Écologie,  Jeux de plateau

Écoconception. Mattel fait sa mue écologique

Après une première salve, Mattel entre en transition écologique avec un nouveau train de mesures en écoconception, inédit.


Écoconception

Une lame, de fond, est en train de se déverser sur l’industrie du jeu de société. En même temps que la clientèle, les éditeurs de jeux et de jouets lorgnent de plus en plus vers l’écoconception. Car oui, il est urgent d’évoluer vers une économie durable. Pour y parvenir, des mesures draconiennes sont nécessaires dans la production.

Il y a quelques jours à peine, nous vous annoncions un premier train de mesures, inédit, pris par le géant du jeu de société et du jouet mondial Mattel. Et profitant de l’aspiration, de l’inspiration, Mattel a lancé cette semaine une deuxième salve de mesures visant la neutralité carbone et l’écoconception.

Écoconception, une définition

Il existe de nombreuses définitions de l’écoconception. Selon la norme officielle française d’écoconception, il s’agit d’un intégration systématique des aspects environnementaux dès la conception et le développement de produits. Avec pour objectif la réduction des impacts environnementaux négatifs tout au long de leur cycle de vie. Cette approche dès l’amont d’un processus de conception vise à trouver le meilleur équilibre entre les exigences, environnementales, sociales, techniques et économiques dans la conception et le développement de produits.

Pour simplifier, et selon la Norme ISO14006 v2020, il s’agit d’une approche méthodique qui prend en considération les aspects environnementaux du processus de conception et développement dans le but de réduire les impacts environnementaux négatifs tout au long du cycle de vie d’un produit.

Autrement dit, l’écoconception s’intéresse à toutes les étapes de la création et de l’usage d’un produit, quel que soit ce produit. Les jeux de société et les jouets y compris.

Une vision nécessaire

L’écoconception, c’est bien et c’est nécessaire. Aujourd’hui, après la publication du troisième volet du GIEC début avril, pas un éditeur de jeux de société ne devrait avoir le droit de produire un jeu sans s’être soucié au préalable de la production de son jeu et des déchets que son produit produira pendant sa production, sa distribution, en fin de vie ou de consommation.

Tous les matériaux utilisés pour le fabriquer, le conditionner, le transporter, le vendre devraient avoir été analysés dans l’optique d’une économie circulaire où rien n’est jeté, détruit ou brûlé. Mais où tout est réutilisé, recyclé, composté, méthanisé, etc.

Avec une telle contrainte, nous n’aurions plus beaucoup de jeux “made in China” à l’EcoScore élevé D ou E. Un éditeur de jeux qui utiliserait encore le concept d’obsolescence programmée dans la conception et la production de ses produits pourrait bientôt se voir soumis à de fortes pénalités et aurait l’obligation de changer sa pratique, rapidement.

Or, soyons lucides. Plus que jamais, en ce début chahuté de 21e siècle, l’écoconception est nécessaire. On ne devrait toutefois pas mettre tous nos espoirs en ce qui devrait n’être qu’une étape de transition. Si on veut réellement diminuer, voire éliminer les emballages et les déchets, il faut aussi changer de mentalité et de réflexes, d’un bout à l’autre de la chaîne de production-consommation.

Il faut abandonner l’idée que l’emballage jetable ou à usage unique, la plupart du temps en plastique, est nécessaire et irremplaçable. Que faire, que penser des cello qui entourent nos jeux ? Dérivés d’ un pétrole limité et polluant, pour finir jetés ? Que faire, que penser des films en plastique qui entourent souvent les paquets de carte dans nos jeux ? Et d’ailleurs, comment on faisait, avant ?

Saviez-vous que 95% des déchets en mer sont constitués de plastique ? Saviez-vous que 36% de tout le plastique produit sur terre est destiné aux emballages ? Le National Geographic a produit ce graphique ci-dessous : la partie rose est celle des emballages.

Mattel, au pas de charge

Cette semaine, Mattel a donc annoncé un nouveau train de mesures avec de nouveaux objectifs visant à réduire les emballages en plastique de 25 % dans sa production d’ici 2030. Ce nouvel objectif est présenté dans le rapport sur la citoyenneté 2021 de l’entreprise publié ce mercredi 27 avril.

La stratégie et les objectifs d’écoconception et de durabilité de Mattel sont organisés en trois piliers : Conception et développement durables, approvisionnement et production responsables, et enfin, communautés prospères et inclusives, représentant les domaines où l’entreprise pense pouvoir avoir le plus grand impact.

« Chez Mattel, notre objectif est de contribuer à un avenir plus diversifié, équitable, inclusif et durable », a déclaré Ynon Kreiz, président-directeur général de Mattel ce mercredi. « Les progrès de notre stratégie et de nos objectifs d’environnement, de société et de gouvernance, ainsi que notre nouvel objectif annoncé aujourd’hui, reflètent notre engagement continu envers la citoyenneté d’entreprise et notre objectif de permettre à la prochaine génération d’explorer les merveilles de l’enfance et d’atteindre son plein potentiel. »

Avec son nouvel objectif d’emballage, Mattel se concentre sur la réduction des matières plastiques dans les emballages de produits, dans le cadre de sa stratégie d’emballage et de son approche de réduction des déchets.

Les points saillants des progrès dans les trois piliers environnement, société et gouvernance et les objectifs précédemment publiés sont les suivants :

Mattel vise à développer des produits innovants en intégrant des matériaux durables aux principes de gestion responsable des produits et d’écoconception. L’entreprise vise à optimiser l’utilisation des ressources dans les opérations afin de réduire les effets sur l’environnement et de promouvoir des pratiques d’approvisionnement éthiques ainsi que la santé et la sécurité des travailleurs tout au long de la chaîne d’approvisionnement.

Selon l’éditeur, il a dépassé son objectif de maintenir 95 % de contenu recyclé ou certifié par le label durable de l’industrie forestier et papetier FSC. Avec du papier et de la fibre de bois utilisés dans ses produits et emballages, atteignant 97,9 % en 2021.

Mais également, avec une augmentation de la quantité de PET recyclé (polyéthylène téréphtalate) dans la plupart des cartons à fenêtre et des blisters de 25 % en 2020 à 30 % en 2021.

Enfin, avec le lancement de Mattel PlayBack, un programme de récupération de jouets en France, aux États-Unis, au Canada, en Allemagne et au Royaume-Uni, conçu pour récupérer et réutiliser les matériaux des anciens jouets Mattel.

Enfin, l’éditeur a progressé dans son objectif d’atteindre 100 % de matériaux plastiques recyclés, recyclables ou biosourcés dans les produits et les emballages d’ici 2030 avec plusieurs nouveaux produits fabriqués à partir de matériaux plus durables et d’autres initiatives, notamment :

  • Barbie Loves the Ocean, sa première ligne de poupées fabriquée à partir de plastique recyclé lié à l’océan.
  • Matchbox Tesla Roadster, son premier véhicule moulé sous pression composé à 99 % de matériaux recyclés et certifié comme produit CarbonNeutral®.
  • UNO, en éliminant tous les plastiques d’emballage en cellophane de tous les jeux de cartes UNO, en le remplaçant par du papier certifié FSC.
  • Mega Bloks Green Town, une nouvelle gamme de produits certifiés CarbonNeutral® dans laquelle les blocs et les pièces sont fabriqués à partir d’un mélange de matériaux d’origine végétale (plastique fabriqué à partir d’éthanol extrait de la canne à sucre) et de plastiques biocirculaires certifiés ISCC (utilisant un approche par bilan de masse), que nous vous avons déjà présentés ici.

En matière d’écoconception, Mattel a accéléré ses progrès vers son objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre en faisant état d’une réduction de 8 % des émissions absolues de rejets par rapport à 2019. Les données sur les émissions de gaz de l’entreprise apparaissent dans ce rapport publié cette semaine.

Enfin, l’entreprise avance, peu à peu, gentiment mais sûrement comme on dit chez nous en Suisse Romande, vers son objectif d’atteindre zéro déchet de fabrication d’ici 2030. La société a mené deux audits sur site dans son usine de fabrication de Monterrey, au Mexique, et dans son centre de distribution de San Bernardino, en Californie.

Mattel vise également à avoir un impact social positif en soutenant des communautés diverses, équitables et inclusives, en ayant reçu plusieurs prix et reconnaissance médiatique pour leurs engagements auprès de leurs employés : Forbes World’s Best Employers of 2021, Forbes Best Employers for Women 2021, Fast Company Best Workplaces for Innovators 2021, Human Rights Campaign Best Places to Work for LGBTQ Equality 2021, etc.

L’industrie du jeu de société, un réveil nécessaire

L’économie du jeu de société bénéfice beaucoup de la mondialisation. On produit la grande majorité des jeux en Chine, et nos boîtes parcourent les quatre coins du globe pour être ensuite distribuées et acheminées pour finir sur nos tables. Cette économie, cette industrie ne fonctionnent qu’avec beaucoup d’énergies et de modes de production extérieures.

Ce monde-là n’est pas, n’est plus compatible avec tous les défis que posent le réchauffement climatique et les limites des ressources planétaires. Ce modèle économique n’a aucune chance de subsister face à l’urgence climatique qui saisit notre planète ni aux crises à venir.

Il est compliqué, rageant, frustrant d’accepter que ce modèle de production reposant sur une planète mondialisée, aux ressources infinies est en train de craquer, de s’effondrer. Faut-il pour autant s’arrêter de… jouer ? De… vivre ? Non.

La vie ne s’arrête pas, même si elle devient plus difficile. Et l’invasion de l’Ukraine change la donne. Nous sommes en train de prendre conscience de nos vulnérabilités et du fait que nous vivons sur une planète finie. Et que, tout à coup, la pénurie peut toucher l’Europe. La mondialisation « de papa » que nous avons connue ces deux dernières décennies a pris un sérieux coup dans l’aile.

👉 À lire également : Mondialisation. Le jeu de société, chahuté.

Que faut-il faire ? Viser la déconsommation ? La sobriété, heureuse ? L’industrie, du jeu de société, mais pas seulement bien sûr, c’est une économie d’ignares qui applique des normes d’avant-hier. Nous ne pourrons relever le défi de la transition énergétique qu’en nous appuyant sur une économie de la connaissance et de la compétence qui a achevé sa transition. Une économie du jeu de société qui a entamé un cycle, vertueux, d’écoconception. Il s’agit d’une nouvelle voie que nous ne connaissons pas jusqu’ici. Qu’il va falloir réinventer. On crée des jeux. Peut-être est-il temps d’en changer les règles. Mattel a saisi le problème à bras le corps. D’autres suivront.


Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.

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