Critiques de jeux,  Jeux de plateau

Unfold, le diptyque cryptique et haptique

Unfold est un duo d’Escape Game de salon insolite qui fait appel à nos sens.


Unfold

Unfold est une gamme de jeu de société en mode Escape Game dit de salon. Tout est dans le titre. Unfold. On déplie. Ces deux boîtes contiennent une sorte de carnet, et c’est tout. Comme un folio, composé de plusieurs pages, de plusieurs volets, tous repliés les uns sur les autres.

Le but du jeu ? Comme tout Escape Game, on progresse dans un récit et on résout toute une ribambelle d’énigmes pour pouvoir avancer, et finir. Et pour y arriver, pour jouer, on passe sa partie à déplier, replier les différents volets du petit carnet.

Euphémisme, le format d’Unfold en folio est insolite. Tout le jeu ne tient que sur ce petit carnet : récit, énigmes, indices, solutions. Avec Unfold, on tient ici un Escape Game en mode Mixi. Petit, mais costaud.

Unfold, comment on joue ?

Pour l’instant, l’éditeur moscovite Lifestyle Games a sorti deux Unfold à quelques jours, quelques semaines d’intervalle. Une aventure pour adulte, et une autre pour enfants dès 8 ans. Nous y avons joué. Vous trouverez plus bas la chronique de ces deux boîtes. Garanti 100% sans spoiler, vous nous connaissez.

En parlant d’éditeurs, et d’auteurs russes, comme ici pour Lifestyle Games, je me demande comment le bataillon de sanctions économiques internationales en réaction à l’invasion de l’Ukraine va affecter le marché du jeu de société. En Russie, et ailleurs. C’est évidemment encore tôt pour le savoir.

Mais revenons à Unfold.

Tout tient donc dans un petit carnet, fin. On commence par déplier la première page pour y découvrir les règles, qui ne tiennent que sur deux pages. Puis on se lance ensuite dans l’aventure, page par page, volet par volet. On lit un petit paragraphe qui place le récit, avec, à chaque fois, une énigme à résoudre pour progresser et ainsi découvrir, déplier la suite.

À relever que les deux Unfold contiennent des indices pour chaque énigme si on est coincé, ainsi que les solutions, à valider pour pouvoir avancer. Indices et solutions sont cachées par des languettes en papier que l’on retire, déchire, pour découvrir l’élément dessous. C’est l’un des éléments qui pêche dans le jeu. Mais on y reviendra plus tard.

Les deux boîtes proposent des énigmes vraiment innovantes, avec un matériel disruptif et haptique, sensoriel. Oubliez les rébus et autres alphabet à décrypter à deux centimes. Ces Escape Game proposent des aventures, des énigmes surprenantes. C’est ce qui fait tout leur charme et intérêt ! Et les illustrations sont également excellentes !

Unfold : Dark Story

Dark Story est l’épilogue du jeu Escape From The Asylum, du même éditeur, dont nous vous avons parlé en détail. Un Escape Game immersif en mode choral sorti il y a deux ans. Inutile de devoir jouer le jeu précédent. On peut très bien ici se débrouiller sans.

Dark Story se déroule quelques temps après les événements mouvementés de l’asile. Vous en incarnez l’un des personnages.

Le pitch officiel :

« Il y a quelques jours, vous étiez à la tête d’une clinique psychiatrique. Tout a changé, une nuit : une de vos expériences a mal tourné et plusieurs patients se sont enfuis de votre clinique, mettant à mal votre petit manège. Il vous a fallu fuir, mais vous n’êtes pas allé loin : la police vous a arrêté et mis en cellule au commissariat. Maintenant, il vous faut trouver une échappatoire avant que les forces de l’ordre ne vous enferment pour de bon.« 

Vous commencez le jeu dans une petite cellule, temporaire, avant d’être transféré dans une plus grande. Votre but : tentez de vous en échapper, bien sûr. Quand soudain, vous allez pouvoir compter sur une aide inattendue. Et là, c’est parti !

Ce Unfold Dark Story reprend l’univers, glauque et sombre, de Escape From The Asylum. Et tout ne tient que dans ce petit carnet. Avec, encore une fois, des énigmes surprenantes, insolites et sensorielles.

Une boîte à réserver à un public plutôt mature, dès 12-14 ans.

L’enfer est pavé de bonnes intentions

Si le concept, le format de la boîte est intriguant, appétissant, si certaines énigmes sont surprenantes et captivantes, cette boîte souffre de trois gros écueils :

👉 Tout d’abord, certaines énigmes ne fonctionnent tout simplement pas. Elles sont soit tellement tarabiscotées qu’on n’y comprend rien, même avec l’indice et sa solution. Soit elles ne fonctionnent tout simplement pas car le matériel « bugue ». Mais ce n’est pas si grave, on n’est jamais coincés. Au pire, on peut continuer l’aventure.

👉 Le jeu ne propose que 7 chapitres, 7 énigmes. Ça peut sembler beaucoup, certes, mais comme chaque partie ne prend que 3 à 7 minutes pour être résolue, vous comprenez qu’on finit le jeu en 30-45′. C’est le même reproche fait au tout dernier Unlock pour ados. 15 euros pour 30-40′ de jeu, et puis c’est tout, c’est peu.

👉 Enfin, et c’est le gros, gros écueil du jeu, on essaie de nous faire croire qu’il n’est pas Kleenex. Qu’on puisse le revendre, l’offrir, le faire tourner, que rien n’est détruit, dérangé. Qu’on puisse tout remettre en état, comme l’excellente Escape Scooby-Doo. C’est, malheureusement… mensonger. Pour deux raisons.

Alors certes, on peut toute remettre en ordre, les volets, les éléments nécessaires pour résoudre les énigmes.

Mais. Autant les indices que les solutions nécessitent de tirer, de décoller des languettes. Impossible de les remettre à leur place sans qu’ils ne se soulèvent, sans qu’on tombe sur l’une ou l’autre information confidentielle. C’est moche.

Enfin, plusieurs éléments sont fragiles. On aura vite faite de déchirer un élément sans faire exprès.

Donc une fois joué, on pourra tout… jeter (au recyclage).

Sympathique

Note : 3 sur 5.

  • Autrice et auteur : Ekaterina Pluzhnikova, Alexander Peshkov
  • Illustrateur & illustratrice : Victoria Likhodeeva, Nadezhda Mikhailova, Alexander Fomin
  • Éditeur : Lifestyle Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1-4 joueurs (tourne mieux à 1-2. Difficile à plus. On rencontrera des difficultés pour manipuler et accéder au carnet)
  • Âge conseillé : Dès 12 ans (pas moins !)
  • Durée : 45 min
  • Thème : Prison
  • Mécaniques principales : Coopératif, Escape Game, narratif, énigmes

Unfold Kids : Opération Cookies

Il y a eu Unlock, il y a eu Unlock Kids. Il y a Unfold, il y a Unfold Kids.

Au contraire du précédent Dark Story, ce Unfold est composé de deux parties, de deux carnets. On finit l’un puis on entame l’autre. Chaque partie ne durant que 30′, environ. Un temps idéal pour des plus jeunes publics.

Le pitch :

« Vous vous réveillez le premier jour de vos vacances d’été et vous vous rendez compte que tous vos amis sont partis en colonie de vacances. Qu’allez-vous faire ? Et si vous demandiez à vos parents de vous emmener dans l’une de leurs missions secrètes de super-héros ? Bien que cette mission puisse s’avérer difficile, vos parents pensent que vous êtes encore trop jeune pour une tâche aussi dangereuse. Pour les faire changer d’avis et leur prouver que vous pouvez être un partenaire de valeur au lieu d’un handicap, vous vous engagez à trouver la cachette la plus secrète dans votre maison pleine de secrets et de portes verrouillées…« 

L’histoire, cocasse, dynamique, nous met dans la peau d’un personnage aux super-pouvoirs se baladant, explorant sa maison, à la recherche d’une pièce secrète. Et ses cocasses conséquences. Un jeu, une aventure narrative, coopérative, immersive, aux énigmes riches et surprenantes, également.

Mais.

À nouveau, comme dans Dark Story, ce Unfold Kids : Opération Cookies présente deux des trois écueils évoqués plus haut. Des énigmes parfois capillotractées ou parfois ratées, qui ne fonctionnent tout simplement pas. On est alors obligés de vérifier la solution. Et quand ça nous arrive avec des enfants, l’expérience est vraiment décevante. Pour eux, pour leurs parents. Le jeu perd toute sa crédibilité.

Et enfin, également, la promesse de pouvoir ranger, remettre le jeu à zéro et le faire tourner. FAUX ! En décollant les languettes, on révèle des informations, et en manipulant le jeu, le carnet, fin, fragile, on finira bien par déchirer un coin, une page, un indice. On y jouera, une seule fois.

Une plus longue aventure que la précédente, certes, avec une difficulté des énigmes vraiment adaptée aux enfants. Mais finalement, on se trouve devant une expérience approximative, parfois décevante.

Bof bof

Note : 2.5 sur 5.

  • Autrice et auteur : Martin Nedergaard Andersen, Ekaterina Pluzhnikova, Alexander Peshkov
  • Illustrateur & illustratrice : Anna Nenasheva, Victoria Volina-Lukian, Nadezhda Mikhailova, Ekaterina Chirkova
  • Éditeur : Lifestyle Games
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1-4 joueurs (tourne mieux à 1-2. Difficile à plus. On rencontrera des difficultés pour manipuler et accéder au carnet)
  • Âge conseillé : Dès 8 ans (bonne estimation)
  • Durée : 60′ en tout cas pour les deux parties
  • Thème : Super-héros
  • Mécaniques principales : Coopératif, Escape Game, narratif, énigmes

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Article écrit par Gus. Rédacteur-en-chef de Gus&Co. Travaille dans le monde du jeu depuis 1989 comme auteur et journaliste. Et comme joueur, surtout. Ses quatre passions : les jeux narratifs, sa ménagerie et les maths.

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