Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Le Grand Prix de Belcastel, notre gros coup de cœur

Le Grand Prix de Belcastel est la version pour enfants des Charlatans de Belcastel. Une adaptation réussie pour une course palpitante !


Le Grand Prix de Belcastel

Le Grand Prix de Belcastel vient d’être nommé pour le Kinderspiel des Jahres 2022. Un prix décerné au meilleur jeu de l’année pour enfants. Sur tous les jeux sortis ces douze derniers mois, le jury a choisi de nommé ce jeu-là. Et c’est mérité.

À vos animaux, prêts, partez !

Le Grand Prix de Belcastel, de quoi ça parle ? Le pitch :

« Avez-vous déjà entendu parler de la ville de Belcastel et de son célèbre marché annuel ?

Chaque année, le jour du marché, est organisée la grande course traditionnelle des enfants de la ville. C’est super que vous y participiez aussi cette fois ! Rendez-vous sur la ligne de départ avec l’âne Charlatan et ses amis et appâtez les animaux avec les bonnes nourritures pour qu’ils avancent.

Mais la nourriture dont nous parlons ici n’est pas tout à fait normale. Oh que non, notre nourriture est quelque peu étrange. Elle ne fait pas toujours avancer votre compagnon à quatre pattes à la même vitesse. Il faut donc trouver la bonne combinaison pour être le plus rapide possible. Il arrive aussi parfois qu’une herbe de rêverie se soit aussi égarée dans vos sacs ou que votre animal s’octroie une petite pause…

En chemin, vous collectez des rubis avec lesquels vous pourrez acheter une nouvelle nourriture, qui sait ? peut-être encore meilleure.

Qui fera avancer son animal rapidement avec la bonne dose de tactique et de chance, passera la ligne en cavalier champion et finira par remporter le chaudron en or ? »

Pour faire simple, Le Grand Prix de Belcastel est un « bête » jeu de course. Avec des bêtes, justement. Vous faites avancer mouton, âne, vache et cochon. Votre but est d’arriver avant les autres à la ligne d’arrivée. Et rafler le chaudron rien que pour vous (pour en faire quoi ? Y cuire les perdants ??? L’histoire ne nous le dit le pas…).

Le Grand Prix de Belcastel, on joue comment ?

Il s’agit donc d’un jeu de course. À votre tour, vous jetez un dé et vous avancez sur le plateau du nombre de cases indiqué par le dé piochez un jeton de votre sac et avancez sur le plateau du nombre de cases indiqué par le jeton. Voilà, c’est tout.

Minute, papillon mouton.

Si vous piochez un jeton « herbe de rêverie » (toute ressemblance avec une certaine herbe qui se fume existant serait purement fortuite), vous n’avancez pas. Et tant pis pour vous. Sachant qu’au début du jeu, tout le monde met les mêmes jetons. Quelques jetons qui avancent, mais peu et de peu, et quelques jetons « herbe de rêverie ». Voilà, c’est tout.

Ça, c’était pour le cœur de la mécanique. Un jeton, un déplacement, ou pas.

Et c’est à partir de maintenant que Le Grand Prix de Belcastel devient subtil, intense et palpitant.

Le Grand Prix de Belcastel, subtil goupil

Selon la couleur du jeton tiré de son sac, non seulement on avance du nombre de cases indiqué, mais on active également la plaquette de l’action correspondante. Un dé à lancer, un bond en avant, et d’autres bonus toujours intéressants. Et parfois, on peut obtenir des rubis. La ressource principale du jeu.

Dès qu’on a pioché trois « herbes de rêverie », et qu’on a donc passé son tour trois fois, on peut alors procéder à un achat de nouveaux jetons, couleur et valeur à choix. Qu’on paie avec ses rubis obtenus jusque-là. Plus on en a, et plus on peut acheter de nouveaux jetons au nombre élevé. Qui, une fois piochés, nous permettent de prendre de l’avance.

Comme un reset, on remet le tout dans son sac, jetons piochés + nouveaux jetons achetés, et c’est reparti ! Etc. jusqu’à ce qu’un animal, le vôtre ?, franchisse la ligne d’arrivée.

Oui, vous l’aurez compris, Le Grand Prix de Belcastel est du deck-building. Ou du bag-building, pour être précis. On commence avec des jetons, moisis, puis plus on joue et plus on peut faire l’acquisition de nouveaux jetons, chanmé. Du pur Engine-Building. Pour enfants. C’est malin, fluide et efficace.

Le Grand Prix de Belcastel ressemble au tout récent Les Gardiens de Havresac, ainsi qu’au très décevant Cubitos, un autre jeu de course en mode deck- dice-building. Avec des dés cette fois.

Mais surtout, Le Grand Prix de Belcastel reprend la mécanique principale des Charlatans de Belcastel, ce stop-ou-encore également en mode bag-building du même auteur qui a raflé le Kennerspiel en 2018. Si le jeu d’origine n’était pas (vraiment) un jeu de course, Le Grand Prix de Belcastel s’en inspire pour déployer une excellente adaptation pour enfants et familles. Qui ne fait pas « juste » de simplifier un jeu existant. Elle propose une toute nouvelle expérience de jeu, rafraîchissante et dynamique.

Mais au fond, qu’est-ce qui fait un bon jeu de société pour enfants ?

“La famille sera toujours la base des (jeux de) sociétés.” Honoré de Balzac

Mais au fond, c’est quoi, un bon jeu de société familial ?

Avec des milliers de nouveaux jeux de société publiés chaque année, les possibilités de jeu ne manquent pas.

Comme pour l’astrologie, et les… petits pois, il est pratique de ranger tout ce chaos dans des boîtes, dans des catégories. C’est humain. Et on le fait aussi avec les jeux de société.

Il existe de nombreuses façons de faire des groupes. La manière la plus typique, et simple, se fait par âge, par durée et par nombre de joueurs et joueuses. Mais ce n’est pas suffisant. On peut filtrer par type : coopératif, semi, compétitif, asymétrique, abstrait, déduction, bluff, course. On peut également utiliser les mécaniques : deck-building, majorité, placement d’ouvriers. Ou encore par thème : SF, fantasy, etc.

Dans toutes les catégories et sous-catégories de jeux de société, peut-être celles qui posent le plus de questions est celles que l’on appelle les jeux familiaux. Ou pire, les Familial+, ou pire pire, Familial++, ou pire pire pire, Familial+++. Ce qui ne veut pas dire grand-chose pour pas grand-monde.

La désignation de jeux familiaux est plutôt vague. Alors posons-nous la question, simple : qu’est-ce qui fait un bon jeu familial ?

Voici les 5 principales caractéristiques qui, selon nous, et selon nos enfants, à qui nous avons demandé, font un excellent jeu familial. Des aspects que l’on retrouve ici dans Le Grand Prix de Belcastel.

Intergénérationnel (le mot impossible à prononcer en une fois)

Ce critère peut vous sembler évident, mais le tout premier qui caractérise un grand, un bon jeu familial, c’est son aspect intergénérationnel. Le fait que le jeu couvre la plus large tranche d’âge possible, afin que tous les membres de la famille puissent y jouer ensemble.

Bien que les jeunes enfants ne soient pas capables de gérer le jeu seuls, ils devraient tout de même pouvoir se joindre aux plus grands, aux adultes, pour quand même participer et apprécier le jeu.

Un bon jeu familial doit réussir le grand écart : être ni trop simpliste, pour plaire aux plus grands, ni trop complexe, pour convenir aux plus jeunes. Un cahier des charges plutôt complexe et exigeant.

👉 Pour résumer, les bons jeux familiaux développement un environnement ludique où tout le monde peut s’amuser ensemble.

Facile à comprendre, facile et à jouer en famille

Un jeu familial doit reposer sur une certaine difficulté : la victoire contre les autres, ou des défis à résoudre ensemble. Mais cette difficulté doit être assez facile à comprendre pour que les enfants se joignent au jeu avec des adultes.

Les règles d’un bon jeu familial devraient, dans l’idéal, prendre moins de 10 minutes pour expliquer les règles du jeu. 5 minutes, c’est encore mieux. Moins ? Vous tenez un carton !

Pourquoi si peu ? Parce que les plus jeunes rencontrent encore quelques difficultés à rester concentrés pendant plusieurs minutes.

Si le jeu est trop compliqué ou s’il y a trop d’options et de décisions à prendre, de nombreux membres de la famille ne pourront plus jouer, parce que le niveau de difficulté peut s’avérer trop élevé. Une autre coche cochée pour Le Grand Prix de Belcastel, qui s’explique en une poignée de secondes : pioche un jeton, et avance, ou pas.

👉 Pour résumer : les bon jeux familiaux sont faciles à comprendre et à jouer pour que tout le monde puisse en profiter.

De la réflexion, mais aussi du hasard

Bien que trop de décisions dans un jeu ajoutent de la complexité, un bon jeu familial doit encore inclure des choix… convaincants. Je m’explique.

Dans la vie, dans les jeux, nous avons besoin d’explorer, de comprendre les résultats de nos choix. L’intérêt et le plaisir ressentis dans un jeu diminuent à mesure que les choix, les décisions à prendre diminuent. Lancer un dé et appliquer son résultat n’est pas un choix. C’est un résultat, un automatisme.

En même temps, s’il n’y a pas d’éléments en lien avec le hasard, si tout est réfléchi, soupesé, programmé, les plus âgés, aux facultés cognitives plus développées, auront plus de chance de gagner, à chaque fois.

Les éléments liés au hasard dans un jeu de société confèrent aux plus jeunes une chance de gagner, tout autant que les plus âgés. C’est, encore une fois, le cas ici avec Le Grand Prix de Belcastel. Il y a certes du hasard. On ne sait pas quel jeton on va piocher (à moins que l’on triche. Ce que les enfants (en tout cas les miens) tentent à merveille), et bim. On avance, ou pas. Du hasard. Mais. À mesure que le jeu avance, à mesure que l’on a acheté des jetons, on va pouvoir prendre de l’avance, de l’allure.

👉 Pour résumer : les bons jeux familiaux sont ceux qui offrent un mélange de choix stratégiques et de hasard équilibré.

Matos chiadé

Le matériel du jeu exerce un impact non négligeable sur le plaisir d’un jeu familial.

Les jeux de société se veulent une expérience tactile, aussi. Nous jouons à des jeux de plateau pour être en interaction avec les gens qui nous entourent, et aussi avec les éléments du jeu.

Les composants d’un jeu, le plateau, les dés, les cartes, les pions, ont tous un effet sur les joueuses et joueurs à la table. Le Grand Prix de Belcastel coche également cette case. Les rubis sont de « réels » rubis, les jetons animaux sont cute, et le plateau est clair. On est certes loin d’un jeu en 3D qui déchire et se la raconte, à l’instar d’un Wonder Book, mais tout est efficace, clair et visible/lisible.

👉 Pour résumer : les bons jeux familiaux incluent des composants très attrayants à voir, à toucher, à ressentir et à jouer.

Re, re, re, rejouabilité

Une dernière caractéristique de ce qui fait un bon jeu familial, est un jeu qui peut être joué plusieurs fois et qui peut, à chaque fois, en quelque sorte, se renouveler.

Une partie risque de durer trop longtemps si le jeu est trop répétitif ou prévisible. Les jeux avec des éléments et des résultats variables sont beaucoup moins susceptibles de se répéter.

Qu’ils soient joués à plusieurs reprises à la suite ou sur une base hebdomadaire ou mensuelle, des jeux bien adaptés pour la famille ont plus de chance d’être joués de manière régulière.

Et oui, donc, encore une fois, Le Grand Prix de Belcastel répond à cette attente. D’autant que le jeu propose de nombreuses variantes, de nombreux modes de jeu, du plus simple à tenter, à commencer avec les plus jeunes, jusqu’à un mode complet, complexe, une fois le jeu bien maîtrisé : de nouveaux jetons, un circuit de course alternatif, de nouvelles couleurs, de nouvelles actions, de nouvelles capacités, etc. Bref, de quoi y jouer de nombreuses parties, différentes.

Je vois bien Le Grand Prix de Belcastel être suivi de quelques extensions, comme c’est déjà le cas pour le jeu d’origine. Surtout si cette version pour enfants remporte le Kinderspiel dans quelques jours. Les résultats sont annoncés lundi dans une semaine, le 20 juin.

👉 Pour résumer : les bons jeux familiaux incluent suffisamment de variété pour rendre le jeu intéressant, quel que soit le nombre de parties jouées.

Le Grand Prix de Belcastel, à partir de quel âge y jouer ?

Le jeu conseille dès 6 ans. C’est une bonne estimation. On pourrait également y jouer dès 5 ans, en piochant des jetons, en activant la plaquette de la couleur correspondante et en avançant sur le parcours. Les enfants de cet âge devraient se débrouiller à résoudre toutes ces actions sans peine.

C’est toutefois lors de la phase d’achat de nouveaux jetons que le jeu pourrait se complexifier pour un enfant de 5 ans. 6 ans est une bonne estimation. Avec la et les variantes simples proposées par le jeu. Les autres modes proposés, et il y en a plusieurs, comme présentés plus haut, risquent cependant de rendre le jeu un poil compliqué pour des enfants de 6 ans.

👉 Pour résumer, Le Grand Prix de Belcastel se savoure dès 5-6 ans et s’apprécie également (beaucoup) plus âgé. Il suffit de sélectionner les modes adaptés.

Compétences développées

Les jeux de société, surtout ceux pour enfants, proposent pour la plupart de mobiliser et développer certaines compétences, cognitives et/ou de motricité. Voici, en vrac, celles que Le Grand Prix de Belcastel exploitent :

L’observation : on en est où, dans la course ?

La compétition : avancer plus vite que les autres

La stratégie : acheter ce jeton de cette couleur pour effectuer cette action, plus tard

La mémoire : quels jetons ont déjà été piochés et lesquels restent donc encore dans le sac ?

La programmation : de quels jetons, de quelles couleurs dispose-t-on ?

Initiation à des mécaniques modernes de jeux de société : le deck-bag-engine building

Le Grand Prix de Belcastel, verdict

Pour tous les points énumérés plus haut, oui, trois fois oui, Le Grand Prix de Belcastel est une excellente adaptation pour enfants et familles d’un jeu déjà très bon sorti il y a quatre ans.

Qu’importe qu’il remporte, ou non, le fameux Kinderspiel. Le Grand Prix de Belcastel est un « bête » jeu de course subtil et passionnant. Simple, tout en offrant une richesse tactique et stratégique que les jeunes et les moins jeunes apprécieront. Une initiation intelligente au deck, au bag, à l’engine-building. Lors de nos nombreuses parties, tout le monde a éprouvé du plaisir à y jouer. Ambiance de dingue autour de la table à faire avancer ses animaux sur la piste. Autant les enfants que les adultes. La preuve d’un très, très bon et grand jeu.

👉 Vous pouvez télécharger les règles ici.

Du deck/bag/engine-building d’initiation malin et plus subtil qu’il en a l’air. Dans lequel on n’en sort jamais frustré ou fâché. Et telle la fable, rien ne sert de courir, il faut fumer manger de l’herbe de rêverie à temps.

Grandiose !

Note : 5 sur 5.

  • Auteur : Wolfgang Warsch
  • Illustrateur : Michael Menzel
  • Éditeur : Schmidt Spiele
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne mieux à 4)
  • Âge conseillé : Dès 6 ans (bonne estimation)
  • Durée : 30 minutes
  • Thème : Moyen-âge
  • Mécaniques principales : Course, bag-building

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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.

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3 Comments

    • Gus

      Pardon Doc, au temps pour moi. Je l’ai indiqué vaguement en toute fin d’article. Mais ce n’était pas assez clair. Vous avez bien fait de poser la question. Suite à votre intervention je me suis permis de compléter l’article avec réponse à votre question.

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