Le jeu du jour : Barrage

Temps de lecture: 6 minutes

Olivier nous revient ici avec Barrage, l’un des jeux très buzzé lors de sa sortie sur le salon d’Essen 2019. Et qui continue à bruisser plusieurs semaines, mois plus tard. Un gros jeu Core qui ravira les joueuses et joueurs avides d’expériences profondes et amples.


Barrage, de quoi ça parle ?

Le pitch : 

« Nous sommes en 1922. Les canons de la Grande Guerre se sont tus mais une nouvelle guerre capitaliste est sur le point d’éclater dans les vallées des Alpes : serez-vous capable d’écraser vos concurrents en bâtissant le plus grand empire hydroélectrique que le monde n’ait jamais connu ? En contrôlant l’eau, vous serez capable de produire de l’énergie et de remplir de juteux contrats. » 

Édité par Cranio Creations (qui vient tout juste d’annoncer Golem, sa prochaine galette de 2020) en VO, et Intrafin pour la VF. Barrage est un jeu de Tommaso Battista and Simone Luciani (Tzolk’in, Grand Austria Hotel)

Barrage ne propose pas d’expérience narrative, mais réussit toutefois à intégrer thème et mécanique. Un ITHEM à 4 sur 5

Et comment on joue?

Pur jeu de placement d’ouvriers, le tour de jeu consiste à réaliser une action en plaçant un ou plusieurs ingénieurs sur votre plateau pour réaliser une construction et faire tourner la roue, ou sur l’une des actions disponibles sur le plateau commun : produire, inonder, gagner des tunes, faire tourner la roue de construction, acquérir bétonnière et/ou mécha, acheter des contrats ou une amélioration spéciale (qu’on pourra utiliser comme toute les autres constructions). Plus d’ingénieurs, plus d’actions possibles.

Bien sûr, les actions seront limitées, et plus ou moins efficaces ou onéreuses selon que vous y accédez en premier ou non. Jusqu’ici tout va bien, on est en terrain connu. Une mécanique plus originale est basée sur la roue de construction.

Évacuons tout de suite le sujet polémique. Non, ce n’est pas un désastre de fabrication ! J’ai lu plusieurs critiques sur le matériel, et particulièrement l’épaisseur de carton et la roue pas pratique… Franchement, ce n’est pas fou c’est sûr, mais rien de traumatisant. La roue tourne quand on a au moins l’habileté d’un enfant de 4 ans. Ça me va. Avec le temps, avec l’expérience, j’ai l’impression que nous sommes devenus un brin exigeant concernant la forme parfois…

Revenons à l’essentiel, le fond.

Cette roue justement. Qu’est-ce qu’elle apporte ? De la frustration, du calcul et de l’anticipation ! En effet, pour construire vous choisissez un bâtiment , le placez sur la roue, avec les bétonnières et / ou les méchas nécessaires, et vous tournez d’un cran. Et voilà. Impossible de refaire cette construction (sauf « pouvoir ») ou de récupérer les engins nécessaires avant de faire le tour du cadran, soit 6 crans. Et on est loin d’être large il va falloir faire des choix !

Et qu’est-ce qu’on construit ? Le cœur du jeu. Des barrages, des élévations de barrage, des turbines et des usines. Alors déjà, cela vous libérera des revenus pour chaque début de tour (argent, engins, points de victoires ou la rotation de la roue). Ensuite, vous allez les placer sur le terrain.

Un peu de bon sens pour commencer. L’eau ça s’écoule et ça déborde.

Avec cela en tête vous allez placer vos constructions sur les emplacements libres (sauf les élévations qui ne vont que sur vos propres barrages) de manière à capter l’eau. On a une idée de ce qu’il coulera en fin de tour et on pourra ajouter de l’eau avec une action. Une fois un barrage placé, il retiendra 1 goutte d’eau. Avec une élévation il en retiendra 2, et on pourra en retenir jusque 3 avec une seconde élévation. Après cela l’eau déborde et poursuit son chemin jusqu’au prochain barrage ou sort de la carte. Selon que vous construisez en montagne (proche des sources), dans les collines ou dans la plaine, cela demandera plus ou moins de méchas ou de bétonnières pour les élévations.

Regardons ensuite les usines qui vont demander des bétonnières selon le nombre déjà construit. Ce sont elles qui vont permettre de lancer de la production, pourvu qu’elles soient reliées à la turbine d’un joueur, et à un barrage neutre (placés en début de partie) ou à vous.

Enfin, la turbine. Elle sera exponentiellement coûteuse en mécha selon la capacité de production liée au dénivelé. Et cela déterminera combien d’électricité vous produirez en passant par celle-ci (1 à 5 par goutte). Si vous utilisez la turbine d’un autre joueur, il faudra lui verser autant d’argent que de gouttes utilisées, et il gagnera également autant de points de victoires.

Mais ce n’est pas tout ! Les turbines vont permettre de court-circuiter l’écoulement naturel de l’eau, en les transférant vers un autre court d’eau. Voire même d’un barrage. Qui vous appartiendrait ? Fourberie ou optimisation ? LES DEUX ! Miam.

Petite anecdote sur le placement de barrage. Il y a toujours une place en aval et en amont pour chaque niveau (montagne, colline, plaine).

L’eau, ça coule, ça se bloque, ça se dévie, ça déborde…

Et comment on gagne ?

Chaque fin de tour (et il y en a 5) nous allons contrôler 2 éléments :

  • Le classement des producteurs d’électricité : Le premier remporte 6 points, le second 2, les autres rien. Cela déterminera en ordre inverse le prochain tour de jeu.
  • Les objectifs de manches. Aléatoirement posé en début de partie, il y a des bonus de manches qui scorent sur les constructions ou les améliorations spéciales. Il va falloir anticiper mais ça peut rapporter. Attention toutefois, plus le tour est avancé, plus il va falloir cumuler de production pour vraiment scorer, car pour chaque seuil non atteint on déduit 4 au bonus.

Mais encore ? Eh bien on peut remplir des contrats que l’on a préalablement acquis. Ils rapportent des points de victoires et / ou des bonus (construction gratuite, rotation de la roue etc.) Pour se faire, c’est simple, il faut produire au moins autant qu’indiqué sur le contrat, mais on ne peut remplir qu’un contrat par production.

Et il y a également les 3 contrats nationaux qui sont toujours que l’on peut remplir lors de n’importe quelle production, et les points gagnés lors de la phase de revenu une fois certains bâtiments construits.

On grignotera quelques points en fin de partie par multiple de 5 ressources sur son plateau (méchas, bétonnières et argent).

Et à combien y jouer ?

Le jeu est prévu pour 1 à 4.

À trois, c’est vraiment un bon compromis et j’ai toujours joué dans cette configuration. Ça reste raisonnable (2h30 en gros), et l’interaction et largement au rendez-vous. À deux, j’aurais peur d’avoir trop de place, mais au final, si on tente de s’appuyer sur les constructions des autres… à voir. À quatre cela risque de dépasser les 3 heures et il se pourrait que des amitiés soient… fracassées 😂

À noter, il existe un mode solo que je n’ai pas testé. J’avoue. Je vais au pilori. Ça ressemble à un automa d’un éditeur bien connu.

Interaction ?

Sur l’IGUS, l’échelle de mesure de l’interaction dans les jeux, Barrage atteint un 4 sur 5.

Pourquoi?

Les places sont limitées sur le terrain et sur 90% des actions. Vous allez vous battre pour une action, pour capter l’eau, pour la rediriger là où cela vous arrange etc. Un jeu de pour nouer des amitiés solides on vous dit 😉

Alors, Barrage, c’est bien ?

Je vous l’avoue, j’adore !

Le niveau de réflexion et d’anticipation est élevé. On surchauffe bien des neurones. L’interaction peut être bien vilaine et piquante, mais pas incapacitante non plus. En revanche, attention ! Il ne faut pas se louper, sur un tour ça peut être définitif. Le thème et la mécanique proposés matchent très bien, on est bien dedans à maîtriser les éléments et les autres joueurs et joueuses.

Et c’est largement rejouable. Pourquoi ? Au-delà des possibilités d’actions, des objectifs et contrats aléatoires, de vos adversaires et du tirage des technologies avancées, chaque joueur et joueuse va également disposer d’une nation avec quelques variations sur les ressources initiales et d’un directeur tiré au hasard avec une compétence spéciale et unique.

 🔴 Barrage, score final : 5/5

Et encore une chose

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Et également chez Magic Bazar ici

  • Auteurs : Simone Luciani , Tommaso Battista
  • Illustrateur : Antonio De Luca
  • Éditeur : Intrafin pour la VF, Cranio Creations pour la VO
  • Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4 (mais comptez plutôt 2 à 3)
  • Âge conseillé : Dès 14 (pas moins !)
  • Durée : 90-120′ (bien tassées. Comptez plus)
  • Thème : Industrie
  • Mécaniques principales : placement d’ouvriers

1 response to Le jeu du jour : Barrage

  1. Nirm says:

    Merci pour ce test.
    J’ai bien avoir un ressenti sur l’interaction et une idée du temps de jeu en fonction de l’interaction.
    En extrapolant, à 2, ça devrait tourner autour des 2h, non ?

    Ah et merci pour l’avis sur le matériel, c’est vrai qu’on lisait pas mal de choses sur la fragilité supposée de la roue, rassuré du coup.

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