Braided Skies : Stonemaier embarque dans l’univers d’Andrew Bosley
🎈 Stonemaier veut-il son propre univers ? Avec Braided Skies, il embarque plutôt dans celui d’Andrew Bosley.
Article écrit par :
Amélie
Braided Skies : Stonemaier embarque dans l’univers d’Andrew Bosley
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L’essentiel en 3 points :
- Braided Skies sort en octobre chez Stonemaier, présentation à Essen et sorties boutiques en novembre.
- C’est le premier jeu d’une série située dans Smoking Bones, l’univers créé par Andrew Bosley.
- Une VF est annoncée chez Grail Games.
Le nouvel univers de Stonemaier a commencé sur un trottoir de Caroline du Nord, vers 2012 ou 2013, devant une vieille borne d’incendie dans laquelle Andrew Bosley voyait un nain pétrifié poussant une charrette. Plus de dix ans plus tard, cette rêverie de trajet quotidien débouche sur Braided Skies, le gros jeu de plateau de Dan Germain que l’éditeur de Wingspan et Scythe vient de dévoiler.
Stonemaier a dévoilé Braided Skies, un gros jeu où l’on dirige une compagnie de tourisme en dirigeable. Il ouvre une série de jeux dans Smoking Bones, un monde qu’Andrew Bosley façonne depuis plus de dix ans.
Essen, oui. Mais pas en premier
Selon la page officielle de Stonemaier, Braided Skies sera dispo directement auprès de l’éditeur à partir du 14 octobre 2026, avec des expéditions depuis ses entrepôts des États-Unis, du Canada, d’Europe et d’Australie dans les semaines qui suivent. Le jeu sera ensuite présent à SPIEL Essen, du 22 au 25 octobre. Les boutiques suivront quelques semaines après la fin des expéditions, puis les revendeurs en ligne fin novembre.
Pourquoi Essen, alors ? Jamey Stegmaier l’expliquait dès janvier : le calendrier du jeu tombait à peu près au moment du salon, qu’il juge propice aux débuts remarqués d’un euro moyen ou lourd. Un alignement opportun, donc, pas une stratégie d’exclusivité. Le parcours n’a rien de neuf : Origin Story avait suivi exactement le même en 2025. Et avec 21 % de son chiffre d’affaires 2025 réalisé sur sa propre boutique en ligne, Stonemaier a de bonnes raisons de servir son public direct en premier.


Des dirigeables, des touristes et un gros moteur
Sur la table, Braided Skies se joue de 1 à 5, dès 14 ans, en 60 à 90 minutes, et Stonemaier le range dans la catégorie « Heavy ». Chaque personne y incarne un capitaine d’aéronef dans les Shallows, bien décidé à bâtir la plus grande compagnie de voyages magiques des Northlands : explorer terres et cieux à la recherche de merveilles, développer sa compagnie, embarquer des touristes et entretenir sa réserve de tapstones, ces gemmes magiques qui font tourner le monde. Au bout du voyage, un titre : Commodore of the Clouds. (On a connu des plans de carrière moins poétiques.)
Le cœur du système tient en une alternative. Chaque joueur et joueuse dispose de trois drop ships. À son tour, il en envoie un vers un port du plateau commun, ou bien il rappelle tous ceux qu’il a déployés. Les ports permettent de récolter tapstones et touristes, d’ajouter des merveilles à son itinéraire, de recruter de l’équipage ou d’améliorer sa compagnie.
Le rappel déclenche ensuite les outfittings, des améliorations embarquées qui ne s’activent que si les vaisseaux transportent les bons tapstones et les bons touristes. Les meeples d’équipage et de capitaine servent de joker quand il manque quelque chose. Et comme les trois vaisseaux finissent forcément tous dehors, le moment du rappel devient un vrai choix : rester en vol pour mieux exploiter le plateau, ou rentrer tôt pour faire tourner son moteur.
Ajoutons une ressource appelée grit, un plateau central qui s’agrandit au fil de l’exploration et une interaction annoncée comme « intermédiaire ». La partie peut s’arrêter de trois façons : franchir les derniers paliers des trois pistes de Merveilles, réunir sept cartes Merveille dans son itinéraire ou atteindre 60 points de renommée. De quoi laisser entrevoir plusieurs trajectoires, même s’il faudra des parties indépendantes pour savoir si elles se valent.
Stonemaier assume ses références : l’éditeur recommande le jeu à celles et ceux qui ont aimé Les Ruines Perdues de Narak ou Galactic Cruise. C’est de la comm, évidemment, pas un avis critique, mais la cible est claire. Précision utile : il s’agit d’un jeu compétitif en une seule partie, ni campagne ni jeu narratif, ce que Stegmaier a confirmé en commentaire sur son blog.


Smoking Bones, un monde qui n’est pas né chez Stonemaier
Smoking Bones n’a pas été inventé pour habiller un jeu de plateau. Andrew Bosley, illustrateur d’Everdell et de Tapestry, y travaille depuis 2012 ou 2013. En 2022, il le décrivait comme un travail de passion mené depuis près de dix ans.
À la borne d’incendie se sont ajoutées d’autres images : de vieilles granges abandonnées qui disparaissaient une à une, et le guide 1000 Places to See Before You Die de Patricia Schultz. Bosley en a tiré l’idée d’un guide de voyage fantastique consacré à des merveilles magiques menacées, et d’une compagnie chargée à la fois de les protéger et d’y conduire des visiteurs.
L’histoire, telle que Bosley la raconte sur son blog : dans les Northlands, le royaume de Withermark exploite une découverte dangereuse et déclenche la Withering War. Une petite flotte d’aéronefs de Withermark, les Smoking Bones, se mutine et fait basculer le conflit. Des siècles plus tard, le capitaine Red Jones, descendant du capitaine mutiné, fonde la Smoking Bones Travel Company pour faire connaître et préserver ces merveilles en voie de disparition, pendant que Withermark reprend des forces. On comprend mieux pourquoi Braided Skies parle de tourisme plutôt que de conquête.
En 2020, Bosley fonde Wits End Studios pour porter ses univers, avant de conclure que l’édition et le marketing ne sont pas son métier. Fin 2020, il présente Smoking Bones à un éditeur qui accepte de travailler avec lui sur ce jeu et sur les suivants. En mars 2022, il annonce un partenariat avec « un grand éditeur », contrats signés, sans le nommer. On connaît désormais la réponse. Le projet multi-jeux n’a donc pas été improvisé pour le lancement : il faisait partie de l’accord dès le départ.
Et Smoking Bones vit déjà hors du plateau. Le projet de Bosley prévoit des romans illustrés, des guides de voyage et des jeux publiés par Stonemaier, livres et jeux devant alterner dans la chronologie. Le premier guide, The Smoking Bones Travel Guide #1: Brandimir, a été financé sur Kickstarter par 781 contributeurs, pour 31 474 dollars sur un objectif de 1 500.
Côté règles, Dan Germain est architecte près de Chicago. Son jeu précédent, Grand Central Skyport (25th Century Games), était déjà illustré par Bosley et déjà peuplé d’aéronefs. On appelle ça de la suite dans les idées.
Stonemaier veut son propre univers ? Plutôt celui des autres
Smoking Bones n’est pas une « IP maison ». C’est la création d’un auteur, portée par son propre studio. La mention légale indique certes que Braided Skies est une marque de Stonemaier LLC, mais le nom d’un jeu n’est pas son univers, et les contrats entre Bosley, Wits End et Stonemaier ne sont pas publics.
La question « après Wingspan et Scythe, Stonemaier veut-il construire son propre univers ? » Presque. Mais c’est plutôt : Stonemaier s’installe comme éditeur d’univers d’auteurs.
Le précédent existe. Le monde de Scythe, 1920+, appartient au peintre Jakub Różalski, et Stonemaier le dit sans détour. Il s’est prolongé avec (le très moyen) Expeditions puis Duel of Meloch, regroupés sur la boutique de l’éditeur sous l’étiquette Europa 1920+. La famille Wingspan (Wyrmspan, Finspan, Wingspan Pocket) relève d’une autre logique : une grammaire ludique déclinée, pas un monde narratif.
Smoking Bones reprend le modèle Scythe en le poussant plus loin : c’est le premier univers pensé dès le départ pour plusieurs jeux et plusieurs supports. Le moment n’est pas anodin. D’après le bilan annuel de Stonemaier, la gamme « span » dépasse 3,3 millions d’exemplaires, pour un chiffre d’affaires 2025 record de 25,1 millions de dollars. Stegmaier présentait plus tôt cette année ce jeu comme le retour de l’éditeur dans son terrain de prédilection, l’euro de poids moyen, une première depuis Apiary.
Et la VF ? Cap sur Grail Games
Bonne nouvelle pour nous : une version française est prévue. Stonemaier cite Grail Games parmi ses partenaires de localisation, aux côtés de Feuerland (allemand), Maldito (espagnol) et Delta Vision (hongrois). Grail Games est un studio australien fondé par David Harding, qui a repris l’édition des eurogames de Matagot dans le cadre d’un partenariat annoncé en janvier 2025.
Aucune date ni aucun prix n’ont été communiqués pour cette VF, et Stonemaier laisse à ses partenaires le soin d’annoncer leurs projets. Chaque partenaire gère sa traduction, son impression et son transport : la VF arrivera donc après la VO, à une date fixée par Grail. Pour la disponibilité en France, en Belgique, en Suisse et au Québec, il faudra attendre les annonces de l’éditeur.
Le paysage francophone de Stonemaier est d’ailleurs éclaté : la famille Wingspan reste chez Matagot, la VF de Vantage est partie chez Kolossal, et les gros euros semblent désormais passer par Grail. On ne sait pas encore si Braided Skies vole haut, mais on sait déjà qu’il vient de loin.
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