Corinth. Yspahan Express

Temps de lecture: 5 minutes

Un plein boom des Roll & Write, Corinth n’est ni spectaculaire, ni le jeu du siècle. Une version express d’Yspahan sorti il y a en treize ans, mais Corinth parvient à tirer son épingle du jeu et à proposer une expérience ludique bigarrée, festive et frivole

Corinth, de quoi ça parle?

Le pitch:

« Corinthe, IVe siècle avant Jésus-Christ. Sous un soleil de plomb, des marchands viennent des 4 coins de la mer Méditerranée pour vendre leurs marchandises : tapis de Perse, huile d’olive de Crête, raisin de Rome ou épices d’Égypte, autant de produits dont le luxe peut assurer la richesse des plus ambitieux… Dans quelques semaines, seul l’un d’entre eux restera dans les annales comme le meilleur marchand de Corinthe.« 

Dans Corinth sans « e » parce qu’un jeu qui se veut international, on incarne des marchands de la célèbre ville grecque antique

Bon, passons sur le thème, artificiel, qui aurait pu se jouer avec n’importe quoi, n’importe quel titre. On passe sa partie à lancer, choisir des dés et cocher des éléments sur son papier, donc on repassera pour l’immersion

Mais comme l’Antiquité invite au voyage et que mettre le nom d’une ville comme titre de jeu est toujours une bonne idée, paf, ça nous donne Corinth

Pour en savoir plus sur l’héritage historique et archéologique de Corinthe, c’est ici dans ce document d’Arte:

Et comment on joue?

Au début de la manche, on commence par lancer tous les 9 dés blancs, ou plus, si on dépense des pièces pour en acheter et rouler plus

Une fois lancés, on dispose tous ces dés sur un plateau commun, en les rangeant par ordre croissant, ou presque

Le ou les dés de la plus haute valeur vont se mettre tout en haut du plateau, et tous les autres par ordre croissant de bas en haut

A son tour, on choisit tout un groupe de dés de la même valeur situé à un étage du plateau. Et selon l’étage, et le nombre de dés du groupe, on peut alors cocher des éléments sur sa fiche perso

Voilà, ce n’est plus compliqué que cela

Du pur Roll&Write

Et c’est tout, vraiment?

Oui

À peu près

Plutôt que de cocher des éléments avec ses dés, on peut faire avancer son « intendant » sur un chemin séparé. On reçoit alors le bonus indiqué par l’emplacement sur lequel il s’arrête

Sachant que l’intendant ne peut jamais traverser une ligne déjà tracée, un chemin déjà emprunté. Pareil pour les emplacements

Il va donc falloir ruser pour se balader

Et comment on gagne?

Après 18 tours (à 2-3) ou 16 (à 4), on procède au décompte final

On compte alors:

  • Les points des échoppes complètes
  • les éventuels points bonus des quartiers complets (une course. Le ou la première joueuse à compléter une échoppe remporte un bonus)
  • 1 point par tranche de 2 pièces d’or restantes + 1 point par tranche de 2 chèvres restantes
  • les points de l’intendant selon son arrivée et le nombre d’emplacements sur lesquels il s’est arrêté en chemin
  • ainsi que les points du Temple s’il a été construit, un des quatre bâtiments disponibles qu’on peut construire avec des pièces et des chèvres. Parce que pourquoi pas

Donc beaucoup de manières différentes de scorer. Pas une véritable salade de points de victoire, mais de quoi susciter quelques grattements de crâne pour savoir quelle stratégie suivre: plutôt échoppes, bâtiments ou intendant… ?

Interaction?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Corinth atteint un 2/5

Pourquoi 2 sur 5?

Parce que dans Corinth, à part se dépêcher de finir les échoppes avant les autres pour marquer le bonus le premier, ou chouraver un groupe de dés qui pourrait avantager les autres, on passe sa partie le nez sur sa fiche à cocher ses éléments

Mais attention à bien suivre ce que font les autres pour adapter sa stratégie

Encore une fois, tout jeu de société est interactif, même si on a parfois l’impression, comme dans Corinth, que cette interaction est « absente« 

A combien y jouer?

On peut y jouer de 2 à 4

A 2, le jeu subit quelques modifications mineures, mais rien de méchant

En réalité, le jeu tourne aussi bien à 2, 3 qu’à 4

Yspahan VS Corinth, tout ce qui change

Yspahan est sorti chez (feu) Ystari en 2006

A sa sortie, le jeu a cartonné. Pour plusieurs raisons:

  1. Stefan Feld et les jeux qui utilisaient les dés de manière subtile et intelligente n’existaient pas encore. Yspahan a véritablement catapulté une innovation
  2. 2006 n’était pas 2019. Aujourd’hui, et depuis 2-3 ans, ce sont plus de 3’000 jeux qui sortent chaque année. En 2006, il n’y eut « que » 1’200 jeux sortis sur le marché. Soit environ 3x moins. Moins de choix, moins de concurrence
  3. Ystari était en plein boom, avec Caylus sorti juste l’année précédente et qui a connu un vif succès (on attend d’ailleurs cette année (?) le reboot prévu chez Space Cowboys)

Alors, entre Yspahan et Corinth, qu’est-ce qui change?

Tout et… rien

Comme dans le jeu de plateau, la mécanique à base de dés et de groupe de dés rangés par ordre croissant sur une tour est pareille

On coche des éléments sur sa fiche comme si on plaçait des cubes dans ses marchés dans le jeu de plateau

Ce qui change, c’est la disparition de la (maudite) caravane. Dans Yspahan, réussir à se placer dans la caravane assurait un nombre conséquent et parfois déséquilibré de points

Dans Corinth, la caravane et sa mécanique ont complètement disparu. Et tant mieux. Une fois maîtrisée, cette mécanique dans Yspahan creusait la différence entre expert.e.s et débutant.e.s

Si l’intendant est toujours présent, sa présence et importance ont fondamentalement changé. Dans Yspahan, il permettait d’évacuer un cube d’un marché, ce qui ralentissait le jeu des autres mais permettait aussi de se positionner sur la caravane. Dans Corinth, il sert à marquer des points supplémentaires et surtout à grappiller quelques bonus. Avec un mini-jeu dans le jeu à gérer son déplacement

Yspahan durait presque le double, entre 45 et 60 minutes. Corinth propose des parties plus courtes de 20-30′

Et si Yspahan était plutôt prévu dès 10 ans, vu toutes les stratégies possibles, Corinth, plus léger, s’adresse vraiment aux enfants dès 8 ans

Alors, Corinth, c’est bien? Critique

Soyons honnêtes, Corinth n’est pas la révélation du siècle

Léger, très, trop léger pour véritablement passionner

Et pourtant

Dans toute la série actuelle des Roll&Write, entre Welcome to, Très Futé! et Très Futé 2! et en attendant Era: Medieval Age de Matt Leacock et Kingdomino à 2 de Bruno Cathala en mode Roll&Write aussi, Corinth se situe dans le haut du panier

Quelques choix tactiques et stratégiques intéressants boosté à une mécanique éculée depuis Yspahan. Mais bon, on parle d’un jeu sorti il y a 13 ans quand même, et plus édité aujourd’hui 😞

Corinth est un pur « filler » entre deux jeux plus costauds, un jeu de « remplissage » mais au sens « noble » et positif du terme

Petite boîte, petit prix, grand plaisir

Alors, Corinth, faut-il y jouer?

Oui, pour passer 30 minutes rapides et fun, bigarrées, festives et frivoles

Score:

Anticipation: 4/5

Encore un Roll&Write? Décidément, depuis 2018, on nage en plein dedans

Et une adaptation « light » et en version dés d’Yspahan? A voir ce que ça donne

Pendant la partie: 4/5

Quelques choix intéressants: quel groupe de dés prendre? Bouger son intendant? Construire des bâtiments?

Un jeu léger, mais pas inintéressant

Après la partie: 4/5

On y rejoue? Pourquoi pas, volontiers

Score final: 4/5

Pas la révélation du siècle, mais un excellent Gateway Game à mettre entre toutes les mains de Casu et entre deux jeux plus intenses. Un bon jeu

Et encore une chose

Vous pouvez consulter les règles de Corinth en français ici

Vous pouvez trouver Corinth chez Philibert ici

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop ici

  • Date de sortie : Mars 2019
  • Langue : Française
  • Auteur : Sébastien Pauchon
  • Illustrateur : Julio Cesar
  • Editeur : Days of Wonder
  • Nombre de joueurs : 2-4 (optimum: )
  • Age conseillé : dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 30 minutes
  • Thème : Commerce
  • Mécaniques principales : Roll & Write, dés

2 responses to Corinth. Yspahan Express

  1. Ange says:

    Mon fils me l’a offert hier soir pour mon annif (probablement trouvé à Cannes…). Sûrement prochainement un commentaire une fois qu’on y aura joué !
    Ce sera notre second jeu de « Roll & Write » (on aime bien sortir de temps en temps « Roll Through the Ages: The Bronze Age »)

    PS : pourquoi on conserve des anglicismes ? « Lancer et cocher » serait aussi bien), non ? alors qu’en parallèle, dans dans ce blog, il est fait attention à la féminisation, voir à l’écriture inclusive ? 😉
    (si c’est le nom d’un jeu, c’est normal, même « Corinth » alors que c’est un auteur francophone, suisse me semble-t-il, mais les termes plus génériques….

  2. Laurent says:

    Jeu extrêmement plaisant, on ne voit pas le tempos passer, d’ailleurs on a souvent la fâcheuse habitude d’oublier de compter les tours.
    J’ai joué avec mes enfants de 10 ans et 14 ans, et des adultes: toujours un succès.
    Il y a assez de possibilité de stratégies différentes pour pouvoir enchaîner plusieurs parties.
    L’option de dépenser des pièces d’or pour ajouter des dés a son tirage donne une bonne dose d’excitation en plus.
    Le thème bien que plaqué ajoute un coté rigolo sur le type achat (mais prend les tes chèvres) et lui donne un aspect moins froid et mathématique que d’autres jeux de ce type (cf TRES FUTÉ).

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