Jeux de plateau

Shadow Forces, le retour de Risk en mode épique et climatique

Avec Shadow Forces, non, Risk n’est pas mort et enterré.


Risk Shadow Forces

Nous sommes en 2050. L’humanité s’est réunie pour exploiter une nouvelle source d’énergie, propre, afin de coloniser Mars. Et puis soudain, c’est le drame. Les militaires et les entreprises de la planète entière ont décidé de se retourner les unes contre les autres pour extraire cette ressource et pour partir sur Mars avant les autres. Et leur laisser notre vieille planète, dévastée par des décennies de changements climatiques.

Non, ce n’est pas le nouveau cri de Greta à la COP26 de Glasgow, mais le pitch de Risk Shadow Forces, la nouvelle itération épique du jeu Risk.

Talents aiguilles

Quand le jeu de plateau d’affrontement Risk Legacy est sorti en 2011, il a modifié le marché du jeu en profondeur. Et pour toujours. C’est le très bankable auteur Rob Daviau qui l’a sorti à l’époque. C’est lui qui a inventé le mode Legacy. Le fait d’altérer le jeu selon les choix. De le rendre évolutif.

En 2008, Daviau travaillait pour le géant du jouet Hasbro, créant des variations sur des jeux classiques : une édition Harry Potter pour le Cluedo, un Trivial Pursuit Star Wars et d’innombrables versions du jeu Risk. Un jour, lors d’une séance de remue-méninges sur le Cluedo, l’auteur a sorti une blague. « Je ne sais pas pourquoi ils continuent d’inviter ces gens », a-t-il alors déclaré. « Ce sont tous des meurtriers. » Et c’est sur cette bête blague que l’histoire du jeu de société allait s’écrire sur une nouvelle page. Le mode Legacy était née, de manière inconsciente.

« Je ne sais pas pourquoi ils continuent d’inviter ces gens. Ce sont tous des meurtriers. »

Rob daviau

Cette remarque est restée dans la tête de l’auteur. Pourquoi est-ce que tous les jeux, à l’époque, fonctionnaient comme Groundhog Day, le Jour de la Marmotte, où tout se répète, sans cesse, sans queue ni tête ? Chaque fois que l’on remet le jeu en place, l’histoire recommence. Toutes les expériences passées sont effacées. Le récit est remis à zéro, à chaque fois.

C’est de cette interrogation que l’auteur de jeux Rob Daviau est parti pour se montrer plus ambitieux, pour innover. Son idée était simple : et si un jeu ne revenait pas complètement à son état, son point de départ à chaque fois ? Et si le jeu pouvait continuer, en changeant au fur et à mesure ?

Daviau a convaincu Hasbro de le laisser réinventer le jeu Risk, ce cacochyme sorti pour la toute première fois en 1957 et toujours réédité depuis.

Dans Risk Legacy sorti en 2011, au lieu d’une seule et unique campagne se terminant lorsque vous rangez la boîte, l’histoire se poursuit à la prochaine partie. Avec des modifications du plateau, du matériel de jeu, selon sa progression, ses décisions. On déchire des cartes, on colle des autocollants sur le plateau, on écrit dessus, on ouvre des enveloppes scellées, on découvre du nouveau matériel, des nouvelles règles, de nouvelles missions. Bref, en un mot, le jeu change. En profondeur. Les décisions prises lors d’une partie allaient avoir des répercussions plusieurs mois plus tard.

Le jeu a connu un véritable succès. Un véritable changement de paradigme. Avec son innovation, Daviau a aussitôt intéressé d’autres éditeurs, qui l’ont invité à plancher sur leurs jeux. Il a ainsi travaillé sur Pandemic Legacy, avec son auteur original Matt Leacock, ainsi que sur d’autres titres en mode Legacy.

L’approche n’a toutefois pas été adoptée de manière universelle. Certaines personnes préfèrent que leurs jeux de société soient rejouables à l’infini. Jouer à un jeu Legacy, à Risk Legacy, c’est comme acheter un billet de cinéma, de théâtre. On paie pour une expérience, unique, intense, mémorable.

Un pari Riské

C’est lors de son événement Hasbro Pulse Con de ce weekend que le colosse américain des jeux en a profité pour annoncer une toute nouvelle version de son titre, culte : Risk Shadow Forces. Risk Shadow Forces se présente comme le digne « successeur spirituel » de Risk Legacy. Cette fois, ce n’est pas Daviau qui s’y colle, mais un autre auteur, également connu, Craig Van Ness.Van Ness est l’auteur de plus de 80 jeux et d’une autre version de Risk, futuriste, Risk 2210 A.D.

Avec une tendance nette et constatée pour les jeux narratifs, immersifs, qui infuse dans le milieu du jeu de société, ce Risk Shadow Forces se veut lui aussi plus narratif que son prédécesseur. L’accent sera mis sur le récit, avant tout. On y jouera, pour créer, pour participer à une histoire. L’objectif, complexe, risqué, de ce Risk Shadow Forces est double : conserver ce qui fonctionne dans le jeu d’origine de… 1957, tout en rajoutant une couche narrative et évolutive forte. Risk Shadow Forces cherche non pas seulement à divertir, à faire réfléchir, mais à susciter des émotions. Celles que l’on ressent parfois, souvent, en plongeant dans des récits. Et tout ceci en invitant le public à le créer soi-même en prenant des décisions cruciales sur le cours de l’histoire. Où, quoi, qui, comment, et quand. Et pourquoi.

Soyons honnêtes un instant. Le Risk d’origine ne propose aucun thème, aucune aventure, aucun récit spécifique autre que : des armées s’affrontent sur un territoire. Parce que. Ce Risk Shadow Forces cherche à se démarquer et à faire autrement, en proposant un récit, moderne. Et quel autre récit est plus moderne que les… changements climatiques ?

Dans Risk Shadow Forces, il y a une planète B

COP 26, COP 27, COP 28, COP… Et si on continuait à dévorer le planète comme on le fait maintenant ? Qu’est-ce qui se passerait ? C’est le prémisse de Risk Shadow Forces. On continue, on ne fait rien. Ou presque. En 2015, dans 29 ans, entreprises et gouvernements se tirent la bourre pour exploiter une ressource puissante pour voir ailleurs si on y est (réponse : bientôt).

Dans cette toute nouvelle, toute prochaine version de Risk, améliorée, on commence par choisir sa faction, avec sa propre histoire. Faction qu’on conservera tout au long de 15 parties, reliées les unes aux autres. Et faction aux spécificités qui auront une influence sur son jeu, en mode asymétrique, donc.

👉 À lire également : Grève pour l’Avenir. 3 jeux sur les changements climatiques.

Un autre aspect innovant du jeu sera les changements d’échelle, mondiale et locale. À l’échelle mondiale, sa faction se développe, s’étend, à l’échelle locale, on se livre à des escarmouches détaillées. Et ce qui se passe dans la petite histoire a un impact direct dans la grande Histoire. Décisions, rebondissements, conséquences, Risk Shadow Forces propose une véritable expérience ludique surprenante. Risk Legacy a déjà secoué le pommier en 2011. Risk Shadow Forces risque bien de faire pareil en 2022.

Oui, car Hasbro a annoncé la douloureuse lors de son événement, il faut à présent patienter une année pour voir sortir cette version. Hasbro va toutefois lancer tantôt une précommande participative, à l’instar de ce qu’ils ont fait avec le reboot de Heroquest, pour permettre aux gens intéressés, vous, nous, de rester dans la loop. Risk Shadow Forces est annoncé aux alentours de 70 dollars pour le 8 novembre.

En attendant, vous pouvez trouver Risk Legacy chez Philibert ici.

Un nouveau Risk, plus narratif, disruptif, ça vous tente ? Et est-ce que vous jouez encore au Risk original, ou à la version Legacy ?

 

One Comment

  • amnesix77

    Peut être le jeu qui me reconciliera avec Risk qui a traumatisé mon enfance ludique (vous n’avez pas un père qui voulait absolument faire une partie avec vous ?). Ces parties interminables sans thème ni tension et ou de mauvais objectifs peuvent ruiner la partie.

    Je me suis lancé avec espoir dans l’aventure Kickstater de Defcon au printemps qui j’espère sera une réussite. Sinon je suivrai ce nouvel opus qui, avec son volet narratif, pourrait emporter le morceau 🙂

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