Kavango : L’équilibre sauvage ou l’illusion durable ?
🦁 Sauvez des grenouilles, pas des princesses ! Kavango mêle draft stratégique et éco-responsabilité. Zen, beau, mais un peu trop sage ?
Kavango

⚠️ Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communauté, nous tenons à préciser que cet article reflète notre opinion personnelle sur le jeu. Nous n’avons reçu aucune contrepartie de la part de l’éditeur du jeu. Nous avons acquis et testé le jeu de façon indépendante, sans lien commercial avec son éditeur. Les avis présentés ici représentent notre analyse honnête et impartiale du jeu, basée sur notre propre expérience.
Vous pouvez écouter cet article sous forme de podcast ici, généré par IA. Et nous sommes également sur Apple Podcast & sur YouTube Podcast ici :
En bref :
- Composez un écosystème équilibré à partir de 160 cartes d’espèces et de recherche
- Un jeu de draft et de tableau où chaque animal dépend des autres dans la chaîne alimentaire
- Une production 100 % durable : pas de plastique, des matériaux certifiés FSC, un design recyclable
- Un thème fort, une approche pédagogique assumée… mais un rythme parfois sage et une interaction limitée
Si vous avez toujours rêvé de gérer une réserve naturelle sans rencontrer un seul moustique, Kavango est fait pour vous.
Dans Kavango, on ne bâtit pas d’usine, on ne commerce pas d’épices. On sauve des grenouilles, des gnous et des vautours. Au cœur du Kavango-Zambèze, l’une des plus grandes zones de conservation transfrontalières d’Afrique, vous incarnez un expert environnemental cherchant à construire la plus belle des réserves naturelles.
Publié par Mazaza Games, Kavango ambitionne de conjuguer jeu de société moderne et message durable. La partie s’annonce aussi scientifique que symbolique.
Reste à voir si l’écosystème tourne rond… ou si la savane finit en carton recyclé.
De la savane à la boîte
Située à la croisée de la Namibie, du Botswana, de la Zambie, du Zimbabwe et de l’Angola, la zone de conservation transfrontalière Kavango-Zambèze abrite plus de 200 espèces de mammifères et des centaines d’oiseaux migrateurs.
C’est dans ce cadre que Matt Brown et Zara Reld ont conçu Kavango. C’est en effet après que Zara, experte environnementale, a été engagée au Botswana sur un poste chargé de la lutte contre les trafics illégaux d’animaux que le couple a voulu retranscrire leur expérience dans un jeu de plateau. Matt s’est occupé du design ainsi que de l’illustration.
L’objectif n’est pas de « gérer une nature rentable », mais de montrer comment les chaînes alimentaires, les habitats et les espèces interagissent, et comment nos choix humains peuvent les préserver… ou les rompre.
L’éditeur Mazaza, sans aucun doute un mot-valise moitié Matt, moitié Zara, ne se contente pas d’un discours vert : la production elle-même est exemplaire.
Aucune pièce plastique. Les composants sont en carton recyclé et en bois certifié FSC. Un emballage compact sans thermoformage. La fabrication a été confiée à Panda Game Manufacturing, qui semble avoir développé des engagements importants en faveur de l’environnement, même si leur usine principale reste localisée en Chine. Kavango n’est donc pas seulement un jeu sur la durabilité : c’en est une démonstration concrète.

La nature à portée de main
Une partie de Kavango se déroule en trois manches. Au début de chacune, des mains de cartes sont distribuées : des animaux, des producteurs, des actions de recherche.
Chaque joueur choisit une carte, la joue dans sa réserve, participe à des projets de recherche et investit de l’argent, puis passe le reste à son voisin, un système de draft circulaire bien connu depuis 7 Wonders.
Le cœur du jeu repose sur une idée simple et réaliste : les espèces forment une chaîne alimentaire.
Impossible d’introduire un prédateur si les proies nécessaires ne sont pas déjà présentes. Pas de crocodile sans poisson, pas de léopard sans antilope.
Chaque carte jouée se superpose dans une pyramide écologique, où chaque étage dépend du précédent.
Le placement devient alors un puzzle logique : faut-il d’abord enrichir la base (producteurs, invertébrés, poissons) ou viser plus haut pour engranger davantage de points ?
Cette tension, entre ambition et équilibre, donne à chaque choix un poids réel — presque éthique.

Les gardiens du savoir
Le jeu ne se résume pas à une simple collection d’animaux : il faut aussi accomplir des tâches de recherche.
À chaque manche, trois projets scientifiques communs sont révélés. Ce sont en fait des objectifs partagés : un type d’animal, ou ceux avec un critère de poids ou de taille spécifique. Les remplir rapporte de l’argent, indispensable pour pouvoir investir dans les protections (habitats, braconnage et climatique).
La meilleure stratégie consiste donc à financer ses recherches en jouant intelligemment les cartes qui remplissent plusieurs objectifs à la fois.
Un équilibre écologique… et économique.
Les cartes de recherche donnent une vraie direction stratégique, tout en rappelant que la conservation, comme dans la réalité, dépend autant de la science que des moyens financiers.

Les grands équilibres
Construire son écosystème ne se limite pas à empiler des cartes. Il faut aussi penser à la diversité des espèces : un excès de carnivores réduit la résilience de votre réserve, un excès de producteurs freine votre progression.
Certaines cartes apportent des bonus de points si vous parvenez à maintenir un écosystème cohérent : un réseau trophique équilibré, un habitat stable, des comportements migratoires respectés.
Le timing est crucial : les meilleures cartes partent vite, et la main que vous passez à votre voisin peut contenir la clé de votre victoire.
Les choix sont souvent déchirants : faut-il garder ce vautour pour plus tard, ou le laisser filer et sécuriser un herbivore ? Le rythme est mesuré : pas de chaos, pas de hasard, mais une montée stratégique qui demande observation et anticipation.

Le sanctuaire : l’animal-totem
Chaque joueur débute la partie avec deux animaux dans son sanctuaire. Cet espace permet de placer jusqu’à trois animaux dont on ne possède pas les prérequis pour pouvoir les replacer plus tard dans son tableau.
Cela permet de stocker habilement des animaux intéressants en termes d’objectif ou de points pour pouvoir les intégrer par la suite quand on se trouve en possession des prérequis. Un dispositif élégant et utile, mais qui peut se révéler piégeur. Attention à ne pas se focaliser à outrance sur un animal et à en oublier la construction équilibrée de son écosystème.

Les trois piliers de la protection
Kavango aborde la conservation sous trois angles, traduits en mécaniques de jeu :
- Protection de l’habitat – gérer l’espace et les ressources de sa réserve, en évitant la surexploitation.
- Protection contre le braconnage – maintenir les espèces vulnérables, souvent menacées par la disparition de leurs proies.
- Protection climatique – anticiper les effets du réchauffement, symbolisés par les cartes événements.
L’appendice du jeu le dit clairement : « Nous voulons motiver les joueurs à être positifs et créatifs dans la recherche de solutions pour protéger la nature. »
L’investissement dans les protections est un passage obligé puisqu’elles font partie des prérequis pour pouvoir intégrer certaines espèces. De plus, elles permettent d’emporter des points qui peuvent faire la différence en fin de partie.
Le résultat est à la fois pédagogique et concret, sans lourdeur ni culpabilisation.
Les experts du terrain
Chaque joueur incarne un expert environnemental, représenté par une carte au pouvoir spécifique. Ces cartes asymétriques orientent légèrement la stratégie : certains experts facilitent la recherche scientifique, d’autres renforcent la protection contre le braconnage ou améliorent la résilience des habitats.
Ces différences n’inversent pas le cours d’une partie, mais ajoutent une couche de variation stratégique bienvenue. Le choix de son expert influence les priorités de développement sans rigidifier la progression.
Sur le plan thématique, ces cartes rappellent que la préservation de la nature repose sur la diversité des approches et des compétences, mais restent avant tout un outil mécanique discret plutôt qu’un moteur narratif.
Une durabilité de bout en bout
Kavango ne se contente pas de parler d’écologie : il la pratique.
- Aucun plastique dans la boîte.
- Papier et carton recyclés à 100 %.
- Bois issu de forêts durables.
- Boîte compacte sans insert plastique.
- La production est assurée par Panda Game Manufacturing, connu pour son travail sur les jeux durables et son engagement à réduire l’impact écologique de la fabrication.
Dans un marché où le carton brillant et les figurines abondent, Kavango fait figure d’exception : un jeu écologique jusque dans sa matérialité, sans compromis sur la qualité… mais quand même fabriqué en Chine.
L’art de la sobriété
Le matériel est sobre mais harmonieux.
Les cartes d’animaux, illustrées dans un style semi-naturaliste, représentent plus de 160 espèces réelles : du galago au crocodile, du pangolin au pygargue.
Les couleurs des plateaux de départ (vert, bleu, violet, jaune, orange) évoquent les différents biomes du Kavango : forêts riveraines, zones humides, pans salés, prairies et savanes arbustives. L’ensemble dégage une élégance tranquille, à la fois scientifique et poétique.
L’iconographie est claire, rendant le jeu facilement lisible.
Un solo bien dans son biotope
Kavango propose un mode solo étonnamment fluide.
Le système repose sur un automate logique qui simule un adversaire progressant dans sa propre réserve.
Ses choix sont dictés par un petit paquet de cartes d’action, ce qui rend la gestion rapide et cohérente.
Le comportement de l’automa est crédible, il complète ses recherches, joue ses cartes dans le bon ordre, et met une pression constante sur le score.
Son seul défaut ? Une tendance à accélérer la partie, écourtant un peu la montée stratégique.
Mais pour un mode solo d’un jeu de draft, la performance est notable : lisible, immersif, et propice à l’expérimentation.
Une nature sous contrôle
Kavango est un jeu sans hasard inutile. Les cartes disponibles varient selon la manche, mais aucune pioche hasardeuse ne vient bouleverser les stratégies.
L’équilibre se joue ailleurs : dans le bon moment pour poser chaque carte, dans la lecture des besoins de son écosystème.
Ce système entièrement déterministe fait de Kavango un jeu de collection, d’observation et d’anticipation qui s’adresse autant à un public familial, il plaît par sa simplicité et son thème limpide, qu’à des joueurs initiés capables d’y déceler de fines marges d’optimisation. Mais à trop bien cadrer la nature, on en perd parfois la sauvagerie.
L’interaction reste froide, presque clinique, et le rythme peine à s’emballer.
Kavango devient alors un jeu serein, méditatif, presque contemplatif — une expérience apaisante, certes, mais qui pourra laisser les joueurs les plus aguerris sur leur faim.
Une nature parfaitement équilibrée, oui… peut-être un peu trop.
Un équilibre élégant… parfois sans saveur
On a aimé :
- Un thème rare et sincère, fondé sur une vraie expérience de terrain au Botswana
- Une chaîne alimentaire limpide et logique, aussi fluide qu’éducative
- Une production exemplaire : aucun plastique, des matériaux recyclés, un design pensé pour durer
- Un graphisme naturaliste élégant, lisible et cohérent avec le sujet
- Un mode solo fluide et crédible
- Un jeu apaisant qui favorise l’observation, la planification et la réflexion
On a moins aimé :
- Une interaction minimale : chacun construit sa réserve dans son coin
- Un rythme très maîtrisé, qui manque parfois d’élan et d’émotion
- Un manque de tension dramatique — la nature, ici, ne se rebelle jamais
- Une progression sans véritable montée : tout est stable, parfois trop
- Une fabrication exemplaire… mais chinoise, ce qui atténue légèrement le discours durable
Kavango, verdict
Ou : l’équilibre fragile du plaisir durable
Kavango est à la fois un jeu et un manifeste.
Derrière sa mécanique de draft, pas révolutionnaire mais bien huilée, se cache une expérience calme et cohérente : chaque carte, chaque choix, chaque espèce a du sens. Il fait ainsi preuve d’une belle cohérence thématique et de rigueur écologique.
Loin des eurogames industriels ou des productions tapageuses, il offre une expérience calme, immersive, presque méditative.
Mais à force de maîtrise, Kavango devient presque trop sage.
On observe, on équilibre, on planifie. Et on termine avec la satisfaction d’avoir bâti quelque chose d’harmonieux, mais sans coup d’éclat.
Mazaza Games signe un premier jeu à la fois durable, documenté et apaisant, qui plaira aux amateurs d’écosystèmes ordonnés plus qu’aux chercheurs d’adrénaline ludique.
Un jeu d’observation plus que d’interaction, de patience plus que de passion.
Kavango est un jeu qui fait du bien, à l’esprit, à la planète, et un peu à la conscience ludique, même si certains joueurs regretteront un manque de tension dramatique.
C’est pour vous si…
- Vous aimez les jeux où « chaîne alimentaire » rime avec « chaîne de réflexion »
- Vous trouvez que Cascadia manquait de moustiques et de crocodiles
- Vous aimez les cartes bien rangées et les écosystèmes bien ordonnés
- Vous aimez les jeux de collection sobres, logiques et éthiquement cohérents
Ce n’est pas pour vous si…
- Vous préférez quand la nature se règle à coups de dés ou de marteau
- Vous avez besoin de confrontation directe pour sentir la tension
- Vous aimez les jeux où ça explose, pas où ça photosynthétise
- Vous pensez que « sans plastique, c’est pas fantastique »
Conclusion
Kavango ne cherche pas à briller : il cherche à durer.
C’est un jeu qui observe la nature au lieu de la dompter, qui prône la patience plutôt que la conquête, et qui prouve que l’écologie peut être ludique sans être moralisatrice.
Le jeu brille dans l’observation et la planification, mais sa tension dramatique reste limitée et l’interaction assez froide.
Le rythme maîtrisé assure la clarté, au prix de peu de dynamisme et d’émotion.
Un titre sincère, cohérent et apaisant. Un peu comme une promenade dans la savane, sans les moustiques… mais avec un vrai message.
Pas mal !

- Date de sortie : Septembre 2025
- Langue : Française
- Assemblé en : Chine
- ITHEM : 4 sur 5. Pour en savoir plus sur l’ITHEM dans les jeux de société, c’est ici.
- IGUS : 1 sur 5. Pour en savoir plus sur l’IGUS dans les jeux de société, c’est ici.
- EcoScore : C. Si vous voulez en savoir plus sur l’EcoScore dans les jeux de société, c’est ici

- Label Dé Vert : Non. Pour en savoir plus sur le label Dé Vert, c’est ici.
- Création : Matt Brown, Zara Reid
- Illustrations : Matt Brown
- Édition : Mazaza Games
- Nombre de joueurs et joueuses : 1 à 4
- Âge conseillé : 10+
- Durée : 40-60 minutes (90 mn à 4)
- Thème : Ecosystème
- Mécaniques principales : Objectif commun, Majorité, Collection, Draft, Combinaison. Pour en savoir plus sur les différentes mécaniques de jeux, c’est ici.
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2 Comments
Olivier
Bonjour et merci pour ce commentaire équilibré d’un jeu calme, apaisant et qui demande quand même une réflexion tout au long de la partie. Il existe des jeux plus lourds et complexes, mais je trouve un réel plaisir à lancer une partie de kavango, le draft permettant de plus des parties sans attente entre chaque joueurs.
Votre avis contrebalance d’autres sur le net que j’ai trouvé injustes quant à son esthétique ou ses mécaniques, parfois faites sans même avoir testé le jeu…
Will
Kavango a été pour moi et mon entourage un immense coup de coeur : fluide et rapide même à 5 joueureuses. Variété des parties grâce aux rôles, aux objectifs, au draft des cartes, … Il y a une interaction en surveillant les plateaux des autres et avec la possibilité de contre-drafter.
J’ai pu l’adapter simplement pour mon fils de 8 ans et il est archi fan !
L’extension à venir qui impose des contraintes de placement des animaux sur le plateau sera bienvenue pour ajouter une couche stratégique.
On le ressort très souvent depuis qu’on l’a. On a fait plusieurs dizaines de parties sans se lasser.
Au delà du jeu, le travail d’édition est exemplaire : des petites boites en cartons pour ranger les éléments de jeu, des tiroirs à cartes à monter soi même pour éviter que le contenu de la boîte bouge. Et l’extension à venir tient dans la boîte de base pour éviter de remplir inutilement l’espace de notre étagère.
Pour moi, c’est un mixte parfait entre 7 Wonders pour le côté draft, enchainement, et dynamique jusqu’à 5 et Wingspan pour le côté découverte de la faune et cohérence entre mécanique de jeu et thème. Bref, ce jeu est là pour rester longtemps dans ma ludothèque.