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Notre gros coup de cœur : Museum Suspects

Museum Suspects est un jeu familial de déduction de l’auteur australien Phil Walker-Harding. Gros, gros coup de cœur de la rédaction !


Museum Suspects

Il y a, comme ça, des années à. Des années de. Rappelez-vous, en 2018 le nom de Wolfgang Warsch revenait très souvent dans le milieu du jeu. The Mind, Très Futé, Les Charlatans de Belcastel, de nombreux blockbusters du même auteur autrichien sont sortis en même temps. En 2022, c’est le nom de l’auteur australien Phil Walker-Harding qui résonne très souvent. Et c’est mérité. La preuve aujourd’hui avec son tout nouveau jeu, Museum Suspects.

Phil Walker-Harding, on vous en a déjà beaucoup parlé ces dernières semaines, ces derniers mois. Il vient tout juste de lancer sa propre maison d’édition avec son épouse. Une maison d’édition de jeux à la fibre écologique. Mais également, cette année, l’auteur sort coup sur coup des gros, gros cartons : Sushi Go ! Party, chez Cocktail Games, une grosse boîte bourrée de variantes pour (re) découvrir son excellent jeu de draft sorti en 2013.

Mais également, Platypus chez Matagot, un jeu coopératif de déduction de mots extrêmement subtil. Et puis aussi Fjords, chez Grail Games, qui vient également tout juste de sortir, un jeu de placement de tuiles en collaboration avec Franz-Benno Delonge. Et, last but not least, enfin, le gros, gros carton Super Mega Lucky Box qui va sortir dans quelques mois en VF chez Cocktail Games et dont nous vous avons déjà parlé.

Aujourd’hui, nous allons chroniquer un autre de ses jeux sorti il y a quelques jours à peine, Museum Suspects, chez Blue Orange Games.

Museum Suspects, de quoi ça parle

Tout est dans le titre. Des animaux, anthropomorphes, sont entrés dans un musée et l’ont cambriolé. La police est arrivée et a bouclé le musée. Le ou les responsables sont, peut-être, encore à l’intérieur. Votre but ? Le ou les retrouver. À moins qu’ils aient eu le temps de quitter les lieux avant l’arrivée de la police ?

Museum Suspects est un pur jeu de déduction à la Qui est-ce. Ou plutôt, inversé. Tout au long de la partie, vous allez récolter des indices non pas pour trouver les suspects, mais pour éliminer les innocents.

On commence par placer sur la table toute une ribambelle de personnages chafouins en matrice. Des animaux anthropomorphes aux caractéristiques spécifiques et parfois communs pour certains attributs : écouteurs, casquette, lézard, même décor, etc.

Tout autour de ce plateau, unique à chaque partie, on en parlera plus loin, on dispose tout un parterre de cartes cachée avec un indice, un attribut à éliminer. Pas ce décor-ci, pas cet animal-là, pas cet accessoire, voire pas à cet emplacement sur le plateau.

Plus la partie avance et plus on élimine des innocents pour peu à peu resserrer ses soupçons grâce au faisceau d’indices récoltés. Un Qui est-ce inversé, donc. Tout le monde dispose d’un petit carnet sur lequel on biffe, en secret, les animaux innocentés.

Jusque-là, rien d’original

Museum Suspects, c’est donc un gros mélange entre le Cluedo et le Qui est-ce. Oui. Soit. Peut-être. Certes. Mais en bas bruit, d’autres mécaniques, subtiles, viennent saupoudrer et épicer le jeu.

Les indices

À son tour, on doit prendre l’une des cartes indice cachée, l’observer, puis la reposer. Enfin, on doit y placer l’un de ses jetons allant de 1 à 6. Les autres, à la table, pourront ensuite également se saisir du même indice plus tard dans la partie. En y plaçant l’un de ses jeton égal ou supérieur. Si on veut donc coincer les autres, on y place un 6. Mais pas seulement. Une mécanique qui rajoute un soupçon d’enchères.

On peut également bluffer, et placer un 1 pour « indiquer » aux autres que l’indice est tout moisi. Ou leur faire croire que c’est le cas…

Les déductions

Une fois avoir retourné un indice en secret, on doit alors placer l’un de ses jetons sur l’un des 16 animaux présents dans le musée, sur la matrice. Ou sur un 17e emplacement, on en parlera plus tard. Ce jeton reste toutefois caché. On n’en montre pas la valeur, allant de 1 à 6.

Ainsi, on donne une modeste indication aux autres. Je pense que c’est lui. Oui. Soit. Peut-être. Certes. Mais en réalité, on peut très bien avoir posé un jeton « 1 » pour faire croire qu’on est sur la bonne piste et pousser les autres à l’erreur. Du bluff, encore une fois.

Et plus la partie avance, plus le faisceau d’indice se précise et plus on sera beaucoup à (re)parier sur les mêmes suspects.

Les jetons

Comme vous l’avez lu dans les deux chapitres précédents, les jetons servent autant à « payer » les indices qu’à placer ses déductions, ses paris. Et en toute fin de partie, après n’avoir joué que six manches, c’est court, et c’est bien ainsi, on révèle tous les indices et on élimine les personnages innocentés. Enfin, tous les responsables, il peut y en a voir un ou plusieurs, rapportent autant de points que la valeur de ses jetons posés, plus 1 point par jeton de toute façon.

Si on « flingue » ses jetons à haute valeur pour quelque peu « bloquer » les autres pour les indices, on se « flingue » également la possibilité de marquer plus de points. Quels jetons poser, pour indiquer quoi, pour bloquer qui, et pour garder lequel. De quoi générer des mini-tempêtes de cerveau et entraîner des choix, cruciaux, cruels, captivants.

La rejouabilité

La rejouabilité est l’un des piliers fondamental du jeu de société. Peut-on re-re-re-re-re-rejouer au même jeu sans que les parties ne se ressemblent ? Sans qu’on s’en lasse ? À ces deux questions, Museum Suspects répond par oui, puis non.

Comme on retire certains animaux avant de placer les 16, la matrice, les possibilités seront à chaque fois différentes. Et comme le placement des 16 animaux est également différent à chaque fois, les parties ne seront forcément jamais les mêmes. Tout est généré, placé au hasard.

C’est pour cette raison que selon le placement initial et les indices présents, il peut y avoir entre un et plusieurs suspects. Voire aucun !

En effet, selon les indices, la probabilité, certes faible, peut impliquer qu’aucun animal présent ne remplisse les conditions. Si tout est éliminé, que faire ? C’est là que Museum Suspects introduit une mécanique savoureuse : on peut également parier sur… rien. Un 17e emplacement. En vrai, sur la sortie du musée. On indique alors que le ou les suspects ont pris la poudre d’escampette (j’adore cette expression !). Et si le pari est avéré, on remporte autant de points que ses jetons.

Mais au fond, c’est quoi, la déduction ?

Museum Suspects est un pur jeu de déduction. De quoi nous pousser à nous demander ce qu’est la déduction. En vrai, elle est une opération par laquelle on établit, au moyen de prémisses, une conclusion qui en est la conséquence nécessaire, en vertu de règles d’inférence logiques.

Pour faire « simple », la déduction est une inférence menant d’une affirmation générale à une conclusion particulière. Une inférence étant un mouvement de la pensée allant des principes à la conclusion. C’est une opération qui permet de passer d’une ou plusieurs assertions, des énoncés ou propositions affirmés comme vrais, appelés prémisses, à une nouvelle assertion qui en est la conclusion.

On distingue les inférences immédiates des inférences médiates telles que déductives, inductives et abductives. Pour ce dernier, moins connu, comme nous l’apprend Wikipédia, l’abduction, du latin « abductio » : emmener, est un type de raisonnement consistant à inférer des causes probables à un fait observé.

Autrement dit, il s’agit d’établir une cause la plus vraisemblable à un fait constaté et d’affirmer, à titre d’hypothèse, que le fait en question résulte probablement de cette cause. Par exemple, en médecine, l’abduction est utilisée pour faire des diagnostics.

Mais ce qui nous intéresse, ici et aujourd’hui avec Museum Suspects, ce sont ces inférences déductives. Ou, autrement dit, ce qu’on appelle la… déduction.

À noter toutefois qu’on oppose souvent la déduction à l’induction. Cette dernière consiste au contraire à extraire d’un nombre fini de propositions données par l’observation, une conclusion ou un petit nombre de conclusions plus générales.

Pour faire simple, la déduction est la capacité mentale à associer divers éléments pour arriver à une solution. La déduction est un processus mental actif, délibéré. Au contraire de l’intuition, qui est une forme de déduction opérant à un niveau plus discret.

👉 À lire également : Comment l’intuition nous aide dans les jeux de société, et comment mieux l’utiliser.

Museum Suspects, verdict

Pas besoin de s’étendre plus que cela. Museum Suspect est notre gros, gros coup de cœur de ce printemps 2022. Un jeu subtil, savoureux, taquin, malin. Beaucoup plus qu’il en a l’air.

Mais Museum Suspects n’est, malheureusement, pas exempt des mini-micro-nano défauts. Et encore, le terme de défauts est peut-être exagéré. Disons des… imperfections ? Des ennuis ? Des ombres au tableau (de musée) ?

Ombres au tableau

Museum Suspects et publics

L’une des premières questions que tout auteur, éditeur, distributeur, vendeur de boutique doit se poser sur un jeu est de déterminer, cerner le ou les publics à qui le jeu est destiné : familial, enfant, ambiance, débutant, expert ? Ce qu’on appelle la segmentation. Plus un jeu est… segmenté, et plus il sera facile à écouler, car les publics cibles pourront s’en emparer.

Mais pour vendre plus, il faut également savoir, pouvoir toucher le plus grand public, les plus grands publics possibles ! C’est tout le dilemme. Cibler serré, ou ratisser large ?

Souvent, en voulant toucher un plus grand public, certains jeux ratent le grand écart en voulant toucher le plus de monde. C’est le fameux et désastreux « ni trop, ni trop peu ». Qui trop embrasse (de publics), mal étreint. Ce n’est pas vraiment le cas de Museum Suspects. Ou si. Mais en réalité, c’est tout le contraire !

Hasard des coïncidences des calendriers, hier, nous vous parlions de Sylve, un autre jeu aux visuels quelque peu… enfantins. Pour un jeu beaucoup plus ample qu’il n’en a l’air. L’habit, le moine, tout ça. Ou en anglais « don’t judge a book by its cover ».

Comme dans Sylve, Museum Suspects place des animaux, chafouins, anthropomorphes à la Détective Charlie, par ailleurs un autre excellent jeu de déduction et d’enquête. Ce thème, cocasse, est clairement destiné à un public familial-enfant. Et ça fonctionne !

Nos enfants et tous leurs copains qui ont découvert le jeu ont a-do-ré ! Simple, fluide, malin, aux visuels drôles et attrayants, Museum Suspects a terriblement fonctionné auprès des plus jeunes.

Oui. Soit. Peut-être. Certes. Mais en réalité, Museum Suspects fonctionne également pour des publics adultes plus exigeants. Pourquoi ? Parce que toutes ces mécaniques de bluff, d’enchères et de pari sont beaucoup plus profonds, délicats et passionnants qu’ils n’en ont l’air.

L’éditeur, Blue Orange, habitué à des jeux familiaux, a dû cibler le jeu. Avec ce thème, ces visuels, il l’a aussitôt « enfermé » pour un public cible spécifique. Et c’est bien dommage ! Mettez un thème plus… mûr, comme des espions infiltrés, ou des voleurs dans un univers méd-fan sombre, ou des cultistes dans un univers Cthulhu, ou une adaptation de films, de séries, et vous obtenez un jeu qui va plaire à un tout autre public. Et le jeu passera très, très bien (aussi).

Il y a de fortes probabilités qu’avec un tel thème et de telles illustrations, de nombreux publics plus matures se détournent du jeu. Alors que Museum Suspects mérite amplement qu’on s’y intéresse et qu’on y joue, quel que soit son âge, son « niveau » ludique (pour autant que ça se… quantifie ?).

Les daltoniens dans Museum Suspects

Museum Suspects souffre d’un autre petit écueil. Les jetons 2×6 individuels sont de couleur différentes pour qu’on puisse déterminer qui les a placés. Et ainsi avoir une petite idée de qui sait quoi sur qui et où. Tout un programme.

Mais deux couleurs individuelles sont très, très proches. Le bleu et le vert. Cela peut paraître un détail, certes. Mais quand, comme moi, on est daltonien, à l’œil, sur le plateau, on a de la peine à différencier ces deux couleurs, aux tons vraiment très, trop proches. Il « suffit » de prendre les jetons en main pour les comparer, les différencier. Mais c’est peu ergonomique.

Piqûre de rappel (vivement la 17e dose cet automne…) (re)parlons un peu de daltonisme.

Les Daltons

C’est en observant un géranium à la lumière d’une chandelle que le chimiste anglais John Dalton eut le sentiment qu’il ne percevait pas correctement les couleurs. C’est ainsi que fut identifié dès la fin du 18e siècle l’anomalie de perception des couleurs nommées daltonisme.

Il existe plusieurs formes de daltonisme, la plus fréquente étant la confusion du vert et du rouge. Les autres formes de daltonisme sont nettement plus rares, comme la confusion du bleu et du jaune, la plus rare de toutes étant la déficience totale de la perception des couleurs, que l’on appelle alors l’achromatopsie (+1’000 au Scrabble), où le sujet ne perçoit que des nuances de gris.

Source : Wikipedia

C’est une maladie qui est bien connue, surtout des hommes, puisqu’elle touche essentiellement la gent masculine. Comme moi. Selon les populations, 5 à 8 pour 100 des hommes en sont atteints, alors les femmes sont presque épargnées, seules 0,1 pour 1’000 sont daltoniennes. Et tenez-vous bien, « l’injustice » continue, puisque ce sont surtout les femmes qui transmettent l’anomalie, portée par le chromosome X.

Les femmes qui sont porteuses, dites saines, ont généralement un X normal et un X anormal. Comme le X normal compense le X anormal, et bien elles n’expriment rien du tout, mais elles transmettent. Et comme il manque aux hommes un X, le Y du gène masculin, lui, ne parvient pas à contrer le X anormal. Vous n’avez rien compris ? C’est normal, nous non plus.

Dis papa, c’est quoi cette bouteille de lait ?

Est-ce qu’un père daltonien peut transmettre le daltonisme à son fils ? Oui, mais non. Le daltonisme est héréditaire, en quelque sorte. Le père peut transmettre la mutation à sa fille mais pas le daltonisme. La fille daltonienne doit recevoir la mutation de sa mère et de son père. Les gènes mutés responsables des formes les plus fréquentes de daltonisme se trouvent sur le chromosome sexuel X, mais pas sur le Y.

Un homme daltonien produit des spermatozoïdes contenant le chromosome sexuel X, porteur de la ou les mutations, et des spermatozoïdes avec le chromosome sexuel Y. Ses filles hériteront du chromosome sexuel X, tandis que ses fils hériteront du chromosome sexuel Y. Un père daltonien transmettra donc la, ou les mutations à ses filles, mais pas à ses fils. La probabilité de recevoir un X muté est plus élevée que de recevoir deux X mutés. Ceci explique la différence homme/femme.

Il existe toutefois une exception. Certaines formes de daltonisme, très rares, appelées tritanopie ou tritanomalie, proviennent de mutations d’un gène situé sur le chromosome 7. Un fils ou une fille peut manifester ce type de daltonisme, mais seulement s’il ou elle a reçu le gène muté de ses deux parents. Et cette transmission liée au sexe permet de comprendre pourquoi les hommes ne transmettent jamais leur daltonisme à leur fils, puisqu’ils ne leur donnent que le chromosome Y.

(merci à AlexZim, mon collègue prof biologiste, pour la vérification scientifique).

Des cônes qui déconnent

Si vous regardez la rétine de votre œil avec un microscope, vous trouverez deux types de cellules. Il y a des cellules en bâtonnets, qui peuvent voir des images en noir et blanc, et il y a des cellules en cône, qui peuvent voir différentes couleurs.

Source : Wikipedia

Il existe en fait trois types de cellules coniques qui sont sensibles à trois couleurs de lumière différentes. Certaines personnes sont nées sans aucun code fonctionnel. Dans les cellules, ces personnes sont complètement daltoniennes. Tout ce qu’ils peuvent voir sont des images en noir et blanc comme un… film en noir et blanc.

Cette condition est très rare. Le problème génétique qui provoque un daltonisme rouge et vert est, comme vu plus haut, beaucoup plus fréquent. Dans ce cas, les cônes qui détectent la couleur verte ne fonctionnent pas correctement. Ou encore, les cônes qui détectent la couleur rouge ne fonctionnent pas correctement. Les couleurs rouge et vert semblent très similaires, et la couleur pourpre semble bleuâtre.

La plupart des hommes, blancs, sont affectés par cette dernière anomalie. Les femmes peuvent également être affectées par le daltonisme rouge et vert, mais cela est moins fréquent car le gène endommagé est situé sur le chromosome X, bien sûr (je dis « bien sûr », pour faire le mec malin. Mais en réalité, je suis en train de copier la page Wikipedia sur la rétine).

Jeux de société et daltonisme

On estime que plus de 300 millions de personnes dans le monde vivant avec une forme ou une autre de daltonisme. Il existe différentes formes, de la deutéranomalie et de la protanomalie les plus courantes, communément appelées daltonisme rouge-vert, à la tritanomalie, ce qui rend les nuances de bleu moins distinguables.

Le daltonisme est un problème prégnant et persistant dans les jeux de société. Comme nous le savons, la couleur constitue une énorme partie de la mécanique des jeux de société. Il est toutefois rare de trouver aujourd’hui sur le marché un jeu récent qui soit inaccessible pour les personnes daltoniennes. Même si ici dans Museum Suspects, ça frotte.

Le problème dans les jeux de société provient bien sûr de la colorimétrie, et des éléments à retrouver, récupérer, gérer. Selon l’anomalie rétinienne et génétique, comme vue plus haut, le daltonisme, et son degré, pourraient empêcher de profiter du jeu de manière fluide et complète. Identification, reconnaissance, manipulation, si le matériel du jeu repose beaucoup, trop, sur les couleurs, cela peut devenir une difficulté, voire un handicap pour les gens qui souffrent de cette condition.

Si nous voulons que les joueurs daltoniens apprécient les jeux, c’est aux auteurs et aux éditeurs de s’assurer qu’ils sont accessibles. Dans les jeux de société, les adaptations courantes incluent le marquage des composants du jeu de société afin de faciliter l’identification personnes daltoniennes, i.e. rajouter des symboles pour signifier des différences. Et d’autres aménagements.

Ce qui manque un peu ici dans Museum Suspects avec le bleu et le vert, à la colorimétrie encore une fois très, trop proche. Mais ce n’est pas rédhibitoire. On peut très bien y jouer. Ce n’est pas un handicap, mais c’est fâcheux.

👉 À lire également Jeux de société et daltonisme. En voir de toutes les couleurs.

Museum Suspects, l’argument écologique

Vous nous connaissez sur Gus&Co. Nous parlons souvent d’écologie. Nous avons par ailleurs créé l’EcoScore. Et nous relayons souvent les initiatives écologiques des éditeurs de jeux.

Museum Suspects se propose, nous propose de planter un arbre pour compenser notre achat. C’est topissime !

Vraiment ?

Alors certes, le jeu est tout en papier et carton. Il n’y a pas un seul élément en plastique dans la boîte. Même les fameux ziplocks sont remplacés par des sachets en papier. Une pratique que l’on retrouve de plus en plus dans les jeux. Kudos, Blue Orange.

Oui. Soit. Peut-être. Certes. Mais en réalité, le jeu est fabriqué en… Chine. Si tout n’est fait qu’en papier et carton, pourquoi ne pas l’avoir fait produire en Europe ? Surtout connaissant la fibre écologique de l’auteur.

Un arbre planté pour un jeu acheté. Greenwashing ou solution ? Un jeu, un arbre, et la planète est sauvée.

Vraiment ?

Minute, papillon !

Une entreprise, comme ici l’éditeur de jeux Blue Orange, même si elle est censée dégager un certain chiffre d’affaires pour poursuivre ses activités, peut quand même avoir un programme en RSE.

RSE, pour « responsabilité sociale d’entreprise ». Un terme de bobo branchouille qui signifie : « oui je fais de la thune, mais je me soucie quand même de mes employés et de la planète. »

👉 À lire également : Quand Asmodée se lance dans la RSE. Parce que bien sûr.

Autrement dit, oui, oui, on peut faire de l’argent, mais au passage, on peut quand même faire attention à son impact environnemental.

Le calcul est simple. Un arbre coupé qui a atteint sa maturité peut produire jusqu’à 45kg de papier et de carton. 45kg. Reste à savoir ce que ça représente pour un jeu.

Des chiffres et des arbres

Prenons l’exemple concret de Museum Suspects. Un jeu produit en Chine, encore une fois. Le jeu contient :

  • 24 tuiles Suspect
  • 1 tuile Sortie de secours
  • 32 cartes Indice (8 types d’indices en 8 couleurs, avec 4 critères par type)
  • 48 jetons Enquête (4 couleurs, 12 jetons par couleur)
  • 4 jetons Enquêteur (A, B, C, D)
  • 4 carnets
  • 4 crayons
  • Une boîte de 20x20x4 cm

1 000 Museum Suspects représentent environ 13 arbres. Facile à calculer, puisque le jeu, entièrement fabriqué en papier et carton, pèse 618 grammes. Donc pour produire 1 000 boîtes, il aura fallu abattre 13 arbres.

Un arbre coupé = un arbre planté. Est-ce que c’est l’éditeur lui-même qui va planter un arbre dans son jardin ? Pas vraiment, non. C’est une entreprise, qui va s’en occuper, moyennement un chèque au passage.

Sur une note plus dramatique, planter des arbres pour des jeux achetés, et se racheter une bonne conscience écolo au passage, c’est quand même bien peu au vu de la consommation mondiale. Selon l’UNEP, 2 000 arbres sont coupés chaque minute dans le monde.

Un arbre coupé = un arbre planté. Du Greenwashing ?

Achetez un jeu, sauvez la planète

Moteurs de recherche, compagnies aériennes, marque d’habits, de café, entreprises… pétrolières, sites de films X comme Pornhub (si si), éditeurs de jeux comme ici avec Blue Orange, ces sociétés sont de plus en plus nombreuses et diversifiées à nous proposer de planter des arbres contre un achat. Je suis quasi sûr que vous en avez au moins une en tête.

Ce marketing a explosé ces dernières années. Aujourd’hui, en 2022, avec l’urgence écologique que nous traversons, il y a de plus en plus d’entreprises qui proposent un concept similaire.

Je me suis alors demandé si tout ce marketing ne jouerait (c’est le cas de le dire) pas trop avec notre conscience écologique. Peut-on vraiment sauver des forêts, et la planète avec, en achetant un jeu ?

Concept simple pour problème compliqué

Quelle est la stratégie marketing de ces entreprises, ces éditeurs de jeux de société qui proposent de planter des arbres suite à des achats ?

Soyons lucides. Il s’agit en réalité plus d’un argument de vente qu’une réelle stratégie. On cherche ici à déculpabiliser les consommatrices et consommateurs, nous, pour nous donner bonne conscience.

On achète un produit, un truc, un bidule, un jeu, on admet qu’il soit peut-être bourré de figurines en plastique et produit en Chine, à l’EcoScore calamiteux, mais quelque part, on s’en fiche ! On va planter un arbre, et tout va bien. Un protocole qui permet de compenser l’achat.

Un arbre pour un jeu, ou pour tout autre produit, consiste en un message très simple, très percutant. C’est beaucoup plus vendeur que de dire, par exemple, qu’on va verser 5 000 euros à une association qui va planter des arbres. Un arbre pour un jeu, c’est très clair. On lie l’acte d’achat avec une action simple, encore une fois, que l’on peut se représenter.

L’arbre qui cache la forêt

Les arbres rassemblent tout le monde ! Qui peut s’opposer à la reforestation ? Personne. La déforestation, peut-être. La reforestation, non.

Les arbres, c’est positif. C’est la végétation, c’est vert, c’est le poumon de la planète, c’est de l’écologie positive.

Avec une telle initiative, un arbre, un jeu, on nous dit : « vous pouvez contribuer de manière très positive à l’urgence écologique », plutôt que de nous dire : « il ne faudrait pas acheter telle ou telle chose, tel ou tel jeu. »

“The future is fine. Just keep shopping.”

Paolo Bacigalupi

Personne n’aime entendre qu’il faut arrêter de consommer, ou qu’il faut consommer moins, ou qu’il faut changer nos habitudes. On aime assez peu qu’on nous dise quoi faire, comment vivre.

Là, avec ce concept, on nous donne un message plutôt positif en nous disant qu’avec une action très simple, en achetant un produit, on fait une bonne action.

On nage ici dans une pure logique de déculpabilisation de la consommation.

N’achetez pas moins, continuez d’acheter. Tout va bien, on a la solution ! Ça s’appelle… un arbre. C’est une manière d’attirer la clientèle, en lui signifiant que cette marque, cette société a un comportement vertueux. Acheter chez eux, c’est acheter… responsable.

Plus on est d’arbres, plus on rit

Mais planter des arbres à tout va pour sauver la planète n’est pas forcément la solution. Planter des arbres pour le climat ? Oui, mais pas n’importe comment, ni n’importe où, et encore moins avec n’importe quel arbre.

Car tout dépend encore de quel arbre on parle, on plante. Aujourd’hui, le gros problème, c’est que souvent, et pour aller vite, on plante certaines espèces pour la reforestation. Comme l’eucalyptus dont on parlera plus bas.

Ces espèces, triées sur le volet pour les projets de reforestation, ont l’avantage de pousser très rapidement. Mais elles peuvent se montrer très invasives. Et des parcelles de forêt plantées en monoculture dans le cadre d’un projet de reforestation ne pourront jamais présenter une biodiversité aussi riche.

Au cours d’un processus de reforestation ou de reboisement, des décisions doivent être prises quant aux essences que l’on s’apprête à replanter : natives ou exotiques, polyvalentes ou à croissance rapide, forêts qui se régénèrent naturellement ou non.

L’eucalyptus constitue ici un exemple édifiant et lénifiant. Souvent choisi pour sa croissance éclair et sa rentabilité économique, cet arbre est généralement planté sur des terres où il est totalement exotique et qui ne sont pas aptes à l’accueillir.

Requérant des quantités d’eau considérables, il assèche alors les nappes phréatiques et entre en compétition avec les espèces locales. Pas glop !

En Europe, le remplacement des chênes natifs à larges feuilles par des conifères à croissance rapide a entraîné une augmentation de 10% du couvert forestier sur le continent par rapport à l’ère préindustrielle.

Ces nouveaux arbres absorbent toutefois nettement moins bien le carbone que les espèces originelles. En revanche, ils capturent plus efficacement la chaleur, intensifiant ainsi les effets du réchauffement climatique.

Replanter des arbres à l’aveugle peut donc, de toute évidence, être la source de nouveaux problèmes. Avec ce genre d’initiatives, un produit, un jeu, comme ici pour Museum Suspects, un arbre, on nous vend du rêve. Mais l’enfer peut vite se paver de « bonnes » intentions, si bonnes intentions il y a !

Planter des arbres n’est pas une solution climatique pertinente

Les arbres sont notre « technologie » originale d’élimination du carbone : grâce à la photosynthèse, ils extraient le dioxyde de carbone de l’air et le stockent. Top ! Comme ici dans Museum Suspects, ou ailleurs par d’autres entreprises, on les présente souvent comme les sauveurs du climat. Un moyen de réduire rapidement le dioxyde de carbone qui s’est accumulé dans l’atmosphère.

Une initiative « un milliard d’arbres » a même été lancée en grande pompe lors du Forum économique mondial de Davos en 2020, et c’était l’une des rares solutions climatiques adoptées par l’administration Trump « à l’époque ». La plantation d’arbres et la protection des forêts sont une partie importante des efforts de nombreuses entreprises pour compenser les émissions. Comme ici avec Blue Orange et leur Museum Suspects.

Mais il y a un hic.

Le dioxyde de carbone retiré de l’atmosphère n’est stocké que temporairement dans les arbres. Alors qu’une part importante de nos émissions actuelles restera dans l’atmosphère, une grande partie pendant des siècles et une partie pendant des millénaires à venir. Pas top.

Aujourd’hui, les arbres peuvent éliminer rapidement et à moindre coût le carbone de l’atmosphère. Mais lorsque les entreprises comptent sur eux pour compenser leurs émissions, elles risquent simplement d’appuyer sur le bouton « pause » climatique. Laissant le soin aux générations futures à se dépatouiller avec ces, avec nos émissions.

Parce que oui. « Le carbone est éternel ». Environ 20 % du dioxyde de carbone que nous rejetons aujourd’hui dans l’atmosphère sera encore présent dans des milliers d’années. Cela signifie que pour annuler efficacement les émissions, le carbone que nous retirons de l’atmosphère doit disparaître. Pour de bon.

Il existe un risque réel que, dans un monde qui se réchauffe avec plus d’incendies de forêt, avec des ravageurs qui s’attaquent aux arbres et avec un sol qui s’assèche, le carbone dans les plantations d’arbres pourrait se retrouver dans l’atmosphère plus tôt que prévu, plus tôt que tard.

Pour que le carbone soit définitivement éliminé en plantant des arbres, les forêts devraient rester en place pendant des milliers d’années. En plus de cela, les arbres devraient être plantés sur des terres qui auraient été sans forêt pendant ces mêmes milliers d’années si les arbres n’avaient pas été plantés. Vous voyez le souci.

Les entreprises, ou les éditeurs de jeux, qui utilisent des arbres pour compenser leurs émissions signent souvent un contrat de 40 ans. Mais les entreprises qui vendent et achètent des crédits carbone pourraient ne plus exister dans… 40 ans. Il y a un risque réel que les plantations d’arbres actuelles soient alors abattues pour une quelconque utilisation et développement ou s’enflamment d’ici quelques décennies.

En bref, les délais dans lesquels l’élimination du carbone doit avoir lieu sont fondamentalement incompatibles avec les horizons de planification des entreprises privées d’aujourd’hui.

Il existe une autre option pour éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère. Nos émissions actuelles proviennent principalement de la combustion de combustibles fossiles qui ont passé des millions d’années sous terre avant d’être déterrés. Si nous remettons du carbone dans le sol, le mettons dans les océans ou le transformons en roches, nous pouvons le garder hors de l’atmosphère pendant des dizaines de milliers d’années, contrecarrant efficacement l’impact à long terme de nos émissions actuelles. C’est ce qu’on appelle la séquestration et le stockage du dioxyde de carbone.

Il n’y a qu’une poignée d’installations en Europe et en Amérique du Nord qui procèdent actuellement à l’élimination permanente du carbone. Les technologies sont encore assez chères, avec des prix généralement de l’ordre de centaines de dollars par tonne de carbone éliminée. Mais un nombre croissant de scientifiques s’efforcent de les développer et de réduire les coûts.

Dans le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), les auteurs ont constaté que la société doit réduire rapidement les émissions au cours des prochaines décennies pour éviter des changements potentiellement catastrophiques de notre climat. Cette séquestration, ce captage, cette élimination du dioxyde de carbone déjà présent dans l’atmosphère serait un élément essentiel de la lutte pour la crise climatique. Parallèlement aux réductions rapides des émissions, pour atteindre nos objectifs climatiques.

La quantité de carbone éliminé dépendra en fin de compte de la rapidité et de l’ampleur avec lesquelles nous pourrons réduire les émissions. La plupart des modèles montrent que pour maintenir le réchauffement en dessous de 1,5 degrés Celsius, nous devrons éliminer environ 6 milliards de tonnes de dioxyde de carbone de l’atmosphère chaque année d’ici 2050. Soit… un peu plus que les émissions américaines annuelles actuelles. Au cours des 80 prochaines années, nous devrons peut-être éliminer plus de 600 milliards de tonnes. Soit une quantité supérieure à 15 ans d’émissions mondiales actuelles.

Il est également de plus en plus probable que le monde dépasse 1,5 degrés Celsius. Dans le récent rapport du GIEC, plus de 96 % des scénarios qui limitent le réchauffement à 1,5 degrés Celsius au-dessus des niveaux préindustriels d’ici la fin du siècle le dépassent. Une fois que nous aurons dépassé 1,5 degrés Celsius, même le fait de réduire les émissions à zéro ne « refroidira » pas le monde. C’est le calcul… brutal du changement climatique. Cela signifie que la seule façon de faire baisser les températures mondiales à l’avenir est d’éliminer à grande échelle le dioxyde de carbone de l’atmosphère.

À ce jour, les efforts d’élimination du carbone des entreprises et des gouvernements se sont largement appuyés sur les arbres et le sol. Mais même dans le meilleur des cas, ceux-ci ne peuvent fournir qu’environ la moitié de l’élimination nécessaire. Sachant que nous n’avons qu’une quantité limitée de terres arables disponibles pour planter le nombre d’arbres dont nous avons besoin pour stocker suffisamment de carbone.

Alors que l’élimination du carbone est souvent confondue avec les compensations de carbone, la grande majorité des compensations actuellement vendues paient quelqu’un d’autre pour éviter les émissions plutôt que d’éliminer le dioxyde de carbone de l’atmosphère.

Les marchés de la compensation sont tendance, et parfois tendancieux, de nombreux acteurs jouant avec le système en réclamant des crédits carbone pour des actions qu’ils prévoyaient déjà de prendre, comme la construction d’un projet d’énergie renouvelable ou le fait de ne pas abattre une forêt qu’ils possèdent.

Les suppressions permanentes de carbone, en revanche, sont plus difficiles à gérer. L’élimination permanente du dioxyde de carbone de l’atmosphère a peu de valeur marchande. Il est donc beaucoup plus facile de prouver que l’argent dépensé aboutit réellement à l’élimination. Et le risque de remise en liberté accidentelle est d’un ordre de grandeur inférieur.

L’ampleur de l’élimination permanente du carbone qui sera nécessaire pour atteindre nos objectifs climatiques les plus ambitieux est… stupéfiante, comparée à la petite quantité d’élimination qui a eu lieu à ce jour. Il s’agit ici plutôt de rattrapage. Nous devons agir sur de nombreux fronts climatiques.

Nous devons utiliser cette décennie pour déterminer ce qui fonctionne et ce qui peut évoluer dans les décennies à venir : expérimenter une grande variété d’approches telles que la capture directe de l’air, l’altération améliorée des roches, l’amélioration de l’alcalinité des océans, l’élimination et le stockage du carbone de la biomasse et la biomasse océanique. Entre autres.

Pour lutter contre le changement climatique, nous devons réduire les émissions le plus rapidement possible. Mais nous devons également investir dans la réduction du coût des technologies pour éliminer à l’avenir des milliards de tonnes de dioxyde de carbone de l’atmosphère. Les arbres et le sol ne sont pas une panacée pour éliminer le carbone.

Alors que les gouvernements devraient être encouragés à augmenter la quantité de carbone stockée dans les arbres, les plantes et le sol, nous devons être sceptiques quant aux affirmations qui reposent sur des absorptions temporaires pour justifier des émissions supplémentaires « pour toujours ».

Greenwashing et Ecoblanchiment sont sur un bateau

Depuis plus d’une dizaine d’années, on entend beaucoup le terme de Greenwashing. À partir de quand peut-on parler de Greenwashing ?

Le Greenwashing, c’est donner l’illusion au consommateur et consommatrice qu’il ou elle achète un produit vert ou un produit écologique alors qu’en fait, le produit n’est pas si écologique que ça.

Il s’agit donc d’une forme de manipulation de la clientèle. Et non, on ne peut pas ici parler de marketing vert. Le marketing est la mise en valeur des produits et des services.

Alors que dans le cas du Greenwashing, on est sur de la manipulation. Nuance ! On va dire d’un produit qu’il est vert, qu’il est durable. Mais en réalité, ces allégations ne sont pas vérifiables.

La technique générique du Greenwaching consiste à focaliser la communication sur un élément en particulier. Par exemple, un emballage en carton au lieu d’un emballage en plastique. Ou un SUV électrique, ou encore peut-être quelques articles bio dans une gamme qui n’est pas du tout bio.

« On veut pouvoir dire pardon et soulager son esprit »

Tryo

Le problème, c’est qu’il devient très complexe de trier le bon grain (bio) de l’ivraie. Comment reconnaître le marketing honnête, vert, du pur Greenwashing bateau ? Comme pour beaucoup de choses, c’est souvent aux consommatrices et consommateurs, nous, de s’informer.

On verra quand même assez rapidement s’il s’agit d’une marque transparente, si elle communique des informations peut-être déjà sur l’emballage des produits, si elle donne des informations accessibles, sur son site web ou ailleurs.

Mais très souvent, c’est à nous d’aller chercher ces informations et de se faire son propre avis. Le cas ici avec ce label balancé de nulle part sur la boîte de Museum Suspects.

Un jeu, un arbre. Eco-enfumage ?

Difficile d’être convaincu par l’honnêteté des marques, des éditeurs qui se targuent de mettre une telle initiative en place.

Est-on plus responsable si on achète un jeu parce que son achat sera compensé par la plantation d’un arbre ? Le risque inhérent d’une telle démarche, c’est l’illusion qu’elle donne au consommateur et consommatrice qu’il ou elle fait un acte responsable pour la nature.

On est plutôt ici sur une sorte de gadget incitatif. Planter un arbre ne va peut-être même pas compenser les émissions carbone de la livraison du produit au domicile ! D’autant que Museum Suspects est produit en… Chine, encore une fois. On repassera pour l’image vertueuse que l’éditeur essaie de promouvoir.

Une entreprise qui se soucie de son impact et image écologiques devrait aller au-delà de cette « cosmétique ». Un vrai marketing vert devrait englober tous les éléments du marketing, de la conception des produits à la distribution. Et pas juste la plantation d’un arbre pour compensation.

Et encore un dernier arbre

Le journal suisse Le Temps a publié en 2019 un manuel très pratique pour débusquer le Greenwashing. Répondez à ces 7 questions, et vous serez à même de savoir si on n’essaierait pas de vous (éco)enfumer :

Bref

Malgré ces trois écueils, Museum Suspects reste un excellent jeu. Selon moi, l’un des must-have de 2022. Rapide, tendu, incisif, palpitant, un jeu qui ravira petits et grands. Un gros, gros coup de cœur pour nous !

Note : 5 sur 5.

  • Auteur : Phil Walker-Harding
  • Illustrateur : Maxime Sarthou
  • Éditeur : Blue Orange
  • Nombre de joueurs et joueuses : 2 à 4 (tourne bien à toutes les configurations)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (Mais ne vous laissez pas tromper pour le côté familial-enfant des illustrations. Les adultes apprécieront également !)
  • Durée : 20-30′
  • Thème : Cambriolage de musée
  • Mécaniques principales : Déduction, bluff, pari, enchères

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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.

4 Comments

    • Maxime Sarthou

      Merci pour ce chouette article sur Museum Suspects, Gus.

      Je tiens juste à signaler que ce ne sont pas les talentueux Stevo Torres, Jake Morrison et Andrew Thompson qui ont illustré le jeu, mais bien Maxime Sarthou. Merci.

      Au plaisir de lire vos prochaines chroniques.

  • Timothee Leroy

    Bonjour Gus,
    Merci pour ce bel avis sur Museum suspect. 😊
    Je suis toujours peiné quand on nous taxe de Green washing et je me permets quelque précision. On assume la production en Chine (on vend dans toute la planète). En ce qui concerne le programme we plant trees, ce sont 2 arbres plantés pour chaque arbres coupés, et ils sont plantés par l’association ishpingo en Amazonie: ce sont des arbres fruitiers qui sont replantés et utilisés pour l’économie locale. Je vous laisse aller sur leur site pour en savoir plus sur cette association. Enfin, nous sommes en ce moment en train de financer la dépollution de l’étang de thau par l’association Wings of the Ocean. On le fait par conviction et pas pour faire du green washing, j’espère pouvoir vous faire changer d’avis sur ce sujet. Merci 🙂

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