Avec Hanami, Knizia troque les samouraïs contre les cerisiers
🌸 Hanami : Knizia ressuscite Samouraï version cerisiers en fleurs. Contrôle de territoire, capacités sournoises et parfum de printemps japonais garanti.
Hanami, ou comment gagner sans avoir le plus de jetons
⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
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L’essentiel en 3 points :
- Hanami est une réimplémentation réussie de Samouraï de 1998, habillée du thème des cerisiers en fleurs.
- Simple à apprendre, le jeu cache une réelle profondeur tactique, en particulier à deux.
- Le matériel est soigné. Seul bémol, un thermoformage, dans un ensemble par ailleurs irréprochable.
Reiner Knizia a un secret bien gardé depuis 1998, et il vient tout juste de le ressortir du tiroir, repeint en rose sakura.
Il existe deux saisons colorées au Japon : le printemps, avec la floraison des cerisiers — les sakura — et l’automne, avec le rougeoiement des érables, les momiji. Si vous demandez à ma femme, la seconde est bien plus belle que la première. Le rouge y est plus intense, et les érables, contrairement aux cerisiers surtout cantonnés aux parcs et aux villes, se déploient largement dans la campagne et sur les montagnes. Ce qui limite un peu l’expérience si l’on est du genre à préférer la nature aux grands espaces urbains. Mais l’automne japonais semble rester un « secret » bien gardé, à en juger par l’absence de jeux sur ce thème, face à la pléthore de titres qui exploitent la floraison des sakura comme toile de fond.
Il faut dire que le printemps porte une symbolique plus réjouissante que l’automne, du moins à nos yeux occidentaux : c’est le renouveau, le retour de la vie, la promesse de l’été. Et puis le rose est moins agressif que le rouge, en tout cas pour nous autres gaijin.
C’est sans doute pour cela — et parce que le Japon reste attaché, dans notre imaginaire collectif, aux cerisiers en fleurs (et un peu aux samouraïs aussi) — que le « nouveau » jeu de Reiner Knizia adopte le thème des sakura.
Hanami, donc, nous invite au Japon printanier. L’objectif : visiter le plus de parcs possible et être celui ou celle qui célébrera le mieux le printemps, en collectionnant fleurs de cerisier, lanternes ou onigiri, ces boulettes de riz farcies ou non.
Comment on joue ?
La partie se déroule sur un plateau représentant l’archipel japonais (ou la ville de Tokyo, au verso), découpé en hexagones. Certains hexagones accueillent des jetons de trois types — fleurs, lanternes ou onigiri —, répartis aléatoirement sur le plateau. Chaque joueur ou joueuse reçoit un paravent décoré et les tuiles de la couleur correspondante. Ces tuiles hexagonales, au nombre de vingt, affichent sur leur face visible l’illustration d’un des trois types de jeton — ou un chat, symbole joker —, accompagnée d’un nombre de un à quatre indiquant leur puissance.
S’y ajoutent des tuiles spéciales (déplacement, copie…) qui permettent d’effectuer des actions particulières. Certaines tuiles portent en outre un shinkansen, le train rapide japonais, en plus du symbole et du nombre : ce sont les tuiles « rapides ». Chaque joueur ou joueuse reçoit également une carte capacité, placée devant son paravent. Les vingt tuiles sont mélangées face cachée, et chacun en tire cinq, qu’il place face visible derrière son paravent.

À son tour, le joueur ou la joueuse actif·ve place une de ses tuiles sur un emplacement libre du plateau, et peut y ajouter une ou plusieurs tuiles « rapides » s’il ou elle le souhaite. Lorsqu’une case contenant des jetons se retrouve entourée, on compte le nombre de symboles identiques ou joker présents sur les tuiles adjacentes de chaque joueur ou joueuse : le plus grand total remporte le ou les jetons. En cas d’égalité, le jeton est déplacé sur la zone dédiée du plateau.
À son tour, le joueur ou la joueuse actif·ve peut également activer sa capacité — échanger des jetons ou déplacer une tuile sur le plateau, par exemple.
La partie prend fin lorsque tous les jetons d’un même type ont été capturés, ou que quatre jetons — de n’importe quel type — se trouvent sur la zone d’égalité.
Pour chaque type de jeton, le joueur ou la joueuse qui en possède le plus remporte le gros jeton correspondant. Remporte la partie celui ou celle qui a accumulé le plus de gros jetons. En cas d’égalité sur ce total, on compte les petits jetons de types différents, le total le plus élevé l’emportant. Si cela ne suffit toujours pas à départager, ou si personne n’a remporté de gros jeton, on compte alors l’ensemble des jetons.
Sans grande surprise, les couleurs et tons choisis pour Hanami tournent autour du rose, agrémenté de quelques autres teintes pastel. Le résultat est pop mais sobre, dans une tendance kawaii sans ostentation — un choix parfaitement raccord avec le thème, à l’image des jetons et des tuiles, richement décorés. Les paravents, eux aussi, arborent de beaux dessins qui contribuent à installer une ambiance agréable. Plateau, jetons, tuiles : tout est de bonne facture, et l’ouverture de la boîte donne d’emblée envie de jouer, ne serait-ce que pour manipuler le matériel.
Ce matériel se range dans un thermoformage — un léger défaut en soi, mais un thermoformage soigné, puisque les emplacements rappellent le type de jeton qu’ils doivent accueillir.
Le livret, du moins dans sa version anglaise, est clair et bien conçu. Aéré, il est illustré de façon à la fois utile et décorative. Les informations y sont présentées dans un ordre logique.
Hanami ne repose pas sur un mécanisme particulièrement nouveau, d’autant qu’il s’agit d’une réimplémentation — améliorée — de Samouraï, un autre jeu de Reiner Knizia datant de… 1998. Autant dire la préhistoire, à l’échelle du monde ludique. On retrouve donc un système classique de contrôle de territoire, avec une part de hasard due au tirage à l’aveugle des tuiles, comme dans le jeu original. Hanami introduit tout de même quelques nouveautés, comme les tuiles spéciales et les capacités, qui peuvent, bien utilisées, complètement renverser le cours d’une partie.

Hanami, verdict Gus&Co
De par sa non-originalité, Hanami s’avère fluide, simple à comprendre et à expliquer. On peut lancer une partie rapidement, sans passer de longues minutes à éplucher le livret de règles ou à réexpliquer le fonctionnement de la cinquième étape du troisième tour de la dix-huitième manche. Mais cette simplicité et cette familiarité ne signifient pas que le jeu soit simpliste. Au contraire, Hanami cache une réelle complexité sous une façade accessible. Les possibilités qu’il offre sont nombreuses, et de véritables stratégies peuvent s’y développer, surtout à deux joueurs, où il est plus facile d’anticiper les réactions de l’adversaire. Une partie d’Hanami demande une certaine attention : celles et ceux capables d’embrasser le plateau du regard et de ne négliger aucun détail y trouveront un avantage. Cet avantage est bien sûr un peu contrebalancé par la part de hasard, mais pas totalement. Il reste néanmoins possible de prendre du plaisir, et même de gagner, sans être un grand stratège.
L’ajout des tuiles spéciales, et surtout des capacités, apporte une touche plus « moderne » au jeu. Ce sont des éléments de gameplay importants, qu’il faudra savoir déclencher au bon moment pour potentiellement renverser la partie. De même, les conditions de fin de partie et de victoire méritent d’être gardées en tête, puisqu’il est possible de gagner en ayant, au total, moins de jetons que son adversaire. Ce sont les gros jetons qui comptent…
Hanami est un jeu prenant, qui donne envie d’y revenir pour tester d’autres combinaisons. Sa durée reste raisonnable, sans pour autant tomber dans le « party game ». À la fois simple et complexe, il pourra convenir à toutes sortes de public, familial comme averti, d’autant qu’un vrai effort a été fait sur le design — un effort réussi.
On a aimé :
- Le thème sakura enfin pris au sérieux (les momiji attendront leur tour).
- Une prise en main rapide, sans dix minutes de lecture du livret avant de comprendre l’étape 5 du tour 18.
- Les tuiles spéciales et les capacités, qui pimentent une mécanique par ailleurs classique.
On a moins aimé :
- Le thermoformage — petit pincement au cœur à chaque rangement, sens du détail ou pas.
- L’absence totale de sabre : on nous avait promis des samouraïs, on a eu des onigiri.
C’est plutôt pour vous si…
- Vous aimez les jeux de contrôle de territoire malins, courts et jolis.
- Vous ne jurez que par Knizia depuis 1998 et vous êtes prêt·e à lui pardonner un remake.
Ce n’est plutôt pas pour vous si…
- Vous cherchez une mécanique 100% inédite plutôt qu’un classique repeint.
- Le rose pastel vous donne de l’urticaire, même au deuxième degré.
Hanami, c’est la preuve qu’on peut faire du neuf avec du vieux sans jamais se prendre les pieds dans le tapis — ou dans les racines de cerisier.
Une réimplémentation réussie, sur tous les plans.
Grandiose !

- Date de sortie : Juillet 2026 pour la VO, septembre 2026 pour la VF
- Langue : Anglaise
- Fabriqué en : Chine
- ITHEM : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Reiner Knizia
- Illustrations : Lisk Feng, Ichiraku Studio
- Édition : Keymaster
- Nombre de joueurs et joueuses : 2 – 4
- Âge conseillé : Dès 10 ans
- Durée : 45 minutes
- Thème : Printemps au Japon
- Mécaniques principales : Contrôle de territoire. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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2 Comments
Rody Sansei
Quel dommage que l’éditeur ait changé le scoring ultra subtil du jeu original, pour quelque chose de plus consensuel en 2026.
Mais je suppose qu’on pourra quand même utiliser la formidable règle originale.
Thibault
Bonjour Rody Sansei,
pourrais-tu nous préciser le fonctionnement de cet ancien scoring s’il te plaît ?