La hype ludique : Pas de clic, pas de vue, pas de vente
📣 1000 jeux par an et on joue toujours aux mêmes ? Enquête sur la hype, le silence médiatique et le grand bluff du marketing ludique.
Peut-on encore découvrir un jeu sans hype préalable ?
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L’essentiel en 3 points :
- Le modèle Kickstarter et l’influence créent une obsolescence programmée où le désir d’achat remplace souvent le plaisir de jouer.
- La saturation du marché et les algorithmes enterrent les jeux « nuancés » au profit des blockbusters visuels.
- Le salut passe par les ludicaires indépendants, les ludothèques et le « slow gaming » : redécouvrir sa ludothèque plutôt que consommer.
Il est 23h, vous venez de lâcher 150€ sur Kickstarter pour un jeu qui arrivera en 2028, et votre ludothèque déborde déjà. Bienvenue au club.
C’est le paradoxe ultime de notre passion. Jamais nous n’avons eu autant de choix : les étagères de nos boutiques (et les entrepôts de Philibert ?) craquent sous le poids de 1 000 nouveautés par an rien qu’en France. Le marché pèse des milliards, le secteur affiche une croissance insolente… Bref, c’est l’Âge d’Or ! Champagne ! 🥂 Ou pas, ou plus ?
Alors pourquoi a-t-on parfois cette désagréable impression d’étouffer ? Pourquoi, malgré cette abondance, jouons-nous tous et toutes aux trois mêmes jeux au même moment, avant de les oublier la semaine suivante ?
Bienvenue dans l’ère de la découverte sous influence. Nous nous sommes plongés dans les entrailles de la machine à Hype pour comprendre comment le marketing, les algorithmes et notre propre peur de manquer (le fameux FOMO) sont en train de redessiner la carte du tendre ludique. Attachez vos ceintures, on va parler gros sous, écologie, et silence médiatique.
Payer maintenant, jouer (peut-être) dans deux ans
Il faut qu’on parle de Kickstarter. Ce qui était jadis le berceau des créateurs indépendants est devenu une plateforme de précommande de luxe dopée aux anabolisants.
Le modèle est puissant : on ne vous vend plus un jeu, on vous vend une promesse. Mieux, on vous vend de l’exclu. Ces figurines sculptées par des orfèvres ? Ces cartes chatoyantes ? « Exclusif Kickstarter ». Si vous attendez la sortie boutique, vous aurez la version « du pauvre ». Résultat ? On craque. On lâche un « All-in » à 300€ pour un jeu dont les règles sont encore en version bêta. Exemple récent : le succè de ouf de The Witcher Legacy.
Le drame, c’est l’obsolescence programmée de l’enthousiasme. Quand la boîte arrive enfin, 24 mois plus tard, le jeu est déjà « vieux ». La hype est passée, l’attention s’est déplacée vers la prochaine campagne aux promesses encore plus folles. Le jeu arrive, on l’ouvre, on admire le matos… et on le range dans la « Pile de la Honte » en attendant de trouver le temps. Cynique ? Peut-être. Réaliste ? Assurément.
Pourquoi les « bons » jeux meurent en silence
C’est là que notre responsabilité (et celle de nos collègues médias) est engagée. Dans un océan de sorties, la visibilité est devenue la ressource la plus rare.
Les algorithmes de YouTube, Instagram et TikTok détestent la nuance. Ils veulent du « WAOUH », du clash, ou du « MEILLEUR JEU DE L’UNIVERS ». Un jeu « juste » bon, noté 4/5 ou 7/10 (ce qui devrait être une excellente note !), est condamné à mort par l’algo. Pas de clic, pas de vue, pas de vente.
C’est la mécanique du silence. Si un jeu n’est pas « Instagrammable », s’il n’a pas une présence de table de malade, il part avec un handicap majeur. Moins de hype. On pense à Waterfall Park (la réédition de Chinatown) : pour survivre, il a fallu transformer un jeu de négo âpre et réaliste en un parc d’attractions coloré. Le fond s’efface devant la forme pour espérer capter une seconde de votre attention entre deux vidéos de chats.
Greenwashing et inclusivité
Grattons un peu le vernis. Les éditeurs ont bien compris les enjeux de 2025-2026 : il faut être inclusif et écolo. Sur le papier, c’est formidable. Dans la réalité ? C’est plus compliqué.
Côté écologie, on nage en plein paradoxe. On nous parle de boîtes en carton recyclé ou d’emballage papier tout en nous vendant des Trading Card Games (coucou Lorcana) qui génèrent des tonnes de déchets d’emballage, ou des « kiloplastiques » venus de Shenzhen par avion pour arriver à temps au FIJ (bientôt) ou Essen. Seuls quelques ovnis comme Earthborne Rangers tentent la cohérence totale (production locale, zéro plastique), soulignant cruellement le retard du reste de l’industrie.
Côté inclusivité, attention au « Diversity Washing ». Remplacer des ouvriers blancs par des meeples de couleur sur la couverture ne suffit pas si l’équipe de création reste désespérément homogène. C’est un pas en avant, certes, mais la route est encore longue pour sortir du tokenism de surface (le tokénisme désigne la pratique à laquelle un groupe, ou un organisme, a recours, afin d’inclure des personnes des minorités, dans le but de pouvoir se targuer d’être inclusives).
La résistance s’organise !
Est-ce qu’on est condamnés à être des hamsters dans la roue du capitalisme ludique ? Heureusement, non. Une résistance s’organise.
Son QG ? Votre boutique de quartier. Le ludicaire est le dernier rempart humain contre l’algorithme d’Amazon. C’est lui qui peut vous mettre Moonshine ou une autre perle indé dans les mains, simplement parce que c’est bien, pas parce que c’est hype. Pareil pour les ludothèques. Pareil pour les Bars à Jeux (comme le nôtre ? Oui, j’ose l’auto-promo 😅) .
Et puis, il y a vous. Nous (?). Le mouvement « slow gaming » gagne du terrain (coucou Lumberjacks Kodama). Le concept ? Le JOMO (Joy of Missing Out). La joie de s’en ficher. La joie de ne pas backer le dernier projet à la mode pour « poncer » ce jeu que vous adorez et qui prend la poussière. Découvrir, en 2026, c’est peut-être ça : arrêter de chercher la nouveauté pour redécouvrir la profondeur.
Finalement, le meilleur jeu du monde, c’est peut-être simplement celui qui est déjà sur votre table, avec des amis autour. Pour 2026, on vous souhaite moins de boîtes, mais plus de parties.
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13 Comments
Fred de Gus&Co
Arf 😒… ma pile de la honte est conséquente, tellement de jeux et pas assez de temps pour les honorer… j’ose pas compter.
Vincent
J’ai pris la décision de ne pas acheter de jeu cette année hors extension d’un que j’ai déjà.
Franck19
Excellent article. Merci
Julien
Auteur de jeux societe et consommateur depuis 15 ans ma pile commence à toucher mon plafond. J ‘ai été obliger de découvrir les jeux depuis 1 an à travers la ludothèque par souci monétaire et d’encombrement sterique.😅.
Chab
Deux points importants pour moi : génération et curiosité.
Génération : les vieux, auxquels j’appartiens à 56 ans, ont un rapport au temps différent des dernières générations. On sait ce que c’est que la patience ! Et pas la peine de gueuler dans le fond les jeunes… Pas de soucis pour participer à un financement participatif en 2022 et recevoir mon jeu en 2026 au lieu de 2023 (Nephilim Fraternités pour ne pas le nommer…). J’en ai déjà une foultitude à disposition dans une ludothèque que j’affine au fur et à mesure des années, je peux attendre. Si mes ou nos envies de style changent entre temps, je revends après avoir essayé tout de même. Et puis il ne me reste qu’une poignée d’année avant la retraite, période où je vais pouvoir poncer et re poncer à loisir toute ma ludothèque avec délectation…
Curiosité : il est bon de ne pas suivre la hype ludique dictée par une poignée d’influenceurs/ influenceuses qui en « testent »15, 20 ou 30 par semaine. On a une idée assez précise du temps pour tester un jeu « convenablement » quand on rentre un peu dans le milieu dont notre humble site fait partie. C’est un vrai plaisir de dégoter des projets en cours ou des occasions passées sous le radar avec lesquels on se fera autant, si ce n’ est plus, plaisir que les jeux dont tout le monde parle. Là aussi cela dépendra de vos goûts. Fouillez, chinez, allez voir et tester ceux dont personne ne parlent. Vous aurez des déconvenues c’est clair, mais les bonnes surprises seront d’autant plus belles pour en profiter et faire partager ce loisir tellement riche.
PenPen
Pour Earthborne Ranger, si on refait un insert via imprimante 3D et filament PLA (dérivé d’amidon de mais…)
On peut ne pas se sentir trop géné ? 😅
Chab
A noter que la déluxification de Earthborne Rangers, par l’éditeur lui même lors de la campagne de réimpression, s’est faite avec des jetons et des pions en bois peints et, pour les vrais fans de figurines, ces dernières étaient faites en étain de récupération. Le prix n’était pas donné tout ce même.
Comme quoi quand on veut…
Richard Nicolas
Je trouve l article intéressant mais vraiment paradoxal. Vous mettez en ligne , disons une vingtaine de jeux par semaine , et chaque semaine il y a le banger de l année. Dans ma province pas de ludotheque et une boutique a 40 km qui vend principalement les jeux les plus algorithmes ou les plus mainstream. Étant un acheteur un.pei compulsif , je suis le mouvement , ca finit sur la pile de la honte ou c est deballe et joué une partie…
Lolo
Je suis en mode vieux ( c.n) je ne joue plus qu à mes jeux préférés soit une petite 20 ene avec 4 qui sont vraiment bien au dessus…j essaye d ene plus regarder les nouveautés…quand j en vois je me.dis quel jeu que je possède y ressemble…ppur l.instant ça marche….mon banquier m a appelle tellement.t il était inquiet de cette » diete » ludique ^^
J akbjne grande satisfaction à maîtriser de plus en plus chaque jeu…et quel gain de temps quand tout le monde autour de la table maîtrise les regles ^^
Chab
Bonjour Richard.
Je vais répondre pour ma paroisse : je ne joue pas qu’à des bons ou très bons jeux, je joue également à des trucs moyen voir carrément naze. Toujours dans ma propre perception des choses.
J’ai plus envie d’écrire sur un jeu qui me plaît que sur un qui m’a fait perdre mon temps (histoire de ne pas le perdre une seconde fois) Afin de partager mon enthousiasme et ne pas cracher sur le boulot d’un auteur qui ne m’a pas touché par son travail malgré le temps et l’énergie certainement déployés par ce dernier.
Après, les lecteurs sont libres d’accrocher ou non sur notre ressenti et de vouloir tenter l’expérience à leur tour. On est ici qu’en tant que joueuses et joueurs amateur qui veulent partager leurs plaisirs ludiques. Et avec une vingtaine de rédacteurs, les avis et les ambiances peuvent être multiples.
Ange
C’est normalement en s’appuyant sur des sites/blog tels que le vôtre qu’on espère éviter le hype (y a pas un mot français pour cela ? faisons local 😉) et perso, je vois un article motivant ici, je confirme le sentiment avec les commentaires d’un autre site (souvent Myludo, BGG,…), je l’enregistre dans ma liste de souhaits (euh aussi myludo) et quand j’ai l’occasion de passer devant une ludoboutique, comme c’est trop dur de ne pas y entrer, je regarde ma liste de souhaits : si un jeu est bien noté et toujours présent sur les étagères, je me dis que c’est un bon jeu qui n’a pas fait que du hype (toujours pas d’autre mot à proposer ?) et j’évite ainsi d’acheter le jeu qui fait la hype (vraiment ?) du moment.
Quant aux jeux non joués à la maison, 4 (car une suite d’un jeu non fini, ou des jeux offerts par une ludoboutique suite à de nombreux achats pour faire le Père Noël 2025 de nos amis. Par contre plusieurs dizaines de jeux auxquels on ne joue plus mais qu’on se dit qu’il reviendra bien à la mode (tiens ? Ce ne serait pas le mot cherché ? 😉) au moins à la maison.
Enfin, c’est vrai aussi qu’on adore découvrir de nouvelles mécaniques, mais aussi souvent, ne pas se casser la tête et jouer à un jeu dont on maitrise les règles…
Franz
En matière d’écologie, il serait temps de signaler aux joueurs que nous sommes que la mise en étui plastique de centaines de carte la plupart du temps pour rien car le jeu n’est pas sur-utilisé, n’est pour le coup pas du tout écolo !
Thibaut
Bonjour,
Excellent article qui révèle une prise de conscience qui doit avoir lieu. Les jeux prennent de la place dans nos placards et ont un coût alors même qu’en moyenne une boîte de jeu ne sera joué que 5 fois.
Effectivement aujourd’hui des solutions existent : bar à jeux, ludothèque et maintenant location !
En effet, nous avons imaginé pouvoir louer les jeux société et les recevoir à domicile. Une expérience ludique constamment renouvelée, un espace maîtrisé dans les placards, permet de tester avant de n’acheter que les coups de cœur.
Un gain de temps énorme pour le client où notre travaille consiste à sélectionner les véritables bons jeux de société et délaisser les jeux Instagramable sans intérêts !
Nous travaillons également avec des professionnels (bar à jeux,…).
Désolé pour le coup de pub mais pour info vous pouvez nous retrouver ici : https://desjeuxsansfin.fr