Forestry : Un jeu qui envoie du bois (durable)
🌲 Envie d’envoyer du bois ? Forestry, le nouveau poids lourd de la gestion. Un thème écolo pour une mécanique impitoyable.
Forestry : Quand l’exploitation forestière durable devient jeu de société

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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L’essentiel en 3 points :
- Une simulation sylvicole réaliste validée par des universitaires, loin du « greenwashing » ludique habituel.
- Un système ingénieux de double ouvrier qui demande une synchronisation parfaite.
- Avec des points d’action ultra-limités, chaque choix est un renoncement douloureux.
« Encore un jeu sur la nature ? » Oui, mais celui-là, il a un doctorat en ingénierie forestière et une tronçonneuse dans le dos.
Vous pensiez que gérer une forêt consistait à se balader le nez au vent en écoutant le chant des oiseaux et en faisant des câlins aux écureuils ? Détrompez-vous. Avec Forestry, la nature est un tableur Excel déguisé en chênes centenaires. Et c’est coooooooooooooooool.
Après nous avoir fait lever les yeux vers les étoiles avec Galileo Galilei en 2024, qui sort tout prochainement en VF, youpie, le jeune éditeur tchèque Pink Troubadour nous ramène sur terre. Littéralement. Avec Forestry, conçu par Michal Peichl, on troque la lunette astronomique contre la tronçonneuse et le costume-cravate trois pièces.
Disons-le tout net : ce n’est pas un petit jeu d’apéro pour jouer avec mémé (sauf si mémé est une bête de calcul mental). C’est du lourd, du « crunchy » comme disent nos amis anglophones, du vélu (on sait toujours pas pourquoi on utilise ce terme), un Eurogame expert qui va faire fumer vos neurones autant qu’une scierie en surchauffe.
L’écologie, mais avec des muscles (et des maths)
Le pitch ? Vous gérez une exploitation forestière moderne. Mais attention, on est en 2025 : pas question de raser la forêt amazonienne pour en faire des cure-dents bon marché. Le jeu, développé en collaboration avec de véritables ingénieurs de la Faculté de Foresterie de Prague (si, si, la caution scientifique est là !), vous met face à un dilemme très actuel : produire ou préserver ?
Le thème n’est pas qu’un placage vert sur une mécanique grise. Ici, l’hydrologie compte. Les essences d’arbres comptent. Vous devez planter pour l’avenir tout en coupant pour payer les factures du présent. C’est ce qu’on appelle le « Green Gaming » industriel. C’est éducatif, certes, mais pas punitif façon leçon de morale du dimanche. C’est une simulation systémique où chaque arbre abattu a un coût d’opportunité écologique réel.

Tronçonneuse ou PowerPoint ?
La grande trouvaille mécanique de Forestry, c’est le dédoublement de votre personnalité ludique. Vous ne contrôlez pas un ouvrier, mais deux entités bien distinctes qui vivent dans des mondes parallèles :
- Le bûcheron (The Harvester) : Il est sur le terrain, les bottes dans la boue (le plateau central circulaire). Il coupe, il plante, il détourne des rivières pour irriguer. C’est votre main-d’œuvre brute.
- Le gestionnaire (The Manager) : Il est au bureau, au chaud (votre plateau personnel). Il traite le bois, améliore la scierie et signe les contrats juteux.
Tout le sel du jeu réside dans la friction délicieuse entre ces deux rôles. Votre bûcheron peut abattre les plus beaux hêtres de la région, mais si votre gestionnaire n’a pas amélioré le séchoir pour traiter ce bois spécifique, vous vous retrouvez avec des planches humides invendables. Il faut synchroniser les flux, anticiper les besoins de l’un pour nourrir l’autre, et c’est là que le cerveau commence à faire des nœuds.

La dictature des points d’action
Si vous aimez la liberté totale et les jeux « bacs à sable », fuyez, pauvres fous. Forestry est une ingénierie de la contrainte. Vous commencez la partie avec 3 pauvres points d’action (PA) par tour. C’est peu. C’est ridiculement peu.
Chaque déplacement coûte. Chaque coupe coûte. Vous allez passer votre partie à vouloir faire 5 choses vitales alors que vous ne pouvez en faire que 3. C’est frustrant ? Oui, terriblement. C’est jouissif quand ça passe ? Absolument. C’est cette tension permanente, cette « tightness », qui fait vibrer les amateurs de gros jeux de gestion. Chaque décision est un déchirement, et chaque tour optimisé est une petite victoire sur le système. Il faudra d’ailleurs cravacher dur (et replanter beaucoup) pour obtenir les étoiles nécessaires (19 !) afin de débloquer un graal absolu : un 4ème point d’action permanent.
C’est du bois dont on fait les grands jeux ?
Visuellement, le jeu propose une belle présence sur table avec son plateau circulaire et ses illustrations naturalistes signées Michal Řezníček. Attention cependant, un petit bémol ergonomique peut être relevé : les deux teintes de vert sur le plateau (forêt claire/sombre) peuvent prêter à confusion, surtout dans le cas d’une faible luminosité. Prévoyez une bonne/forte lampe !
Côté interaction, ne vous attendez pas à des batailles épiques à coup de hache. On est ici sur de l’interaction indirecte, froide et calculatrice : « Ah, tu voulais ce chêne pour ton contrat de satellites en bois ? Oups, je viens de le couper. » C’est sournois, mais on ne se tape pas dessus à coup de tronçonneuse non plus. À 4, préparez le thermos de café : le risque d’Analysis Paralysis (le moment où un joueur fixe le plateau 5 minutes en tentant d’éviter l’AVC) est réel. Le jeu cartonne vraiment à 2 ou 3, où le rythme reste soutenu et la tension palpable.

Forestry, verdict
Forestry est une pépite pour les comptables de la forêt et les amoureux de l’optimisation millimétrée. Il réussit le pari audacieux de rendre un thème sérieux (la sylviculture durable) incroyablement ludique et tendu. Alors clairement non, le jeu n’est pas pour tout le monde ! La courbe d’apprentissage est un mur d’escalade et la première partie pique un peu. Mais une fois au sommet, la vue stratégique est imprenable. Pink Troubadour confirme qu’il est un éditeur à suivre de très, très près.
Vivement la VF (chez Sylex, comme Galileo ? Ou Super Meeple qui a l’habitude des jeux costauds-velus ?).
On a aimé : La caution scientifique qui rend chaque mécanique logique (l’eau, ça mouille, et ça fait pousser les arbres), le dilemme permanent entre le Bûcheron et le Gestionnaire, et la sensation de montée en puissance très gratifiante.
On a moins aimé : La première partie, aussi accueillante qu’une porte de prison en chêne massif, et les nuances de vert sur le plateau parfois difficiles à distinguer.
C’est plutôt pour vous si… Vous aimez compter vos points d’action comme Picsou compte ses sous et que vous cherchez un thème écologique traité avec sérieux.
Ce n’est plutôt pas pour vous si… Pour vous, une forêt c’est fait pour faire la sieste, pas des maths, ou si vous confondez Forestry avec Forêt Mixte (rien à voir, on vous jure !).
Forestry est un jeu qui ne cache pas la forêt derrière l’arbre : c’est du costaud, du rugueux, mais bon sang, qu’est-ce que ça envoie du bois !
Un très grand OUI !

- Date de sortie : Octobre 2025
- Langue : Anglaise
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 3 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 2 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Michal Peichlch
- Illustrations : Michal Řezníček
- Édition : Pink Troubadour
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (meilleur à 2-3)
- Âge conseillé : Dès 13 ans
- Durée : 90 minutes
- Thème : Forêt, écologie, environnement, nature
- Mécaniques principales : Placement d’ouvrières. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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2 Comments
Blob
Je n’ai pas très bien compris dans l’article en quoi les bûcheron et gestionnaire étaient une mécanique innovante.?
Il y a un plateau personnel et un plateau commun avec deux ouvriers distincts mais un pool d’action commun, est ce bien cela?
Gus
Alors désolé si notre article n’était pas suffisamment clair. L’article de PEF ne prétend pas que le concept de « deux ouvriers » soit révolutionnaire en soi. Ce qu’il souligne comme ingénieux, c’est la friction créée par leur interdépendance :
Le bûcheron peut abattre du bois sur le terrain… mais si le gestionnaire n’a pas préalablement amélioré les installations (le séchoir par exemple) pour traiter ce type de bois précis, vous vous retrouvez avec des ressources inutilisables.
Autrement dit, vos deux ouvriers travaillent dans des « espaces » séparés mais leurs actions doivent être parfaitement synchronisées dans le temps. Et comme vous n’avez que 3 PA pour les deux, chaque choix devient un véritable casse-tête d’optimisation : faut-il investir maintenant dans l’infrastructure (gestionnaire) ou dans la récolte (bûcheron) ?
C’est cette tension permanente entre « préparer » et « exécuter » avec des ressources ultra-limitées qui constitue le sel du système.
Encore désolé pour le manque de clarté de l’article. Nous en profitons pour vous souhaiter un bon réveillon (et de bonnes parties https://gusandco.net/2025/12/26/top-14-jeux-societe-nouvel-an-reveillon-2025-guide/) demain soir ! 🥂