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Jeux de plateau

Faut-il boycotter les jeux de société dans l’orbite Bolloré ?

🚫 Acheter Tag Team ou Flip 7 finance-t-il l’empire Bolloré ? On enquête sur Hachette Boardgames, boycott et démocratie culturelle en jeu.


Dans la boîte, l’empire : Enquête sur Hachette Boardgames et Vincent Bolloré

Vincent Bolloré, copyleft, CC BY 3.0 https://creativecommons.org/licenses/by/3.0, via Wikimedia Commons

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L’essentiel en 3 points :

  • Hachette Boardgames regroupe plusieurs marques majeures du jeu, dans l’orbite Louis Hachette Group, dont Bolloré est actionnaire de référence.
  • Aucune bollorisation éditoriale documentée dans les studios de jeux à ce jour ; le problème est surtout économique, symbolique et démocratique.
  • Le boycott peut être un signal, mais il gagne à être ciblé : transparence, achat d’occasion, soutien aux indépendants, vigilance des médias et festivals.

On achète une boîte de Tag Team pour poser des cartes et remporter la partie. Pas pour financer une bataille culturelle. Et pourtant, en 2026, la boîte ne tombe plus vraiment du ciel. Nous voilà à remonter une chaîne capitalistique jusqu’à Bolloré.

Depuis l’affaire Grasset et le départ fracassant de nombreux auteurs et autrices, depuis surtout le geste du chanteur Dominique A – qui a annoncé ce 28 avril ne plus se produire à L’Olympia ni au Casino de Paris et boycotter les boutiques Relay – une question remonte jusque sur nos tables de jeu : faut-il, nous aussi, boycotter les jeux de société liés à l’écosystème Hachette / Bolloré ?

Est-ce que signer un jeu chez un éditeur appartenant (de près ou de loin, on y reviendra plus bas) à Bolloré, c’est signer avec l’extrême-droite ? Est-ce que jouer à un jeu de société édité par un éditeur appartenant (de près ou de loin, encore une fois) à Bolloré, c’est financer le RN ? Alors, faut-il, comme le chanteur, nous aussi, boycotter les jeux de société liés à l’écosystème Hachette / Bolloré ?

La question pique. Elle pique parce qu’elle touche à des jeux aimés, pas à des tracts. Tag Team, Flip 7, Faraway, Oriflamme, Decrypto, Akropolis, It’s a Wonderful World, Zombie Kidz Evolution. Des boîtes excellentes, souvent primées, portées par des auteurs, autrices, illustrateurs, illustratrices, développeuses, équipes éditoriales et boutiques qui n’ont rien demandé à personne. Mais elle pique aussi parce que le jeu de société adore se croire hors du monde. Autour d’une table, on coopère, on bluffe, on calcule ses majorités. Et puis, entre deux manches, on découvre que l’argent circule. Toujours.

Alors, faut-il boycotter ? La réponse honnête tient mal en un tweet. Oui, il y a des raisons sérieuses de refuser d’alimenter une concentration culturelle jugée dangereuse pour le pluralisme démocratique. Non, tout mettre dans le même sac serait paresseux, et même injuste. Le vrai sujet n’est pas de savoir si les jeux sont bons. Ils le sont souvent. Le sujet, c’est de savoir ce que l’on fait quand une partie importante de la culture – livres, médias, salles, points de vente, et maintenant jeux – se retrouve dans une même architecture d’influence.

De la boîte de jeu à Louis Hachette Group

Commençons par le dur, le vérifiable, le pas forcément sexy : la chaîne capitalistique. Hachette Boardgames est officiellement une branche de Hachette Livre dédiée aux jeux de société. Le site de Hachette la présente comme regroupant notamment Gigamic, Studio H, Funnyfox, Le Scorpion Masqué, Sorry We Are French, Catch Up Games, La Boîte de Jeu et Hiboutatillus, ainsi que les distributeurs Gigamic et Blackrock Games en France. Lagardère, de son côté, décrit aussi Hachette Boardgames comme une entité qui édite et distribue des jeux sous ces marques.

Au-dessus, Hachette Livre est porté par Lagardère Publishing. Lagardère est dans le périmètre de Louis Hachette Group. Et dans le rapport annuel 2025 de Louis Hachette Group, le groupe Bolloré apparaît comme actionnaire de référence, avec 31,03 % du capital et 31,05 % des droits de vote exerçables au 31 décembre 2025. Le même rapport précise aussi que Louis Hachette Group n’est pas une société contrôlée au sens de l’article L.233-16 du Code de commerce français. Voilà. C’est moins simple qu’un slogan, mais ce n’est pas rien.

Ce point est important : dire « les jeux Bolloré » est commode, politiquement parlant. Mais journalistiquement, il faut préciser. On parle plutôt de jeux situés dans l’orbite Hachette Boardgames / Louis Hachette Group, avec Bolloré comme actionnaire de référence au sommet du dispositif. C’est long. C’est moche. C’est moins Twitter-compatible. Mais c’est clairement plus juste.

Dans le détail, les degrés d’intégration varient. Gigamic est présenté comme acquis par Hachette en 2019 et figure dans la liste des sociétés consolidées. Blackrock Games y apparaît avec 90 % de contrôle dans le rapport 2025. La Boîte de Jeu est listée avec 56,67 % de contrôle. Le Scorpion Masqué apparaît aussi dans les sociétés consolidées, avec 51 % de contrôle. Studio H, lui, est surtout présenté comme studio ou marque interne de Hachette Boardgames. Sorry We Are French a été acquis par Hachette Livre en 2021 et apparaît dans la communication de Hachette comme studio de création intégré au pôle.

Autrement dit : ce n’est pas une rumeur sur un obscur forum. C’est une cartographie documentée. La seule prudence consiste à ne pas écraser toutes les situations sous une même étiquette.

Pourquoi le sujet explose maintenant

Dominique A

Parce que Grasset. Parce que Dominique A. Parce qu’une partie du monde culturel français a soudain cessé de parler à demi-mot.

À la mi-avril 2026, plus de trois cent auteurs et autrices annoncent quitter Grasset après le départ d’Olivier Nora, patron historique de la maison depuis vingt-six ans. Plusieurs médias rapportent que le remplacement par Jean-Christophe Thiery, proche de Vincent Bolloré et déjà à la tête de Louis Hachette Group, a été perçu comme un basculement. Des auteurs et autrices parlent d’indépendance éditoriale menacée, de liberté créatrice, d’un refus d’être pris dans une guerre idéologique. Le chiffre des signataires enfle ensuite autour de la demande d’une clause de conscience dans l’édition.

Puis Dominique A prend le relais sur un autre terrain. Pas le livre : les lieux. Il annonce son boycott des boutiques Relay que l’on retrouve dans les gares, de L’Olympia et du Casino de Paris, tous reliés à l’écosystème Bolloré par les chaînes Canal+ et Lagardère. Son geste est simple, lisible, presque brutal : il ne vise pas une chanson, ni une oeuvre précise, mais des points de contact. Des portes d’entrée. Des lieux où l’on achète, où l’on joue, où l’on se montre.

Et c’est là que le jeu de société devient concerné. Pas parce que Tag Team contiendrait un message politique caché entre deux cartes. Pas parce que Faraway serait un tract. Mais parce que le jeu est désormais dans la même grande famille économique que le livre, la distribution, certaines salles, certains médias. Il fait partie du décor. Même s’il continue à faire comme si de rien n’était.

Le jeu de société, ce loisir qui se croyait neutre

Le milieu ludique adore une formule : « on est là pour jouer ». Elle est confortable. Elle est même souvent vraie. Les auteurs et autrices de jeux ne sont pas des éditorialistes. Les développeurs ne se lèvent pas le matin en se demandant comment pousser une ligne idéologique. Une partie de Sky Team, c’est deux personnes qui essayent d’atterrir sans hurler. Une partie d’Akropolis, c’est de la tuile, de la hauteur, un scoring malin. Decrypto, c’est de la déduction en équipe. Rien de tout cela ne ressemble à une matinale de CNews.

À ce jour, c’est même l’argument le plus fort contre un appel au boycott généralisé : il n’existe pas, dans les sources publiques consultées, de cas documenté de censure interne, de réécriture imposée, de purge d’auteur ou de départ lié à Bolloré dans les studios de jeux concernés. Les catalogues continuent. Les équipes connues restent souvent en place. Les jeux sortent. Les prix tombent. Sky Team a remporté le Spiel des Jahres 2024 ; Faraway a été distingué à l’As d’Or ; Oriflamme, Akropolis, Micro Macro, selon les labels concernés du pôle, ont aussi nourri un palmarès très solide ces dernières années.

On peut même dire les choses franchement : si l’on regarde uniquement la production ludique, Hachette Boardgames a beaucoup mieux travaillé que bien des groupes plus bruyants. Les catalogues sont variés. Les objets sont soignés. Les choix éditoriaux, jusqu’ici, ne ressemblent pas à une mise au pas idéologique. C’est le piège. Ce sont précisément de bons jeux.

Mais un boycott culturel ne vise pas toujours le contenu. Parfois, il vise le tuyau. Le flux financier. La marque qui rend sympathique un ensemble moins sympathique. Et là, l’argument revient par la fenêtre.

Les raisons de boycotter

L’argument pro-boycott le plus sérieux n’est pas : « ces jeux sont mauvais ». Il est : « ces jeux nourrissent un écosystème que je refuse de normaliser ». C’est très différent.

Quand une même sphère économique relie édition, presse, radio, distribution, salles de spectacle et jeux de société, elle ne vend pas seulement des produits culturels. Elle organise aussi leur visibilité. Qui est invité ? Qui est mis en avant ? Qui a droit aux vitrines, aux plateaux, aux opérations de communication, aux espaces dans les gares, aux relais médiatiques ? Le problème n’est pas la boîte de jeu posée sur la table. Le problème, pour les critiques de Bolloré, c’est l’effet de boucle : un empire capable de faire circuler les mêmes récits dans plusieurs canaux à la fois.

Dans cette logique, acheter une boîte neuve d’une marque Hachette Boardgames ne fait évidemment pas basculer une élection. Soyons sérieux. Mais ce n’est pas non plus neutre. Une partie du prix remonte vers l’éditeur, le distributeur, le groupe, les actionnaires. Modestement. Indirectement. Mais réellement. Le consommateur ou la consommatrice qui dit « je ne veux plus participer à ça » n’est pas folle ou fou. Il et elle pose une limite.

Le boycott sert alors de signal. Il dit : je vois la chaîne. Je refuse que l’affection que j’ai pour un jeu familial, un jeu coopératif, un jeu primé serve à vernir une concentration culturelle que je juge toxique. C’est le même raisonnement que celui de Dominique A : il ne boycotte pas les fauteuils de l’Olympia parce qu’ils auraient une opinion politique. Il boycotte l’appartenance du lieu à un système.

Dans le jeu, ce geste peut prendre plusieurs formes. Ne pas acheter neuf. Ne pas relayer les communiqués de presse. Ne pas programmer une marque en festival. Ne pas mettre une nouveauté en avant sur un média (le nôtre ?) ou une boutique. Ou, plus radicalement, refuser toutes les marques du pôle. La question devient alors : quelle forme est efficace, lisible et juste ?

Les raisons de ne pas boycotter aveuglément

C’est ici que le slogan se casse un peu les dents. Parce qu’une boîte de jeu n’est pas une chaîne d’info. Elle a des auteurs, des autrices, des illustratrices, des graphistes, des développeurs, des chefs de produit, des commerciaux, des logisticiens, des boutiques derrière elle. Un boycott réussi ne commence pas par toucher Vincent Bolloré dans son sommeil. Il touche d’abord des gens beaucoup plus proches du carton, du stock, de la facture fournisseur.

La Boîte de Jeu est l’exemple le plus parlant. Hachette en contrôle la majorité, oui. Mais les fondateurs et l’équipe restent identifiables, la structure reste de taille humaine, et les jeux ont une histoire propre. Punir indistinctement It’s a Wonderful World ou Back Stories n’a pas le même sens que refuser un point de distribution massif ou une vitrine médiatique nationale. Même logique pour Le Scorpion Masqué : derrière l’excellent Tag Team, il y a deux auteurs, Gricha German et Corentin Lebrat, un travail de développement, une équipe, un succès qui ne se résume pas à son actionnaire.

Il y a aussi la question des boutiques. Blackrock Games et Gigamic ne sont pas de simples logos sur des boîtes ; ce sont aussi des distributeurs. Ils alimentent des magasins indépendants, ceux-là mêmes qui luttent déjà contre Amazon, les marges serrées et la surproduction. Un boycott mal pensé peut finir par fragiliser les mauvais maillons.

Et puis il y a la cohérence. Si l’on boycotte Hachette Boardgames parce que la chaîne de propriété pose problème, que fait-on d’Asmodee, coté en Bourse après sa séparation d’Embracer ? Que fait-on de Hasbro, Mattel, Ravensburger, des fonds, des holdings, des licenciements, des stratégies de rendement ? Et quid de Super Meeple, un éditeur parisien, indépendant, qui se fait depuis 2024 distribué aux US par… Hachette ? On boycotte aussi ? La pureté éthique d’une ludothèque est un mythe assez fragile.

Ce contre-argument ne disqualifie pas le boycott. Il oblige simplement à le penser. Un boycott n’est pas une confession de pureté. C’est un outil. Et un outil mal utilisé finit parfois par taper sur les doigts de celles et ceux qu’il prétend défendre.

Informer, cibler, soutenir

La position la plus solide, à mes yeux, tient en trois verbes : nommer, cibler, soutenir.

Nommer, d’abord. Les médias ludiques, boutiques, festivals et influenceurs pourraient indiquer plus clairement les appartenances capitalistiques. Pas pour coller des gommettes morales sur les boîtes – non, vraiment pas – mais pour donner aux joueurs et aux joueuses une information simple : telle marque appartient à tel groupe. On le fait déjà pour les auteurs, autrices, les illustrateurs et illustratrices, les mécaniques, les âges. Pourquoi pas pour les groupes d’édition ?

Cibler, ensuite. Refuser une marque entièrement intégrée, ne pas mettre en avant une nouveauté, privilégier l’occasion, éviter certains distributeurs quand une alternative existe, ou réserver le boycott aux points les plus visibles de l’écosystème : voilà des gestes plus lisibles qu’un grand « plus jamais aucune boîte ». Le public comprend mieux un boycott quand la chaîne est claire. Relay, L’Olympia, le Casino de Paris : pour Dominique A, c’est lisible. Dans le jeu, Blackrock et Gigamic, par leur rôle de distribution, ou les opérations de communication centralisées de Hachette Boardgames, sont des points plus structurants qu’une petite équipe éditoriale isolée.

Soutenir, enfin. Parce qu’un boycott qui ne propose pas d’alternative devient vite une posture triste. Le marché ludique francophone regorge de microéditeurs, de maisons indépendantes, de distributeurs plus modestes, de projets qui se battent avec trois bouts de ficelle et un tableur Excel qui menace de prendre feu. Les soutenir, ce n’est pas juste « ne pas acheter Bolloré ». C’est acheter autrement. C’est demander à son festival local de programmer des indépendants. C’est faire vivre les boutiques qui expliquent les jeux plutôt que les plateformes qui les empilent.

Il y a aussi un sujet contractuel. Après Grasset, la clause de conscience est revenue sur la table dans l’édition. Le monde du jeu pourrait s’en inspirer : que peut faire un auteur si son éditeur est racheté par un groupe dont il refuse l’orientation ? Comment récupérer ses droits ? Comment éviter que son travail serve malgré lui une stratégie politique ? Ces questions semblent techniques. Elles sont vitales.

Alors, faut-il boycotter ?

Oui, si votre objectif est d’envoyer un signal clair contre la concentration culturelle autour de Bolloré et si vous acceptez d’en assumer les conséquences. Oui, si vous ciblez votre geste et que vous l’expliquez. Oui, si vous compensez en soutenant activement d’autres éditeurs, pas seulement en faisant la morale aux joueurs et joueuses qui achètent encore Tag Team pour jouer avec leur partenaire le dimanche soir.

Non, si le boycott devient un automatisme paresseux, une liste noire sans hiérarchie, une manière de se donner bonne conscience en tapant sur des équipes qui n’ont ni le pouvoir ni les dividendes. Non, si l’on confond l’objet ludique avec la ligne politique de l’actionnaire. Non, surtout, si l’on exige des autres une pureté qu’on ne tient pas soi-même dès qu’il s’agit de téléphone, de banque, de streaming ou de livraison gratuite en vingt-quatre heures.

La réponse Gus&Co, si l’on veut la formuler sans enfiler les gants blancs : ne faites pas semblant de ne pas savoir. Une fois la chaîne connue, chacun arbitre. Acheter d’occasion, emprunter, éviter de promouvoir, boycotter certains points, soutenir des indépendants, demander des clauses de conscience, poser des questions aux festivals, aux boutiques, aux éditeurs. Tout cela vaut mieux que le silence poli.

Le jeu de société est un loisir. Mais ce n’est pas une bulle sous vide. Il passe par des imprimeurs, des bateaux, des distributeurs, des groupes, des médias, des festivals, des boutiques, des mains qui scannent des codes-barres et d’autres qui signent des chèques. Le nier, c’est jouer avec la variante débutant de la réalité.

Le mot de la fin

Faut-il boycotter les jeux Bolloré ? La meilleure réponse n’est peut-être pas « oui » ou « non ». Elle est : « qu’est-ce que je veux rendre visible ? » Si le but est de dénoncer une emprise culturelle, le boycott peut fonctionner comme une torche. Pas comme un marteau. Il éclaire une chaîne, il force un débat, il met de l’inconfort là où l’industrie préfère souvent parler matériel double-couche et mode solo.

Et c’est déjà beaucoup. Une table de jeu, après tout, c’est l’endroit où l’on apprend à lire les règles. Il serait dommage de ne pas lire celles qui organisent le marché. Dans un jeu de majorité, on regarde toujours qui contrôle la zone. Dans l’édition aussi.

Boycotter les jeux Hachette Boardgames, pour vous, c'est...

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37 Comments

  • Fred de Gus&Co

    Excellent article qui fait écho à mon cas de conscience relativement récent concernant Studio H. J’étais un peu embarrassé d’adorer « Oriflamme » et « Suspects » tout en me disant « mince, Hachette, Bolloré quoi quand même! » :-/
    Alors certes, j’ai acquis ces titres d’occasion, mais cela m’exempte-t-il moralement ? Je ne suis pas sûr.
    Mais je tiendrai le même discours que concernant les statues que certains préconisent de déboulonner, de chansons ou de tableaux à effacer des mémoires : je préfère qu’ils continuent d’exister, mais qu’on en fasse un usage éclairé. Ne pas diaboliser ni encenser, mais nommer, comme tu le dis. On peut jouer responsable, en étant pas dupe et soulignant ce qui est bien et condamnable dans l’objet-jeu questionné. Informer, éclairer, mais jamais idéaliser ou occulter.

  • Benedyct

    L’article est excellent, comme toujours, tant sur le fond que sur la forme. La question fondamentale pour moi reste l’emprise sur le média utilisé. Si demain l’un des jeux affiche plus ou moins clairement des idée nauséabondes, si les auteurs sont censurés, sinon leur impose un cadre idéologique, il n’y aura pas de questions à se poser. En l’état je pense avant tout aux auteurs et autrices, aux illustratrices et illustrateurs, à celles et ceux qui sont à la source et qui souffrent déjà beaucoup. C’est à cet endroit que va mon soutien. Bollore je le boycotte au niveau de sa presse, de ses lieux et des maisons d’édition auxquelles nous soumettons mon épouse et moi modestement nos albums jeunesse.
    Mais oui on ne peut pas dire « on ne sait pas ». Courage à toutes et tous face à cette vague bien sombre qui ne cesse d’enfler.

    • Geraldo

      C’est moi où la quantité de commentaires réactionnaires à cet article (nécessaire) est inquiétante ?
      Mention spéciale pou celui qui argue que le « camp de la droite » n’a que le « droit de subir »… alors qu’on parle de Bolloré 🙃

  • Jo

    Vous considérez donc que tout les joueurs ont un problème avec Boloré. Quand on voit le résultat des élections, je suppose qu’une partie des français (donc certainement quelques joueurs) peuvent apprécier ce milliardaire.

    • Julien

      Bravo pour ce très bel article qui amène à réfléchir sérieusement… Certains ne se sentiront pas concernés, mais je fais partie de ceux qui effectivement, réfléchiront à leur façon de « consommer » leur passion ludique !

    • Julian

      Les habitants d’un de nos voisins européens, par le passé, avaient aussi considéré certaines personnes comme des futurs dirigeants du pays, capables de les sortir de la situation difficile du pays. Les opposants avaient critiqué ces futurs dirigeants, ils ont fini par se taire à jamais. Si vous regardez les mairies d’un célèbre parti politique, ceux qui les critiquent finissent par perdre des locaux, des subventions, le droit d’exister tout simplement. Mais comme à une certaines époque, nous sommes aveuglés par les « beaux discours »…

  • Jacou

    C’est un article de « Libé »? C’est marrant que dans un univers culturel au sens large français dominé à 90 % par la gauche on arrive à se focaliser sur un « homme de droite ».
    Aucun contre exemple cité dans cet article…c’est bizarre (ou pas)?
    Ah oui les « heures sombres »…..

    • Fabien

      Le monde se divise en 2
      Le camp du bien : la gauche
      Là, tout est permis :
      Au nom de la démocratie, on interdit
      Au nom du pacifisme, on est violent, et on peut même tuer
      Au nom du féminisme, on ne soutient pas les femmes victimes d’OQTF
      Au nom du de l’anti racisme, on peut traiter les blancs de moches
      Dans l’autre camp, le camp du mal:
      On a un droit, celui de subir, et payer….

    • Zek

      Au-delà des enjeux idéologiques (que chacun appréciera en fonction de sa sensibilité), cette histoire interroge quand même les joueurs que nous sommes, et ça qu’on le veuille ou non : est-ce que les petits jeux artisanaux portés par des passionnés qui ont une bonne idée ont encore un avenir, où est-ce qu’on va vers une standardisation du jeu qui favorisera les titres grand public à gros volume dans une logique purement financière ? Est-ce que les petits créateurs ont encore une chance de s’en sortir ? La tendance aux rachats de petits éditeurs pour former ou faire grossir des mastodontes telle qu’Hachette, Asmodée, Hasbro, Ravensburger est quand-même très marquée ces derniers temps …

      Qu’est-ce qu’on peut y faire ? Acheter dans les boutiques spécialisées, soutenir les petits éditeurs, se tourner vers le crowdfunding (faut de + en + avoir le goût du risque) et … c’est à peu près tout. Et encore, si un petit éditeur sort une pépite il y a fort à parier qu’il se fasse avaler par un des gros poisson de la chaîne alimentaire ludique !
      Et est-ce qu’on va bouder un super jeu produit par un gros industriel ? Ça fera quoi au final, si on’oense qu’un seul consommateur sur 100 le fera !

      L’origine du problème dépassse la sphère ludique, la solution aussi. Ce n’est pas du fatalisme, juste de la lucidité. Il vaut mieux combattre les géants que les moulins à vent !

  • ericmasclaux

    Il manque une proposition pour le sondage : je joue d’abord et je milite nulle part !
    Le seul critère pertinent pour que j’achète un jeu est l’intérêt que je vais avoir à y jouer…et je n’ai que faire de savoir s’il est écolo , charabia responsable ou hypogauchiste …

  • Rody Sansei

    J’avoue militer ailleurs, même si une petite voix me dit que ce n’est pas bien.

    Mais en y réfléchissant un peu plus, j’en veux finalement plus à ceux qui ont vendu leur boîte pour des raisons purement pécuniaires à cette grosse société, sachant pertinemment qui en était à la tête…

    J’ai un peu le même problème avec Dargaud, grand éditeur de BD, qui appartient à un groupe qui fait tout son beurre en vendant des bibles et autres ouvrages religieux..

  • BackDraft

    C’est toujours drôle de voir les chantres de la liberté s’interroger sur la meilleure façon de censurer ceux qui ont une vision différentes de la leur.
    Dois-je boycotter free pour ses accointances avec l’extrême gauche, a quand l’article ?
    Je vous laisse à votre bonne concience et me faire une bonne partie.
    Je continuerai de lire ce site qui malgré son parti pris politique nous pond de très bon articles ludique, comme quoi savoir séparer les choses dans un monde en perte de nuance est sûrement la meilleure chose à faire…

    • guillaume75boyer

      Mille merci pour votre commentaire !!!
      C’est tellement nécessaire et fondamental par les temps qui courent.
      Pier Paolo Pasolini : « Le fascisme peut revenir sur la scène, à condition qu’il s’appelle anti-fascisme. »

  • Patrick Carpentier

    Je comprends le concept. Mais si je dois vérifier toutes les implications quand j’achète la moindre chose, ça va être difficile de vivre, sauf je commence à cultiver mon jardin, élever des poules et me priver de bien des biens, y compris smartphone et ordinateur 🙂
    Quid de l’eau, de l’électricité et du gaz dont je me sers dans la vie quotidienne ?
    Il faut savoir commencer, mais il faut aussi savoir s’arrêter…

  • Richard

    – Un souverainiste doit-il boycotter un jeu si la maison d’édition est dirigée par un européiste ?
    – Un joueur libéral doit-il boycotter un jeu si son auteur est sympatisant communiste ?
    – Un illustrateur anti-woke doit-il est banni des ludothèques ?
    – Un bêta testeur populiste doit-il être exclu ?
    – Faut-il lire les règles écrites par un progressiste si l’on est conservateur ?
    – Doit-on arrêter de vendre des jeux d’un auteur star si l’on apprend qu’il ne vote pas comme il faut ?
    – Si le patron de la boutique qui me vend mes jeux regarde CNEWS est-ce que je dois acheter des jeux chez Amazon ?

    • Archy

      Bien-sûr sue non, boycotter Sartre et Beauvoir car c’est des amis de Staline le tueur ça serait pas bien quand même car c’est des gentils lol

  • Redeagle

    A quand « je boycotte Gus parce qu’il est suisse » (parce que la Suisse c’est le pays des banques et un paradis fiscal mondialement connu où beaucoup de célébrités vont en vacances et qui contribue au réchauffement climatique à cause des pets de ses nombreuses vaches laitieres….bla bla bla (petit échantillon de stéréotypes à 2 balles je m’arrête là). Où comme cela a déjà été dit plus haut : pourquoi chercher de la politique là où le sujet est précisément mis de côté : les joueurs eux mêmes. Je joue d’abord je milite ailleurs (ou je milite pas du tout). Dans le monde actuel, il reste peu de loisirs qui permettent de rassembler. Si l’on commence à mettre ses idées politique comme critère principal pour déterminer à quoi on joue et donc avec qui on joue le jeu va devenir communautaire et ne pourra plus etre appelé jeu de société!
    Le boycott c’est pas juste je n’achète pas; c’est aussi je n’utilise pas le produit même si je n’ai pas dépensé mon argent (ce serait donner une caution morale) et donc je snobe les gens qui ont acheté le produit (nous n’avons pas les mêmes valeurs dixit une célèbre marque de riettes)

  • Florent Roussel

    Se poser la question suffit mais cela reste léger et complètement parcellaire voire hypocrite de balancer les noms d’éditeurs…
    Arrive-t-on à éviter complètement les banques (même s’il existe une ou 2 alternatives), Vinci, total, eiffage, nestlé, Arnault, Bolloré, les produits importés et fabriqués dans des conditions d’esclavage??
    Bien sûr que non vu que ces milliardaires rachètent tout et que nous sommes dans la mondialisation et le capitalisme dérégulé.
    Ou alors on vit dans une grotte en auto suffisance.

    Faut-il rester passif? Bien sûr que non.
    Peut-on mener tous les combats? Bien sûr que non!
    Faut-il balancer les éditeurs en posant une question sur le boycott? Franchement pour moi non.

    Quand la ligne éditoriale des jeux changera, quand des jeux aux idées nauséabondes feront leur apparition, oui vous pourrez inviter au boycott et l’organiser, et je signerai, mais en faire un sujet au delà du simple questionnement lié à la news cela fait du tort à des gens sérieux, qui bossent d’arrache-pied et qui n’ont pas besoin d’être montré du doigt pour quelque chose qu’ils ne maîtrisent pas.

    Bolloré ne sait même pas qui sont les éditeurs que vous citez en les jetant à l’opprobre, ou à la réflexion personnelle dira t on si je veux être moins caricatural.
    Par contre les manuels scolaire et Hachette éducation, là, menez une enquête, sur les SVT, y aura matière à la dénonciation.

    Bien sûr qu’il faudra être vigilant et voir si des jeux avec certains thèmes progressistes seront censurés mais pas la peine de crier au loup en attendant et ainsi porter préjudice aux éditeurs concernés.

  • Sam D

    La phrase « Punir indistinctement It’s a Wonderful World ou Back Stories n’a pas le même sens que refuser un point de distribution massif » m’a profondément choqué. Donc mettre au chomage les pauvres gens qui travaillent dans les Relays avec un emploi souvent peu gratifiant et mal payé, c’est un non sujet à la différence d’acheter ou pas un jeu de plateau ?

    Tout boycott efficace de l’empire Bolloré implique d’envoyer des gens au chomage, et ceux qui sont virés sont souvent les plus précaires. C’est un choix, une question de valeurs mais que, pour Gus, en dehors du jeu de plateau, les dégâts liés au boycott ne méritent même pas d’être cités ne correspond pas à ma vision du monde (mais je ne pense pas le boycotter pour cela).

    • Kajolyne

      Les Relay répondent à une demande : acheter de quoi s’occuper pendant le voyage, de quoi grignoter, du petit matériel de voyage (cable USB, ecouteurs..), etc.
      Quand j’ai voyagé (USA et Europe), je n’ai jamais vu une local commercial vacant dans une gare ou un aeroport, il y avait toujours des équivalents des enseignes françaises. Visiblement, c’est rentable.
      Et tous ces commerces, Relay ou autre, ont besoin de salariés pour gérer la quantité de clients pressés, sur des plages d’ouvertures importantes.
      Si Hachette décidait de se séparer des Relays, les seules choses qui changeraient, ce serait l’enseigne au dessus de la porte et à qui va l’argent

  • NoOnecares

    Merci de ne rien donner à Bolloré. Investissons dans d’autres éditeurs qui feront appel à la main d’œuvre à bat coût from du tiers monde 😇

  • gilgamesh

    c’est marrant parce que la question ne se pose pas s’il faut boycotter des jeux fabriqués en Chine, pays au gouvernement totalitaire, limite génocidaire, anti-occidental etc. n’en jetez plus
    Ah oui! on peut pas car ils fabriquent 99% des jeux donc on ne pourrait plus jouer.
    En fait les boycotts c’est juste quand ça nous gêne pas trop ?

    Qui a quitté instagram, X, facebook, whatsapp et google depuis qu’ils ont prếté allégeance à Trump ?

    La vie est une question de compromis, entre autres moraux. Le radicalisme est une démission de l’intelligence.

  • Bobo

    Même si je n’ai pas d’affection particulière pour Bolloré, je trouve cet article franchement hypocrite.

    On en vient à blâmer le client qui achète un jeu chez son commerçant local sous prétexte que, quelque part dans la chaîne, un actionnaire jugé « indésirable » détient une part du distributeur. Mais dans le même temps, on dédouane complètement les acteurs économiques qui, eux, ont profité du système en cédant leur entreprise (et en s’en mettant plein les poches au passage), souvent en toute connaissance de cause.

    Et puis il y a cette idée d’acheter d’occasion, présentée comme une solution morale : on laisse quelqu’un d’autre faire l’achat initial, donc contribuer au système critiqué, puis on récupère le produit à moindre coût, en s’estimant irréprochable. C’est une posture un peu facile.

    Quant à la « clause de conscience » revendiquée par certains auteurs, elle semble d’autant plus aisée à invoquer qu’ils n’ont pas investi financièrement dans l’édition. Leur travail compte, bien sûr, mais l’éditeur, lui, engage des fonds et prend un risque économique bien plus direct.

    Enfin, l’éviction d’Olivier Nora chez Grasset n’est peut-être pas uniquement idéologique. L’éditeur a vu son chiffre d’affaires passer de 16,5 millions d’euros à 12 millions entre 2024 et 2025, et son résultat opérationnel a été divisé par deux l’an dernier. Dans le même temps, la rémunération du dirigeant est passée d’environ 800 000 euros à plus d’un million d’euros annuels. Difficile de ne pas considérer aussi ces éléments.

  • Blob1942

    Pourquoi s’arrêter à Bolloré?
    Je boycotte également tout jeu originaire des us, même distribué en Europe par d’autres boîtes, comme tout autre produit us.

  • Kajolyne

    Je milite IRL contre les idées d’extrême droite (syndicat, collage, marche des fiertés..), alors il faut être cohérent : je ne vais pas financer leur diffusion sur mes loisirs.
    C’est aussi pour ça que j’ai arrêté tout merch Harry Potter depuis des années, et ce n’est pas beaucoup plus difficile pour les jeux : tous les éditeurs sont listés sur la page de Hachette Jeux, ça se vérifie en 2 clics.

  • tchobello

    Ca me choque assez qu’on réduise un jeu de société à son éditeur.
    Pour moi, la priorité restera toujours l’auteur du jeu.

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