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Les Charlatans de Belcastel 🥣 Juste. Passionnant

Temps de lecture: 6 minutes

Le Kennerspiel 2018. Le prix du meilleur jeu « complexe » de l’année décerné par un parterre de journalistes. Le problème avec les prix, c’est qu’ils ne font pas toujours l’unanimité. Avec Les Charlatans de Belcastel, ils ont tapé juste. Très juste. Un jeu passionnant, varié, surprenant

  • Date de sortie : sorti en printemps 2018 en VO, en automne en VF
  • Auteur : Wolfgang Warsch (Très Futé!, The Mind)
  • Illustrateur : Dennis Lohausen
  • Editeur : Schmidt
  • Nombre de joueurs : 2-4 (optimum 2-4)
  • Age conseillé : dès 10 ans (c’est peut-être un peu optimiste, comptez plutôt 12 ans)
  • Durée : 45′
  • Thème : alchimie, potions
  • Mécaniques principales : stop-ou-encore, bag-building

Les Charlatans de Belcastel, de quoi ça parle?

De marché aux ingrédients tous plus fantasques les uns que les autres

De potions à composer toutes plus loufoques les unes que les autres

Le thème est plutôt original, incarner un charlatan, au matériel et mécaniques de jeu cohérents

Et marrant que l’auteur, un scientifique (biochimiste) propose un jeu sur l’alchimie et les charlatans…

Alors, certes, on ne vit pas une aventure tumultueuse, mais on se prend vraiment « au jeu » à brasser des trucs et des machins dans son chaudron pour en sortir des potions abracadabrantes (je défie quiconque à dire et à écrire ce mot en une fois sans se reprendre)

Un matos de ouf. Préparez-vous à passer votre soirée à dépuncher. Ou mieux encore, engagez vos enfants, vos amis, vos voisins. Et pendant ce temps allez binger la saison 2 d’Ozark sur Netflix

Et comment on joue?

Chaque joueur et joueuse dispose d’un sac qu’on remplit de quelques jetons. Des jetons de couleur, et des jetons blancs moisis et inutiles qui viennent « polluer » son jeu

Tous les jetons du jeu ont des valeurs comprises entre 1 et 4

On puise alors un jeton après l’autre de son sac, « à l’aveugle », jeton qu’on place alors à la suite dans son chaudron

Un jeton de 1 se pose à une case du départ, un de 2 de… deux, et ainsi de suite. Plus on avance et mieux c’est. Plus de PV, plus de pépètes pour acheter ensuite de nouveaux jetons supplémentaires

Des règles simplissimes qui s’expliquent en une poignée de minutes

C’est tout?

Non

Parce que toute la tension du jeu réside dans une mécanique de stop-ou-encore. Comme du Black Jack

Le but est d’éviter de dépasser 7 points de valeur avec ses jetons (tous moisis) blancs. On peut donc s’arrêter de piocher quand on veut

Si on dépasse le 7, c’est le drame, on ne pourra pas tout faire, tout gagner

Continuer de piocher pour espérer avancer sur la piste / chaudron pour sortir des jetons de couleur qui vont déclencher des actions en prenant le risque de dépasser 7? Chaud

C’est vraiment tout?

Non

Les couleurs de jetons placés dans son chaudron vont activer certaines formules, formules indiquées sur des grimoires

Sachant qu’on commence avec certains grimoires, et que d’autres apparaissent au fil de la partie selon les manches jouées. Une mécanique qui offre un aspect évolutif bienvenu au jeu

Sachant qu’on peut varier les niveaux de difficultés de ces grimoires et de leurs actions correspondantes. Il y a quatre niveaux différents, niveaux qu’on peut ensuite très bien s’amuser à brasser

Alors, c’est vraiment, vraiment tout?

Non

Chaque début de manche, on tire une carte « divination » slash événement qui va affecter la manche en cours, avec des changements de règles parfois avantageux, parfois pas

Ce qui va alors affecter le jeu et impacter ses prises de décisions

Alors, c’est vraiment, vraiment, vraiment tout?

Non

Une autre mécanique incroyablement subtile permet aux joueurs et joueuses « à la traîne » de remonter aux points

En effet, les joueurs et joueuses ayant moins de points reçoivent un petit coup de pouce, un petit bonus pour rattraper le ou les joueurs en pole position

Une mécanique vraiment bienvenue pour éviter le win-to-win tout dégueu, i.e. plus je gagne et plus je gagne et tant pis pour les autres

Et comment on gagne?

Après 9 manches, on peut encore grappiller quelques points par-ci par-là, mais les points affichés sur la piste de score permettent de déterminer le ou la vainqueure

Simple, évident, efficace. On est loin d’une salade de points de victoire

Interaction?

Très modérée

Quelques majorités par-ci par-là, et bien sûr la course aux points, mais sinon, chaque joueur et joueuse est en prise directe avec ses propres ingrédients et chaudron, le nez collé à son sac

A combien y jouer?

On peut y jouer de 2 à 4. Et comme les interactions sont plutôt mineures et les manches fluides puisqu’on joue pratiquement toujours en simultané, qu’on y joue à 2, 3 ou 4 ne change rien, le jeu est tout aussi bon à chaque fois

Les sensations, interactions et durée de jeu sont pareilles

Il y a du hasard?

Oui

Beaucoup

Evidemment, puisque les jetons sont tirés du sac, et on ne sait pas lesquels vont sortir

C’est du Black Jack, mâtiné de deck-building. On sait ce qu’on rajoute, on ne sait pas comment ça va ressortir

Alors certes, on va pouvoir compter, toucher les jetons, mais on ne saura jamais lesquels sortiront et si on peut / doit continuer et taquiner le 7

Un hasard plus ou moins contrôlé, en tout cas très fun

Et même si le hasard « joue » en sa défaveur et qu’on dépasse le maximum autorisé en points de valeur des jetons blancs, de 1. c’est parce qu’on se sera montré trop gourmand, et de 2. ce n’est vraiment pas punitif, on pourra continuer de jouer

Alors, Les Charlatans de Belcastel, c’est bien? Critique

Oui

Oui

Oui

Mais vraiment OUIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII

Il a gagné le Kennerspiel des Jahres 2018, et c’est vraiment, vraiment mérité

Pas un gros jeu non plus, mais un jeu passionnant:

Quel jeton de quelle valeur acheter? Quel jeton de quelle couleur pour quelle action acheter pour tenter quelle stratégie?

S’arrêter ou continuer de piocher pour fricoter avec le 7?

Beaucoup de décisions douloureuses et exaltantes à prendre

Les Charlatans de Belcastel, une véritable réussite

Orléans 2️⃣?

On voit bien l’inspiration du jeune auteur autrichien pour les jeux de deck-buildings et surtout Orléans, déjà un gros carton à sa sortie en 2014. Le premier (?) à avoir introduit une mécanique de « bag-building »

Alors oui, cette appellation laisse à désirer puisqu’on ne construit pas de sac mais de pool de jetons. Il faudrait en effet plutôt parler de « pool-building ». Mais ça fait alors un peu piscine

Si Les Charlatans reprend le même principe qu’Orléans, il parvient toutefois à proposer un jeu plus fluide, plus léger, qui se prend plus rapidement et facilement en main. Pas mieux, juste différent

Et quid d’Altiplano, sorti à Essen en octobre 2017 et qui propose également une méca de bag-building? Pareil. Mais Les Charlatans de Belcastel est une proposition ludique beaucoup plus digeste

Mais

Deux petits hic toutefois:

un hic surprenant pour un éditeur aussi « ancien » et reconnu que Schmidt, les règles sont très… 90s

Comprenez par-là, ni très claires, ni très didactiques, plutôt denses

Étrange, pour un éditeur aussi reconnu

Autre souci, une trad VF qui laisse quelque peu à désirer

Rien de chanmé, mais qui peut parfois prêter à confusion

Dont:

Les dés? Pardon? Il n’y en a qu’un et qu’on ne lance qu’une seule fois (en principe)

Mais au final, ces deux hic ne gâchent en rien le plaisir et l’intérêt du jeu

Score:

Anticipation: 5/5: Le Kennerspiel? OK pourquoi pas, bien que parfois, les lauréats étaient plutôt… surprenants. Exit en 2017. Lol. Mais un jeu signé par le Wunderkind du jeu de société? Super emballé

Pendant la partie: 5/5. Passionnant. Un « bête » jeu de stop-ou-encore à la Black Jack, avec du bag pool bag-building, avec de réels choix stratégiques. Quelle couleur et quel jeton prendre pour quelles actions. Démentiel

Après la partie: 5/5. On rejoue? Oui, toute sa vie. Pour essayer d’autres stratégies. Et surtout, pour découvrir de nouvelles possibilités, de plus en plus complexes, de niveau 1 à 4

Score: 5/5. Un solide 5/5. J’aurais bien mis un 6/5 mais on me souffle dans l’oreillette que cette expression est vraiment toute moisie et surtout que mathématiquement ce n’est pas tellement possible. Alors certes, nous avons déjà « cassé » d’autres jeux pour leur manque notoire d’interaction parfois bien trop polaire pour plaire. Le cas ici dans les Charlatans de Belcastel. Mais le jeu présente une telle variété, de telles surprises que nous sommes sous le charme. Certainement dû à l’un des philtres d’amour de Quedlinbourg

Et encore une dernière chose

Le jeu sorti en été en allemand s’appelle Die Quacksalber von Quedlinburg. Quacksalber vient de « quack », du « flan », du faux. Et Salber, parce que « faiseur de baume »

Mais alors pourquoi Quedlinburg? Parce que c’était, enfin, c’est toujours une ville médiévale allemande au centre du pays

Et que surtout, ça sonne bien avec Quacksalber / charlatan. Ca fait couac couac

Mais alors, pourquoi avoir choisi Belcastel, cette petite commune rurale et pittoresque de l’Aveyron? Belcastel = beau château. Qui n’a aucun lien avec des charlatans… Mais comme il y a un château sur la couv… Paf

Pas facile de choisir un bon titre de jeu, et encore moins de les traduire. La preuve ici

Et encore une toute dernière chose

Vu le succès rencontré par le jeu et son prix, on peut s’attendre à des extensions. Et pourquoi pas une nouvelle couleur de jeton / ingrédient / grimoire qui rajouterait encore plus d’interaction franche et chafouine à la table?

Mais surtout, avec la possibilité d’y jouer à 5, voire même à 6? Car après tout, même à 6 le temps de jeu ne serait pas rallongé, à l’instar d’un 7 Wonders par exemple

Si vous ne devez acheter que 2-3 jeux cette année, craquez pour ces Charlatans insolents et passionnants

Décidément, Wolfgang Warsch, son auteur, est vraiment à surveiller de très, très près

Vous pouvez consulter les règles (en anglais et pas officielles) du jeu ici

Vous pouvez trouver Les Charlatans de Belcastel chez Philibert ici

Vous pouvez également voir le jeu ici avec sa présentation officielle en allemand chez Schmidt

25 Comments

  • yoda37

    Pas encore joué, mais j’ai lu les règles. C’est vrai qu’on frise le 0 pointé… Peu d’illustrations, des références sur les images qui ne se reportent à rien dans le texte, gros pavés indigestes. Un bel exemple de ce qui faut pas faire!

  • Guillaume

    L’article m’a vendu le jeu : j’ai la boite sous les yeux (avec Splendor que j’ai acheté aussi du coup).
    Par contre, je dois dire les régles m’inquiétent : je peux en trouver des réécritures (VF ou anglais) sur les internets ?

  • Simon

    Joué mardi et rejoué mercredi. A Toulouse on a adoré. C’est fun, bourré d’aléatoire et de retournements de situations.
    Effectivement Schmidt s’est pas foulé pour la règle et pour les illus (mon dieu que ces cartes événements sont Old School). Et niveau visuel, on trouve péniblement 2 images sur le net…

  • Beurge

    Ce qui m’avait gené dans Orléans c’était ces petits bouts de carton qui se mélange mal dans le sac et qui reste coincés dans les cois… Apparemment c’est en carton ici aussi? j’aurais préféré des meeple en bois… Je compte néanmains essayer de l’acheter.

    • Gus

      ??? 🧐 dans Orléans il s’agit de petits disques en bois

      Dans Belcastel il s’agit en effet de pièces carrées de cartons. Qui peuvent se « bloquer » dans le sac. Mais rien de méchant, il suffit de bien remuer de la main 🖐🏼

      Merci pour votre réaction

      • Beurge

        Je pense que vous aviez l’édition Deluxe alors 🙁
        Ok je vais voir s’il est dispo sur Bienne / Neuch (je crois). J’organise une soirée ludique demain pour des débutants et il peut faire l’affaire. Le concept est que les gens choisissent un jeu déjà préparé et qu’il démarre directement la partie après 1min d’explication et ensuite coaching durant les première tours de jeu.

        Merci en tout cas pour les tests Gus, j’adore. Continuez comme cela.
        Beurge

        • Gus

          Oups au temps pour moi

          Vous avez 💯 % raison j’ai la version Deluxe d’Orléans avec les disques. Je me souviens maintenant avoir passé 617h à coller les autocollants sur tous les disques 😁

  • Nicolas

    Tiens ça me titille cette bonne critique. J’avoue que c’est un jeu qui semble loin de moi : beaucoup de matériel à sortir (et d’après ce que vous dites, certaines cartes bien laides), règles peu claires… ça ne me fait pas rêver. Je vais me renseigner un peu et regarder une ou deux parties sur Youtube.

    • Gus

      Nicolas, vous avez raison sur toute la ligne

      Pas très sexy en effet

      Mais

      Mais

      Imaginez Belcastel comme un resto dans un quartier pas folichon, à la devanture pas appétissante. Vous rentrez. Vous goûtez. Et là, surprise. Une cuisine succulente, des plats savoureux. À 6’000 reprises vous avez failli faire marche arrière. Et pourtant, en mangeant vous vous dites que vous avez bien fait de persévérer

      Illustrations laides. Inondation de matos. Règles peu ragoûtantes (mais on est quand même loin d’un jeu Portal…)

      Mais le jeu est tellement fun

      Merci pour votre fidélité Nico

  • Guillaume Jay

    Au final, j’ai lu une fois les régles en francais, une fois en anglais, et une fois le résumé en anglais de deux pages dispos sur BGG, et le jeu s’est joué sans difficulté.
    Le plus « complexe », c’est sans doute la phase de décompte de fin de tour, et il suffit de bien suivre les étapes sur le tableau de score, et ça passe vite.
    Le matériel est très correct, au final. Les cartes de toute façon, on en joue qu’une par tour. (et j’ai joué sans a la première partie, par peur). L’iconographie des éléments de jeu est simple, et aide bien à la compréhension (par exemple, les livres de sorts), tout en étant clairement explicité dans les régles.

  • Moonloop

    Je viens de redécouvrir ce qu’est un véritable bon jeu.
    Vous savez le genre de jeu qui vous rend un peu tout émoustillé ! On en redemande. Encore.
    Et surtout, on y repense. Après. Le lendemain.

    Il me tarde de le faire découvrir vendredi à mon association de jeux.

    Pour info dans le genre « jeu au design vraiment (mais vraiment vraiment tout moisi pour le coup) de bag building mais purée qu’il est bon », il y a Coffre Roaster.
    Jeu où l’on choisit en début de partie le type de café que l’on doit réussir à torréfier correctement (i.e ni trop peu, ni bruler).
    C’est un jeu solitaire terriblement addictif.
    Qu’il soit ré édité : un rêve.
    https://boardgamegeek.com/boardgame/196526/coffee-roaster

    Moonloop

  • Pelletier

    Bonjour,

    Mes amis allemands m’ont offert ce jeu et nous y avons joué chaque soir des vacances. Chaque jour, on attendait avec impatience la soirée pour se refaire une partie. Ce jeu est terriblement addictif … on refait la partie dans sa tête, on imagine de nouvelles stratégies pour aller plus loin la prochaine fois, etc. C’est un excellent jeu !!! Pourtant, depuis qu’il a eu son prix, on en parle relativement peu en France (suffit de voir que les gens n’en parlent pas sur les forums dédiés aux jeux de société). C’est dommage ! J’espère qu’il rencontrera le succès qu’il mérite dans l’hexagone. Sinon, j’ai acquis récemment son extension (« les sorcières s’en mêlent »), mais je n’ai eu l’occasion d’y jouer qu’une seule fois pour le moment … mais il semble réellement apporter plus de maîtrise au jeu.

  • Polo Mystico

    Salut les Ludiques ! Ma copine m’a offert récemment ce jeu venu tout droit d’une boutique de jeu à Leipzig non très loin de Quedlinburg ce qui le rend encore plus charmant mais… Du coup les grimoires et les cartes divination sont en allemands. J’aurais aimé imprimer la version fr des cartes pour les sleever et pouvoir prêter le jeu à des non germaniques. Par contre impossible de mettre la main sur une version pdf des règles Fr ! Quelqu’un a t il un filon pour une version scannée ?

  • Barisele

    A tester car chez nous, on a vraiment détesté. Répétitif, hasardeux, parties qui se ressemblent même en changeant les pouvoir des ingrédients, long … bref. 🤮

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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