Critique de jeu: The Others. L’enfer, c’est les autres

The Others. Un gros jeu de fig semi-coop au thème original. Des fig, des brouettes de dés, des tuiles, des missions. Mais parfois, c’est aussi bien de changer de marmite pour faire de meilleures soupes.

The Others? (ça veut dire les autres, dans la langue de Trump)

The Others est sorti en VF chez EDGE slash Asmodée (depuis pas longtemps) en mars 2017. Pour 2 à 6 joueurs (c’est écrit de 2 à 5 sur la boîte, mais nous avons une petite variante à vous proposer. A découvrir plus bas). Pour des parties de 90 minutes environ (c’est écrit 60 minutes sur la boîte, mais c’est compté court, tout dépend des scénarios), dès 14 ans.

Dans The Others, les joueurs font partie d’une escouade d’intervention, la FAITH, qui a comme mission de déjouer les plans apocalyptique d’invasion de créatures qui se sont déversées sur la planète. Mais pas n’importe quelles créatures. Ça serait bien trop facile. Celles des 7 péchés capitaux (décrétés par l’Eglise catholique au moyen-âge): luxure, envie, colère, etc.

Un joueur contrôle les monstres pas très gentils, et les autres joueurs, les Héros. Chaque partie repose sur un scénario particulier: récupérer un objet, se balader, et le plus souvent bien sûr dégommer sur tout ce qui bouge.

Ca vous rappelle quelque chose? Descent? Assaut sur l’Empire? Les Demeures de l’Épouvante V1? Oui, tout ça. J’aurais bien voulu assister à la séance de pitch chez l’éditeur (Cool or Mini, à l’origine). J’imagine qu’elle a dû ressembler à ça, en gros:

« Hey, les mecs, j’ai une super idée pour un jeu de plateau. On pourrait avoir un joueur qui contrôle des méchants, et qui doit tuer les autres en lançant des brouettes de dés. Et les autres doivent remplir une mission. »

« Ouais Eric, super, mais ça ressemble pas mal à Descent, ou à d’autres jeux, non? »

« Non non non, attendez, j’ai gardé le meilleur pour la fin. Les créatures, en fait, elles représentent des péchés capitaux. »

« Haaaa, OK, fallait commencer par-là. OK, on lance la machine ».

Et bim, 1.5 millions de dollars sur KS en octobre 2015.

 

Et comment on gagne?

Tout dépend des scénarios, encore une fois. Mais The Others présente une mécanique sympatoche, chaque mission propose des embranchements, 2-3 différentes possibilités, à choix de l’équipe des Héros.

Et comment on joue?

Les joueurs commencent par choisir un scénario. Il y en a une dizaine dans la boîte de base. Sachant que les missions offrent plusieurs possibilités, cela confère déjà une belle durée de vie.

Puis mise en place plutôt longue et rébarbative… Mais ça fait partie du jeu… un jeton par ci, une tuile par-là, vivement The Others V2 dans quelques années avec une app…

Au tour ensuite des Héros. Chacun contrôle un personnage aux pouvoirs spécifiques: force, points de vie et compétences. Il y en a 7 dans la boîte de base. Chaque personnage peut se déplacer de deux cases, lieux & rues, puis agir, ou vice versa. Deux actions sont à disposition: faire le ménage ou balancer des tatanes.

Faire le ménage consiste à virer des tuiles enquiquinantes qui avantagent le grand méchant: des +1 en attaque, des cases respawn, des incendies qui brûlent ou du chaos qui corrompt. Et comment faire le ménage? En lançant autant de dés que sa capacité à faire le ménage. Et selon le tirage, hop.

Balancer des tatanes consiste à infliger des dégâts aux méchantes créatures pas très polies d’en face. Comment? On lance une brouette de dés, autant que sa force, et l’adversaire fait pareil. Les attaques sont annulées par les boucliers. Le solde part en dégâts. Sachant qu’il faut obtenir autant de dégâts que les pv de la créature pour la dégager. Et que plusieurs personnages sur la même tuile confère un dé supplémentaire pour le Héros attaquant. Voilà.

Chaque joueur peut jouer deux fois, mais une seule fois à son tour, puis c’est la fin de la manche.

Et le grand méchant dans tout ça? Il peut jouer autant de fois que le nombre de Héros présents. Et sa partie ne se résume qu’à réagir. Quand un joueur a effectué son tour, le méchant peut alors utiliser une de ses actions à disposition pour réagir. Ce qui se résume à déplacer ses créatures et attaquer. Selon les scénarios, les débuts et fins de manches viennent également apporter des avantages au méchant: nouveaux jetons, apparition de nouvelles créatures.

Et la corruption slash chaos dans tout cela?

« Celui qui combat des monstres doit prendre garde à ne pas devenir monstre lui-même. Et si tu regardes longtemps un abîme, l’abîme regarde aussi en toi. »

Disait un célèbre chauffeur Uber allemand.

Autrement dit, à force de faire des poutoux aux créatures de l’apocalypse, les Héros sont peu à peu affectés par le chaos (on dirait du Warhammer jdr V1). Et plus ils sont corrompus, plus ils gagnent des avantages (parce que plus d’excroissances et hypertrophies dégueux). Mais plus ils se fragilisent et risquent de perdre des pv facilement.

La corruption vient épicer le jeu. On ne doit désormais plus seulement gérer ses pv mais aussi sa corruption, avec une mécanique de « stop ou encore » car les joueurs peuvent décider eux-mêmes d’accélérer leur corruption pour obtenir un bonus éphémère à leur prochain jet de dés. Malin. Subtil. Douloureux.

Les mécaniques de jeu sont extrêmement simples et streamlinées. Que deux actions à disposition: faire le ménage ou cogner. Pareil pour le joueur qui contrôle les forces du chaos / péché.

Malgré un gros livre de règles bien fouillé, on se croirait dans un jeu FFG. Des règles qui peuvent paraître lourdes et touffues alors qu’en réalité, une fois la partie commencée, tout est fluide, simple et instinctif. Kudos Eric (comme toujours, j’ai envie de dire).

Et à combien y jouer?

A 6, clairement. 6? Mais comment c’est possible, c’est écrit pourtant 5 max sur la boîte? Parce que le MJ / DM / méchant peut être joué à 2 joueurs. Donc 2 contre 4. A deux joueurs incarnant les créatures il y a plus de collaboration, le méchant ne se retrouve pas isolé contre tous les autres.

Et pourquoi y jouer à 5-6, plutôt qu’à 2-3? A 5-6, les parties seront plus longues, plus lentes aussi. Mais plus interactives, plus passionnantes, plus passionnées. Donc mieux, tout simplement. On peut bien sûr y jouer à 2, un contre un, le « gentil » contrôlera plus de Héros, c’est tout. Mais le tout sonnera creux, plat, comparé à des parties épiques à plus de joueurs.

Chronique d’un succès annoncé

Oui, la starisation est bel et bien en marche. Tout ce que Eric Lang touche se transforme en or. Un peu comme un film avec une grosse star. Eric Lang, c’est le Dany Boon du jeu de plateau.

The Others marque la chronique d’un succès annoncé. Comme on dit dans la comm, « il faut pêcher là où il y a du poisson ». Autrement dit, pas bête, la mouche. Cool Mini, Eric Lang et Asmodée, qui assure désormais la localisation francophone, savent ce qui plaît pour surfer sur les tendances actuelles.

Y a de la fig? Check. L’auteur est Eric Lang? Check. C’est l’éditeur de Zombicide qui est derrière tout ça? Check. C’est coopératif mais pas que? Check. Y a des monstres hideux et effrayants dans un univers métaleux-gothique? Check. Tiens, on dirait une partie de « Qui est-ce? ». Presque une auto-parodie de jeux similaires.

Alors, The Others, c’est bien?

The Others, c’est avant tout une formidable machine à émotions. Un peu d’effroi, de tension, de planification, beaucoup de collaboration. On vit une véritable aventure, sublimée à coup de plastique, de carton et de dés. Beaucoup, de dés.

Autant les joueurs se retrouvent propulsés dans un récit macabre et angoissant, autant une fois toutes les couches narratives et contextuelles enlevées, on se retrouve avec un jeu simpliste: déplace ta fig de deux cases. Lance une brouette de dés pour combattre. Comme c’est d’ailleurs le cas dans de nombreux jeux similaires à la dungeon crawler (avec Zombicide, pour être pertinent, il faudrait plutôt appeler ça des street crawlers).

The Others est un pur produit de « fan service ». Tout est pensé pour ravir un public déjà acquis par les sempiternelles Zombicide et autres dungeon crawlers. Tout est pareil, mais pas vraiment. Tout est similaire, mais avec un petit twist qui rend le jeu plus mieux bien. Le chaos, les créatures. Exactement la même chose, mais en mieux. Vivement le prochain.

Un jeu pour vous?

Comment savoir si The Others est un jeu pour vous?

Quelques questions:

Vous aimez les fig? Alors oui.

Vous aimez les jeux au thème fort, immersif, vous cherchez à vivre une véritable aventure? Alors oui.

Vous aimez les jeux semi-coop (un contre tous)? Alors oui.

Vous avez récemment touché un juteux héritage, ou vous avez décidé d’hypothéquer votre maison, ou ça tombe bien, vous venez de vendre votre rein gauche? Alors oui. Car le jeu de base est cher, plus de 80 euros, et si vous voulez vous faire plaisir et l’agrémenter de 217 extensions sorties plus ou moins en même temps (add-ons sur KS, mon amour), faut prévoir une sacrée réserve de pépettes? D’où ma question: mais est-ce que tous les joueurs de jeux de plateau sont millionnaires?

The Others. Un gros jeu de fig semi-coop au thème original. Des fig, des brouettes de dés, des tuiles, des missions. Mais parfois, c’est aussi bien de changer de marmite pour faire de meilleures soupes.

Thème chatoyant

Un gros point fort de The Others est son univers, son thème. Plus de zombies, tellement 2014. Cthulhu, tellement 2012. The Others, avec ses 7 péchés, propose des créatures aussi chatoyantes qu’effrayantes et originales.

Mais non, bande de petits cochons, les figs de la luxure n’ont pas de grosses tentacules. Dommage, ça aurait être drôle.

La luxure. Y a des langues qui pendent quand même

Mais encore

De nombreuses extensions sont déjà sorties en VF, et d’autres sont en cours. Il s’agit de deux types de boîtes. De nouveaux Héros / Team, et de nouveaux monstres / péchés. Laquelle préférer? Tout dépendra de son budget, bien sûr. Si on est atteint de collectionnite aiguë, l’addition risque d’être salée. Comptez 200 euros supplémentaires, rien que pour les extensions. Donc un jeu complet à… 300 euros. Aïe, ça pique. Faut-il alors craquer pour les extensions? Le jeu de base se suffit à lui-même pour 10-15 parties différentes. C’est déjà pas mal.

The Others est un jeu dans un univers sombre, horrifique. Films d’horreur, jeux d’horreur (ResEv7 est sorti il y a quelques semaines…). Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi nous aimons tellement jouer à nous faire peur? Voici quelques bribes d’explication.

Et pourquoi est-ce que les figurines remportent autant de succès auprès des joueurs? Une tentative d’explication ici.

Vous pouvez trouver The Others en VF chez Philibert,

Chez Ludibay,

Chez Ludikbazar,

Et si vous habitez en Suisse, chez Helvétia Games Shop.

5 Comments

  1. Est-ce que servir du resucé a tout bout de champ est si bien que cela ? J’aurais zombicide perso, je crierais un doigt au scandale…
    Je n’ai ni l’un ni l’autre mais j’ai du mal a comprendre cette envie de lancer de la brouette dans un univers toujours différent si derriere il n’y a absolument rien de nouveau au soleil !
    Autant se faire un bon JDR.

    Aimé par 1 personne

    1. (Disclaimer : Je n’ai jamais joué à Zombicide)
      J’ai eu la chance de jouer à The Others (et de battre à plates coutures les DMs, il faut le dire). Ça n’a rien à voir avec un JDR. C’est plus rapide, les personnages sont plus archétypaux. Il faut vraiment jouer ensemble pour gagner, choisir les bonnes combinaisons, ne pas se perdre dans des tactiques inutiles (le scénar s’oublie facilement, piège pour les joueurs). Il y a un côté jouissif, et prenant. Et lancer de la brouette, c’est toujours marrant, surtout quand le résultat est si imprévisible.

      Aimé par 1 personne

  2. En tout cas, ça me donne envie de l’acheter et de l’essayer.

    Mais vais-je trouver des partenaires de jeu??

    Claquer 80 € dans un jeu, si je trouve des joueurs et joueuses, pourquoi pas.

    Mais claquer 80 boules dans un jeu et me retrouver seul à y jouer non merci
    et ensuite devoir le revendre à 20 €, non merci.
    Ou devoir le laisser moisir dans mon armoire parce que pas de partenaires, c’est 80 € de jetés par la fenêtre !!
    Et malheureusement je n’ai pas 80 € à jeter par la fenêtre !!!!

    Aimé par 1 personne

    1. On a souvent tendance à vouloir acheter des jeux. Rien que pour les posséder. Les rajouter à sa collec. Sans toujours passer par votre réflexion Chrys. Avec qui y jouer? Parce qu’un jeu est fait pour jouer. Sur une étagère, il ne sert pas à grand chose.

      Si jamais, nos avons publié un guide des 10 manières pour trouver des joueurs. Qui sait? Ça pourra peut-être vous aider?

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