aime ce mélange de côté à la fois gentillet-reposant et de tactique-fourberie. N’ayant pas pu manipuler les autres versions, les tuiles de cette version me conviennent tout à fait, la tour de me dérange pas (on la fait tourner en même temps que l’on change de joueur) … mais vraiment la piste de score est nulle !

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