Vous trouvez que vous achetez trop de jeux? Trois techniques faciles et éprouvées pour changer ça

Temps de lecture: 7 minutes

Il y a quelques mois en arrière, en pleine frénésie mondiale KonMari, j’ai décidé de faire la putz dans ma ludo

C’est là que je me suis ramassé trois vérités dans les dents. Trois vérités peu reluisantes et douloureuses dont j’ai pris acte et honte

1. J’avais beaucoup, beaucoup de jeux qui se ressemblaient: des deck-buildings plus ou moins similaires, des placements d’ouvriers très proches, des jeux de majorité assez semblables. Au point de me poser une seule question: mais why?

2. J’avais plusieurs jeux encore sous blister et jamais joués. Depuis 1d6 années. Nan mais t’es sérieux là? 😱

3. Mes étagères commençaient à s’affaisser physiquement sous le poids des jeux. Le Tsundoku, le sport national du hobby gamer?

Au point d’en arriver à la conclusion suivante: j’achète (peut-être) trop de jeux

Habit(r)udes

On dit que les habitudes arrivent plus vite qu’elles ne repartent. Les habitudes, ce sont ces trucs qu’on fait et refait sans trop y penser, comme ça, pouf, à lieu et/ou horaire régulier

Les habitudes ne sont pas (toujours) mauvaises. Certaines sont plus nocives que d’autres. Et faut pas pousser, à moins de s’endetter et de devoir vendre son rein gauche, acheter des jeux de société n’est pas vraiment ce que l’on pourrait qualifier de mauvaise habitude. Certes, au lieu de partir plus souvent en vacances ou d’offrir plus de cadeaux à son ou sa partenaire de vie, on dépense son argent durement gagné au labeur pour des bouts de carton et de plastique

Mais alors, d’où viennent ces (sales) habitudes?

Commençons par un truc qui fait du bien. Si vous en avez attrapé, des habitudes, dont celle d’acheter des jeux, trop de jeux, et que vous n’arrivez plus à vous arrêter, voici une bonne nouvelle: vous n’êtes pas un et une flemmarde!

Non, vous n’avez pas de « mauvaises habitudes », vous avez des « moi », des personnalités différentes avec des objectifs différents dans la tête, tous essayant de faire ce qu’ils pensent être le mieux pour le « bien commun », le GRAND « vous ». On pense, on espère être unique, cohérent, solide comme un roc, alors que nous sommes bourré.e.s d’incohérences. C’est tout à fait humain

Le truc, c’est ce que ces différentes personnalités n’ont pas toujours raison et se plantent parfois, au point d’entrer en conflit avec d’autres parties, d’autres objectifs

Ces différents segments, peuvent être nommées « parties ». Ce sont des entités neuronales propres, avec leurs propres sentiments, leurs propres croyances, leurs propres motivations et leurs propres mémoires. Il faut juste reconnaître que ces parties ont des motivations pour tout ce qu’elles font. Rien n’est fait par habitude. Rien n’est juste un schéma de pensée ou de comportements que vous avez appris. Tout (sauf les réactions purement physiologiques bien sûr) est fait par une partie pour une raison, même si cette raison peut être inconsciente (ce qui est souvent le cas, soyons honnêtes)

Comment peut-on discuter, accepter, refuser, et se sentir coupable à ce sujet en même temps? La réponse? Parce que deux « moi » différents entrent alors en désaccord. Une partie craint d’être perdante et cherche à réaliser un objectif, tandis que l’autre a peur d’être stressée et préfère… glander slash se reposer slash allumer Netflix

Alors, qui sont ces autres « moi »? En ce qui concerne les comportements problématiques, genre surfer sur les sites de jeux (dont le nôtre) et faire du lèche-vitrine pour acheter de nouveaux jeux, il faut nous intéresser à trois types de problèmes

Enfant, parent et sauveteur*

*au féminin ça marche aussi

Nous avons tous des peurs. Et nous essayons de faire face à ces peurs. Et par « nous », je veux dire le « nous » dans notre tête

Enfant

C’est le petit nom dramatique donné à nos peurs profondes et à nos croyances négatives. « Je suis stupide. » « Je suis un loser. » « Personne ne m’aime. » « Je ne peux faire confiance à personne. »

Il nous arrivent parfois / souvent de vivre des expériences difficiles, dont nous retirons ensuite des leçons douloureuses que nous retenons alors plus facilement, plus profondément, histoire que ça ne nous arrive pas à nouveau

Sauf que

En les conservant bien proches, bien enfouies, ces peurs finissent par guider nos actions de manière plus ou moins (in)consciente

Donc « Enfant », parce que cette partie de « moi » est bien là, quelque part, bien présente, bien enfouie, mais bien présente

Parent

Comment réussit-on à fonctionner avec ces peurs? Facile. L’enfant intérieur a un parent surprotecteur. Cette voix lancinante dans votre tête qui dit que vous ne travaillez pas assez bien. Que vous êtes faible. Que vous pouvez, devez faire plus. Que vous devez vous mettre au taf pour répondre aux attentes, pour rendre les autres heureux et heureuses

Ce, votre « parent » estime que si vous cédiez aux peurs de l’enfant intérieur, vous seriez paralysé.e.s. C’est ce parent qui vous harcèle sans arrêt et vous incite à vous dépasser. Aller au boulot quand vous ne la sentez pas trop, (plus ou moins) respecter les limitations de vitesse, tout ça. C’est le keuf en soi (petite anecdote marrante, on dit qu’on a tous un policier qui sommeille en soi, ce « parent », donc. En Suisse, ce policier est réveillé 😜)

Sauveteur

Parfois, le parent ne fait pas bien son taf. Ou vous ne l’écoutez pas. Et les peurs de l’enfant se dissipent. Peut-être que l’enfant est terrifié par la perte de son indépendance. On lui dit toujours quoi faire et il ne se sent pas respecté, écouté

Pour éviter que l’enfant ne panique complètement, le sauveteur fait tout son possible pour résoudre le problème. « NE ME DITES PAS QUOI FAIRE! »

Les sauveteurs partagent le même objectif que les parents. Ils cherchent à éviter la vulnérabilité et réduire, éteindre la douleur émotionnelle. Mais bon, les sauveteurs sont des urgentistes. Ils interviennent après coup, lorsque les souvenirs et les émotions des enfants apparaissent malgré les efforts répressifs des parents. Les sauveteurs ont tendance à être féroces et à prendre des mesures extrêmes que les parents détestent, telles que l’abus d’alcool et de drogues, la frénésie alimentaire, les achats excessifs (comme les… jeux de plateau, par exemple mais on y reviendra plus bas)

Ces trois aspects, cette « famille dysfonctionnelle » se bat dans notre tête et notre comportement ressemble à un gros fouillis, d’autant nous ne sommes même pas conscient des objectifs contradictoires de chacun

Impossible de se débarrasser de ces trois parties. Le but ultime de sa vie: être capable d’harmoniser, d’équilibrer le tout: garder les sauveteurs calmes, faire en sorte que les parents vous fassent confiance et déterminer ce dont l’enfant a vraiment besoin pour se sentir en sécurité

Allez, au boulot

Alors maintenant, comment faire pour essayer d’harmoniser le tout pour éviter les déséquilibres, qui peuvent entraîner névroses et compensations?

1) se calmer

Asseyez-vous dans un endroit tranquille. Prenez quelques inspirations profondes par le nez pour expirer par la bouche. Se détendre. Respirer et se recentrer, se concentrer, représente le moyen le plus aisé, le moins cher, aussi, pour retrouver un semblant de calme et commencer de rééquilibrer tout ce joyeux foutoir

Et pourquoi?

Parce que vous voulez vous assurer que vous êtes bien, tranquillou. Être aux prises (c’est le cas de le dire) avec des émotions est ce qui indique au parent de commencer à harceler ou, pire encore, au sauveteur de commencer à frapper à la porte (avec une hache, coucou Shining)

Pensez maintenant à la «mauvaise habitude» principale ou au problème auquel vous faites face. Comme acheter (beaucoup / trop) de jeux de société. Imaginez le “Parent” derrière ça:

Est-ce un parent surprotecteur qui vous pousse à travailler trop dur? Ou un fainéant qui vous tente toujours de procrastiner? Une voix perfectionniste et lancinante qui dit que vous n’êtes jamais assez intelligent.e ou assez beau et belle? Ou une voix critique qui vous dit de ne pas faire confiance aux autres?

Prenez une seconde à l’écart, au calme, et imaginez cette voix comme une vraie personne à part entière. Parce que vous êtes sur le point d’avoir une conversation avec elle…

2) Parlez-leur vous

Oui, vous allez vous parler comme si vous aviez plusieurs personnalités, en utilisant le « tu » plutôt que le « je ». Cela peut vous aider à dissocier, à relativiser, à vous concentrer

Posez-leur vous quelques questions. Dont:

  • Quel est ton rôle dans ma vie?
  • De quoi essaies-tu de me protéger?
  • De quoi as-tu peur si tu ne fais plus ce travail?
  • Pourquoi as-tu envie (d’acheter) ce jeu?

3) Parlez à l’enfant

Tentez de rentrer en discussion avec votre enfant intérieur. Demandez-lui vous de quoi il a / vous avez peur

J’achète ce, ces jeux parce que j’ai peur de rater un truc (hello JOMO), de passer pour un.e has-been si je ne l’ai pas, je veux faire comme les autres (hello, validation sociale). Si je ne le fais pas, je serai un loser

Vous allez donc prendre connaissance, conscience de quoi l’enfant a peur. Et pourquoi le parent fait ce qu’il peut pour protéger toute la « machine ». Ainsi, plutôt qu’un manque de volonté, vous savez pourquoi, au fond, vous vous adonnez à ces « mauvaises habitudes »

Les peurs de l’enfant peuvent être totalement justifiées, liées à une véritable blessure, ou sans fondement. Mais ce sont vos peurs à vous. Et vous pouvez donc agir sur elles. Si si. Ces peurs sont bien réelles, elles doivent être prises au sérieux. La tactique de l’autruche ne fonctionne pas sur le moyen et long terme

Pour conclure par une conclusion

Vous trouvez que vous achetez trop de jeux?

Non, oubliez, ce n’est pas une question de volonté, de maîtrise de soi ou de discipline. Il vous suffit d’apprendre à vous connaître un tout petit peu mieux. Entrez en discussion avec vous-même, avec vos trois différentes parties. Vous pourriez être étonné.e de ce que vous allez découvrir

Voici comment arrêter les mauvaises habitudes sans se prendre le chou:

Il n’y a pas de mauvaises habitudes, mais des idées différentes avec des objectifs contradictoires. Les enfants ont des peurs profondes, les parents s’assurent que ceux-ci ne se déclenchent pas, et quand ça pète, les sauveteurs interviennent et éteignent le feu

  • Discutez avec l’enfant, tentez de comprendre sa peur, son origine, sa motivation, et comment la réduire. C’est souvent cette peur qui motive vos « mauvaises habitudes », comme acheter (beaucoup / trop) de jeux
  • Restez calme et parlez au parent, tentez de comprendre son action
  • Intervenez avant l’intervention du sauveteur, qui viendrait réagir à sa manière, en bloquant le tout

Tout ça vous paraît peut-être un peu trop simple? Il suffirait de s’arrêter deux secondes pour se demander pourquoi on est sur le point d’acheter ce jeu?

Pensez aux processus d’achat. Sur la plupart des sites de vente online, voyages, bouquins, ventes privées, jeux, tout est fait pour faciliter et accélérer le processus: 2-3 clics, votre carte de crédit est reconnue et pouf, le numéro déjà inscrit, etc.

Le but? Vous éviter de « subir des frottements », d’hésiter, de vous poser des questions, à l’enfant, au parent, au sauveteur, et peut-être, au final, vous empêcher de procéder à l’achat. Une fois acheté, c’est trop tard, le « mal » est fait et on se dit qu’on a bien fait (l’effet de consistance qu’on connait bien…)

Une technique que vous pourriez essayer pour réduire vos achats?

11 responses to Vous trouvez que vous achetez trop de jeux? Trois techniques faciles et éprouvées pour changer ça

  1. Article très intéressant qui va bien au delà du jeu… il n’y a pas beaucoup de blog autre que le tien Gus qui offre ce type de mise en perspective sur le monde ludique, bravo !
    Pour ma part j’ai une technique (presque) infaillible pour éviter les achats impulsifs : j’en parle à ma femme – radical –
    Bonne continuation !

  2. Chrys M says:

    Faire la putz dans ma ludo? Une expression Suisse? Je suis à 2 doigts de faire un jeu de mots pourrave avec « la putz » MDR.

  3. Chrys M says:

    Un conseil : Se renseigner sur le jeu avant de l’acheter. Par exemple en feuilletant sur le net son livret de règles, en lisant, éventuellement des critiques (quoiqu’attention à ne pas être trop influencé-e non plus), comme ça, on sait déjà de quoi ça parle, comment on y joue et ça peut nous plaire et plaire aux gens à qui on voudrait le proposer.
    NB : Je n’ai pas encore lu cet article mais je m’apprête à le faire donc désolé si tu en as déjà parlé dedans…

  4. Ange says:

    « Lire des infos sur le net avant d’acheter » oui, par exemple quand gus and Co donne un avis négatif, c’est facile, mais quand l’avis est (très) positif, alors cela vient difficile de ne pas craquer (typiquement pour le dernier opus de Unlock…)

  5. Bis says:

    Lors de mes 3-4 premières années où je me suis lancé dans le jeu de soc’ je dépensais sans compter. Maintenant je fais beaucoup plus attention et je me pose toujours ses fameuses questions avant d’acheter;

    1) Ai je un jeu qui y ressemble ? Ai je vraiment envie de jouer a une variante de ce jeu ou mon jeu actuel est il suffisant ?

    2) Ai je les amis pour jouer a ce jeu? (Exemple; j’ai adoré tragedy looper mais c’est un jeu un peu complexe a sortir surtout avec des amis pas très friant du style manga, dommage j’ai dû faire 3 fois le scénario de base avec différents groupe d’amis mais je suis jamais allé plus loin).

    3) Ai je d’autres jeux a sortir pour le moment ? Si je l’achète pourrais je y jouer assez vite? (Dans les 2 mois disons).

    4) Est il beau? (Question totalement superficielle mais je trouve qu’avec le nombre ahurissant de sorties par mois, le critère de l’esthétique peut entrer en compte, c’est quand même plus agréable de jouer avec de belles illustrations et un matériel de qualité… Et ayant une femme qui a étudier les arts c’est important pour madame aussi :p )

    De plus, je suis une règle a présent sur la propre ludothèque histoire de faire le vide de temps a autre ;

    1) arriverais-je à ressortir ce jeu dans les 6 prochains mois?
    2) Il y a t’il un jeu auquel je n’ai pas jouer depuis 1an et demi / 2 ans environ. (Parfois je fais des exceptions comme pour des jeux excellents mais pas toujours facile a sortir comme Civilization).
    3) Ai je tout simplement envie d’y rejouer là maintenant tout de suite….
    4) Si je n’y joue plus trop, Ce jeu vaut il la peine de rester dans ma ludothèque (ex; heroquest c’est un peu le patrimoine du jeu de plateau, je le garde même si je n’y joue plus, un jeu difficilement retrouva le parce que plus édité etc…).

    Si le jeu ne répond pas favorablement a ses 4 questions…. Je vais chez mon crémier et je le vends (je sais que je peux avoir plus sûr okazeo par exemple mais je m’en fiche un peu de l’argent.

    Au final, je m’en sors bien mieux dans ma gestion de mes achats et de ma ludothèque.
    En 6-8 mois mes a hard sont ciblés et j’ai joué une a plusieurs fois a tout ses jeux; Viticulture la réédition, railroad, Senators (excellent jeu d’enchère!), Le nouveau onedeck dungeon, lindisfarne, une histoire de peluche. Pour autant sinon plus e jeu revendu (suntsu que j’aimais mais ne jouait plus, meeple War, tragedy looper etc ..)

    • Bis says:

      NB: navré pour les fautes, le correcteur n’aide pas trop pour le coup j’aurais dû me relire ^^ ça m’apprendra à faire des longs commentaires sur un portable dans le train. M’enfin j’espère qu’on comprend le sens global :p

  6. Chrys M says:

    Lu et merci pour cet article, je vais y réfléchir.

    Comme le disait Bis, surtout penser à la jouabilité du jeu : est-ce que j’achète ce jeu pour me faire plaisir ou est-ce que j’ai des gens qui sont intéressé-e-s pour y jouer avec moi dans mon entourage?

    Il m’est déjà arrivé aussi d’acheter des jeux, de ne pas avoir de joueur-e-s au moment T, je le revends, X années + tard, je le rachète et paf je trouve des joueurs (D&D jdp, Starcraft…).

    Du coup, une bonne chose à faire c’est aussi de demander à ses proches avant l’achat si justement ils / elles sont intéressé-e-s par ledit jeu;

    très rares sont les jeux qui proposent des modes solo
    (en général, un jeu de société est conçu pour être joué en société, avec des gens mais c’est quand même bien quand les éditeurs pensent un mode solitaire dans les règles).

    Par manque de place ou de sollicitation du cercle amical pour sortir tel ou tel jeu, il m’est déjà arrivé d’en revendre, à contrecoeur;

    au final maintenant, je supprime toutes les boîtes d’origine (elles sont trop grandes et le thermoformage est mal exploité, il faut quand même le dire) du coup je mets les jeux dans des boîtes en carton neutres, banches, achetées sur toutpourlejeu (et j’ajoute le titre du jeu sur les arrêtes).
    Quand on vit dans un 25m², la ludothèque doit prendre le minimum de place possible. J’ai également viré tous les boîtiers DVD / jeux vidéo.

    [certains cartons, d’origine, je les ai encore mais dans mon placard d’entrée].
    Le rangement, c’est tout un art…

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