đ„ « Don’t Panic » ? L’ironie cruelle pour les backers de Hel et Anastyr. CMON jette l’Ă©ponge en pleine crise. Nouveau chaos ludique.
CMON vend Hel & Anastyr Ă Don’t Panic
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L’essentiel en 3 points :
- En pleine crise financiĂšre majeure, CMON revend les licences de Hel: The Last Saga et Anastyr Ă l’Ă©diteur français Donât Panic Games.
- C’est le troisiĂšme Ă©diteur Ă tenter de livrer ces jeux Kickstarter financĂ©s Ă hauteur de 3,2 millions de dollars, lĂ oĂč les deux premiers ont Ă©chouĂ©.
- L’incertitude est totale pour les 23 000 backers, en attente de savoir si les promesses de livraison seront honorĂ©es.
Dans le monde du crowdfunding, certaines histoires deviennent des lĂ©gendes, d’autres des avertissements. Hel et Anastyr sont en passe de devenir une trĂšs mauvaise blague.
Le feuilleton le plus rocambolesque de l’histoire du Kickstarter vient de franchir un nouveau cap dans l’absurde. Oui, on parle bien de Hel: The Last Saga et Anastyr, ces deux projets maudits qui semblent se transmettre d’un Ă©diteur en difficultĂ© Ă l’autre en mode patate chaude / maudite.
Septembre 2025, la nouvelle tombe via un communiqué de presse corporate bien huilé sur FB, suivi par de nombreuses réactions sur Reddit.
La nouvelle ? CMON (Cool Mini or Not), qu’on pensait ĂȘtre le sauveur, revend les licences Ă l’Ă©diteur français Don’t Panic Games.
Don’t Panic Games. L’ironie du nom est si forte qu’elle en devient⊠douloureuse. Pour les 23 000 backers qui attendent leurs jeux depuis parfois cinq ans (2020 pour Hel !), le conseil « Ne paniquez pas » sonne comme une trĂšs mauvaise blague.
Acte 1 : Le rĂȘve (et la chute vertigineuse) de Mythic Games
Pour comprendre ce drame, il faut remonter Ă l’origine. Hel et Anastyr Ă©taient les poulains prometteurs de Mythic Games. Des figurines Ă la pelle, des univers Ă©piques : la recette du succĂšs sur Kickstarter, qui leur a permis de lever la bagatelle de 3,2 millions de dollars.
Sauf que le modĂšle Mythic Ă©tait un chĂąteau de cartes. L’Ă©diteur jonglait avec trop de projets massifs (Darkest Dungeon, 6: SiegeâŠ), utilisant l’argent des nouvelles campagnes pour financer les anciennes (un systĂšme qui rappelle dangereusement certains montages financiers peu recommandables. Coucou Ponzi). Quand les coĂ»ts de production ont explosĂ© post-COVID, tout s’est effondrĂ©. AprĂšs avoir demandĂ© des « rançons » aux backers sur d’autres projets, Mythic admet l’inĂ©vitable dĂ©but 2024 : ils ne livreront pas. C’est la trahison.
Acte 2 : CMON, le sauveur qui avait besoin d’une bouĂ©e
C’est lĂ que CMON entre en scĂšne, tel un chevalier blanc. Fin janvier 2024, le gĂ©ant (Zombicide) rachĂšte les IP. L’espoir renaĂźt. Mais CMON douche vite l’enthousiasme : les prototypes de Mythic n’Ă©taient « pas prĂȘts », loin de lĂ , et nĂ©cessitaient un « effort substantiel ».
CMON fait alors une offre, qualifiĂ©e de « cadeau » (et non de compensation, la nuance juridique est importante) : les backers originaux recevront gratuitement une boĂźte de base remaniĂ©e. Un geste classe, mais avec des astĂ©risques : il faudra repayer les frais de port et la TVA, et surtout, toutes les extensions et stretch goals payĂ©s rubis sur l’ongle passent Ă la trappe.
Mais lâembellie fut de courte durĂ©e. En coulisses, CMON traversait sa propre apocalypse financiĂšre. Tout au long de 2025, les nouvelles ont Ă©tĂ© dĂ©sastreuses, et chez Gus&Co, nous avons chroniquĂ© cette chute.
Comme nous le rapportions en dĂ©tail en aoĂ»t 2025 dans notre article CMON : Un dĂ©ficit de 8 millions et une crise financiĂšre majeure, l’Ă©diteur a annoncĂ© des rĂ©sultats catastrophiques. AprĂšs 3 millions de dollars de pertes en 2024, ils prĂ©voyaient un dĂ©ficit abyssal pouvant atteindre 8 millions de dollars rien que pour le premier semestre 2025 ! Licenciements massifs, gel des dĂ©veloppements, action suspendue en bourse⊠la panique totale.
La situation Ă©tait si critique que CMON a commencĂ© Ă liquider ses joyaux de la couronne pour survivre. Ils n’ont pas seulement vendu Zombicide Ă Asmodee. Bien avant cela, en mai 2025, nous analysions dĂ©jĂ la cession choc de deux autres de leurs plus grands succĂšs, Blood Rage et Rising Sun, Ă Tabletop Tycoon (Tabletop Tycoon rachĂšte Blood Rage et Rising Sun Ă CMON).
C’est une vĂ©ritable hĂ©morragie. Le catalogue de CMON se vide Ă une vitesse folle. Entre les nombreux projets abandonnĂ©s ou disparus des radars et les licences phares revendues les unes aprĂšs les autres, l’Ă©diteur autrefois tout-puissant est aujourd’hui exsangue. Ce qui ressemblait Ă une restructuration ressemble de plus en plus Ă un dĂ©mantĂšlement complet. Pour beaucoup d’observateurs, cela ressemble fort au chant du cygne pour le gĂ©ant du Kickstarter.
Le sauveur Ă©tait en train de se noyer. Dans ce contexte de liquidation gĂ©nĂ©rale, la revente des IP non dĂ©veloppĂ©es et coĂ»teuses de Hel et Anastyr n’Ă©tait pas une stratĂ©gie, mais une nĂ©cessitĂ© absolue pour rĂ©cupĂ©rer le moindre cash.
Acte 3 : Don’t Panic (vraiment ?)
Et voilĂ comment ces IP maudites atterrissent chez Don’t Panic Games (DPG), confirmation l’acquisition sur leur page Facebook :
« Anastyr et HEL: The Last Saga rejoignent Don’t Panic Games. Nous avons une affection particuliĂšre pour ces 2 propriĂ©tĂ©s intellectuelles hors du commun. Nous travaillons dâores et dĂ©jĂ avec une partie des crĂ©ateurs sur le futur de ces jeux tant attendus. »
Des mots qui se veulent rassurants, mais qui manquent, cruellement, de dĂ©tails concrets. « Affection particuliĂšre » ne garantit pas la livraison. La mention d’une collaboration avec « une partie des crĂ©ateurs » laisse songeur mais semble positive, suggĂ©rant une volontĂ© de respecter la vision initiale. Mais le communiquĂ© reste terriblement vague sur l’essentiel : qu’en est-il de la promesse de CMON aux backers originaux ? Le silence sur ce point prĂ©cis est, comment dire, assourdissant.
DPG est un Ă©diteur français surtout connu pour des jeux sous licence pop culture (Naruto, Cowboy Bebop, Attack on Titan). C’est un acteur sympathique, mais soyons honnĂȘtes : ils n’ont jamais gĂ©rĂ© des monstres narratifs de l’ampleur de Hel ou Anastyr. Leur historique sur les jeux complexes montre parfois des faiblesses en termes d’Ă©quilibrage ou de clartĂ© des rĂšgles.
C’est un dĂ©fi colossal. RĂ©ussir lĂ oĂč Mythic et CMON ont Ă©chouĂ© pourrait les propulser sur la scĂšne internationale. Ăchouer, en revanche, serait dĂ©vastateur face Ă une communautĂ© de backers dĂ©jĂ trahie une deux trois fois.
Résignation et humour noir sont sur un plateau
Pour les backers, c’est l’Ă©puisement Ă©motionnel. AprĂšs la rage contre Mythic et l’espoir déçu de CMON, la rĂ©action n’est plus la colĂšre, mais un cynisme fatiguĂ©.
Le fil Reddit oĂč la nouvelle est discutĂ©e est un⊠monument d’humour noir et de rĂ©signation. L’ironie du nom du nouvel Ă©diteur est devenue un mĂšme instantanĂ©, le commentaire « Do panic » (« Paniquez ») Ă©tant l’une des rĂ©actions les plus populaires sur le fil.
Le scepticisme est palpable. Beaucoup d’internautes soulignent le fossĂ© entre l’Ă©chelle de DPG et l’ambition dĂ©mesurĂ©e des projets. « Donc Hel, qui venait d’une autre compagnie et que CMON avait rĂ©cupĂ©rĂ© pour livrer aux backers⊠vendu ailleurs ? Donc les backers ne verront jamais ce jeu, n’est-ce pas ? » s’interroge un utilisateur. D’autres voient cela comme la confirmation que CMON est fini (« CMON is toast »), l’Ă©diteur « saignant de l’argent ».
Le sentiment gĂ©nĂ©ral est parfaitement capturĂ© par la question dĂ©sabusĂ©e d’un autre utilisateur : « 3rd Company’s a charm? » (La troisiĂšme fois sera la bonne ?). MĂȘme les plus optimistes restent extrĂȘmement prudents : « C’est la seule façon pour quiconque d’avoir une chance de voir cela se rĂ©aliser. Non pas que cela signifie que nous le verrons, mais je pense qu’il y avait 0% de chance que cela vienne de CMON. »
AprĂšs des annĂ©es d’attente, les espoirs se sont rĂ©duits Ă peau de chagrin : certains backers souhaitent simplement recevoir les fichiers d’impression 3D (STL) pour produire eux-mĂȘmes les figurines, histoire d’avoir quelque chose de tangible pour leur investissement.
Cette saga est un cas d’Ă©cole sur les dangers du modĂšle Kickstarter « Big Box » et pose de sĂ©rieuses questions Ă©thiques sur la revente d’IP financĂ©es par les joueurs, sans obligation de livraison.
Chez Gus&Co, on suit ce dossier de trĂšs prĂšs. La saga continue, mais pour les backers, le conseil « Don’t Panic » n’a jamais Ă©tĂ© aussi difficile Ă suivre.
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FAQ
Que sont Hel: The Last Saga et Anastyr ?
Deux jeux narratifs à figurines, financés sur Kickstarter pour 3,2 M$, promis comme épiques mais vite devenus une saga maudite.
Qui Ă©tait lâĂ©diteur original et pourquoi a-t-il Ă©chouĂ© ?
Mythic Games. Son modĂšle type âPonziâ (nouvelles campagnes finançant les anciennes) sâest effondrĂ© avec la hausse des coĂ»ts post-COVID.
Quel rÎle CMON a-t-il joué initialement ?
En 2024, CMON rachĂšte les licences comme âsauveurâ et promet une boĂźte de base gratuite aux backers⊠mais sans extensions ni SG.
Pourquoi CMON a-t-il finalement vendu les licences ?
En pleine crise financiÚre : pertes massives, licenciements, suspension en bourse, ventes forcées de Blood Rage, Rising Sun et Zombicide.
Qui est le nouvel acquéreur ?
Donât Panic Games (France), connu pour des licences pop culture (Naruto, Cowboy Bebop), mais sans expĂ©rience de projets aussi massifs.
Quelle est la principale incertitude ?
DPG nâa rien dit sur les promesses de CMON. Aucune garantie pour les 23 000 backers toujours dans le flou.
Comment les backers ont-ils réagi ?
Ăpuisement, humour noir (âDo panicâ), scepticisme (âCMON is toastâ), espoir minimal, demandes de fichiers STL comme dernier recours.
Quelle conclusion tirer de cette affaire ?
Un cas dâĂ©cole des dĂ©rives du modĂšle Kickstarter âBig Boxâ : promesses dĂ©mesurĂ©es, effondrements en chaĂźne, et backers laissĂ©s sans certitude aprĂšs 5 ans dâattente.
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