Les 14 plus grosses déceptions ludiques de 2025
🤦 2025 n’a pas épargné les joueurs ! Entre faillites, racisme et review bombing, les 14 flops qui ont secoué le monde ludique cette année.
L’année de la tuile : Les 14 plus gros « Facepalms » ludiques de 2025
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L’essentiel en 3 points :
- Entre faillites et inflation, le modèle économique du jeu de société craque de partout.
- Entre le racisme et le review bombing politique, les débats de société enflamment les tables et les forums.
- Pénuries organiséesou douanes assassines, amener le jeu jusqu’à votre table est devenu un exploit.
Si 2025 était un jeu de société, ce serait un « Roll & Write »… où le crayon est cassé et la feuille déchirée.
On ne va pas se mentir. Si 2025 a eu ses moments de grâce et ses pépites ludiques qui ont poncé nos tables, elle a aussi eu des airs de partie de Monopoly qui tourne au vinaigre : ça a crié, ça a pleuré, et la banque a failli gagner.
Entre scandales éthiques, éditeurs historiques qui mettent la clé sous la porte et polémiques à faire pâlir une émission de télé-réalité, le monde du jeu de société a traversé une zone de turbulences inédite. Nous avons compilé pour vous le top 14 des plus grandes déceptions de l’année.
Classement du « simple soupir » au « cri de rage ».
La panne d’inspiration : Le sacre du « réchauffé »
« Encore ?! » C’est le mot qu’on a le plus prononcé cette année. 2025 a ressemblé à une programmation télé un jour de pluie : des rediffusions partout. Des versions Legacy de jeux qui n’en avaient pas besoin, des versions Roll & Write (coucou 7 Wonders Dice), 800 000 jeux de plis, 800 000 jeux à communication limitée, des versions allégées (coucou Sanctuary), d’autres simplifiées pour les kids, des rethèmes de classiques (Pandemic en Terre du Milieu, vraiment ?), et des saisons 2, 3, 12…
Certes, ce n’est pas « mauvais ». Mais où est passée l’audace ? On a eu l’impression que les éditeurs jouaient la sécurité plutôt que de tenter le coup de poker génial. On s’est un peu ennuyé, et pour des joueurs et joueuses, c’est le pire des péchés.
La fatigue du crowdfunding : « On arrive quand ? »
Kickstarter en 2025, c’est devenu l’école de la patience (ou de la résignation). Le cas Spirit Fire d’Orange Nebula est emblématique : financé, attendu comme le messie, et toujours invisible. Les mises à jour se suivent et se ressemblent (« C’est compliqué, promis ça arrive »). Les backers sont épuisés.
Payer aujourd’hui pour jouer (peut-être) en 2027 ? Le modèle s’essouffle, et la confiance avec. Voir des joueurs et joueuses demander des remboursements après 18 mois de silence est devenu la triste norme.
Le marché décroche : TCG 1 – Plateau 0
Asmodee l’a confirmé dans ses rapports : le jeu de société traditionnel tousse (-5%), tandis que les cartes à collectionner explosent (+64% pour Pokémon, One Piece…). Nos belles boîtes de carton prennent la poussière face aux boosters qui scintillent.
Est-ce que nos jeux sont devenus trop chers (spoiler : oui) ? Trop nombreux (spoiler : oui) ? Le « meeple » est-il en voie de disparition face au « foil » ? Prenez vos stylos, vous avez 4h. Une tendance de fond qui inquiète sur la santé de notre loisir favori.
Leder Games : Le casse du siècle
On dirait un scénario de film. Leder Games annonce Take, un jeu de braquage. L’auteur (et employé de la boîte !) Ted Caya se fait la malle avec les droits du jeu sous le bras quelques jours avant le lancement du Kickstarter.
Le jeu s’appelle Take (« Prendre »), et il l’a pris. Littéralement. Annulation de la campagne, stupéfaction générale. C’est absurde, cocasse, triste, et c’est surtout dommage pour les 8 700 fans qui attendaient cette pépite.
Funforge : Game Over
Le 23 juillet, un pilier a cédé. Funforge (Tokaido, Namiji) en liquidation judiciaire après 17 ans. C’est toujours un déchirement de voir un éditeur historique disparaître. Ironie du sort, c’est en partie leur volonté d’absorber les surcoûts monstrueux de Monumental pour épargner les joueurs qui a creusé leur tombe. Une générosité fatale. Salut l’artiste, et merci pour les jeux.
Transgalactica : Le crash d’une étoile
Sur le papier, c’était la Dream Team : Daniele Tascini aux commandes, Devir à l’édition. On attendait le messie de l’Eurogame. Résultat ? Un crash industriel. Règles incompréhensibles (écrites en Klingon ?), ergonomie aux fraises, gameplay répétitif… Chez Gus&Co, on a rarement été aussi durs, mais il faut appeler un chat un chat. Transgalactica s’est écrasé au décollage, prouvant qu’un casting de rêve ne suffit pas.
Star Wars Unlimited : La pénurie organisée
Excellent jeu, gestion désastreuse. FFG a réussi l’exploit de créer un succès… introuvable. Les rayons vides ont frustré les nouveaux joueurs et joueuses, empêchant la méta de se renouveler. Pire, la course aux cartes « Carbonite » a transformé le jeu en Bourse de Wall Street. Et le pompon (oui j’écris comme en 1964 et alors) ? Des cartes « uniques » imprimées en double par erreur. Oups. Quand la Force est avec toi, mais pas la logistique, ça coince.
Lorcana : Mickey pris la main dans le sac
Disney Lorcana devait apporter la magie. En 2025, il a surtout apporté le drama. L’affaire David Nunez lors du Challenge Nord-Américain a jeté un froid polaire. Cartes marquées, « sleeves défectueuses » (l’excuse de l’année, on l’adore celle-là), et une gestion de crise catastrophique de la part de l’équipe TFM et de Ravensburger. Voir la scène compétitive d’un jeu familial gangrenée par la triche, ça casse un peu le mythe de la Fée Clochette.
Codenames « Harry Potter » : Le sortilège de trop
Associer le jeu le plus zen du monde (Codenames) à la licence la plus radioactive du moment (l’univers J.K. Rowling), c’était risqué. CGE l’a appris à ses dépens. Boycott massif, influenceurs en colère… L’éditeur a dû reverser 100% des bénéfices à des associations trans pour éteindre l’incendie. Une collision frontale entre business et valeurs morales qui laissera des traces.
Tax the Rich : Un jeu de société subversif secoué par un « review bombing »
Quand la politique entre par la grande porte, la nuance sort par la fenêtre. Tax the Rich se voulait un jeu satirique sur la redistribution des richesses. Il est devenu le symbole d’une nouvelle plaie : le « Review Bombing ». Avant même sa sortie, le jeu a été inondé de notes de 1/10 sur BoardGameGeek par des utilisateurs offensés par le titre, suivis d’une contre-attaque de 10/10 par des partisans du concept.
Résultat ? Une note moyenne qui ne veut plus rien dire et une modération dépassée. Ce qui nous déçoit ici, ce n’est pas le jeu (qui a peut-être ses qualités, on verra à sa sortie par chez-nous), mais la toxicité d’une partie de la communauté capable de juger une œuvre sans même avoir ouvert la boîte. En 2025, la « guerre culturelle » a malheureusement pris une chaise autour de nos tables de jeu, transformant les avis joueurs en tract politique.
CMON : Le géant aux pieds d’argile
Le roi du plastique vacille. CMON, c’est 7 millions de pertes, des retards monstres sur 14 projets et une demande de rallonge aux backers pour payer les frais de port de jeux pourtant « prêts ». Voir ce mastodonte demander l’aumône pour livrer ses boîtes, c’est le signe terrifiant que le modèle du « Kiloplastique » a atteint ses limites physiques et financières. En 2025, on ne compte plus nos articles sur CMON (spoiler : des palettes / trop).
Mythic Games : La liquidation de la confiance
Là, on ne rit plus. Mythic Games, c’est fini. Après avoir demandé des « rançons » financières pour Darkest Dungeon ou 6: Siege, l’entreprise a coulé, laissant des milliers de backers sans jeu et sans argent. Une faillite morale autant que financière qui a traumatisé la communauté du participatif. Le cynisme de la vente des IP (Hel, Anastyr) juste avant la fin restera en travers de la gorge de beaucoup.
Le boss final : Les tarifs douaniers
Ce n’est pas un jeu, mais c’est le « Game Over » industriel de l’année. La guerre commerciale USA-Chine et le reste du monde et ses tarifs douaniers délirants (jusqu’à 145% !) ont failli tuer l’industrie. Quand produire un jeu coûte plus cher que de l’envoyer sur la Lune, tout le système s’effondre. Prix qui explosent, projets annulés…
C’est la menace, invisible mais bien présente, qui a fait trembler tous vos éditeurs cette année et transformé le jeu de société en produit de luxe. Comme pour / avec CMON, on avouce, en 2025 on en a beaucoup / trop parlé.
Ace of Spades : de la hype à la honte
C’est l’histoire d’une hype détruite en 24h. Un jeu de Far West prometteur chez Devir qui se révèle contenir des illustrations et mécaniques ouvertement racistes (la carte « Fugitif » vs « Esclavagiste »). La communauté a hurlé, et à juste titre. Rappel immédiat du jeu, excuses plates de l’éditeur. C’est rassurant de voir que les joueurs et joueuses veillent au grain, mais atterrant que cela ait pu être imprimé en 2025. C’est LA déception morale de l’année.
Que reste-t-il après la tempête?
2025 a été une année de purge, nécessaire mais douloureuse. Les tarifs douaniers ont rappelé la réalité géopolitique à une industrie qui se croyait au-dessus des frontières. Les faillites de CMON et Mythic Games ont brisé le rêve d’une croissance infinie financée par la dette et la promesse.
Pourtant, au milieu de ces décombres, une leçon émerge : le retour à l’essentiel. Les jeux qui ont survécu et cartonné cette année sont ceux qui ont évité la démesure. L’industrie sort de 2025 blessée, plus petite, appauvrie, mais peut-être, espérons-le, plus sage et plus mature. Les joueurs, joueuses, elles, eux, ont appris à garder leur portefeuille fermé et leurs attentes modérées. La gueule de bois est douloureuse, mais elle est souvent le prélude nécessaire à la sobriété.
Allez, on efface tout et on recommence ? 2026, à toi de jouer (et essaie de ne pas tricher aux dés, stp).
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9 Comments
davidluudo
Merci pour ce triste constat flagrant sous forme d’exemple Gus.
Je ne peux répondre au vote. Ma plus grande déception c’est cette crainte confirmée que ce formidable univers, dans son ensemble, après avoir pris l’eau de toute part, n’est plus immunisé du monde qui l’entoure et dont il fait désormais partie avec tous ses travers (les même que ceux de notre société). Tout est fuite en avant, pognon, recherche du profit… Alors que réflexion, recul, patience, valeurs disparaissent…
Que ceux qui pensent que l’abondance outrancière de ces dernières années est une bonne chose, grand bien leur fasse. Pour ma part, je vois la caricature et les dérives de ce milieu progresser de manière exponentielle, chose impensable pour moi il y a encore 5 ans. Nous creusons notre propre tombe avec un déni bien plus impressionnant que notre réflexion. Ca a toujours été. Pourquoi cela changerai maintenant et pour cet univers en particulier ? On s’étonne comme toujours du résultat (Einstein et sa « folie récurrente »), avant de chercher un coupable, qui, bien évidemment ne sera pas nous.
C’est comme une simple partie de Loup-Garou en somme : 2 nuits plus tard -et je suis généreux-, aucune leçon des évènements passés n’est retenue et on suit bêtement la majorité en dézinguant les « lanceurs d’alerte », des emmerdeurs en fait. Ca demande moins d’énergie et c’est plus rassurant.
Les Billy Hayes, marchant à contre-sens, se font très rare.
Ta dernière phrase Gus est tellement représentative de notre comportement humain. Malheureusement, c’est de l’ordre du souhait, du vœu, de l’émotion. Aucun indicateur factuel ne tend vers ça. On souhaite mais on ne fait rien pour l’obtenir.
Le seul point positif pour moi ? Me dire que j’ai eu la chance de profiter à fond de cet univers à sa meilleur période, et d’en faire profiter les autres.
Merci Gusandco pour vos articles que je lis toujours avec attention. 🙂
davidluudo
*de cet univers à sa meilleure période, et d’en avoir fais profiter les autres. 😉
patrikcarpentier
Dans le temps, le jeu était un domaine de passionnés souvent regardés de travers par les « honnêtes gens ».
Actuellement, c’est juste une façon de faire du fric.
Mais il reste encore quelques villages d’irréductibles ci et là 🙂
Pouetpouet
Ma plus grande déception cette année, c’est de voir les grosse boîtes continuer de racheter les petites dans ce milieu. De voir petit a petit les passionnés se faire remplacer par des « commerciaux » sortis de leurs écoles, qui n’y connaissent rien et pourraient aussi bien vendre des baignoires demain si le vent tourne.
Je fais partie des nombreux.ses à être partis d’un éditeur à cause de ça….
Rygel
Très bon article qui résume parfaitement ce qui ne va pas dans ce milieu qui s’est finalement fait rattraper par la Société (un comble !).
En revanche, je ne comprend pas le flop pour Star Wars Unlimited. Vous vous êtes trompés d’année. Oui il y a eu des soucis d’approvisionnement au lancement du jeu (sets 1 et 2), mais pour 2025 (sets 4-5-6) aucun problème. Le jeu est toujours aussi bon et la scène compétitive se porte très bien. La meta est agréable et plutôt diversifiée, et les gros tournois ont été sold out en deux heures. Le dernier set sorti est certes un peu fade mais le prochain promet du lourd, surtout avec la rotation qui s’annonce.
En tout cas, je souscrit à votre point sur TCG vs Boardgame. Depuis que je me suis mis à SWU, mon budget jeu a été largement redirigé vers les cartes. Pas besoin d’acheter de nouveaux jeux puisque SWU est excellent et la rejouabilité inhérente aux jeux de cartes est infinie. Si je veux jouer à des jeux de plateau, je rejoue à mes anciens jeux qui sont toujours aussi bons !
Math
Concernant SW Unlimited, c’est exactement ça…
et le jeu reste vraiment super ! Mon TCG préféré
Yann
Étant un fidèle lecteur, je me permet une critique. L’industrie du jeu est en plein changement, mais vous y participez grandement en faisant une promotion de fou aux kickstarters et aux projets qui en sont à peine à leur balbutiements.
En tant que consommateur (c’est le mot), je me moque du retrait d’un jeu comme Take alors que 3000 autres sont sorties cette année. (720 selon campustech)
Le constat de 2025 et qu’il y a trop de jeux et que le marché est en saturation totale.
Gus
https://gusandco.net/2025/09/10/trop-de-jeux-saturation-marche-ludique-2025/ 🥺
Sylvain Fresnel
je pense qu’on est tous coupables de cette surabondance de jeux, des créateurs aux consommateurs en passant par les différents médias qui en font la promotion. Tout est fait pour pousser à la surconsommation malheureusement (et c’est un peu la caractéristique de la plupart des industries hélas)