Reigns The Council bannière
Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Reigns: The Council – Ruse, Roleplay et Rhétorique

👑 « Reigns: The Council » mêle stratégie royale & rôle de conseiller. Équilibrez le royaume, débattez avec ruse et évitez la chute du trône !


Reigns : The Council

Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.


Régner est une tâche complexe et parfois risquée, selon les époques, nécessitant un équilibre délicat entre les divers aspects du royaume. Gérer le pays implique de satisfaire certains sans mécontenter les autres, de ne pas accorder trop de pouvoir à l’armée ou à l’église, de maintenir un budget équilibré sans léser qui que ce soit, et de diriger avec équité en tenant compte des réalités extérieures. Gouverner, c’est anticiper, comme le disait quelqu’un (même s’il réprima une révolution dans le sang) ; c’est surtout, à mon avis, épuisant, surtout lorsque le pouvoir est exercé en solitaire.

Heureusement, les monarques absolus sont souvent entourés de conseillers qui leur offrent des conseils pour le bien du royaume (et donc du roi, étant donné que le roi est le royaume), prétendant agir dans l’intérêt général et non pour des intérêts personnels. Du moins, c’est ce qu’ils essaient de faire croire…

« Reigns : The Council » nous plonge dans un univers totalement différent du nôtre, sans aucun lien avec le monde des affaires ou la politique actuelle, comme vous le découvrirez rapidement.

Le jeu se déroule en plusieurs manches, chaque joueur et joueuse devenant roi à tour de rôle, tandis que les autres joueurs incarnent les conseillers du Conseil Royal, aidant le roi dans la gestion du pays.

Le royaume est représenté par quatre éléments : le Peuple, les Finances, l’Armée et l’Église. Un plateau central comporte une piste allant de -4 à +4 pour chaque élément, les scores étant remis à zéro au début de chaque manche.

Chaque conseiller reçoit un objectif secret, basé sur deux éléments du royaume, avec un indicateur (positif/négatif) pour chaque élément. Ces éléments définissent l’objectif secret du joueur et la méthode de calcul des points en fin de manche. Seuls ces deux éléments sont pris en compte pour le calcul des points, en additionnant les valeurs si elles correspondent à l’indicateur. Un élément en dehors de la zone indiquée ne rapporte ni ne coûte de points.

Ensuite, chaque conseiller reçoit sept cartes propositions, formant sa main. Chaque carte a deux faces :

  • Une face indiquant le demandeur (juge, chevalier, dragon, paysan…) et les éléments impactés par la proposition si le roi l’accepte. L’élément le plus impacté est souligné. Aucune information n’est donnée sur la nature (positive/négative) ou l’intensité (de 1 à 4) de l’impact, ni sur les conséquences d’un refus.
  • L’autre face présente les conséquences d’une acceptation ou d’un refus, avec les éléments impactés et l’intensité, ainsi que des pictogrammes pour aider le conseiller à construire son argumentation. Les conséquences d’une acceptation correspondent toujours à celles présentées, mais les conséquences d’un refus peuvent toucher d’autres éléments du royaume.

À chaque tour, chaque conseiller choisit une carte de sa main à proposer au roi, en justifiant son choix. Les cartes propositions sont présentées avec le demandeur visible, les conséquences cachées. Le roi doit trier les propositions, en acceptant au moins une. Chaque conseiller dont la proposition est acceptée gagne un point.

Après le tour, le roi révèle les conséquences des cartes refusées, ajustant les valeurs des éléments. Il fait de même pour les cartes acceptées. Si un élément atteint 5 ou -5, la manche se termine, le roi est destitué, tué ou banni, selon le choix du conseiller à l’origine de la carte fatale, qui raconte l’histoire de sa chute. Si l’histoire est jugée pertinente (ou amusante) par les autres, le conseiller gagne un point bonus. Si aucun élément n’atteint l’extrémité de la piste, une nouvelle carte proposition est piochée et le tour continue.

À la fin de la manche, le roi reçoit un point par carte acceptée et retournée, et les conseillers reçoivent des points selon les valeurs des éléments de leurs objectifs secrets, s’ils sont du bon côté de la piste. Un nouveau roi est désigné, le plateau est réinitialisé et la manche suivante commence. Une fois que tous les joueurs et joueuses ont été rois, la partie se termine, le joueur ou la joueuse avec le score le plus élevé remporte la partie.

Reigns : The Council matériel

Le matériel

Le matériel de Reigns : The Council est généralement de qualité satisfaisante. Cependant, cette évaluation est trompeuse. Les portraits des personnages sur les cartes de propositions sont bien réussis (Bravo à l’illustrateur, Arnaud de Bock), apportant une touche ludique au jeu.

En revanche, les pictogrammes conçus pour guider les Conseillers et Conseillères dans la construction de l’histoire ne sont pas homogènes en termes d’épaisseur de traits et de style, donnant l’impression d’un design dépareillé par rapport au reste du jeu. Il semble qu’un autre illustrateur ait été impliqué, ce qui est regrettable. En outre, ces pictogrammes constituent le seul ajout graphique par rapport au jeu vidéo, ce qui se remarque.

L’utilisation de la police de caractères OCR-A, normalement destinée à la reconnaissance optique de caractères, ne semble pas en adéquation avec le thème du jeu, que ce soit dans sa version application ou dans sa version physique. Cette surabondance dans un style « geek » ou bureautique ne s’accorde pas toujours bien avec le contenu textuel qui devrait être facile à lire. De plus, cela pose problème sur les jetons-monnaie, où la pièce de 1 n’est pas claire pour tous et la pièce de 3 peut être confondue avec un M.

Par ailleurs, l’insert thermoformé dans la boîte est superflu. Des élastiques pour les cartes et une boîte en carton pour les jetons auraient largement suffi pour le rangement. Il est vrai que tout le monde n’est pas encore prêt à admettre qu’un emballage plus compact ne nuit pas à la qualité ni au prix d’un jeu.

Comme on dit, le diable se cache dans les détails, et cela se remarque dans le personnage de conseiller représenté avec une tête de serpent, ainsi que dans d’autres petits éléments du jeu.

Reigns : The Council, verdict

« Reigns: The Council » est une adaptation en jeu de société du jeu vidéo pour mobile du même nom, « Reigns ». Les deux jeux partagent un mécanisme similaire. Le jeu vidéo permet aux joueurs d’incarner un monarque chargé de maintenir l’équilibre des pouvoirs dans son royaume en prenant des décisions en acceptant ou refusant les propositions des personnages locaux ou étrangers. Le jeu vidéo utilise un système de balayage à la Tinder, le rendant très prenant, et dispose d’un design de haute qualité. Les portraits des personnages du jeu vidéo sont identiques à ceux des cartes du jeu de société.

Cependant, le jeu de société ajoute une dimension supplémentaire en favorisant une interaction intense entre les joueurs, basée sur le jeu de rôle. Bien qu’il soit envisageable de jouer à « Reigns: The Council » sans vraiment endosser les rôles de Monarque et de Conseiller, cela reviendrait à manquer l’essence même du jeu. Incarner pleinement le personnage lors des propositions, comme miauler ou ronronner si vous jouez un chat, pour influencer votre Monarque, explorer les thèmes de la religion, des peurs (réelles ou imaginaires) liées au Moyen-Âge, s’inspirer de « Kaamelott », vous fera passer un moment des plus divertissants et fun.

En encourageant le débat, les arguments et les discussions, en examinant les propositions des autres conseillers et conseillères avec une dose variable de scepticisme, les joueurs pourront confronter leurs idées. Le Monarque devra alors discerner le vrai du faux pour mener son royaume vers la prospérité, tout en évitant l’excès qui pourrait entraîner sa perte. Le Monarque devra aussi faire preuve de courage et d’autorité, en interrompant les beaux discours et en limitant les débats à l’essentiel. Cependant, ces actions comportent des risques, car le Monarque risque de recevoir de mauvais conseils.

« Reigns: The Council » est un jeu où le score est en réalité secondaire, relégué au second plan pour ne servir que de point de départ à la première manche. Ce qui rend le jeu captivant, ce sont les interactions, les joutes verbales et l’improvisation. Ainsi, il est préférable d’éviter de jouer avec un cousin qui préfère les jeux de simulation avec 40 000 tables de résolution. Cependant, le jeu peut convenir à tout type de public en adaptant les propositions et les descriptions. Une des grandes qualités de « Reigns: The Council » réside dans le pouvoir de votre imagination, plus que dans les règles du jeu.

On peut dire que « Reigns : The Council » est une adaptation réussie, puisqu’il dépasse clairement en intérêt la version solo sur téléphone. On y jouera et rejouera, en découvrant à chaque fois de nouvelles facettes de la vie dans le royaume, de nouvelles catastrophes ou bonnes nouvelles, et surtout, de nouvelles façons pour le ou la Monarque de mourir ou disparaître !

« Reigns : The Council », une adaptation qui dépasse sa source, avec une bonne dose de roleplay, de mauvaise foi et de rhétorique. Excellent !

Note : 5 sur 5.

  • Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
  • Création : Hervé Marly, Bruno Faidutti
  • Illustrations : Hervé Marly, Arnaud de Bock
  • Édition : Passe ton tour Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 3 à 6 (tourne mieux à 4-5)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 30 minutes
  • Thème : Gestion de royaume
  • Mécaniques principales : Bluff, négociation, discussion. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.

Rejoignez notre chaîne WhatsApp


Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité

Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).

Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :

Le soutien direct : Rejoignez nos mécènes sur Tipeee pour le prix d'un café par mois.

☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee

Votre réaction sur l'article ?
+1
5
+1
1
+1
0
+1
0
+1
0
+1
0

À vous de jouer ! Participez à la discussion

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

En savoir plus sur Gus & Co

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture