Alibi : Enquête vipère cherche cobaye masochiste
🎭 Alibi : de l’art du bluff au fiasco amical en 5 tours ! Ce jeu au fort potentiel tourne vite au vinaigre à cause de règles bancales.
Alibi
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Il y a quelques jours, un jeu est arrivé par surprise, ou à peu près, dans ma ludothèque, et il a littéralement secoué nos parties entre amies. Son nom ? Alibi, un jeu d’enquête signé de l’éditeur transalpin Da Vinci. Alibi nous propulse dans trois enquêtes criminelles à suspense insoutenable.
Croyez-moi, on est loin du Cluedo de votre enfance ! Ici, fini les trajets prévisibles entre pièces, place à l’art du bluff, de la manipulation et des faux-semblants. Le principe est simple : chaque joueur et joueuse incarne l’un des suspects principaux d’un meurtre sordide. Votre objectif ? Démasquer le coupable… sans même savoir si ce n’est pas vous ! De quoi pimenter sacrément les choses 😜
Dès qu’Alibi a atterri sur ma table de salon, j’ai senti que ce jeu avait un petit quelque chose de spécial. Rien qu’à feuilleter le matériel soigneusement surtout ne pas feuilleter le matériel soigneusement illustré dans un style rétro acidulé pour ne pas spoiler l’affaire, on devine qu’on va prendre cher côté remue-méninges, remue-ménage. Le concept asymétrique du « coupable mystère » annonce un sacré potentiel pour des parties tendues, épiques et surprenantes !
Mais ne brûlons pas les étapes, et épluchons ça méthodiquement, en vrais limiers. Attrapez carnet et loupe, Watson !
Contenu et matériel
À l’ouverture du coffret en carton, on découvre avec plaisir trois encoches avec à chaque fois un deck de cartes. Et c’est tout. Ha non, le tout est accompagné par une mini-règle, claire et bien traduite. Les trois decks représentant les trois affaires criminelles à résoudre :
- Dernière Croisière sur le Nil, une croisière sur le Nil qui tourne à la tragédie : un crime inexplicable entre mysticisme et scepticisme,
- Du Sang au Pays des Kilts, l’assassinat de Sir Reginald McFergh dans sa villa écossaise ébranle et exacerbe les tensions familiales,
- La Vengeance est un Plat qui se Mange Froid, le dernier épisode de Monster Chef a un goût amer : un critique gastronomique réputé meurt empoisonné !
Chaque scénario dispose donc de son propre paquet de cartes. Le style graphique fait véritablement mouche avec son côté 80s suranné et renforce l’aspect immersif du jeu.
Au niveau du matériel en lui-même, les grandes cartes tiennent bien la route sans atteindre non plus des sommets de luxe. Rien de bien méchant, mais un poil décevant pour un jeu à 35€ (constaté en boutique spé) tout de même. Heureusement, le contenu rattrape largement cet unique bémol !
Mise en place (et préparation mentale)
Avant toute chose, prenez le temps de bien vous imprégner de l’ambiance de chaque affaire criminelle. Laquelle vous branche pour commencer ? Pour continuer ? Pour finir ? On se saisit alors du paquet respectif, et on commence par lire l’intro qui ne tient que sur 3 cartes. Et c’est tout. On plonge aussitôt dans l’intrigue.
Vous n’avez plus qu’à distribuer les paquets de cartes Personnage à tout le monde. À noter que dans Alibi, il n’y a pas de MJ. Tout le monde joue. Chaque paquet de Personnage est ordonné : description générale d’abord, puis les tours, puis enfin, la révélation finale. On doit bien veiller à respecter l’ordre ! Attention, personne ne doit connaître son implication de l’affaire avant la fin ! Coupable, ou non coupable. Oui, comme dit en intro, tout le sel d’Alibi repose sur cette mécanique mystère : on enquête, sans savoir qui a commis le meurtre, OK, normal. Sauf que, le ou la criminelle est justement dans la pièce, et elle ne le sait pas (encore).
Au niveau préparation matérielle, l’installation est extrêmement simple et intuitive. On répartit, on distribue le paquet de l’affaire, et hop, c’est parti ! Il y a encore un paquet Indices, des cartes spéciales supplémentaires avec des… indices, qu’on révèle au fil de l’affaire, mais pas nécessairement, tout dépend des questions et investigation.
En revanche, la mise en place… mentale exige de sacrés efforts d’imagination. Il va falloir endosser le costume de votre suspect, maîtriser ses secrets inavouables et défendre bec et ongles son innocence. Même si au final… vous êtes peut-être le coupable ! Ce concept asymétrique de « meurtrier mystère » donne un sacré piment au jeu. Verrez-vous votre forfait avant la fin de la partie ? Rien n’est moins sûr… Et c’est ce qui fait tout le sel d’Alibi !
But du jeu et principes de base
Le but du jeu est simple : découvrir l’identité du ou de la coupable parmi les suspects incarnés par les joueurs et joueuses à la fin.
Chaque personne reçoit le dossier top secret de son personnage, contenant son passé, ses secrets, et son lien avec la victime. Puis on entame une succession de 5 tours représentant les temps forts de l’enquête policière.
À chaque tour, les suspects vont révéler des bouts de leur histoire aux autres afin de reconstituer le puzzle des évènements. Le terme de « puzzle » est bien le mot clé ici. Au fil de l’enquête, des 5 tours, l’affaire se déploie, se dévoile, au compte goutte, en mode polar choral. Certains secrets ne seront dévoilés que si on interroge directement le suspect à leur sujet. Attention, mensonges et omissions sont de mise pour brouiller les pistes !
Polar choral ?
Quand on parle de polar choral, comme ici dans le jeu Alibi, on parle de plusieurs personnages principaux dont les histoires s’entrecroisent. Voici quelques aspects de cette narration que l’on retrouve dans certains films (voir plus bas) :
- 🌐 Narration Multifilaire : Le polar choral se distingue par son approche narrative qui entrelace plusieurs histoires.
- 🎭 Personnages Variés et Complexes : Ces œuvres présentent souvent un large éventail de personnages, chacun ayant sa propre histoire et sa propre perspective.
- 🔍 Thèmes de Film Policier : Bien que la structure narrative soit chorale, l’élément « polar » se manifeste à travers des thèmes tels que le crime, la justice, la corruption, et souvent une enquête ou une intrigue mystérieuse.
- 💡 Complexité et Interconnexion : La complexité narrative est une caractéristique clé du polar choral. Les histoires individuelles se tissent de manière à créer un récit global cohérent et interconnecté. Clairement le cas ici dans Alibi.
- 🗣️ Commentaire Social et Psychologique : Ces œuvres utilisent souvent leurs histoires entrelacées pour commenter des aspects sociaux, politiques ou psychologiques. Également le cas ici dans les trois affaires d’Alibi. Chaque affaire propose un commentaire social et/ou psychologique pas dénué d’intérêt. On se surprend à discuter des enjeux réels de l’affaire.
- 🎨 Style et Esthétique : Le polar choral peut également se distinguer par son style visuel et sa mise en scène, utilisant des techniques visuelles uniques pour relier ou distinguer les différentes histoires. Toujours le cas ici dans Alibi.
Voici cinq films qui correspondent au style « polar choral », un genre qui mélange les éléments du film policier avec une narration chorale :
- « Magnolia » (1999) – Réalisé par Paul Thomas Anderson. Bien que principalement un drame, ce film présente des éléments de polar à travers ses multiples intrigues et personnages complexes, tissant ensemble leurs histoires dans un récit captivant.
- « Traffic » (2000) – Réalisé par Steven Soderbergh. Ce film explore le commerce de la drogue à travers plusieurs récits entrelacés, offrant une perspective chorale sur les effets du trafic de drogue sur différents niveaux de la société.
- « Babel » (2006) – Réalisé par Alejandro González Iñárritu. Ce film, bien qu’étant plus un drame, intègre des éléments de polar dans sa narration. Il raconte quatre histoires interconnectées à travers différents continents, chacune influençant l’autre.
- « Sin City » (2005) – Réalisé par Frank Miller et Robert Rodriguez. Ce film est un exemple classique de polar choral, avec un style visuel distinct et une narration qui entrelace plusieurs histoires dans la ville sombre et criminelle de Sin City.
- « Collatéral » (2004) – Réalisé par Michael Mann. Bien qu’étant centré sur deux personnages principaux, ce film intègre des éléments de polar choral en montrant comment leurs actions affectent divers personnages dans la ville de Los Angeles pendant une nuit intense.
Ces films sont remarquables pour leur capacité à tisser ensemble des histoires complexes et des personnages, créant un récit riche et multicouche qui est caractéristique du style polar choral.
Mais revenons à notre jeu.
C’est quoi, ton Alibi ?
Une fois les 5 tours successifs passés vient l’heure de la confrontation finale. À ce stade, une ultime carte révèle à chaque suspect s’il est coupable… ou non ! Chacun doit alors argumenter et défendre bec et ongles son innocence devant ses coéquipiers. Enfin, toutes et tous votent simultanément pour désigner celui ou celle qu’ils pensent être le meurtrier. Suspense insoutenable !
Si la majorité a visé juste, c’est gagné ! Sinon… c’est le coupable lui-même qui l’emporte ! De quoi motiver à bien mener l’enquête 😉
Trois principes fondamentaux différencient Alibi des autres jeux d’enquête :
- 🎭 Immersion narrative : On se glisse littéralement dans la peau de nos personnages le temps d’un polar haletant. Adieu barrière du jeu, bonjour fusion avec mon rôle ! Cet aspect théâtral renforce sacrément l’ambiance et le fun. D’autant plus que…
- 🕵️♂️ Le coupable est inconnu de tous : Absolument personne ne sait qui est le meurtrier secret, pas même le… meurtrier ! Ce brouillard du doute permanent pousse à la ruse et aux faux-semblants. Tout le monde pourrait être coupable… moi le premier ! Ce principe asymétrique est un coup de poker risqué, mais diablement efficace lorsqu’il prend !
- 👥 Interprétation collective : Durant toute la partie, les joueurs et joueuses vont interagir, spéculer, argumenter pour extraire la vérité du groupe. C’est ce brainstorming social et cette enquête collective qui primeront sur la simple déduction solitaire. L’union fait la force… mais attention aux traîtres et traîtresse !
Pour finir, je dirais qu’Alibi surfe sur une mécanique somme toute classique, mais brillamment apprêtée pour un résultat aussi tendu que jubilatoire.
Replay et rejouabilité
L’une des grandes forces d’Alibi tient aussi dans son invitation au « replay ». Une fois le ou la coupable confondue et le vote effectué, on prend toujours un plaisir fou à rembobiner le film/la partie de la soirée pour comprendre ce qui nous a menés au dénouement.
Sous l’effet de surprise passé, nombre d’incohérences initiales prennent sens. L’évidence nous saute alors aux yeux ! C’est ce petit instant « eurêka ! » collectif qui fait tout le sel du jeu. Même en échouant à trouver le meurtrier, un peu à la Guilty: Houston 2015 on jubile de rejouer la partie dans sa tête pour y débusquer les indices qu’on avait manqués.
Maintenant, oui, oui, Alibi est un pur jeu kleenex. Trois affaires et puis s’en va. Impossible d’y jouer bien sûr. Que faire de la boîte ensuite ? L’offrir à ses amis bien sûr (s’ils et elles n’ont pas déjà joué avec vous !). 35 euros pour trois affaires, soit un peu plus de 10 euros par affaire qui va vous prendre entre 60 et 90 minutes, c’est une affaire de goût, de principe et de budget ludiques. Vous êtes plutôt team expérience fugace ou team pérenne ?
Ce qui pourrait vous freiner
Bien qu’excellent, Alibi n’est pas non plus exempt de défauts. Voici rapidement les principaux écueils à anticiper avant de vous lancer.
Tout d’abord, ne vous attendez pas à une enquête qui repose uniquement sur l’observation et la déduction, comme la plupart / tous les jeux d’enquête. Ici, exit la logique implacable ou le raisonnement scientifique. Place à l’art du bluff, aux demi-vérités et aux secrets de polichinelle. Bref, du challenge social avant tout !
Ensuite, le jeu pâtit de quelques freins ergonomiques au niveau de ses règles. Sans être foncièrement complexe, mieux vaut néanmoins bien assimiler certains concepts (tours, secret à révéler, ou pas, question, votes, révélations) sous peine de flottements durant la partie.
D’un point de vue matériel, les illustrations façon roman photo respirent le kitsch assumé. Si le style cartoon vous laisse de marbre, passez votre tour. Idem pour le côté très années néon 80s (de la boîte, déjà).
Enfin, condition sine qua none : il vous FAUT un groupe sur la même longueur d’onde et prêt à improviser, à rentrer dans les personnages. Les cartes de tour sont suffisamment riches et denses, mais mieux les vivre, les interpréter, les… incarner. Sinon la partie risque d’être… plate. Lors de l’une de nos parties, l’une de nous n’étaient pas confortable à incarner son perso. Elle a passé toute sa partie à nous lire sa carte, froidement, alors que tous les autres étaient vraiment dans la peau de leur personnage.
Je dois être honnête, cela a un peu plombé la partie, la soirée. Avec Alibi, je conseillerai : Timides, cartésiens et cartésiennes s’abstenir !
Le jeu l’indique bien : on a plus affaire ici à une Murder party qu’un « simple » jeu de société d’enquête. L’intérêt réside moins dans la mécanique de déduction que dans l’interprétation collective et les discussions enflammées. Si votre bande préfère les ambiances feutrées à la Sherlock Holmes Détective Conseil et consorts, ce n’est probablement pas le jeu qu’il vous faut.
L’illusion du choix
Autre déception de taille avec Alibi : ses variantes à 4 ou 6 joueurs qui s’avèrent bien fades, il faut le relever.
De prime abord, on apprécie la flexibilité apparente du jeu sur ce point. Jouable seul entre amis ? En famille ? Avec les collègues ? Que nenni !
Las, à y regarder de plus près, ces configurations altérées tiennent plus du cache-misère qu’autre chose comparé à l’expérience optimale à 5 êtres de chair et d’os.
À 4, il faut se coltiner les interventions automatisées d’un bot web aux réparties limitées. De quoi singulièrement refroidir ambiance et immersion.
À l’inverse, à 6, un joueur ou une joueuse endosse le rôle du détective en chef, recentrant les débats autour de ses interventions, en utilisant un deck à part, supplémentaire, qu’on n’utilise pas à moins. Là encore, rien de bien palpitant, la dynamique de groupe s’en trouve amoindrie.
Bref, vous l’aurez compris, ne vous fiez pas à ce pseudo-choix du mode de jeu. Dans les faits, seule la configuration à 5 offre des parties endiablées. En dehors, gare à l’eau tiède…
Voilà donc une promesse alléchante au départ, mais qui retombe comme un soufflé une fois confrontée au terrain. Dommage… Encore une fois, est-ce que le nombre de joueurs et de joueuses indiqué sur la boîte est fiable ? Pour Alibi, le verdict est clair. Pour nous, c’est un gros NON ! Autrement dit, si vous n’êtes pas 5, oubliez d’y jouer !
Alibi : Le bluff, ou l’art de se ridiculiser
J’ai beau retourner le problème dans tous les sens, une faille béante vient sérieusement plomber l’expérience Alibi : l’impossible pratique du bluff. Un comble pour un jeu de… bluff. Je m’explique.
Soyons clairs, avec le maigre background initial dont on dispose sur notre propre suspect, autant dire qu’on part avec un sacré handicap pour baratiner allègrement.
Bien sûr, nos cartes de tours détaillent nos petits secrets inavouables et relations glauques. Le tout s’égraine, tour après tour. Mais globalement, ces maigres infos sont ridicules face à la masse de détails que les autres joueurs possèdent sur nous !
Du coup, à la moindre question pointant sur notre passé qu’eux connaissent (mais pas vous !), c’est le drame : impossible de broder puisqu’on ignore nous-mêmes ces aspects de notre vie ! Que faire, alors ?
Ne reste alors plus que la fuite en avant dans des réponses évasives pathétiques, ou l’humiliante confession : « Navré, mais je n’en ai absolument aucune idée! ». Autant dire qu’on atteint des sommets dans le nawak…
Certes, les règles stipulent qu’à défaut d’infos, nous pouvons improviser des réponses soi-disant « plausibles ». Créative, c’est le mot. Encore faudrait-il oser mentir avec aplomb devant ses potes, sachant pertinemment qu’on sera démasqué ! Parce qu’on n’en sait strictement rien !
Bref, vous l’aurez saisi, avec la pratique du bluff qui vire au fiasco, c’est tout l’aspect immersif du jeu qui s’effondre comme un château de cartes. On aimera, ou pas.
Une aberration majeure quand on connaît l’insistance du jeu sur la dissimulation et les faux-semblants… Franchement, on frise le sabotage involontaire tellement c’est grossier ! On finit par improviser n’importe quoi, et 1-2 tours plus tard, on apprend la vraie vérité, et patatras. Et on se fait forcément accuser de menteuse ou de menteur. Le tout devient très, très maladroit, bancal, et relou !
Alors certes, ce défaut ne ruine pas à lui seul toute la partie. Mais de quoi sérieusement vous gâcher une soirée si certains et certaines s’acharnent à vous cuisiner (coucou le 3e scénario) ainsi sur votre personnage. Parfois vous connaissez la réponse (et tentez de la cacher, de louvoyer, de bluffer), et parfois, tout simplement pas (encore).
Si c’est pour passer passer la partie à « simplement admettre que vous êtes dans l’incapacité d’y répondre », comme le stipulent les règles, c’est vraiment relou. Difficile/impossible de bluffer. Encore une fois, un comble pour un jeu de… bluff ! Bref, voilà un sacré coup de massue qui fait tache pour le reste.
Mais pour être transparente avec vous, certaines personnes à la table n’ont pas du tout été dérangées par cet aspect. Alors que d’autres (comme moi), le furent énormément ! Au point de vouloir tout simplement arrêter de jouer, ne voyant aucun intérêt à poursuivre la partie/torture.
Alibi, verdict
Que penser de ce petit OVNI ludique ? Est-il à la hauteur de sa promesse initiale de jeu d’enquête, de Murder party, de bluff et de social/party game ?
Son principe du « coupable mystère », son aspect immersif exacerbé et ses retournements de situations constants en font l’archétype même du jeu d’ambiance à sortir entre potes.
Car oui, à n’en point douter, Alibi est bien l’un de ces petits bijoux ludiques au potentiel redoutable. Dès que la mécanique de jeu s’enclenche, le jeu part dans tous les sens !
Ses scénarios finement ciselés, son principe du « coupable mystère », ses retournements de situation en série… Tout concourt à des parties mémorables qui marquent les esprits. Le genre de souvenirs épiques que l’on se repasse en boucle des années après !
Ceci dit, attention à ne pas vous leurrer. Derrière son vernis ludique se cachent quelques pièges retors prêts à vous faire déchanter. Ne vous attendez surtout pas à une enquête cérébrale digne de Sherlock Holmes ! Ici, la réflexion pure est secondaire, l’accent est mis sur l’interprétation et la manipulation.
De même, certains aspects ergonomiques perfectibles viennent quelque peu ternir le tableau global. Règles pas toujours limpides, configurations de joueurs et de joueuses restrictives, pratique du bluff laborieuse… Alibi n’est certes pas exempt de défauts.
Bref, si vous êtes prêts à fermer les yeux sur ces quelques scories, ne fuyez pas l’investissement initial, et disposez d’un groupe de choc sur la même longueur d’onde, alors seulement Alibi déploiera ses ailes pour un envol mémorable ! Ou pas, si vous êtes, comme moi, sceptique sur la mécanique bancale de bluff.
Dans ce cas, mieux vaut prendre vos jambes à votre cou et filer loin de cette expérience qui risquerait de tourner court. À vous désormais de faire votre choix en âme et conscience. La balle est dans votre camp !
Difficile de mettre une évaluation finale, tant le jeu divise. Certaines personnes se sont bien éclatées, d’autres pas, mais alors pas du tout ! Un jeu (très) clivant. Avec les points positifs et négatifs soulevés dans l’article, je suggérerais une note de 3/5 pour Alibi.
Alibi est indéniablement une expérience immersive et sociale mémorable, qui peut provoquer des soirées explosives en bonne compagnie. Son concept de « coupable mystère » et ses rebondissements constants lui confèrent un fort potentiel ludique.
Néanmoins, le jeu pâtit de plusieurs lacunes non négligeables : règles pas assez claires, configurations de joueurs limitées, pratique laborieuse du bluff. Autant d’éléments qui viennent significativement impacter le plaisir de jeu global.
Pour finir, Alibi séduira avant tout les amateurs de simulations théâtrales et de manipulations psychosociales. Les fans d’enquêtes logiques et cérébrales passeront leur chemin. D’où une note mitigée mais honorable de 3/5, reflet de ce tableau contrasté.
Alibi reste une expérience marquante… à condition de bien calibrer ses attentes !
- Date de sortie : Septembre 2023
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 5 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 5 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- Ecoscore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Création : Antonello Lotronto
- Illustrations : Emanuele Desiati, Martin Mottet, Alessandro Manzella
- Édition : Da Vinci
- Nombre de joueurs et joueuses : 4 à 6 (tourne mieux/uniquement à 5)
- Âge conseillé : Dès 14 ans (bonne estimation)
- Durée : 45-60 minutes
- Thème : Polar
- Mécaniques principales : Bluff, ambiance, enquête. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Article écrit par Andariel, chroniqueuse et rôliste (JDR, GN) queer qui se consacre au jeux de rôle, aux jeux narratifs et aux sujets LGBTQ+. Elle s’implique pour valoriser la présence des personnes marginalisées dans l’industrie du jeu.



