Analyses & psychologie du jeu,  Jeux de plateau

Est-ce que jouer aux jeux de société diminue le stress ?

Trop de stress ? Jouez plus.


Jouer plus, stresser moins

Est-ce que ça vous fait cet effet, à vous, de voir, de ressentir votre stress qui diminue en vous lançant dans une petite, ou longue, partie de jeux de société, de plateau, de cartes, de rôle ? Est-ce que jouer aux jeux de société dits analogiques aurait un impact sur notre niveau de stress ?

L’expérience personnelle dit oui, bien sûr. Depuis le début de la crise sanitaire, on a pu constater une importante augmentation de l’intérêt pour les jeux, pour leur capacité, inhérente, intrinsèque, à transporter. Et auraient-il un impact sur le stress ? Voici ce que la science dit à ce sujet.

Le stress, petite définition

Le stress renvoie généralement à deux aspects : la perception psychologique de la pression, d’une part, et la réponse du corps à celle-ci, d’autre part.

Un certain stress est nécessaire pour tous les systèmes vivants. C’est le moyen par lequel ils rencontrent et répondent aux défis et aux incertitudes de l’existence. La perception du danger déclenche un système de réponse automatique, connu sous le nom de réponse de flight or fight, en anglais, la fuite ou le combat, qui, activé par des signaux hormonaux, prépare un animal, nous, à faire face à une menace ou à s’enfuir pour survivre.

Les causes du stress

Un événement stressant, qu’il s’agisse de l’apparition soudaine d’un mamouth sur le chemin ou de la peur de perdre son emploi lorsque votre patron vous hurle dessus – déclenche une cascade d’hormones, dont l’adrénaline et le cortisol, qui traversent notre corps.

Ces hormones augmentent le rythme cardiaque et la circulation sanguine pour favoriser une action rapide, mobilisent les graisses et le sucre pour une énergie immédiate, concentrent l’attention pour suivre le danger, préparent les muscles au mouvement, et plus encore.

Comment le stress affecte notre santé

De courtes périodes de stress ne sont pas nocives, même si le corps peut mettre du temps à se calmer. Toutefois, une excitation prolongée ou répétée de la réponse au stress peut avoir des conséquences physiques et psychologiques néfastes. Ces répercussions incluent des affections allant des maladies cardiaques et du diabète à l’anxiété et à la dépression.

Le stress peut entraîner des changements dans de nombreuses parties du corps. Le stress peut entraîner un rythme cardiaque plus rapide, une tension musculaire et des problèmes gastro-intestinaux. Cela peut entraîner une respiration plus lourde et plus rapide, ce qui peut fatiguer les poumons et affaiblir la capacité du système immunitaire à répondre aux menaces.

Comment le stress nuit au système immunitaire

Le stress continu attaque le système immunitaire, ce qui nous rend plus vulnérables aux maladies. Bien que les hormones du stress préparent le corps aux urgences, elles dépriment également le système immunitaire en diminuant l’inflammation et en diminuant la production de globules blancs. Le stress peut donc contribuer à des maladies telles que les maladies cardiaques, le cancer et autres.

Jeux et stress

Les jeux de société sont devenus, depuis le début de la pandémie, une forme de divertissement de plus en plus prégnante, voire vitale pour de nombreuses personnes au cours de l’année écoulée toute pourrie que nous sommes encore en train de traverser.

Les jeux de société sont, pour certains, immersifs. Ils nous permettent de nous plonger dans une réalité, dans un univers alternatif. D’alter, l’autre. Sans pandémie, sauf quand on joue à… Pandémie, bien sûr.

Jouer, au contraire de regarder la télé ou de surfer sur les réseaux sociaux, nous immergent dans une activité prenante, au point, parfois, d’en oublier une réalité, depuis une année, pesante.

Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à voir les chiffres de vente qui ont connu une augmentation drastique en 2020, en pleine pandémie et multiples confinements, un mot introduit de manière officielle dans le dictionnaire depuis… ce mardi 4 mai, avec 169 autres, dont beaucoup en lien avec la crise sanitaire.

Mais, est-ce une bonne chose ? En pleine situation mondiale tragique, à un moment où le stress et l’anxiété sont endémiques, se détendre avec un jeu devrait constituer une aubaine pour notre santé mentale

Cela ne veut pas dire que nos jeux, de plateau, de cartes, de rôles eux-mêmes n’apportent pas leur propre lot de stress et angoisses. J’en veux, pour preuve, notre dernière partie de Paleo, tendue, ou notre campagne actuelle de DnD à Saltmarsh, aussi intense que ténébreuse (une sombre histoire d’ordre secret et de magie ancienne, cachée et dangereuse). Oui, les jeux peuvent être stressants, d’une certaine manière !

Mais ce n’est pas parce que ça fait du bien qu’il faut faire n’importe quoi, n’importe comment pour améliorer sa santé mentale. L’évasion, par un jeu, de société ou vidéo, peut être une très bonne chose, mais lorsqu’elle est utilisée pour éviter d’affronter des problèmes et de traiter des émotions négatives, plutôt que de réduire les niveaux de stress et d’anxiété, ce n’est pas très sain, à long terme.

Ces dernières années, il y a eu plusieurs recherches sur les effets des jeux de société sur notre santé mentale. Prenons, par exemple, les résultats d’une étude publiée en mars 2020 sur l’effet des hobbies, et des jeux de société, aussi, et leur impact sur la dépression. La recherche démontre en effet que le fait d’avoir un hobby est lié à des niveaux moindres de dépression.

Perdre de l’intérêt et du plaisir pour les activités que nous apprécions en temps normal (comprenez par-là, hors pandémie) constitue l’un des symptôme d’une santé mentale affectée.

Connue sous le nom d’anhédonie, c’est l’un symptôme commun de la dépression. L’anhédonie est un symptôme médical retrouvé dans certaines troubles psychiatriques. Il caractérise l’incapacité à ressentir des émotions positives lors de situations de vie pourtant considérées avant comme plaisantes.

Pour certaines personnes, l’anhédonie est l’un des premiers symptômes de la dépression et peut même être utilisée pour prédire la gravité de la dépression qu’une personne pourrait vivre et ressentir. Jouer, avec un hobby, permettrait donc, selon l’étude, de réduire cette état.

Selon une autre étude de la professeure en psychologie et neurosciences Julianne Holt-Lunstad de l’université Brigham Young à Provo aux US parue en 2017, la solitude augmenterait le risque de mortalité de 26% et présenterait autant de risques que de fumer 15 cigarettes par jour, l’obésité et la pollution de l’air. Car la solitude augmente le niveau de cortisol, l’hormone du stress. Et si trop élevé dans l’organisme, le cortisol a des effets dommageables sur le système immunitaire et cardiaque. La solitude représente donc un facteur aggravant pour les maladies et la dépression.

Nous sommes des animaux sociaux, grégaires. Nous avons besoin des autres pour échanger, écouter, nous sentir entourés. C’est ce qui fait diminuer son niveau de cortisol pour faire augmenter celui de l’ocytocine, l’hormone de l’amour et du lien social.

À mesure que les jeux de société modernes deviennent de plus en plus courants, il est probable que nous verrons de plus en plus de recherches effectuées sur les liens entre le jeu et la santé mentale. La revue Games for Health se concentre sur ces sujets et, dans un article récent, elle a recueilli les résultats de plusieurs rapports axés sur les effets de jeux vidéo, simples, faciles à utiliser en occasionnels, et leur impact sur le stress, l’anxiété et la santé mentale en général. Sur les 13 études examinées, 12 ont montré des résultats positifs pour ceux qui jouent à des jeux. Vidéo, certes, me direz-vous, mais jeu tout de même. Toutes les études qui ont examiné l’humeur et le stress ont noté des améliorations significatives par rapport à une pause, passive, comme surfer sur le Web ou tout autre activité de relaxation, selon l’article.

Il y a de nombreux avantages pour les adultes à jouer aux jeux de société, de plateau, de cartes, de rôle, vidéo, même, car tous ces médias ludiques peuvent être un moyen pour nous de nous détendre, de nous immerger dans des récits, de communiquer avec nos amis et notre famille, ou tout simplement de nous amuser.

Quand je suis stressé, jouer me permet, parfois, souvent, de me détendre. Les party games sont une formidable source de rire et de délire (coucou Beat That!) bien sûr, mais pas que. Même les plus gros jeux, intenses, les jeux pour Gamers constituent une excellente plateforme pour passer du temps avec les autres et de vivre, de découvrir des mécaniques de jeu palpitantes.

Stress et sérotonine

Ce plaisir qu’il y a à jouer passe, en grande partie, par notre cerveau, au niveau de la sécrétion d’un neurotransmetteur, comme par exemple la sérotonine, qui est la même hormone provoquée par les anti-dépresseurs, en passant. La sérotonine détend et désangoisse, et réduit par conséquence le stress.

De manière naturelle et physiologique, cette hormone est secrétée quand on pratique une activité qui procure du plaisir. Comme quand on mange, quand on fait du sport, quand on écoute de la musique, quand on lit un bon bouquin, quand on se fait des… câlins (coucou Galipettes), et, bien sûr, quand on joue à un jeu de société, ou de rôle, ou vidéo.

Jouer, et se relaxer, empêchent la production élevée d’adrénaline et augmentent les hormones bénéfiques pour notre humeur, notre bien être. 

Comment réduire le stress

Voici, en plus du jeu, quelques idées et conseils pour réduire votre stress.

Créer un moment, pour soi

Peu importe à quel point vous êtes pressé ou stressé, créez des moments pour vous-même – de petites… poches de temps. 20 minutes devraient suffire!

Herbert Benson, médecin et professeur à l’Université de Harvard, estime qu’un minimum de 20 minutes de pause par jour est suffisant pour réduire les symptômes de stress de près de 50%. 

Vous pouvez créer des moments tout au long de la journée de plusieurs façons. 

  • 3 minutes de respiration rythmée dans un ascenseur lent
  • 5 minutes de jeu en solo sur votre portable, sans autre distraction
  • 10 minutes de relaxation musculaire le matin

Arroser les plantes, jardiner, cuisiner, faire du sport, du yoga, lire un livre ou même danser, ça marche. Le but est de faire tout ce qui vous rend heureux.

Être présent

Pendant ces moments que vous créez, concentrez-vous sur ce que vous faites maintenant, au lieu de revivre ou de repenser à vos problèmes passés.

C’est ce qu’on appelle souvent la pleine conscience. Si vous pensez que vous n’avez pas le temps de faire une pause tout de suite, considérez que, il est peut-être justement venu le temps de faire une petite pause. Comme on dit, « si tu n’as pas le temps de faire une pause de 20 minutes, fais-en alors une de deux heures.« 

Rire beaucoup

Notre capacité de rire est innée, tout comme nous sourions de manière naturelle lorsque quelque chose est… drôle. Les deux signalent que notre système de réaction, fuite ou combat, s’éteint :

Nos muscles se détendent. Notre tension artérielle diminue et notre optimisme augmente. Tous sont importants pendant une période stressante. En prime, de nombreuses recherches suggèrent que le rire favorise également la guérison et le bien-être !

N’oubliez pas le… sexe

Non, il ne faudrait pas l’oublier, lui. En solo à deux, ou à… plusieurs ?

  • C’est un excellent exercice. Pas besoin de tapis roulant ni de… baskets onéreuses.
  • L’excitation aide à contrôler la régulation des hormones chez votre partenaire et vous. La libération d’énergie est cruciale pour maintenir le corps et les hormones qui le régulent, à l’homéostasie.
  • Les orgasmes neutralisent les signaux de douleur provenant des maux de tête, des muscles du dos et des jambes. Ils libèrent également une autre hormone, la prolactine, qui vous aide à vous endormir. Voilà pourquoi certaines personnes s’endorment après…
  • La proximité physique déclenche la libération d’ocytocine, qui diminue le rythme cardiaque et les hormones du stress.

À ce propos, avez-vous essayé Galipettes ? Le jeu de… société, caliente ?

Et enfin, bien sûr, jouez !

Ce n’est pas parce que nous sommes adultes ou que nous vivons une épreuve difficile (coucou COVID) que le jeu doit s’arrêter. Le temps de jeu ne devrait jamais s’arrêter ! Le jeu nous rappelle que nous avons la capacité d’avoir, de trouver du plaisir et nous permet de créer des liens avec les autres.

Le jeu stimule les centres de créativité de notre cerveau plutôt que nos centres d’anxiété, libérant les endorphines et la sérotonine qui nous aident à faire face aux situations difficiles, pleine de stress.

Peu importe le type de jeu que vous aimez, party game, de gestion, de cartes, de rôle, vidéo, ils présentent tous des avantages. Après tout, le jeu vise à renforcer votre sens du contrôle, l’agency, comme on dit. Jouez plus, stressez moins.

Et vous, est-ce que vous l’avez l’impression que les jeux ont un impact sur votre stress ? Racontez-nous ça !

One Comment

  • stephanie VOISOT

    Excellent article, bien documenté . Bravo !
    Comme je fais partie de ceux qui considèrent que la vie peut être un jeu, je ne suis pas souvent stressée, mais jouer a indéniablement un effet bénéfique et réjouissant sur mon corps.
    L’ocytocine doit entrer en jeu dès que je me mets à jouer. La phase la plus stressant est celle de la lecture et de la compréhension des règles du jeu mais j’y travaille pour réduire le stress généré et heureusement vite surpassé.

À vous de jouer ! Participez à la discussion

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