Les financements participatifs, ou crowdfunding 📈, sont devenus la norme pour la majorité des éditeurs de jeux 📚. Partageons nos expériences.
Crowdfunding. Au commencement était l’idée
Rêves éphémères ou success stories inattendues ? Derrière les promesses alléchantes du crowdfunding se cachent parfois de lourdes désillusions. Le financement participatif, ou crowdfunding, s’est imposé ces dernières années comme un mode de financement incontournable pour de nombreux projets. Surfer sur la vague du financement participatif n’est pas sans risque. Entre excitation des débuts et amère réalité, la chute peut être rude pour les particuliers séduits par de belles promesses…
Dans cet article, je souhaite partager mon expérience personnelle en tant que contributeur à une cinquantaine de campagnes de crowdfunding depuis 2016. Mon objectif est d’apporter un regard critique sur ce mode de financement, entre avantages certains et écueils à éviter. Grâce à mes retours d’expérience en tant que « backer », j’espère fournir des clés pour comprendre les rouages du crowdfunding et décider en connaissance de cause si l’on souhaite y participer ou pas.
J’aborderai les origines et l’essor fulgurant du crowdfunding, avant d’analyser les promesses mais aussi les dérives observées ces dernières années. Puis je partagerai mon expérience personnelle en listant mes critères et mes règles pour participer à ces campagnes. Enfin, je proposerai quelques pistes pour améliorer le partage d’informations entre contributeurs afin d’éviter certains écueils.
Crowdfunding, quelques chiffres
Le marché mondial du crowdfunding continue d’évoluer et de s’étendre, l’Europe hébergeant près de la moitié de toutes les plateformes mondiales de crowdfunding d’investissement, selon un rapport de P2P Market Data. Le rapport révèle que les économies européennes les plus matures, notamment le Royaume-Uni, l’Italie, la France et l’Allemagne, abritent la majorité de ces plateformes.
Toutefois, si l’on tient compte de la taille du marché, les États baltes, en particulier l’Estonie, se distinguent par le nombre le plus élevé de plates-formes par habitant. Malgré cela, les États-Unis dépassent toujours l’Europe en termes de volume d’investissement, avec un financement de 73,62 milliards de dollars en 2020, ce qui correspond à 65 % de la part de marché mondiale.
Le rapport fournit également une ventilation sectorielle du crowdfunding d’investissement, montrant que les plateformes d’investissement en capital, y compris les start-up et l’immobilier, représentent près de la moitié de l’ensemble des plateformes.
Le rapport souligne également la résilience du secteur du crowdfunding au milieu des défis économiques mondiaux. Malgré une forte baisse des volumes de financement mensuels au premier trimestre 2022, due en grande partie à l’invasion de l’Ukraine et à son impact sur les prêts à la consommation sur les marchés russe et ukrainien, le secteur a montré des signes de reprise. À la fin de l’année 2022, les volumes de financement étaient revenus à peu près aux niveaux de la fin de l’année 2021. Malgré les récentes turbulences, le secteur a connu une croissance exponentielle, faisant plus que doubler les volumes de financement entre 2018 et 2022.
Le crowdfunding a permis l’émergence de nombreux projets innovants qui n’auraient pas vu le jour autrement. Grâce à la mobilisation de backers enthousiastes, des créateurs indépendants ont pu donner vie à leurs idées les plus ambitieuses.
Cependant, le succès d’une campagne de crowdfunding ne dépend pas seulement de la qualité du projet proposé. La capacité du porteur de projet à gérer efficacement la campagne et les fonds récoltés est également cruciale. Certains créateurs, novices dans ce type de démarche, peuvent rencontrer des difficultés une fois le financement obtenu.
Sans une gestion rigoureuse des étapes de production et de la relation avec les contributeurs, les promesses faites lors de la campagne peuvent vite se heurter à la réalité une fois les fonds engrangés.
L’idée prend forme
Dans le domaine ludique, le crowdfunding a permis à de petits éditeurs de voir le jour et de grandir grâce aux contributeurs. De nombreux éditeurs étaient dans ce cas à l’apparition de ce nouveau système.
Ils ont ainsi pu récolter les fonds pour concrétiser un projet de jeu, tout en développant une base de fans dès le début de l’aventure. Du côté des acheteurs, le projet peut séduire, et une panoplie de bonus exclusifs à la campagne peut inciter à débourser une somme conséquente plusieurs mois, voire plusieurs années, avant la réception du précieux projet.
C’était le cas au début, disons il y a une bonne grosse décennie.
Il est impossible de recenser tous les projets qui ont vu le jour grâce à Kickstarter, le pionnier dans le crowdfunding. Ont suivi : Ulule, GameFound, BackerKit et autre GameOnTabletop, parmi quelques exemples connus en France.
Ce type de financement participatif était donc principalement destiné aux petits éditeurs se lançant dans ce secteur et n’ayant pas forcément la trésorerie pour concrétiser un projet prometteur. Une forme de mécénat moderne, en quelque sorte. Nous en parlions dans nos colonnes en juillet 2020.
Les choses ont bien changé depuis cette époque bénie. Désormais, presque toutes les grandes maisons d’édition recourent systématiquement au crowdfunding, à ce type de financement pour lancer leurs projets. Cela leur permet d’avoir un retour rapide des acheteurs potentiels sur le produit proposé, d’effectuer les modifications nécessaires pour rassembler le plus grand nombre et de lancer une production spectaculaire depuis l’autre bout du monde.
Mais surtout, cela leur permet d’avoir l’argent nécessaire bien avant le début du processus, réduisant ainsi les risques. La sortie est programmée, une partie de la production est directement envoyée aux contributeurs, le reste est dirigé vers les centres de distribution pour les boutiques et la vente en ligne. Avec une production en plus grande quantité dès le départ, les coûts sont réduits et la rentabilité augmentée.
C’est le cas dans la plupart des situations…
Le ciel si clair s’assombrit
Avec les dernières informations du secteur, les choses semblent changer… et pas nécessairement dans le bon sens !
Prenons l’exemple du crowdfunding de Mythic Games. Cet important éditeur historique, à la tête de nombreuses licences officielles mais également créateur de plusieurs de ses propres licences, est dans la tourmente. Après de nombreuses campagnes de financement réussies et la collecte de sommes substantielles de la part des participants motivés, Mythic semble subir les conséquences d’une mauvaise gestion de ses différents projets. Retards importants, absence de communication, demandes aux contributeurs d’une majoration de 50% supplémentaires pour obtenir leurs jeux, sinon…
Les derniers mois ont clairement eu un impact sur l’entreprise avec la crise des conteneurs en 2021, puis l’augmentation des coûts de production en 2022. Tous les éditeurs sont dans la même situation, même ceux qui produisent en Europe, voire en France. Mais à en juger par les dernières nouvelles qui ont filtré, leurs projets encore en préparation, bien que financés par les contributeurs, pourraient ne jamais voir le jour.
Accessoirement, ils ne sont pas les seuls dans cette situation.
Mais il y a aussi du bon. Les différentes plateformes de financement prélèvent leur commission après la réussite d’un projet, tout en se déchargeant des problèmes qui pourraient survenir par la suite. On a d’ailleurs l’impression que Kickstarter a perdu des parts de marché ces dernières années. Certains de leurs porteurs de projet se sont tournés vers d’autres plateformes concurrentes. Je pense en particulier à GameFound.
Cette plateforme a tiré les leçons des erreurs des dernières années et propose désormais le « stable pledge » ou « participation fiable », une adaptation de l’idée originale. Il s’agit d’une garantie de remboursement à 100% pour le contributeur, en cas de dépassement de plus de 10% des prix proposés lors de la campagne, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent.
Les choses changent donc. Mais il incombera au contributeur potentiel de rester prudent dans ses achats coup de cÅ“ur et de ne pas s’engager dans des crowdfunding. Ne nous leurrons pas, il y aura toujours de bonnes et de mauvaises expériences. C’est dans la nature même du système. Mais tant que tout le monde y trouve son compte, pourquoi pas ?
Si certains projets très médiatisés ont pu décevoir les backers par leur mauvaise gestion, il ne faudrait pas généraliser à l’ensemble du crowdfunding. De nombreuses campagnes sont menées de façon exemplaire et tiennent leurs promesses auprès des contributeurs.
Bien sûr, les retards sont fréquents par rapport aux estimations initiales, mais la plupart des créateurs fournissent des efforts louables pour tenir informés les contributeurs. Malgré quelques dérives regrettables, la majorité des projets financés par le crowdfunding représentent donc de vraies réussites, fruits de l’engagement entre créateurs passionnés et contributeurs enthousiastes.
Alors, tout ce discours pour quoi ?
Il est regrettable que les expériences acquises lors d’un projet se perdent. Ces informations pourraient être utiles pour les futurs participants à la réflexion : Est-ce que je participe ou pas ? Et si oui, combien dois-je contribuer ?
La campagne de financement participatif, la prise en compte des retours par le promoteur du projet, les prix, la qualité finale du produit, les délais, le suivi et les mises à jour, le flux d’informations sur le développement et la production – toutes ces petites informations disparaissent alors qu’elles pourraient être utiles… Il est temps de les recycler ! C’est dans l’air du temps.
Alors, oui, il est clair que cet avis sera partial. Forcément. Il faudra essayer de rester dans du factuel et non partir tout azimut pour descendre un éditeur ou encenser pour espérer récupérer des jeux gratos par la suite.
Il est nécessaire de prendre du recul, afin de fournir les informations les plus claires et pertinentes possible.
Ma légitimité
Elle est très simple.
Je ne suis qu’un modeste contributeur dans ce monde presque illimité. J’ai participé à ce jour à une cinquantaine de campagnes de financement participatif depuis 2016, toutes plateformes confondues. Cela concerne principalement des jeux de plateau et des jeux de rôle, mais aussi quelques projets musicaux et littéraires.
Mes pledges (le terme utilisé pour les participations, pour les contributions avec le crowdfunding) varient entre 1 € et 320 €, frais de port inclus, pour la plus coûteuse… une seule fois ! J’ai dépassé le seuil psychologique des 100 € à neuf reprises, mais si l’on inclut les frais divers, les éventuels add-ons et le port, le nombre de participations dépassant ce seuil monte à quinze. Pas de participation all-in (c’est-à -dire tout compris) pour moi, qui pourrait atteindre les 400 € ou 500 €, voire plus…
À part ces chiffres, je me suis fixé une seule règle : ne pas revenir vers un porteur de projet dont le retard de livraison dépasse les 18 mois. Pour le moment, je m’y suis toujours tenu.
Il y a en effet une règle tacite qui s’est imposée dans ce milieu : 99 % des projets ont du retard par rapport à la date de livraison estimée durant la campagne. La plupart du temps, ce retard est compris entre 6 et 12 mois. Tout le monde le sait, ne me dites pas le contraire. Il faut donc en tenir compte pour éviter les déceptions et la frustration souvent exprimées sur les réseaux sociaux ou dans la section « commentaires » des projets.
Comme le précise Kickstarter sur tous ses projets : nous ne sommes pas un magasin ! Si vous voulez récupérer immédiatement votre achat, attendez sa sortie en magasin, dans quelques mois. C’est tout le principe du crowdfunding.
Crowdfunding. Et ensuite ?
Je vais désormais ajouter un dernier paragraphe « Retours de campagne » à mes critiques de jeux lorsque ceux-ci proviennent d’un crowdfunding auquel j’ai participé.
J’invite également mes collègues rédacteurs à partager leurs expériences dans un format similaire s’ils le souhaitent.
Un peu comme l’ITHEM ou l’IGUS, sans score précis, mais avec plus de détails si l’on veut que cela serve à quelque chose.
Plus l’information circulera, plus vous pourrez participer, « backer », ou attendre la sortie en magasin, en fonction de vos propres critères de choix.
Conclusion
En conclusion, le crowdfunding s’est imposé ces dernières années comme un mode de financement incontournable, avec des avantages certains mais aussi des risques qu’il ne faut pas négliger. Mon expérience en tant que contributeur régulier m’a permis d’identifier certains écueils et de définir des règles personnelles pour participer en connaissance de cause.
Le partage d’informations et de retours d’expérience entre contributeurs me semble essentiel pour comprendre les rouages du crowdfunding et éviter les mauvaises surprises. C’est la raison pour laquelle j’ai souhaité apporter mon témoignage dans cet article, en espérant que cela puisse aider d’autres contributeurs à faire les bons choix.
Bien que perfectible, le crowdfunding offre l’opportunité de soutenir des projets originaux et de tisser un lien unique avec leurs créateurs. À nous, contributeurs, de rester vigilants et de faire vivre une communauté active pour que cette dynamique vertueuse perdure.
Rejoignez notre communauté :
Rejoignez notre chaîne WhatsApp
Gus&Co : 100% Indépendant, 0% Publicité
Vous avez aimé cet article ? Depuis 2007, nous faisons le choix difficile de refuser la publicité intrusive pour vous offrir une lecture confortable. Mais l'indépendance a un prix (hébergement, temps, achat de jeux).
Pour que cette aventure continue, vous avez deux moyens de nous soutenir :
☕ Soutenir Gus&Co sur Tipeee
Article écrit par Chab. Rôliste devenu platoïste par manque de temps. Pâtissier initié et fan de Robbie Williams. Patriarche de cœur d’un troupeau de gremlins. Aime qu’un jeu lui raconte une histoire.
Et vous, quels sont vos critères principaux lorsque vous envisagez de soutenir un projet ? La qualité du produit, le prix, le délai de livraison, le suivi du projet ou autre chose ?
