Mais au fond, c’est quoi un bon titre de jeu?

Man-Standing-on-Books

Il y a quelques semaines j’ai eu une longue discussion avec un ami éditeur qui cherchait un titre pour son tout prochain jeu.

Il me racontait qu’il était en pleine réflexion. Et à quel point il était difficile aujourd’hui de trouver un titre qui soit percutant. Captivant. Original. Évocateur. Et international, surtout. Il en avait déjà pensé à une vingtaine, sans être convaincu par un seul. Il allait continuer d’y réfléchir. Il finirait bien par trouver. A coup de créativité et de persévérance. Beau défi.

Si l’esthétique d’un jeu est extrêmement important pour son succès, qu’en est-il de son titre?

Avec les 2’000 jeux qui sortent chaque année, il n’est pas facile de trouver un titre. Encore moins un bon titre. Qui sorte du lot. Qui attire l’œil. Qui soit vendeur. Accrocheur.

Mais au fond, c’est quoi un bon titre de jeu?

debut

Un éditeur ne crée par un jeu. Il le développe. Lance la prod. Le revend à un distributeur. Mais avant tout cela, il le signe à un auteur de jeu. L’auteur de jeu a pensé à son jeu. Dormi avec son jeu. Mangé avec son jeu. Pendant plusieurs mois. Années, souvent. L’auteur de jeu a eu le temps de réfléchir à un thème. Et bien évidemment à un titre.

Quand l’auteur présente son jeu à l’éditeur, celui-ci peut être convaincu par le thème et le titre et prendre le tout tel quel. Ou décider de plus ou moins modifier le tout. L’auteur représente la partie créative. L’éditeur, lui, va prendre les risques financiers. Il a donc tout intérêt à penser au produit en terme de vente. Quand un auteur de jeu rencontre un éditeur, c’est un peu la rencontre entre l’art et l’industrie.

L’auteur de jeu a souvent « le nez dans le guidon » avec son jeu. Il l’aura porté avec lui pendant très longtemps. L’aura inventé. Équilibré. Testé. Et retesté. Et encore retesté. Modifié. 217 fois.

Mais l’auteur de jeu ne réfléchit pas toujours en terme de vente. Il espère d’abord que son jeu soit unique. Qu’il parvienne à intéresser un éditeur pour être signé.

Alors certes, pour le signer, un éditeur doit avoir un « coup de foudre » pour le jeu. Mais il doit aussi s’assurer que le jeu se vendra. Bien. Est-ce que le thème proposé est vendeur? Est-ce que son titre est accrocheur?

magique

Pour être qualifié de bon, un titre de jeu devrait remplir ces 3 critères: International. Universel. Accrocheur.

international

Aujourd’hui plus que jamais, mondialisation oblige, rien de tel qu’un titre international. Pour s’assurer des ventes plus importantes.

Prenez les jeux publiés ces dernières années. La plupart sont exportables. On comprend leur titre autant à Minneapolis qu’à Marseille ou Munich. Si le titre est « universel », pas besoin de ressortir le jeu sous un autre nom. Et donc de produire une boîte et une com différentes.

Quelles langues préférer? L’anglais, bien sûr. International. Et aussi parce que les titres en anglais sonnent… mieux. Comme au cinéma.

Sinon le latin, aussi. Culturellement fort. Les mots ou titres qui sonnent pareillement dans plusieurs langues sont un atout. Tel Concept (Repos Prod).

Exemples: Crossing (Moonster Games). Et pas Le Croisement. Elysium (Space Cowboys). Et pas Élysée. Welcome to the Dungeon (Iello). Et pas Bienvenue dans le Donjon. Loony Quest (Libellud). Time Stories (Space Cowboys). Et pas Les Histoires du Temps. Star Fighter (Ystari). Et pas Le Combattant de l’Etoile. The Big Idea (FunForge). Et pas La Grande Idée. Room 25 (Matagot). Et pas La Salle 25. Mare Nostrum (Asyncron). Et pas Notre Mer. Time’s Up (Repos Prod). Et pas Le Temps est Écoulé. Five Tribes (Days of Wonder). Et pas Les 5 Tribus. Warehouse 51 (FunForge). Et pas L’Entrepôt 51. La liste n’est pas minable mais interminable.

Essayez de faire pareil avec les titres de films et vous verrez comme ils sonnent tous… Creux.

universel

Plus qu’une question de langue, il est important pour un bon titre de jeu d’être compris. Partout. De résonner autant à Los Angeles qu’à Lyon ou Leipzig. Pour y arriver, voici 4 valeurs sûres.

person

Historiques. Fictives ou réelles. Qui parlent à tout le monde. Des héros. Ou anti.

Exemples: Attila (Blue Orange). Mr Jack (Hurrican). Shakespeare (Ystari). Conan (Monolith). Lewis&Clark (Ludonaute). Madame Ching (Hurrican).

oeuvres

Cinématographiques. Littéraires. Télévisuelles. Et si elles sont issues de la culture pop et geek c’est encore mieux.

Exemples: avec FFG/Edge en pole position avec Cthulhu, Star Wars Armada, Battlestar Galactica. Le Petit Prince (Ludonaute). La Bataille des Cinq Armées (Iello). Robinson Crusoe (Portal / Filosofia) Et pareil pour les « poncifs » pop: zombies (Zombies Invasion), fantômes, trolls, western (Colt Express), samouraïs (Samurai Spirit)

lieux

Les noms de villes. Faciles. Universels. Ou les régions. Comme des invitations au voyage.

Exemples: Le Havre (Lookout / Ystari). Cyclades (Matagot). Theben (Queen Games). Yspahan (Ystari). Troyes (Pearl Games). Tigre & Euphrates (FFG / Edge). La Granja (Spielworxx / Pearl Games). Tikal (Ravensburger).

even

Historiques.

Exemples: TOUS les titres de wargames. Tout simplement.

accrocheur

Un bon titre de jeu ne doit pas seulement être exportable mais également accrocher le joueur. L’acheteur. Le captiver. Comment? Il doit lui donner envie de rêver, de voyager, de partir à l’aventure. Ou de rire. Ou un mystère à percer. Un titre souvent abstrait. Surprenant. Générique. Ouvert. Positif. En un mot : exaltant.

Exemples: Mysterium (Libellud). Euphoria (Stegmaier Games / Morning Players). Civilization (FFG / Edge). Dominion (Rio Grande / Ystari). Terra Mystica (Feuerland / Filosofia). Innovation (Asmadi / Iello). Barony (Matagot). Caverna (Lookout / Filosofia). Aramini Circus (Iello). Camel Up (Pegasus / Filosofia). Talisman (FFG/Edge). Splendor (Space Cowboys). Mage Wars (Arcane Wonders / Marabunta). Megawatts (2F / Filosofia). Les Aventuriers du Rail (Days of Wonder). Unita (Helvetia Games). Imperial Settlers (Portal / Edge). The Panic Room Experience (Gus&Co).

Et vous, êtes-vous sensible au titre d’un jeu? Quel est le jeu au meilleur titre? Ou au titre le plus pourri?

10 réflexions au sujet de « Mais au fond, c’est quoi un bon titre de jeu? »

  1. My 2 cents
    C’est bien beau toute cette théorie, mais selon moi rien ne vaut le test réel ! Les réseaux sociaux sont bons pour donner un retour sur un titre. Ou les salons …

    Aimé par 1 personne

    1. C’est pas faux non plus… J’aime bien l’idée, sauf que les intervenants des réseaux sociaux n’ont pas systématiquement les meilleurs avis du monde ^^. La théorie reste une étape importante d’après moi, tant qu’elle ne ralentit pas trop le projet. Et puis c’est toujours l’histoire des 2 écoles. Il y a ceux qui n’hésitent pas (et qui aiment) reconstruire 250 fois leur projet de A à Z, et il y a ceux qui vont passer plus de temps à réfléchir mais qui ne remanieront leur jeu qu’une vingtaine de fois. Chacun son style, mais à mon avis le juste équilibre c’est théorie + avis des réseaux sociaux. Bref, je chipote ^^.

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    2. Merci pour ton commentaire Fabien.

      Mais j’ai un autre avis là-dessus. Comme auteur de jeu je préfère réfléchir à mon propre titre. Le rendre accrocheur. Cohérent. Original.

      Demander l’avis sur les réseaux sociaux ne ferait que compliquer les choses. Et brouiller les pistes. Certains préfèreraient un titre, d’autres un autre. Du coup tu hésites encore plus. Jamais un titre ne fera l’unanimité. C’est normal.

      Je préfère demander des contributions créatives sur les réseaux sociaux plutôt que des avis. Parce que là du coup tu t’en sors plus.

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  2. Trouver le nom d’un jeu n’est pas une chose simple. C’est comme trouver le nom d’un titre de roman ou de nouvelle. Personnellement, je ne me focalise pas là dessus dans un premier temps, mais souvent quand le jeu est « en période de test » les joueurs désirent savoir « à quoi l’on joue ». Et là les ennuis commence.

    Soit on propose une obscure référence qui ne parle qu’à l’auteur de jeu et du coup, qui tombe à plat. Soit on est dans la « description du jeu » par exemple, pour un jeu de gestion des WC par une dame pipi « Qu’elle chiot ? » serai indiqué par exemple. Surtout si c’est un jeu de gestion complet, avec carte, placement de mipple et effet de levier sur 4 tours. (je hais les jeux de gestion dans ce style)

    Toutefois, parfois ce n’est pas « LA » solution. Je remarque aussi une chose, plus l’on crée et l’on test une création et plus l’esprit du créateur à tendance à lui trouver un nom, bon ou mauvais ? A voir, mais souvent le créateur d’un jeu trouve quelques choses de raccord avec son jeu.

    L’angoisse alors, est de ne pas faire une « copie » d’un nom de jeu qui existe déjà. Il serai de mauvais ton de dire, j’ai inventé un jeu qui permet de retrouver qui a dit quoi d’un tour sur l’autre et de le nommer …. Dixit. Parce que c’est déjà pris…

    De créer un jeu d’aventure qui retrace les aventures d’un groupe de drogué à Amsterdam et de l’appeler « Les aventuriers du rail ».

    J’ai eu dans mes proches, un créateur de jeu qui a renommer un de ces JDR pour un nom de JDR déjà existant (bien qu’assez obscur).

    Pour moi, l’important c’est de faire confiance au créateur du jeu et faire une recherche étendu pour voir si le nom proposé n’est pas déjà pris.

    Sinon, pour ma prochaine création, il sera question de créer une chaine de magasin de vente de literie, partout en France, a l’issue de 12 tours de jeu, le vainqueur sera désigner Grand monopoliste de la literie.

    Pour nommer ce futur projet, je pense à contracter et Monopole et Lit, pour faire un jeu de mot et internationalisé le titre, je pensais à :

    MonopolBed

    Mais en français, avouons que ça claque pas tellement… Non, je vais opté pour Monopolit ! Aller, le it ne sert à rien… mettons un y.

    😄

    Aimé par 2 people

  3. Encore un article intéressant sur la conception du jeu de société ^^ ! D’ailleurs c’est mon style de post favori sur ton blog, et je vais sans tarder le partager à quelques amis auteurs de prototypes.

    J’aime bien rappeler à mes amis que la conception d’un jeu se fait en plusieurs étapes et passe entre plusieurs mains comme tu le rappelles si bien dans ton premier paragraphe. D’ailleurs si je puis me permettre une parenthèse, j’informe tous les passionnés qu’être auteur de jeux, tenir un blog, être « youtubeur », éditeur, etc, ne sont pas des tâches « faciles » contrairement aux idées reçues. Ok, il faut de la passion pour choisir l’une de ces voies, mais c’est surtout qu’il faut vraiment s’investir et y sacrifier beaucoup de votre temps libre pour avoir une chance d’arriver à faire quelque chose de conséquent. Les échecs seront probablement fréquents et nombreux avant que vous n’arriviez à produire quelque chose d’efficace.

    Pour en revenir au sujet de ton article, je trouve ton analyse très pertinente, surtout en cette période où l’on voit 2000 jeux de société sortir à l’année. International, universel et accrocheur sont les qualificatifs adéquats d’un titre d’un jeu. D’ailleurs, je me demande comment tu as trouvé des termes d’une telle justesse. Je n’en aurais pas été capable personnellement ^^.

    Enfin pour répondre à tes trois questions :

    oui je suis sensible aux titres des jeux. à tel point que parfois je me fais de fausses idées sur des titres qui ne m’inspirent pas alors que ces jeux sont parfois excellents. Je suis aussi très sensible au thème. D’ailleurs titres et thèmes sont très liés pour moi. Par exemple : « Descendance » n’est pas un titre international, ni même accrocheur et il en va de même pour le thème… Et pourtant, depuis le jour où l’on m’a « forcé » à y jouer, il est de suite entré dans le top 10 de mes favoris tant ses mécaniques sont plaisantes ! Mais si l’on ne m’avait pas contraint à le tester, jamais je ne me serais hasardé ne serait-ce qu’à ouvrir la boite !
    le jeu au meilleur titre ? Difficile, car il y en a plusieurs comme Archipelago, Terra Mystica, Shadow Hunters, Abyss, Smallworld, Colt Express… Mais peut-être que le plus significatif reste 7 Wonders ?
    titre le plus pourri ?… euh… Des titres qui ne veulent rien dire genre… Snorta!, Banana Matcho!, Wazabi (le jeu n’a rien a voir avec la racine japonaise)… bref des petits jeux pas forcément mauvais mais avec des titres bidons d’après moi… Peut-être plus adressés à un public jeune de par la sonorité de leurs prononciations…?

    Bref, voilà j’ai fini mon énorme commentaire ^^ ! Bonne continuation !

    Aimé par 1 personne

  4. A l’époque du « tout visuel » , le titre n est pas si important, je pense…franchement « archipelago »…c est long, quasi pas joli en bouche; Kobayakawa !!! personne ne s’en souvient jamais… Ce qui claque c est l’oeil….mais c est vrai que la profusion de titre en anglais commence à être lourd, même si on comprend pourquoi

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  5. Je rebondis sur l’avis de morlockbob pour constater une anglomania dans les titres des jeux ces derniers temps. S’agit-il d’une flemmardise de la part des éditeurs, d’une volonté de paraître international pour vendre un maximum? Certainement des deux…
    Je trouve que ce phénomène affadit et appauvrit tout ce que l’on pourrait ressentir à travers un titre français qui nous parle. Certains titre en anglais ne me disent absolument rien… Pour terminer sur une note positive, je tiens à féliciter les éditeurs comme Haba qui font l’effort de proposer systématiquement une traduction des titres. Dommage que les éditeurs français aient, semble-t-il,
    honte de leur langue…

    Bravo à Gus and Co (Zut encore de l’anglais…) pour nous faire réfléchir sur le monde du jeu!

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    1. Je ne crois pas que les éditeurs français aient honte de leur propre langue. Je crois juste qu’ils pensent en terme d’économie. Un seul titre pour toutes les langues (souvent en anglais) signifie un seul couvercle de boîte au niveau international et donc une économie du point de vue de la production. Bon, ce n’est valable qu’avec une partie des éditeurs, car certains font un couvercle de boite avec titre unique, mais avec un dos de boite et un livret de règle différent suivant la langue… Dans ce cas l’économie du titre n’est que partielle et peut sembler ironique (aux tordues d’esprit comme nous, seulement)… Ou alors, et ils n’ont pas forcément tort, ils s’en foutent, et font bien ce qui leur plait ^^.

      Mais bon, quand l’éditeur estime avoir les moyens (ou n’a pas d’ambition internationale), c’est vrai qu’un bon titre français ça fait toujours plaisir ! Je pense à « Fief », « Citadelles », « Les Loups-Garous de Thiercelieux »… et euh… c’est vrai que je ne connais pas beaucoup de jeux français aux titres français… Les autres titres français auxquels je pense sont en fait des portages de jeux étrangers. La prise de risques est moins importante lorsqu’on importe dans sa propre langue un jeu ayant déjà fait ses preuves à l’étranger (et parfois attendu en France).

      Bref, ce ne sont que des titres, même s’ils peuvent avoir leur influence ^^.

      Aimé par 1 personne

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