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Descent : Légendes des Ténèbres, le jeu prestige

Descent : Légendes des Ténèbres. La grosse, grosse claque ludique !


Descent : Légendes des Ténèbres

Descent : Légendes des Ténèbres est plus qu’un jeu, c’est une expérience. Colossale ! Et tout commence par la boîte, gigantesque. Carrée, lourde, massive, aux illustrations évoquant des scènes épiques et mémorables. La tenir entre ses paluches constitue déjà une expérience, imposante, en soi.

Puis, une fois, ouverte, c’est la surprise. Elle est à moitié… vide. Et l’autre moitié est bourrée de superbes, mais fragiles, figurines. Les règles sont aussi courtes que la boîte est corpulente. À moitié vide ? Pour un tel prix ? Mais de quoi se moque-t-on ! De personne. Car la boîte contient une palette de punchboards d’éléments en carton 3D à monter : un lutrin par-ci, une étagère par-là. On se croirait dans un entrepôt de Donjons & IKEA. Une fois le tout monté, ce qui nous a bien pris 1h (merci Didi), la moitié vide de la boîte permettra de tout ranger. Et c’est parti pour l’aventure, avec un A phénoménal.

Descent : Légendes des Ténèbres est la suite, en quelque sorte, du dungeon-crawler Descent de 2005 et de son excellente suite sortie en 2012. Il aura fallu dix ans de développement pour sortir cette V3, qui n’est pas vraiment une V3 non plus, mais un jeu à part. Une suite, indépendante, ni une réédition, ni une nouvelle version. Un tout nouveau jeu, une toute nouvelle façon de jouer, intense.

Dans les deux précédents Descent, on jouait en mode semi-coop. Une personne contre les autres. Une personne qui gérait les streumon, et les autres les braves héros un peu nigauds de s’enfoncer dans ces couloirs sombres et obscurs (Isabelle s’est cognée contre les murs).

Dans ce Descent : Légendes des Ténèbres, et on le comprend rapidement en voyant les règles et le « peu » de cartes, à peine 50 en tout, on réalise qu’une app va venir assister le tout. Et ce n’est pas la première fois que l’éditeur américain FFG, écurie Asmodee, utilise le numérique pour ses jeux. Ils l’ont déjà fait avec XCOM en 2014, puis la V2 en full coop Les Demeures de l’Épouvante en 2016, suivie d’une mise à jour pour Descent la même année pour rendre le jeu coopératif. Et enfin, le très remarqué Le Seigneur des Anneaux, Voyages en Terre du Milieu en 2019.

Nous voici donc fin 2021, avec Descent : Légendes des Ténèbres également assisté d’une app. Elle s’occupe de tout : la mise en place avant et pendant la partie, les rencontres, le déplacement des créatures, la baston, le loot, le crafting, le récit. L’application sert de MK, éliminant beaucoup de gestion pénible, tout en offrant le frisson d’explorer l’inconnu. Bref, tout. Si vous êtes allergique au numérique, fuyez ! Si vous appréciez la surprise, la découverte, l’exploration, foncez !

Descent : Légendes des Ténèbres, des règles simples pour un jeu riche

Descent : Légendes des Ténèbres est un pur Dungeon Crawler. On se balade dans des couloirs, sombres, pour dégommer du monstre et fouiller des salles. Du PMT, comme on dit dans le milieu gamer : Porte-Monstre-Trésor. C’est tout ? Oh non. En l’occurrence, on ne fait pas que se balader dans des souterrains humides, les environnements sont différents, surprenants. On ne divulgâchera par les 16 scénarios de la campagne et ses 35-40h de jeu composant l’Acte 1, comme il est indiqué en grand sur la grande boîte.

Dans le jeu, comme d’hab, on commence par choisir son personnage : tank, heal, ranger, magot, etc. Rien d’original. Vraiment ? Lisez la suite de l’article pour vous faire une autre idée. Vous recevez ensuite une mini feuille de perso avec 4-5 caractéristiques, rien de très complexe, ainsi que deux cartes armes de départ que l’on place dans une pochette pour afficher l’une ou l’autre face, arme améliorée ou non.

Chaque tour se compose d’une phase de jeu, gérée par les êtres humains à la table, entre 1 et 4, et une phase d’obscurité, gérée par l’app. Pendant la phase de jeu, on joue dans n’importe quel ordre. À son tour, on peut se déplacer sur la carte, le terrain, les cases, selon la vitesse de son personne, et on a également le droit à 2 autres actions à choix : continuer à se déplacer, fouiller / explorer, organiser son matos et bastonner, bien sûr.

Les combats sont on ne peut plus simple, avec l’app qui gère la rencontre, et un petit lancer de dé qu’on fait en vrai dont on indique le résultat dans l’app. Un peu de hasard, certes, mais très peu. Rien de rédhibitoire. Juste de quoi rajouter une petite part d’inconnue, pour saupoudrer le jeu de surprise et d’aléa. On ne perd pas un combat, un scénario, une campagne sur un mauvais tirage.

Et comme indiqué plus haut, comme le jeu propose, au doigt mouillé, 217kg de mobilier en 3D, les scénarios vont entrer en interaction avec. Cet arbre-là, en vrai, il cache quoi ? Et cette marmite, on la fouille ou pas ? Avec, bien sûr, le terrain qui vient bloquer la fameuse ligne de vue pour les tirs à distance.

À noter que les personnages et le terrain donnent vie à un monde fantastique et vivant sur sa table. Certains donjons sont même sur plusieurs niveaux. Si si. On pose des escaliers, on place des sols que l’on harnache en hauteur grâce à des piliers. C’est impressionnant. Et soudain, sa table prend vie. Trouver les bonnes pièces pour chaque nouvelle section de plateau est prend quelques secondes, et la tâche est moins fastidieuse que dans les deux autres versions de Descent. Dans Légendes des Ténèbres, il n’y a qu’une douzaine de tuiles. Suffisamment pour construire, arranger, composer des décors.

Une fois que tout le monde a joué, on passe à la phase des Ténèbres. On guérit, puis les créatures s’activent en s’approchant et en cognant nos aventuriers en goguette. On jette un petit dé de défense pour éviter la défonce. Et c’est tout. Encore une fois, Descent : Légendes des Ténèbres se distingue par son clivage entre gigantisme du matériel et fluidité des règles.

Les tours continuent ainsi, avec l’application ajoutant des morceaux de terrain au fur et à mesure de son exploration, de sa progression. L’application garde également une trace des objectifs et du butin. Une fois les objectifs du scénario terminés, la mission s’achève et on part alors en ville faire des emplettes. Ces intermèdes reprennent un peu le concept d’inter-parties que l’on retrouve dans Aftermath et ses rongeurs tout cute. Quelques événements, et beaucoup de crafting, selon le loot, de quoi améliorer son personnage pour les prochaines aventures.

Descent : Légendes des Ténèbres, c’est du jeu de rôle pour darons. Entre enfants et taf, quand on n’a plus le temps de faire du jdr, de réunir son équipe, de préparer son scénario, Descent est là pour combler ce manque.

Et que faire après la campagne et ses 16 scénarios et ses 35-40 heures de jeu ? Jeter le jeu ? Non. On pourra rejouer, comme n’importe quel jeu, ou même recycler tous les éléments, tuiles, détails, décor, pour embellir ses parties de jeu de rôle.

Descent : Légendes des Ténèbres, un jeu progressiste et inclusif

Descent : Légendes des Ténèbres infuse plusieurs commentaires contemporains socio-politiques. Le jeu, de manière surprenante, fait la part belle à la diversité, à l’inclusivité et à des questions sociétales. On peut y jouer sans le voir, sans s’y intéresser, mais pour peu qu’on gratte un peu la surface, on réalise que le jeu est moderne et progressiste.

Pour daltoniens

Dans sa mécanique, tout d’abord. Les figurines ennemies qui apparaissent en jeu se dotent d’un socle de couleur pour représenter les différents groupes sur le plateau. Différents groupes qui vont s’activer, ou pas, selon les événements lors de la phase des ténèbres. Ces socles sont de couleur. Pour permettre aux daltoniens d’y jouer, l’app, comme le jeu, utilise un système malin d’encoches pour identifier les couleurs, les figurines.

👉 À lire également : Jeux de société et daltonisme. En voir de toutes les couleurs.

Inclusif

Deux héros sont atteints dans leur intégrité physique. L’un d’eux est malentendant, l’autre a été mutilé.

Féministe

À l’instar de Brynn, l’une des héroïnes du jeu, il y a des personnages féminins, forts, et pour une fois non dénudées qui feraient potiche. On sent que le jeu a été co-créé par une femme, Kara Centell-Dunk.

Fluide

Non binarité, LGBTQIA+, les questions de genre secouent la société en profondeur depuis quelques années. Dans Descent : Légendes des Ténèbres, l’un des héros, ou héroïne, on ne sait pas, est agenre. C’est précisé, et c’est voulu.

Politique

L’intrigue principale de la campagne met en scène une menace, une invasion massive d’ennemis sur le territoire. Pour fuir ces attaques, les habitants prennent la route et cherchent un refuge. Descent : Légendes des Ténèbres, comme une allégorie, ludique, à notre réalité migratoire ?

Oui, mais

Malgré ses règles, fluides, malgré son récit, captivant, malgré son matériel, grandiloquent, Descent : Légendes des Ténèbres n’est pas exempt d’écueils. Tels que :

Narration

L’app met très peu, voire aucune voix d’acteurs ou d’actrices. On n’est pas dans l’excellentissime Forgotten Waters. Il faut beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup, beaucoup lire sur l’écran. C’est sympa un moment, mais sur 16 scénarios et 35-40 heures de jeu, cela en devient pénible. Et oblige à coller les yeux sur l’écran.

De quoi couper le flux de la partie, et demande à quelqu’un de s’en charger.

À relever également que les textes ne sont pas particulièrement riches ou bien écrits. On aurait aimé avoir soit des voix pro, soit des animations. Si déjà l’app est censé endosser le rôle du MJ, alors pourquoi ne pas le faire jusqu’au bout ?

Répétition

C’est du Descent. C’est du Dungeon Crawling. C’est du PMT. Donc finalement, on fait toujours un peu la même chose : un plateau, des adversaires, de la baston. Même si les environnements changent, même si les missions changent, même si les ennemis changent, même si les trésors changent, au fond, c’est toujours, toujours un peu la même mécanique de jeu. De quoi finir par se lasser après une dizaine d’heures de jeu. Ce qui est déjà pas mal, me direz-vous.

Prix

Enfin, relevons le gros point noir du jeu, son prix. Il est vendu à plus de 150 euros, ce qui en fait l’un des jeux les plus chers en boutique. Alors bien sûr, entre la qualité de l’app et la profusion de matériel, on en a clairement pour son argent. Là n’est pas la question. Mais le jeu reste onéreux, pas à destination de toutes les bourses. Il faut prévoir un sacré budget pour pouvoir s’offrir Descent : Légendes des Ténèbres. FFG / Asmodee a clairement compris que depuis Kickstarter, Gloomhaven et consœurs, les gens étaient prêts à dépenser, à dépasser la centaine d’euros pour un jeu de plateau. Surtout quand il est livré avec une palette de figurines non peintes.

👉 À lire également : Comment peindre des figurines en toute simplicité. Petit guide pour bien débuter.

Oui mais. Sur Kickstarter c’est quand même un poil différent, puisqu’on amasse, espère les stretch-goals. Ça fait partie du jeu, dans les tous sens du terme.

Faisons un petit jeu ensemble, si vous le voulez bien. Si vous travaillez, prenez votre salaire horaire, brut. De ce montant, en euros ou en francs suisses, ou en toute autre monnaie selon où vous vivez, déduisez à présent :

  • 30% d’impôts, assurances et charges publiques diverses
  • 20% pour payer votre loyer ou rembourser votre hypothèque
  • 20% pour votre alimentation et vestimentaire, pour vous et vos enfants si vous en avez
  • 10% pour vos transports : voiture et/ou abonnement de transports publics et/ou réparation et achat de vélo

Il vous reste, net, environ 20%. Ainsi, si vous gagnez 20 euros ou CHF par heure, vous en accumulez 4 pour tous vos loisirs et vacances. Jeux de plateau y compris. 4 euros / CHF par heure. Comptez à présent le nombre d’heures nécessaires pour vous offrir Descent : Légendes des Ténèbres. Environ 40 heures. Soit une semaine complète de travail, en gagnant 20 euros / CHF par heure. Adaptez selon votre taux horaire, et c’est le nombre d’heures qu’il vous faudra travailler pour (vous) offrir le jeu. 40 heures de travail, pour 40 heures de jeu. Ça calme. Ça relativise. Ça met les choses à plat, en perspective.

Encore une fois, je ne dis pas que le jeu est trop cher. Rapport qualité-quantité-plaisir-prix, on s’y retrouve. Mais le jeu reste très cher. La grande question est de savoir s’il vaut la peine de travailler toute une semaine pour pouvoir se l’offrir (et pas autre chose, donc).

Descent : Légendes des Ténèbres, verdict

Impressionnant !

Note : 4.5 sur 5.
  • Autrice et auteur : Kara Centell-Dunk, Nathan I. Hajek
  • Éditeur : Fantasy Flight Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 14 ans (pas moins ! Les ambiances sont souvent anxiogènes, pareil pour les scénarios)
  • Durée : 60′-90′ par scénario. Il y en a 16 dans le jeu, qui constituent l’acte 1. De quoi nous faire penser qu’il y aura une suite.
  • Thème : Médiéval fantastique
  • Mécaniques principales : Dungeon Crawler, coopératif, narratif, numérique, jeu de rôle

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5 Comments

  • gEGe

    Pour beaucoup, il faudrait plutôt 2+ semaines pour se l’offrir…
    Et l’absence de voix est effectivement très surprenante. Merci de l’avoir pointé. Psychologiquement, je me dis que je vais pouvoir dépenser cette coquette somme dans une dizaine d’autres jeux 😉

    • Galious

      16 scenarios, à raison de 60-90 minutes chacun, d’après ce que vous indiquez dans la fiche technique.
      Cela représente donc en tout 16 à 24 heures de jeu.
      Pourtant vous indiquez dans l’article qu’il y a 35-40 heures de jeu.
      Cela représente un bel écart entre 16 et 40 heures, ça multiplie le prix horaire par 2.5…
      Sur quelle durée peut-on compter ?

      • Gus

        Bonne question Patrick, vous faites bien de la poser. En effet, il y a comme un souci de maths…

        Comme dit dans l’article, il y a des mini aventures, des entre-chapitres qui prennent un peu de temps. Rien de méchant, entre une dizaine et 30′ minutes. Mais mis bout à bout, ça donne bien entre 30 et 40 heures. Et tout dépend ensuite de sa vitesse de progression. Le tout premier scénario nous a pris plutôt 2h de jeu que 1h. Et également, enfin, une question de mode de jeu. Vous êtes plutôt baston, ou loot ? Parce que le loot vous prendre un peu plus de temps à tout explorer.

        • Galious

          Merci beaucoup de ces précisions, je risque de plus en plus de me laisser tenter, mais n’ai pas encore franchi le pas des jeux ‘avec app’.
          Quid du support sur le long terme, quand on ressortira la boîte dans 6-8 ans avec des versions Android différentes sur nos smartphones ? On ne pourra même pas jouer le rôle du MJ pour dépanner, car pas de règles pour ça…

          • Gus

            « Quid du support sur le long terme, quand on ressortira la boîte dans 6-8 ans ». Excellente question !!! De toute façon, d’ici-là, il y aura eu 1-2 nouvelles éditions du jeu… 🙁

            C’est tout le principe de la nouveauté et de son tapis roulant, Patrick. Un nouveau jeu ne reste pas nouveau très longtemps…

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