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Explorers, vers l’infini et au-delà !

Dans Explorers, partez explorer un territoire inconnu. Un flip and write classique mais efficace.


Explorers

Qui n’a jamais rêvé d’être dans la peau de Christophe Colomb ou de James Cook ? Et d’être la première personne à découvrir une terre inconnue ? Personnellement, pour moi, ce serait plutôt Lara Croft ! Après des années à me glisser dans sa peau par manette interposée lors de ses nombreuses et fabuleuses aventures, avec Explorers, c’est tout à fait le type de thème qui me fait de l’œil !

Alors certes, dans Explorers, le jeu, on ne cherche pas des artéfacts ou des trésors enfouis mais plutôt des villages, des carottes et des poissons. Mais c’est déjà un bon début.

L’exploration est un vilain défaut

L’exploration est suscitée par un principe, humain, générique, universel : la curiosité. L’envie d’en savoir plus.

Pourquoi sommes-nous, êtres humains, si curieux ? D’autres animaux le sont aussi. Mais seuls les humains sont curieux d’en savoir plus sur tout, les raisons, les choses, et comme dans le jeu Explorers ici, sur les lieux qui nous entourent. Seuls les êtres humains se posent vraiment la question du « pourquoi ».

Est-ce que la curiosité est innée ? Est-elle quelque chose avec laquelle nous sommes nés ? Certainement.

De nombreuses études ont montré qu’il existe une forte composante génétique à la curiosité. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui explique pourquoi certaines personnes sont plus curieuses que d’autres. Mais la composante génétique, innée, n’explique pas tout, loin de là ! Ça serait un peu facile…

Les humains présentent deux types de curiosité de base qui apparaissent dans différentes parties du cerveau lorsqu’on effectue des IRM. Un type de curiosité a été surnommé « la curiosité perceptive« . C’est ce que nous ressentons lorsque nous voyons quelque chose qui nous surprend ou nous laisse perplexes. Ou qui ne correspond pas à quelque chose que nous pensions savoir. Cet événement est alors ressenti comme une sorte de malaise. Une situation désagréable, un peu comme une démangeaison qu’il faut gratter.

Un deuxième type a été surnommé « la curiosité épistémique« . C’est notre attrait pour la connaissance, notre désir d’apprendre de nouvelles choses. Notre cerveau et notre esprit attribuent de la valeur à cette connaissance. Elle est donc généralement vécue comme une expérience agréable. Avec une anticipation de récompense avec ce que nous apprenons, accompagné par un petit shot de dopamine. Prenez les enfants comme exemple. Ils sont des scientifiques nés.

Les jeunes enfants veulent comprendre les causes et les effets très tôt dans leur vie. Ils comprennent en quelque sorte que chaque effet est lié à une cause. Ils veulent comprendre ces relations, parce que cela les aide à faire face à leur environnement et à commettre moins d’erreurs dans leur vie quotidienne. C’est également ce qui explique leur constitution de ce qu’on appelle la pensée magique. Un trait particulier en lien avec l’enfance. Ceci, donc cela. Avec, parfois, souvent, aucun lien.

Alors pourquoi la curiosité a-t-elle tendance à diminuer à mesure que nous grandissons ? Quand nous grandissons, ce n’est pas que nous ne sommes plus curieux, mais notre curiosité change quelque peu de forme. La curiosité passe de perceptive à épistémique, l’attrait pour la connaissance. Cette curiosité, cet attrait nous accompagne à chaque instant, à tous les âges. Même quand nous devenons très vieux, nous restons des… « infovores », des… dévoreurs d’information. C’est la motivation d’en savoir, d’en connaître plus. Mais, au contraire des enfants, la volonté de prendre des risques pour s’approcher, comprendre la nouveauté diminue.

La curiosité a un objectif évolutif. La curiosité, qui motive l’exploration, comme dans Explorers, nous pousse à nous intéresser à ce qu’il y a autour de nous. Ou nous ne pourrions pas survivre. Prenez l’exemple d’une… falaise. Le fait de savoir qu’il y en a une pas loin de chez nous nous empêche de mettre les pieds dessus dedans devant.

Mais la survie n’est pas le seul moteur de la curiosité et de l’exploration. Et c’est l’une des choses auxquelles les chercheurs n’ont toujours pas de réponse. Nous, êtres humains, sommes beaucoup plus curieux pour ce qui est juste nécessaire pour notre survie.

La curiosité peut également fonctionner comme un mécanisme d’adaptation. La curiosité est le meilleur remède contre la peur. Très souvent, nous craignons ce que nous ne connaissons pas ou que nous ne comprenons pas. Et si nous devenons curieux et en apprenons plus à leur sujet, nous avons alors beaucoup moins peur.

Les 5 dimensions de la curiosité et de l’exploration

Si nous venons de nous intéresser au « pourquoi », penchons-nous quelques instants sur le « comment ». Comment sommes-nous curieux ou curieuses.

Dans les années 1950, Daniel Barryne était l’un des premiers psychologues à offrir un modèle pour décortiquer la curiosité. Il a fait valoir que nous recherchions d’atteindre le point magique entre deux états inconfortables : la sous-stimulation, faire face à des tâches, de personnes ou de situations qui manquent de nouveautés, de complexité, d’incertitude ou de conflit, et la sur-stimulation. Pour y arriver, selon Barryne et son cadre scientifique, nous pouvons invoquer deux types de curiosités. La « curiosité diversifiée », nous nous ennuyons, nous cherchons à nous sortir de cet ennui, ou la « curiosité spécifique », le contraire, lorsque nous sommes hyperstimulés et nous tentons de comprendre ce qui se passe dans le but de réduire cette excitation à un niveau plus gérable.

S’appuyant sur les idées de Barryne, en 1994, George Loewenstein, de l’Université Carnegie Mellon, a proposé la théorie du « manque d’information ». Il a avancé que les gens deviennent curieux en réalisant qu’ils leur manquent certaines connaissances souhaitées. Ce qui génère un sentiment d’incertitude, désagréable. Qui les oblige à découvrir les informations manquantes.

Mais toutes ces théories, centrées sur notre désir inhérent de réduire la tension, n’expliquent pas d’autres expressions de curiosité : les touristes se promenant dans un musée, des personnes captivées par un livre, etc. Le psychologue Edward Deci de l’Université de Rochester en a rajouté une couche dans les années 1970. Affirmant que la curiosité reflète également notre motivation intrinsèque, de rechercher des nouveautés et des défis, de prolonger et d’exercer ses capacités, à explorer, comme ici dans Explorers, et à apprendre. Nous utilisons la curiosité, l’exploration, non seulement pour éviter l’inconfort, mais pour générer des expériences positives.

Dans un autre ensemble de recherche, le psychologue de l’Université du Delaware Marvin Zuckerman a passé cinq décennies (!), des années 1960 aux années 2000, à étudier la recherche de la sensation, ou la volonté de prendre des risques pour acquérir des expériences variées, nouvelles et intenses.

Et en 2006, la psychologue allemande Britta Renner, de l’Université de Konstanz en Allemagne, a lancé l’étude de la curiosité sociale1.

De ses recherches, un groupe de psychologues américains a développé en 20172 un modèle pour définir la curiosité sur 5 dimensions.

➡️ La première dimension, dérivée du travail de Barryne et de Loewenstein, est le modèle en lien avec la privation d’information. Reconnaissant une lacune dans la connaissance, nous allons tenter d’y répondre par une recherche, une exploration, pour nous offrir un certain répit, un certain soulagement.

➡️ La deuxième dimension, influencée par la recherche de Deci, repose sur l’exploration… joyeuse. Elle est motivée avec une émerveillement sur les caractéristiques fascinantes du monde.

➡️ La troisième dimension, issue de la recherche de Renner, est la curiosité sociale, qui repose sur l’écoute et l’observation d’autres personnes pour en apprendre plus sur ce qu’ils pensent et font. Le moyen le plus efficace pour déterminer si une personne est amie ou ennemie est de récolter des informations sur elle. Directement ou indirectement, par la rumeur, la réputation, notamment. On dit d’elle que…

➡️ La quatrième dimension, qui s’appuie sur les travaux de 20093 de Paul Silvia, un psychologue de l’Université de Caroline du Nord de Greensboro, repose sur le principe de la tolérance au stress, la volonté d’accepter et même d’exploiter l’anxiété associée à la nouveauté, à l’inconnu.

➡️ La cinquième dimension, inspirée par Zuckerman, repose sur la volonté de prendre des risques, physiques, sociaux et financiers, pour acquérir des expériences variées, complexes et intenses.

Retour à Explorers

Dans ce jeu, tout est dans le titre. Vous incarnez un ou un exploratrice qui vient tout juste de débarquer dans un nouveau monde plein de richesses. Richesses qu’il va falloir exploiter de manière judicieuse afin de surpasser les autres qui vous accompagnent.

Chaque personne reçoit un plateau de jeu modulable dans lequel viennent s’insérer 3 tuiles de décompte : aliments, villages et gemmes, ainsi que 4 tuiles paysages placées dans une disposition communes à tout le monde.

Un des 4 villages représenté sur les quatre cartes paysages est sélectionné comme point de départ.

Le jeu se déroule en 4 manches de 7 tours.

8 cartes « exploration » représentant deux voire quatre types de terrain de déplacement. sable, montagne, eau, herbe, sont disposées face cachée. À tour de rôle on va les retourner et attribuer le choix de terrain à chaque aventurier, le premier terrain face à la personne dont c’est le tour est en cours et le second pour les autres.

Les aventuriers vont alors se déplacer en cochant 3 cases dans la direction de leur choix, mais en respectant scrupuleusement le terrain tiré au sort qui leur a été attribué. Les déplacements sont simples mais doivent répondre à deux règles :

  • La case cochée doit être adjacente orthogonalement à une autre case cochée
  • Toutes les cases cochées doivent appartenir au même terrain tiré au sort. Des jokers sont possibles

Et le but du jeu ?

Tout au long de la partie, il s’agira de trouver des objets ou de visiter des lieux pour récolter un maximum de points de victoire ou de pouvoirs permettant des actions spécifiques.

La première manche prend fin lorsque les tuiles « exploration » ont toutes été tirées. À la fin de chaque manche, on effectue un décompte intermédiaire.

Au terme des quatre manches la comptabilisation des différents items désignera le ou la meilleure exploratrice.

Explorers est un pur petit jeu flip and write familial. Tu pioches et tu coches, à l’instar de Welcome to et le tout récent Welcome to the Moon. Très facile à comprendre, des parties rapides à chaque fois renouvelée avec la satisfaction de rechercher les meilleurs trésors sur les cartes d’exploration.

Les visuels, sans être innovants, sont très lisibles et efficaces et permettent une bonne immersion dans la peau d’une ou d’un chasseur de trésor.

Les différentes dalles modulables tirées au sort permettent une bonne rejouabilité avec des défis apportant de nouvelles difficultés. Le cadre dans lequel viennent s’insérer les dalles facilite une mise en place identique pour tout le monde mais a tendance à se soulever. Et à rendre l’utilisation du matériel beaucoup moins pratique. C’est un détail, certes, mais l’ergonomie du jeu s’en trouve quelque peu affectée.

L’utilisation de cartes et feutres effaçables est pratique, économique et bien pensée. À relever toutefois que des pointes de feutre plus fines auraient encore facilité le marquage des déplacements et des scores.

Explorers, ça vaut le détour ? On sort nos chaussures de rando ?

Explorers est un petit jeu sans grande prétention, mais qui fait le taf ! Petite boite facile à transporter, proposable pour des parties rapides à une très grande diversité de public. Un vrai jeu de 8 à 99 ans !

Le thème est attirant pour le plus grand nombre et on se laisse vite prendre au jeu de la fouille.

Un regret ? Qu’il ne soit prévu que pour 4. Un choix limité lors de soirées jeux ou retrouvailles en famille (ça existe encore ça avec le/la covid ???).

Explorers, verdict

Bon alors, Explorers ? Oui ou non ?

Soyons honnêtes. Explorers n’est pas le jeu de l’année. Il ne nous a pas fait vibrer. En revanche, il fait peut-être partie des petits jeux à avoir dans sa ludothèque et à sortir de temps en temps. De temps en temps.

Pas incroyable, mais pas mal.

Note : 3.5 sur 5.

  • Auteur : Phil Walker-Harding
  • Illustratrice : Sabrina Miramon
  • Éditeur : Ravensburger
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 20 minutes (bonne estimation)
  • Thème : Exploration
  • Mécaniques principales : Flip & write (tu pioches et tu coches)

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