Critique de jeu: Azul. De bleu de bleu

Temps de lecture: 5 minutes

Après Clément qui a tout dernièrement rejoint l’équipe de la rédaction Gus&Co, c’est au tour de Manu de nous rejoindre. Qui nous signe ici sa toute première critique, celle d’Azul, nominé pour l’As d’Or 2018 (et qui a toutes ses chances de le remporter)

Bienvenue à Manu!

Simple et profond à la fois, du grand art

  • Date de sortie : octobre 2017 à Essen en pre-release, décembre 2017 en boutique
  • Auteur : Michael Kiesling
  • Illustrateur : Chris Quilliams
  • Editeur : Plan B Games
  • Nombre de joueurs : 2 à 4
  • Age conseillé : dès 8 ans dit la boîte mais ça parait un peu tôt pour avoir une bonne stratégie à cet âge
  • Durée : 45 minutes
  • Mécaniques principales : tuiles, contre-pick

Azul, de quoi ça parle?

L’histoire raconte que les azulejos (carreaux de revêtement mural en faïence, originalement décorés de bleu ou polychromes) ont été inventés par les Maures. Manuel 1er, roi du Portugal au XVIe siècle, en visite à Grenade fut séduit par ces décorations et demanda qu’on décorât son palais d’Evora avec de tels motifs. Mais comme il y a déjà un jeu qui s’appelle Alhambra, autant choisir autre chose. Donc Azul.

Le rappel historique est sympa mais décorer un mur, ce n’est pas très sexy comme thème.

Et on joue comment ?

Le jeu contient cinq motifs de tuiles différents (et pour les fans du matériel, ce sont de vrais morceaux de carreaux), appelons-les A, B, C, D et E.

Sinon je peux donner des noms IKEA mais franchement, les lettres, c’est plus pratique. En plus, Evora, ça ne fait pas trop Suède…

Chaque joueur et joueuse a un plateau avec, à sa droite, son « mur », 5×5 cases soit

  • ABCDE
  • BCDEA
  • CDEAB
  • DEABC
  • EABCD

Chaque motif est donc sur une seule ligne et une seule colonne. Le jeu s’arrête quand un ou une joueuse a rempli une des lignes de son mur. A ce moment, on compte les points de victoire.

Chaque tour de jeu se compose de deux phases:

Phase 1

Sur des cercles (le nombre dépend du nombre de joueurs), on place 4 tuiles au hasard, piochées dans un sac. Le ou la première (à savoir la personne qui s’est rendue le plus récemment au Portugal, ce que je trouve complètement crétin et en plus, je me demande si le jeu est distribué à Porto ou Lisbonne) choisit toutes les tuiles identiques dans un de ces cercles et les met sur son plateau. Les tuiles restantes sont mises au centre (donc entre les cercles).

Que faire avec ces tuiles ? Les mettre sur la partie gauche de son plateau, en « attente » d’être mises sur le mur. 

Pour cela, on a cinq lignes intermédiaires, avec un à cinq emplacements. Sur ses lignes intermédiaires, on ne peut mettre qu’un seul type de motif par ligne mais on peut tout à fait mettre le même motif sur des lignes différentes (on risque juste de se bloquer dans le futur).

Si on ne peut pas placer les tuiles qu’on vient de choisir, elles cassent (i.e. on les met tout en bas du plateau et cela générera des points négatifs).

Le ou la deuxième joueuse peut choisir de prendre toutes les tuiles identiques au sein d’un cercle (comme le ou la première joueuse) ou bien de prendre toutes les tuiles identiques qui se trouvent au centre.

La première personne qui « prend au centre » récupère le jeton « premier joueur » du tour suivant (et donc des points négatifs).

La première phase s’arrête quand il n’y a plus de tuiles à prendre sur les cercles ou entre eux.

Phase 2

Les joueurs et joueuses vont simultanément décorer leur mur.

Pour toute ligne intermédiaire complète, en commençant par celle du haut, on va décaler le motif sur son emplacement du mur (A sur le A, B sur le B etc). Les tuiles supplémentaires vont dans le couvercle de la boîte.

A chaque fois qu’on pose une tuile, on marque un point par longueur de ligne/colonne. Donc si je pose une tuile esseulée, cela me fait un point.

Si elle est à côté d’une autre (en haut, ou en bas ou à gauche ou à droite), cela en fait deux. Si elle est au milieu d’une ligne de trois tuiles et une colonne de quatre, cela fait sept points. 

Il y a donc une stratégie à aborder pour placer ses tuiles « dans le bon ordre » pour générer le plus de points.

Si une ligne intermédiaire n’est pas complète, on la laisse en l’état, on pourra toujours la compléter lors des tours prochains.

Le jeu recommence à la phase 1 : on remplit les cercles puis le premier joueur choisit, etc.

La seule contrainte, c’est qu’on ne peut pas placer sur les lignes intermédiaires un motif déjà mis sur le mur (rappelez-vous, les tuiles sur votre mur ne peuvent jamais être sur la même ligne ou sur la même colonne).

Au fur et à mesure, vous allez marquer de plus en plus de points mais aussi voir vos ouvertures s’amenuiser de plus en plus vite.

Et on gagne comment ?

En comptant les points de victoire, pardi!!

Plus sérieusement, à la fin du jeu (quand un joueur a rempli une ligne de son mur), on ajoute les points suivants

  • 2 points pour chaque ligne du mur remplie
  • 7 points pour chaque colonne du mur remplie
  • 10 points pour chaque motif mis cinq fois sur le mur

Interaction ?

Pas tant que ça car on se contente de contre-picker ses adversaires.

Cela dit, il arrive qu’en tentant de jouer au plus malin et en tentant de gêner son adversaire, on se bloque soi-même dans le futur en étant forcé de jeter des tuiles qui vous « rapportent » des points négatifs.

Ça pique!

Et à combien y jouer?

La boîte dit de deux à quatre. Je n’ai testé qu’à deux et c’était très bien. J’imagine que c’est aussi bien à plus.

Alors, Azul, c’est bien ?

Oui vraiment, sauf si vous aimez des jeux avec beaucoup d’interaction ou avec des mécanismes super compliqués. Les règles sont assez simples mais après un tour, on se rend compte que cela ouvre le champ à énormément de stratégies différentes.

On se sent toujours en concurrence pour prendre le bon nombre de tuiles, ce qui fait qu’on n’est pas vraiment « seul dans son coin à jouer contre soi-même ».

En plus, on se retrouve à devoir assumer les choix précédents voire à perdre un peu de points pour éviter d’en perdre beaucoup par la suite.

Vaste question aussi : « faut-il rusher pour finir le jeu au plus vite ou prendre le temps au risque de se faire doubler par un adversaire plus efficace dans ses placements ? »

Pour les experts, il existe un mode de jeu (yaka retourner le plateau) ou le mur est laissé « libre » et c’est à chacun de décider quelle tuile mettre où, sachant qu’un même motif ne doit jamais apparaître deux fois sur la même colonne ou sur la même ligne.

Score

Anticipation : 2/5. Le thème n’est pas sexy. Au moins, le matériel est joli et les règles sont courtes.

Pendant la partie : 3/5. On se rend compte que c’est super facile. Puis, que c’est assez compliqué de faire ça bien et d’éviter les points négatifs. Tout de suite, ça devient plus captivant.

« Arghh, s’il me laisse ces deux tuiles bleues, je peux finir une ligne intermédiaire. Sinon, faut que je vide ce cercle-là, ça vide le reste au centre et la fois d’après, je récupère tout ça. Jouable ». Et ça ne marche pas comme prévu.

Après la partie : 5/5. « Waouh. On en refait une ? » « OK »

Final : 4/5. Court, simple, profond, grand public. Scotché. Au mur, bien entendu.

Vous pouvez trouver le jeu chez Philibert,

Chez Ludibay,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop

2 Comments

  1. Bon, je viens de m’acheter Agricola Terres d’élevage avec les extensions. Celui-là sera le prochain sur ma liste. Merci pour la critique !

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.