Tax the Rich : Un jeu de société subversif secoué par un « review bombing »
💥 42% de notes extrêmes ! Le jeu le plus détesté (et adoré) de 2025 n’est pas encore sorti. On décrypte la polémique « Tax the Rich ».
Tax the Rich : Le jeu qui a fait exploser BoardGameGeek avant même sa sortie

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L’essentiel en 3 points :
- « Tax the Rich » est un jeu de plis satirique sur la lutte des classes, avec une mécanique astucieuse de « Révolution » qui inverse la force des cartes.
- Avant même sa sortie, le jeu subit un « review bombing » massif sur BGG : 42% des notes sont des 1/10 ou des 10/10, basées sur l’idéologie et non le gameplay.
- Cette controverse montre que le jeu de société est rattrapé par les guerres culturelles et expose les failles des systèmes de notation communautaires.
42% des gens pensent que ce jeu est soit un chef-d’œuvre absolu, soit une honte totale. Le problème ? Presque personne n’y a joué.
Imaginez un jeu de société qui, avant même que quiconque ait pu ouvrir la boîte, transforme BoardGameGeek (BGG), la bible mondiale du jeu, en un véritable champ de bataille idéologique. C’est l’histoire explosive de Tax the Rich, un jeu de plis satirique qui a réussi l’exploit de polariser la communauté comme jamais auparavant. Plongée dans un chaos de « review bombing » où la politique s’invite à la table.

C’est quoi, Tax the Rich ?
En pleins débat autour de la taxe Zucman en France et quelques jours avant la votation chez nous en Suisse pour savoir si on veut taxer les successions de plus de 50 millions à 50% pour financer la lutte pour la protection du climat, ce petit jeu de cartes n’est pas si anodin que cela. Derrière ce titre provocateur se cachent deux auteurs norvégiens chevronnés : Kjetil Svendsen et surtout Kristian Amundsen Østby. Oui, le Østby des excellents Revive et Santa Maria. Autant dire que derrière la farce, il y a du savoir-faire.
Édité par la jeune maison norvégienne Alion Games, Tax the Rich est, à la base, un jeu de plis classique (3 à 6 joueuses et joueurs, 20 minutes). Les cartes représentent 15 personnages formant une hiérarchie sociale caricaturale, du citoyen le plus pauvre jusqu’au Président. Visuellement, c’est grinçant. Et assumé.
Au début, tout va bien dans le meilleur des mondes (pour certains) : on fait des enchères pour déterminer l’atout, et la carte la plus forte socialement l’emporte. Le Milliardaire bat l’Ouvrier. Business as usual.
Sauf que.

Et soudain, la Révolution !
Le jeu introduit une mécanique plutôt cool qui colle parfaitement au thème : la Révolution. Si vous n’avez en main que des cartes de faibles valeurs (le peuple, symbolisé par un drapeau), vous pouvez renverser la table. Littéralement.
Soudain, la hiérarchie s’inverse : les pauvres deviennent les plus forts, et les élites ne valent plus un clou. La joueuse ou le joueur révolutionnaire expose alors son jeu, signalant publiquement son soulèvement.
C’est malin, c’est thématique, et ça transforme un simple jeu de plis en une simulation de lutte des classes pleine d’humour noir. Pour pimenter le tout, 13 cartes « Loi » ajoutent des pouvoirs asymétriques : les Ouvriers se syndiquent, les Policiers font des fouilles musclées (« stop-and-frisk »), et on trouve même une variante de… « révolution féministe » 💜 !
L’enfer du « Review Bombing »
Présenté à SPIEL Essen 2025, le jeu a immédiatement plu par son originalité. Mais dès son apparition sur BGG, ça a été le chaos. Tax the Rich a été pris d’assaut par un phénomène de « review bombing » massif et bipolaire.
Le constat est lunaire. Au 1ᵉʳ novembre 2025, sur 191 évaluations :
- 52 notes parfaites (10/10)
- 31 notes catastrophiques (1/10)
Près de 42 % des avis donnent soit la note maximale, soit la minimale ! Résultat ? Une note moyenne de 6,4/10 qui ne veut absolument rien dire. C’est l’artefact mathématique de deux camps qui s’annulent.
Que s’est-il passé ? Le thème, tout simplement.
Le problème, c’est que la majorité de ces « critiques » proviennent de personnes n’ayant probablement jamais joué au jeu (il n’est pas encore distribué). Le débat ne porte pas sur les mécaniques, mais sur le message politique.
D’un côté, ceux qui voient dans le titre une « propagande » ou un discours « trop à gauche » ont mitraillé le jeu de 1/10. De l’autre, des joueuses et joueurs séduites par la satire anticapitaliste ont répliqué en masse avec des 10/10 pour contrebalancer l’attaque.
BGG s’est transformé en ring de boxe idéologique. On vous a déjà parlé de ce genres de dérives qui pouvaient survenir sur la plateforme ricaine.
Face à nos démons
Cette affaire soulève des questions passionnantes. Un jeu de société doit-il être neutre ?
Ironie du sort, les auteurs expliquaient dans un carnet de développement vouloir que Tax the Rich puisse être joué « par tous », en misant sur l’humour pour désamorcer la controverse. C’est raté. Le jeu a touché une corde sensible.
Le cas Tax the Rich montre que notre hobby est désormais rattrapé par les guerres culturelles qui fracturent déjà le cinéma ou le jeu vidéo. L’affaire met aussi en lumière les failles des systèmes de notation communautaires lorsqu’ils sont instrumentalisés.
Tax the Rich aura réussi, bien malgré lui, à provoquer un débat passionnant. Si la controverse masque pour l’instant ses qualités ludiques (qui semblent réelles, selon les premiers testeurs à Essen), elle prouve aussi que le jeu de société moderne peut faire résonner les enjeux de notre époque.
Le vrai verdict se jouera autour des tables, cartes en main, loin des polémiques virtuelles. Au final, « Tax the Rich » prouve que les révolutions les plus explosives n’arrivent pas dans la rue, mais autour d’une table de jeu avec de très mauvaises cartes en main.
Et encore une chose
Fin octobre, France Culture vient tout juste de sortir cinq épisodes sur la question, épineuse, de taxer les grandes fortunes. Une question justement thématisée dans le jeu Tax the Rich :
« À l’heure où l’imposition des plus riches fait débat en France, coup de projecteur sur cinq pays qui imposent la fortune : la Norvège, les Pays-Bas, la Suisse, l’Espagne et le Brésil. Les modalités techniques qu’ils ont choisis, et les débats que cela continue de susciter chez eux.«
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7 Comments
Pierre
Pareil pour ghost lift qui a fait un énorme buzz alors que c’est une reprise d’un jeu très moyen et quasi personne n’y a joué
Gus
Merci Pierre.
Mais comment ça « pareil » ? Est-ce que le thème du jeu « chatouille » comme Tax the Rich ? Et est-ce que le jeu a lui aussi été « review-bombé » sur BGG ?
Baharroth
Ou peut être que les mauvaises notes de ce soir disant jeu, sont du a une copie éhonté d’un jeu de plis qu’on a tous joué pendant notre enfance, le trou du c*l (ou le nom de votre version local)
Gus
Il y a une règle d’inversion dans le trou du uc ? En Suisse on n’a pas cette variante
Florent
Dans le Grand Damulti (version du Président de Richard Gardfield), il y a la règle de la Petite ou Grande révolution. Si le Grandissime Péon (le joueur le plus bas socialement) possède les deux jokers, il renverse la hiérarchie.
Archt uhr
La question est : est ce que c’est un bon jeu ?
Parce que bon les jeux de propagande de gauche sont souvent des jeux à chier. Hors le monopoly (et encore hein… Suffit de chopper les rues rouges et oranges pour avoir 98% de chances de gagner, paie ta rejouabilité) ce ne sont pas des « jeux »
On en parle de Kapital ?
Le jeu doit rester un jeu.
Le jeu peut être au service du message, mais ça doit rester ludique et rejouable.
Je me souviens d’un « jeu vidéo », une espèce de jeu HTML ou on devait incarner un politique qui devait se sortir d’une mauvaise passe avec un conseiller en communication qui nous proposait les choix.
Visiblement impossible de « gagner », et surtout on a pas l’impression d’agir sur le déroulé du discours qu’on nous sert.
Alors que papers please, lui, réussi à rester ludique et rejouable.
La aussi on ne peut pas « gagner » mais la défaite est en elle mem une réussite car elle ouvre des fins deblocables et des nouveaux embranchements possibles. On joue vraiment.
Le vrai jeu est celui qui contient de vraies mécaniques, un jeu ne doit pas reposer sur son thème. Mais le thème peut se servir des mécaniques pour servir son idéologie.
Secret Hitler, on peut faire secret social-traîtres.
Élise
En lien avec le thème de l’article, un livre f’Henri Kermarrec va très bien sortir aux éditions du commun : « Ce n’ est qu’un jeu – usages politiques du jeu de société »
https://www.editionsducommun.org/products/ce-nest-quun-jeu
Je n’ai pas encore l’occasion de le lire, je ne le commenterai donc pas pour l’instant 😉 mais le sujet semble intéressant