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Arydia : Une épopée épique entre jeu de rôle et jeu de plateau

🗺️ Arydia: The Paths We Dare Tread, l’épopée coopérative entre jeu de plateau et jeu de rôle. Exploration, baston et liberté !


Arydia: The Paths We Dare Tread

Arydia

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


En bref :

  • Expérience de campagne : Arydia propose un univers fantasy coopératif à explorer en liberté, avec une progression de personnages.
  • Gameplay équilibré : Combats tactiques, narration immersive et matériel premium, le tout dans un système legacy réinitialisable.
  • Public visé : Joueurs et joueuses prêtes à s’investir dans une aventure longue, fans de jeux de rôle ou d’épopées sur plateau.

Vous entendez le bruit des dés résonner au loin ? Bienvenue dans Arydia, un monde ouvert où chaque lancer écrit votre destin.

Arydia: The Paths We Dare Tread (=Arydia : Les chemins que nous osons emprunter, en VF) est un jeu de société d’aventure en monde ouvert. Arydia est clairement un crossover entre jeu de plateau et jeu de rôle. Financé via Kickstarter en août 2021 et livré aux backers (dont moi) près de quatre ans plus tard début 2025, ce titre très attendu nous transporte dans un univers méd-fan riche en exploraion, baston et narration.

Co-créé par Ira Fay et Cody Miller (déjà auteur du célèbre Xia: Legends of a Drift System) et illustré par toute une ribambelle d’artistes talentueux, Arydia est édité par Far Off Games. Pour l’instant, le jeu n’existe qu’en anglais. À quand une VF ? Et chez qui ?

Arydia est un jeu de rôle plateau rôle plateau crossover coopératif que l’on pourrait qualifier de “green legacy” (legacy réinitialisable) jusqu’à 4, il offre une campagne évolutive d’une quarantaine d’heures de jeu. Nous y avons joué. Voici notre chronique, super enthousiaste et détaillée, de ce mastodonte ludique, accessible à tous les aventuriers et aventurières, néophytes ou aguerris.

Présentation du jeu

Arydia: The Paths We Dare Tread est un jeu de plateau coopératif qui mêle exploration, combat, progression de perso et récit interactif dans un monde fantastique original. Les joueureuses y incarnent des aventuriers parcourant librement un vaste royaume à la recherche de quêtes, de trésors et de rencontres mémorables. La particularité du jeu est son statut de “green legacy” : il intègre tous les ingrédients d’un jeu legacy (évolution permanente du monde, surprises à débloquer, enveloppes scellées, etc.) tout en permettant de ne rien détruire, afin de pouvoir recommencer la campagne à zéro si on le souhaite.

L’univers d’Arydia a bénéficié de plusieurs années de développement et d’illustrations franchement soignées. L’ambiance générale est celle d’une grande épopée méd-fan, avec ses contrées verdoyantes, ses donjons obscurs et ses créatures légendaires. L’histoire se dévoile au fil des parties, mais dès l’ouverture de la boîte, on sent la volonté des créateurs de nous immerger dans notre propre saga héroïque.

Arydia

Analyse du gameplay

Le gameplay d’Arydia s’articule autour d’une campagne découpée en chapitres, jouable en plusieurs sessions (avec une sauvegarde facile de la progression entre les séances). Dès le début, chaque joueureuse crée son personnage en choisissant une “Voie” (classe) et une espèce pour son héros ou hérïnes, ce qui détermine ses compétences de départ. Astucieusement, les figurines pré-peintes du jeu ont des têtes et corps interchangeables, permettant de représenter physiquement ces combinaisons uniques – un détail appréciable pour renforcer l’appropriation de son avatar. Une fois l’équipe constituée, allez go, c’est parti pour l’aventure !

Exploration : Le jeu propose une véritable exploration en monde ouvert. On progresse sur une grande carte modulable, révélant progressivement de nouvelles zones et lieux à visiter. Chaque lieu découvert s’accompagne de descriptions narratives et d’illustrations dédiées, sans aucune part de génération aléatoire. En clair, chaque endroit est unique et créé à la main, avec son histoire propre, ses personnages et ses secrets. Cette structure donne une sensation de liberté très appréciable : on peut décider de suivre une quête principale, s’écarter pour explorer une grotte mystérieuse, ou retourner en ville commercer, le tout sans rails trop visibles. L’interaction avec les PNJ (personnages non-joueurs) est également un élément fort : le jeu encourage même les participants à jouer le rôle des personnages rencontrés (marchands, gardes, villageois, etc.) pour lire leurs répliques et animer les dialogues. Cela ajoute une dimension jeu de rôle conviviale autour de la table, chaque joueureuse pouvant prêter sa voix à des protagonistes du récit.

Progression et campagne : Arydia étant un jeu de campagne, vos personnages vont monter en niveau et s’équiper au fil de l’histoire. Chaque victoire rapporte de nouveaux objets, armes ou compétences à répartir, permettant de personnaliser davantage son héros selon son style de jeu. Vos choix impactent également l’état du monde : par exemple, aider un village pourrait influencer les rencontres futures dans cette région. Le jeu utilise pour cela un système d’index malin qui consigne les conséquences de vos actions et modifie le contenu des sessions suivantes en conséquence. Cet outil rend l’évolution du monde fluide sans nécessiter de longues mises en place entre deux parties, un très bon point pratique. Revenir en arrière n’est pas possible dans la campagne (chaque événement n’arrive qu’une fois), mais l’histoire s’adapte aux réussites comme aux échecs, assurant une continuité jusqu’au dénouement. Notons que malgré la richesse du système, les règles offrent un guide de démarrage rapide pour se lancer aisément, ce qui est appréciable pour un jeu de cette envergure.

Combats et défis : Les affrontements constituent l’autre pan majeur du gameplay. Arydia adopte un système de combat tactique au tour par tour, coopératif, où la coordination entre joueureuses est cruciale. Lorsque des monstres ou ennemis surgissent (souvent en explorant un donjon ou un lieu dangereux), on passe sur une configuration de plateau de combat. Chaque ennemi est géré par un deck de cartes « IA » (pas une vraie IA, hein) couplé à des jets de dés, ce qui détermine leurs actions de manière semi-aléatoire et offre des comportements variés.

De leur côté, les joueureuses disposent de compétences, d’équipements et de dés d’action pour attaquer ou se défendre. Une originalité du système vient de la notion de zone d’effet et de localisation : les attaques des monstres ont des directions ou patrons particuliers, et vos personnages ont des zones du corps protégées par leur armure. Autrement dit, esquiver ou encaisser un coup dépend de l’angle de l’attaque et de la partie du corps visée, ajoutant une couche stratégique sur le placement et l’orientation des figurines. Ce fonctionnement rappelle certains jeux vidéo tactiques et change agréablement du “tout-jet-de-dés” classique. À noter que les combats ne sont pas l’unique défi : l’aventure est ponctuée de défis variés comme des énigmes et casse-tête à résoudre en groupe, ce qui diversifie le gameplay et renforce l’impression de vivre une véritable aventure, pas seulement une succession de baston.

Interaction et coopération : Arydia est un jeu 100% coopératif – tous les joueurs gagnent ou perdent ensemble. La communication et la coordination sont donc au cœur de chaque partie. Que ce soit pour décider quelle direction prendre sur la carte, élaborer une stratégie de combat ou choisir comment aborder un personnage (plutôt diplomatie ou confrontation), le jeu sollicite constamment la discussion. L’aspect narratif encourage aussi à prendre des décisions collectives qui influenceront le scénario. Heureusement, le design du jeu fait qu’aucun joueur ou joueuse n’est laissée de côté : chacun a son rôle à jouer, et les scénarios s’adaptent au nombre de participants. Même en mode solo, l’expérience reste solide grâce à des règles d’équilibrage bien pensées – on peut jouer un seul personnage sans déséquilibrer le jeu, l’échelle des combats étant ajustée pour un héros unique. Cet équilibre solo est suffisamment rare dans les jeux coopératifs pour être souligné.

Pour résumer, Arydia offre un gameplay complet, mêlant exploration libre, combats tactiques et choix narratifs, le tout avec une fluidité étonnante compte tenu de la richesse du contenu.

Qualité du matériel et immersion

S’il y a un domaine où Arydia impressionne dès l’ouverture de la boîte, c’est bien la qualité et la profusion de son matériel. Le jeu est un véritable trésor ludique rempli de composants somptueux. On y trouve pas moins de 60+ figurines pré-peintes – un fait assez rare pour être applaudi – représentant les héros et une foule de créatures du bestiaire fantastique. Ces figurines sont de belle facture, et le fait qu’elles soient déjà peintes permet de plonger immédiatement dans l’action avec des tables de jeu colorées et vivantes. Outre les figurines, la boîte contient plus de 900 cartes (équipement, capacités, événements…), 300 tuiles de carte modulaire pour construire les terrains, ainsi que des plateaux double-couche pour les personnages et des fiches de suivi de campagne.

L’édition Kickstarter (que j’ai) proposait également du contenu additionnel et une mini-extension, signe que l’éditeur n’a pas lésiné sur la générosité.

Visuellement, Arydia est un régal pour les yeux. Les illustrations signées David Forest et Lina Cossette, connus dans le milieu pour leur talent, donnent vie au monde d’Arydia avec brio. Chaque lieu visité est illustré avec soin, ce qui, combiné aux descriptions narratives, renforce l’immersion dans l’histoire. Les picto sont clairs et la DA invite clairement à l’évasion, entre paysages verdoyants inspirant l’exploration et donjons menaçants augurant de grands dangers. Mention spéciale au plateau du monde: il se révèle petit à petit sous forme de tuiles ou de cartes assemblées, un peu à la manière d’une carte au trésor qu’on complète – on ressent véritablement le frisson de découvrir un nouveau territoire à chaque exploration.

Le soin apporté à l’ergonomie est également notable. Malgré le volume de matériel, tout est organisé pour rester accessible : un livret de règles bien structuré (avec un guide d’initiation pour démarrer en douceur), un système de rangement intelligent et surtout le fameux système de sauvegarde rapide. Concrètement, à la fin d’une session, on peut ranger les éléments dans des sachets ou emplacements dédiés pour reprendre la partie plus tard sans tout re-trier. Cette facilité de mise en place/repli évite que le jeu ne devienne fastidieux à manipuler, et incite à y revenir régulièrement.

Côté immersion, l’ensemble fonctionne à merveille. L’histoire se dévoile progressivement mais sait piquer la curiosité des joueurs avec des mystères et des rebondissements. On se surprend à parler aux personnages comme si on y était, à frémir lors d’un jet de dé crucial en combat, ou à discuter longuement d’un choix moral à faire dans le scénario. La présence de tous ces éléments matériels (figurines, cartes, plateau) combinée à une narration bien écrite crée une ambiance “jeu de rôle sur table” très aboutie. Il ne manque finalement qu’un narrateur ou une bande-son… et ça tombe bien, le jeu propose une bande originale disponible en ligne pour accompagner vos parties, accentuant encore l’atmosphère épique. En somme, Arydia offre une immersion totale grâce à un matériel de ouf et un univers cohérent, ce qui justifie amplement sa place dans la catégorie des jeux “premium”.

Alors oui, tout ça a un prix. Le jeu coûte plus de 200 euros, le même prix que Frosthaven. Gros, gros investissement, mais qui, selon moi, le mérite amplement. Pour son matos, pour l’aventure qu’on y vit.

Points forts et points faibles

Comme tout jeu ambitieux, Arydia: The Paths We Dare Tread a ses atouts exceptionnels, mais également quelques aspects perfectibles ou du moins susceptibles de ne pas convenir à tous les publics. Voici, selon nous, les principaux points forts et points faibles du jeu :

Points forts :

  • Expérience d’aventure inéditeArydia réussit à recréer sur table le sentiment d’un jeu vidéo en mode RPG en monde ouvert, avec une liberté d’exploration et une richesse narrative rarement vues. On peut même un peu le comparer à un Ultima IV version jeu de plateau, tant l’accent est mis sur les quêtes et l’histoire plutôt que sur le simple grind de streumons. Chaque partie apporte son lot de découvertes et de surprises, ce qui donne envie d’y revenir sans cesse pour voir ce que le monde nous réserve.
  • Gameplay varié et coopératif – Le jeu mélange habilement les phases d’explo, de baston, de dialogues et d’énigmes, évitant toute monotonie. On peut aussi bien fouiller une crypte à la recherche d’un artefact, négocier avec un chef de clan, résoudre une devinette antique que combattre un dragon. Cette variété, couplée à une vraie cohésion d’équipe (chacun a un rôle tactique et narrative), maintient l’intérêt et l’implication de tous les joueurs et joueuses tout au long de la campagne.
  • Matos DE MALADE – Difficile de ne pas être impressionnée par le contenu de la boîte. Figurines pré-peintes (adieu la corvée de peinture, bonjour le jeu prêt-à-jouer), illustrations superbes, éléments en carton épais, plateaux double-couche… tout respire la qualité. C’est un plaisir de manipuler ces composants et de voir l’univers prendre vie sur la table. De plus, les figurines modulables (têtes/corps interchangeables) pour créer son perso personnalisent l’expérience jusque dans le matériel, ce qui est un vrai plus pour l’immersion.
  • Accessibilité relative et règles bien pensées – Malgré son ampleur, Arydia n’est pas un jeu aussi complexe qu’on pourrait le croire. Les mécaniques de base sont intuitives pour tout habitué des jeux d’aventure ou de rôle. Le système d’index simplifie la gestion de campagne et les livrets fournissent des tutoriels progressifs. De plus, le jeu s’adapte au nombre de joueureuse et propose, selon moi, un mode solo parfaitement fonctionnel et équilibré – un atout pour jouer même lorsqu’on n’a pas de groupe sous la main. Cette flexibilité permet de profiter d’Arydia dans diverses configurations, ce qui élargit son public potentiel.
  • Innovation “green legacy” – Le fait de pouvoir vivre une aventure de type legacy, avec des éléments cachés à débloquer, tout en conservant la possibilité de réinitialiser le jeu pour une nouvelle campagne ou pour le revendre, est un excellent compromis. On profite de toutes les surprises et de la progression comme dans Pandemic Legacy ou Gloomhaven, mais sans le « one-shot » définitif. C’est à la fois économique sur le long terme et écologique (moins de gâchis de matériel), en phase avec les attentes modernes. Claaaaaasse !

Points « faibles » (je mets entre guillemets, car le terme de « faible » est peut-être un peu… fort) :

  • Durée et engagementArydia demande du temps et de la régularité pour être apprécié à sa juste valeur. Avec environ 40+ heures de contenu annoncées, la campagne complète s’étale sur de nombreuses sessions. Je préfère le dire. Cela peut être franchement intimidant pour celles et ceux qui ont du mal à maintenir un groupe de jeu régulier ou qui préfèrent les expériences plus courtes. Ce n’est pas un jeu que l’on sort pour une simple soirée one-shot improvisée. Il faut être prêt à s’investir dans le long terme, ce qui peut être un frein pour certains publics.
  • Accessibilité linguistique – À l’heure de cette critique, le jeu n’existe qu’en anglais, aussi bien pour les règles que pour les textes narratifs. Pour un public francophone, cela signifie qu’il faut maîtriser un minimum l’anglais pour profiter de l’histoire et des subtilités du gameplay. Un niveau intermédiaire suffit (le vocabulaire n’est pas trop technique), mais cela limite forcément l’accessibilité “grand public”. On espère qu’une traduction française verra le jour si le jeu rencontre assez de succès, car il le mérite amplement.
  • Prix élevé – Qualité et profusion de matériel obligent, Arydia représente un investissement conséquent. Le jeu étant issu de Kickstarter avec du matériel premium, son prix retail (s’il est distribué hors KS) risque d’être assez élevé par rapport à un jeu de plateau standard. Cela rejoint le point précédent sur le fait qu’il vaut mieux être certain de pouvoir y jouer en campagne pour rentabiliser l’achat. Pour certains joueurs au budget serré, cela pourrait être un obstacle, même si le contenu justifie en grande partie le tarif. Selon moi.
  • Complexité logistique – Bien que l’éditeur ait fait un excellent travail pour faciliter l’installation et le rangement, Arydia reste un gros jeu avec beaucoup de pièces. Il faut prévoir une table suffisamment grande pour tout disposer, et accepter un temps de mise en place/désinstallation un peu plus long qu’un jeu moyen (même si la sauvegarde limite cet inconvénient). De plus, la présence de nombreux composants implique un risque de perte ou d’oubli de règles lors des premières parties. En somme, Arydia n’est pas compliqué à jouer, mais il est lourd à gérer physiquement, ce qui peut décourager les joueuses et joueurs les moins patients ou… organisés.
  • Quelques équilibrages mineurs – Côté gameplay, difficile de reprocher grand-chose à Arydia tant l’expérience est maîtrisée. On notera peut-être que certains pourront trouver les combats moins “casse-tête” tactique que dans un Gloomhaven (ils sont plus narratifs et orientés ambiance, ce qui peut déplaire à ceux qui cherchent un challenge stratégique très relevé). Inversement, ceux qui adorent la baston pourraient trouver que l’histoire et l’exploration prennent beaucoup de place. C’est avant tout une question de goût, mais il est vrai qu’Arydia mise sur l’équilibre entre ses quatre piliers plutôt que de pousser chaque aspect à l’extrême. Enfin, en solo avec un seul personnage, le jeu est très bon mais peut présenter un niveau de difficulté un peu plus élevé sur certains combats (un héros unique encaissant moins de dégâts qu’un groupe) – rien d’insurmontable cependant, et la progression du personnage solo compense en partie cette dureté.

En résumé des points faibles, on retiendra surtout que Arydia est un jeu exigeant de par sa nature “campagne ambitieuse”. Il s’adresse à un public prêt à s’immerger longuement dans un univers, et capable de surmonter la barrière de la langue et de l’organisation matérielle. Pour ce public cible, ces défauts n’en seront probablement pas, mais il fallait les souligner pour les autres.

Comparaison avec d’autres jeux similaires

Dans le paysage ludique, Arydia se positionne à la croisée de plusieurs genres, et je pense qu’il peut être intéressant de le comparer à quelques références pour mieux cerner son identité.

Gloomhaven et autres dungeon crawlers legacy : Gloomhaven est souvent cité en comparaison, car il s’agit également d’un gros jeu coopératif de campagne avec des améliorations de personnages et des tuiles modulaires. Toutefois, la philosophie de jeu diffère sensiblement. Gloomhaven est très centré sur les combats tactiques successifs et la gestion fine de decks de cartes, avec une narration relativement minimale. Arydia, lui, met l’accent sur la liberté d’exploration et la narration filée. Comme l’exprimait un joueur, Gloomhaven donne parfois l’impression d’enchaîner les combats, là où Arydia fait vivre une aventure globale plus variée. De plus, Gloomhaven utilise des scénarios fermés (on choisit une mission sur une carte) alors qu’Arydia est un monde ouvert où l’on se déplace de lieu en lieu de façon organique. En termes de legacy, Arydia a l’avantage de la réversibilité (pas d’autocollants définitifs, etc.), ce qui n’est pas le cas de Gloomhaven (même si celui-ci reste jouable après campagne). En somme, les deux jeux offrent du dungeon crawling coopératif, mais Arydia conviendra mieux aux amateurs d’histoires et d’exploration, quand Gloomhaven plaira aux fans de tactique pure et de défis combatifs relevés.

Sleeping Gods et le 7e Continent : Ces deux titres proposent également une exploration libre sur une carte avec des événements narratifs, ce qui les rapproche d’Arydia sur ce point. Sleeping Gods offre un monde ouvert maritime où l’on voyage d’île en île avec un carnet d’histoires, tandis que Le 7e Continent met l’accent sur la survie et l’exploration/casse-tête dans un environnement hostile. Par rapport à eux, Arydia se distingue par une composante jeu de rôle plus prononcée (évolution de personnages, équipement, quêtes structurées) et des combats tactiques dignes d’un vrai jeu de plateau figurines. Là où Sleeping Gods mise surtout sur la narration et peut laisser le système de combat en arrière-plan, Arydia propose un équilibre plus classique entre combat et histoire. En revanche, Sleeping Gods est plus facilement jouable en one-shot ou sans le même groupe à chaque fois, grâce à une structure plus ouverte, alors qu’Arydia étant une campagne suivie, il vaut mieux les mêmes joueurs tout du long pour profiter de l’histoire continue. Quant au 7e Continent, il est plus punitif et axé sur les énigmes environnementales, alors qu’Arydia est plus héroïque et scénarisé. Si vous avez aimé l’un de ces jeux d’exploration, Arydia pourrait vous combler en reprenant l’idée d’un monde riche à parcourir, mais avec le supplément d’âme d’un JDR coopératif complet.

Pandemic Legacy et autres jeux legacy : Bien qu’ils appartiennent à des genres très différents, les jeux de type Legacy comme Pandemic Legacy, Charterstone ou Machi Koro Legacy partagent avec Arydia le principe d’une campagne à enveloppes surprises et évolution du jeu. La grande différence est évidemment que Arydia s’inscrit dans le registre aventure fantastique, avec un récit immersif, là où la plupart des legacy restent des jeux stratégiques ou familiaux avec un thème plus léger. Arydia apporte l’idée intéressante du legacy rejouable : on pourrait presque parler de “jeu de rôle” sur plateau à campagne scénarisée, plus que de legacy pur. Si vous aimez découvrir du contenu caché et voir un jeu “vivre” et changer d’une partie à l’autre, Arydia offre cette satisfaction, à l’instar d’un legacy – mais attendez-vous à une expérience beaucoup plus conséquente en temps et en matériel qu’un Pandemic Legacy, par exemple. En termes de complexité, Arydia est plus lourd qu’un legacy traditionnel, et rejoint plutôt un Tainted Grail ou Descent: Légendes des Ténèbres dans l’échelle des jeux narratifs ambitieux.

Xia: Legends of a Drift System : Enfin, impossible de ne pas évoquer Xia, le précédent jeu de Cody Miller, pour ceux qui le connaissent. Xia était un bac à sable spatial compétitif où les joueurs étaient libres de faire du commerce, du combat spatial, de l’exploration dans une galaxie modulable. Arydia peut être vu comme le « successeur spirituel » de Xia, transposé en mode coopératif et fantasy. On y retrouve le goût de l’exploration libre et du développement de personnage. Cependant, Arydia propose un cadre narratif bien plus développé et une coopération là où Xia était compétitif et beaucoup plus sandbox (pas de campagne scénarisée, on faisait sa vie de pilote sans trame prédéfinie). Les fans de Xia apprécieront le souci du détail de Miller et la liberté offerte, tout en découvrant un jeu plus narratif et accessible à un public différent (l’aspect coop permettant de jouer en famille ou avec des potes moins “optimisateurs”, par exemple).

En résumé, Arydia: The Paths We Dare Tread s’inspire de plusieurs grands noms (Legacy, Gloomhaven, jeux d’explo narratifs…) tout en réussissant à fusionner ces influences en un tout cohérent et original. Il occupe une place à part, celle du jeu d’aventure coopératif total, au carrefour du jeu de plateau et du jeu de rôle.

Arydia, verdict

Après de nombreuses heures passées sur les sentiers d’Arydia, il est temps de livrer notre verdict. Spoiler alert : Arydia: The Paths We Dare Tread est un coup de cœur absolu pour la fan d’aventure que je suis. Rares sont les jeux de société qui parviennent à me faire ressentir autant d’émotions variées en cours de partie : l’émerveillement en explorant une nouvelle contrée, la tension d’un combat désespéré contre un boss, la satisfaction de résoudre une énigme en équipe, ou encore la joie de voir mon personnage gagner en puissance et en histoire. Arydia m’a fait voyager d’une manière que je n’avais pas connue depuis longtemps dans un jeu de plateau.

L’énorme point fort d’Arydia, c’est son équilibre entre fun immédiat et profondeur sur la durée. Dès la première session, on s’amuse grâce au matériel somptueux et aux mécaniques intuitives. Puis, au fil des sessions, on réalise l’ampleur de la campagne qui se déploie et on s’attache de plus en plus à ce monde et à nos héros. Le jeu réussit à constamment nous donner envie de voir la suite – et ça, c’est la marque des grands jeux narratifs. Chaque fin de partie appelle la suivante : « allez, la prochaine fois on retourne voir ce villageois chelou, il a peut-être une quête pour nous… ». On se surprend même à discuter des stratégies ou du scénario entre les sessions, signe que l’immersion opère au-delà de la table.

En termes de sensation de jeu, j’ai vraiment eu l’impression de vivre une campagne de jeu de rôle classique, mais sans la nécessité d’une maîtresse de jeu, et avec le support visuel et tactile qu’offre le plateau. Le système de jeu est assez souple pour permettre des approches variées (combat vs infiltration vs discussion), ce qui laisse une certaine liberté d’action dans la manière de résoudre les situations. J’ai adoré cette flexibilité, qui nous fait sentir acteur de l’histoire. De plus, le jeu pardonne les erreurs et encourage à continuer même après un échec relatif, un peu à la manière d’un récit dont on est le héros – on ne “perd” jamais vraiment, on vit une aventure avec ses triomphes et ses déconvenues, ce qui est bien plus engageant qu’un simple échec de mission frustrant.

Évidemment, je recommanderais Arydia les yeux fermés à tout public joueur qui aime les expériences coopératives riches. Pour une famille ou un groupe d’amis motivés, c’est une campagne inoubliable à vivre ensemble, pour peu que l’anglais ne soit pas un problème. Même pour des joueurs solos, le jeu vaut le détour tant il offre de matière à explorer en solitaire. Arydia n’est pas juste un jeu, c’est un voyage ludique. Certes, le voyage est long et demande un certain effort d’organisation, mais la récompense en vaut largement la chandelle.

En conclusion, Arydia: The Paths We Dare Tread s’impose comme l’un des jeux d’aventure coopératifs les plus aboutis de ces dernières années. Par son ambition, il pourrait effrayer, mais par son exécution, il émerveille. Si vous rêvez d’explorer des royaumes fantastiques, de vivre des péripéties dignes d’un roman, le tout confortablement installé autour d’une table avec vos proches, alors n’hésitez plus : osez emprunter les sentiers d’Arydia. L’aventure vous y attend, et elle vaut chaque minute passée à la parcourir. Bon jeu et bon voyage en Arydia !

On a aimé :

  • L’incroyable liberté d’exploration dans un monde ouvert.
  • Les figurines pré-peintes, idéales pour les allergiques au pinceau.
  • L’aspect coopératif qui crée une ambiance de “table ronde” médiévale.

On a moins aimé :

  • Le prix un peu corsé (il fallait bien payer tous ces dragons miniatures).
  • L’absence de version française officielle pour le moment.

C’est plutôt pour vous si…

  • Vous adorez les longues campagnes pleines de rebondissements.
  • Vous aimez quand chaque décision peut changer le cours de l’histoire.
  • Vous appréciez un mix entre jeu de plateau et jeu de rôle.

Ce n’est plutôt pas pour vous si…

  • Vous cherchez un jeu rapide à sortir pour une petite soirée.
  • Vous n’aimez pas gérer beaucoup de matériel.
  • Vous n’êtes pas fan des univers fantasy ou des grosses boîtes qui pèsent 5 kg !

Arydia, c’est la campagne épique qui vous attend, armée d’un plateau, de figurines et d’une bonne dose de bravoure : préparez-vous à écrire votre légende !

Grandiose !

Note : 5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Cody Miller, Ira Fay
  • Illustrations : Kirk Hamilton, David Forest, Tess Anderson, Lina Cossette, Philipp Ach
  • Édition : Far Off Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (idéalement 1-2)
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (accessible avant)
  • Durée : 60-120 minutes par scénar. x 40 !
  • Thème : Méd-fan
  • Mécaniques principales : Scénario, Dés, Coopératif, Narratif. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

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2 Comments

  • Fred - FLQ

    Belle découverte, merci ! Ce qui en est dit me rappelle beaucoup d’éléments d’Oathsworn, de Jamie Jolly. Je perçois cependant un possible meilleur équilibre global entre narration, exploration et combats. Si quelqu’un qui connaît les deux passe dans le coin, je suis preneur d’un petit comparatif ! 😀

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