Baïam. Un livre dont VOUS êtes LES héros. A plusieurs

Temps de lecture: 5 minutes

Une bande-dessinée dont vous êtes le héros à vivre à plusieurs. Narratif, immersif, disruptif

  • Date de sortie : Juillet 2018
  • Auteur : Shuki
  • Illustrateur : Gorobeï
  • Editeurs : Une coédition Blue Orange et Makaka
  • Nombre de joueurs : 1 à 4 (optimum 4)
  • Age conseillé : dès 8 ans (voire beaucoup moins, moyennant adaptations)
  • Durée : 30-60 minutes
  • Thème : pirates, trésor
  • Mécaniques principales : narration, choix, coopération, bande-dessinée

Baïam, de quoi ça parle?

Une histoire de pirates, d’îles mystérieuses à visiter, de lieux incroyables à visiter et de trésors à retrouver

Tous les poncifs de pirates, s’y trouvent, ça en devient presque gênant

Mais

Mais comme il s’agit d’un jeu d’un livre d’une bande-dessinée d’un jeu dont vous êtes les héros, avec des choix à effectuer et des énigmes à résoudre, on s’immerge dans le récit, et on se surprend à se laisser transporter et à sentir les embruns et les parfums de l’aventure

Baïam? Une BD dont vous êtes le héros? Mais ça me dit quelque chose.

Oui

Baïam est une co-édition entre l’éditeur de jeux du Spiel 2017 Kingdomino et Makaka, éditeur de livres / BD spécialisé dans les BD dont vous êtes les héros

D’ailleurs, sur Baïam, Makaka assure le service minimum en restant dans leur zone de confort: mêmes mécaniques, même dessinateur, même univers pirate de plusieurs de leurs BD

Et comment on joue?

C’est du livre / BD dont vous êtes les héros, donc une fois sur une case, on découvre des chiffres, des choix, des directions à prendre. Ces chiffres renvoient à d’autres cases

Oui, comme les Livres dont vous êtes le Héros qui ont bercé notre adolescence. Sauf que dans les livres, les chiffres renvoient à des paragraphes. Dans les BD et Baïam, à des cases

Simple

Aucune règle à expliquer, ou presque

Il reste un mini-système de temps à gérer, de jours qui passent, pour rajouter une couche de tension, de frustration et de gestion

Et c’est tout?

Oui

Non

Si Makaka assure le service minimum, Blue Orange a certainement dû développer la partie gameplay. Et notamment tout ce qui rend le jeu passionnant: l’aspect multi

Comme dans un MMORPG et un jeu coopératif, chaque joueur et joueuse prend l’un des quatre livres. Oui, car Baïam en contient quatre. Quatre BD pareilles. Mêmes cases, mêmes aventures. La narration est partagée. Et change selon le personnage

Car oui, les quatre livrets placent quatre personnages différents, tous frères et sœurs: le balaise, l’amie des animaux, « l’intello » spécialiste des énigmes et l’agile

Et selon les cases, situations et personnages, des indices apparaissent dans un seul livret et pas dans les autres:

Exemple: vous arrivez devant une porte fermée avec un code. Une énigme. Dans son livret, « l’intello » découvre un chiffre qui lui permet d’accéder à un indice, pas les autres. Pareil avec les animaux. Quand il y en a sur une case, l’amie des animaux dispose d’un chiffre lui permettant de leur parler, chiffre qui n’apparaît pas chez les autres personnages. Donc chaque livret est à peu près pareil mais complètement différent et personnalisé

Cohérent. Immersif. Disruptif

Et comment on gagne?

Tout dépend de la difficulté définie au départ du jeu selon l’âge des participant·e·s

Comme il s’agit d’un récit « pirates », le but est de retrouver et de ramener le plus grand trésor possible en un « temps » minimum

Voilà

Interaction?

Extrêmement forte puisqu’il s’agit d’un jeu coopératif dans lequel on joue à plusieurs. Pour autant qu’on n’y joue pas tout·e seul·e bien sûr

A combien y jouer?

On peut y jouer seul·e, c’est tout à fait possible

Mais le jeu risquera alors d’être plus difficile puisqu’on pourra sécher sur les énigmes ou passer à côté d’indices cachés que deux ou trois paires d’yeux et cerveaux pourraient discerner

Et moins bien puisqu’il va falloir jongler entre les quatre livrets. Pas top moumoute

A deux ou trois c’est bien sûr aussi possible, et c’est aussi bien, mais c’est vraiment à quatre qu’on prend son pied ludique puisque chacun et chacune incarne l’un des persos et dispose de son propre livret, de sa propre BD. Des indices personnels, mais aussi la possibilité de suivre le même récit à plusieurs

Alors, Baïam, c’est bien? Critique

Oui, vraiment

Mais

Baïam, comme toutes les BD dont vous êtes le héros, présente trois écueils majeurs:

On perd en immersion, puisque à force de sauter en case en case, le récit se dilue. Une case, puis une autre vingt pages plus loin, puis une autre cinq pages avant, etc. Ce qui permet peu de se plonger dans l’aventure. On gagne en décision certes, mais on perd en narration

Les choix sont de faux-choix qui donnent l’illusion de prendre des décisions, de donner du pouvoir au lecteur·rice. En réalité, tout est linéaire (voir la vidéo d’Extra Credits plus bas). On a l’illusion du choix, mais tout est dirigé. On peut décider de partir à gauche plutôt qu’à droite, mais l’arbre à choix narratif fera qu’on retombera quand même plus tard sur la piste de droite. Et tant mieux? Si ce système de pseudo-choix donne l’impression d’être manipulé·e·s, il permet toutefois de ne pas rater un élément suite à un « mauvais » choix. Sauf que dans Baïam, selon les décisions et les pouvoirs des personnages, on amassera un plus ou moins grand trésor en fin d’aventure. La seule conséquence directe et malléable de nos décisions

On se mange des spoils toute la partie. Si dans un livre dont vous êtes le héros on ne va pas s’arrêter sur la lecture des paragraphes en survolant le livre à la recherche du paragraphe nécessaire, dans une BD dans vous êtes le héros, animaux visuels que nous sommes, les yeux s’arrêtent beaucoup plus facilement sur d’autres cases. Du coup, on découvre ce qui va se passer plus tard, ce qui réduit l’effet de surprise et affecte les prises de décisions. Allons là plutôt qu’ici parce que j’ai entraperçu ça

Bof bof

Mais

Le système des quatre livrets avec les quatre personnages à exploiter est vraiment original et passionnant. Ce qui permet à Baïam de tirer son épingle du feu pour proposer une expérience ludique narrative unique et intéressante

Baïam, un jeu kleenex?

Baïam rejoint la mode des jeux-kleenex à la Unlock. Une fois joué on peut le jeter / recycler / revendre / offrir

Comme une BD. Comme un livre. A moins d’être un·e fervent·e collectionneur·se

Kleenex? Pas vraiment non plus

On pourra ressayer, pour « speedrunner » le jeu et tenter d’améliorer son score

Score:

Anticipation: 3/5: Encore une BD dont vous le héros? Mais la coédition avec l’éditeur de jeux à succès Blue Orange parvient à faire lever un sourcil de curiosité

Pendant la partie: 4/5. Malgré les trois écueils, on s’amuse beaucoup. Où aller pour pécho le plus de trésor? Quel perso utiliser pour exploiter la compétence nécessaire? Dommage que l’écriture du récit manque d’originalité

Après la partie: 4/5. Difficile d’y rejouer, et pas forcément une expérience nécessaire. Mais on aura passé un vrai bon moment!

Score: un solide 4/5. Superbes illustrations, humour présent, riches énigmes, mode coop. Une belle expérience narrative, immersive et disruptive au final assez peu gênée à l’encolure par les quelques soucis inhérents aux BD dont vous êtes le héros

Et encore une toute dernière chose

Deux vidéos qui pourront vous intéresser pour prolonger la discussion:

Et Gameflow, le tout jeune et très sympathique éditeur Grenoblois prépare aussi un livre / BD dont vous êtes le héros, à jouer avec des tous petits, à sortir dans quelques semaines. La Quête du Dragon

Vous pouvez trouver Baïam chez Philibert ici

Oui, l’année 2018 sera narrative ou ne sera pas!

3 Comments

  1. Une aventure papier à plusieurs, c’est déjà une belle réussite en soi, sans passer par les ordis, les tablettes ou les smartphones. On va dire que c’est le croisement entre le livre dont vous êtes le héro et l’As des As (duel) .
    Quant au fait de zieuter d’autres cases pendant qu’on joue, peut-être un format à la BD chinoise ancienne et une case par page…
    Et dans 20 ans, 30 ans, des nostalgiques collectionneront ce que la plupart des gens auront jeté ou remisé dans un coin, après la partie.

  2. Je ne suis pas vraiment d’accord sur plusieurs points énoncés dans cet avis :
    – jouer à 4 n’est pas forcément mieux :
    1) C’est plus long car tout le monde veut faire ces actions
    2) Cela donne moins de rejouabilité si vous avez toutes les actions d’un coup.

    – la rejouabilité :
    1) comme dit précédemment si vous jouez à moins de 4, vous aurez envie de le refaire avec d’autres personnages et voir d’autres choses.
    2) il est impossible de tout faire en un seul run, il faudra faire plusieurs parties pour pouvoir faire tous les embranchements. Il y a plusieurs iles sur lesquels vous pouvez commencer dès le début de la partie et nous n’avons pas réussi à tout voir d’une seule en une seule partie.
    3) il est possible d’acheter des objets pour vous aider chez le marchands avec l’argent gagné d’une précédente partie, ce qui peut vous donner d’autres possibilités d’action.

    Je pense donc que le jeu a une grande jouabilité pour des personnes qui jouent à 2.

    Les soucis que j’ai vu de mon côté sont :
    – certaines énigmes ne sont pas terribles.
    – j’aimerai bien le même jeu mais avec un thème plus adulte
    – le système de scoring est complexe et incompréhensible.
    – c’est un peu long à 4 (comptez 1h30 au lieu des 45min annoncés).

A vous de jouer! Participez à la discussion

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