Critique de jeu: Stuffed Fables. La vie secrète des peluches

Un excellent Dungeon-Crawler narratif et immersif à l’ambiance burtonnienne (Tim, pas Jack)

  • Date de sortie : février 2018 en VO. Été (si tout va bien) 2018 en VF par EDGE slash Asmodée
  • Auteur : Jerry Hawthorne (Mice and Mystics)
  • Illustrateur : Regis Demy, Kristen Pauline
  • Editeur : Plaid Hat Games slash Asmodée. Asmodée? Comme Plaid Hat a été racheté par Filosofia en 2015, et qu’eux-mêmes ont été rachetés une année plus tard par Asmodée, Plaid Hat a donc de facto rejoint l’écurie Asmodée (avec les Space Cowboys, Ystari, FFG, EDGE, Pearl Games…)
  • Nombre de joueurs : 2 à 4
  • Age conseillé : dès 7 ans dit la boîte. Les mécaniques ne sont pas forcément super compliquées, déplacement, actions, attaques. Mais les thèmes et situations abordés sont plutôt sombres (cauchemars, monstres, illustrations sombres). Donc 7 ans est plus que conseillé pour ne pas traumatiser votre enfant à vie
  • Durée : 1-2h, tout dépend des scénarios
  • Thème : fantastique
  • Mécaniques principales : dés, narratif, coopératif

Stuffed Fables, de quoi ça parle?

Stuffed Fables est un pur produit narratif. L’accent est en effet mis sur le thème, le récit, la péripétie

Immersif

Un jeu qui vient alimenter la tendance de plus en plus lourde des jeux narratifs

Et alors, ça parle de quoi?

Stuffed Fables. Les fables empaillées. Empaillées, comme des nounours

Les joueurs et joueuses incarnent les doudous d’une fille dont on ne connaît même pas le prénom. Nounours, jouets. La fille vient tout juste de prendre possession de son tout premier lit, après avoir jeté son lit de bébé. Elle s’endort. A la Toy Stories, ses doudous prennent vie et décident alors de veiller sur elle

Quand tout à coup, c’est le drame. De vilains monstres apparaissent et se jettent sur le lit. Les doudous s’emparent aussitôt de leur arme (?!) et volent à son secours. Bastooooooon!

Et le récit commence alors, mais nous n’allons pas ruiner la surprise et la suite

Le thème est extrêmement présent et immersif. Nombreux textes d’ambiance et de description à lire, avec des personnages, des situations, des événements à découvrir. On se plonge rapidement dans cette histoire de nounours qui prennent vie et qui se mettent en quête de protéger la fille qui dort

Et comment on joue?

On commence par choisir un scénario. Puis chaque joueur et joueuse choisit un personnage aux compétences particulières. On lit l’introduction, et on commence

A son tour on tire 5 dés de différentes couleurs d’un sac, sachant que chaque couleur correspond à une action particulière: attaque au corps-à-corps, à distance, déplacement dans des cases spécifiques, regain de PV (= »stuffing », le coton qui se trouve à l’intérieur d’un nounours, son « sang », donc), augmentation du niveau de menace, etc.

A choix, on lance alors les dés par couleur et on choisit quelle action effectuer selon les éléments visibles et disponibles sur le « plateau »

Chaque chapitre du récit est en effet mis en scène par un plateau, en réalité une page d’un gros livre que l’on tourne selon le développement du récit. Et chaque chapitre / plateau / situation place différents éléments et actions à disposition: acheter du matos, fouiller, rencontrer et discuter avec des « PNJ », arrivée de créatures, lieux à visiter

Tous ces éléments pourront être alors rejoints et résolus grâce aux dés

Et selon le niveau de menace (les dés noirs), les créatures vont s’activer à la fin de son tour. Autrement dit, plus on joue et plus la menace augmente

Mais pas de panique!

Les créatures attaquent, certes, mais les personnages ne meurent pas vraiment. Ils continuent d’être en jeu, affaiblis, et ils peuvent regagner des PV pendant la partie. C’est juste que la quête est ralentie. Sauf si tous les personnages sont affaiblis. Dans ce cas-là, la partie est pliée

Des règles plutôt simples et fluides qui se prennent en main rapidement. D’autant que les premiers chapitres sont évolutifs, et comme les éléments apparaissent peu à peu on peut tout-à-fait commencer de jouer le nez dans les règles. Tout deviendra de plus en plus clair au fil du jeu

En conclusion, des règles plutôt digestes, qui proposent tout de même quelques subtilités techniques (dés de défense, dés d’actions groupées, évolution / XP des personnages)

Et comment on gagne?

On perd tous ensemble si tous les personnages sont affaiblis

On gagne tous ensemble si on parvient à accomplir la quête principale du scénario

Un seul scénario unique?

Non, il y en a sept disponibles dans le jeu. Sept plus ou moins longs, sept plus ou moins éprouvants

On embarque sur une quête, et c’est parti. Sachant que chaque chapitre propose plusieurs embranchements narratifs

Comme chaque partie dure entre 1 et 2h, ça fait quand même près d’une dizaine d’heures de jeu pour venir à bout des sept scénarios. Pas mal. Et on peut aisément s’attendre à des extensions et futures aventures

Matos de 

Le matériel est juste somptueux. Les illustrations plongent les joueurs dans cet univers onirique et les figurines, très cartoon, permettent une identification toute choue

Ce qui surprend, c’est le livre d’histoire, un gros et lourd pavé d’une centaine de pages reliées. Sur une page, la situation, le niveau, le plateau de jeu est dévoilé et sur l’autre, les textes et règles spécifiques liées à ce niveau. Surprenant. Ergonomique

Interaction

Extrêmement forte, évidemment, puisqu’il s’agit d’un jeu coopératif. Il sera crucial de discuter et de coopérer pour monter des stratégies efficaces. Autrement dit, qui fait quoi, quand et comment

Et à combien y jouer?

Pas une question facile pour Stuffed Fables

Le jeu est prévu pour 2 à 4

On pourrait dire que le jeu est optimal à quatre, au max, pour une interaction optimale

Oui

Mais

Mais même à deux le jeu est excellent. A deux, il est proposé de prendre chacun deux personnages pour en disposer de quatre sur le plateau et ainsi profiter de plus d’actions. Mais c’est conseillé et pas obligatoire. Mieux vaut ne pas le faire, cela pourrait devenir compliqué à gérer. Juste à deux, parent-enfant, le jeu se transforme en véritable aventure épique partagée

Alors, Stuffed Fables, ça vaut quoi?

Pour résumer et faire très, très simple, Stuffed Fables est du dongeon-crawling narratif. On débarque sur une mappe, on lamine du monstre, on découvre des lieux, on rencontre divers PNJ, on loote dans la joie et la bonne humeur, on progresse dans l’aventure

Bref, un jeu à la croisée du jeu de rôle, du jeu de figurines et des livres dont vous êtes le héros. Avec une mécanique de cartes « rencontres » qui demandent d’effectuer des mini-choix narratifs, empruntée à Dead of Winter, créé par le même éditeur, mécanique depuis également reprise dans Scythe et Fallout

N’empêche

Le thème est plus sombre que jovial. Les illustrations, dans les tons sombres, les monstres, les thèmes abordés dans le jeu (agression, solitude, cauchemars…) sont réservés à un public plutôt mature

Au point de se demander à quel public le jeu est destiné

La lucarne idéale est en effet extrêmement limitée, entre 7 et 12-13 ans. Avec un univers trop… enfantin pour des ados et adultes (nounours, jouets), et trop sombre pour de jeunes enfants

Score

Anticipation: 5/5. Le même auteur que Mice and Mystics, déjà une belle réussite (bien qu’avec des règles trop complexes pour des enfants), un thème extrêmement original, un matos de ouf: les fig, les illustrations, le livre de scénarios avec les plateaux qui changent à chaque chapitre

Pendant la partie: 4/5. Fluide, immersif, riche. Peut-être trop de baston qui rendent le jeu un poil répétitif. Mais une riche aventure immersive et intense

Après la partie: 5/5. Une très, très forte envie d’y rejouer et de découvrir les autres scénarios

Score final: 5/5. Un excellent jeu

Mais

Mais pour quel public?

Un univers très sombre et inquiétant pour de jeunes enfants. Et peut-être trop puéril pour des adultes. Au gameplay très tactique, très hasardeux avec les dés, même si on peut modifier le tirage grâce aux objets. A moins de se prendre au jeu et de trouver un réel plaisir à se laisser embarquer dans ces récits certes enfantins mais ô combien rocambolesques. Retour en enfance garanti en incarnant un nounours, un éléphant et un lion armés d’une fronde ou d’un coupe-papier. Ambiance burtonnienne garantie (Tim, pas Jack)

Et si vous avez des enfants de 7-8 ans et que vous voulez les introduire au jeu de rôle et/ou au jeu de fig, Stuffed Fables est juste ultime

Pour changer des zombies ou du 600’000e KS CMON avec son déluge de fig (oui, The Others, je pense à toi), Stuffed Fables est un excellent Dungeon-Crawler narratif et immersif

Et encore une dernière chose

Vous pouvez télécharger les règles ici

EDGE vient de publier ce 24 janvier la page officielle du jeu ici sur leur site ici

Et quelques reco si vous voulez vous lancer dans cet univers enfantin cauchemardesque en jeu de rôle

Little Fears, dans lequel les joueurs et joueuses incarnent des enfants en proie à leurs peurs les plus profondes, sorti en 2001 en VO et en 2003 en VF, aujourd’hui difficilement trouvable

Et hasard des calendriers, dans quelques jours sort Tiny, un tout nouveau jeu de rôle français qui permet justement d’incarner des nounours et de se plonger dans les rêves d’un enfant

En attendant la VF de Stuffed Fables, prévue si tout va bien en juillet chez EDGE, vous pouvez trouver le jeu en VO chez Philibert

Mais attention, mieux vaut très bien maîtriser la langue de Donald J Trump parce qu’il y a beaucoup, beaucoup de texte à lire (matos, cartes PNJ, narration)

12 Comments

  1. Le jeu me faisait envie et votre article ne fait que renforcer ce désir retrograde et enfantin que de me plonger corps et âme dans cet univers. Juillet parait tellement loin. Merci

    1. Hmmm… Je te trouve un peu dur. Après tout, nous sommes face à un jeu du style de Descent pour les plus jeunes non? Et je ne vois pas grand monde se plaindre que Descent est un jeu jetable.
      Certes une fois qu’on connait l’histoire on perd l’effet surprise, mais on peut recommencer les quêtes autant de fois que l’on veut vu qu’il y a un aspect stratégique/combat/placement.
      A ce rythme on peut aussi reprocher à Agricola d’être un jeu jetable! Vu qu’il n’y a pas de hasard, après la première partie on sait exactement ce qu’il va se passer si on refait la même chose face aux mêmes adversaires (qui bien évidemment referont exactement la même chose) ^^
      Non? 😉

  2. Je ne comprends pas… Si le jeu est excellent (5/5) et que tu as une envie folle d’y rejouer, pourquoi se montrer ensuite sceptique quant au public concerné ? Annoncer que la cible du jeu est 7-8 ans alors que tu sembles conquis du haut de tes quelques années supplémentaires, ca me parait curieux. Y-a-t-il tant de joueurs adultes qui refuseraient de jouer au simple motif qu’il s’agit de peluches ?

    1. Bonne remarque!

      5/5 car oui le jeu est excellent, pour un certain public

      « Y-a-t-il tant de joueurs adultes qui refuseraient de jouer au simple motif qu’il s’agit de peluches ? » C’est justement ce que l’article dit: il faut se prendre au jeu. Pas sûr que ça branche les joueurs et joueuses qui préfèrent des univers plus… adultes?

      Merci pour ta curiosité roro

  3. Les « fables empaillées » ? Un nounours, ce n’est pas empaillé… c’est rembourré. Avec du rembourrage. Alors après « Les Fables rembourrées » c’est également naze, mais attention aux traduction littérales quand même… « Les Fables en peluche », ça sonnerait déjà mieux.

    1. Pffff Erwan, empêcheur de bloguer en rond 😂

      Merci pour la précision

      Vous avez raison, les fables empaillées c’est moisi. Comme rembourrées, d’ailleurs

      Me réjouis de découvrir le titre VF chois par EDGE

      1. Désolé de pinailler, je suis un peu toqué de la traduction : D . Mais bon la VF de Edge, à tous les coups ce sera… « Stuffed Fables : un jeu de plateau narratif » ! Ils sont plutôt tranquillous sur la traduction des titres et des noms propres, pour Rum & Bones, tout est resté en anglais, ce qui était plutôt dommage, il y avait tout plein de jeux de mots.

  4. Bonjour,

    Ici Nelow de chez Edge, accessoirement traductrice du jeu « Stuffed Fables » qui a été annoncé sur notre site par la news suivante : http://www.edgeent.fr/news/article/histoires_de_peluches

    Comme l’indique le titre de l’article, la version française du jeu s’appellera « Histoires de Peluches ». Pourquoi ? Eh bien parce que :

    1/ « Les Fables Rembourrées » c’est moisi au possible
    2/ nous avons pu refaire le logo pour traduire le nom en français (contrairement à celui de Rum & Bones et de la plupart des autres jeux CMON, qu’on nous impose de laisser tels quels)
    3/ les aventures que l’on vit pendant la partie s’appellent des histoires (les fables, c’est autre chose dans le jeu)
    4/ c’est un titre impossible à traduire littéralement et « Histoires de Peluches » était ce qui sonnait le moins mal – tout en restant accessible aux enfants, à qui ce jeu est en partie destiné

    Voilà, je retourne donc à mes traductions tranquillous de titres et de noms propres 😉

    Ludiquement,

    Nelow
    Edge Entertainment

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