đŒïž Le successeur d’Edith Finch ? Explorez un siĂšcle de destins tragiques dans un seul lieu. The Berlin Apartment : une claque narrative.
Test The Berlin Apartment : Quand les murs de Berlin parlent
â ïž Avertissement : Dans un souci de transparence envers notre communautĂ©, nous tenons Ă prĂ©ciser que cet article reflĂšte notre opinion personnelle sur le jeu. Nous nâavons reçu aucune contrepartie de la part de lâĂ©diteur du jeu. Nous avons acquis et testĂ© le jeu de façon indĂ©pendante, sans lien commercial avec son Ă©diteur. Les avis prĂ©sentĂ©s ici reprĂ©sentent notre analyse honnĂȘte et impartiale du jeu, basĂ©e sur notre propre expĂ©rience.
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L’essentiel en 3 points :
- The Berlin Apartment est un jeu narratif oĂč l’on revit l’histoire de cinq habitants d’un mĂȘme appartement berlinois, de 1933 Ă 2020.
- Le jeu brille par son écriture subtile, sa direction artistique magnifique et sa capacité à raconter la grande Histoire à travers des destins intimes et touchants.
- MalgrĂ© une interactivitĂ© limitĂ©e et une courte durĂ©e, c’est une expĂ©rience poignante et essentielle pour les fĂ©rus d’histoires.
La valise est trop petite. Josef doit choisir entre les photos de sa famille et le manuscrit de sa vie, alors que les bottes rĂ©sonnent dĂ©jĂ dans l’escalier.
Il y a des jeux comme ça. Discrets sur Steam, minuscules sur le papier, mais qui vous trottent dans la tĂȘte longtemps, trĂšs longtemps aprĂšs le gĂ©nĂ©rique de fin. The Berlin Apartment, sorti mi-novembre 2025, est de ceux-lĂ .
Soyons clairs dâemblĂ©e : câest un « walking simulator » pur jus. TrĂšs court, sans vĂ©ritable dĂ©fi. Si vous ne jurez que par les combos et les high scores, vous pouvez retourner optimiser vos decks. Mais si vous aimez les histoires qui prennent aux tripes, portĂ©es par une Ă©criture subtile et une direction artistique magnifique, alors lĂ , on tient un petit bijou narratif.
DĂ©veloppĂ© par les Allemands de btf (les crĂ©ateurs de l’Ă©trange TrĂŒberbrook), le jeu a reçu un accueil critique solide (autour de 75/100) et des avis joueurs dithyrambiques sur Steam (96% d’Ă©valuations positives !).
Chez Gus&Co, on lui colle un trĂšs solide 4 sur 5. Pas le chef-dâĆuvre absolu, mais une expĂ©rience prĂ©cieuse, touchante, que les fans d’histoires devraient sĂ©rieusement envisager.

L’appartement comme machine Ă remonter le temps
Le pitch est dâune simplicitĂ© dĂ©sarmante. Vous ĂȘtes Dilara, une ado qui file un coup de main Ă son pĂšre, Malik, ouvrier du bĂątiment. Leur mission : retaper un grand appartement berlinois pendant le confinement de 2020. Lâappart est dĂ©fraĂźchi, fissurĂ©, mais immense.
En cassant un mur, en vidant un placard, Dilara tombe sur des objets oubliĂ©s : une lettre pliĂ©e en avion, une valise poussiĂ©reuse, un manuscrit⊠Chaque trouvaille est un dĂ©clencheur. Malik raconte, et hop, on bascule dans le passĂ©. On quitte 2020 pour vivre, Ă la premiĂšre personne, le quotidien des anciens habitants, exactement au mĂȘme endroit.
Le jeu nous fait traverser cinq grandes périodes clés de Berlin :
- 1933 : Josef, metteur en scÚne juif, prépare sa fuite face au nazisme. Que peut-on emporter de toute une vie dans une seule valise ?
- 1945 : Mathilda, une petite fille dans un Berlin en ruines, tente de sauver un semblant de Noël pour sa famille traumatisée.
- 1967 : Toni, autrice en RDA, lutte contre la censure pour publier son roman de science-fiction critique du régime.
- 1989 : Kolja (Est) et Lu (Ouest) flirtent en s’envoyant des avions en papier par-dessus le Mur.
- 2020 : Dilara et Malik recollent les morceaux de ces vies.
Tout se passe dans les mĂȘmes piĂšces, mais tout change : les meubles, la lumiĂšre, la vue. Lâappartement devient un tĂ©moin silencieux de lâHistoire. Ăa rappelle forcĂ©ment What Remains of Edith Finch : un cadre fixe traversĂ© par des vies mouvantes.

La Grande Histoire par le petit bout de la lorgnette manette
Câest lĂ que The Berlin Apartment fait trĂšs fort. Il raconte la grande Histoire : nazisme, guerre, division Est/Ouest, chute du Mur, uniquement Ă travers des destins intimes. Pas de cours magistral, pas de dates Ă l’Ă©cran. Tout passe par des gestes du quotidien, des dialogues et des silences.
Quelques exemples marquants :
Avec Josef, lâHistoire se condense littĂ©ralement dans une valise. Ă vous de ranger chaussures porte-bonheur, photos, manuscrits⊠un mini-puzzle façon Tetris qui rĂ©sume toute la violence de lâexil en quelques clics.
Avec Kolja, vous pliez vous-mĂȘme les avions en papier et les faites planer au-dessus du Mur. La sĂ©paration se vit Ă hauteur de cĆur.
La force du jeu, câest sa retenue. Les conversations entre Dilara et son pĂšre sont particuliĂšrement rĂ©ussies : petites piques sur les riches propriĂ©taires, inquiĂ©tudes sur l’avenir, discussions sur la transmission.
LĂ oĂč dâautres jeux auraient sorti les violons, The Berlin Apartment prĂ©fĂšre la suggestion. On ne vous jette pas les horreurs du XXe siĂšcle au visage ; on vous les fait deviner par un bruit de bottes au loin, une affiche au mur. Cette pudeur fait quâon sâattache trĂšs vite aux personnages, mĂȘme si on ne les « contrĂŽle » que 30 ou 40 minutes chacun.

Une direction artistique superbe
Visuellement, c’est une rĂ©ussite totale. Le style mĂ©lange 3D stylisĂ©e et palette pastel, avec des contours qui Ă©voquent la BD europĂ©enne. Chaque Ă©poque a ses codes visuels : lumiĂšre chaude et meubles massifs en 1933, tons froids et poussiĂšre en 1945, touches pop et SF en 1967, nĂ©ons et vue sur le Mur en 1989.
CĂŽtĂ© audio, mĂȘme qualitĂ©. Les voix (en anglais ou allemand, avec sous-titres français impeccables) sont excellentes, sobres et habitĂ©es. Le sound design donne vie au lieu : craquement du parquet, bruit lointain des trams. La musique reste discrĂšte, laissant la place aux silences.

Et le gameplay dans tout ça ?
Sur le plan ludique, c’est un walking simulator. On marche, on observe, on exĂ©cute de petites actions.
Mais The Berlin Apartment propose un peu plus dâinteraction que la moyenne du genre : marteler des carreaux de salle de bain, piloter des avions en papier dans des courants d’air, accrocher des dĂ©corations, empiler des objets dans la valise (le fameux Tetris), taper sur une machine Ă Ă©crire.
Ce ne sont jamais des casse-tĂȘtes complexes. Vous ne serez jamais bloquĂ©. Tout est pensĂ© pour que lâhistoire avance sans heurt. Pour certains, cette absence de dĂ©fi sera frustrante. Le jeu ne cherche pas Ă vous tester. Il vous met dans la peau d’un tĂ©moin. C’est cohĂ©rent avec l’intention : une soirĂ©e d’immersion narrative, pas un casse-tĂȘte.

Court, linéaire, mais intense
Le jeu se termine en 3 Ă 4 heures. Il nây a pas de choix de dialogue, pas de fins alternatives. La structure est totalement linĂ©aire.
Cela pose la question du prix : vendu sur Steam autour de 20-25 âŹ, c’est la fourchette classique des jeux indĂ©s narratifs « premium ». Ă notre sens, si vous aimez ce type d’expĂ©rience, le tarif est acceptable. On est plus proche d’une mini-sĂ©rie de qualitĂ© que d’un jeu Ă 200 heures.
Techniquement, le jeu est fluide. Quelques bugs mineurs signalés au lancement ont été rapidement corrigés par les développeurs.
On a aimé :
- L’Ă©criture sensible qui vous fait aimer des personnages en 30 minutes chrono.
- La DA « BD pastel » à tomber par terre.
- Le coup de la valise façon Tetris de l’exil â simple, mais dĂ©vastateur.
- Les dialogues pĂšre-fille, tellement justes qu’on croirait entendre nos propres discussions (en mieux Ă©crites).
On a moins aimé :
- L’interactivitĂ© parfois aussi limitĂ©e que notre motivation Ă faire le mĂ©nage un dimanche matin.
- Le prix un peu Ă©levĂ© pour la durĂ©e d’un (long) film.
- Devoir expliquer Ă nos proches pourquoi on pleure devant un jeu oĂč on rĂ©nove une salle de bain.
Câest plutĂŽt pour vous siâŠ
- Vous considérez What Remains of Edith Finch ou Firewatch comme le Graal vidéoludique.
- Vous aimez l’Histoire, mais racontĂ©e par les petites gens plutĂŽt que par les gĂ©nĂ©raux.
- Vous cherchez une expérience narrative intense pour occuper une soirée.
Ce nâest plutĂŽt pas pour vous siâŠ
- Vous pensez que « walking simulator » est une insulte.
- Vous avez besoin de combos, de loot et de high scores pour vous sentir vivant.
- Vous pensez qu’un jeu sans barre de vie ni boss final est juste un Ă©conomiseur d’Ă©cran trĂšs cher.
The Berlin Apartment, c’est un appartement hantĂ©, non pas par des fantĂŽmes, mais par la vie elle-mĂȘme. Et c’est bien plus bouleversant.

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