Critique de jeu: Fallout. Du FFG narratif, immersif mais répétitif

Temps de lecture: 8 minutes

L’une des meilleures adaptations de jeu vidéo. Immersif, narratif, progressif. Mais trop long et répétitif

  • Date de sortie : décembre 2017 en VO. Q1 2018 en VF chez Asmodée
  • Auteur : Nathan I Hajek, Andrew Fischer
  • Illustrateur : beaucoup reprises du jeu vidéo
  • Editeur : Asmodée FFG
  • Nombre de joueurs : 1 à 4 (optimum à 4)
  • Age conseillé : dès 14 ans
  • Durée : 2 à 3h
  • Mécaniques principales : coopératif, exploration, tuiles, combats, points d’action

Fallout, de quoi ça parle?

A moins d’être resté·e·s enfermé·e·s dans un bunker pendant 15-20 ans, tout le monde a entendu parler de Fallout le jeu vidéo culte et classique sorti en 1997

Du post-apo uchronique qui se déroule en 2077. Ca se passe dans le futur après une guerre nucléaire, youpie les radiations qu’on va se manger, dans une réalité historique autre, plutôt low-tech et pas du tout bling-bling

Le thème est vraiment, vraiment bien exploité. Les illustrations sont reprises du jeu, et son humour, aussi. Fallout le jeu de plateau reprend Fallout 3 & 4

Et si vous n’avez jamais joué à Fallout ou que vous avez raté les épisodes précédents, voici de quoi vous mettre à jour

Et comment on joue?

On commence par choisir l’un des scénar dispo. Pour l’instant, dans la boîte, il n’y en a que quatre. Certes, avec beaucoup d’événements qui peuvent changer l’issue de la partie, mais cela offre quand même peu de renouveau. Ca sent les extensions à tire-larigot…. On en reparle dans quelques mois?

Deux phases: la phases des joueurs et joueuses, puis, quand tout le monde a joué, c’est le tour aux « méchants » d’être actifs slash IA ennemie

Chaque joueuse et joueur dispose à son tour de deux uniques actions:

Déplacement. Chaque tuile est constituée de plusieurs régions. En dépensant un point d’action on peut se déplacer sur deux régions adjacentes. Sachant que certaines régions sont plus gourmandes en points de déplacement et que d’autres sont tellement irradiées qu’elles contaminent le ou la malheureuse qui la traverse

Exploration. On retourne une tuile face cachée, pour autant qu’on soit à côté

Combat. On affronte les créatures présentes sur la tuile en lançant trois dés

Résolution de quêtes. Selon le scénario retenu, des cartes « quêtes » sont dispo et font leur apparition au fil de la partie. Dynamique. Ces quêtes sont principalement des victoires au combat contre des créatures, des objets récupérés ou des lieux visités. Ces quêtes offrent du matos, des XP, de l’argent, représenté par des capsules de soda qui font leur petit effet (mais en carton), et font apparaître de nouvelles cartes

Résolution de rencontres. Selon les tuiles, on peut piocher une carte « rencontre » et la résoudre pour gagner divers avantages. Principalement liés à des tests de compétence

Magas. On peut vendre ou acheter de l’équipement moyennant des capsules

Campement. On peut décider de se reposer pour regagner des PV ou faire des échanges avec les autres

Une fois que toutes et tous ont joué leurs deux actions, c’est au tour des méchants de bouger. A la Zombicide. Ils se déplacent en direction des joueurs ou attaquent s’ils se trouvent déjà sur leur case

Somme toute, des règles extrêmement fluides et limpides

Un pur jeu de FFG. Avec des règles qui font 16 pages, taille de police 7 ou 8 max, un matos qui se pèse au quintal (quoique pour une fois, la taille de la boîte ne défoncera pas une étagère), et pourtant, le tout est streamliné et fluidifié au possible

Et comment on gagne?

En obtenant un certain nombre de points d’influence / victoire, obtenus grâce à des cartes « objectifs » (agenda, dans la langue de Trump) selon le nombre de joueurs et joueuses

Cartes « objectifs » que l’on reçoit en accomplissant des quêtes

Facile

Interaction?

Oui, forte

Alors non, je vous vois venir, bande de belliqueux, on ne peut pas s’en prendre directement aux autres. Pas de PvP en mode arène mais du pur PvE

Mais une forte interaction de suspicion, car on ne sait jamais combien de points d’influence les autres possèdent

Et on peut s’échanger du matos

Et le jeu s’apparente presque à du coop, puisqu’on peut établir des stratégies communes pour avancer sur les quêtes (presque) ensemble

 

Progressif

Comme dans le jeu vidéo, l’adaptation plateau propose une progression individuelles des joueurs / personnages. Selon les quêtes et missions accomplies, les joueurs vont gagner des XP pour faire progresser leur personnage en gagnant des lettres avec l’acronyme SPECIAL, les compétences ou carac du personnages. Oui, comme en jeu de rôle

 

Pour?

Pour influer sur le hasard des dés

 

Hasard

Oui, dans Fallout il y a beaucoup, beaucoup de hasard. Dans les tuiles découvertes. Dans les créatures et ennemis rencontrés. Dans les objectifs réalisés. Et surtout, dans les tirages de dés

Pour combattre un ennemi ou utiliser une compétence lors de la résolution de rencontres on lance trois dés. Le niveau de difficulté de l’action ou de l’ennemi influent sur les chances de réussite

D’où les petites lettres SPECIAL qui viennent s’insérer sur son plateau perso

Certaines actions et ennemis comportent l’une, l’autre ou plusieurs de ces sept caractéristiques. Si l’on en possède la ou les lettres correspondantes on peut relancer autant de dés. Et ainsi augmenter ses chances. Et ainsi diminuer la part de hasard

Malin

Immersif

Très, très fortement inspire de Dead of Winter ou Scythe, les joueuses et joueurs vont faire face à des événements liés aux quêtes et vont avoir plusieurs possibilités et décisions à prendre. Des décisions cruciales et définitives qui impactent alors le jeu et l’évolution du personnage

Une mécanique immersive qui met l’accent sur les choix narratifs des joueurs

Coop? Pas coop?

Fallout le jeu de plateau n’est pas coopératif. Mais si un quand même un peu

Le but des joueurs est d’obtenir un certain total d’influence incrustée sur des cartes acquises lors des quêtes et selon les choix. Si plusieurs joueurs atteignent le montant nécessaire, la victoire sera partagée. Evidemment, le total d’influence par joueuse et joueur et gardé secret. Mais on voit bien que plus quelqu’un remporte des combats ou résout des quêtes et plus il ou elle s’approche de la victoire

D’autant que le jeu place des factions. Des factions autonomes, des sortes d’IA qui suivent leur propres missions. Et si elles remplissent leurs propres objectifs, ce sont elles qui remportent la partie et personne d’autre. Tout le monde perd alors

Coop mais pas coop

Original

Interactif

 

Et à combien y jouer?

Il existe un mode solo. OK why not. Mais alors autant allumer son PC ou sa PS4 pour jouer à Fallout tout seul sur son canap’

C’est vraiment au max, à quatre joueurs que le jeu devient plus interactif. Echange de matos, course pour les PV / influence / victoire, et surtout, l' »IA » des ennemis se balade entre et contre les différents persos. A peu de joueurs, cette tension est très réduite

Alors, Fallout, c’est bien?

Mmmmh, comment dire…

C’est comme le nouveau Star Wars

Personne n’osera dire qu’il est raté

Parce que le saga est une icône de la culture pop

Et qu’on n’a pas le droit de s’en prendre aux icônes

Fallout, c’est pareil

Fallout et une icône de la culture vidéoludique. Au même rang qu’un Mario, qu’un Zelda ou qu’un Call of Duty

Donc forcément, le jeu de plateau doit forcément être bien

Du post-apo, de la SF mais pas vraiment, de l’humour potache pour le comic-relief, un paysage très geek

En plus, il y a des figurines

Le jeu réunit tous les éléments pour plaire

Et il va plaire

Mais

Mais

Mais

Ce Fallout le jeu de plateau n’est pas vraiment un jeu mais plus une expérience

Est-ce alors un mauvais jeu?

Non

Fallout fait partie de cette mouvance, de cette tendance de jeux narratifs et immersifs au thème fort entamée il y a quelques années. Avec des Time Stories, des Arkham JCE, des Demeures de l’Epouvante.

Fallout est très très proche du 7e Continent, une réussite totale. Mais le 7e Continent est plus une aventure, une expérience, qu’un jeu en soi. Peu de gestion, peu de planification, peu de réflexion. Dans Fallout, on explore un territoire, on prend quelques mini-micro décisions proposées par des cartes narratives à la Scythe slash Dead of Winter, on affronte des ennemis, on résout des situations

Au final, exactement comme dans le 7e Continent, il y a très peu de décisions tactiques ou stratégiques. On se balade, on rencontre, on résout des quêtes. Un jeu expérientiel, narratif, immersif

Pour persévérer dans la comparaison, les règles de Fallout sont beaucoup plus simples et fluides que celles du 7e Continent, malheureusement alourdies à la limite de l’indigestion pour pas grand-chose. Dans Fallout, on reconnaît la patte FFG pour rendre un jeu streamliné, presque épuré

Le prix, aussi, un autre élément à relever. Pour une fois, FFG propose une taille de boîte relativement petite et compacte au matériel pléthorique, des cartes, surtout, et au prix doux. A peine une soixantaine d’euros. Certes, c’est plutôt cher, mais 20 ou 30 euros de moins que les jeux « habituels » de FFG

Mais soyons lucides. Il ne s’agit ici « juste » de la boîte de base. Les quatre scénarios disponibles seront évidemment bientôt suivis de supplémentaires, avec de nouvelles fig, de nouvelles créatures, de nouvelles cartes. Un jeu à extension qui à la longue risque bien de faire exploser les budgets. Bonne stratégie commerciale. Ça s’appelle le pied dans la porte

Deux aspects négatifs viennent toutefois assombrir le tableau: le jeu est trop long. Comptez 2-3 heures. Plutôt 3h à quatre. Alors certes, on ne voit pas le temps passer, immergé·e·s en 2077. Mais on ne lance pas une partie de Fallout comme ça, sur le pouce. Il faut bien prévoir une longue soirée ou une aprem complète. Qui a aujourd’hui encore ce temps-là à dispo, avec autant de jeux à essayer 😅?

Et également, et c’est directement lié au point précédent, le jeu devient répétitif. Explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, explo, combat, loot, xp, pendant 3h

Score

Anticipation: 5/5. Depuis que FFG a perdu la licence Gamesworkshop en 2016 et s’est pris un méchant coup dans les gencives en devant abandonner ses nombreux jeux Warhammer, ils ont dû se mettre à ratisser d’autres licences. Nécessite fait loi, ou necessity is the mother of invention. Le jeu vidéo et les icônes de la culture pop, un investissement plutôt safe. Quand Fallout a été annoncé tôt cette année, buzz oblige, grosse grosse anticipation. Fallout. Chez FFG. Des fig. Immersif. Pas coop mais un peu quand même. Une grosse grosse anticipation

Pendant: 3/5. Très bon jeu. Mais long. Trop long. Et répétitif au bout d’un moment, sans poser de véritables choix stratégiques. Avec beaucoup de hasard pour pimenter le jeu, mais parfois rédhibitoire

Après: 3/5. Un jeu immersif et narratif comme on les aime. A la limite du jeu de rôle. Mais pas dénué d’éléments défavorables. Peu de scénarios dispo, pas glop

Final: 4/5. Il faut prendre Fallout pour ce qu’il est. Une excellente adaptation du jeu vidéo. Peut-être l’une des meilleures adaptations. Une aventure, une expérience. Mais pas grand-chose de plus

Et encore une chose

Si vous avez lu cet article en détail, vous aurez certainement relevé l’intégration de l’écriture inclusive et de ses conventions

Comme vous le savez, l’anglais, au contraire du français, manie le genre de manière beaucoup plus simple et fluide, puisque les noms et adjectifs sont « neutres » (encore que…)

Dans les règles de Fallout, l’éditeur fait l’effort de pratiquer l’écriture inclusive:

Comme quoi, on peut proposer un gros jeu geek post-apo sombre, violent, et sortir des stéréotypes genrés pour s’adresser à tout le monde. BRAVO FFG!

VO-VF?

 

Le jeu vient tout juste de sortir début décembre en VO chez FFG / Asmodée. Et il y a beaucoup, beaucoup de texte en anglais. Les cartes en sont blindées. La trad est en cours et débarquera Q1 aussi chez Asmodée

Donc à moins de maîtriser la langue de Trump, autant attendre un poil

Vous pouvez trouver Fallout chez Philibert

 

2 Comments

  1. Merci Gus pour la pertinence de cette analyse (j’ai bien aimé le clin d’oeil à SW VIII, que je partage), je me rappelle du premier article au sujet de ce jeu qui était très alléchant. Je vais attendre Mars pour recevoir ma boite de…7ThC…et économiser mes euros…

    Bon WE 🙂

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