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NOTRE JEU COUP DE COEUR : L’ÎLE DES CHATS

Temps de lecture: 10 minutes

L’Île des Chats, de quoi ça parle ?

Dans le jeu, il est question d’une légende d’une île peuplée de chats fantastiques. Il va falloir s’y rendre avec son rafiot pour les sauver et les ramener avant que des méchants ne débarquent pour les capturer.

Chaque segment du jeu propose un paragraphe narratif pour expliquer et placer la phase, pour lui donner un semblant de cohérence. On effectue ceci, parce que cela. Le jeu est au final un « bête » jeu de pose de tuiles polyomino, avec des chats dessus. Mais le jeu tente de justifier toute action, toute règle, par un aspect narratif. De quoi le rendre un poil (parce qu’il y a des chats. OK, je sors) plus cohérent.

Un 3 sur 5 sur l’ITHEM.

Et comment on joue ?

L’une des tendances de l’industrie du jeu de société ces derniers temps a été l’utilisation de polyominos. Ces pièces de style Tetris ont été vues dans des nombreux jeux : Patchwork, My City, nommé au Spiel des Jahres, The Magnificent, et beaucoup d’autres.

Polyomino, un peu d’histoire

Penchons-nous un instant sur l’histoire de ces fameuses tuiles appelées polyomino, que l’on retrouve dans L’Île des Chats (et un partout dans d’autres jeux récents). Ces polyomino, des tuiles aux formes carrées, apparaissent dans les puzzles depuis la fin du XIXe siècle. On ne sait pas qui, ni comment elles ont été inventées.

C’est le mathématicien et informaticien américain Solomon W. Golomb (1932-2016) qui est le premier à avoir nommé ces tuiles polyomino. Le terme est une contraction entre « »poly » , du grec ancien, signifiant un objet qui est constitué de plusieurs éléments du type du mot qui suit, et « domino » , cet objet formé de deux carrés de même dimension.

Un polyomino représente donc un ensemble de carrés unitaires joints par leurs côtés. Ces carrés sont souvent nommés des cellules. S. Golomb en a d’ailleurs réalisé une étude systématique dans un ouvrage universitaire intitulé Polyominos, paru en 1953.

Ces tuiles si particulières ont bien évidemment inspiré le fameux jeu vidéo Tetris, sorti en 1984. Il aura ensuite fallu attendre 16 ans pour voir deux jeux de société modernes sortir en l’an 2000 qui intègrent ces tuiles à angles droits : Les Princes de Florence aujourd’hui disparu (snif !), et Blokus, qui, vingt ans après, continue de se vendre.

Mais c’est Patchwork d’Uwe Rosenberg, sorti en 2014, qui a véritablement lancé la « mode » des polyomino dans le monde du jeu de société. L’auteur en a ensuite réalisé de multiples déclinaisons dans nombreux autres titres ultérieurs : Indian SummerCottage GardenÀ la Gloire d’OdinSpring Meadow

Inspirés par cette mécanique et par ces tuiles, d’autres autrices et auteurs contemporains lui ont alors emboîté le pas. Entre 2019 et 2020, on dénombre plus d’une vingtaine de jeux de société qui intègrent ces polyomino. C’est le cas ici avec cet Île des Chats.

Alors, L’Île des Chats, comment on joue ?

L’Île des Chats se joue en cinq tours, chacun comportant plusieurs phases spécifiques. Chaque tour commence par le gain de 20 jetons poisson, la monnaie du jeu. Oui, parce que les chats en raffolent. Ils vont nous être utiles pour les appâter et les faire monter sur son navire. Suit alors une phase de draft à la 7 Wonders, en quelque sorte. Vous recevez une main de 7 cartes. Vous en conservez deux, puis passez le reste des cartes à droite ou à gauche, selon le tour en cours. Ces cartes sont de différents types :

  • Cartes de Traditions : ce sont les objectifs de fin de partie, personnels ou communs
  • Paniers et Vitesse : utilisés pour sauver les chats et déterminer l’ordre d’initiative pour déterminer qui commence à prendre les tuiles
  • Trésors & Chats rares : Prenez des trésors ou des tuiles de chats joker
  • Cartes Action : des cartes qui peuvent effectuer quelques actions spéciales : piocher des cartes supplémentaires, rajouter ceci, faire cela

Une fois que vous avez composé votre main finale de 7 cartes, vous allez devoir décider laquelle conserver. Pour cela, vous devrez en payer le coût en poisson. Les autres cartes sont défaussées. Le tour passe ensuite par quelques phases de cartes à jouer dans un ordre spécifique, présenté ci-dessus : Traditions, Paniers, etc.

La mécanique principale du jeu consiste à sauver les chats de l’île. Dans l’ordre du tour, de l’initiative selon les cartes jouées après le draft, vous pouvez choisir de sauver un chat du côté gauche de l’île pour 3 poissons, ou du côté droit pour 5 poissons. Dans les deux cas, vous devrez également utiliser, dépenser une carte ou un jeton panier pour ce faire. Un panier, un chat. Logique.

Les chats sauvés doivent être alors placés sur votre navire. Après le premier chat, tous les suivants doivent être placés de manière adjacente. Le but est de regrouper les chats de la même couleur pour obtenir plus de points, de couvrir les rats de votre vaisseau et de remplir les différentes pièces, en mode Tetris / polyomino.

Des règles, des phases très hachées. Mais tout devient clair, logique et fluide après le premier tour.

Et comment on gagne ?

Le jeu se termine à la fin du cinquième tour. 

Vous gagnez des points pour :

  • Les familles de chats de la même couleur adjacents (minimum 3)
  • Les cartes Traditions, privées et communes
  • Les trésors rares

Et vous perdez :

  • Un paquet de points par pièces, par zones non-couvertes
  • Un point par rat encore visible

Au final, un décompte clair, évident, et suffisamment varié pour vous demander de prendre des décisions difficiles. Quelle tuile, quelle famille de chat placer, et où, pour couvrir quel élément.

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, L’Île des Chats atteint un 3/5.

Pourquoi ?

Parce que dans L’Île des Chats, on doit savoir quelles cartes drafter, contre-drafter, quelles Traditions communes poser pour ne pas avantager les autres. Et enfin, à quelle initiative, vitesse jouer, pour s’approprier quelle tuile Chat avant les autres.

Au final, beaucoup de mini-interactions plutôt douces, indirectes, on ne peut jamais « attaquer » les navires des autres. Mais des interactions suffisamment présentes pour devoir lever le nez de ses tuiles.

À combien y jouer ?

L’Île des Chats peut se jouer en solo, avec des règles spéciales qui introduisent une IA, et qui passe très bien, surtout en cette étrange période de (dé)(re)confinement.

Vous pouvez également y jouer de 2 à 4. Toutes les configurations tournent très bien !

Une extension est également prévue pour y jouer de 5 à 6.

À partir de quel âge y jouer ?

L’Île des Chats propose des règles et un matériel supplémentaire pour y jouer en famille, dès 8 ans. Plus de paniers à gérer, pas de coûts de cartes à payer. Des règles simplifiées. Top !

Sinon, le jeu peut très bien se pratiquer dès 10 ans.

Alors, L’Île des Chats, c’est bien ?

Oui, c’est vraiment, vraiment, vraiment bien.

L’Île des Chats propose des règles de jeu hachées, draft, cartes jouées en simultané, tuiles, objectifs, etc. Un gros gloubi-boulga de règles contemporaines. Mais au final, tout coule, tout roule, tout ronronne, chaque segment du jeu s’imbrique avec perfection avec le reste. On dirait Les Tavernes de la Vallée Profonde. Rien d’original, mais la recette fonctionne !

Tout au long du jeu, il y a beaucoup à faire, et beaucoup de décisions intéressantes, cruciales et douloureuses à prendre. Quelles cartes drafter, lesquelles conserver et payer, quelle tuile Chat prendre, et où la poser. Chaud !

Et en parlant de cartes, dans L’Île des Chats il y en a un paquet (c’est le cas de le dire !). Ne vous attendez pas à toutes les voir lors d’une seule et unique partie. De quoi jouer et jouir d’une très, très grande variété et rejouabilité. Et comme chaque carte est d’une couleur spécifique, il devient plus aisé de se rappeler à quelle phase elle est jouée : Tradition, bleue, Action, violette, Paniers, jaunes, etc.

Et comme les cartes doivent être conservées en dépensant du poisson, cela vous oblige à bien réfléchir et gérer votre pécule. Car cet « argent » sert également à obtenir les fameuses tuiles Chats, le cœur du jeu. Vous voudrez peut-être conserver toute votre main de cartes. Top moumoute ! Cela vous coûtera toutefois une palette de poissons, vous laissant avec seulement 1 ou 2 chats à sauver. Pas glop ! Avec la mécanique subtile de pouvoir conserver des cartes d’un tour à l’autre. Vous payez maintenant, pour les jouer après.

Et comme ce sont les tuiles Chats qui ramènent les points finaux, il va vous falloir en pécho le plus possible. Composer des familles nombreuses permet d’éviter certains des points de victoire négatifs, en recouvrant zones et rats. 

🔴 L’Île des Chats, score final :

Note : 5 sur 5.

Ce qui nous a moins plu ⛔️

❌ Des quartiers du bateau peu claires. Elles affichent certes un mini-logo sur chacune de leurs cases, mais peut-être pas suffisamment claires. Chaque zone aurait également pu, dû être colorée pour une meilleure lecture du plateau, du jeu.

❌ Un gros gloubi-boulga de mécaniques contemporaines : draft, polyomino… Peu original.

Ce qui nous a plu ❤️️

✅ Beaucoup de variété, de rejouabilité

Superbes illustrations. Les chats en jettent !

✅ Des phases hachées, qui s’imbriquent à perfection les unes avec les autres.

✅ Les petites figurines Chats en bois

✅ Les petits rappels des phases et le décompte sur son plateau perso, de quoi se souvenir de tout

✅ Un jeu également pensé pour les daltoniens et daltoniennes, avec des symboles et pas seulement des couleurs

✅ La monnaie / poissons à gérer pour acheter cartes et chats

✅ La règle solo

✅ La règle familiale

✅ Là où Tang Garden, le précédent jeu de Lucky Duck Games, se vautre à rater le grand écart entre jeu familial et jeu pour public plus averti, L’Île des Chats, lui, réussit à la perfection à marier ces deux publics. Familial, fluide, et suffisamment profond pour en faire un titre affriolant

✅ Les petits encarts narratifs pour placer les différents segments

✅ 5 tours, c’est court. C’est tendu. C’est bien

✅ Un décompte final varié, toutefois pas en mode « salade de points de victoire »

✅ Un jeu fluide, addictif, qui s’apprend et se comprend vite

✅ De nombreuses décisions douloureuses à prendre : quelle carte drafter, payer, quelle tuile rafler, etc.

✅ Un jeu avec des chats. J’aime les chats (j’en ai trois).

Et encore une chose

Vous pouvez trouver L’Île des Chats chez Philibert ici.

Et également chez Magic Bazar ici

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  • Auteur : Frank West
  • Illustrateurs : Frank West, Dragolisco
  • Éditeur : Lucky Duck Games pour la VF
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (toutes les configurations tournent très bien !)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans avec la variante familiale, sinon 10 ans
  • Durée : 60-90′ (qui passent très, très vite)
  • Thème : Chats
  • Mécaniques principales : Draft, polyomino, objectifs

Et au fait, puisque le jeu a prévu un espace « de rangement » dans votre boîte pour y placer votre chat, savez-vous pourquoi les chats aiment tellement les boîtes ? Voici une réponse d’une éthologue, qui étudie la science du comportement des animaux dans leur milieu « naturel ».

Parce que oui. Les chats kiffent les boîtes. N’importe quelle boîte. De grandes boîtes, de petites boîtes, des boîtes de forme irrégulière, peu importe. Si vous avez des chats (et sinon, allez vite en récupérer un à la SPA ou à SOS Chats à Genève !), vous en avez déjà fait l’observation. Placez une boîte au sol, une chaise, un table (de jeu) ou une étagère et regardez le chat aussitôt la réquisitionner pour y élire domicile.

Alors oui, bon, soyons honnêtes, il faut reconnaître que les chats ont pas mal d’agissements étranges : le ronronnement, « pêtrir la pâte avec leurs pattes », et d’autres trucs chelous. Dans le cas des boîtes, l’éthologie a quelques pistes d’explication pour le goût immodéré des boîtes des chats. En réalité, à y regarder de plus près, il se peut même que votre chat n’aime pas seulement les boîtes, il peut en avoir besoin.

Des souris et des hommes chats

Comprendre nos amis les félins n’est pas facile. Il existe toutefois une quantité considérable de recherches comportementales sur les chats. Ces études existent depuis plus de 50 ans et prouvent une chose de manière très claire : votre minou tire confort et sécurité des espaces clos.

Pour les chats dans des situations souvent stressantes, une boîte peut avoir un impact profond sur leur comportement et leur physiologie.

C’est l’éthologue Claudia Vinke de l’Université d’Utrecht aux Pays-Bas qui est arrivée à ces récentes conclusions. Travaillant avec des chats domestiques dans un refuge pour animaux néerlandais, Vinke a fourni des cachettes à un groupe de chats nouvellement arrivés tout en en privant à d’autres (la méchante !). Elle a trouvé une différence significative dans les niveaux de stress entre les chats qui avaient les boîtes, et ceux qui n’en avaient pas. En effet, les chats avec des boîtes s’habituaient plus rapidement à leur nouvel environnement, étaient beaucoup moins stressés au début et étaient plus motivés à interagir avec nous, les êtres humains.

Cela a du sens quand on considère que la première réaction de presque tous les chats à une situation stressante est de courir se cacher. Les couards ! Pour faire face aux changements environnementaux et aux facteurs de stress bien sûr.

C’est dans la boîte !

Au contraire de l’ONU, par exemple, il est également important de noter que les chats sont vraiment nuls dans la résolution de conflits. Les chats préfèrent tenter de contourner les difficultés en évitant les autres.

Ainsi, plutôt que d’arranger les choses au boulot avec un chef ou une collègue toxique, les chats sont plus enclins à fuir leurs problèmes ou à les éviter. Dans une boîte, par exemple. Qui devient alors une zone de sécurité, un lieu où les sources d’anxiété, d’hostilité disparaissent tout simplement.

Alors non, le stress et l’anxiété ne suffisent pas à expliquer la raison de l’attrait des boîtes par nos boules de poils préférées. La preuve :

Chat-leur

Si vous avez des chats, vous aurez remarqué qu’ils adoptent souvent des positions rocambolesques pour se lover quelque part : dans un lavabo par exemple, ou une boîte, justement (ou mon carton de papier à recycler. Véridique !). Ils apprécient les petits espaces confinés.

Alors, pourquoi ? Parce qu’ils recherchent la chaleur.

Selon une étude réalisée en 2006 par le National Research Council, la zone thermoneutre pour un chat domestique est de 30 à 36 degrés. C’est la plage de températures dans laquelle les chats sont chillax et n’ont pas à générer de chaleur supplémentaire pour se réchauffer ou à dépenser de l’énergie métabolique pour se refroidir. Cette plage se trouve également être de 20 degrés plus élevée que la nôtre. Ce qui explique pourquoi il n’est pas inhabituel de voir votre chat affalé sur l’asphalte brûlant au beau milieu d’une chaude journée d’été.

Cela explique également pourquoi de nombreux chats aiment se pelotonner dans de minuscules boîtes en carton et dans d’autres endroits insolites. Le carton est un excellent isolant. Les espaces confinés forcent le chat à former ce qui ressemble à un autre objet impossible. De quoi l’aider à préserver sa chaleur corporelle.

Alors voilà : les boîtes sont des zones isolantes, anti-stress et de confort. Des endroits où les chats peuvent se cacher, se détendre, dormir et parfois lancer une attaque sournoise contre les grands singes imprévisibles qui les entourent. Nous, en d’autres termes.

La prochaine fois que vous jouerez à L’Île des Chats (ou tout autre jeu) et que votre chat décide d’élire domicile dans la boite, vous saurez pourquoi. Les chats sont quand même de grosses feignasses !

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