Comment expliquer les règles d’un jeu de société ? Voici 10 techniques pratiques et infaillibles qui pourront vous aider.
Depuis 13 ans que notre blog existe, à raison d’un article par jour, nous en avons publié des articles ! Si certains sont très bien où ils sont, dans le ventre, dans les archives du blog, d’autres, en revanche, méritent qu’on s’y attarde, qu’on y revienne. C’est ce que nous allons dorénavant vous proposer, chaque mercredi, un article paru sur notre blog il y a plus ou moins longtemps. C’est ce que nous appellerons désormais la « boîte à outils du jeu de société », des sujets, des analyses qui pourraient vous (ré)intéresser. Des sujets indémodables, pratiques et utiles.
Mais nous n’allons pas juste faire du copier-coller, en les ressortant de leur léthargie. Nous allons en profiter pour leur offrir un petit ravalement de façade, une mise à jour parfois nécessaire, depuis le temps que ces articles traînent et prennent la poussière numérique.
Nous ouvrons aujourd’hui cette nouvelle série Boîte à Outils avec cet article de 2013 (déjà ???), Comment expliquer un jeu.
Expliquer un jeu n’est pas un exercice des plus faciles, et encore moins des plus anodins. Mal expliqué, les gens à la table se sentent patauger et ont envie plus que tout de lâcher l’affaire. Ou pire, si les explications sont peu claires, de maladroites erreurs seront commises tout au long de la partie. De quoi en donner peut-être une mauvaise impression. Nous vous proposons aujourd’hui 10 techniques pour vous aider à mieux expliquer les règles.
Présentation
Dans notre « métier de joueur » de tous les jours, nous devons forcément passer par la case « explication de jeu ». Comme gérants du Bar à Jeux de Genève (fermé depuis une année avec la pandémie, snif) et organisateur de manifestations ludiques diverses, nous devons évidemment nous « plier » à cette activité. Une activité que je n’apprécie pas plus que cela, pour être honnête. Je connais beaucoup d’amis qui adorent le faire, qui préfèrent même expliquer que… jouer. Allez savoir pourquoi. Quant à moi, je préfère jouer plutôt que d’expliquer, et de loin !
Quand je dois toutefois expliquer un jeu, ce qui m’arrive souvent, trop souvent, j’essaie de suivre ces 10 conseils pratiques. Et au fond, en tant qu’enseignant depuis plus de 20 ans à Genève, ce sont un peu les mêmes techniques que j’utilise dans mon métier au quotidien.
Connaissez votre public
Avant de commencer à expliquer un jeu, posez quelques questions à la table pour déterminer à qui vous avez affaire :noob, casual, core-gamer ?
Connaître votre public vous permettra d’adapter votre champ lexical et exemples. Si vous avez affaire à un public averti de deck-building, il vous sera alors plus aisé d’expliquer puisque ce jeu en reprend les grands principes, cela vous permettra d’ancrer les divers mécanismes. Après tout, et c’est prouvé, on apprend mieux ce que l’on connaît déjà.
Petit conseil, si vous avez des noobs, des débutants, surtout ne jamais leur dire que le jeu que vous leur expliquez est simple. C’est un peu comme un théorème de maths (mais non, je ne suis pas prof de maths). L’expliquer en disant que c’est tout simple plongera l’apprenant dans un malaise encore plus grand quand il n’y comprendra rien.
Ne pas comprendre quelque chose de simple est bien plus frustrant, on passe alors vraiment pour un abruti! Il vaut mieux dire que telle ou telle mécanique est compliquée et qu’il faut s’accrocher quelques instants pour la comprendre. Cela représentera alors plutôt un défi à relever pour votre public.
Bref, adaptez votre explication à votre public !
Survol
J’ai souvent remarqué que les joueurs préféraient commencer par comprendre deux éléments principaux : comment gagner et comment jouer.
Comment gagner: pour la plupart des gens, jouer signifie gagner. On joue rarement dans l’optique volontaire de perdre. Et pour gagner il faut donc savoir comment s’y prendre pour y arriver, logique. Commencez vos explications en présentant la fin, les conditions de victoire, les buts ultimes.
Comment jouer: une fois la victoire expliquée, présentez ensuite comment jouer : faut-il lancer un dé ? Jouer une carte ? Placer un de ses pions sur une case ?
Une fois que vous avez brièvement énoncé ces deux paramètres, rentrez dans le vif des règles.
7 minutes
Des expériences psychologiques ont été menées, le cerveau humain ne peut rester concentré qu’entre 7 à 10 minutes à la suite. Au bout de cette période, la concentration se relâche. Si vous devez expliquer de longues règles, prévoyez quelques mini-pauses, quelques changements de rythme, de sujet, chaque 7-10 minutes.
Posez une question sur le jeu, parlez d’autre chose, présentez l’auteur, l’éditeur, l’illustrateur, allez prendre un verre de lait de soya. Tout ceci permet à la concentration de se relâcher quelque peu avant d’entamer un nouveau cycle d’apprentissage.
Mémoire vive
Avez-vous déjà connu ce stress d’être au téléphone et qu’on vous dicte un numéro à appeler en même temps, sans avoir la possibilité de le noter ? C’est votre mémoire vive qui est alors mise à mal. Vous devez en même temps vous concentrer sur la voix et les chiffres, vous n’avez alors qu’un seul désir, raccrocher rapidement pour ne pas oublier le numéro de téléphone.

Quand vous expliquez des règles c’est un peu la même chose, voire en pire si vous le faites dans une salle bruyante et bondée qui empêchera votre public de focaliser toute leur attention sur vos paroles. Gardez cela en tête quand vous vous lancez dans une longue et fastidieuse explication.
Visualisez
Quand je me rends (rendais) à Essen (quand cela avait lieu, pré-COVID), je déteste plus que tout qu’un éditeur m’explique son jeu sans que je ne puisse le voir, le toucher en même temps. Pourquoi ? Car j’ai besoin de voir pour comprendre. Quand j’ouvre un nouveau jeu, pour en apprendre les règles, j’ai besoin de faire la mise en place IRL pour avoir tout le matériel devant moi. Ça me permet alors de comprendre mieux les règles, puisque les mots seront alors cristallisés sur le matériel.
On dit que l’apprentissage se fait de manière optimale en VAK, visuel, auditif et/ou kinesthésique. Nous avons besoin de ces trois aspects pour mieux ancrer la connaissance. Vous limiter à l’auditif dans vos explications risque de perdre certaines personnes à la table.
Quand vous expliquez, bougez les pions, indiquez les emplacements sur le plateau, présentez les cartes.
Impliquez
Tout le long de vos explications, essayez d’impliquer votre public. En regardant les gens, d’abord, cela leur permettra de se sentir reconnus, donc d’avoir un contact avec vous. Essayez ensuite de leur poser des questions sur le matériel, de leur demander d’anticiper sur l’un ou l’autre élément. Cela leur permettra de participer activement aux explications, donc de se sentir engagés, impliqués.
Répétez
N’hésitez pas à répéter certaines explications, comme la victoire par exemple. Pour que la mémoire vive du point 4 devienne mémoire ancrée, la répétition s’avère être le meilleur moyen.
Personne n’aime répéter mille fois la même chose, on a l’impression de perdre son temps. Et pourtant, c’est bel et bien le meilleur moyen pour que tout le monde à la table comprenne bien vos explications.
Simplifiez
Est-ce que les gens à la table doivent impérativement TOUT connaître sur TOUT pour leur toute première partie ? Est-ce qu’il est impératif que vous présentiez et explicitiez les moindres détails du jeu tout début ? Tous les pictos ? Toutes les cartes ?
NON !
Simplifiez au maximum. Expliquez, mais le moins possible. Juste assez pour que les gens à qui vous expliquez le jeu puissent faire 1-2 tours de jeu. Vous aurez alors tout le loisir de rajouter d’autres éléments au compte-goutte.
Quand j’explique des jeux à mes amis, ils ont désormais pris l’habitude de commencer à jouer très rapidement et de tâtonner. Cela leur permet de découvrir le jeu en direct plutôt que d’avoir à comprendre 2’000 règles. Qu’ils vont très certainement oublier assez vite, soyons honnêtes.
Je me souviens d’une partie de 7 Wonders expliquée à une table voisine. L’explication a pris pas loin de 30 minutes ! Chaque carte et chaque picto étant présenté… Pffff. Fastidieux, rébarbatif et contre-productif. Si les explications prennent plus de temps que le jeu en lui-même, c’est qu’il y a un problème quelque part, non ?
Mes amis connaissent bien « mon style » et n’hésitent pas à se moquer en disant que je leur cache des règles à mon avantage pour gagner ensuite, ce que je ne fais pas. Car de toute façon c’est Coco (mon épouse) qui finit par mettre la pâtée à tout le monde à la table… Mais ça, tout le monde le sait.
Maîtrisez
Dernier petit conseil, et pas des moindres. Maîtrisez le jeu. Pour partir sur les salons de jeux, notamment celui d’Essen (Essen, mais WTF ?) en octobre, il faut avoir le cœur (ludique) bien accroché. Les gens qui vous expliquent les jeux sur les stands sont très souvent des étudiants engagés pour l’évènement, étudiants qui n’ont jamais eu l’occasion de jouer eux-mêmes aux jeux qu’ils expliquent. Et donc, les règles ne sont pas toujours très exactes. Au final, on vous explique un jeu, et parfois (souvent ?) avec de mauvaises règles. Le jeu risque fort d’en souffrir.
Évitez d’expliquer un jeu que vous ne connaissez pas bien, cela ne rassurera pas votre public. Il vaut mieux alors prendre la règle et la lire à plusieurs plutôt que de s’aventurer dans des explications douteuses, voire calamiteuses. Nous avons tous des exemples en tête.
4 éléments
De nombreuses expériences psychologiques ont prouvé que le cerveau humain était capable de mieux se souvenir de 4 éléments. Pour reprendre l’exemple du numéro de téléphone du point 4, mémoire vive, vous êtes-vous déjà posé la question pourquoi, en Suisse en tout cas, on groupait les chiffres pour en avoir au final 4 ?
Petit exercice : laquelle de ces deux propositions sera la plus facile à retenir ?
Petit a : 022 675 865 455
Petit b : 0 2 2 6 7 5 8 6 5 4 5 5
Vous aurez très certainement répondu A, alors que se sont les mêmes chiffres, ils sont juste groupés en 4 éléments. En passant, êtes-vous capables d’énumérer TOUS les 7 nains de Blanche-Neige ? Les 7 couleurs de l’arc-en-ciel ? De tête, on ne parvient finalement qu’à en donner plus ou moins 4.
Quand vous expliquez les règles d’un jeu, gardez cet élément en tête. Concentrez-vous sur 4 mécanismes au plus, charger le navire ne fera que noyer votre public.
À la semaine prochaine pour une prochaine Boîte à Outils du jeu de société.
